Le Musée canadien de la guerre: comparaison entre hier et aujourd’hui

Depuis le 8 mai 2005, les Canadiens, et plus particulièrement les anciens combattants du Canada, ont un musée national qui commémore ce qu’ils ont vécu. Il aura fallu plus de huit décennies pour que le gouvernement canadien daigne investir les fonds nécessaires à la construction du nouveau Musée canadien de la guerre (MCG) et faire ainsi en sorte que la population du Canada n’oublie pas les sacrifices des hommes et des femmes qui ont participé aux guerres auxquelles le Canada a pris part. Bien entendu, le Musée canadien de la guerre existait bien avant le mois de mai dernier. En fait, il a été officiellement ouvert le 19 janvier 1942 sur la promenade Sussex à Ottawa et son aire d’exposition a augmenté et diminué au fil des ans jusqu’à ce qu’il déménage à l’emplacement actuel sur la plaine LeBreton, près de la Colline parlementaire, à Ottawa. Maintenant que le MCG a son propre édifice, qu’est-ce qui a changé entre hier et aujourd’hui?

Pourquoi traiter de ce sujet à présent? Ayant travaillé sur l’histoire du MCG pendant près de deux ans pour rédiger un mémoire de maîtrise, j’étais impatient de visiter le nouveau MCG et admirer les améliorations apportées à l’exposition dans cet édifice construit expressément à son intention. L’ancienne exposition avait de terribles lacunes engendrées par l’espace inadéquat de l’édifice de la promenade Sussex et le musée était décrié par plusieurs comme étant “honteux”, “miteux et à éviter”. J’avais de plus été témoin de l’incapacité de certains membres du personnel de répondre à de simples questions de base sur l’histoire militaire canadienne par rapport aux artefacts exposés. Je suis donc allé visiter le nouveau MCG dans l’espoir d’y voir une amélioration substantielle de la qualité.

Comparons d’abord les expositions présentées dans le nouveau MCG à celles qu’il y avait dans l’ancien. D’abord, il faut se rappeler que les expositions de l’ancien MCG étaient réparties dans plusieurs édifices, tous vétustes. L’exposition permanente était située dans l’édifice de la promenade Sussex alors que l’exposition des gros véhicules se trouvait à la maison Vimy, un vieux garage poussiéreux où il y avait aussi les bureaux et les archives du MCG. L’exposition permanente touchait les périodes allant de la préhistoire du Canada jusqu’à la participation du pays aux missions de maintien de la paix et mettait l’accent sur les deux guerres mondiales. Cette exposition, quoique possédant de jolies maquettes, n’avait pas vraiment de contenu pédagogique et les possibilités d’interaction étaient réduites au minimum. Rien n’était vraiment mis en contexte et surtout, rien ne permettait de bien se représenter ce qu’était la guerre dans toute son horreur. À cet effet, le plus déplorable était la reproduction d’une tranchée de la Première Guerre mondiale qui était beaucoup trop “propre”. Cette reproduction déformait les réalités atroces auxquelles les soldats avaient été confrontés. Ce faisant, le visiteur ne pouvait pas bien réfléchir aux impacts d’un conflit armé en général. Il se faisait présenter un contenu “épuré” de la réalité. De plus, lorsqu’un artefact ou un texte particulier faisaient surgir un questionnement, le personnel n’était pas en mesure de fournir une explication appropriée. Le visiteur était alors invité à poser sa question par écrit, question qui était acheminée à un échelon plus élevé du MCG. Malgré cela, les réponses n’étaient pas satisfaisantes, ce qui démontre que le MCG ne formait pas son personnel adéquatement; peut-être par manque de fonds ou de volonté? En ce qui concerne l’exposition de véhicules militaires qui était logée dans la maison Vimy, elle relevait plus de la visite à un marché aux puces que d’une exposition de musée. Elle donnait toutefois accès à des artefacts chargés d’histoire qui avaient été cachés au public durant de nombreuses années.

Plusieurs changements s’opèrent avec l’ouverture du nouveau MCG. Dans un premier temps, tout est rassemblé sous un même toit. L’édifice lui-même vaut le détour. Son architecture originale se marie bien avec le thème de la guerre. Il faut prendre la peine d’étudier les éléments spécifiques de la construction pour bien comprendre les raisons de ce design (la partie supérieure du bâtiment est pointée vers la Tour de la Paix du Parlement, pour ne mentionner que cette particularité). Il est aussi possible de marcher sur le toit du musée qui a été aménagé à cet effet. À l’intérieur du bâtiment, on peut observer de nombreux tableaux de la collection d’art militaire du musée et ce, avant même de pénétrer à l’intérieur des salles d’expositions. La première de ces salles qui s’offrent aux yeux du visiteur est celle de l’exposition temporaire. Lors de mon passage, des peintures provenant des collections d’art militaire canadienne, britannique et australienne étaient en montre. Par la suite, on arrive à l’exposition permanente qui est divisée en cinq galeries racontant l’histoire militaire du Canada. La première porte sur les guerres au pays des débuts de la colonisation à 1885. Cette partie de notre histoire est d’un très grand intérêt à mes yeux. Toutefois, c’en est aussi une qui a tendance à diviser les peuples fondateurs du Canada et l’exposition est donc traitée, malheureusement, de façon à essayer de sauver la chèvre et le chou, et certains textes explicatifs laissent perplexe quant aux visées éducatives des concepteurs. Un exemple intéressant à propos des premiers contacts avec les Autochtones : le texte explique que ce sont les Français qui ont introduit les maladies infectieuses (rougeole, variole) qui ont décimé les tribus amérindiennes et c’est en effet une réalité que les Autochtones n’étaient pas immunisés contre ces maladies qui ont eu un effet dévastateur sur leur population. Par contre, le même texte fait abstraction du fait qu’en 1763 les Britanniques ont utilisé des couvertures exposées à la variole comme armes bactériologiques dans le but de contrer le soulèvement amérindien dirigé par Pontiac. Le document audiovisuel expliquant les relations entre les peuples fondateurs est lui aussi révélateur de l’intérêt que les Canadiens portent à leur histoire. Trois représentants des peuples fondateurs : un autochtone, un anglophone et un francophone discutent de l’évolution des relations après la conquête. Ils sont tous affublés d’un chandail aux couleurs d’une équipe de hockey canadienne et discutent en attendant que la partie débute. Ce document dévoile certains préjugés qui sont inscrits dans la mémoire collective de chaque peuple et qui génèrent des tensions entre eux. Ce qui est amusant c’est que la discussion se termine dès que la partie commence, et le document aussi. Cela démontre bien que tant que l’humain aura du pain et des jeux…

Le visiteur passe ensuite à la période des guerres impériales et de la Première Guerre mondiale. Cette galerie est une amélioration radicale par rapport à l’ancien musée. Premièrement, le document audiovisuel expliquant la marche à la guerre et le jeu des alliances est remarquable. Il est très facile par la suite de comprendre comment un simple assassinat politique a dégénéré en conflit mondial. Il y a encore la fameuse reproduction d’une tranchée trop “propre” mais elle est accompagnée d’une maquette interactive expliquant le fonctionnement d’un réseau de tranchées qui, elle, est très éducative. Les modèles expliquant les effets des shrapnels révèlent aussi très bien l’horreur du champ de bataille, et le décor représentant la bataille de Passchendaele est saisissant. On a aussi pris la peine d’expliquer brièvement la vie au front intérieur, c’est-à-dire à la maison, au Canada. L’exposition couvre aussi les grands événements au Canada comme la crise de la Marine pendant le gouvernement de sir Wilfrid Laurier, l’explosion au port d’Halifax en 1917, l’instauration de l’impôt sur le revenu, l’heure avancée, le vote des femmes et, bien entendu, la crise de la conscription de 1917. Cette galerie se termine par le traité de Westminster de 1931, à l’issue duquel le Canada entre en pleine possession de son autonomie politique.

La troisième galerie est réservée exclusivement à la Deuxième Guerre mondiale. Elle couvre, entre autres, la montée du nazisme et du fascisme en Europe. Sur plusieurs écrans sont projetées des images de discours des dictateurs. Viennent ensuite le déclenchement de la guerre et l’entrée du Canada dans le conflit. La participation du Canada au Programme d’entraînement aérien du Commonwealth, à la bataille de l’Atlantique et à la production industrielle pour l’effort de guerre est bien représentée et prend une grande place au sein de la galerie. Ce sont ensuite les opérations aériennes et terrestres aux nombreux théâtres d’opération en Europe et en Asie qui sont exposées : participation au sein du Bomber Command, Hong Kong, Dieppe, la Sicile et la libération de l’Europe. Plusieurs films d’archives concernant les événements sont projetés en boucle et de nombreux écrans tactiles permettent d’en apprendre plus sur des sujets tels que les convois de ravitaillement qui traversaient l’Atlantique et la machine allemande “Enigma”. Ajoutons à cela les nombreuses maquettes, bruits de batailles et décors grandeur nature qui aident le visiteur à se plonger dans l’atmosphère. Cette galerie se termine par une projection vidéo présentant les témoignages d’acteurs de l’époque expliquant les nombreux impacts que la Deuxième Guerre mondiale a eus sur la société canadienne.

Le visiteur entre ensuite dans la galerie sur l’après-1945 et il est tout de suite plongé dans les innovations technologiques qui ont composé l’après- guerre. Cette galerie porte sur la période de la guerre froide et sur la participation du Canada à la guerre de Corée, à la formation de l’OTAN, au NORAD et aux nombreuses missions de maintien de la paix de l’ONU. Un panneau porte sur la crise d’octobre 1970 et une petite place est faite aux vétérans canadiens de la guerre du Viêt-Nam. Le point marquant de cette galerie est la projection de deux documents audiovisuels. Le premier relate l’histoire de la participation canadienne aux missions commandées par l’ONU. Le second est une projection d’environ un quart d’heure servant à rappeler que la violence et la guerre font toujours partie de notre quotidien. Ces deux projections sont très émouvantes et d’actualité, et le visiteur est invité à réfléchir à l’avenir de l’humanité quand il aura quitté la galerie.

Le tour de cette partie de l’exposition se termine par la visite du salon d’honneur de la Légion royale canadienne. Cette salle expose les articles commémoratifs produits pour souligner la participation des Canadiennes et Canadiens aux nombreux conflits auxquels le Canada a participé.

Le visiteur descend ensuite dans la salle de la Régénération où il peut admirer les modèles ayant servi à la confection du monument commémoratif érigé sur la crête de Vimy en France. Cette salle communique directement avec la galerie LeBreton où sont exposés de nombreux véhicules militaires et pièces d’artillerie de toutes sortes qui, avant, logeaient à la maison Vimy. En faisant le tour de la salle, le visiteur a un accès visuel à la voûte de conservation du musée. Le corridor ramenant le visiteur au hall d’entrée est tapissé de nombreux tableaux de la collection Beaverbrook et de parties avant de carlingues de bombardiers canadiens ayant été agrémentées de dessins par les équipages.

La visite se termine par une période de recueillement dans la salle du Souvenir où est exposée la pierre tombale qui identifiait la tombe du soldat inconnu et d’autres monuments gravés à la mémoire de soldats canadiens qui sont tombés lors de missions de l’ONU. La pierre du soldat inconnu est positionnée de manière à ce que la lumière du soleil l’éclaire à 11 heures précises, chaque 11 novembre.

On peut enfin vraiment dire, plus de 80 ans après que l’idée ait germé, que le Canada a un musée national d’histoire militaire. Toutefois, et comme rien n’est parfait, voici quelques critiques qui pourraient servir à améliorer le contenu de l’exposition. D’abord les points positifs : l’exposition s’est beaucoup améliorée en comparaison de ce qui était présenté auparavant. Pédagogiquement parlant, l’interactivité proposée avec l’usage du multimédia rend l’expérience plus enrichissante et permet d’intéresser un plus large public. Les guides, malgré qu’ils soient trop rapidement formés, sont meilleurs qu’avant et ils ont de meilleures ressources pour répondre aux questions des visiteurs. Le simple fait de pouvoir obtenir immédiatement par radio l’avis d’un historien améliore le service à la clientèle. Les maquettes jouent maintenant un rôle plus éducatif que décoratif. Les décors créent une atmosphère qui sert à mieux s’absorber dans le contexte.

Maintenant, ce qu’on pourrait améliorer : les textes des panneaux contiennent beaucoup trop de fautes d’orthographe et/ou de traduction. Les francophones sont pratiquement relégués au statut de minorité visible malgré leur appartenance à un des peuples fondateurs et seuls les actes individuels de membres des différents peuples permettent de les distinguer des autres Canadiens. En fait, l’exposition transpire d’une volonté de faire disparaître les distinctions entre les nombreux peuples qui forment la population canadienne. Il en émane une volonté politique d’unité nationale et il est remarquable de voir que la description des événements tente de masquer ces tensions qui ont si souvent divisé le Canada de par le passé. Il ne faut toutefois pas se leurrer, chaque musée a une visée politique et un musée national plus que tout autre. Bien que le MCG soit ouvert depuis le mois de mai 2005, j’ai constaté lors de mes deux visites (la première en juin et la deuxième en septembre) qu’il restait beaucoup à faire pour que l’exposition soit complète. Certaines maquettes n’étaient pas encore terminées et certains écrans tactiles ne fonctionnaient toujours pas. De plus, certains des artefacts et tableaux exposés n’avaient pas encore leur fiche descriptive.

En terminant, on peut affirmer que le Canada possède maintenant un musée d’histoire militaire national digne de ce nom, même s’il reste encore beaucoup à faire pour que les expositions atteignent leur plein potentiel. Le nouveau Musée canadien de la guerre offre enfin aux Canadiens un intermédiaire nécessaire à la commémoration des sacrifices consentis par des générations d’hommes et de femmes qui, aujourd’hui encore, travaillent à construire un monde meilleur malgré toutes les embûches rencontrées le long du parcours. Il a fallu attendre plus de 80 ans avant que ce projet se réalise. On peut maintenant dire avec soulagement : mieux vaut tard que jamais.

Train de Héros

photographies de Mac Johnston

En ces temps de conflits, de troubles et de terrorisme autour du monde, l’année de l’ancien combattant a fait vibrer une foule de Canadiens. Elle a retenti à travers le pays en 2005, suscitant une appréciation des anciens combattants du Canada en tant que héros, comme ce n’est pas arrivé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour les vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui nous restent, il s’agissait de se trouver sous les projecteurs au crépuscule de leur vie. Cela n’a pas été plus évident que dans le train spécial du jour du Souvenir de Via Rail qui a quitté Halifax pour se rendre à Ottawa à la cérémonie du jour du Souvenir le 11 novembre.

“On s’est amusés en masse”, dit le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Bill Jenkins, âgé de 89 ans, de la filiale Colchester de la Légion, de Truro (N.-É.). “On s’est marrés comme des fous tout le long du voyage. J’ai été ébahi du nombre de gens qui se sont assemblés à chaque gare, c’était incroyable. Au milieu de la nuit, à minuit, on est passés par un endroit appelé Campbellton (N.-B.). Je parie qu’il y avait trois, cinq cents personnes qui étaient là en train d’agiter des drapeaux. Et c’était une nuit venteuse et froide. C’est le genre de réception qu’on a eu à chaque arrêt de gare qu’on a fait entre Halifax et Ottawa.”

En fait, à Campbellton, nous avons été accueillis par le conseil municipal, des cadets et un orchestre de cornemuses. Le maire est monté à bord du train et a distribué des épingles municipales aux passagers qui ne s’étaient pas encore couchés. Quelques minutes après, de nouveau en route, nous ralentissions à nouveau au petit village de Tide Head (N.-B.) où quatre véhicules d’extinction, plusieurs voitures de patrouilles et les phares de nombreux autres véhicules illuminaient la noirceur alors que les résidents locaux faisaient fi du froid nocturne, et du fait que le train avait 90 minutes de retard, pour faire montre de leur appréciation envers les anciens combattants qui se trouvaient à bord.

C’était comme ça le long du chemin. En Nouvelle-Écosse, les grandes foules à Truro et à Amherst comprenaient de nombreux écoliers qui portaient des écriteaux en signe de reconnaissance. Le plus commun était l’écriteau Thank You (merci), publié dans le Halifax Chronicle Herald, où le “o” était remplacé par un coquelicot. Il y avait aussi des écriteaux faits à la main. Il y avait des écriteaux aux plates-formes des gares et d’autres étaient portés par des spectateurs dans les villages comme Westchester Station et nombre de passages à niveau à travers la campagne.

Et ça s’est passé ainsi également de Sackville (N.-B.) à Moncton, où la gare de trains avait été décorée et où un orchestre et des anciens combattants sont montés à bord. Ensuite nous sommes passés par Miramichi, par Bathurst, par Campbellton et ailleurs. Chaque arrêt était un petit peu plus long que prévu et le train prenait du retard, mais une bonne partie du temps a été rattrapé durant la nuit alors que le train roulait vers l’ouest à travers le Québec.

Nous avions quitté Halifax en début d’après-midi, mercredi le 9 novembre, lors d’adieux avec tapis rouge de la lieutenante-gouverneure Myra Freeman, la musique de Stadacona des Forces maritimes de l’Atlantique et le passage du flambeau cérémonial par un ancien combattant à un jeune. Le lendemain matin, à Saint-Lambert (Qc), nous avons été reçus à nouveau par des spectateurs qui poussaient des acclamations. C’est là que Paul Côté, le président-directeur général de Via Rail, est monté à bord du train. Il a pris la parole à l’intercom et remercié les anciens combattants d’avoir pris le train et d’en avoir fait une occasion spéciale. Il est ensuite passé à travers plusieurs des voitures pour saluer les passagers.

Ensuite, il y a encore eu des spectateurs à Dorval (Qc). Et puis, grâce à des arrangements spéciaux, nous sommes passés directement de notre train au train de passagers Montréal-Ottawa. D’autres spectateurs nous ont acclamés à Alexandria (Ont.), la dernière partie du voyage en direction ouest. Après 24 arrêts, nous sommes arrivés à la capitale nationale, vers midi, jeudi le 10 novembre. La ministre Albina Guarnieri d’Anciens combattants Canada, un orchestre et une garde d’honneur de la Légion étaient présents à la gare et des centaines de spectateurs y acclamaient les anciens combattants. C’était un moment passionnant.

Le train du jour du Souvenir est exceptionnel de plusieurs manières. Avec un parc roulant de 33 unités, c’était le train de passagers le plus long du Canada Atlantique depuis nombre d’années; personne ne sait exactement depuis combien. En fait, Via Rail a dû faire venir des voitures supplémentaires de l’Ouest du Canada et de Gaspé pour en arriver à la configuration finale de trois locomotives, trois wagons-restaurants, 21 voitures-lits, trois voitures ordinaires, un fourgon à bagage, une “sky-car” et un vistadôme.

Via Rail a transmis un message aux passagers : “La voie ferrée est le grand symbole du Canada, la chaîne de rails en acier et traverses de bois qui relie les diverses parties de notre pays. Les soldats canadiens roulaient sur les rails vers l’est durant les guerres mondiales lors de leur transport vers les champs de bataille européens. Et maintenant, aujourd’hui, des anciens combattants survivants et leur famille s’en servent pour aller vers l’ouest afin que la nation puisse rendre hommage comme il faut à leur bravoure et pour commémorer ceux qui sont morts au combat et ceux qui, y ayant survécu, ont trouvé la mort par la suite.

“Ne les oublions pas. N’oublions pas le prix que nos soldats ont payé pour nous protéger du mal et assurer notre liberté et notre prospérité. Via Rail Canada est honorée de recevoir le train du jour du Souvenir, et nous sommes honorés de votre présence. Merci de tout ce que vous avez fait et de tout ce que vous êtes.”

À bord du train, quelque 275 anciens combattants étaient le coeur et l’âme des 460 passagers, plus environ 20 membres des médias. Il y avait une équipe de Via de 38 personnes; habituellement ils ne sont que 10 pour faire ce trajet. “C’est quelque chose qui n’arrive qu’une seule fois dans la vie de quelqu’un”, dit la gérante des services Norma Babineau, la patronne du train.

C’était la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale qu’un train avait trois wagons-restaurants, et chacun avait trois services au dîner et au souper. Certains passagers et membres des médias en sont venus à l’appeler “le train de soldats”. Quel qu’en soit le nom, l’atmosphère était enjouée.

Wilf Clouthier d’Arnprior (Ont.), âgé de 83 ans, un vétéran des Governor General’s Foot Guards de la Seconde Guerre mondiale et son épouse Nancy, âgée de 78 ans, sont montés à bord à Halifax pour faire le voyage de retour jusqu’à Ottawa. Leur voyage était un cadeau que leur faisaient leurs 11 enfants. “Mon épouse était une épouse de guerre et nous voulions aller voir le quai 21 (où elle a atterri en arrivant au Canada)”, dit Wilf. “Et en même temps, c’est notre 60e anniversaire… Le voyage a été super, incroyable. La grandeur et la manière dont il a été organisé. Il n’y a eu aucune bévue, nulle part. Il n’y a rien qu’on puisse vouloir et qu’on ne puisse pas aller chercher, ou bien on nous l’apporte. Nous en jouissons certainement.”

À Ottawa, beaucoup des voyageurs sont descendus à l’hôtel Delta à un prix spécial, alors que 75 à peu près allaient dormir aux logements militaires spartiates et moins dispendieux du Polygone de Connaught, à l’extérieur de la ville. Anciens combattants Canada faisait la navette aux manifestations majeures pour ces deux groupes. Le reste des voyageurs se sont arrangés tout seuls en ce qui concernait le logement.

Les gens du train ont assisté à la cérémonie nationale du souvenir au Monument commémoratif de guerre du Canada vendredi le 11, bien sûr, et la plupart ont visité le nouveau Musée canadien de la guerre l’après-midi. Le samedi, ils sont montés à bord d’un autre train pour le voyage de retour chez eux, un voyage qui allait se terminer à Halifax dimanche après-midi.

L’objet de tout ça était d’assister à la cérémonie du jour du Souvenir de l’année de l’ancien combattant. L’assistance au Monument commémoratif de guerre du Canada était bien plus nombreuse que d’habitude (quelque 25 000 spectateurs) alors il y en a qui ne voyaient pas très bien malgré les deux écrans géants, mais cela ne les a pas découragés.

“J’ai trouvé ce service commémoratif fantastique”, dit Jenkins, un lieutenant du 1er Bataillon de parachutistes du Canada durant la Seconde Guerre mondiale qui par la suite a été président du Nova Scotia Agricultural College. “Émouvant, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement, mais l’organisation de tout ça. Qui que ce soit qui ait organisé ça (la Direction nationale de la Légion royale canadienne) mérite d’en être grandement félicité. Il a fallu beaucoup de travail pour tout ça. Des milliers de personnes se sont assemblées. Je n’ai jamais vu une célébration comme celle-là. […] À mes yeux c’était un spectacle fantastique. […] Le temps était beau et d’après moi c’était un des jours les plus mémorables de ma vie. C’est quelque chose qu’on n’oubliera jamais et je suis sûr que je parle pour les anciens combattants de partout au pays.”

Via a entrepris d’organiser le train du jour du Souvenir non pas pour le profit, mais en tant que projet de solidarité. C’est Ron Jackson, l’agent en chef des ventes au comptoir d’Halifax, qui en a eu idée en février. Fils d’un vétéran de la Marine royale du Canada de la Seconde Guerre mondiale, il en a parlé à certains de ses collègues et, quand il a testé le concept lors de présentations dans plusieurs filiales de la Légion et clubs de service, on lui a demandé d’accepter des réservations. La direction a manifesté autant d’enthousiasme, et le travail d’étoffer le concept fut lancé.

De dire Warren Hutt, président du local 4005 des Travailleurs canadiens de l’automobile qui représente les employés de Via au Canada Atlantique : “Nous avons pensé que c’était une idée fameuse du tout début […]. Ça fait plaisir de voir les membres ordinaires qui ont de bonnes idées et que la compagnie les accepte […]. De plus, c’est l’année de l’ancien combattant et je pense que cela touche presque toutes les familles d’une façon ou d’une autre, et nous savions tous que c’était une chose fantastique à faire.” Hutt fit une observation intéressante : “C’est comme ça que beaucoup des vétérans de la guerre sont rentrés chez eux.”

Beaucoup de gens et d’organisations y ont participé, y compris ACC et l’Armée du salut. Atlantic Superstore mérite une mention spéciale. De remarquer Ron Jackson : “Je les ai approchés et quelques heures après ils avaient accepté. Ils pensaient qu’il s’agissait de quelque chose qui fait plaisir. Ils n’ont pas hésité. J’ai tout demandé et ils ont tout fourni. Je voulais des côtes de boeuf, du saumon et du poulet, et plus de desserts que les gens auraient pu manger. Atlantic Superstore n’a pas hésité et ils ne cherchaient pas à obtenir grand-chose. Ils ont dit, ‘Nous ne voulons pas de publicité tapageuse. Nous voulons qu’on se concentre sur l’ancien combattant’, et c’est ce qu’on pensait depuis le début.”

La continuation de la commémoration était le thème sous-jacent aux yeux des organisateurs de Via. Sous la direction de l’agente des billets Nancy Risser, de Via, la gare de trains d’Halifax a été décorée à la manière des années 1940. “[…] Ma première idée était le coquelicot devant la gare, où il y avait une horloge autrefois […] et le reste m’est venu sans cesse, avec les trois sections d’exposition, l’armée, l’aviation, la marine, et une attention spéciale pour les femmes à la guerre”, dit-elle. “Et ensuite est venue l’idée des muffins et de vendre le café vingt-cinq sous, le stand de cirage de chaussures, la grande murale, une murale de 44 pieds de long en arrière. Ç’a commencé petit à petit, et ç’a grandi encore et encore.”

Trois musées locaux ont participé à la recréation de l’atmosphère de la Seconde Guerre mondiale et de ses trains de soldats, qui étaient le moyen de transport principal du personnel des services à travers le pays. Alors pour les gens d’un grand âge, c’était un sentiment de nostalgie.

Pour les quelques milliers d’écoliers qui ont visité la gare en groupes de classe, c’était une occasion d’apprendre.

Beaucoup ont signé un livre d’or. Le commentaire le plus fréquent était “Merci”, mais il y a eu beaucoup d’autres choses, comme : “Très bien. Beau travail.” “Je vais me souvenir.” “J’ai beaucoup appris. Merci.”

Le projet a aussi été apprécié par le personnel de Via. De dire Risser : “J’adore ça et j’apprends tellement de choses, c’est une partie extra et je m’amuse comme n’importe qui. Oui, c’est du travail, mais on aime beaucoup. Je suis une personne émotionnelle et j’ai rencontré de nombreux anciens combattants, et j’avais les larmes aux yeux et tout, alors j’aime ça.”

Durant les derniers 12 mois, l’accrochage à Anciens combattants Canada était : “2005 est l’année de l’ancien combattant : Célébrer. Honorer. Remercier. Se souvenir. Enseigner.” Aussi étonnant que ça puisse paraître, le train du jour du Souvenir a atteint les cinq objectifs.

Un jour du Souvenir cérémoniel

Pour les Canadiens qui ont servi dans des endroits comme Ortona, Caen, Kap’yong, Nicosie, Bihac et Kandahar, la cérémonie du jour du Souvenir de 2005 à Ottawa a été un moment historique d’une année importante, l’année de l’ancien combattant.

Ce fut une cérémonie classique, pleine de rituels familiers. Un obusier du 30e Régiment d’artillerie de campagne a détoné un salut craquant, les voix hautes et douces du Central Children’s Choir d’Ottawa se sont élevées vers le ciel et, lors de ce qui était peut-être la manifestation de commémoration la plus éloquente, une foule, la plus grande de ces derniers temps (plus de 25 000), s’assemblait autour du Monument commémoratif de guerre du Canada pour présenter ses respects en ce jour automnal venteux.

De là où se trouvaient les anciens combattants, près de la base du monument, il y avait foule à perte de vue. Les spectateurs étaient serrés les uns contre les autres, le long de la rue Sparks, massés autour des édifices du Parlement et le long de la rue Elgin. “Je ne connais pas de meilleur endroit où rendre hommage aux disparus. Ottawa est fermée, ni plus ni moins. Tout le monde s’arrête pour se souvenir”, dit Albert Vollick, un membre de la filiale Long Branch de Toronto qui a servi dans l’Artillerie royale canadienne à des batailles allant de Monte Casino en Italie à Apeldoorn aux Pays-Bas.

Non seulement la foule rendait-elle hommage aux morts, elle reconnaissait aussi les vivants. Des milliers d’anciens combattants, de cadets et de membres des Forces canadiennes ont participé au défilé qui a passé devant la foule assemblée. Les applaudissements et les acclamations retentissaient autour de la place.

En plus du vent froid, de la grande foule et des anciens combattants qui défilaient fièrement, de la vraie histoire canadienne était créée en ce 11 novembre à Ottawa. Avec la dédicace du septième Livre du Souvenir, de nouvelles générations de morts ont fait leur chemin jusqu’à la Chapelle du Souvenir dans la Tour de la Paix, et dans la mémoire officielle du Canada. Le livre contient actuellement les noms de 1 300 membres des Forces canadiennes qui sont morts au service de la patrie depuis 1947.

La cérémonie du dévoilement du livre a eu lieu avant la cérémonie du jour du Souvenir. Elle avait lieu dans le Hall d’honneur des édifices du Parlement. Bien que ce soit la Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, qui ait célébré la dédicace officielle, c’est la mère de la croix d’argent Claire Léger et son époux Richard qui ont fait de la manifestation qu’elle était fortement significative.

Quelques instants après le dévoilement, les parents étaient menés au livre où ils ont versé des larmes. “L’ouverture du septième Livre du Souvenir est ce dont je vais me souvenir le mieux parce que le nom de notre fils y est écrit”, dit Claire dont le fils, le sergent Marc Léger, a été tué près de Kandahar (Afghanistan) en 2002 quand son unité a été bombardée par erreur par un pilote états-unien. “Marc disait souvent que les Canadiens n’avaient aucune idée de ce que font les casques bleus, alors c’est très très spécial parce que ça sert à démontrer qu’ils ont obtenu la place qui leur revient de droit : ils vont se trouver à la Tour de la Paix pour que tout le monde puisse s’en souvenir et c’est très très important à mes yeux.”

Pour Claire, qui a été choisie par la Légion royale canadienne en tant que mère de la croix d’argent, représenter toutes les mères canadiennes était un fardeau que l’on pouvait lire sur son visage tout au long de la cérémonie au Monument commémoratif de guerre du Canada. Avec son mari à ses côtés, et la Gouverneure générale qui lui offrait son soutien, Claire en pleurs était le portrait de la grande tragédie de la guerre. “Nous sommes reconnaissants et extrêmement tristes pour tous les parents qui ont perdu leur fils ou leur fille”, dit Claire. “C’est presque comme un gros poids sur les épaules parce qu’on sait qu’on se tient là pour leur fille ou pour leur fils. C’est comme des funérailles et mes larmes coulent pour tous leurs enfants autant que pour le nôtre.”

Durant la cérémonie, les Léger étaient au milieu et devant. À leurs côtés, il y avait le Premier ministre Paul Martin, la Gouverneure générale, la présidente nationale Mary Ann Burdett, le général et chef d’état-major de la défense Rick Hillier, la ministre des anciens combattants Albina Guarnieri et le président de la Chambre des communes Peter Milliken. Au fur et à mesure que la cérémonie allait de l’avant, chaque membre du groupe vice-royal déposait une couronne devant la tombe du Soldat inconnu.

Sept jeunes hommes et femmes étaient aussi au centre et en avant, qui avaient été choisis par la Légion pour représenter la jeunesse à la cérémonie. Les quatre gagnants des concours nationaux littéraires et d’affiches de la Légion (Nathan MacLeod, Mari Sakamoto, Angela Malec et Melanie De Andrades) se sont joints aux trois premiers cadets : la cadette de la marine Christine Robidoux, la cadette de l’armée Shannon Potvin et le cadet de l’air Danilo Jankovic. Ensemble, ils ont déposé une couronne de la part de la jeunesse du Canada.

À part la cérémonie, il y avait un certain nombre d’autres manifestations dans et autour d’Ottawa durant la semaine du souvenir. En plus du dévoilement du septième Livre, il y a eu une veillée funèbre à la chandelle, un dîner spécial pour anciens combattants auquel assistait également le Premier ministre, et l’arrivée d’un Train de la journée du Souvenir appartenant à Via Rail, un voyage singulier qui amenait 275 anciens combattants à Ottawa.

L’événement solaire au nouveau Musée canadien de la guerre, qui n’a lieu qu’une seule fois par année, augmentait le sentiment événementiel à la cérémonie de cette année. La foule silencieuse qui entourait le Monument commémoratif de guerre du Canada a regardé l’événement sur de grands dispositifs d’affichage alors que le soleil, à 11 heures précises, illuminait l’artefact isolé dans la Salle du Souvenir du musée : la pierre tombale du Soldat inconnu de la Première Guerre mondiale.

Ce jour du Souvenir était celui du 87e anniversaire de la fin de la Grande Guerre. Bien que cinq Canadiens vétérans de cette guerre fussent encore vivants, aucun n’avait pu se déplacer jusqu’à Ottawa. Malgré cela, il y avait des milliers de vétérans de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée et d’anciens combattants des temps plus modernes qui se tenaient debout côte à côte à la cérémonie. Il était clair que c’était le moment de s’unir. “N’importe où l’on a servi”, dit Vollick. “Quand on offre sa vie, cela n’a pas d’importance où l’on arrive à la fin.”

Robert Waudby, âgé de 81 ans, habite à Lindsay (Ont.), mais il est membre de la filiale Peterborough depuis longtemps. Cet ancien membre de la Royal Hamilton Light Infantry, qui est allé se battre en France, en Belgique et en Hollande, s’était rendu à la cérémonie nationale du jour du Souvenir pour la première fois, et il dit que c’était pour une raison en particulier : son fils lui avait demandé de venir.

Pour Waudby, le jour du Souvenir n’est pas seulement une manifestation symbolique, c’est une occasion de rendre hommage à ses amis qui ne sont jamais revenus, des gars comme le caporal Schwartz de la Colombie-Britannique qui a mis le pied sur une mine près de Bergen op Zoom, aux Pays-Bas.

Dans son discours au groupe assemblé, la présidente nationale Burdett reliait parfaitement les deux thèmes que sont la jeunesse et la commémoration. “Smokey Smith VC nous disait autrefois que les vrais héros sont ceux qui sont morts”, dit-elle, dirigeant son regard vers les Léger, “et votre fils est un héros, pour tous les Canadiens, à jamais”. Ensuite, Burdett s’est tournée vers les cadets et les gagnants des concours “et vous, les jeunes, allez vous assurer que ce sacrifice vive à jamais et que personne n’oublie jamais”.

Pour MacLeod, dont l’affiche en couleurs comportant les yeux d’un ancien combattant lui a valu le voyage à Ottawa, maintenir l’esprit du souvenir parmi les jeunes du Canada est une mission en laquelle il croit. “C’est la principale occasion que nous avons d’honorer les gens qui se sont battus pour nous donner la liberté”, dit MacLeod.

Les Léger ont été occupés durant toute la semaine du souvenir, bien sûr, mais on leur a aussi demandé plusieurs fois durant l’année de l’ancien combattant d’assister à des cérémonies et à des manifestations. Heureusement qu’ils se passionnent pour l’éducation des Canadiens à propos du rôle et de l’histoire des mainteneurs de la paix. Les deux parents pensent qu’on ne fait pas assez pour reconnaître les sacrifices que les gens comme leur fils sont en train de faire. “Je pense qu’à moins que la personne qui est tuée soit un être qui leur est cher, la plupart des Canadiens ne reconnaissent pas ça”, dit Claire.

Claire est d’accord avec Burdett que c’est la jeunesse du Canada qui va vraiment faire une différence pour ce qui a trait au souvenir. “Il ne s’agit que d’éduquer les gens, comme pour n’importe quoi. Richard et moi avons décidé de nous-mêmes d’aller dans les écoles parler de ce que les mainteneurs de la paix sont en train de faire et nous espérons que ça va servir, parce que les enfants sont excellents quand il s’agit d’éduquer leurs parents. Mais bien entendu, il faut plus que cela, il faut beaucoup plus que cela, mais c’est un début et nous essayons; nous savons que c’est ce que Marc aurait voulu.”

Une autre indication que les temps changent, cette année et plus que jamais auparavant, les Léger ont agit tous les deux en tant que parents de la croix d’argent; ce n’était pas seulement une mère de la croix d’argent que nous avions. Bien que ce soit vrai que Richard et Claire semblent exceptionnellement près l’un de l’autre (l’un termine souvent la phrase de l’autre) les deux sont d’accord qu’il faut deux parents pour élever un enfant, et c’est pareil quand il s’agit d’en pleurer un. “C’est très dur pour moi d’être reconnue et que Richard ne le soit pas, parce que nous avons élevé Marc ensemble”, dit Claire. “Ce n’est pas que nous n’apprécions pas, et ce n’est pas que je me sente exclus. C’est simplement qu’il est notre enfant”, dit Richard.

“Nous l’avons élevé ensemble”, dit Claire. “Nous sommes mariés depuis 32 ans et nous n’avons jamais été séparés. Nous l’avons élevé en couple. Mais la tradition ne se termine pas facilement.”

La cérémonie de cette année a aussi donné lieu à une certaine controverse. Il y avait un petit groupe, y compris des anciens combattants, le long de la route du défilé, qui croient que Michaëlle Jean n’est pas acceptable en tant que Gouverneure générale. Ces gens, environ 25 d’entre eux, ont tourné le dos à Jean quand elle est passée.

Bien avant la cérémonie, la Légion avait clairement indiqué son point de vue concernant une protestation possible lors du jour du Souvenir qui s’adresserait à la Gouverneure générale. “Une telle façon d’agir serait une honte, ainsi qu’une offense à l’endroit de Sa Majesté et à la mémoire de nos camarades tombés au combat”, écrivait Mary Ann Burdett dans un communiqué de presse annoncé à grand renfort de publicité. “L’objet de la cérémonie nationale du jour du Souvenir est de permettre aux gens de rendre hommage aux morts de guerre du Canada et non de protester une nomination amorcée par le gouvernement du Canada sans égard à la façon dont elle pourrait être inacceptable d’après certains individus. Tourner le dos à la Gouverneure générale, c’est tourner le dos à tout ce que cette fonction représente et profane la mémoire des morts et le pays pour lequel ils ont combattu. La Légion royale canadienne croit qu’une protestation individuelle est l’un des droits pour lesquels nos anciens combattants se sont battus, mais elle croit fermement aussi qu’il existe un moment et un endroit pour protester, et que la cérémonie nationale du jour du Souvenir n’est ni le moment ni l’endroit de le faire.”

En fin de compte, toutefois, ce petit incident n’a pas déconcerté Jean, dont l’excellent et éloquent discours sur le septième Livre a sûrement fait plaisir aux anciens combattants qui assistaient à la cérémonie. “Ce livre est exceptionnel en ce qu’il ne sera jamais fermé. Il va servir à commémorer ceux qui ont donné leur vie pour le Canada durant les générations à venir”, dit-elle. “Ce (livre) comporte aussi une note d’espoir, parce que c’est un testament à la volonté de nos militaires, femmes et hommes, d’apporter la paix et la sécurité à un monde troublé.”

Gloria Frazer était une des autres invités d’honneur au dévoilement du livre. Le capitaine Keith Mirau, qui est mort en même temps que huit autres casques bleus en 1974 quand son avion a été abattu au-dessus de la Syrie, était son mari. Frazer résumait les sentiments de nombre de mainteneurs de la paix, et d’autres, à Ottawa, le 11 novembre. Il s’agissait d’un jour du Souvenir important, pas seulement pour les anciens combattants et leur famille, mais un jour dont les meilleurs historiens, les jeunes, vont se rappeler pendant des années. “Il a fallu bien des années pour en arriver à cette reconnaissance”, dit Frazer, “mais je me sens très honorée d’être ici”. C’est la vraie histoire canadienne, ce sont là des choses que ma petite-fille va savoir.”

Il faut corriger une injustice

Anciens combattants Canada a fixé le 1er avril comme date de la mise en application de la Loi sur la rééducation et l’indemnité des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants, laquelle est souvent appelée la nouvelle Charte des anciens combattants. La loi a reçu la sanction royale le 13 mai, mais les détails concernant la mise en application n’ont pas encore été annoncés.

Bien que l’ensemble arrive vraiment à point nommé, il y a encore des domaines dont on se soucie. La manière dont le Régime d’assurance-revenu militaire s’occupe de l’invalidité de longue durée en est un. L’ILD du RARM garantie aux membres des Forces canadiennes 75 pour cent de leur ancien salaire pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans s’ils sont remis à la vie civile à cause d’une invalidité résultant du service. Les paiements peuvent continuer jusqu’à l’âge de 65 ans si le membre reste invalide. Toutefois, l’ILD du RARM ne paie pas nécessairement les 75 pour cent au complet. En fait, on tient compte de toute autre source de revenu que l’ancien membre obtienne et cela neutralise le montant que le RARM paie directement.

Malheureusement, la pension d’invalidité que paie ACC, bien qu’on ne la considère pas comme un revenu car elle est en réalité un avantage d’invalidité servant d’indemnité suite à quelque blessure soufferte en service, est considérée comme une source de revenu par le RARM. C’est intrinsèquement injuste.

Il n’y a aucune logique à ce que le RARM considère les avantages de pension d’invalidité payés par ACC comme étant un revenu, surtout quand les membres encore en service peuvent recevoir une pension d’invalidité d’ACC alors qu’ils ont encore leur salaire au complet. Un membre ayant une pension d’invalidité de 20 pour cent pourrait continuer à servir dans les Forces canadiennes. Pour autant que cela ne s’aggrave pas, il devrait continuer à recevoir au moins ce montant, libre d’impôt, le reste de ses jours. S’il sert encore pendant 20 ou 25 ans, il pourrait finir par atteindre une pleine pension de retraite. Sa pension d’ACC ne serait jamais en danger, ni ne la considérerait-on comme un revenu, même après qu’il ait pris sa retraite.

Un autre membre pourrait être blessé bien plus gravement, au point où il serait rendu à la vie civile comme étant inapte pour raison de santé. On lui octroierait une pension d’invalidité d’ACC de 70 pour cent. Son affaiblissement serait si grave qu’il n’aurait guère de chances d’obtenir d’emploi au civil. S’il n’a que quelques années de service, il n’aura pas droit à une pension de retraite. D’après les avantages d’ILD du RARM, il n’aura droit qu’à 75 pour cent du salaire qu’il touchait dans les FC. Malheureusement, la valeur de la pension que lui remet ACC sera soustraite de ce que lui paie l’ILD du RARM.

Les nouvelles mesures vont probablement servir à corriger cette injustice. Toutefois, ces dispositions ne seront pas rétroactives. Les paiements d’ILD du RARM vont continuer à être réduits du montant que l’ancien combattant reçoit d’ACC selon la Loi sur les pensions. Il est temps, maintenant, que la Défense nationale et le RARM corrigent cette injustice.

Éditorial – Ç’a été une très bonne année

Nous avons dit adieu à 2005, l’année de l’ancien combattant. L’année de célébrations, que la Légion royale canadienne a proposée, a été réussie de bien des manières. Suscitée par le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’année a commencé par une annonce officielle faite au Sénat durant la semaine de l’ancien combattant de 2004.

La Légion et le ministère d’Anciens combattants Canada ont tous deux produit des épingles à revers et d’autres souvenirs. La Monnaie royale canadienne a émis des pièces de circulation et de commémoration. ACC a organisé un pèlerinage aux Pays-Bas en l’honneur du jour J, un autre en France et en Belgique avec des dirigeants aborigènes et encore un autre à Hong Kong. À Ottawa, au mois d’août, ont aussi eu lieu plusieurs manifestations pour célébrer le jour de la victoire au Japon. La Légion royale canadienne a été l’hôtesse d’un congrès triennal de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth à Ottawa. L’ouverture du nouveau Musée canadien de la guerre a été un moment de fierté. Il y a eu un autre moment spécial : le dévoilement du septième Livre du Souvenir.

Mais l’accomplissement suprême a été l’annonce par la ministre des anciens combattants Albina Guarnieri d’une nouvelle Charte des anciens combattants. On s’est occupé des besoins des membres actuels des Forces canadiennes et de ceux qui ont été remis à la vie civile dernièrement, ainsi que de leur famille, d’une manière vigoureuse rappelant la Charte des anciens combattants originaire aux avantages qui avaient été préparés pour les vétérans de la Seconde Guerre mondiale revenant au pays.

La nouvelle charte reconnaît que l’âge moyen des membres quittant les Forces canadiennes est de 36 ans. L’ensemble comprend des services de rééducation, des avantages de santé, une assistance de placement, un soutien économique et des octrois d’invalidité. Les détails sur la manière dont ces avantages vont être administrés n’ont pas encore été annoncés et les organisations d’anciens combattants vont être vigilants à propos de tout domaine qui laissera à désirer.

Tout compte fait, beaucoup a été accompli à partir d’une idée simple. Des petites et grandes manifestations ont eu lieu à travers le pays et nos anciens combattants et leur famille se sont réjouis de l’appréciation publique.

Un retour spirituel au pays

photographies de Natalie Salat

Leur esprit égaré a finalement été rappelé chez eux. Leurs restes gisent peut-être encore en terre européenne mais, suite à une cérémonie spéciale sur la terre même où ils se sont battus, l’esprit de centaines de soldats aborigènes canadiens qui ont donné leur vie aux deux guerres mondiales est accueilli à leur foyer ancestral, au Canada.

Parmi ces âmes se trouve celle de grands-oncles de Dakota Brant, une jeune femme de 18 ans. L’adolescente au parler bien articulé, une descendante du chef mohawk du 18e siècle Joseph Brant qui s’est battu aux côtés des troupes britanniques à la guerre de sept ans, faisait partie des 13 jeunes Canadiens qui s’étaient joints à la délégation de 300 personnes lors d’un voyage spirituel en France et en Belgique, lequel a eu lieu du 26 octobre au 4 novembre. Pour Brant, qui étudie actuellement la langue mohawke et qui donne un coup de main à la Légion près de chez elle à Ohsweken (Ont.), c’était non seulement une occasion de rencontrer d’autres anciens combattants, mais de se rattacher à son passé. “Je veux demander à ma famille d’organiser un festin pour mes oncles. Dans la culture mohawke, on honore les morts par des festins. (Mes oncles) sont morts il y a plus de 60 ans, mais on n’en a peut-être jamais fait.”

Pendant bien des années, les peuples indigènes du Canada n’avaient pas les mêmes droits que la plupart des citoyens. Leurs cultures étaient aussi en danger à cause, entre autres, du pensionnat obligatoire décrété par le gouvernement. Ils n’avaient pas le droit de vote avant 1960 et, maintenant encore, ils continuent à chercher des règlements de revendications territoriales et à obtenir des indemnités suite aux injustices passées. Toutefois, quand les appels à la guerre ont été lancés, en 1914, 1939 et 1950, les Canadiens aborigènes ont répondu en grand nombre. À Anciens combattants Canada, on dit que plus de 7 000 personnes appartenant aux Premières Nations ont servi à la Première Guerre mondiale, à la Deuxième Guerre mondiale et à la guerre de Corée, et on ne sait combien d’Inuits et de Métis ont également servi. Un groupe d’anciens combattants autochtones estime à 12 000 le nombre des Canadiens aborigènes qui ont servi aux trois guerres. Parmi ceux qui sont allés outre-mer à la Première Guerre mondiale, 300 ne sont jamais revenus. Plus de 200 ont perdu la vie à la Deuxième Guerre mondiale.

C’est le sage spirituel Ed Borchert, un Métis qui a été major dans la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et qui est actuellement à la retraite, qui a eu la vision en 1998 concernant le rapatriement de ces âmes. “Cette vision m’est venue sur les ailes d’un aigle, un cri des ancêtres…qu’il fallait ramener les esprits de nos guerriers morts chez nous”, dit Borchert. L’aigle a une place spéciale dans nombre de cultures autochtones, où il est considéré comme étant le messager du Créateur.

“Aux deux guerres mondiales, il y avait des cérémonies quand on envoyait nos soldats à la guerre”, dit-il, “mais, ceux qui ne sont pas revenus chez nous, nous n’avons jamais eu l’occasion d’assembler leurs esprits et de les ramener chez nous. (La cérémonie) est une chose vraiment nécessaire. Elle va permettre à nos familles d’en finir avec leur deuil.”

Le voyage spirituel, financé par Anciens combattants Canada et organisé conjointement avec un groupe de travail aborigène et Affaires indiennes et du Nord Canada, comprenait des sages spirituels, des anciens combattants aborigènes, des soignants, des membres du personnel ministériel et des dignitaires comme la ministre Albina Guarnieri d’Anciens combattants Canada, la Gouverneure générale Michaëlle Jean et la présidente nationale Mary Ann Burdett. Nombre des 52 groupes culturels composant les Premières Nations du Canada étaient représentés, comme l’étaient les Inuits et les Métis.

À la mi-octobre, la première vague de participants, dont Borchert, arrivait en Belgique pour construire une longue maison et des tipis qui allaient servir de site cérémonial dans les bois du mont Kemmel. Situé au sud d’Ypres, l’endroit avait été une installation militaire auparavant, et il se trouve dans une région où ont eu lieu des combats parmi les plus importants de la Première Guerre mondiale : la Flandre.

Trevor Gladue, un Métis d’Edmonton qui a servi en tant que soutien cérémonial, croit mieux comprendre maintenant ce que les soldats canadiens doivent avoir enduré. “Quand je suis arrivé ici, il pleuvait, le temps était morne et humide; nous avons travaillé dans la boue pendant les 10 premiers jours. (Pour venir ici) il nous a fallu conduire à travers ces tombes (militaires) tous les jours. C’était vraiment difficile, et on sentait vraiment cet esprit de mort et de tristesse.”

Heureusement que les Belges ont ouvert leur coeur à la délégation, et qu’ils ont donné la permission de désigner le terrain du mont Kemmel territoire canadien pour la cérémonie, ainsi que fourni du matériel et un soutien logistique.

Bernard Heens, le maire de la ville avoisinante de Heuvelland, dit que c’était “un grand honneur” pour lui et ses concitoyens de participer à la préparation de la cérémonie et apprendre la culture des Premières Nations, des Métis et des Inuits.

Ce pèlerinage inédit a commencé officiellement à Ottawa lors d’une cérémonie de départ, à l’aube, à l’île de Victoria. L’île, située au pied de la chute des Chaudières, servait autrefois d’escale aux peuples indigènes. Après la cérémonie eut lieu un dîner au Rideau Hall auquel assistaient le Premier ministre Paul Martin et la nouvelle Gouverneure générale, laquelle venait d’être installée dans ses fonctions. Le lendemain, un aérobus des Forces canadiennes déposait la délégation à Lille (France) sur une piste ensoleillée. Le chant et le son du tambour de Sam Wolf Leg et d’Adrian Goulet, des aides de cérémonie des Premières Nations de l’Alberta, ont ravivé les voyageurs au moins pendant un certain temps.

L’occasion permit à Goulet d’avoir une réunion de famille à laquelle il ne s’attendait pas et il put refaire connaissance avec son oncle Leo, un vétéran du jour J qu’il avait perdu de vue des années auparavant. L’aîné Goulet, un Métis de l’Alberta, était l’un des deux douzaines de participants autochtones anciens combattants. Ce légionnaire de 81 ans n’a toutefois pas eu beaucoup de temps pour bavarder car il a vite été emmené à un point de presse pour les médias du Canada et de la Belgique.

La mairie magnifique où avait lieu le point de presse a rappelé de mauvais souvenirs à Goulet. Elle lui rappelait le château d’Audrieu en Normandie, où les Allemands ont exécuté un certain nombre de prisonniers de guerre peu de temps après le jour J, y compris 22 qui comme lui étaient membres des Royal Winnipeg Rifles. “Nous étions près (du château) quand nous avons été capturés. Je ne sais pourquoi, les Allemands ont décidé de ne pas nous exécuter.”

Goulet se rappelle de la situation désespérée dans laquelle son régiment s’est trouvé, le 8 juin 1944, à 15 kilomètres à peu près des plages où il avait atterri. “Nous nous sommes fait massacrer. Ils avaient des chars et nous n’en avions aucun. Nous avions un PIAT (lance-bombes anti-chars d’infanterie). (Notre homme qui avait le PIAT) démolit un char, mais il a été repéré par l’autre et il s’est fait descendre. Et c’en était fini de notre anti-char.” Goulet a passé 10 mois cauchemardesques en tant que prisonnier des Allemands avant que la guerre finisse.

Malgré les atrocités commises par les gens de l’autre côté, Borchert a remarqué que les anciens n’ont pas honoré que les soldats alliés. “Selon notre tradition […] nous honorons nos ennemis parce que ce sont des guerriers aussi. Il y a un (cimetière) un peu plus loin le long de la route, celui de Langemarck. Quand on y entre, les esprits hurlent pour se faire reconnaître. Nous les avons déjà honorés avec nos chansons, pour qu’ils puissent se reposer.” Quant à la manière dont on procède pour les ramener chez nous, dit Borchert, “nous allons chanter, nous allons les honorer. Nos pipes vont ramener ces esprits chez nous afin que nos collectivités puissent guérir.”

Les pipes, qui sont sacrées pour les cérémonies aborigènes, servent de récipient pour rassembler les esprits. Les médecines traditionnelles, la glycérie septentrionale, la sauge, le tabac et le cèdre, allaient être brûlées, et il y aurait des chansons, des danses, le son des tambours, des sueries et des prières en plusieurs langues.

Bien que la cérémonie spirituelle fut interdite aux médias, nous avons été invités au lieu de la cérémonie par la suite; il ne restait pas grand-chose à part quelques foyers et un ensemble coloré de drapeaux avec des offres de tabac.

D’après Borchert et les autres participants, la cérémonie a été réussie. Il reconnaît qu’il se peut que ce soit difficile pour des non-aborigènes de comprendre le concept du rappel chez soi. “Nous invitons les esprits à se joindre à nous et à voyager avec chaque transporteur de pipe jusqu’à chez lui, là où les esprits d’autres guerriers attendent pour les recevoir.”

Adrian Goulet dit que l’expérience était “extrême”, et qu’elle a servi à unir les participants. “Nous sommes tous pareils, qui que l’on soit. N’importe si l’on transporte la pipe ou pas.” Le plus jeune membre de la délégation, Richard Eagle, âgé de 12 ans, était plus succinct quand on lui a demandé de quoi avait l’air la cérémonie. “Longue” dit-il avec un sourire espiègle. Il avait aidé son grand-père, Tom, de Yellowknife, tout au long des quatre jours.

Nombre de membres de famille accompagnaient les anciens combattants et les anciens en tant que soignants ou aides. À la fin des 10 jours, le sentiment familial s’était répandu à travers toute la délégation. Les figures étaient devenues familières, on s’embrassait à la place de se serrer la main, et bien qu’il y ait eu beaucoup de larmes, les anciens combattants et les anciens ont aussi apporté de l’humour à l’événement avec leurs farces et leurs histoires. Non seulement les participants en ont-ils appris davantage sur leurs propres cultures, ils en ont aussi appris davantage sur l’éventail des langues et traditions que continuent de créer les peuples aborigènes du Canada.

Comme dans toutes les familles, toutefois, il y a eu des hauts et des bas. Des questions de longue date ont été soulevées, en particulier le traitement des peuples autochtones par le Canada et l’alcool, ainsi que le protocole de la cérémonie. Ces questions ont donné lieu à des discussions approfondies parmi les gens de la délégation. Certaines ont été réglées plus facilement que d’autres, comme l’ordre où l’on déposerait les couronnes. D’autres, comme l’indemnisation pour les 700 Métis à peu près qui vivent encore, ne sont pas encore réglées.

Les expériences des soldats aborigènes du Canada, parmi eux le tireur d’élite prolifique de la Première Guerre mondiale Henry Norwest, surnommé Ducky, et le héros de la Deuxième Guerre mondiale et de la guerre de Corée Tommy Prince, étaient nombreuses et variées pendant et après les guerres. Certains, comme le transmetteur de la Seconde Guerre mondiale Elmer Sinclair, un Cri originaire de Selkirk (Man.) qui habite actuellement en Colombie-Britannique, pensent qu’ils ont été traités de manière équitable, et ils se disaient chanceux d’avoir appris à quels avantages ils ont droit par l’entremise de la Légion. “Le problème, c’était que beaucoup (d’anciens combattants autochtones) vivaient dans des habitations lointaines où la Légion n’est pas et où il n’y a pas de communication”, dit Sinclair, un homme plein d’esprit qui appelle ses fils les Magnificent Seven (le titre anglais du film Les sept mercenaires n. d. t.).

Dans bien des cas, les agents des sauvages n’ont pas dévoilé aux anciens combattants les avantages qu’ils pouvaient obtenir dans le cadre de la Charte des anciens combattants. En 2002, le ministre d’Anciens combattants d’alors, Rey Pagtakhan, a annoncé un règlement de 39 millions de dollars aux anciens combattants des Premières Nations pour régler leurs vieux griefs.

Les sages spirituels eux-mêmes ont mis la politique de côté pour s’occuper de la cérémonie de rappel, et ils insistaient que l’on fasse la même chose à propos de l’alcool. D’observer Sam Adolph, un sage spirituel de Lillooet (C.-B.) : “J’en connais beaucoup sur l’alcool et les drogues, et ce qu’ils ont fait à notre peuple. Lors d’une cérémonie comme celle-ci, je me sens assez triste quand les gens ne peuvent les mettre de côté durant les 10 jours, que nous puissions faire notre travail. L’alcool et les drogues ne s’incorporent pas bien aux sacrements indiens.”

Alors qu’Adolph et les autres anciens s’isolaient au mont Kemmel, les trois autres groupes de la délégation, les anciens combattants, les jeunes et les interprètes, suivaient leur propre chemin. Des fois, ils se séparaient, comme lorsque les musiciens, les chanteurs et les danseurs ont donné des représentations follement populaires dans des écoles, des parcs et des mairies. À l’affiche se trouvaient des interprètes de chant gutural inuits, la Saskatchewan First Nations Drum and Dance Troupe, des danseurs métis de Duck Bay (Man.), et le guitariste Danny Flett accompagné par la violoniste de 15 ans Sierra Noble, qui ont envoûté les foules grâce à leur musique vive.

Les interprètes se sont joints aux anciens combattants et aux jeunes lors des cérémonies aux mémoriaux de la Première Guerre mondiale en Belgique (la Colline 62, Passchendaele et Saint-Julien) et aux sites importants de la Seconde Guerre mondiale en Normandie (le cimetière militaire canadien de Beny-sur-Mer et le Centre de la plage Juno à Courseulles-sur-Mer). Ces événements ont été mis en valeur grâce aux traditions aborigènes, y compris l’allumage de la lampe inuite et le son du sifflet de l’aigle.

La Gouverneure générale Michaëlle Jean a intensifié la compassion et le charisme durant les deux jours qu’elle a passés avec la délégation en Normandie. Il s’agissait de son premier voyage outre-mer en tant que représentante canadienne de Sa Majesté la reine. En plus d’assister à un dîner informel donné pour les anciens combattants, Jean a révisé son emploi du temps et passé davantage de temps avec les 13 délégués de la jeunesse lors d’une visite au Centre de la plage Juno et à la fameuse plage. Là, Brant lui a offert une plume d’aigle, un cadeau qu’elle a accepté avec une étreinte.

Le lendemain, Jean s’est jointe à la délégation et aux dignitaires français à deux cérémonies bien différentes. Dans la lumière du matin, entourée par les tombes bien entretenues de Beny-sur-Mer, Jean parla solennellement. “Je crois vraiment que la guérison a lieu quand on reconnaît et qu’on transcende notre chagrin et nos pertes, et quand on s’engage à faire triompher les forces créatrices contre les forces destructrices.”

Pour le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Howard Anderson, chef de longue date de la Première Nation Gordon en Saskatchewan, le point culminant a eu lieu quand il a trouvé la tombe de son neveu Kenneth Wilfred Pratt, qui est mort le 7 juin 1944.

En après-midi, au Centre de la plage Juno, Jean a dansé avec les danseurs métis à la suite d’une cérémonie pittoresque en l’honneur du dévoilement de l’inukshuk bâti par Peter Irniq, l’ancien commissaire du Nunavut. Irniq dit que le voyage a beaucoup servi à unifier les peuples aborigènes du Canada, et il expliqua que cet “inukshuk messager” aurait une fenêtre “à travers laquelle on peut regarder pour relier les tombes des guerriers qui gisent en Europe avec leurs parents, amis et compatriotes au Canada”.

Les jeunes délégués, pensant qu’il y avait eu moins d’occasions de spiritualité qu’ils n’en auraient aimé, réglèrent leur propre cérémonie matinière à l’extérieur de l’hôtel de Lille; ils avaient aussi demandé la permission de se joindre aux anciens combattants dans les autocars et aux repas.

Le lieutenant-gouverneur de l’Ontario James Bartleman, un membre de la Première Nation Mnjikaning, s’est adressé surtout aux jeunes au Mémorial de Saint-Julien. “Beaucoup de choses ont été accomplies mais il en reste encore plus à faire. Honorez ceux qui ont donné leur vie en acceptant le flambeau et en terminant le travail qui a été commencé par vos arrière-grands-pères, vos grands-pères, et vos pères. Vous avez le droit de vote, ce que les soldats (aborigènes) n’avaient pas. Servez-vous-en et défendez les droits des peuples aborigènes et de tous les Canadiens au Parlement.”

Les interprètes et la garde d’honneur aborigène–des membres des Forces canadiennes et de la GRC–commencèrent à former des cercles pour discuter de leurs expériences spirituelles, dont certaines étaient profondes et inhabituelles. “Il y en a qui sont venus ici en pensant que ce seraient des vacances”, dit Sherry Noble. “Mais cela les a changés.” Pour sa fille Sierra, comme pour bien d’autres, il n’y a pas eu d’événement plus accablant que la fameuse cérémonie de la sonnerie aux morts à la porte de Menin, à Ypres. Le monument comporte les noms de 54 896 soldats du Commonwealth qui sont morts au saillant d’Ypres durant la Première Guerre mondiale et dont la tombe n’est pas connue. Les habitants d’Ypres y règlent une cérémonie tous les couchers du soleil depuis le 11 novembre 1929 (sauf lors de l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale).

Jamais auparavant les Belges n’avaient-ils été témoins d’un contingent entièrement aborigène qui dansait, sous les arches colossales, au chant autochtone. Deux mille personnes se tenaient côte à côte et regardaient les interprétations dans un silence révérencieux. À la suite de la sonnerie aux morts, Sierra Noble a joué la complainte, Grandma Blanche, qu’elle avait composée pour feu son arrière-grand-mère. Ensuite, elle a été réconfortée quand sa mère l’a embrassée et que trois enfants belges lui ont montré spontanément leur affection.

Des centaines de coquelicots ont voleté jusqu’au sol depuis les ouvertures en haut du monument pendant que jouait la Musique centrale des Forces canadiennes. Lorsque après la cérémonie les gens s’entassaient de manière exubérante, la Belge Julie Hübrecht de 14 ans disait que “c’était spectaculaire. Ça vous prend au coeur.”

C’était aussi un moment spécial pour Dakota Brant. Au monument, elle a trouvé le nom de son grand-oncle, le lieutenant Cameron Brant. À 28 ans, il était commandant d’un peloton du 4e Bataillon d’infanterie du Canada et il perdit la vie en 1915, près d’Ypres, en contre-attaquant des tranchées ennemies à la tête de ses hommes. “Il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne rien ressentir”, dit-elle.

La cérémonie commémorative du lendemain, au cimetière canadien sur le terrain du Monument commémoratif de Vimy (qu’on est en train de restaurer), est celle qui a frappé le plus la présidente nationale Burdett. “On peut dire que ce sont les esprits, on peut dire que c’est l’énergie, on peut l’appeler comme on voudra, mais on ressentait quelque chose de spécial là-bas”, disait-elle par la suite. Burdett dit que le voyage a été une expérience très touchante, et que “le sentiment de spiritualité dans celui-ci, pour nous tous, autochtones et non-autochtones, était beaucoup plus fort que tous les autres voyages auxquels j’ai participé”.

Quand la délégation revenait à Ottawa, le 3 novembre, l’atmosphère était vraiment différente durant le vol : plus animée et plus cohésive. Le lendemain, les anciens combattants, les jeunes et les anciens se sont joints à Albina Guarnieri pour lancer la semaine de l’ancien combattant à la cérémonie annuelle du Sénat. Après que le parfum du foin d’odeur fumant et le retentissement des prières et des chansons aborigènes se soient estompés, Guarnieri, surnommée récemment Dame Wapiti, parla du voyage spirituel. “Ce qui m’a impressionnée le plus a été la générosité d’esprit de ces gens. Pour des gens à qui nous essayions de donner un soupçon de reconnaissance, qui leur était dû depuis fort longtemps et qu’ils avaient bien mérité, on dirait que ce sont eux qui ont nous fait des offrandes.”

Pour Brant, qui portait la robe de mariage en peau de daim de sa tante à la cérémonie du Sénat, il y avait un certain soulagement d’être de retour au Canada. Après tout, elle retournait chez elle pour s’assurer que les esprits ancestraux puissent enfin reposer avec la famille. “En (Europe), même quand je me trouvais dans une pièce vide, je sentais que (les esprits) se pressaient autour de moi. Maintenant que nous sommes de retour au Canada, je pense qu’une grande partie de ce sentiment accablant s’en va, et je vais être plus confortable. Mais il va encore me rester, parce que mon travail n’est pas fini tant que je ne serai pas chez moi.”

Un court bilan de l’année 2001: L’année de l’anniversaire qu’on n’oubliera jamais

par Bob Butt

Le président national Bill Barclay

Les hauts émotionnels ressentis par les légionnaires lors des célébrations du 75e anniversaire ont été modérés par les émotions écrasantes du 11 septembre 2001 survenues dans un climat de terreur. La réalité épouvantable de la faillibilité de notre continent nous a été révélée, en direct aux yeux de tous, grâce à la technologie créée pour faire de notre monde un lieu plus efficace et mieux renseigné.

La télévision, Internet et les autres médias nous ont apporté des images de mort et de destruction à New York, à Washington (DC) et à un champ en Pennsylvanie qui semblaient sans fin. Même pas un an après le début du millénaire, dont l’arrivée avait été acclamée de manière si magnifique, on allait à nouveau en guerre pour défendre un mode de vie et les libertés pour lesquelles on avait tant lutté.

Les attaques des terroristes semblent avoir donné aux Canadiens un sens renouvelé du besoin de se souvenir. Plus de coquelicots que jamais ont été produits, distribués et portés par les Canadiens.

Plus de 16 millions d’emblèmes, un pour tous les deux Canadiens, ont été frappés par leur producteur, Dominion Regalia de Toronto, et envoyés aux filiales pour la campagne annuelle du coquelicot et du souvenir. À la fin, il n’en restait plus à distribuer malgré la demande qui a continué jusqu’à la fin de la campagne.

Les foules records aux cérémonies du jour du Souvenir à travers le Canada évoquaient le sentiment de souvenir de plus en plus fort qui s’est manifesté au Canada depuis le milieu des années 1990.

Les réalités des horreurs du passé, des fois ignorées, des fois oubliées, sont devenues plus évidentes aux générations qui n’ont jamais souffert de la guerre ou même jamais vue. Et elles l’ont démontré en se rendant aux cérémonies du jour du Souvenir. Les légionnaires, où qu’ils puissent le faire, ont aussi démontré leur solidarité envers nos voisins américains.

Le président national Bill Barclay a envoyé une lettre le 11 septembre à son homologue Richard J. Santos, commander national de l’American Legion, qui n’avait obtenu son poste que 11 jours avant l’attaque. Il y exprimait l’horreur et la douleur qu’il ressentait à propos de l’attaque où 25 Canadiens ont aussi péri.

Les filiales ont participé à de nombreuses cérémonies transfrontalières avec les postes de l’American Legion pour partager la douleur des vies perdues durant le branle-bas de combat. Une période de deuil a été déclarée à la Légion et les drapeaux ont été mis en berne aux filiales à travers la nation. Le jour du Souvenir lui-même, le dernier jour de célébrations officielles du 75e anniversaire de la Légion, le drapeau états-unien était porté par les gardes du drapeau de la Légion ou déployé aux cénotaphes et cairns de la Légion, alors que les Canadiens se souvenaient et pleuraient.

Au début de cette année inoubliable la Légion était en plein dans les affaires décidées au Congrès national de 2000. Dix directions divisionnaires se préparaient à leurs propres congrès et les comités de la Direction nationale se préparaient à réviser le progrès et planifier les stratégies à venir. À la fin de l’année, il y avait eu du progrès dans tous les domaines.

Le Comité des anciens combattants, des services et des aînés a fait un progrès appréciable à propos des problèmes qui affectent les vétérans des Forces canadiennes et la population d’anciens combattants qui vieillissent. Suite à l’adoption d’une définition d’ancien combattant qui a eu lieu au Congrès national de 2000, Anciens combattants Canada a élargi sa propre définition pour y inclure les membres militaires actuels et anciens qui ont satisfait aux exigences de profession ou de classification et qui ont été rendus à la vie civile honorablement.

Comme suite aux résolutions prises au congrès, le ministère a aussi modifié ses règlements afin de s’assurer que les récipiendaires des avantages du Programme d’autonomie des anciens combattants ne les perdent pas à cause de changements dans leurs circonstances financières. Les pensionnés militaires d’après la guerre de la Corée ont obtenu les avantages du PAAC, sans se soucier de l’endroit où ils ont subi l’invalidité donnant droit à la pension.

Les modifications ont été mises en vigueur à la fin du mois d’août et les détails de ces résolutions, et des autres, ont été distribués aux filiales en septembre dans le livret Comments on Resolutions of the 38th Dominion Convention 2000 (commentaires sur les résolutions du 38e Congrès national 2000).

Malgré cet important progrès, il y avait encore trois secteurs majeurs que la Légion portait à la connaissance d’ACC. Il n’y avait eu aucune amélioration dans les domaines des normes nationales pour les soins de longue durée des anciens combattants, l’octroi des avantages du PAAC aux conjoints des anciens combattants décédés tant que le besoin s’en fasse sentir (ménage et entretien du terrain), et la bonification des avantages des prisonniers de guerre.

Au mois de novembre, le comité en avait plus qu’assez. Le président national Barclay, dans une lettre bien sentie envoyée au ministre Ron Duhamel, se retirait de toute réunion improductive à venir avec les cadres du ministère et interrompait sa participation au conseil consultatif de gérontologie et au conseil consultatif des anciens combattants et de la Défense nationale jusqu’à ce qu’aient lieu des actes plutôt que des discussions. Une lettre expliquant les problèmes fut aussi envoyée aux filiales.

Pour passer à des choses plus constructives, il y a eu beaucoup de progrès au projet de logements de la Légion pour aînés grâce à la direction de Dave MacDonald dont c’était la deuxième année de détachement d’ACC à la Légion. Un certain nombre de directions et de filiales ont travaillé avec lui pour lancer de nouveaux projets et le comité a recommandé au sous-exécutif et au CEN de faire du projet le centre du programme des aînés. Ils ont donné leur accord.

Vu que 45 pour cent des membres de la Légion ont plus de 65 ans et que la majorité des activités de la Légion ont lieu au niveau de la filiale, le programme continue à subvenir aux besoins des aînés qui ne sont pas identifiés par ailleurs dans les collectivités. En tant qu’une des plus importantes organisations d’aînés au Canada, la Légion est toujours consultée par le gouvernement et les organismes non gouvernementaux qui cherchent à faire avancer les causes des aînés.

Le comité a continué à surveiller l’initiative mixte d’ACC et Santé Canada sur la prévention des chutes servant à conscientiser les gens et réduire le nombre de blessures dont souffrent les aînés à la suite de chutes. Le vice-président du comité Bob Gray, de l’Alberta, a travaillé de près avec le Conseil canadien de la sécurité pour développer les renseignements distribués largement qui ont été envoyés par la poste à toutes les filiales.

La Légion a aussi travaillé de près avec Santé Canada et 12 autres organisations d’aînés pour identifier cinq thèmes principaux qui affectent les aînés afin d’arriver à un consensus sur les priorités en se basant sur le développement d’un modèle sans confrontation servant à conseiller le gouvernement et influencer la législation.

Comme résultat, il y a eu l’approbation en principe et le financement d’une conférence des organisations nationales d’aînés pour promouvoir la proposition. La participation de la Légion a donné lieu à son implication à la table ronde concernant les questions de soins de santé des aînés, du financement et du logement où les aspects du programme de la Légion pour les aînés ont servi de vitrine, comme les bourses de gérontologie, lorsqu’elle exprimait ses préoccupations qu’on y a sur la santé et le logement.

La réintroduction des bourses en gérontologie mandatée au Congrès national de 2000 a donné lieu à des octrois de 110 000 $ durant l’année. Alors que les récipiendaires étaient reconnaissants, on a découvert qu’il y a eu une importante croissance des professionnels dans le domaine de la gérontologie à cause d’une augmentation de la population des aînés. À la fin de l’année, l’objectif de 1978 d’encourager les professionnels à obtenir des compétences et entrer dans le domaine semblait avoir été atteint. Cependant, il y a d’autres buts qui n’avaient pas encore été atteints.

Le Comité du leadership, du développement et de la jeunesse était aux prises avec le défi de donner un entraînement précieux et efficace aux leaders à venir de la Légion. Les membres estimaient qu’il était impératif que les leaders à venir aient les outils qu’il faut pour pouvoir diriger la Légion au siècle prochain. Une décision de comment y arriver fut prise et elle a été passée au niveau de l’exécutif à la fin de l’année pour qu’on l’y étudie.

Pendant que le comité étudiait la question, 60 000 jeunes citoyens canadiens s’inscrivaient aux concours littéraires et d’affiches. Comme d’habitude, les juges ont eu beaucoup de difficultés à faire des choix pour les faire parvenir au niveau suivant alors que les concours continuaient à impressionner les gens qui voyaient les interprétations écrites et artistiques.

Les gagnants au niveau senior des concours ont été récompensés d’un voyage à Ottawa pour déposer une couronne de la part de la jeunesse du Canada à la cérémonie nationale du jour du Souvenir. Plus de 15 000 personnes ont assisté à la cérémonie en 2001 et environ 500 anciens combattants ont fait partie du défilé. La SRC a rapporté que deux millions de Canadiens ont regardé sa diffusion en direct à la télévision.

La mère de la Croix d’argent Ina Galvin du Québec a déposé une couronne de la part des femmes canadiennes qui ont perdu des enfants aux services militaires et de la marine marchande de la nation. Le vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et seul récipiendaire canadien survivant de la Croix de Victoria Smokey Smith de la Colombie-Britannique était aussi dans l’assistance. Il y avait eu d’autres activités commémoratives au cours de l’année où la jeunesse était distinguée.

Le Pèlerinage du souvenir des leaders de la jeunesse, auquel 25 pèlerins ont participé, a eu lieu en juillet 2001 et deux d’entre eux étaient des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Les visites ont été faites à des sites des deux guerres mondiales en Angleterre, en France, en Belgique et en Hollande. Ce sont la crête de Vimy, en France, et la porte de Menin à Ypres, en Belgique qui ont été les plus intéressantes. Les leaders de la jeunesse, qui ont participé à des cérémonies aux lieux où ils sont allés, vont profiter des renseignements qu’ils ont obtenus pour mieux informer et former les gens de leurs collectivités.

Les couronnes utilisées à toutes les cérémonies étaient les produits normaux de la Légion que l’on a examinés de près durant l’année quand on faisait des plans pour les remplacer par une édition biodégradable. Une version du modèle de grandeur 20, construite en fibre de noix de coco, sera disponible pour la mettre à l’essai en 2002.

Bien que les ventes et la distribution des coquelicots aient augmenté durant l’année, le département des fournitures de la Direction nationale a remarqué une diminution des ventes de ses autres articles, allant de 717 000 $ en 2000 à 624 000 $ en 2001. La baisse était reliée à la réduction du sociétariat.

Le maintien du sociétariat a été un défi que la Légion n’a pas été la seule à relever. Et comme les autres organismes qui ont les mêmes problèmes, le Comité national des adhésions de la Légion a continué à trouver des façons de travailler avec ses filiales pour relever le défi. En 2001 la Légion a atteint un taux de renouvellement de 90 pour cent des adhérents; impressionnant quand on pense que les anciens combattants prennent de l’âge et aux autres raisons pour lesquelles les membres ne renouvellent pas.

Le Comité des adhésions ne s’est pas réjoui outre mesure, toutefois, car les filiales semblent avoir été incapables d’attirer de nouveaux membres en faisant du recrutement. Le résultat final en a été une réduction du sociétariat de tout juste au-dessus de trois pour cent. Néanmoins, elle a continué à atteindre l’objectif qu’elle a de stabiliser la base d’adhérents en encourageant les filiales à organiser des campagnes de renouvellement et de recrutement actives. Le défi, à ce propos, était de travailler avec des membres qui ont des ensembles d’aptitudes et des niveaux d’engagement variés.

Afin d’assister les présidents des adhésions des filiales lorsqu’ils mettent en application leurs programmes de renouvellement et de recrutement actifs, le comité a produit un nouveau manuel durant l’année : The Membership Chairman’s Guide (le guide du président des adhésions). On y trouve des suggestions et des idées sur les manières de promouvoir les adhésions à la filiale et à la collectivité.

Les membres ont aussi travaillé assidûment pour aider les filiales qui avaient des problèmes d’administration du sociétariat, et ils ont offert un niveau élevé de service qui a été bien reconnu. Pour passer à quelque chose de plus agréable, la campagne du participant hâtif de 2002 a donné des indications d’un taux de renouvellement supérieur à ceux des années passées.

Le comité a fait davantage d’efforts pour attirer les membres militaires en service et à la retraite durant l’année vu qu’il considérait que les liens de “famille élargie” avec le militaire était non seulement important, mais que les gens du militaire sont les racines mêmes de l’organisation. Des équipes de recruteurs sont allés aux établissements militaires, et un encart promotionnel a été inséré dans les envois de chèque de retraite militaire, les journaux des bases au printemps et en automne. Les avantages de l’adhésion ont aussi été vantés.

Un Ensemble d’avantages aux membres amélioré a été présenté en 2001, de nouveaux fournisseurs de services y ayant été ajoutés en septembre et en décembre. Message Network Rogers AT&T a offert aux membres un ensemble de cellulaire; Sun Life Financial Trust a offert un ensemble de services et produits financiers; Long Term Care Insurance a été mise à leur disposition; Vision Care Services ont été lancés; AVIS Rent-a-Car a fait une offre aux membres qui a été acceptée; Lombard Canada a offert un ensemble d’assurances foyer et automobile que les membres peuvent prendre en considération; une assurance santé de voyage et un régime de santé et dentaire ont aussi été offerts par Ingle Insurance Brokers et Liberty Health.

Du point de vue de MBNA Canada Bank, la fourniture d’un ensemble d’avantages à la Légion a eu du succès. Il y avait 39 823 détenteurs de cartes dans le cadre du programme de MasterCard de la Légion en 2001, ce qui a donné des recettes de 115 000 $ pour les programmes nationaux de la Légion. Speedy Auto Service et Dominion Automobile Association ont continué en tant que fournisseurs, comme l’ont fait les Infirmières de l’Ordre de Victoria.

Tous les fournisseurs de services des ensembles d’avantages de la Légion étaient accessibles en anglais et en français à partir du site Web de la Légion à www.legion.ca.

Les membres qui ont jeté un coup d’œil à ce site à la fin de l’année ont été saisis par les nouveaux look et logo. Le “look” qui comprend une barre verticale, un nouveau logo et l’insigne de la Légion avec un style filigrane ou à demi-teintes ont été adoptés en novembre en tant qu’éléments principaux dont la Légion va se servir pour créer une image de marque ou marque.

Le concept avait pris naissance à la suite d’une étude d’imprimerie faite par la Direction nationale pour réduire les coûts. Bien qu’on arriverait à une réduction des coûts en faisant affaire avec un seul imprimeur, le groupe d’étude s’est trouvé face à une dure réalité. Les articles de toute œuvre imprimée ou électronique visibles que la Légion produit étaient tous différents. À la fin de l’année on avait mis au point une norme commune pour la promulgation des politiques et des matériaux dans le but d’essayer de convaincre les directions de la Légion d’utiliser un même aspect à travers la nation.

Dans la même veine que cette approche, le Comité national des relations publiques a décidé de la stratégie qu’il va utiliser au cours de l’année à venir et élaboré ses plans de 2002 à 2004. La conception d’un système de courriel fondé sur Internet est quelque chose de majeur que le sous-exécutif et le CEN ont accepté, lequel devrait commencer par la collection des adresses de courriel des filiales et des directions qui existent déjà. En fin de compte, d’après le plan, on aurait un système du genre de hotmail partant du site Web de la Légion où toutes les autorités et directions des filiales pourraient avoir les cases postales à usage individuel.

Parmi les autres accomplissements majeurs du Comité des relations publiques, il y a eu l’élaboration de campagnes d’annonces de service public pour les publications, la radio et la télévision de la part des deux minutes de silence, de la campagne du coquelicot et du souvenir et des adhésions. Le temps qui a été obtenu à travers le Canada avait une valeur de plus de 1,5 million $ grâce à un investissement de 17 000 $ seulement.

Le support des Forces canadiennes par le Comité des relations publiques a été maintenu durant l’année en fournissant des fonds qui ont servi aux spectacles à l’étranger, aux championnats sportifs et à l’opération Père Noël dans le cadre de laquelle chaque personne des services déployée a reçu un colis de la Noël venant de chez nous. Vu les déploiements additionnels à la suite du mois de septembre, d’autres fonds que l’on avait identifiés comme étant en surplus dans le budget des relations publiques ont été mis à leur disposition pour le programme de cadeaux de 2001 afin de s’assurer que chaque militaire déployé sache que la Légion se préoccupe de lui.

Alors que le soutien des relations publiques continuait pour le militaire, le Comité de la défense nationale continuait aussi à atteindre ses buts. En tant que plus grande organisation du Conseil des associations de la défense, le comité de la Légion a participé à son assemblée générale annuelle et à la présentation du prix Vimy. En maintenant des liens serrés avec le leadership supérieur du militaire, la Légion a pu préconiser un équipement et un entraînement adéquats pour un militaire bien indemnisé.

Le comité s’est régulièrement dit soucieux en ce qui concerne l’état des Forces et il l’a fait de vive voix après le 11 septembre et la livraison du rapport du vérificateur général sur les défauts militaires qui a suivi. Des lettres ont été envoyées aux députés et aux sénateurs, les exhortant à soutenir un financement supplémentaire, avant l’annonce du budget. Le manque de réponses positives dans le budget lui-même a donné lieu à une lettre bien sentie du président national envoyée au Premier ministre.

Les équipes de la Légion de recrutement de militaires sont aussi allées aux bases à Esquimalt et Comox (C.-B.), ainsi qu’à celles d’Edmonton et Cold Lake (Alb.), où elles ont mis 300 membres des Forces au courant des activités de la Légion. Trois autres visites à des bases ont été reportées après les attaques. Le comité était représenté au comité du suivi du ministre de la Défense nationale sur les changements et les réserves à Gagetown (N.-B.). Le militaire est aussi venu à l’aide de la Légion en 2001.

Des lits d’hôpital de surplus ont été envoyés au Curphey Home pour anciens combattant, en Jamaïque, sur une base de disponibilité, dans deux vols durant l’année. Les 40 lits et matelas, en surplus au Centre Perley et Rideau pour anciens combattants d’Ottawa, ont été transportés à la BFC Trenton où ils ont été chargés dans des avions Hercules de la 8e Escadre pour être transportés à la Jamaica Legion. Cela a été fait dans le cadre de l’engagement continuel de la Légion aux anciens combattants des Antilles comme partie de son adhésion à la Ligue des anciens combattants du Commonwealth britannique.

À la fin de l’année, 60 autres lits et matelas étaient entreposés à Trenton où on les gardait jusqu’à ce que leur transport soit disponible jusqu’à Belize et
Ste-Lucie. Quand le projet aura terminé, 140 lits en tout auront été livrés depuis 1995, lesquels ont une valeur d’approximativement 280 000 $.

Les congrès divisionnaires se sont surpassés à nouveau en donnant assez d’argent pour maintenir la circulation d’octrois aux anciens combattants nécessiteux de 15 pays antillais couverts par les accords de la LACCB. Plus de 325 000 $ ont été déboursés en 2001 et plus de 500 anciens combattants ont obtenu des octrois. Mais il n’y avait pas que du travail à travers la Légion.

Le programme de sports des membres a eu à nouveau du succès, dans le cadre duquel les championnats nationaux de fléchettes ont eu lieu à la filiale Moncton (N.-B.), celui du curling régulier à la filiale George Pearkes VC de Summerside (Î.-P.-É.), celui du curling senior à la filiale Stephenville (T.-N.), et celui de cribbage à la filiale A.H. Foster Memorial de Kingston (N.-É.). Tous ont été reconnus comme des manifestations de première classe.

Sept nouveaux records ont été fixés et un égalé aux Championnats d’athlétisme nationaux de la Légion qui ont eu lieu à Sherbrooke (Qc), en août, par des athlètes de 12 à 17 ans qui faisaient partie du contingent de 321 participants, lesquels ont été observés par 36 chaperons et 25 entraîneurs aux installations de l’Université de Sherbrooke.

Un nouveau guide des sports a été imprimé et distribué en février et la modification à un arrêté général concernant l’admissibilité d’après le paiement des frais d’adhésion a été soutenu par le Comité des sports qui va le présenter au congrès. On a aussi éclairci les règlements sur le transfert qui ne s’appliquent pas aux membres militaires extraordinaires quand ils deviennent membres d’une filiale régulière.

Tous les bureaux de la Maison de la Légion, à Ottawa, ont été loués en 2001. Mais, le temps ayant passé, il a fallu faire beaucoup de maçonnerie à l’édifice vieillissant. Après trois mois de réparation et de restauration des insignes se trouvant en façade, il est évident qui est propriétaire de l’édifice.

Ce dernier n’était pas la seule chose qui a fait l’objet de rénovations au coin des rues Kent et Gilmour d’Ottawa. Les membres du Comité des constitution et lois se sont occupés à réviser l’article III des arrêtés généraux. Il s’agit d’un article qui concerne la procédure des plaintes et le processus des résolutions pour l’organisation. L’article révisé sera présenté aux délégués du 39e Congrès national qui doit avoir lieu à Edmonton (Alb.) du 9 au 13 juin 2002 auquel 2000 délégués, conjoints et invités devraient assister. Le thème de l’assemblée qui va durer une semaine : “une porte sur de nouveaux horizons”.

Les résultats des congrès divisionnaires de 2001 sont arrivés à terme lors de la fermeture des réunions en Saskatchewan en octobre et les nouveaux membres du CEN ont siégé pour la première fois à la réunion qui a eu lieu à Ottawa les 24 et 25 novembre. Les membres élus du conseil avaient beaucoup de choses à prendre en considération, dont un Plan d’avenir de la Légion qui va finir par cheminer jusqu’aux membres de la Légion qui pourront y réfléchir avant le Congrès.

Les membres ont aussi cherché des manières de parer à la perte de revenus, améliorer la communication interne et mieux renseigner le public à propos du rôle de l’organisation au pays.

Deux directions ont changé de nom en 2001. L’ancienne Division du Pacifique s’appelle maintenant Division de la Colombie-Britannique et du Yukon, et les filiales du Nunavut se sont jointes à celles de la Nouvelle-Écosse, ce qui a entraîné le nom de Division de la Nouvelle-Écosse et du Nunavut.

C’est aussi lors de la réunion du CEN que le vétéran de la Seconde Guerre mondiale et grand président de la Légion bien connu, le sénateur Jack Marshall, a remis le symbole du poste au lieutenant-général à la retraite Charles H. Belzile, un vétéran de la guerre de Corée qui a été commandant de l’armée du Canada. La nomination a eu l’accueil chaleureux que les légionnaires font à tous les anciens combattants et la cérémonie a été réglée par le président national Bill Barclay.

Le dernier geste que Marshall a posé en tant que grand président a été la présentation du premier coquelicot de la campagne de 2001 à la gouverneure générale Adrienne Clarkson à l’occasion d’une cérémonie à laquelle assistaient de nombreux anciens combattants à Rideau Hall, à Ottawa.

Pendant la cérémonie, le directeur général de Postes Canada André Ouellet a aussi dévoilé le timbre du 75e anniversaire de la Légion qui est sorti le 11 novembre 2001. Deux mois à peine après les événements démentiels de septembre, les images de guerre, telles que prises aux visages du Monument aux Morts, ont été présentées sur le timbre, aux yeux de tous. Le timbre, avec les mots latins “Memoriam Eorum Retinebimus” (nous nous souviendrons d’eux) imprimés en surcharge, était un hommage digne à ceux qui ont combattu, et à ceux qui se sont associés il y a 75 ans pour s’assurer qu’on les soigne et qu’on se souvienne de leurs sacrifices.

Alors que l’année arrivait à sa fin et que Hannoukka, ramadan et Noël passaient, les familles canadiennes repartaient à la recherche de nouvelles des êtres chers servant à l’étranger et priaient pour leur sécurité. Les troupes étaient prêtes à intervenir à tout moment. L’humanité était à nouveau au bord d’un autre désastre dont elle aurait été seule fautive. Et aux salles de la Légion à travers la nation, en Allemagne et aux États-Unis, un anniversaire se terminait d’une façon bien semblable à celle dont l’histoire de la Légion a commencé, faisant penser au vieil adage “plus ça change, plus c’est pareil”.

Taux de pension d’Anciens combattants Canada


Anciens combattants Canada augmente les taux de pension et les allocations connexes de 2,5 pour cent en 2002. Il s’agit d’une augmentation comme celle de 2001. Les pensions d’invalidité, les compensations et les allocations sont ajustées par le ministère chaque année d’après l’indice du prix à la consommation, la mesure de Statistique Canada du coût de la vie.

Pensions d’invalidité

L’importance de l’invalidité s’exprime en pourcentage, l’invalidité totale étant évaluée à 100 %. Lorsqu’une invalidité donnant droit à une pension est évaluée à moins de 100 pour cent, le montant de la pension est proportionnellement moindre. Ce qui suit sont des exemples des taux de pensions mensuels de 2002.

Évaluation 100%

Évaluation 50%

Évaluation 10%

Le pensionné dont l’invalidité est évaluée à moins de cinq pour cent ne reçoit de paiement qu’une seule fois.

Un pour cent 605,64 $
Deux pour cent 1 211,28 $
Trois pour cent 1 816,93 $
Quatre pour cent 2 422,57 $

Pension de survivant

Taux maximum Évaluation 50-100%

Évaluation 10 %

Allocations mensuelles payées d’après la Loi sur les pensions

 

Minimum

Maximum

Allocations d’incapacité, exceptionnelle

331,02 $

993,01 $

Allocations pour soins

198,65 $

1 241,24 $

Allocations de déplacement

ACC peut rembourser les dépenses de déplacement et de logement à un pensionné ou à une personne qualifiée qui se rapportent à une audience, ou qui obtiennent des traitements ou des soins d’après le Règlement sur les soins de santé pour anciens combattants. Les taux varient d’une partie du pays à l’autre mais les suivants sont les plus courants.

Déplacement

Cents au kilomètre

Alberta, Manitoba, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard

13,5

Saskatchewan, Ontario, Québec, Nouvelle-Écosse

14,0

On exige des reçus pour les déplacements en autobus, métro ou tramway dont le prix aura dépassé les 8 $. Les déplacements en taxis seront remboursés moins 5 $ par course.

 

Logement

Les dépenses allouées par nuitée lorsqu’on attend un examen ou des traitements médicaux ne devraient pas dépasser le tarif maximal de l’hôtel le plus dispendieux de la région se trouvant dans le Répertoire des hôtels pour les employés du gouvernement.

Programme d’autonomie des anciens combattants

Voici certains taux d’avantages et conforts personnels dans le cadre du Programme d’autonomie des anciens combattants, lesquels ont pour objet de garder chez lui plus longtemps l’ancien combattant qui se fait soigner.

 

Taux maximum

Entretien du foyer

7 356,80 $ par année

Entretien du terrain

1 026,54 $ par année

Autres taux de traitements

Conforts personnels

166,24 $

Soins prolongés

172,93 $ par jour au plus

Allocations aux anciens combattants et allocation de guerre pour les civils

Les allocations de guerre aux anciens combattants et aux civils, réglées aux clients à revenu faible, sont ajustées trimestriellement les 1er janvier, 1er avril, 1er juillet, 1er octobre. Les taux mensuels les plus élevés sont les suivants :

Paiement mensuel

Célibataire ou survivant

1 058,15 $

Le lecteur qui pense avoir droit à un avantage relié au service militaire devrait prendre contact avec l’agent des services
de la Légion local ou se rendre au bureau de district d’ACC le plus près.

Un nouveau chef à la GRC


par Dan Black

 

Un matin ensoleillé et venteux en Italie centrale : dans la fourgonnette de l’ambassade qui gravit l’étroite route de montagne vers le village de Prezza, le directeur de la GRC Giuliano Zaccardelli regarde par la fenêtre. Nous sommes à 120 kilomètres à l’est de Rome, dans une région agricole vallonnée que le temps, dirait-on, n’a pas touchée mais renommée pour son vin Montepulciano, son ail rouge et ses artichauts. Tournant son regard vers le haut, entre les cimes des arbres qui passent, le directeur de police de 54 ans remarque que la montagne porte encore le village médiéval comme une couronne, une image qu’il se rappelle depuis l’enfance.

Dérobée au regard du policier, et blottie au centre de Prezza, il y a une célébration planifiée attentivement qui l’attend. Ce n’est pas tout à fait un jour férié, mais ça en a tout l’air. Les 1 231 résidents du village, les paesani, ont pris congé pour la journée : les magasins et l’école sont fermés, un orchestre est prêt à jouer les hymnes nationaux canadien et italien et les lanceurs pyrotechniques ont été plantés.

L’hôtel de ville est plein de monde, et beaucoup d’autres ont pris position le long des rues ou à l’ombre des porches. Tous, y compris le maire et le clergé, sont prêts à embrasser le gars de la localité qui est parti il y a 47 ans et qui revient, en ce jour-ci, en tant que “directeur des tuniques rouges”.

Les gens qui ne sont pas d’ici sont stupéfiés par tout cet enthousiasme en l’honneur d’un policier canadien. En fait, peu de gens de chez nous comprendraient pourquoi tout ce tapage, et encore moins reconnaîtraient-ils Zaccardelli : le 20e directeur de la GRC.

Mais après tout, nous sommes en Italie et la loyauté compte pour beaucoup ici.

La célébration dans les rues atteint son apogée quand Zaccardelli met pied à terre et s’enfonce dans la foule, à un point tel qu’on dirait qu’il s’agit d’un rock-star, ou d’un héros sportif national. Il en a fait du chemin depuis le jour où il est parti de Prezza avec sa mère, deux frères et une valise en carton fermée avec un bout de corde élimée. Les plus vieux résidents se rappellent de lui comme d’un garçon de cinq ans qui se baladait dans les rues du village en pantalons courts, qui grimpait aux arbres ou qui se cramponnait aux jupes de sa grand-mère. Ils se rappellent de ses jambes minces, de ses yeux ronds et de son service en tant qu’enfant de cœur. Les plus jeunes l’imaginent à cheval, habillé d’écarlate, de noir et d’or, s’élançant à travers la vaste contrée dont ils n’ont entendu parler qu’à l’école.

Quoi qu’il en soit, Zaccardelli est reçu en héros.

Il va assister à la messe et visiter la maison où il est né, la maison même que sa mère a été obligée de quitter durant la Seconde Guerre mondiale durant les neuf mois environ que les soldats allemands ont occupé le village. En ce temps-là, presque tout le monde souffrait de la faim. Beaucoup de gens, dont la mère de Zaccardelli, vivaient dans les champs jusqu’à ce que Prezza soit libérée par les troupes britanniques.

À la réception officielle, il y a un moment de révérence en l’honneur des deux hymnes nationaux. Il y a ensuite des discours et un échange de cadeaux. Zack, comme il est surnommé, est surpris, on pourrait même dire embarrassé, de toutes ces considérations. Il demande au dignitaire à côté de lui de bien vouloir lui expliquer pourquoi le village a tant fait, et il lui répond que Prezza, au contraire des villes des alentours, attire rarement des personnages de marque comme lui venant de l’étranger. On remet à Zaccardelli une copie de son certificat de naissance, et le maire prend grand plaisir à attribuer à Prezza d’avoir fait en sorte qu’un jeune garçon ait tant de succès. “C’est cet endroit qui a fait de vous la personne que vous êtes aujourd’hui et qui vous a enseigné à lire, à écrire et, ce qui est encore plus important, les valeurs familiales et le respect des autres”, dit le maire. “Et grâce à ce caractère de grande force et de richesse qui vous a formé et élevé lorsque vous étiez enfant, vous avez réalisé vos rêves.”

Ces rêves ne se sont cristallisés qu’après que Zaccardelli ait déménagé au Canada, en 1954. Son père est arrivé d’abord, débarquant à Montréal en 1952 comme partie de la migration d’après-guerre d’Italiens à la recherche d’une vie meilleure. Pour lui, le Canada c’était un choix entre deux : l’autre c’était l’Argentine. Durant toute sa vie, Zaccardelli père est resté un homme tranquille et fier possédant une éthique de robustesse au labeur. L’argent était rare, mais comme pour beaucoup d’Italiens, la force de la famille et le sens commun avaient beaucoup d’importance pour son épouse et pour lui. “Mon père nous disait toujours de vivre selon nos moyens. Si l’on a 10 cents dans les poches, on n’en dépense pas 11, et il vaut mieux ne pas dépenser les 10 au complet car il faut économiser quelque chose.”

À partir d’un très jeune âge, Zaccardelli rêvait de devenir policier. “Cela m’attirait tout simplement, et je ne saurais l’expliquer mais depuis que je commençais l’école secondaire, je savais que je voulais m’engager à la Gendarmerie royale canadienne parce que j’aimais voir les photos des agents de la GRC en rouge et entendre les histoires, les légendes.”

Déjà, à l’âge de huit ans, Zaccardelli livrait des journaux, les Montreal Star et Montreal Gazette. Pendant ses années d’école secondaire, il travaillait le soir comme plongeur à un restaurant. Il ne faisait pas de sport organisé car les fins de semaines, et les soirées durant la semaine, servaient au travail pour soutenir la famille. “On travaillait presque tout le temps parce que c’était ça la vie d’un jeune immigrant. C’est ce qu’on attendait de soi. Quand on avait du temps, on s’amusait comme on pouvait. On jouait au hockey de rues ou au foot-ball au Mont Royal… Je suivais aussi de très près les Canadiens de Montréal.”

Quand les derniers jours d’école secondaire approchaient, Zaccardelli était de plus en plus fasciné par les histoires des agents de la GRC qui voyageaient de par les régions isolées pour faire respecter la loi. Il obtint une licence commerciale en gestion d’entreprise, au collège Loyola de Montréal. “Je ne peux pas dire que j’avais un plan bien pensé, côté stratégie, mais je savais que c’était une bonne idée d’avoir un diplôme.”

En effet, c’était une bonne décision car peu de membres de la GRC avaient un diplôme. La plupart arrivaient directement après l’école secondaire. “La situation est bien différente de nos jours”, dit l’ancien directeur adjoint de la GRC Roy Berlinquette qui connaît Zaccardelli depuis 30 ans. “Aujourd’hui, un très gros pourcentage des gens qui s’engagent sont diplômés. C’est un groupe très éduqué, plutôt intelligent, et le directeur est très à l’aise dans cette nouvelle ère.”

Zaccardelli se souvient du jour où il est revenu de l’université et dit à son père qu’il avait posé sa candidature à la GRC. “Papa m’a regardé et m’a demandé ‘Pourquoi as-tu fait ça?’ Je lui répondit que je voulais entrer dans la force de police nationale. Il dit que la GRC ne m’accepterait jamais. Je lui ai demandé pourquoi il pensait ainsi et il dit que je n’étais pas né au pays et qu’il y avait des limites à ce que je pouvais faire. Je lui demandais, Qu’est-ce que tu veux dire? Je suis Canadien. J’ai été élevé ici. Il dit que je ne comprenais pas. Il exprimait ce que beaucoup d’immigrants ressentent, surtout ceux qui sont adultes quand ils viennent ici. Ils se sentent bienvenus, ils ont les occasions, mais il y a une peur, une certaine idée qu’ils se font, qu’ils ne sont pas entièrement acceptés par la société canadienne. Alors dans son esprit il y avait cette notion que je ne serais pas accepté par la GRC. Il était très content quand j’y suis entré.”

Le directeur dit qu’il n’est pas surpris que quelqu’un né en Italie, ou n’importe quel autre pays, puisse atteindre le plus haut échelon de la gendarmerie, et il fait part de cette façon de penser aux gens de Prezza quand on lui demande le secret de son succès. “Le secret c’était de choisir le Canada, un pays où l’on permet aux rêves de se réaliser”, dit-il.

La réalité, toutefois, c’est qu’il fallait travailler dur et longtemps, et il ne faut pas oublier qu’on est souvent obligé de déménager. Après l’instruction des recrues à Regina, Zaccardelli, qui parle couramment l’anglais, le français et l’italien, a été affecté à St. Paul (Alb.). Le début de sa carrière en était un d’officier en devoir général et puis ensuite il a été enquêteur de criminalité en col blanc. Il a travaillé en Alberta et en Ontario, et puis ensuite au Québec et au Nouveau-Brunswick en tant qu’officier haut gradé des opérations criminelles.

L’été 1995 il devint commandant de l’immense Division “O” de l’Ontario. À partir de là, il obtint le poste de directeur adjoint au quartier général de la GRC, et puis celui de directeur adjoint de la politique opérationnelle et du crime organisé en août 1999. En automne dernier il remplaçait Philip Murray en tant que directeur, et durant ces dernières semaines il a souvent parlé de faire de la GRC une organisation “concentrée stratégiquement”.

“Concentrée stratégiquement cela veut dire que nous comprenions entièrement l’environnement dans lequel nous travaillons et que nous soyons de plus en plus proactifs à propos de ce que nous pouvons accomplir. C’est-à-dire que nous puissions anticiper et répondre aux changements et aux pressions importants avant qu’ils n’aient lieu.”

Il est reconnu comme un grand communicateur, plein d’entrain et énergétique et comme un expert recherché en crime organisé et globalisation. “Il est très intelligent et compétent”, dit Margaret Beare, la directrice du Centre Nathanson d’études en crime organisé et en corruption de l’Université York. “Il va beaucoup nous aider à comprendre le crime organisé et on pourra s’éloigner de la vieille époque mystique et dramatique et voir le crime organisé comme une criminalité continuelle très sérieuse qu’il faut attaquer avec des ressources policières bien financées.”

Beare dit que ce qu’il faut c’est un travail de police fait d’après les renseignements, et moins de rhétorique à propos du besoin de davantage de pouvoirs policiers. “Le directeur a déclaré publiquement que la GRC est dorénavant une organisation ‘dirigée par les renseignements’. Cela implique non seulement une excellente capacité analytique, mais aussi un important degré de collaboration et de partage de renseignements avec les autres forces de police au pays et à l’étranger. Je pense que nous avons encore du chemin à faire avant que la collaboration soit un fait établi, et pas tout simplement un objectif.”

Le directeur dit que la globalisation a grandement changé la manière dont les forces policières agissent à tous les niveaux. “Les organisations criminelles peuvent se fixer à un coin du monde et avoir un impact sur vous sans être obligées d’être dans votre région […]. Ce qui me fait plaisir, c’est que la GRC relève ces défis depuis longtemps et qu’elle a une histoire de réussite meilleure que la plupart des organisations autour du monde.”

Il dit que la GRC doit être capable de s’adapter rapidement aux risques qui émergent dans un monde sans frontières. “Pour faire cela il faut avoir une organisation mieux préparée. Pour faire cela il faut développer des alliances et jeter des ponts entre nous et les autres forces policières au Canada et ailleurs autour du monde, en permettant aux autres secteurs de la société d’effectuer leurs contributions à ce que l’on fait et rehausser la valeur de son travail. C’est absolument essentiel. Il existe un besoin d’utiliser nos ressources et les ressources des autres.”

Berlinquette pense que Zaccardelli est “le directeur qu’il faut pour ces temps-ci”. Il dit qu’il est en train de construire en prenant pour base ce que l’ancien directeur a accompli. “Il a beaucoup d’énergie et il parle des problèmes avec beaucoup de passion […]. Il comprend aussi le processus d’apprentissage et l’importance de la technologie. Ce n’est pas un théoricien, mais il comprend la théorie. Et ce qui est encore plus important, il veut savoir comment les décisions vont affecter les gens qui se trouvent aux premières lignes du maintien de l’ordre.”

Berlinquette croit que la meilleure façon de s’attaquer au crime organisé c’est de détruire son infrastructure et de ne pas s’occuper tant que ça de mettre la main sur les produits illégaux. “Si l’on s’attaque aux Hell’s Angels lors d’un effort servant à leur enlever leurs marchandises, on arrête deux ou trois personnes avec 200 livres de marijuana ou 20 livres de cocaïne, et les médias impriment une histoire à propos d’une grosse descente et d’une immense saisie de drogues”, dit-il. “Alors tout ce qu’on a déplacé c’est 200 livres de marijuana ou 20 livres de cocaïne et deux dealers ou contrebandiers. L’organisation, cependant, travaille encore, et les contrebandiers sont remplacés le lendemain parce que l’infrastructure est restée intacte.”

Berlinquette dit que Zaccardelli comprend cela.

Beare dit que le crime organisé est aussi le domaine du maintien de l’ordre où l’on ressent la pression provenant de la communauté internationale, surtout des États-Unis, de faire des changements qui seraient peut-être inappropriés au Canada. “Il faut pour cela un directeur qui fasse deux choses lorsque des questions sur le crime organisé obtiennent de la publicité : d’abord, résister à la tentation de suivre automatiquement la voie où l’on exige davantage de pouvoirs policiers pour contrecarrer le danger et, deuxièmement, résister aux accusations non fondées provenant de l’étranger que le Canada est fautif en n’imitant pas les stratégies de mise en vigueur des lois, ou les lois elles-mêmes, qui n’ont pas fait leurs preuves ailleurs.”

Elle dit que le crime organisé est dirigé par les exigences de segments de la société dits légitimes et facilité par des cols blancs professionnels qui se font complices des activités criminelles. “Ainsi, la GRC est sur la bonne piste quand on insiste sur l’analyse des renseignements et sur les enquêtes menées d’après les renseignements. De même, la GRC a reconnu qu’il existe un besoin d’insister sur des capacités différentes de celles sur lesquelles on insistait peut-être autrefois.”

Les experts disent que lorsqu’il s’agit de combattre le crime frontalier entre le Canada et les États-Unis, il faut adopter le juste milieu entre ce qui marche pour faciliter la libre circulation du commerce et ce qui marche pour assurer la frontière contre les risques divers. C’est une tâche immense. En 1999, il y a eu plus de 225 millions de traversées entre le Canada et les États-Unis. La circulation des biens et des services cette année-là s’élevait à environ 1 million $ la minute. Le directeur croit que les partenariats clés à l’intérieur et à l’extérieur des frontières canadiennes vont servir à faciliter la circulation commerciale et aider les deux pays à s’occuper du crime frontalier.

Le directeur dit aussi que la GRC doit améliorer la manière dont elle combat le crime cybernétique. “C’est un domaine qui croît de manière fulgurante et nous n’en avons pas un contrôle total […]. Alors, il est important de faire pression avec nos ressources au Canada et avec nos partenaires autour du monde. Il faut se pencher sur les meilleures pratiques, apprendre les uns des autres […].”

Le commerce illicite des humains est un autre souci qui prend de plus en plus d’importance aux yeux de la GRC. Les technologies avancées et les systèmes de communication font qu’il est plus facile et plus profitable pour les trafiquants de trouver des gens à transporter illégalement autour du globe. Aux États-Unis, on évalue à 700 000 les femmes et les enfants qui sont transportés illégalement à travers les frontières internationales chaque année. “Ce qu’il faut surtout faire à ce propos, c’est identifier les groupes qui sont derrière. Alors une fois encore, on a besoin de bons renseignements afin de cibler les organisations les plus importantes”, dit le directeur. “On en revient encore au besoin d’alliances internationales qui servent à l’échange de renseignements.”

La GRC combat aussi le crime organisé par l’entremise de ses efforts de maintien de l’ordre internationaux, y compris le maintien de la paix. Zaccardelli dit que la force va continuer à travailler avec les agences de police civiles pour améliorer les opérations de police internationales. Cela comprend aider à construire des infrastructures civiles démocratiques à l’étranger et à empêcher l’importation d’activités criminelles au Canada.

Peu de temps après son assermentation en tant que directeur, Zaccardelli a été nommé vice-président national honoraire de la Légion royale canadienne. Il se dit supporteur fervent de la Légion, et il remarque que la GRC et le militaire canadien ont une histoire d’association de longue durée. “La GRC et la Légion ont beaucoup en commun, nous sommes présents dans la plupart des collectivités, même dans les plus petites collectivités, à travers le pays. Les filiales de la Légion sont depuis toujours des endroits où les membres de la GRC peuvent fréquenter des gens […]. Je crois que les deux organisations font partie de la structure du pays.”

Le président national Bill Barclay dit que la Légion est fière que le directeur se soit engagé en ce qui concerne le poste de vice-président honoraire. “Nous sommes tout aussi honorés de reconnaître les agents de sûreté sortants à Regina dans le cadre de notre programme de prix de la camaraderie.”

Avant de quitter Prezza pour la deuxième fois, Zaccardelli dit à son audience qu’en plus des bagages en carton et des souvenirs qu’il emportait du village en 1954, il emportait des valeurs très importantes, des croyances qui lui ont évidemment bien servi.

Pas mal du tout pour un gars de Prezza.

La force derrière la force

Le directeur de la GRC Giuliano Zaccardelli est responsable d’une très grande force qui a extrêmement changé ces dernières années. Il y a cinq ans elle a commencé à se déplacer vers un système de gestion au niveau de la base conçu pour offrir davantage de ressources aux services policiers du front. Quatre régions furent créées, soit celles du Pacifique, du Nord-Ouest, du Centre et de l’Atlantique. La GRC se divise aussi en 15 divisions, plus le quartier général à Ottawa. Chaque division a un commandant et elle est désignée par une lettre. En mai, la force avait 20 866 membres, dont 106 surintendants, 284 inspecteurs, 2 770 caporaux, 9 689 agents et 2 140 membres civils.

Une visite au Musée national de l’aviation


par Laura Byrne Paquet

Un Nieuport 17 près de l’entrée du musée.

L’annonce dans les journaux cible les mamans et les papas qui ont pris congé pour pouvoir faire quelque chose avec les petits durant le congé de mars. On y promet des sensations fortes à un endroit qu’on appelle le paradis de l’hélicoptère, là où l’on peut explorer le monde tournoyant des aéronefs qui font du surplace grâce à des démonstrations et à des ateliers. L’annonce montre deux enfants qui regardent un hélicoptère avec une grande admiration, et si cela ne suffit pas pour vous convaincre, vous ou votre troupe, d’aller faire un tour au Musée national de l’aviation, il y a toujours le passage concernant le “populaire 10e concours annuel Lego”.

Situé à la rive sud de la rivière des Outaouais, à quelques kilomètres à l’est des édifices du Parlement, le MNA est reconnu pour ses expositions interactives remarquables et pour avoir la collection d’aviation la plus importante au Canada : une collection qui se range parmi les meilleures au monde, dit Francine Poirier, la directrice par intérim du musée. “Le Musée national de l’aviation traite de toute la gamme du patrimoine de l’aviation du Canada, de l’ère des pionniers à l’âge moderne, et du temps de la guerre tout comme du temps de la paix, dit-elle. Notre collection raconte l’histoire du vieux rêve qu’a l’espèce humaine de s’envoler, et de l’important rôle joué dans cette histoire par plusieurs centaines de milliers de Canadiens.”

Le nombre grandissant de visiteurs donne raison à Poirier qui dit que le Musée diffuse un message important. Du 1er avril 2000 au 31 mars cette année, le musée a attiré environ 170 000 personnes; il s’agit de 4 500 de plus que durant l’année fiscale précédente. Parmi les musées les plus importants de la capitale, le MNA s’est rangé 5e pour ce qui est du nombre de gens qui y sont allés durant l’an 2000. Le prix du plus grand nombre revenait au Musée des civilisations, à Hull (Qc), qui a attiré quelque 1,4 million de visiteurs. Le Musée canadien de la guerre, qui au mois de mars attendait encore des nouvelles concernant l’endroit où son nouveau chez-soi allait être, a attiré plus de 155 000 visiteurs en 2000.

À la fin du mois de mars, Poirier et d’autres gens du MNA attendaient encore des nouvelles à propos de si le gouvernement fédéral allait s’engager à y mettre des fonds pour la construction de la seconde phase du musée, un projet de 20 millions $ qui devrait permettre au MNA de mettre un toit au-dessus de sept avions qui subissent les hivers froids et humides et les étés oppressants, humides, d’Ottawa depuis des décennies. Parmi les sept avions il y avait un Bristol Beaufighter de la Seconde Guerre mondiale, un North Star de Canadair (un avion de voyageurs d’après-guerre), et un Viscount de Vickers (un avion de ligne à turbopropulseur). Il y a aussi le prototype du Dash-7 de De Havilland créé au milieu des années ’70. Le North Star de Canadair, dit Poirier, est le seul avion en son genre qui reste au monde.

Si l’extension a lieu, ce serait un important pas en avant pour le musée dont l’origine remonte à la fin des années 1920 et à un passionné du nom de John H. Parkin qui était alors directeur adjoint de la division de physique du Conseil national de recherche à Ottawa. C’est à Parkin qu’on attribue le mérite d’avoir agit rapidement après qu’il ait remarqué qu’il fallait préserver les objets du début de l’histoire de l’aviation canadienne.

Il savait que la vitesse s’imposait car quelque deux décennies avaient passé depuis que le Silver Dart eut volé pour la première fois au Canada, à Baddeck (N.-É.) le 23 février 1909. Cela faisait aussi 10 ans que la Première Guerre mondiale s’était terminée, et Parkin était conscient que certains des premiers avions du pays étaient sur le point de tomber en morceaux. En 1930 il a convaincu le CNR de mettre une partie de l’espace de ses couloirs à sa disposition pour la collection, laquelle comprenait alors surtout des moteurs d’avions de la période de la Grande Guerre. Quelques années plus tard, en réponse à une demande écrite de Parkin, le CNR acceptait le don d’un Camel 2F.1 de Sopwith appartenant à l’Aviation royale du Canada, le même genre d’avion qui avait joué un rôle immense dans l’aviation militaire canadienne durant la Première Guerre mondiale. “On sait que l’appareil dont il s’agit est pratiquement le dernier de son genre en existence, écrivait-il à son patron, le président du CNR H.M. Tory. Si le Conseil ne l’accepte pas, il va être détruit.”

Après que la Seconde Guerre mondiale eut commencé, le Camel était entreposé, ce qui était aussi le cas du reste de la jeune collection. Ce n’est que plusieurs années après la guerre que des passionnés de l’aviation se sont mis à penser qu’il fallait ramener la collection à la lumière du jour. Ils étudièrent plusieurs options et finirent pas choisir un espace d’exposition que leur offrait le ministère fédéral du Transport dans le nouvel immeuble terminus de l’aéroport Uplands à Ottawa. D’après les plans du jour, la nouvelle installation devait ouvrir en 1959, mais un accident bizarre mit un bâton dans les roues.

Un pilote de la United States Air Force, qui faisait la démonstration d’un Lockheed F-104A, dépassa le mur du son, faisant un bang sonique qui fracassa les fenêtres et déstabilisa les plafonds de l’immeuble terminus presque terminé. À cause de cela, le musée n’ouvrit ses portes au public que le 25 octobre 1960.

Bien que le musée manqua continuellement d’espace, le personnel posa les fondations de la bibliothèque et de la collection de photos du musée. On avait grandement besoin des deux car en ce temps-là il n’y avait pas de bibliothèque nationale pour les documents de l’aviation, et “une vérification en 1961 révéla qu’il n’y avait que deux photos de l’aviation aux Archives publiques”, écrivait K.M. Molson dans son livre de 1988 intitulé Canada’s National Aviation Museum : Its History and Collections.

Au début des années 1960, l’Institute of Aeronautical Sciences de New York faisait un don de plus de 600 livres au musée, et ce dernier achetait une collection considérable de matériel historique à une société de l’aviation de Vienne, en Autriche. Ces deux collections devinrent une bibliothèque qui aujourd’hui a plus de 10 000 livres, 7 000 périodiques reliés et 7 500 manuels techniques.

Quant aux photos, le musée a compté sur la générosité des fervents de l’aviation. Nombre de ces photos ne sont pas particulièrement intéressantes du point de vue de la photographie, mais pour les experts qui restaurent d’anciens avions, elles peuvent être inestimables car elles montrent les configurations exactes et les marques des avions. Aujourd’hui, le musée a 35 000 photos dans sa collection et beaucoup d’entre elles peuvent être vues au site Web du musée, www.aviation.nmstc.ca.

Durant les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, le musée a continué à collectionner des avions et des objets provenant d’aussi loin que de l’Afghanistan et de l’Inde. Il est intéressant de savoir que deux autres groupes de Canadiens en ont fait de même. Le Musée canadien de la guerre recueillait du matériel relié à l’aviation militaire, et l’ARC amassait des objets et des avions reliés à sa propre histoire, y compris un certain nombre d’avions allemands. En ce temps-là, la plupart des avions historiques de l’ARC étaient entreposés et exposés à Mountain View (Ont.), à une piste appartenant au dépôt de réparation no 6 de Trenton. L’ARC avait aussi des avions historiques au Canada de l’Ouest.

Au milieu des années 1960, les quartiers du musée à Uplands étaient trop petits, et le gouvernement décida de mettre les trois collections ensemble afin d’éviter les efforts répétés. En 1964, l’ARC quittait sa piste de Rockcliffe, le long de la rivière des Outaouais, et le ministère de la Défense nationale offrait trois hangars de la piste pour y abriter la collection fusionnée. Le 21 mai 1965, la Collection nationale de l’aéronautique ouvrait ses portes au public.

Rockcliffe avait une grande valeur pour une collection nationale de l’aviation. “C’était une des premières et des plus importantes bases au Canada. C’était aussi une des plus belles bases”, dit Stephen Payne, le conservateur de technologie aéronautique du musée.

Les pilotes faisant le premier vol de traversée du Canada y faisaient escale en 1920, la même année que l’aérodrome était établi. “Avec la formation de l’ARC en 1924, écrit Molson, Rockcliffe devint les seuls aérodrome et poste d’hydravion combinés jusqu’à ce que le poste aérien de Trenton ouvre, en 1931.” Les pilotes d’épreuves de vitesse américains F.M. Hawks et J.R. Wedell ont tous deux décollé de Rockcliffe lorsqu’ils ont fixé de nouveaux records de vitesse. La base servait aussi aux levés aériens et, malheureusement, c’est aussi le lieu d’une tragédie nationale qui a eu lieu l’après-midi du 12 mars 1931, quand l’as de la Première Guerre mondiale William Barker, un récipiendaire de la Croix de Victoria, s’est tué lorsque son avion s’écrasa sur la glace de la rivière des Outaouais.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le militaire a testé divers avions à Rockcliffe, et des avions remplis de courrier y décollaient vers l’Europe pour les soldats solitaires.

Le site de Rockcliffe était aussi un endroit pratique pour y loger le musée de l’aviation. Même de nos jours, la plupart des avions que l’on ajoute à la collection arrivent en volant de leurs propres ailes, et se posent sur la piste ou sur la rivière. Et la piste permet au musée d’offrir des vols aux gens qui viennent visiter le musée.

Avec le temps, les hangars de Rockcliffe n’étaient plus les meilleurs endroits où abriter une collection d’avions classiques fragiles. Vieux, en bois et secs comme la poussière, les édifices étaient une source d’inquiétudes constantes pour les passionnés de l’aviation qui avaient peur que les meilleures collections d’objets de l’aviation au Canada soient détruits par un incendie. Leurs craintes se sont avérées dénuées de fondement. Au cours des années 1970, ce sort a été celui de collections comparables à Calgary et à San Diego, en Californie.

En 1967, la collection devenait une partie du Musée national des sciences et de la technologie, appelé maintenant Société du Musée des sciences et de la technologie du Canada, mais elle est restée à son propre site à Rockcliffe. Les fervents de l’aviation continuèrent à demander un foyer permanent sécuritaire pour la collection et, en 1982, ils reprenaient grandement espoir quand le gouvernement annonçait le financement de nouveaux édifices pour le Musée des beaux-arts du Canada et pour ce qui allait devenir le Musée canadien des civilisations. C’est le ministre fédéral des communications, Francis Fox, qui a obtenu 20 millions $ pour la construction de la première des trois phases du musée de l’aviation à Rockcliffe.

Les travailleurs de la construction ont commencé à creuser le 25 mai 1983, et à cause de la grandeur des avions de la collection, l’édifice devait avoir au moins 12 mètres de hauteur et des portées ininterrompues de 45 mètres. Et vu que l’édifice triangulaire se faisait construire à côté d’une piste active, les directeurs du musée exigèrent que l’architecte situe les tuyaux et autres installations disgracieuses sous le toit afin qu’il ait bonne mine des airs.

En 1988, le musée de 13 138 pieds carrés était ouvert au public. Depuis lors, plus de deux millions de visiteurs y sont passés. La collection du musée comprend plus de 120 avions et d’innombrables objets comme les moteurs, les hélices, les instruments, les armes, les tenues d’aviateurs et les maquettes de soufflerie. Ses technologues ramènent les vieux avions à leurs normes d’origine en état de navigation et le musée à une réputation d’excellence quant au travail de préservation et de restauration.

“Le patrimoine de l’aviation canadien, militaire et civil, est riche et infiniment varié, dit Poirier. Il est peuplé de personnages merveilleux qui ont accompli de grandes choses dans leurs engins légendaires (et d’autres moins légendaires). Bien sûr, les avions du musée ne peuvent pas parler eux-mêmes. C’est pour cela que nous cherchons des moyens créatifs de raconter les histoires sensationnelles de ce patrimoine.”

Apprendre à propos du vol et de son histoire est facile et amusant grâce à plusieurs programmes. Plein vol, par exemple, est un programme interactif destiné aux ados et aux adultes qui se passionnent pour l’aviation. Il permet aux participants d’explorer les principes de l’aérodynamique, les contrôles et les instruments des avions, la navigation, la communication et la météorologie. Le coût en est de 115 $ et comprend l’instruction au sol, du matériel de référence à emporter chez soi et un vol d’une heure. Il y a aussi des tarifs pour groupes.

Vol de nuit est un programme pour les jeunes de cinq à 18 ans. Il coûte 22 $ par enfant et 11 $ par adulte qui les accompagne. Dans le cadre du Vol de nuit, les participants passent une nuit au musée à explorer la collection à la lumière de lampes de poche, à regarder des films et à assister à des démonstrations. “Nous sommes fiers du fait que nous avons réussi à exciter l’imagination de toutes sortes de gens, jeunes et vieux, experts et écoliers, hommes et femmes, et à nous assurer ainsi que ce legs magnifique ne disparaisse pas”, dit Poirier.

En entrant au musée triangulaire, le visiteur passe d’abord à côté d’une réplique en bronze de la sculpture, grandeur nature, que créait Tait McKenzie en 1932 : The Falcon. Il s’agit de la sculpture saisissante d’un homme ailé qui représente le désir éternel de la race humaine qui est de voler. Il y a aussi une réplique du Silver Dart près de l’entrée.

À partir de là, la collection est disposée en “îles”, chacune se concentrant sur une période différente des autres, ou sur un genre d’avions différent. Chaque île comprend des écriteaux où se trouvent des explications détaillées, carnets de vol inclus. La plupart, mais non pas tous, les avions exposés étaient fabriqués au Canada ou ont été pilotés par des Canadiens. Il y a des avions à réaction et des avions de brousse, des avions de chasse de la Première Guerre mondiale et des hélicoptères d’après la Deuxième Guerre mondiale. Le musée est aussi l’endroit où se trouvent les dernières pièces du malheureux Avro Arrow, le premier et dernier avion supersonique du Canada, dont l’annulation par le gouvernement de Diefenbaker en 1959 est, aujourd’hui encore, une source de controverse.

L’Arrow est très populaire chez les visiteurs. “Il est très en vue”, dit Payne. Il nous explique qu’une avalanche de livres et un docudrame récent à la SRC concernant l’avion ont “présenté le sujet à toute une nouvelle génération de gens”.

Payne fait aussi remarquer que le mandat du musée est de collecter surtout, mais pas exclusivement, du matériel canadien. Certains aéronefs ont eu un impact si intense sur l’aviation mondiale qu’ils méritent qu’on les acquière, dit-il. Payne dit aussi que l’aviation canadienne ne s’est pas développée dans le vide, alors il est bon pour les visiteurs de voir des avions canadiens entourés par d’autres avions de leur temps. Par exemple, deux Messerschmitt allemands sont exposés près d’un Spitfire, d’un Hurricane de Hawker et d’un Mustang que les alliés utilisaient durant la guerre, afin que les visiteurs puissent voir des avions des deux côtés du conflit.

Le conservateur dit qu’il est très important d’avoir un endroit où des technologies de l’aviation si importantes peuvent être entretenues et exposées. “La technologie de l’aviation est située à l’écart, ajoute-t-il. Elle a joué un si grand rôle dans notre histoire militaire et dans notre histoire civile qu’au fond elle mérite son propre musée. De manière conceptuelle, l’avion a changé le Canada plus qu’à peu près n’importe quel autre pays au monde […]. Je pense toujours au développement du Nord, à l’histoire du Nord, comme étant divisée en deux stades : avant et après l’avion.”

Comme on s’y attend, le musée plaît aux fervents de l’aviation dévoués. Il parraine un escadron de cadets de l’air, offre un endroit de rencontres pour les groupes comme les artistes de l’aviation et les opérateurs d’avions téléguidés, et loue ses installations aux organismes comme l’Association de la Force aérienne du Canada.

Bob Tracy, directeur exécutif de l’Association de la Force aérienne, dit que son organisation utilise le musée continuellement pour faire des recherches et en tant que lieu de manifestations comme la cérémonie commémorative de la bataille d’Angleterre. Il dit aussi que le personnel du musée et celui de l’association se partagent souvent des ressources pour répondre à des questions sur l’histoire de l’aviation. “Nous travaillons de près avec eux. Nous leur servons, ils nous servent.”

Timothy Dubé, président de la section d’Ottawa de la Canadian Aviation Historical Society, dit aussi que le musée est précieux à la collectivité de l’aviation. Son organisme y organise des conférences mensuelles pour ses membres. Et à son ouvrage, durant la journée, en tant qu’archiviste militaire aux Archives nationales du Canada, Dubé travaille de près avec les conservateurs du musée.

Cette année, des membres du Conseil exécutif national de la Légion royale canadienne ont fait une visite guidée du musée. Le vice-président national Clarence King de Grand Falls-Windsor (T.-N.), était heureux de la visite. Il a servi à l’ARC, et il a été en garnison à Rockcliffe de 1957 à 1960. C’est à Rockcliffe qu’il a rencontré son épouse et c’est là aussi que son fils aîné a vu le jour. “J’étais heureux d’y retourner, et j’ai beaucoup aimé la visite. Les expositions sont extra et j’aimerais que le musée obtienne davantage d’espace.”

Le président national des débats Wally Smith de Peterborough (Ont.) a servi à la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry durant la Seconde Guerre mondiale. Il a été très impressionné par ce qu’il a vu au musée. “Je me suis particulièrement intéressé aux avions de la Deuxième Guerre mondiale, surtout le Lancaster. Ça impressionne vraiment de se tenir en dessous de l’avion et de regarder la petite place du canonnier arrière. En tant qu’ancien fantassin, ça m’a vraiment fait réaliser à quel point les gars y étaient exposés, à quel point c’était dangereux.”