Clinique de la gestion de la douleur aménagée à l’Hôpital Ste-Anne

Les anciens combattants doivent souvent lutter avec des douleurs mentales ainsi que physiques, mais jusqu’à ces derniers temps, les deux sortes de blessures étaient traitées séparément. La nouvelle clinique de la gestion de la douleur, dirigée par Anciens combattants Canada à l’Hôpital Ste-Anne de Ste-Anne-de-Bellevue (Qc), aide les anciens combattants à s’occuper des deux.

La clinique, inaugurée officiellement par le ministre d’Anciens combattants Canada Greg Thompson a connu au mois de mars, un bon départ en novembre 2005 grâce à un important don d’André Chagnon, le fondateur de la société de multimédia Vidéotron.

“Pour autant que nous sachions, c’est la première clinique (au Canada) qui soigne les blessures de stress opérationnel (BSO) et la douleur en tant que morbidités conjointes”, dit le Dr Serge Gingras qui est directeur des services professionnels à l’Hôpital Ste-Anne. Ce centre de soins de longue durée, où quelque 430 anciens combattants sont logés, est le dernier hôpital fédéral qu’ACC administre. “Aux autres cliniques de la gestion de la douleur, on vous dit que vous souffrez d’une maladie psychologique et on vous envoie chez un psychologue”, dit Gingras, qui ajoute que peu de cliniques offrent un plan de soins intégrés comme le fait la sienne. “Quand vous souffrez (d’une BSO et d’une douleur chronique), il faut soigner les deux en même temps, parce qu’elles sont liées étroitement. La douleur peut aggraver la BSO et inversement.”

Les BSO sont des blessures psychologiques tenaces qui résultent du service lors d’opérations militaires et comprennent des maladies comme la dépression, l’anxiété et le stress post-traumatique. Il arrive que ces maladies se manifestent au bout de plusieurs années. La douleur chronique, quant à elle, est une douleur qui dure plus de six mois et qui est reliée à des maladies difficiles à soigner.

Un grand pourcentage de la clientèle souffre d’une combinaison de BSO et de douleur chronique. Pour l’instant, la clinique a aidé plus de 150 vétérans de celui de conflits remontant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et aussi récents que l’Afghanistan. “La plupart des anciens combattants que nous avons sont des vétérans d’Haïti, de Bosnie (ou) de Croatie”, dit Monique Allard, la coordonnatrice des infirmières de la clinique de gestion de la douleur.

Le programme s’est beaucoup étendu. “Elle était vraiment petite quand nous l’avons inaugurée”, dit Allard, et elle remarque que la clinique servait surtout aux résidents de Ste-Anne. Toutefois, il n’a pas fallu beaucoup de temps avant que les patients des quatre lits réservés aux anciens combattants plus jeunes qui souffrent de BSO fassent des demandes à son équipe. “La vitesse a augmenté et (maintenant) nous avons des clients de la région de Québec… présentement il y a une liste d’attente d’un mois. Nous avons 80 dossiers actifs.”

L’attente est extraordinairement courte quand on la compare à celle des autres cliniques de gestion de la douleur à travers le Canada. Gingras remarque que les autres cliniques n’acceptent qu’un petit nombre de patients et qu’on peut passer jusqu’à deux ans et demi sur leur liste d’attente. Le modèle à Ste-Anne a été conçu pour aider le plus d’anciens combattants possible. Pour les non-résidents, dit Gingras, “la rééducation se fait toujours mieux dans la collectivité”. Plutôt que de faire venir les anciens combattants à la clinique toutes les semaines ou toutes les deux semaines, “nous essayons de produire une très bonne évaluation ou un très bon plan de soins qui peuvent être suivis dans la collectivité. Nous demeurons en réserve, alors le médecin traitant ou le physiothérapeute peuvent nous appeler s’ils veulent.”

Faire en sorte que les résidents de Ste-Anne soient confortables est également prioritaire. “(Les gens) se font une idée fausse comme quoi, en vieillissant, la douleur est normale… Il faut infirmer cette idée fausse”, dit-il. “Il y a beaucoup de travail à faire dans le cadre des soins de longue durée pour s’assurer que la gestion de la douleur atteigne son état optimal.” Il dit que nombre de résidents ont profité du fait que la clinique se trouve si près de chez eux.

La clinique comprend un petit nombre de bureaux gais nouvellement rénovés dans l’aile de physiothérapie de Ste-Anne. Allard, une infirmière autorisée, et sa petite équipe de physiatres, physiothérapeutes et psychologues sont toujours occupés à voir des clients ou à suivre leurs soins en se servant du téléphone et de questionnaires.

L’équipe préfère une variété de techniques et thérapies, y compris des médicaments, la physiothérapie, les exercices de réduction du stress, la thérapie par chaleur et froid, et la psychoéducation. “On pourrait dire que c’est un abord holistique”, dit Gingras. L’objectif principal, dit-il, est de rendre les patients fonctionnels, “pas nécessairement de leur donner assez de médicaments pour les rendre complètement engourdis”.

Il fait remarquer que la clinique prend aussi une autre voie où, plutôt que d’avoir un anesthésiste en tant que spécialiste principal, comme c’est le cas d’habitude, Ste-Anne emploie aussi des physiatres. Ces médecins se spécialisent en médecine physique et en rééducation. “Les clients les plus jeunes, et les clients que nous avons aux soins de longue durée aussi, souffrent de maladies squeletto-musculaires. Il semble que ce sont des physiatres qu’il faut avoir.”

Quand un ancien combattant arrive, il passe par un processus complet d’interview et d’évaluation. “Nous avons remarqué […] que la plupart d’entre eux n’ont pas fait l’objet de suivi médical”, dit Allard. L’équipe sanitaire s’occupe de tous les aspects de la vie journalière de la personne; tout se discute, des difficultés à dormir jusqu’aux questions de relations. “Nous ne nous concentrons pas seulement sur la douleur ou l’état médical”, dit-elle. Après les interviews, Allard et son équipe s’entretiennent des recommandations avec le client.

L’éducation est aussi une composante importante. Nombre d’anciens combattants qui ont une douleur chronique “arrêtent (souvent) tout, ce qui n’est pas bien”, dit Allard. “Il y en a d’autres qui continuent de faire ce qu’ils faisaient quand ils étaient des militaires actifs, et pensent qu’ils peuvent faire des randonnées de 50 milles à pied et ne pas en souffrir.” En plus de leur donner des outils de relaxation, dit-elle, la clinique montre aux patients “comment régler leur allure et fixer des objectifs réalistes”.

Jusqu’à ces derniers temps, la clinique passait toute une journée avec chaque client. Toutefois, dit Gingras, si l’objectif est de montrer aux clients comment utiliser les outils pour qu’ils puissent gérer la douleur, “une journée ne suffit pas”. Alors la clinique a lancé un projet pilote dans le cadre duquel les anciens combattants suivent un atelier de gestion de la douleur de quatre jours.

De dire Allard : “même durant ces quatre jours, il y a beaucoup de renseignements parce que (certains clients) ont de la difficulté à se concentrer. Alors on fait beaucoup de poses et on incorpore beaucoup de conditionnement physique.”

L’équipe fait toujours attention aux besoins spécifiques des anciens hommes et femmes des services. “Normalement (nos clients) se sont engagés dans les services quand ils étaient très jeunes, alors c’est leur seul environnement de socialisation”, dit Allard. “Quand ils retournent à la vie civile, (ils se sentent) un petit peu embarrassés d’être retournés à la vie civile pour des raisons médicales. Et en plus de ça, si c’est relié à une sorte de BSO, ils trouvent ça très difficile.” L’invalidation de toutes ces marques est une partie intégrante du travail de la clinique.

Les anciens combattants apprécient cet abord. André Léonelli, qui a assisté au lancement au mois de mars, souffrait de dépression et de douleur au dos chronique quand il a quitté les Forces canadiennes il y a un an. Sa santé mentale s’est détériorée après une série de missions de maintien de la paix à Chypre et en Afrique, où il se sentait impuissant à propos de participer. Maintenant, ce vétéran de 18 ans des FC est un des clients à Ste-Anne. “Ici, tout le monde travaille ensemble pour aider”, dit-il.

Gingras aimerait que des services semblables soient aménagés à travers le Canada. “On est en train de prendre de l’expérience lentement, et on verra où ça va nous amener.”

Les premiers au tableau de cribbage

Les 48 joueurs de cribbage chevronnés qui se sont assemblés à Halifax, à l’occasion des Championnats nationaux de cribbage de la Légion royale canadienne, entre le 27 et le 29 avril n’avaient pas besoin de prétexte pour passer quelques jours à taper les cartes à la filiale Fairview, mais ils en ont eu un quand même. Le temps n’était pas assez beau pour les occupations ailleurs qu’en salle.Quels que soient les efforts du Comité des préparatifs locaux, la mousson des Maritimes n’a pas pu être renvoyée. Toutefois, la présidente du CPL Judy Merlin et son équipe dévouée ont réussi à rendre le reste de l’expérience aussi plaisant que possible, et les légionnaires qui ont obtenu le titre chez les simples, chez les doubles et chez les équipes étaient heureux de leur périple à partir de différents coins du Canada. Les trophées ont été décernés à des joueurs des Prairies, de l’Ouest et des Maritimes.

Le champion des simples, Wade Cunningham de la filiale Gen. Alex Ross de Yorkton (Sask.), a mâchouillé nombre de cure-dents pendant qu’il jouait ses mains jusqu’à la victoire. “Je ne pense pas que je vais vraiment assimiler ça avant d’arriver chez moi”, dit-il quand tout fut joué.

Les membres du quatuor de la filiale Lake Cowichan (C.-B.) étaient spécialement heureux parce qu’ils ne sont allés aux championnats nationaux que par pur hasard. “L’équipe qui avait gagné les provinciaux (n’a pas pu) venir”, dit Wilma Rowbottom, la présidente de la filiale Lake Cowichan. Elle s’est fait accompagner par son époux George Rowbottom, ainsi que par Suzanne Jones et Andrea Bates.

Sur le chemin de la victoire, lors de l’épreuve de neuf matches, quand il ne restait qu’un seul match, ils expliquaient la formation de leur équipe. “Je joue avec Wilma et George joue avec Andrea”, dit Jones, et elle remarquait que c’est un arrangement qu’ils ont depuis des années.

“Mari et femme ne peuvent pas jouer ensemble”, dit Bates, et de lancer George Rowbottom : “Vous savez quand vous n’avez pas joué la bonne carte?”

Il n’avait pas besoin de finir sa pensée. De dire Wilma pour rire : “je finirais par le tuer”. Ils rirent tous.

Ils rirent à nouveau un peu plus tard, quand ils apprirent qu’ils avaient gagné le championnat, ayant inscrit 29 points le dernier jour de la compétition. Le double ‘skunk’ que Jones et Wilma Rowbottom avaient marqué lors de leur match de la quatrième partie contre Terre-Neuve-et-Labrador avait donné une avance aux Occidentaux; une avance qu’ils ont maintenu tout le temps malgré une compétition serrée de la part de Roy Anderson, Rita Read, Dixon Robertson et Fred Crocker de la filiale West Kildonan de Winnipeg.

La victoire n’était pas moins douce pour l’équipe des doubles formée par Jeanie Jorgensen et Gary McPhee de la filiale Petitcodiac (N.-B.). “C’est incroyable. Je suis si excitée”, dit Jorgensen quand elle jetait finalement un coup d’oeil au tableau, après que tous les matches aient été joués. Tout au long de l’épreuve, elle s’était gardé de contempler le tableau blanc qui magnétisait les autres compétiteurs. “J’avais peur qu’on allait être à court”, dit-elle.

Son partenaire, un petit peu plus calme, garda joyeusement le silence alors qu’ils dépassaient leurs adversaires durant les derniers matches. “Elle ne veut pas savoir (le score)”, dit McPhee quand il ne leur restait qu’un seul match à jouer, “et je ne vais pas lui dire.” C’était probablement une bonne décision, car ils allaient jouer contre Gail et Leon Mattatall de la filiale Elmsdale (N.-É.) au 9e match. Les Mattatall, dont le comportement jovial déguisait une compétitivité féroce, étaient à ce moment-là ex-aequo en deuxième place avec Dave Fall et André Bégin de la filiale Red Rock (Ont.). Fall et Bégin, qui n’avaient pas moins d’un siècle d’expérience au cribbage en tout, n’étaient pas non plus des traîne-savates.

À la fin, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse ont gagné une partie chacun, ce qui laissait le Nouveau-Brunswick trop loin avec ses 14 points. Les Mattatall ont obtenu la deuxième position avec 12. Quatre équipes étaient ex-aequo en troisième place avec 11 points chacune : l’Île-du-Prince-Édouard, le Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario et la Colombie-Britannique.

Malgré le temps maussade, une atmosphère enjouée était en évidence durant toute la fin de semaine à la filiale Fairview. Les championnats ont commencé par une soirée bien approvisionnée le vendredi. Les joueurs ont été accueillis par Merlin, Fred Mombourquette, le président des sports de la Nouvelle-Écosse/Nunavut et le représentant du Comité national des sports et président sortant de la Division de l’Île-du-Prince-Édouard, Jack MacEachern.

Kenneth Borton de la filiale Cremona (Alb.), producteur de céréales toute sa vie et arrière-grand-père de 80 ans qui joue au cribbage depuis 75 ans, dit en riant que sa filiale avait gardé son équipe pour les championnats nationaux; c’était la première fois que ses coéquipiers, Diane Davies et William et Donna Kidd, et lui s’y rendaient. “Si nous ne remportons pas un trophée, il se pourrait que nous restions ici”, dit Borton en souriant. “On nous a dit de ne pas retourner sans trophée.”

Donna Kidd était une des rares compétitrices qui n’ont pas commencé à jouer au cribbage étant enfant. “Ma mère disait que les cartes sont le travail du diable, et que quand on joue aux cartes, c’est évidemment qu’on n’a pas suffisamment de choses à faire.”

Il est évident que ni elle ni les autres participants ne sont d’accord avec cette opinion.

Les joueurs et leurs compagnons étaient un assortiment vraiment intéressant, qui venaient de tous les milieux et dont l’âge allait de la trentaine à plus de quatre-vingts ans. Certains, comme Jones, Rowbottom et leur compagnon de la Colombie-Britannique Kim Herzig, étaient des employés ou des bénévoles de la Légion; d’autres, comme Michael Tagg de la filiale Ellerslie (Î.-P.-É.), étaient des vétérans des Forces armées. Ce dernier, un Britannique, a servi dans la Royal Navy et a été mercenaire pendant neuf mois au Congo britannique avant de venir au Canada, il y a 40 ans.

Samedi matin, quand tous avaient eu l’occasion de se présenter les uns aux autres et de prendre un peu de repos, ils étaient de retour à la filiale où un déjeuner les attendait. À neuf heures exactement, la garde du drapeau apportait les drapeaux et Merlin dirigeait une cérémonie commémorative solennelle.

La présidente Joan Aalders de la filiale Fairview et le député provincial Graham Steele se sont joints à MacEachern pour ouvrir officiellement le tournoi. “De la part du président du Comité national des sports John Alger, je voudrais tous vous souhaiter la bienvenue ici”, dit MacEachern. “Vous avez eu de bons résultats dans vos divisions et espérons que tout le monde va se plaire ici.” De dire Steele : “je vous offre trois voeux. Que vous trouviez le 29 parfait, que vous ne soyez jamais la victime d’un ‘skunk’ et que vous profitiez de l’amitié et de la compagnie de la Légion de Fairview cette fin de semaine”.

Les deux premiers voeux n’ont pas été réalisés; mais au moins le plus important l’a été.

L’organisateur du tournoi, Frank Fraser, a expliqué les règles avant que les cartes aient été coupées pour la première fois. Il y aurait deux parties par match et neuf matches par épreuve, alors chaque simple, double ou équipe avait l’occasion de se mesurer à tous les autres. Une partie gagnée donnait un point, avec un autre point si les gagnants réussissaient à battre l’adversaire par un ‘skunk’. Un ‘skunk’ voulait dire que le côté perdant avait inscrit moins de 91 points sur les 121, et un ‘skunk’ double, lorsque le côté perdant avait moins de 61, valait deux points.

L’épreuve des doubles débuta sans plus tarder, et les jeux étaient sans pitié, des ‘skunks’ étant inscrits de tous côtés. Le couple néo-écossais, les Mattatall, et les frères saskatchewanais Darren et Darwin Anderson de la filiale Big River ont gagné par un ‘skunk’ contre leurs adversaires respectifs au premier match; les deux Québécois, Madonna Bloch et Bernard Éthier de la filiale Hon. John Diefenbaker de Laval se méritèrent un ‘skunk’ au cinquième match; le double de la Colombie-Britannique formé par Kim Herzig et Ron White de la filiale George Pearkes de Princeton, qui méritaient le titre de “joueurs de cribbage les plus rapides de l’Ouest” grâce à leur façon véloce et fonctionnelle, a aussi inscrit un point supplémentaire à son cinquième match.

Les choses ne se sont pas passées aussi bien pour certaines équipes. Après les quelques premiers matches, l’Albertain William Kidd disait pour rire “c’est le moment de mettre mes lunettes de tricheur”. Cela dit, il sortit une paire de lunettes de soleil sur lesquelles des yeux avaient été peints. Il semble qu’elles aient marché. Kidd et son épouse ont réussi à remonter jusqu’à la quatrième position à la fin des neuf matches. Mike Fedechko et Ira Kraynyk de la filiale New Liskeard (Ont.) ont passé de mauvais moments mais leur chance a tourné le lendemain.

Quant aux joueurs des simples, ils étaient impatients de commencer leur épreuve. Michael Tagg a passé une grande partie de la matinée à jouer au cribbage avec son épouse Sheila alors que Darlene Luniw de la filiale Collingwood de Vancouver enseignait aux “Orientaux” le jeu de cartes dont la popularité à l’Ouest augmente vite : le cribbage à 10 cartes.

L’ancien président de la Division de l’Île-du-Prince-Édouard Carman Phillips, en Nouvelle-Écosse chez des amis, a fait une visite surprise pour saluer les membres de sa filiale : la filiale Ellerslie. Quand il commit “l’erreur” de souhaiter bonne chance à Edna Dennis, elle s’écria “Ne me souhaitez pas bonne chance. C’est de la mauvaise chance!”

La fortune a certainement privilégié Jorgensen et McPhee, qui ont maintenu leur avance à partir du septième match. Il y a eu des embrassades et des poignées de main générales quand ils ont gagné. “Je m’amuse beaucoup”, dit Jorgensen, qui a eu une transplantation cardiaque il y a quelques années à peine. “C’est un privilège de me trouver ici.”

L’épreuve des simples a semblé un jeu d’enfant pour le Saskatchewanais Wade Cunningham qui a inscrit 17 points en neuf matches. Alors qu’il dit se servir d’un petit peu de stratégie; “je me plais à jouer mal au début d’une partie, pour voir si l’autre côté sait ce qu’il faut faire”, dit ce joueur avide de pêche qui reconnaît que la chance est très importante, et qu’elle lui a permis d’inscrire quatre points au troisième match, contre Borton de l’Alberta, et ainsi de remporter facilement l’épreuve. “Si on n’a pas les cartes, on ne peut pas les compter, qu’importe à quel point on est bon.”

La course pour la deuxième place entre Ron Sutton de la filiale Red Rock (Ont.) et le Québécois Robert Michaud était si serrée qu’ils ont dû faire une belle. Ils avaient tous deux 13 points à la fin des jeux réguliers, et Sutton a été le vainqueur. “J’ai été chanceux”, disait-il par la suite. Le lendemain, pendant l’épreuve des équipes, Sutton était de retour à la filiale et il demandait si on pouvait lui prêter un tableau de cribbage.

Lors du banquet dansant de fermeture, où un dîner au rôti de boeuf était servi, Mombourquette implorait les joueurs de faire savoir à leur filiale que le programme des sports de la Légion leur importe. “Retournez à votre filiale et faites qu’on entende votre voix.”

La présidente du CPL Merlin n’avait que de gentils mots à dire aux joueurs. “La camaraderie que j’ai vue tout au long du tournoi était fantastique.” MacEachern était du même avis, louangeant surtout Merlin, son “homme de confiance” Maurice Hatch et l’équipe qui a organisé le tournoi. “Cette filiale a un système de bénévoles fantastique.”

De forts applaudissements conclurent ce qui avait été une bien belle fin de semaine.

RÉSULTATS

Équipes : C.-B. (fil. Lake Cowichan), 29; Man.-N.-O. O. (fil. West Kildonan de Winnipeg), 27; Qc (fil. Hon. John Diefenbaker de Laval), 24; N.-É./Nunavut (fil. Elmsdale), 22; Î.-P.-É. (fil. Ellerslie), 21; Ont. (fil. New Liskeard), 21; T.-N.-Lab. (fil. Pleasantville de St. John’s), 20; Sask. (fil. Coleville), 18; Alb.-T. N.-O. (fil. Cremona), 18; N.-B. (fil. Petitcodiac), 16.

Doubles : N.-B., Jeanie Jorgensen et Gary McPhee (fil. Petitcodiac), 14; N.-É., Gail et Leon Mattatall (fil. Elmsdale), 12; Î.-P.-É., Edna Dennis et Doneta Folland (fil. Ellerslie), 11; Qc, Madonna Bloch et Bernard Éthier (fil. Hon. John Diefenbaker de Laval), 11; Man.-N.-O. O., Dave Fall et André Bégin (fil. Red Rock), 11; C.-B., Kim Herzig et Ron White (fil. George Pearkes de Princeton), 11; Sask., Darwin et Darren Anderson (fil. Big River), 10; Alb.-T. N.-O., William et Donna Kidd (fil. Cremona), 10; T.-N.-Lab., Ruth Hickey et Shirley Wells (fil. Pleasantville), 9; Ont., Ira Kraynyk et Mike Fedechko (fil. New Liskeard), 4.

Simples : Sask., Wade Cunningham (fil. Gen. Alex Ross de Saskatoon), 17; Man.-N.-O. O., Ron Sutton (fil. Red Rock), 14; Qc, Robert Michaud (fil. Hon. John Diefenbaker de Laval), 13; Ont., Cathy Waters (fil. New Liskeard), 10; Alb., Kenneth Borton (fil. Cremona), 10; C.-B., Darlene Luniw (fil. Collingwood de Vancouver), 10; N.-É., Keith Greeno (fil. Elmsdale), 9; T.-N.-Lab., Patrick Peddle (fil. Pleasantville de St. John’s), 8; Î.-P.-É., Michael Tagg (fil. Ellerslie), 8; N.-B., Aura Bannister (fil. Petitcodiac), 6.

La question des adhésions domine le Congrès du Québec

Le 52e Congrès de la Division du Québec a été l’un des plus controversés de ces derniers temps. Quand 146 délégués accrédités se sont assemblés à Saint-Jean-sur-Richelieu, du 18 au 20 mai, ils n’ont pas perdu de temps pour porter à l’attention des membres du congrès ce qui les inquiétait, dont l’image de la Légion royale canadienne et les relations françaises-anglaises.

Le président national Jack Frost a fait directement face à leurs questions quand il est arrivé, le deuxième jour, pour diriger un forum. “Je suis prêt à entendre vos questions. C’est votre réunion, et je ne suis ici que pour vous aider par rapport à tout problème que vous puissiez avoir, afin d’essayer d’atteindre nos objectifs”, dit-il.

Il félicita la Division du Québec de son succès dans les adhésions. La division a mérité deux prix nationaux en 2006 : le prix d’accomplissement du sociétariat et le prix du renouvellement. Toutefois, dit-il, “je vous demande de faire encore mieux. Le sociétariat est à la baisse. Il a baissé de 602 000 (membres à travers la nation) en 1984, le chiffre maximum jamais atteint, à 333 000, j’ai jeté un coup d’oeil aux statistiques la semaine dernière. C’est effrayant.”

Frost dit aussi qu’il allait y avoir des initiatives de recrutement comme une campagne publicitaire nationale et, peut-être, un an d’adhésion offert gratuitement aux membres des Forces canadiennes qui prennent leur retraite.

“Il faut que l’on sache que la LRC s’occupe des nouveaux anciens combattants tout autant que des vieux […]. Il y a de nouveaux groupes qui se forment tous les jours. Ces groupes sont tous bons […] mais nous avons besoin de ces gens à la Légion. Je vais recommander que nous les laissions garder leur identité, garder leur béret régimentaire […] et peut-être les insignes régimentaires sur leur veston, quelque chose qui les identifie et les garde dans notre grande famille.”

Les délégués l’applaudirent. Et ensuite ils ont parlé franchement.

D’observer un légionnaire : “quand j’étais jeune soldat au nord du Manitoba, on nous a convaincus de nous inscrire à la Légion en disant ‘les bars sont ouverts’. Malheureusement, aujourd’hui, les gens pensent que la Légion c’est un endroit où de vieux soldats sont devant un bar, saouls”. Il dit aussi que le public est souvent surpris d’apprendre l’étendue des oeuvres communautaires de l’organisation. “Il faut faire quelque chose pour l’image de la Légion.”

Frost répondit qu’il était tout à fait d’accord. “Je pense que nous allons de l’avant, mais nous sommes toujours vus comme une (opération) de bière et de bingo.” En même temps, il encourageait les divisions et les filiales à se servir d’une présentation multimédia de 20 minutes que la Direction nationale a créée pour renseigner les gens sur la Légion. “Il s’agit tout bonnement des relations publiques.”

La tension a monté quand des délégués francophones ont posé des questions à propos du respect de la Légion pour les Canadiens français. Certains ont demandé pourquoi le commentateur de hockey de la CBC Don Cherry, qui a fait des commentaires prêtant à la controverse à propos de joueurs de hockey francophones de par le passé, avait été honoré par une carte de membre à vie de la Légion.

Frost répondit que Cherry est un grand soutien des troupes canadiennes et des anciens combattants. “Je ne veux pas débattre à propos de si c’est un partisan du français […] mais la raison (de l’honneur) c’est tout le travail qu’il a fait pour les troupes outre-mer et les organisations d’anciens combattants.”

Pierre Laterrière de la filiale Citadelle de Québec a ensuite demandé au président de mettre ses écouteurs “parce que je vais parler en français. Vous avez parlé des façons qu’on peut améliorer le recrutement. La Légion doit se moderniser. Nous avons de jeunes membres des Forces canadiennes dans la région qui pensent que l’organisation est rétrograde, avec ses uniformes et ses autres traditions. C’est très difficile pour nous de les recruter. Pour y réussir, il faudrait une réforme radicale, pas ces demi-mesures”. De plus, dit-il, recruter des membres au Québec était entravé par “le fait français”.

Il se plaint aussi des publications qui sortent de la Direction nationale. “Elles sont pleines de fautes. C’est inadmissible. Si vous ne respectez pas les Canadiens français, ce ne sera pas facile de les recruter.”

La moitié du public applaudit.

De répliquer Frost, “je suis très désappointé s’il y a des documents qui sortent de la Direction nationale qui ont des fautes de français”. Il ajouta qu’il y a un personnel francophone au siège social pour traduire les documents, “alors je ne comprends pas qu’il y ait des fautes”. Il demanda aux délégués de faire part des fautes au secrétaire provincial qui en parlerait à la Direction nationale.

Le Congrès de Saint-Jean-sur-Richelieu commença sur une note plus collégiale vendredi soir à l’hôtel Relais Gouverneur. La présidente de la Division du Québec Paulette Cook accueillit les délégués, et puis le grand président honoraire et représentant national Charles Belzile déclara la manifestation officiellement ouverte. La présentation spéciale d’Un soldat à Vimy, organisée par Anciens combattants Canada et l’acteur Sylvain Hamel, a grandement amusé les auditeurs.

Le lendemain, les affaires commençaient par un rapport de Cook. “Je suis heureuse de rapporter que nous sommes restés dans les limites de notre budget et qu’il a même été excédentaire en 2006; pas de beaucoup, mais excédentaire tout de même. Elle remercia le trésorier Francis Baddeley et le personnel de la direction pour cet accomplissement car la division avait été déficitaire pendant quelques années auparavant.

Cook a aussi encouragé les filiales à redoubler leurs efforts de recrutement. Le sociétariat des 126 filiales québécoises a diminué, de 17 933 en 2005 à 17 421 en 2006. “Ceux qui parmi vous habitez près d’une base des Forces canadiennes, c’est le moment d’organiser un comité de bienvenue pour ces hommes et femmes. Invitez-les à vos filiales. Faites-leur voir ce que ça signifie de faire partie de la Légion royale canadienne.”

Le défilé au milieu de la matinée attira jeunes et vieux. Les délégués se sont assemblés à la garnison de Saint-Jean et se sont mis en formation avec plus de 100 recrues des FC qui y obtenaient leur entraînement. Ils ont défilé jusqu’au cénotaphe où, à l’occasion d’une cérémonie commémorative émouvante, le commandant de l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes, le lieutenant-colonel Christian Mercier, a demandé aux délégués de se tenir face aux jeunes soldats. “Aujourd’hui, chers anciens combattants, je désire vous dire que nous sommes fiers de vous. Votre courage, votre dévotion et vos sacrifices ont fait du Canada une des nations les plus respectées au monde.”

Des couronnes ont été déposées, pendant que la musique des FC jouait, par la présidente Cook, Belzile, la mère de la Croix d’argent Louisa Lanteigne Robichaud, Mercier, la directrice régionale d’ACC Charlotte Bastien et un représentant du maire Gilles Dolbec.

Les affaires ont repris après le dîner.

La représentante d’ACC, Bastien, a informé les délégués des différentes initiatives sur lesquelles son ministère est en train de se pencher, y compris la mise en place des droits de l’ancien combattant et du bureau de l’ombudsman des anciens combattants, l’amélioration du Programme d’autonomie des anciens combattants et le raffinement de la nouvelle Charte des anciens combattants. “Un de nos objectifs principaux […] est de trouver des manières de fournir aux anciens combattants davantage d’options dans le cadre du système de santé, ainsi que des services et des avantages plus flexibles.” Bastien a reconnu le rôle important de la Légion quand il s’agit d’aider le ministère à s’acquitter de son mandat.

Belzile a beaucoup donné à réfléchir quand il s’est adressé aux délégués. À propos du fait que 40 pour cent seulement des membres ont servi, il avertit que “notre crédibilité en tant qu’organisation d’anciens combattants est en danger. Pour remédier à cette situation, il faut trouver et prendre contact avec les membres des FC locaux à la retraite et les encourager à s’inscrire.”

Il demanda aux légionnaires qu’en plus de leur offrir des encouragements comme l’adhésion d’un an gratuite, ils s’assurent que l’environnement soit agréable pour tous les anciens combattants. “Nous ne désirons pas d’histoires à propos d’une filiale et de ses membres qui ne croient pas qu’une personne ayant 30 ans de service n’est pas un ancien combattant”, dit-il.

Belzile insistait aussi sur le besoin de vivre avec son temps. “Camarades, il nous faut changer. Il y a tout simplement trop de gens dans la gouvernance et c’est bien trop dispendieux.” À propos de la Commission de la LRC sur la gestion que Frost a organisée, il dit : “nous faisons notre part à la Direction nationale, mais c’est aux membres que revient la tâche d’entériner ces procédés”.

Bien qu’il y ait eu quelques surprises durant le processus d’élection, les délégués ont choisi un exécutif expérimenté. Comme lors du Congrès de 2005, où le premier vice-président fut défié pour la présidence, la première vice-présidente Annette Arsenault de la filiale Duvernay de Laval s’est portée candidate en même temps que Jean Thériault de la filiale Joseph Kaeble VC de Rimouski. Ironiquement, c’est Thériault qui avait été premier vice-président en 2005; cette année-là, il perdit contre Cook. Cette fois-ci, c’est Arsenault qui a gagné.

Fille d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Arsenault a deux filles, Karine et Stéfanie, et un petit-fils, Brandon. Bien que son expérience soit en comptabilité, elle travaille au département des télécommunications de l’Hôpital général de Montréal. Membre associée depuis 16 ans, elle s’était engagée à la Légion même avant ça. Quand elle était dans la vingtaine, Arsenault apportait sa guitare à l’Hôpital Ste-Anne et chantait pour les anciens combattants.

Le dévouement envers les anciens combattants est commun chez les membres de sa famille. La soeur d’Arsenault, Margot, de la filiale Frontenac de Montréal, a aussi été réélue à un poste de vice-présidente de la Division du Québec.

Toutes les tentatives faites par Thériault pour retourner à l’exécutif divisionnaire ont échoué. Dans la course à la première vice-présidence, Robert Groulx de la filiale St. Francis d’East Angus a battu plusieurs candidats, y compris l’ancien président Norm Shelton de la filiale Terrebonne Heights de Mascouche Heights. Shelton, ne se laissant pas dissuader, offrit sa candidature à un poste de vice-président et l’obtint. Jean-Robert Pépin, de la filiale Citadelle de Québec, entra dans les rangs à la vice-présidence.

Le président des débats Bill Allan de la filiale Montcalm Memorial de Rawdon a eu un vote de confiance de l’audience quand il a été réélu. Il remercia sa coprésidente, la vice-présidente sortante Susan Donnelly, de son bon travail. Donnelly, les larmes aux yeux, refusa de poser sa candidature à nouveau pour des raisons de santé.

Le seul poste qui ait été voté par acclamation est celui de trésorier. Francis Baddeley de la filiale Pointe Saint-Charles de Montréal a accepté le renouvellement de son mandat avec assurance. “Je pense que j’ai la sécurité à vie à cet emploi”, dit Baddeley pour rire.

Toutefois, il ne riait pas quand il s’est dit déçu à propos du manque de réponse à son initiative ayant pour but de ramasser 650 000 $ en cinq ans pour le petit hôtel de la Légion royale canadienne à l’Hôpital de Sainte-Anne. Le petit hôtel offrirait un gîte temporaire aux visiteurs.

Baddeley fit remarquer que, malgré le soutien prédominant exprimé au Congrès de 2005 quand il a annoncé le plan, 71 000 $ seulement avaient été ramassés. “La seule chose qui est arrivée (depuis) c’est que nous n’avons pas ramassé beaucoup de fonds.” Il conseilla de ne pas demander le soutien du public et des entreprises. “Quand cette motion a été déposée, nous avons dit que (la Légion) allait le faire.”

Le trésorier exhorta les filiales d’utiliser le reste de leurs fonds du coquelicot pour ce projet. “Je sais qu’il y a des filiales qui n’utilisent pas leurs fonds.”

Sur les 20 motions dont on a discuté, quelques-unes concernaient des problèmes d’anciens combattants. L’assemblée a voté de préconiser une augmentation du personnel d’ACC dans le but d’obtenir de meilleurs services pour les conjoints et les veuves des anciens combattants. De plus, les membres ont décidé de demander à ACC de ne pas continuer d’exiger que les anciens combattants qui ont une carte de la Croix bleue signent un formulaire “qui justifie l’achat de médicaments ou des couches pour (leur) propre utilisation”. Ils ont aussi donné leur accord pour que la Division du Québec augmente le prix des plaques d’immatriculation des anciens combattants de 5 $ à 10 $.

À propos du français, les délégués ont demandé à leur direction de faire pression au siège social pour s’assurer que “les services de traduction soient professionnels et convenables pour toutes les communications écrites”.

Après un long débat, les délégués ont voté de décerner la médaille d’excellence des cadets à un membre de chaque peloton de cadets au Québec plutôt qu’à 50 pour cent d’entre eux seulement. Un groupe de travail va décider comment financer la distribution de la médaille.

Finalement, l’assemblée a demandé que les directions nationale et provinciale remettent les budgets, par écrit, à toutes les filiales trois mois avant un congrès.

La présidente Arsenault nouvellement élue a accepté toutes ces questions sérieusement. Après son installation, dirigée par Belzile, elle remarquait que “on a eu beaucoup d’idées à ce congrès. Nous devons nous renouveler, sans oublier que cette organisation a les anciens combattants comme raison d’être.”

Le prochain congrès aura lieu à Granby, en 2009.

Anniversaire sur la Crête

“Dans n’importe quelle histoire nationale il y a des moments et des endroits, des fois loin de chez soi, que, rétrospectivement, on peut voir comme des tournants fixes de l’histoire, des moments qui distinguent à jamais la nation dont il s’agit. Les gens qui recherchent les fondations de la distinction du Canada feraient bien de commencer ici, à Vimy.” –Sa Majesté la reine Elizabeth II

Exactement 90 ans après le jour légendaire où, durant la Première Guerre mondiale, 100 000 Canadiens se sont lancés à l’assaut de la crête de Vimy, la reine Elizabeth s’adressait à une foule de 20 000 citoyens canadiens et français sur ce champ de bataille consacré dans le Nord de la France.

Derrière elle, le monument national canadien qui venait d’être restauré brillait au soleil, en apparence aussi neuf qu’en 1936, quand son oncle, le roi Édouard VIII, le dédiait pour la première fois. Et devant elle se trouvaient 5 000 gosses d’école secondaire qui avaient fait le pèlerinage à Vimy pour les commémorations du 90e anniversaire.

La Légion royale canadienne était fortement représentée aussi, ses uniformes étant visibles parmi les membres de la délégation gouvernementale officielle ainsi que dans la foule.

Le prince Philip, le Premier ministre Stephen Harper et sa famille, le Premier ministre français Dominique de Villepin et son épouse, ainsi que deux anciens combattants canadiens, deux jeunes et deux aumôniers des Forces canadiennes (FC) étaient sur l’estrade avec la reine.

En ce beau jour printanier, le temps n’était pas du tout comme celui du 9 avril 1917. En ce temps-là, un jour de neige et de giboulée sur un terrain qui ressemblait à un paysage lunaire boueux, les quatre divisions du Corps canadien sont sorties des tunnels pour lancer une attaque stupéfiante contre les forces allemandes qui occupaient la crête depuis deux ans et demi. C’était la première fois que les quatre divisions se battaient ensemble et elles ont accompli ce que les forces françaises et britanniques n’avaient pas pu accomplir auparavant.

Ils ont pris la crête en quatre jours.

La reine a rendu hommage à la bravoure des Canadiens et aux 3 598 d’entre eux qui ont donné leur vie pour reconquérir ce terrain-là. “Je renouvelle la dédicace de ce mémorial, restauré de façon magnifique, à leur commémoration éternelle, à ceux qui ont perdu la vie récemment en Afghanistan, au Canada et à tous ceux qui sont prêts à servir la cause de la liberté.”

Ce que nombre de Canadiens dans la foule ne savaient pas, car ils n’étaient pas chez eux, c’est que six de leurs compatriotes étaient morts la veille en Afghanistan, à cause d’une bombe qui avait explosé au bord d’une route durant la semaine la plus meurtrière pour les FC depuis la guerre de Corée.

* * *

La veille au soir, au souper du dimanche de Pâques, Harper, la voix tremblante, apprenait la terrible nouvelle aux membres de la délégation officielle, laquelle comprenait le leader libéral adjoint Michael Ignatieff, le président de la Chambre des communes Peter Milliken, le grand président honoraire de la Légion royale canadienne Charles Belzile, le président national Jack Frost, les leaders de plusieurs autres organisations d’anciens combattants, plus de 30 anciens combattants et les personnes qui les ºaccompagnaient.

“Vous, nos anciens combattants, vous êtes la raison d’être de notre voyage”, disait Harper à ses auditeurs. “Lorsque vous étiez de jeunes Canadiens vous avez pris à coeur le fameux commandement du (lieutenant-)colonel John McCrae, et vous avez accepté l’oriflamme pour votre pays […]. Nous vivons toujours dans un monde dangereux. En tant que Premier ministre, ces jours-ci j’ai presque toujours l’Afghanistan à l’esprit, où une nouvelle génération de soldats canadiens portent l’oriflamme du (lieutenant-)colonel McCrae.” Il a ensuite parlé des six soldats qui avaient été tués. “Nous compatissons sincèrement avec les victimes et avec leur famille.”

Par la suite, le président national a parlé de cette dernière perte de soldats canadiens. “C’est une envergure différente (de celle de Vimy), proportionnellement, mais ils se battent pour les mêmes raisons”, dit Frost. “Ils se mettent dans la balance pour les mêmes raisons, pour la liberté et la démocratie, et pour les droits civils des peuples des nations opprimées.”

Le service et le sacrifice vont de pair et pour les nombreux Canadiens qui sont venus en France à l’occasion des commémorations du 90e anniversaire, ils passent d’une génération à l’autre. Parmi les officiels de la délégation, en plus des 300 membres et plus de la GRC et des FC qui formaient la garde d’honneur, il y avait des descendants de soldats canadiens qui se sont battus à Vimy. Leo John Donovan, l’arrière-grand-père de la gendarme de la GRC Tammy Ward de Fredericton, est un de ceux qui y ont survécu. Mais ce n’est pas le cas pour Frederick Joseph, l’arrière-grand-oncle du caporal Tim Belliveau de Chatham, son collègue néo-brunswickois.

Belliveau, en plus de servir dans la garde d’honneur, avait pour mission d’aller à la tombe de son arrière-grand-oncle. Aucun membre de sa famille n’y était allé avant lui.

* * *

Le pèlerinage à Vimy allait être une affaire en coup de vent de cinq jours, pleine de joie et de tristesse. En plus de solenniser le 90e anniversaire de la bataille, les manifestations de Pâques allaient inclure une dédicace du mémorial, le chef-d’oeuvre du sculpteur torontois Walter Allward, et l’enterrement d’un soldat de la Première Guerre mondiale dont les restes ont été trouvés en 2003; le simple soldat Herbert Peterson de Berry Creek (Alb.) est la première victime de la Grande Guerre identifiée grâce à des tests d’ADN. La ville d’Arras aussi allait rendre un hommage spécial aux FC.

Anciens combattants Canada avait supervisé la restauration du Monument commémoratif du Canada à Vimy, au coût de 20 millions de dollars, avec l’aide de plusieurs ministères fédéraux, dont Travaux publics et Services gouvernementaux Canada. À ce moment-ci, le ministre des Anciens combattants, Greg Thompson, était à la tête du pèlerinage.

Le contingent au complet s’était assemblé à Ottawa, le jeudi 5 avril et débuté son voyage au Musée canadien de la guerre. Là, Thompson, le PDG du musée Joe Geurts et le PDG de la Monnaie royale canadienne Ian E. Bennett ont dévoilé une pièce commémorative en l’honneur de Vimy.

Thompson dit qu’ils allaient offrir la pièce aux deux derniers survivants de la Grande Guerre reconnus, Percy Dwight Wilson et John Babcock, qui tous deux ont plus de 105 ans. Il dit que “ce voyage-ci, plus que tout autre, est pour nos anciens combattants. Il s’agit de rendre un hommage solennel aux plus de 600 000 Canadiens ordinaires qui ont fait des choses extraordinaires pour notre pays”.

Au dîner qui s’ensuivit, il y avait un ancien combattant des plus alertes qui avait vraiment hâte de monter à bord de l’Airbus des FC pour se rendre à Lille (France). “J’ai l’impression que je rêve”, dit Thyra Read, une infirmière de la Deuxième Guerre mondiale, âgée de 89 ans, qui se rappelle que le récipiendaire de la Croix de Victoria, Fred Tilston, a été un de ses patients en Angleterre. Cette résidente de Winnipeg se rappelle aussi affectueusement de (feu) son premier mari qu’elle a rencontré à un bal des officiers, au Canada, juste avant qu’ils partent tous deux outre-mer. Trente ans plus tard, durant ses vacances, le couple a passé une journée à la crête de Vimy. “Mon mari s’intéressait beaucoup à l’histoire. C’est pour ça que j’aurais tellement aimé qu’il soit encore en vie pour voir ceci.” Son fils et sa bru se sont aussi rendus en France pour l’écouter lire l’Acte du Souvenir en présence de la reine.

* * *

Sur le mémorial de Vimy se trouvent les noms de quelque 11 285 soldats canadiens qui ont été portés “disparus, présumés morts” en France durant la Première Guerre mondiale. Un de ces particuliers, bien entendu, ne manque plus à l’appel. Près de 90 ans après sa mort au combat, à l’âge de 22 ans, et quatre ans après que ses restes aient été retrouvés, le simple soldat Herbert Peterson allait enfin reposer.

“En 2003, des travailleurs qui creusaient une tranchée pour une pipeline à gaz près d’Avion (France) ont trouvé les restes entremêlés de deux humains. Bien qu’il n’y eut pas grand-chose qui serve à les identifier, les fragments qui restaient ont permis de savoir qu’il s’agissait de Canadiens.

La découverte de restes sous la terre n’a rien d’étonnant dans un pays qui a si souvent été ravagé par la guerre. Comme d’habitude, on a alerté les autorités et la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, qui s’occupe des cas semblables, l’a rapporté au ministère de la Défense nationale.

L’historien du MDN Ken Reynolds s’est alors mis à l’oeuvre pour établir la liste des particuliers qui ont été portés disparus dans cette région-là. “Nous comptons toujours sur les artefacts qu’on trouve sur place”, dit-il. “Dans ce cas-ci, il y avait quatre boutons et un insigne de col du 49e Bataillon, un insigne très distinctif.” Ensuite, il s’agissait de déterminer si l’unité avait bien été près de l’endroit où les restes ont été retrouvés, et combien de fois. “La seule fois où le bataillon a été dans cette région, c’était le 9 juin (1917) à l’occasion d’un raid de tranchées, durant lequel il y a eu 36 victimes, dont 16 n’avaient pas été recouvrées.”

Il allait falloir près de quatre ans de recherches généalogiques et d’analyses d’ADN ultrasophistiquées pour identifier Peterson; une grande partie a été prise par les efforts de douzaines de généalogistes, de scientifiques et d’historiens du MDN bénévoles. De dire la généalogiste Janet Roy de Thunder Bay (Ont.) : “Mon travail était d’échafauder les arbres généalogiques de chacun des 16 soldats ‘disparus au combat’.” À partir de là, elle a dû identifier des donneurs d’ADN appropriés.

Quand Roy a pris contact avec les familles, elle ne pouvait pas leur donner de détail sur le projet, mais elle les allécha en mentionnant le nom de leur parent. Tous les membres des familles qu’elle a rejoints ont accepté qu’on prélève leur ADN, grâce à un simple frottement de la joue avec un coton-tige, pour identifier les restes.

Le Dr Carney Matheson, chef des recherches médico-légales au laboratoire Paléo-ADN de l’Université Lakehead à Thunder Bay (Ont.), a alors pris la relève. Le labo est un leader mondial dans l’identification d’échantillons d’ADN qui sont grandement dégradés et donc difficiles à analyser. Matheson et un de ses collègues ont obtenu de l’ADN provenant de dents et d’un échantillon d’os prélevé dans les restes du soldat. “Il faut s’assurer que le crâne et le corps soient associés”, dit-il.

Ensuite, les scientifiques ont analysé l’ADN des familles donneuses, en se servant de l’ADN mitochondrial (transmis de la mère aux enfants) et de l’ADN du chromosome Y (transmis du père à ses fils). “Des fois, nous n’avons pas pu trouver de donneur d’ADN paternel, des fois, nous n’avons pas pu trouver de donneur d’ADN maternel. Quand on a deux lignées d’ADN, elles se renforcent l’une l’autre et ça sert à identifier les restes”, dit Matheson. “Dans le cas du soldat Peterson, nous n’avions que de l’ADN de chromosome Y, mais heureusement que c’est le plus fiable des deux quand il s’agit d’identification. L’échantillon d’ADN provenait d’Herbert Peterson, qui avait été baptisé en l’honneur de son oncle tombé.

Matheson et ses collaborateurs ont institué un Centre for Missing soldiers’ Identification (centre d’identification de soldats disparus), www.cmi-canada.org et ils ont pour objectif d’identifier les restes de tous les soldats canadiens des conflits militaires passés qu’on aura recouvré. Ils sont à la recherche d’échantillons d’ADN pour rendre l’identification plus rapide et plus facile.

Quant à la commémoration du soldat Peterson, bien qu’il ne soit plus porté disparu, son nom va rester au mémorial de Vimy. Julian Smith, l’architecte canadien qui était impliqué dans le projet de restauration des mémoriaux de champs de bataille canadiens, remarque qu’il y a eu un débat à savoir si l’on devait même enlever tous les panneaux de noms en calcaire du mémorial pour les refaire. Toutefois, seules les sections illisibles ont fini par être remplacées. “On décida que le seul vrai changement serait d’ajouter les noms qui manquaient parce qu’il s’agissait d’un dossier historique.”

* * *

Un samedi matin ensoleillé, les descendants du simple soldat Herbert Peterson ont réglé une cérémonie funéraire privée en son honneur, à la chapelle St-Louis d’Arras. Le ministre d’Anciens combattants Canada Thompson, le chef d’état-major de la défense, le général Rick Hillier, l’ancienne Gouverneure générale Adrienne Clarkson et son mari John Ralston Saul, ainsi que d’autres gens, se sont joint à eux.

Par la suite, la délégation officielle et une foule de citoyens locaux, ainsi que des Canadiens en visite, se sont assemblés au cimetière militaire de La Chaudière. L’humeur était solennelle quand la Marche funéraire de Chopin, jouée gravement par la musique des FC, est devenue audible. Ensuite, le cercueil de Peterson, recouvert d’un drapeau, est apparu, porté lentement et prudemment jusqu’au cimetière par huit membres du Loyal Edmonton Regiment. Peterson fut inhumé avec tous les honneurs militaires devant sa famille qui observait.

Herbert Peterson, qui a reçu le drapeau qui avait recouvert la bière de son oncle, était décontenancé à cause de ses émotions et de la couverture médiatique. “Je ne sais pas quoi dire”, dit-il doucement. “Un gros mélange d’émotions…” Son fils, Kevin, se disait reconnaissant de la cérémonie et de l’occasion de participer au pèlerinage historique à Vimy. “C’est fantastique de voir tout ceci s’agréger. Il y a trois ou quatre semaines, rien ne nous indiquait que tout ceci allait arriver.”

Sa tante Doreen Bargholz, membre des dames auxiliaires de la filiale Summerland (C.-B.) depuis longtemps, a beaucoup pleuré, mais elle dit quand même “nous sommes très heureux d’obtenir une conclusion pour mon oncle. Mon père parlait beaucoup de lui. Ils étaient très liés.”

Son mari, Douglas, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui a passé quatre ans outre-mer en tant que mécanicien dans l’Aviation royale du Canada, s’émerveillait “que tous ces gens soient venus”.

Une des personnes de l’assistance les plus dévouées, Germaine Dupayage, qui a vécu à Vimy toute sa vie, nous a montré des photos du rapatriement par des Canadiens du Soldat inconnu qui a eu lieu en 2000. “J’en ai des larmes aux yeux”, disait-elle après. Son père, qui avait été pris en otage à Verdun, en 1916, a été prisonnier de guerre en Allemagne pendant deux ans. Vimy a été démolie durant la Première Guerre mondiale, alors quand ses parents sont arrivés dans la région, en 1922, ils ont vécu pendant un certain temps dans un camp de fortune. Dupayage dit beaucoup aimer le Canada, un sentiment qui a été renforcé quand elle a traversé l’Atlantique pour le visiter. “J’ai toujours voulu y retourner.”

Ce même jour-là, les citoyens de Givenchy-en-Gohelle et de Thélus ont montré leur reconnaissance en baptisant une place et une rue, respectivement, en l’honneur des Canadiens. Dans la première ville, il s’agit de la place des Byng boys, en hommage aux soldats qui ont servi sous le commandant canadien sir Julian Byng à la crête de Vimy et, dans la seconde, de la rue des Artilleurs canadiens.

“Il arrive qu’on lise des choses sur la reconnaissance du peuple français pour le militaire, mais (on ne peut pas vraiment savoir) à moins d’y aller en personne”, disait l’agent de la GRC Belliveau par la suite. “Quand il y a des gens âgés qui vous approchent, les larmes aux yeux et quand on marche le long des mêmes rues où nos soldats ont marché, c’est une bonne leçon d’humilité.”

La visite à la tombe de son arrière-grand-oncle aussi l’a marqué. “Mon père a été baptisé en son honneur, alors c’était très étrange de voir ça.” Bien que la tombe elle-même fut “très paisible”, dit-il, “on ressent toutes sortes d’émotions quand on voit ce que le militaire a enduré. C’est difficile à comprendre.”

Ce soir-là, au coucher du soleil, le contingent des FC a réglé une cérémonie inoubliable au monument de Vimy. Le groupe de 300 personnes qui comprenait la musique des FC, des troupes de la marine, de l’artillerie et d’autres qui représentaient les quatre divisions qui se sont battues à Vimy, ont défilé au soleil couchant, à partir de l’entrée des tunnels du champ de bataille jusqu’au monument. Là, une foule immense a assisté à un spectacle de musique et de manoeuvres militaires, dont la cérémonie des couleurs et sonnerie au drapeau. Chandelle en main, une longue procession de gens a défilé jusqu’au monument, où Thompson a dévoilé le nouveau concept lumineux du mémorial.

Debout devant les statues illuminées d’Allward, Isabelle Doré dit que sa famille et elle assistaient à toutes les manifestations à Vimy parce que “c’est notre coin du monde et nous n’aurons jamais l’occasion de revoir un événement comme celui-ci. C’est un souvenir et c’est aussi un remerciement.” À propos du fait que la France ait octroyé le champ de bataille au Canada, elle dit “nous sommes sur le sol canadien, alors c’est comme si nous étions en voyage”.

* * *

Le dimanche de Pâques a commencé par un service oecuménique auquel ont assisté Harper et la délégation. Ensuite, il y a eu une fanfare quand les citoyens d’Arras et des centaines de visiteurs étrangers se sont assemblés à la place des Héros pour observer la cérémonie du droit de cité aux FC.

Avant de laisser les membres des FC passer par une porte symbolique devant la mairie d’Arras, le maire Jean-Marie Vanlerenberghe déclarait à ses concitoyens : “Votre présence en si grand nombre est un hommage au pays qui a défendu notre ville […]. Je suggère que nous offrions tous ensemble le droit au Canada d’entrer dans la ville, en remerciement et en hommage à ces anciens combattants qui se sont sacrifiés pour protéger la ville d’Arras et la crête de Vimy il y a 90 ans. Depuis lors, il y a un morceau du Canada dans notre pays, ainsi que dans notre coeur.”

Hillier avait un grand sourire aux lèvres après que ses troupes aient défilé par la porte. “Ici, avec tous ces soldats, ces marins, ces aviateurs, ces agents de la GRC, ces anciens combattants et ces jeunes venus de partout au Canada, on se sent fier d’être Canadien. Cela permet de réaliser les grandes choses sur lesquelles notre pays est fondé […].

Un pays ne se construit pas au hasard, et il faut toujours des hommes et des femmes sous les drapeaux.”

De dire John Colton, un membre de la filiale Sherbrooke (Qc) qui a été pilote de chasse durant la Seconde Guerre mondiale : “je n’avais jamais vu (un défilé) comme celui-ci. C’était fantastique.” Il a rendu hommage à ceux qui l’ont précédé. “Nous sommes une bande de frères et nous n’oublions jamais.”

Par la suite, la joie a fait place à la tristesse quand la nouvelle des six morts en Afghanistan s’est propagée.

* * *

C’est avec des émotions mixtes que la délégation s’est présentée au monument de Vimy le lundi de Pâques. Tom Eagle, président des Northwest Territories/ Nunavut Aboriginal Veterans Associations et membre actif de la Légion, a participé à une cérémonie, à l’aube, devant le monument. “Ce matin, nous honorons nos guerriers tombés”, dit-il. “J’ai prié pour nos soldats en Afghanistan et dans d’autres parties de ce monde troublé.”

À 10 heures, le monument était très achalandé. Des groupes d’élèves d’école secondaire étaient occupés à prendre des photos avec leurs appareils photos numériques alors que les légionnaires comme Jack Moxam de Pender Island (C.-B.) et Ewart Wannamaker de Bancroft (Ont.) bavardaient avec des membres de la garde d’honneur. La technicienne dentaire des FC Kathy Trotter écoutait le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Wannamaker raconter ses souvenirs du temps où il a débarqué en France avec l’unité de service, et elle lui répondit “quand je serai dans le défilé aujourd’hui, je penserai à vous”.

De dire Michael Ignatieff, aux tentes d’activités montées à quelques pas de là, “l’histoire, c’est la foule, le nombre de Canadiens. D’après moi, cela va ancrer le 90e anniversaire dans notre histoire d’une manière que personne n’avait exactement prévue.”

Vu l’arrivée imminente de la reine, de Harper et de de Villepin, il était interdit d’aller au monument à partir de 11 heures. Pendant les quelques heures qu’il a fallu au personnel de la sécurité pour passer au crible des milliers de visiteurs, les élèves canadiens et les amuseurs rendaient hommage aux soldats de la Première Guerre mondiale grâce à des poèmes, des discours et des chansons.

Pour honorer davantage ceux qui se sont battus sous le Red Ensign, l’ancien drapeau du Canada avait été déployé à côté de la feuille d’érable.

Les divers éléments de la manifestation du lundi de Pâques ont traduit les émotions du jour. Il y avait les 5 000 jeunes Canadiens qui agitaient un drapeau, le grondement des chasseurs à réaction français volant au-dessus d’une foule ébahie et la descente en parachute triomphale de deux membres de l’Équipe de parachutistes des Forces canadiennes vers le mémorial où flottaient le drapeau du Canada et celui de la France.

Il y avait aussi une réflexion tranquille où coulaient des larmes, surtout durant la dernière sonnerie. Quand la Métisse adolescente Sierra Noble est montée sur le monument jouer sa Complainte du guerrier, le son tendre et doux-amer de son violon a plané au-dessus du champ de bataille.

La reine, Harper et de Villepin ont fait des discours qui venaient du fond du coeur et qui étaient parfaitement articulés, le Premier ministre français proclamant “sur ce sol artois qui a tant souffert et où nos alliés ont été nos libérateurs, la France dit merci au Canada”.

De déclarer Harper : “nous Canadiens, ici aujourd’hui, sommes bien loin de chez nous, mais il n’y a pas d’endroit sur Terre où nous nous sentions davantage Canadiens, car nous ressentons tout autour de nous la présence de nos ancêtres”.

Lorsque la reine s’apprêtait à saluer les anciens combattants parmi la foule, le soleil a percé les nuages et fait briller le monument.

L’Île-du-Prince-Édouard gagne au curling

Trois pêcheurs de homards et un technicien d’entretien de l’Île-du-Prince-Édouard étaient venus à Kingston (N.-É.), aux Championnats nationaux régulier de curling, en espérant bien jouer et remporter quelques parties. À la place, ils ont conquis.

Kevin Ellsworth et son équipe, de la filiale St. Anthony’s de Bloomfield, n’ont perdu qu’une seule partie sur la route de la victoire durant le championnat qui a eu lieu du 18 au 23 mars. Toutefois, durant les six premières parties de la poule de neuf parties, on aurait dit que l’équipe de la Colombie-Britannique allait gagner haut la main, car elle n’avait pas perdu une seule manche.

Tout cela a changé à la 7e partie, quand le capitaine Ellsworth, le troisième Kevin Smith, le second Craig Oliver et le premier Blaine Hutt de l’Île-du-Prince-Édouard ont donné une cuisante défaite à l’équipe de Doug Bradley, de la filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.). “Nous espérions seulement arriver à bien jouer”, disait Ellsworth par la suite. “À chaque manche, nous leur avons causé des difficultés […] rien qu’en plaçant les pierres en meilleure position. Ils ont été forcés d’essayer des lancers épineux.”

Le premier de la Colombie-Britannique Jim Graham a été plus bref. “Ils nous ont vraiment bien battus. C’est la foire de l’empoigne maintenant.” En fait, à partir de ce moment-là, l’Île-du-Prince-Édouard a pris de la vitesse et la Colombie-Britannique a manqué de souffle.

Pendant ce temps, une autre équipe accélérait le pas. L’équipe de la filiale Lancaster de Saint John (N.-B.), formée par le capitaine Greg Mackin, le troisième Graeme MacKinnon, le second Mark McKinnon et le premier Doug Sampson, a obtenu d’excellents lancers à des moments cruciaux et elle s’est ainsi trouvée ex-aequo à 6-1, avec l’Île-du-Prince-Édouard, à la fin du huitième tour.

Le paroxysme a eu lieu au dernier lancer de la poule. Comme si ça avait été prédestiné, les deux premières équipes se sont trouvées face à face. La gagnante remporterait le championnat.

La partie, en ce jeudi après-midi, a eu une grosse audience au Greenwood Curling Club. Le vice-président national et président du Comité des sports, John Alger, s’est joint aux membres de la filiale hôtesse A.H. Foster MM Memorial et aux membres de la famille des deux équipes pour observer le match. Les autres joueurs de curling, qui avaient déjà fini leurs propres parties, sont vite venus les rejoindre.

Après une première manche nulle, l’Île-du-Prince-Édouard a inscrit les deux premiers points. Le Nouveau-Brunswick a riposté avec trois points à la troisième manche, et puis l’Île les a rattrapés. Le score est resté à 3-3 jusqu’à la septième manche, quand l’équipe de l’Île a fait un bond en avant.

L’équipe lançait continuellement des pierres dans la maison et elle a réussi à voler deux points au Nouveau-Brunswick en profitant d’un lancer manqué.

La huitième manche aussi a été rude pour Mackin et son équipe. L’Île prenait de l’avant à 7-3.

Le Nouveau-Brunswick ne s’est toutefois pas avoué vaincu, marquant un point à la neuvième manche grâce à un lancer de précision de Mackin.

L’Île a continué de faire pression, choisissant, plutôt que de maintenir la maison vide à la dixième manche, de lancer une pierre après l’autre vers le centre. Le Nouveau-Brunswick finit par perdre toute occasion avant même la fin de la dixième manche. La partie et le championnat appartenaient à l’Île.

La réaction immédiate d’Ellsworth a été calme, mais quand il a finalement pris conscience de la réalité, il a levé les bras en signe d’exaltation. C’était la troisième fois que son coéquipier Hutt et lui se rendaient aux championnats de la Légion, mais la première fois pour Smith et Oliver qui dit que “c’est vraiment excitant! Quand nous sommes arrivés, nous espérions finir au milieu du peloton.”

Il y avait encore une partie à jouer, vendredi matin : la belle pour la deuxième place. Alors que certains joueurs allaient voir le Greenwood Military Aviation Museum, l’équipe de la Colombie- Britannique de Bradley, du troisième Dale Reibin, du second Lawrence Layton et du premier Graham se sont mesurés au Nouveau-Brunswick.

Les joueurs des Maritimes étaient toujours encouragés par leur famille. L’épouse de Sampson, Stacy, une joueuse de curling aussi, avait amené leur poupon de six mois, Alexander. Malheureusement pour eux, la Colombie-Britannique avait repris la disposition qui était la sienne au début et elle a gagné 7-3. “C’est d’un doux-amer”, dit Graham. “Nous sommes arrivés pour essayer de gagner, mais il n’y a rien de mal à obtenir la deuxième position.”

Le tableau de la fin donnait l’Île-du-Prince-Édouard (filiale St. Anthony’s de Bloomfield), 7-1, championne; Colombie-Britannique/Yukon (filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.)), 7-2, deuxième; Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John), 6-3, troisième; Québec (filiale Buckingham) et Ontario (filiale Cpl. Harry Miner VC de Blenheim), 4-4; Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale F.E. Butler de Chester (N.-É.)), Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario (filiale Pilot Mound (Man.)) et Saskatchewan (filiale Canwood), 3-5; et Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville), 0-8.

Le comité des préparatifs locaux de la filiale Kingston aux 950 membres se concentrait sur quelque chose de plus immédiat, bien s’occuper des joueurs. Les coprésidents du CPL, Carol et Dave Romkey, avec leur équipe d’organisateurs, de chauffeurs, de couseurs, de cuisiniers et d’officiels du curling, ont passé des heures innombrables à travailler pour que les championnats soient inoubliables. Ils ont organisé non seulement des championnats bien dirigés mais plusieurs repas pour les joueurs, dont un souper aux fruits de mer, avec quelques steaks aussi pour les gens qui préféraient le ‘pré’ à la ‘marée’.

Le CPL a résolument relevé les défis trouvés sur leur chemin, y compris une couple de derniers soupirs du bonhomme hiver. À la Saint-Patrick, quand toutes les équipes devaient arriver par avion, par transbordeur et par automobile, la côte orientale fut le jouet des intempéries allant de la pluie à la neige, ce qui a causé toute sorte de retards.

Mais au déjeuner, les insignes avaient été cousues sur les vestons de tous les joueurs par des membres de la filiale et des dames auxiliaires, et puis ils ont participé à une cérémonie commémorative réglée à l’intérieur à cause du temps incertain.

Le président des sports de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, Fred Mombourquette, a accompagné Alger et Geddes pour déposer des couronnes avec l’assistance de cadets locaux.

En après-midi, les cadets ont rejoint les joueurs lors d’un défilé jusqu’à la glace du Greenwood Curling Club où a eu lieu la cérémonie d’ouverture. Le vétéran du jour J et président honoraire de la filiale, Clyde Goulden, qui fêtait son 88e anniversaire ce jour-là, a accompagné Alger, Mombourquette, la présidente sortante Larraine McWilliams, Carol Romkey, le lieutenant-colonel et commandant d’escadre intérimaire Randy Boucher et le président du club de curling Colin Drolet à l’estrade pour souhaiter “bonne camaraderie et bon curling” aux participants. Mombourquette, un ancien champion national du curling, a été fortement acclamé quand il a lancé la première pierre.

Une chose était déjà claire avant de commencer : la compétition allait être dure. Beaucoup parmi les joueurs avaient été champions nationaux et l’équipe de la filiale Buckingham (Qc), formée par le capitaine Rick Faguy, le troisième Dan deWaard père, le second Dan deWaard fils et le premier Dany Beaulieu, avait défait les champions du curling régulier de 2005 pour pouvoir se rendre aux nationaux de cette année.

Au banquet de fermeture, Alger a remis un prix spécial, un singe en peluche, à l’équipe de Stephenville (Terre-Neuve). “C’est pour l’équipe la plus mesurée”, dit-il pour blaguer, à propos de l’uniformité des pertes de l’équipe. Le capitaine Stephen Pottle répondit en riant, “comme on dit dans le monde militaire, nous avons établi un bas niveau et l’avons maintenue sans cesse”. Il dit aussi, “l’Alberta est encore derrière nous”.

Le capitaine québécois Faguy, quant à lui, a offert la mascotte de son équipe, une grenouille qui danse et qui parle, aux coprésidents du CPL et il parlait de la part de tout un chacun quand il dit “j’aimerais féliciter l’Île-du-Prince-Édouard pour une représentation géniale […] vous avez été super. Et merci à la Légion. Nous avons rencontré des gens formidable cette semaine, de toutes les parties du pays, et c’est ça l’important.”

Honneur, esprit et souvenir sur la piste

“La Légion a tant fait pour moi. Je voulais donner quelque chose en retour. C’est la quatrième fois que l’athlète de l’heptathlon Adrienne Bethune allait aux Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion, et elle s’est portée volontaire sans hésiter pour le clou des manifestations, la visite aux anciens combattants du Centre de soins de longue durée George Derby à Burnaby (C.-B.). J’ai pensé que ce serait une si belle occasion de rencontrer les gens grâce à qui tout ceci est possible. C’est vraiment un très grand honneur pour moi.”

Cette fille de 17 ans de Mississauga (Ont.), dont le grand-père a servi à la Seconde Guerre mondiale, a aussi décidé d’apporter un manteau de son équipe et elle l’a offert à un des anciens combattants ontariens. Elle ressent une gratitude immense envers la Légion. “Ça fait quatre ans (que je viens aux championnats) et ça a été le temps le plus épatant de ma vie, c’est la meilleure compétition pour les gens de mon âge.”

Cette année, les 30e championnats nationaux de la jeunesse de la Légion ont été organisés littéralement sur une montagne, à Burnaby. À peu près 400 athlètes, entraîneurs et chaperons de partout au Canada se sont assemblés à l’Université Simon Fraser du 10 au 17 août, où ils se sont attelés aux tâches que sont la compétition et l’entraînement à 1 200 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Bethune a combattu non seulement ses pairs mais la grippe qui faisait le tour des athlètes. Elle a quand même obtenu l’or à l’heptathlon des filles de moins de 18 ans, battant Alana Pattison de la Colombie-Britannique de 3 points seulement. L’heptathlon comporte 7 épreuves : les 80 mètres haies, le saut en hauteur, le lancer du poids, le sprint de 200 mètres, le saut en longueur, le lancer du javelot et la course de 800 mètres. “Je ne me suis pas sentie très bien durant ces deux jours”, reconnaît l’Ontarienne, “mais j’ai été très chanceuse et je suis très contente d’avoir gagné.”

Bethune a l’intension de suivre la voie tracée par son père, Tim, qui a participé aux Olympiques de Los Angeles en 1984. Tout en s’entraînant pour 2012, elle va aussi être très occupée aux études. Ayant sauté une année, elle vient de commencer ses études universitaires à McMaster, à Hamilton. Bethune, choisie capitaine de l’équipe de la Division de l’Ontario, illustre tout ce que la Légion espère encourager avec cette manifestation : le leadership, la motivation et un profond sentiment de commémoration.

Cela va très bien avec le thème de cette année qui est “l’honneur, l’esprit et le souvenir”, un thème que le premier vice-président national Wilf Edmond allait reprendre chaque fois qu’il s’adressait aux athlètes. À l’occasion de l’orientation du vendredi matin au théâtre de l’université, Edmond a porté son regard vers les adolescents qui portaient des uniformes colorés et reconnu nombre de visages. “Le fait que vous reveniez est un signe que cet événement vaut la peine. La Légion royale canadienne est fière et heureuse de vous donner une si belle occasion”, dit-il. “Nous le faisons en l’honneur de tous ceux dont la jeunesse a été interrompue par les guerres auxquelles ce pays a dû aller pour assurer notre liberté et celle d’autres peuples.”

Blair DuGray, le donneur de cours pratiques en chef d’Athlétisme Canada, dit aux athlètes : “regardez les gens qui sont assis à votre droite et à votre gauche, et puis à vous-mêmes, parce que certains d’entre vous vont représenter le Canada un jour prochain”. DuGray et ses entraîneurs allaient mettre les adolescents à l’épreuve aux ateliers durant la semaine, grâce à quelques vieux exercices et en se servant de la technologie vidéo de Dartfish. En attendant, toutefois, il demanda une ovation pour la Légion.

Brit Townsend, deux fois olympienne, seconda la motion. “Sans la Légion, nous n’aurions pas l’occasion d’assembler les meilleurs jeunes du pays.” Townsend, qui a étudié à Simon Fraser, est actuellement entraîneur en chef pour l’athlétisme et la course de fond. En plus de participer à la direction de la manifestation de la Légion, elle a inspiré les athlètes en attirant leur attention lorsqu’elle s’est rappelée de ses moments les plus fiers : quand elle a brisé le record canadien de longue date aux 1 500 mètres lors des finales aux championnats mondiaux. Cela eut lieu après une photo témoin aux qualifications, où elle s’était jetée violemment entre deux corps et “espéré pour le mieux”. Le résultat fut décidé après plus de 30 minutes pleines d’anxiété. “J’allais me rappeler de l’image de mon entraîneur Gerry Swan qui traversait la piste à grands pas, les larmes aux yeux, en criant que j’avais réussi.”

Townsend dit aux jeunes de 13 à 17 ans qu’il était temps d’accélérer leur entraînement d’un temps, car un monde d’occasions était à leur portée : les bourses universitaires, les voyages et les occasions de rencontrer des gens comme eux. “Il faut des années pour développer les plus grands athlètes. C’est un moment important dans votre carrière.”

Elle encouragea aussi les athlètes à se renseigner sur ce que les universités canadiennes offrent avant de porter leur regard vers le sud. Ce message allait s’avérer nécessaire. En plus du souvenir, l’autre thème qui est apparu durant la semaine est celui selon lequel les meilleurs et les plus doués du Canada pensaient sérieusement aller étudier aux États-Unis où les bourses d’athlétisme sont nombreuses.

En fait, cette même semaine-là, Jenna Martin, l’étoile néo-écossaise de la piste qui a fixé un record à la course de 400 mètres aux championnats de la Légion de 2003, prenait le chemin de l’Université du Kentucky grâce à une bourse.

Bethune, toutefois, va rester à la terre de ses aïeux. À McMaster, l’heptathlète va obtenir une aide du gouvernement de l’Ontario dans le cadre du programme Quest for Gold qui finance les jeunes athlètes qui vivent et s’entraînent dans la province.

Les jeux commencèrent officiellement vendredi soir. À la cérémonie d’ouverture, sur le terrain de l’Université Simon Fraser, les athlètes tenaient un coquelicot à la main lorsqu’ils observaient les deux minutes de silence, qu’ils écoutaient le Vancouverois Ronnie Way chanter Maples Of The Valley en l’honneur des anciens combattants et qu’ils étaient à l’écoute des dignitaires comme Edmond, le président Gerry Vowles de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, le maire Derek Corrigan de Burnaby et le président national de la Légion Jack Frost. La présidente du Comité des préparatifs locaux Sharel Fraser dit aux ados, “vos rêves sont nos espoirs d’avenir”.

Avant d’appuyer sur la gâchette du pistolet des officiels, Frost déclarait “que chacun de vous réalise ses meilleurs résultats à ces jeux. Et n’oubliez pas, vous êtes ici pour vous amuser, pour rencontrer de nouveaux amis qui viennent de tous les coins du pays et apprendre à connaître leur collectivité”.

Le flambeau de l’amitié a alors été apporté sur l’estrade par un groupe de petites filles membres d’un club de course local. Elles allaient revenir à la piste, tôt le lendemain matin, pour donner un coup de main.

La planification des championnats a duré plus de 18 mois. Fraser avait enrôlé des douzaines de bénévoles des filiales de la Légion et des dames auxiliaires locales pour les nombreuses tâches à accomplir : le transport, les fonctions rattachées aux cérémonies, l’organisation d’une randonnée au mont Grouse pour les gosses, l’organisation des divertissements aux filiales pour les adultes. Lesley Maudsley, deuxième vice-présidente des DA de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, avait une équipe maîtresse pour l’aider à trouver des fonds, nourrir les bénévoles affamés et préparer le gros banquet de fermeture.

Les organisateurs n’auraient pas pu planifier la météo, mais on aurait quand même dit qu’ils l’avaient fait. À part d’un samedi matin frisquet, le temps durant les championnats a été radieux. C’était aussi une fin de semaine occupée, durant laquelle plus de 70 épreuves ont eu lieu dans les catégories des cadets (moins de 16 ans) et des juniors (moins de 18 ans). Les athlètes ont couru, lancé et sauté, et ils ont bu beaucoup d’eau.

Grâce à la direction de l’officiel de l’athlétisme LeRoy Washburn, les choses se sont passé à merveille. Washburn, un officiel néo-brunswickois certifié au niveau international, est un inconditionnel de la Légion depuis plus de 50 ans. Cette année, son épouse Loretta et lui ont également célébré leur 50e anniversaire durant les championnats.

Les jeux ont été une bataille entre l’Est et l’Ouest. Malgré une dure compétition de la part de la division hôtesse, l’Ontario s’est placé à la tête de la liste des médailles d’or avec les 31 qu’il a remportées. La Division de la Colombie-Britannique/ Yukon a obtenu 24 médailles d’or, et a fixé autant de records de la Légion que sa rivale. Elles ont inscrit trois performances record chacune et celle du Nouveau-Brunswick en a inscrit une.

Cette dernière a eu lieu grâce à Geneviève Lalonde, âgée de 14 ans. En plus de rapporter les seules médailles d’or du Nouveau-Brunswick chez elle, chez les filles cadettes des 1 500 mètres et des 3 000 mètres, elle a brisé le record des 3 000 mètres. Ce n’est même pas une course à laquelle elle prend plaisir. “Je préfère de beaucoup les 1 500.” Après avoir couru trois kilomètres en même pas neuf minutes et 57 secondes, Lalonde criait pour encourager les autres coureuses. Elle était peut-être fatiguée (la plupart des gens auraient été cataleptiques) mais Lalonde n’a pour autant pas oublié de reconnaître la Légion. “Je voulais vraiment aller plus loin cette année : travailler aussi dur que les membres de la Légion.” L’ado reconnaissante a laissé tomber la danse pour se concentrer sur la course, mais elle a quand même eu le temps pour une couple d’autres poursuites. “J’essaie de me rendre aux Jeux du Canada, au squash, et je joue au soccer provincial.”

Trey Henderson, l’homme fort de Richmond (C.-B.), a remporté les épreuves des garçons juniors aux lancers du disque et du marteau de 5 kilogrammes, démolissant son propre record de 2005 au lancer du marteau grâce à un lancer de 67,45 mètres. “Ça a été une bonne fin de semaine”, dit-il avec un large sourire. “Je n’ai rien à redire avec mes deux médailles d’or.” Henderson fait des plans magistraux, et aller aux Olympiques n’en est qu’un. Alors qu’il ne lui reste qu’une année d’école secondaire à faire, on lui a déjà offert trois bourses sportives aux États-Unis : pour jouer au foot-ball. “L’important, pour moi, c’est l’école et le sport. J’ai le temps de voir mes amis, mais il faut que ce soit les affaires avant tout, genre […] parce qu’il s’agit de mon avenir.”

Pendant ce temps, sa coéquipière Stacey Irvine de Smithers (C.-B.) attirait les regards au saut à la perche. D’abord, elle a dépassé les 3,50 mètres, le record de la Légion chez les filles de moins de 18 ans. Ensuite, elle a réussi un saut de 3,70 mètres, mettant le record hors de portée pendant un certain temps. Finalement, elle a décidé d’essayer de battre son propre record de 3,80 mètres, celui qu’elle a inscrit aux Championnats mondiaux de la jeunesse au Maroc en 2005. Il y a eu des souffles coupés lors de l’un de ses essais quand elle a atterri d’une manière qui semblait douloureuse. Imperturbable, Irvine essayait encore une fois. Elle ne le réussit pas, mais elle n’en fut pas déconcertée. Après tout, ce serait sa deuxième médaille d’or, qu’elle ajoutait à celle qu’elle avait gagnée aux 110 mètres haies. Quant à l’atterrissage dur, Irvine dit en riant “on a tellement d’adrénaline, ça ne fait pas vraiment mal”. La sauteuse à la perche, évidemment douée d’un seuil de sensation douloureuse élevé, a l’intention de se lancer en physiothérapie ou en science sportive.

À propos de blessures, il y a eu les entorses et les foulures habituelles autour de la piste, mais rien de grave heureusement. Tara Langlois, une technicienne médicale d’urgence qui travaillait sous la tente des premiers soins, observait à quel point les blessés, tout feu tout flamme, étaient désireux de retourner à la compétition. “On les emballe et on les renvoie. C’est comme ça.”

C’était le cas d’Hubert Chevrette-Bélisle de Repentigny (Qc) qui est allé voir Langlois pour des douleurs aux jambes. Inspiré par la présence intimidante de son coéquipier et partenaire d’entraînement Gabriel El Hanbli, Chevrette-Bélisle s’est remis de sa dou-leur et a emporté l’or aux 400 mètres haies juniors, battant El Hanbli de moins d’une seconde. Les deux ont obtenu plusieurs médailles aux épreuves des haies et des relais.

En fait, il y a eu nombre de gagnants multiples, et ils ont tous été causes de moments spéciaux durant les jeux. Loudia Laarman de Lethbridge (Alb.), a illuminé le podium quand elle a accepté les médailles d’or qu’elle a gagnées aux sprints de 100 mètres et 200 mètres chez les juniors. Le Néo-Écossais Mason Foote, qui a gagné la course de 100 mètres chez les juniors et obtenu la médaille de bronze aux 200 mètres, a pris le temps de donner des trucs à ses coéquipiers dans les courses de relais. Mike Robertson de Williamstown (Ont.) s’est agenouillé et fait le signe de la croix avant de gagner la course de 400 mètres chez les juniors, et par la suite il a embrassé son estimable rival, Joel Senick de Saskatoon. Robertson a aussi remporté l’or aux 200 mètres par la suite.

Maddie Buttinger, une des favorites locales des championnats de la Légion de 2003 à Kitchener (Ont.), qui retournait aux jeux de la Légion pour la troisième fois, a ramassé encore d’autres médailles. Cette fois-ci, sa petite soeur Jessica l’accompagnait, qui est montée sur le podium régulièrement aussi, aux épreuves des moins de 16 ans. Leur expérience en Colombie-Britannique était une affaire de famille. Le clan Buttinger au complet, y compris les parents Pam et Gord, ainsi que la fratrie Natalie, Danielle, Emily, Rachel et Scott, ont fait la randonnée vers l’ouest pour les encourager.

Maddie, âgée de 16 ans, s’est beaucoup améliorée depuis la première fois qu’elle s’est rendue aux nationaux de la Légion, et elle est allée aux Championnats mondiaux de la jeunesse au Maroc l’été dernier. Cela l’a empêchée de se rendre aux nationaux de la Légion à Edmonton, mais Buttinger dit que ce fut une expérience inestimable. “Ça donne un tout autre point de vue, parce qu’on pense qu’on réussit vraiment bien au Canada, mais quand on est au niveau mondial, c’est fou de voir ces gens.” Bien qu’elle n’ait pas obtenu de médaille, elle y a quand même été inspirée.

Cette année, Buttinger a obtenu quatre médailles de la Légion : deux d’or aux courses de 400 mètres relais et individuels, une d’argent aux 400 mètres haies et une de bronze au saut en hauteur. Le visage dur comme l’acier que Buttinger avait durant les jeux faisait place aux sourires après chaque épreuve quand ses petites soeurs lui tapotait la tête avec affection.

Gord Buttinger dit que ce n’est que lorsque sa fille aînée est allée aux nationaux de la Légion qu’elle a vraiment commencé à prendre plaisir à l’athlétisme. Depuis lors, elle s’entraîne fermement et montre l’exemple à sa fratrie, dont tous les membres font aussi de l’athlétisme. “Il ne s’agit par d’être le meilleur. Il s’agit de faire de son mieux. Maddie est une bonne guide dans la famille.”

C’est exactement ce qu’on désire voir à la Légion, dit Edmond. “Nous faisons ceci parce que nous croyons qu’il existe un besoin continu de développer nos jeunes afin qu’ils deviennent les leaders effectifs que ce pays a toujours eus.”

À la fin des championnats, le flambeau de l’amitié était passé de Fraser à Helen Ladouceur, la déléguée des DA de la Division du Nouveau-Brunswick. Les jeux reprendront à Oromocto en août 2007.

Colloques sur la déclaration des droits de l’ancien combattant

Parmi les questions et les débats énergiques durant une série de réunions de comités parlementaires, la Légion royale canadienne a expliqué son point de vue en ce qui concerne la déclaration des droits de l’ancien combattant, modéré sa position sur l’institution d’un ombudsman des anciens combattants et préconisé des améliorations au Programme d’autonomie des anciens combattants.Au mois de juin, la présidente nationale d’alors Mary Ann Burdett et le directeur du Bureau des services de la Direction nationale Pierre Allard se sont présentés devant le Comité permanent des affaires des anciens combattants de la Chambre des communes et le Sous-comité des anciens combattants du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense.

Le ministre des anciens combattants Greg Thompson s’est aussi présenté devant les comités à l’occasion d’autres réunions.

Nombre de questions ont été posées à la Légion et à Thompson par des membres de comité. Le président du comité des Communes, Rob Anders, député conservateur de Calgary-Ouest, dit que le comité se penche sur trois questions : une déclaration des droits de l’ancien combattant, l’institution d’un ombudsman des anciens combattants et le PAAC. Le comité sénatorial, quant à lui, se penchait sur les services et les avantages offerts aux membres des Forces canadiennes, aux vétérans des guerres et des missions de maintien de la paix et aux membres de leur famille.

Burdett a remarqué que la Légion avait affiché une ébauche de déclaration des droits à son site Web, www.legion.ca, et que l’organisation travaillait avec d’autres grandes organisations d’anciens combattants et Anciens combattants Canada pour trouver la bonne formulation qui est si importante. “Je crois que nous nous sommes entendus”, disait-elle, et elle ajoutait que la dernière rédaction serait bientôt faite.

Burdett dit que la Légion s’inquiétait de ce que la première version de la déclaration des droits rédigée par ACC l’avait été en termes de buts de prestation de services, comme la promesse d’écouter attentivement et de traiter les demandes de manière opportune. La Légion, toutefois, désirait voir des phrases comme “les anciens combattants ont le droit aux mêmes avantages quel que soit l’endroit du pays où les personnes à leur charge et eux habitent” et “les anciens combattants ont le droit d’être entièrement renseignés sur les programmes et les avantages qui leur sont disponibles”. Burdett insistait que “toute promesse de service exemplaire devrait découler de la déclaration des droits, et non pas le contraire”.

Elle s’est aussi penchée sur la suggestion que les responsabilités des anciens combattants devraient être expliquées bien clairement. “J’aimerais apaiser vos inquiétudes à ce propos. Les responsabilités des membres des Forces canadiennes sont très claires. Ils sont là pour servir les intérêts de la nation au risque du sacrifice ultime.”

Les efforts que fait le gouvernement actuel en vue d’établir un ombudsman des anciens combattants a donné lieu à quelques-unes des discussions les plus vives. Une bonne partie concernait le fait que l’an dernier, alors que le gouvernement de Paul Martin était encore au pouvoir et qu’on discutait de la nouvelle Charte des anciens combattants, la Légion s’opposait à l’établissement d’un tel poste.

De dire Burdett, “la Légion est toujours convaincue qu’un ombudsman n’a pas de rôle à jouer dans le processus actuel de pensions et d’octrois d’invalidité légiféré. Toutefois, dit-elle, “un ombudsman pourrait intervenir en dernier ressort dans les décisions d’Anciens combattants Canada, pour confirmer l’admissibilité aux programmes non économiques de la nouvelle Charte des anciens combattants (comme la rééducation) […] et pourrait aussi s’occuper des questions de soins de longue durée. Si l’on croit vraiment à Anciens combattants Canada qu’un ombudsman est nécessaire, on devrait expliquer clairement la sorte qu’on veut mettre en place”. En fin de compte, dit-elle, “il faudrait que l’on comprenne bien quels seraient le rôle et le mandat précis d’un ombudsman”.

Plusieurs membres des deux comités, surtout la députée conservatrice Betty Hinton, Gilles Perron du Bloc Québécois et le sénateur libéral Colin Kenny, ont demandé à la Légion d’expliquer pourquoi elle est revenue sur sa position. Hinton faisait remarquer que l’idée d’un ombudsman a été soulevée en partie parce que les anciens combattants des temps modernes ne sont “pas aussi confortables que les anciens combattants traditionnels avec l’atmosphère de la Légion”.

De répondre Burdett, “la Légion […] est progressive. Elle doit changer. La société change. Nous essayons de rendre notre organisation plus utile à notre personnel militaire plus jeune, et s’il se sent mieux avec un ombudsman, nous allons nous pencher sur l’ombudsman”.

Kenny insista auprès de Burdett et d’Allard pour savoir comment la Légion voyait le rôle de l’ombudsman. “Quelle serait votre description de son travail?” demanda Kenny. “Vous dites que vous ne voulez pas approuver quelque chose avant de savoir ce que ça va être. Je suggère que si vous décriviez comment vous aimeriez qu’il soit (le poste d’ombudsman), il se pourrait fort bien qu’il finisse par ressembler plus à ça qu’à autre chose.”

Burdett répondit que le Conseil exécutif national de la Légion allait discuter de la question, à son congrès, à la fin du mois de juin. “Permettez-moi de ne pas en parler tant que les membres de l’exécutif ne sont pas au courant des propositions et qu’ils n’ont pas eu l’occasion de donner leur avis.”

Ceci dit, Allard a offert quelques suggestions aux deux comités. “Nous croyons que l’ombudsman des anciens combattants devrait être libre; tout comme il y a un comité permanent séparé et un ministère des anciens combattants séparé”, dit-il. “Nous donnons notre appui à un ombudsman ou un inspecteur général pour les questions de soins de longue durée.” Il ajouta que l’ombudsman pourrait avoir un conseil consultatif aussi. “Nous serions désireux de siéger à un tel conseil consultatif.”

Les comités ont aussi demandé à la Légion de parler du Programme d’autonomie des anciens combattants. Burdett a reconnu qu’il y a eu des améliorations au PAAC ces dernières années, augmentant l’admissibilité pour les anciens combattants et leur épouse. “Toutefois, nous croyons qu’il faut le réviser. L’accès au PAAC est trop complexe et limitatif; pourtant, des fois, les règlements concernant l’admissibilité ne sont pas formulés selon le contexte de vieillir dans (sa résidence).”

Allard ajouta que l’admissibilité au PAAC était encore plus compliquée du fait que la résidence est désignée comme étant une maison plutôt qu’un condominium ou un appartement. Si un client déménage à un condo, les avantages du PAAC ne le suivent pas nécessairement. “C’est pour ça que nous disons ici, dans notre présentation, que vous devriez peut-être vous pencher sur ce que sont les besoins d’un individu désirant l’accès au PAAC […] de manière plus flexible.”

Quand le ministre des anciens combattants a été questionné par le comité sénatorial à propos d’agrandir le PAAC, le président conservateur Michael Meighen a remarqué que le système actuel n’a pas de disposition pour le survivant dont le mari ou la femme n’a pas fait de demande concernant le programme avant son décès. Bien que le PAAC n’ait pas été nécessaire avant, dit Meighen, “les circonstances changent avec le temps”.

De répondre Thompson, “quand on étudie le service pour l’améliorer et l’agrandir, il y a une question que les gouvernements se posent toujours, c’est-à-dire, ‘jusqu’où peut-on aller'”? Le ministre fit remarquer que l’offre du PAAC aux conjoints survivants qui n’y sont pas inscrits coûterait plus de 300 millions de dollars. Toutefois, il n’a pas rendu l’élargissement de l’admissibilité au PAAC impossible. “Il n’est pas dit que ces choses ne vont jamais arriver.”

Le comité sénatorial a aussi questionné le ministre sur les dispositions de la nouvelle Charte des anciens combattants, et donné à la Légion l’occasion de faire des commentaires. En particulier, les versements de soutien du revenu ont été étudiés. Quand le sénateur Kenny a identifié ces versements (équivalents à 75 pour cent du salaire du membre des Forces canadiennes avant son retour à la vie civile) comme étant imposables, il a observé que “l’on devrait considérer rendre ces versements non imposables […] ou, s’ils sont imposables, verser à l’individu son salaire au complet”. Tout en acceptant que la charte offre un octroi d’invalidité en une somme globale pouvant aller jusqu’à 250 000 $, Kenny dit qu’il “envisage qu’une famille, maintenant, qui demande comment on fait pour vivre avec 25 pour cent de moins que ce qu’elle avait avant”.

La présentation de la Légion lui servit aussi de munitions. Allard remarqua que les versements bruts du revenu ne comprennent pas les allocations militaires. Le niveau de base des paiements–75 pour cent du salaire d’un simple soldat senior–n’est pas suffisant pour maintenir une norme de vie convenable, dit Allard, surtout si le membre des Forces canadiennes a des enfants à sa charge. “Il serait plus logique d’ajouter les allocations militaires au salaire du simple soldat.”

La Légion demande aussi qu’on améliore les soins aux anciens combattants qui souffrent de maux de stress opérationnel, et que tous les anciens combattants soient admissibles aux services de funérailles et d’enterrement du Fonds du Souvenir.

L’engagement de l’organisation à l’endroit des questions soulevées par Burdett et Allard auprès des parlementaires ont été affirmées au congrès, où plus de 50 résolutions reliées aux affaires des anciens combattants ont été prises.

S’inspirer d’une enfance en Corée du Sud

“Ça me dit quelque chose.” Quand l’ado Jung-Min Shin parle de la guerre, elle ne parle pas de quelque chose dont elle ne sait rien. Shin vient d’obtenir un diplôme à l’école secondaire Ballenas de Parksville (C.-B.), mais elle est originaire de la Corée du Sud. “Mon propre pays a été en guerre et, quand j’étais petite, j’en ai beaucoup entendu parler. On nous enseignait la guerre à l’école.”

L’an dernier, cette fille de 17 ans s’est inspirée de ce qu’elle a appris et de vieilles photographies pour concevoir une affiche pour les concours annuels littéraires et d’affiches de la Légion royale canadienne. Son dessin au crayon évocateur, qui représente les divers côtés de la guerre, lui a mérité le premier prix dans la catégorie des affiches en noir et blanc.

“Je voulais représenter diverses personnes, des bébés, des soldats et des femmes laissées en arrière, qui sont affectées par la guerre de manières différentes.” En plus d’utiliser la collection de photos de son enseignant, elle est allée prendre des photos de coquelicots pour en avoir qui soient exactement comme elle les voulait. Quand même, malgré ses efforts et la grande qualité de son travail, Shin dit qu’elle a été surprise quand elle a appris qu’elle avait gagné. “C’est un concours national (et) j’ai entendu dire que beaucoup de gens envoient leur dessin. J’espérais, mais je ne m’attendais pas à gagner.”

Cette étudiante accomplie, qui parle comme n’importe quelle ado canadienne malgré le fait qu’elle n’ait appris l’anglais que lorsqu’elle est arrivée au Canada, il y a trois ans et demi, étudie maintenant à l’Université Queen’s de Kingston (Ont.). Sa spécialité? Les beaux-arts, bien sûr. “J’aime dessiner depuis que je suis toute petite, et depuis l’an dernier je suis beaucoup plus sérieuse en ce qui concerne l’art comme carrière.”

Shin a hâte à son premier voyage à Ottawa, en novembre, quand les autres gagnants des concours seniors et elle vont déposer une couronne de la part de la jeunesse du Canada à la cérémonie nationale du souvenir. Elle sera accompagnée par Crystal Huang (affiche en couleurs), Maxime Turgeon (composition) et Rachel Bueckert (poème Only Sixteen (seize ans seulement)). Les quatre vont aussi avoir l’occasion d’aller voir la Gouverneure générale Michaëlle Jean.

Incroyablement, Shin n’est pas la seule élève de l’école secondaire Ballenas qui ait remporté un premier prix dans le cadre du concours annuel de la Légion, lequel existe depuis bien longtemps. Leah Prier, âgée de 15 ans, qui est actuellement en 10e année, a impressionné les juges grâce à son affiche en couleurs et a mérité le premier prix dans la catégorie intermédiaire. Bien que seuls les gagnants seniors aillent à Ottawa, le travail de Prier, comme celui de tous les gagnants de concours, va être exposé au Musée canadien de la guerre, à la capitale nationale, durant la période du souvenir.

Prier dit qu’elle était “très excitée” quand elle a su qu’elle avait gagné cette année. Comme Shin, elle ne s’y attendait pas. Musicienne en plus d’être artiste, l’ado a accepté de faire partie du concours quand son enseignant a encouragé toute la classe à y participer. Prier s’est inspiré de ce que son grand-père lui a appris, qui a grandi durant la Seconde Guerre mondiale. “Il était trop jeune pour servir, mais il m’apprend beaucoup à propos (de la guerre).”

Le gagnant de la composition senior Maxime Turgeon de Magog (Qc) a fait lui-même une grande partie de la recherche pour la rédaction qu’il a présentée au concours. Turgeon, faisant parler le maréchal Ferdinand Foch, le commandant suprême des alliés à la fin de la Première Guerre mondiale, exprimait les pensées et les souvenirs qui tourbillonnaient dans la tête du Français quand il réfléchissait à la reddition allemande du 11 novembre 1918.

Quand il décrit la deuxième bataille de la Somme (1918), Turgeon écrit : “à l’aube du premier jour du printemps, le brouillard recouvrait les rives de la Somme où nos frères, nos compatriotes, sont tombés en été 1916. Ainsi, c’est d’un coeur lourd que je participe à ce que l’avenir appellera ma première offensive majeure contre l’armée du général (Erich) Ludendorff […]. Au bout de quelques minutes, la terreur nous prend à la gorge. L’ennemi, invisible, avance silencieusement et assassine subrepticement les soldats français et anglais de notre flanc gauche. Les sons et les images des cinq heures suivantes seront gravées dans notre mémoire.”

Turgeon, avide de nage, d’études et d’écriture, vient de commencer des études préuniversitaires à Sherbrooke après avoir obtenu un diplôme de l’école secondaire La Ruche. Il a l’intention d’étudier les lettres à la Sorbonne, à Paris, l’année suivante, et il continue d’écrire, “que ce soit pour le plaisir ou pour ma carrière”.

La gagnante du concours de poésie senior Rachel Bueckert a écrit son poème Only Sixteen dans un “accès d’inspiration”. L’an dernier, son professeur a donné le choix aux élèves de produire un poème, une affiche ou une composition en classe. Bien que Bueckert peint et dessine à temps perdu, elle pensa : “je n’ai pas beaucoup de temps pour faire une affiche, et un poème serait plus vite”.

Elle ajoute : “j’ai essayé de trouver une façon différente de voir […] les genres de personnes qui sont allées à la guerre. Je n’avais pas vu beaucoup de gens écrire un poème à propos des jeunes qui y sont allés même s’ils n’auraient pas dû”. Dans son poème, elle écrit :

“Ce n’était pas l’aventure

Qu’il croyait que ce serait

Il n’était pas si courageux

Il voulait simplement partir

Mais il s’est battu avec les autres

Jour après jour

A vu ses amis mourir

Les a vus disparaître

Et puis un jour il a vu

Encore une bombe tomber

Cette fois-ci près de lui

Il a entendu quelqu’un l’appeler

C’est la dernière chose qu’il ait entendue

C’est la dernière chose qu’il ait vue

Il n’aurait pas dû mourir

Il n’avait que seize ans.”

Quand on lui demande comment elle a fait pour trouver les images, elle répond : “J’ai simplement essayé d’imaginer comment c’était, et grâce à ce que j’ai vu et entendu dans les films entre autres.” Bueckert, qui va maintenant à l’école biblique, pense étudier la communication à l’Université de la Saskatchewan en septembre prochain.

Les jeunes participants ont aussi donné des prestations impressionnantes. Dans la catégorie de poésie junior (pour les élèves des 4e, 5e et 6e années), Sarah-Anne Jozsa de l’école St. Mary’s de Wrentham (Alb.) écrivait I Will Never Know (je ne saurai jamais), un poème qui dément son jeune âge.

Je ne connaîtrai jamais la douleur que vous avez ressentie

Quand vous avez regardé la mort dans les yeux

Je ne saurai jamais à quel point c’était difficile,

Quand vous avez dit adieu.

Je ne saurai jamais ce que vous avez subi

Pour libérer notre pays.

Mais ce que je sais, je ne l’oublierai pas

Que vous êtes mort pour moi.”

Rachelle Block, âgée de 12 ans, de l’école Leroy de Leroy (Sask.), a remporté le premier prix grâce à sa composition dans la catégorie junior, laquelle est intitulée Do You Listen To The Song Of The Trumpet? (Écoutez-vous le son de la trompette?) “J’ai toujours pensé que notre maître, M. Bans, était fou”, écrit-elle. “Un jour, il nous a même demandé si nous écoutions la chanson de la trompette le jour du Souvenir.” Quand la classe est restée perplexe à propos de ce que le maître voulait dire, il expliqua, “la trompette fait des sons, mais elle fait aussi quelque chose qu’on ne peut pas entendre. Il s’agit de l’amour, du bonheur, de la liberté, de la tristesse, de l’espoir et de la sympathie”.

Block dit qu’elle est “très honorée et fière” de recevoir le prix national de la Légion. “Tout le monde à mon école et à ma collectivité est très excité pour moi.”

Quelques mois ont passé depuis que ces élèves talentueux ont appris leur réussite au concours national de la Légion et, bientôt, Turgeon et les autres gagnants seniors vont aller à Ottawa présenter leurs respects au cénotaphe. Il remarque, “je ne pensais pas à (gagner) une grande partie du temps mais, après, j’ai réalisé qu’il s’agit d’un prix important”.

Résultats nationaux de 2005-2006

Seniors

Composition–premier : Maxime Turgeon de Magog (Qc); seconde : Adeline Krasniqi de Sarnia (Ont.); mention honorable : Jacques Gallant de Summerside (Î.-P.-É.) et Carolyn Mouland de Deer Lake (T.-N.).

Poésie–première : Rachel Bueckert d’Eyebrow (Sask.); second : Jake Shepherd de Ladysmith (C.-B.); mention honorable : Reegan Anstey de Twillingate (T.-N.).

Affiches en couleurs–première : Crystal Huang de Burnaby (C.-B.); second : Taylor Sato de Canmore (Alb.); mention honorable : Josh Steven de Shortdale (Man.).

Affiches en noir et blanc–première : Jung-Min Shin de Parksville (C.-B.); seconde : Alison Maga de Swan River (Man.); mention honorable : Daniel Shen de Toronto.

Intermédiaires

Compositions–première : Alexandra Roston de Vancouver-Ouest; seconde : Adrienne Teitsma de Winnipeg; mention honorable : Wes Dunham de Bethany (Ont.).

Poésie–première : Janelle Kuhn de Reward (Sask.); seconde : Michelle Parent d’Antigonish (N.-É.); mention honorable : Hannah Dyckerhoff de Beaumont (Alb.).

Affiches en couleurs–première : Leah Prier de Parksville (C.-B.); seconde : Rebecca Clark de Wolseley (Sask.); mention honorable : Miranda Barringer de Winnipeg.

Affiches en noir et blanc–première : MacKenzie Buzash de Regina; seconde : Sofia Hou de Nepean (Ont.); mention honorable : Kenzie Jones de Dorion (Ont.).

Juniors

Composition–première : Rachelle Block de Leroy (Sask.); second : Jordan Walsh de Shalloway Cove (T.-N.); mention honorable : Amanda Lorbetski de Barry’s Bay (Ont.).

Poésie–première : Sarah-Anne Jozsa de Wrentham (Alb.); seconde : Victoria Vienneau de Beaverbrook (N.-B.); mention honorable : Anna Ratuski de Clearwater Bay (Ont.).

Affiches en couleurs–première : Karolane McGrail de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot (Qc); seconde : Monica Mazur de Kitchener (Ont.); mention honorable : Sterling Smith de Champion (Alb.).

Affiches en noir et blanc–premier : Levi Hayworth de Youngstown (Alb.); seconde : Michaela Shea de O’Leary (Î.-P.-É.); mention honorable : Dustin Valikoski de Cowichan Bay (C.-B.).

Affiches primaires

Affiches en couleurs–première : Kayla Niro de Cold Lake (Alb.); seconde : Abigail Nanquil de Scarborough (Ont.); mention honorable : Jordan Reid de Pugwash (N.-É.).

Affiches en noir et blanc–première : Jessie Benson de Hazlet (Sask.); seconde : Caylib Micklich de Vegreville (Alb.); mention honorable : Freya Kellet de Kelowna (C.-B.).

Retombées à Gagetown

“Jimmy était comme moi là-bas : un marcheur. Nous étions exposés à la boue et à la merde. Il s’est fait asperger directement.”

Grant Payne, un ancien fantassin du Black Watch, regarde Jim Burke, de l’autre côté de la table, en parlant de leur service à la Base des Forces canadiennes Gagetown, au Nouveau-Brunswick, durant le milieu des années 1960. La “merde” dont il parle n’a rien à voir avec les résidus organiques.

Quand Burke conduisait une des trois jeeps en manoeuvre à Gagetown, c’était en 1966 ou 1967, cela fait si longtemps qu’il ne peut s’en souvenir exactement, un aéronef à voilure fixe est passé au-dessus de la formation, pulvérisant un liquide blanc grisâtre qui “nous a laissés dans ce qu’on aurait dit était un brouillard”, dit Burke, qui aujourd’hui réside à Saint John. “Notre peau et nos vêtements en ont été mouillés”. Au cours des trois semaines suivantes, les buissons et les arbres sont devenus rouges orangés, et puis bruns et “toutes les herbes dans la zone pulvérisée étaient mortes”.

Ce vétéran des Forces canadiennes souffre actuellement d’un tas de problèmes de santé qui vont de l’affection du coeur à la dépression, en passant par l’insuffisance pulmonaire globale. Il dit que ses supérieurs ne lui ont jamais dit avec quoi il a été aspergé. En ce temps-là, il ne savait rien du produit Orange.

Il y a un an, le gouvernement du Canada a reconnu que le défoliant mortel, dont l’utilisation était si notoire à la guerre du Vietnam, a été pulvérisé à la base d’entraînement lors de tests menés avec le militaire états-unien en 1966 et 1967. En juin dernier, le gouvernement confirmait que le programme de pulvérisation d’herbicide à Gagetown durant les cinq dernières décennies a été bien plus important.

La longue histoire dont l’épicentre est dans la petite ville d’Oromocto, tout à côté de la base, est en train de devenir un fatras de plus en plus complexe de faits et de beaucoup d’émotions.

D’abord, voici quelques faits : La BFC Gagetown, une institution d’entraînement militaire de calibre mondiale, s’étend sur 1 100 kilomètres carrés, y compris 65 lacs et 251 ruisseaux. On y a utilisé un vrai cocktail de produits chimiques, dont l’agent Orange, l’agent Pourpre et l’agent Blanc, au cours de quelques décennies pour dégager la forêt luxuriante renommée du Nouveau-Brunswick. Et c’était tout un cocktail. Rien qu’entre 1956 et 1984, 1,3 million de litres d’agents Orange, Pourpre et Blanc sous forme liquide et 2 millions de livres d’agent Blanc sec ont été utilisés pour nettoyer plus de 181 000 acres.

Les produits Orange et Pourpre contenaient des dioxines, une sorte de produits chimiques extrêmement toxiques produits involontairement durant la fabrication. Certains types de dioxine sont aussi produits naturellement dans l’environnement, bien qu’à des concentrations bien moins fortes. Ces perturbateurs hormonaux ont été reliés à des cancers rares chez l’être humain, à des problèmes respiratoires, à l’impotence, à la chloracné, aux troubles des systèmes immunitaire et de croissance, ainsi qu’à des anomalies congénitales, entre autres. Des quantités infimes, calculées en parties par billion, peuvent causer des dommages.

L’agent Blanc, connu aussi sous le nom Tordon, contenait une impureté de fabrication d’une autre sorte : l’hexachlorure de benzène (HCB). Comme les dioxines, l’HCB est un composé toxique bioaccumulatif, c’est-à-dire qu’il s’accumule dans l’environnement et se dégrade très lentement. La U.S. Environmental Protection Agency l’a inscrit à la liste des carcinogènes humains probables, et des études faites sur des animaux ont prouvé que des quantités infimes endommagent le foie, les reins, le système immunitaire et le sang.

On connaît bien mieux les effets du produit Orange grâce aux études qui ont été faites sur la population vietnamienne et les soldats américains qui y ont été exposés. Toutefois, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, d’établir un lien causal entre l’exposition à un produit chimique particulier et une maladie particulière.

Tous les deux ans, The National Academy of Sciences’ Institute of Medicine des États-unis met à jour sa catégorisation de maladies reliées à l’exposition au produit Orange; le ministère des anciens combattants états-unien s’en sert pour prendre des décisions sur les pensions.

Ici, au Canada, le gouvernement est en train de créer un ensemble d’indemnités pour les anciens combattants et les civils qui ont été affectés par les herbicides à Gagetown. C’est au ministre des Anciens combattants Greg Thompson, le député du Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, que cette tâche a été donnée. “Il nous faut un ensemble d’indemnités qu’on puisse utiliser pour s’occuper d’eux à un degré humain, et il faut comprendre qu’il s’agit d’une équation complexe”, dit-il lors d’une interview au téléphone. “Certains des morceaux ont disparu depuis 50 ans. C’est le premier gouvernement qui dit ‘Non, nous n’allons pas passer cela sous silence pour qu’un autre gouvernement s’en occupe.'”

Simultanément, un groupe d’enquête factuelle, nommé par le ministère de la Défense nationale, entreprend des études sur l’environnement et la santé humaine à la base et aux alentours. D’aucuns ont loué le Projet d’établissement des faits à la base Gagetown et les environs, lequel doit être terminé en été 2007, et d’autres l’ont reçu avec scepticisme. Ses conclusions ont donné lieu à une restriction de l’accès à trois zones de la base. Plusieurs autres zones ont été désignées ‘points chauds’ et les risques pour la santé vont y être évalués.

Dix pour cent des 1 200 échantillons de terre, de sédiment et de la nappe souterraine prélevés dans les zones de tir et d’entraînement indiquent des niveaux élevés de dioxines ou d’hexachlorure de benzène. Ces chiffres sont basés sur des niveaux actuels, pas historiques. Le coordinateur de la recherche factuelle Dennis Furlong, un ancien ministre néo-brunswickois de la santé et médecin de famille pratiquant, dit que l’extrapolation rétrograde n’a pas encore été faite. “La question a été soulevée… ‘si ces niveaux en sont là maintenant, où en étaient-ils il y a 50 ans?’ Je ne peux que répondre ‘je ne sais pas, mais je suis certain (qu’ils étaient) plus élevés.'”

Le chef d’état-major de la BFC Gagetown, le lieutenant-colonel Paul Kearney, insiste que le commandant de la base Ryan Jestin et lui sont “engagés complètement pour s’assurer que cette base soit un endroit sécuritaire où travailler, habiter, s’entraîner et jouer”. Ils assistent les enquêteurs factuels de toutes les manières possibles, qu’il s’agisse de l’accès aux dossiers (maintenus méticuleusement par un employé durant plusieurs décennies) ou du nettoyage des zones dangereuses.

Mais les vétérans de Gagetown comme Burke ne savent où donner de la tête. Le temps file, et dans certains cas il arrive à sa fin.

Bien plus de 150 000 personnes ont travaillé à Gagetown depuis 1952. Dans la plupart des cas c’étaient des soldats canadiens, mais il y avait aussi les visiteurs militaires internationaux, dont des Américains et des Britanniques. La création d’une base de données sur les gens qui ont travaillé à la base fait partie de l’enquête factuelle. Toutefois, nombreux sont ceux qui n’habitent plus dans la région et il se peut fort bien qu’ils ne soient pas au courant de ce qui se passe. Une grande partie de l’attention médiatique est restée au Nouveau-Brunswick.

“Ces gens étaient de bons et forts soldats”, dit Payne, un membre de la filiale Oromocto de la Légion royale canadienne ainsi que de la Black Watch Association. “Ils ont obéi aux ordres et maintenant ils sont malades. Ils ont été empoisonnés par leur environnement.”

De plus, dit-il, Anciens combattants Canada place une charge déraisonnablement lourde de preuve sur les anciens combattants qui font une demande de pension. “Ils ont servi leur pays et maintenant, quand c’est le tour de leur pays de s’occuper d’eux, on le leur refuse parce que les systèmes de soutien dont ils ont besoin n’ont pas été mis en place.” À propos de Burke, il dit que “Jimmy a fait une demande (de pension) pour sa maladie pulmonaire et d’autres difficultés auprès du ministère des anciens combattants. (On la lui a) refusée”.

De dire Burke, “J’ai toujours été en santé. Ce n’est qu’il y a trois ou quatre ans que ceci m’a affecté. Depuis lors j’ai eu (deux) infarctus du myocarde, des troubles pulmonaires congestifs et je commence à avoir des protubérances et des bosses partout sur le corps. Je suis du genre de personne qui travaille toujours […] tout à coup mon univers s’est anéanti”.

Payne et ses camarades du Black Watch et du Corps royal canadien des transmissions aident les anciens combattants à remplir les formulaires d’ACC. Le réseau du bureau des services de la Légion également, qui comprend des bénévoles et des agents des services rémunérés aux niveaux de la filiale, de la division et de la nation. Payne dit que l’agent des services Kelly Newstead de la Division du Nouveau-Brunswick a beaucoup coopéré avec lui. L’agent des services de la filiale Oromocto John Perry remarque que sa filiale a fait quelque 115 demandes.

“La majorité des clients (de la Légion) sont venus à la Division du Nouveau-Brunswick pour obtenir leurs services”, dit le directeur Pierre Allard du Bureau national des services de la Légion et il ajoute que l’organisation a aussi écrit des lettres et participé à des discussions avec ACC. Allard reconnaît que les anciens combattants “ont été très frustrés”, et il dit que le réseau du bureau des services de la Légion suggère que les clients qui auraient essuyé un refus de la part d’ACC lors de la première demande devraient attendre que les rapports d’enquête factuelle aient été faits avant de lancer le processus de révision et appel. “On est un peu attrapé ici. L’opportunité est vraiment essentielle.”

Sur les 1 100 demandes reliées aux herbicides reçues à ACC avant le mois de juillet, il n’y a que celles de quatre vétérans de Gagetown qui ont abouti à une pension. Une de ces dernières était celle de feu le brigadier-général Gordon Sellar, le soldat décoré de la Seconde Guerre mondiale qui a commandé le Black Watch à Gagetown, quand il était colonel, durant les années 1960; il a développé une leucémie lymphoïde chronique presque trente ans après. Son épouse, Gloria, a réussi la campagne qu’elle a faite pour obtenir une pension pour lui, mais il lui a fallu plus de dix ans pour convaincre ACC du lien entre les tonneaux d’herbicide étiquetés distinctement, le service de son mari et la maladie de ce dernier. “J’étais absolument résolue à découvrir quelque chose à propos de ceci, parce qu’il y avait tant de gens du Black Watch mourants et extrêmement malades”, dit cette vive dame de 79 ans. Heureusement que, vu son grade, Sellar a pu démontrer où se trouvait son époux à tel ou tel moment donné. Ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres gens.

Anciens combattants Canada a octroyé une pension à Gordon Sellar en 2004; il est mort quelques semaines après. Gloria a fait part de son histoire aux médias en mai 2005, devenant le catalysant d’un torrent d’activités. Depuis lors, elle est devenue une des voix les plus célèbres pour les vétérans de Gagetown et leur veuve. Une fois par mois, elle prend le train de Kingston (Ont.) à Oromocto pour s’acquitter de ses devoirs, lesquels comprennent siéger au comité consultatif indépendant du projet d’enquête factuelle et aider les anciens combattants par l’entremise de la Black Watch Association.

Bien que Sellar constate qu’il existe une perception selon laquelle le grade de son époux aurait contribué à ce qu’il obtienne une pension, elle a beaucoup fait pour aider d’autres soldats. Parmi eux se trouve le chauffeur et radio de Gordon, Chester Harding, qui était constamment avec lui sur le terrain à Gagetown; Harding aussi est devenu gravement malade. Gloria l’a aidé à remplir sa demande pour ACC, mais pour l’instant il n’a pas réussi. De dire Sellar, “Pourquoi il n’a rien reçu, je ne sais pas. Je pense qu’il y a un bâillon sur tout ceci. ”

Deux autres défenseurs se sont mis de la partie quand le ministère de la Défense nationale a déclaré, en juin 2005, que 21/2 tonneaux seulement de produit Orange ont été pulvérisés à la BFC Gagetown en 1966 et 1967. Kenneth Dobbie et Art Connolly, des ‘gosses de militaire’ de Gagetown, ont formé l’Agent Orange Association et se sont servi de l’Accès à l’information pour découvrir l’importance de la pulvérisation d’herbicide à la base une année après l’autre. Ils maintiennent que le gouvernement continue de se concentrer sur les tests américains de 1966 et 1967, négligeant les autres années, entre 1956 et 1984, où le militaire canadien se servait de produits chimiques toxiques. “En l’occurrence, nous avions un programme 12 ans avant que les Américains viennent pulvériser l’agent Orange”, dit Dobbie. “Il s’agissait d’une pratique continue de défoliation délibérée.”

La question les touche profondément tous les deux. Ils ont tous deux perdu leur père (et Connolly, d’autres membres de sa famille) des suites de maladies qu’ils imputent à habiter et travailler à la base durant les années 1960. Dobbie lui-même a souffert d’une variété d’affections, y compris l’atrophie cérébrale et le diabète non insulino-dépendant, depuis l’été 1966 quand, adolescent, il a travaillé à Gagetown au nettoyage de feuillage trempé d’herbicides.

Dobbie et Connolly ont affiché les documents révélateurs du MDN sur leur site Web populaire www.agentorangealert.com et ils continuent d’exiger une enquête publique complète. “Il ne s’agit pas d’argent, ce dont il s’agit c’est que le gouvernement doit accepter ses responsabilités”, dit Connolly.

Alors que la saga des herbicides se dévoilait sous le gouvernement de Martin, les voix de Thompson et de son homologue provincial Jody Carr, député d’Oromocto-Gagetown, étaient parmi les plus fortes qui posaient des questions et exigeaient qu’on passe aux actes. En tant que ministre d’Anciens combattants Canada actuel, Thompson a déclaré qu’il allait proposer son ensemble d’indemnités au cabinet “à la fin de l’automne ou au début de l’an prochain” et qu’il s’agirait probablement d’un paiement à titre gracieux.

Le député libéral Robert Thibault remarque que Thompson “avait suscité de grands espoirs en tant que critique […] comme quoi il allait donner de l’argent immédiatement”, mais que telle allocation ne se trouvait pas dans le premier budget des Conservateurs. Il dit qu’ACC va se servir d’une “épreuve plutôt décisive” pour prendre des décisions sur les demandes de pension des anciens combattants.

À Oromocto, Carr répond que “Greg Thompson a toujours dit, et moi aussi, qu’on ne peut pas écrire des chèques en blanc. Ce que nous avons réussi à faire c’est d’ajuster les lettres (d’ACC) pour qu’on y lise “C’est refusé pour l’instant. Il y a un processus en cours, et au fur et à mesure que ce processus va servir à obtenir davantage de renseignements, votre dossier sera révisé.”

Avant, dit Carr, “le gouvernement fédéral mettait des limites (à sa couverture de pensions) à sept jours de pulvérisation d’agent Orange. Collectivement, tout le monde a dû les convaincre à Ottawa que ce n’était pas seulement ça. Finalement, nous avons réussi à le faire”.

Thompson reconnaît que la charge de la preuve est “difficile” pour les anciens combattants qui demandent une pension. “Si nous voulons suivre le processus des pensions, nous parlerons probablement encore de ceci dans 10 ans, parce qu’il n’y aura probablement pas du tout de résolution favorable pour tous ces soldats.” Toutefois, dit-il, les difficultés pour obtenir l’ensemble d’indemnités seront amoindries.

Mais les indemnités ne viendront probablement pas avant la fin 2007, dit Thompson, car le gouvernement attend les résultats du projet d’enquête factuelle. “Ce n’est que lorsqu’on a obtenu les faits”, dit le ministre, “qu’on peut résoudre un problème.”

L’Agent Orange Association n’est pas très convaincue du projet d’enquête factuelle, que Dobbie appelle un exercice de relations publiques. “Ils n’ont pas du tout de vrai pouvoir, car tout ce qu’ils vont faire c’est recueillir des faits et […] (les) remettre au gouvernement. Nous nous inscrivons en faux contre ça parce que nous connaissons déjà les faits.” Il demande réparation par l’entremise d’une action collective intentée en juillet 2005 par le Merchant Law Group, une société d’avocats nationale.

Le projet d’enquête factuelle de plus de 800 000 $ a commencé en août 2005. Son coordinateur initial, Vaughan Blaney, est tombé malade et a été remplacé par Furlong en novembre dernier. Alors que le docteur Furlong ne passe que deux ou trois jours par semaine au bureau du projet à Oromocto, il y a un personnel de quatre personnes ainsi que des entrepreneurs privés qui s’occupent des études de l’enquête factuelle.

Jusqu’à présent, Furlong a interrogé quelque 500 ou 600 anciens combattants et civils de la région. Il va se servir de ces renseignements ainsi que des études environnementales et de santé pour assembler un rapport déterminant pour le gouvernement. “Je ne crois pas qu’il y ait quelque culpabilité dans ceci”, dit Furlong. “Ce qui a été fait l’a été quand on ne savait pas tout ce qu’on sait aujourd’hui à propos des produits chimiques […]. Nous vivons dans un environnement chimique. “Mais, ajoute-t-il, “le gouvernement veut la responsabilité.”

Les deux tâches terminées dernièrement concernant la détermination de l’utilisation historique d’herbicides à Gagetown, en plus de l’évaluation environnementale préliminaire, sont des “étapes décisives” vers l’achèvement du projet dit-il. “Le gouvernement du Canada ne peut pas être tenu responsable d’après (des conjectures). Il doit avoir des données et des faits pour représenter l’argent du peuple du Canada comme il se doit.”

Bien que Sellar croie que Furlong fait un “travail formidable”, elle a hâte que le gouvernement “s’y mette”.

Furlong reconnaît qu’il est nécessaire d’agir vite. “Comme je l’ai dit aux gens qui disent que ‘ça prend trop de temps’, j’ai dit ‘Eh bien, ça dure depuis il y a 50 ans… Dix-huit mois (à partir de novembre 2005) ne me semblent pas trop long pour bien faire. Nous allons aussi vite que possible.”

Quant aux critiques de l’Agent Orange Association, Furlong répond calmement : “On fait ce qu’on a à faire, ils font ce qu’ils ont à faire. Rien de ce qu’ils font ne va affecter ce qu’on fait ici. ”

Kearney, le chef d’état-major de la BFC Gagetown, remarque que Furlong a le truc pour séparer les faits et les émotions. “(Il) n’est pas là pour faire l’intéressant. Il est là pour obtenir les faits et les faire parvenir au ministre. Il ne s’agit pas du tout d’un exercice de relations publiques.”

Quelques points méritent qu’on y fasse attention maintenant que le projet arrive à terme. Bien que Thompson ait dit que les gens qui habitent, ou qui ont habité, dans les collectivités entourant Gagetown allaient être pris en considération en ce qui concerne les indemnités, ils ne font pas partie du mandat de Furlong. ” (Mon) mandat comprend les anciens combattants–je présume que cela comprend les épouses des anciens combattants décédés–les employés du gouvernement du Canada et les entrepreneurs privés à la base. C’est mon mandat actuellement.”

Deux résidents de Hoyt, que la rivière Oromocto sépare de la BFC Gagetown, observent les événements de près. Gloria Paul, une infirmière à la retraite qui a déménagé d’Angleterre au Nouveau-Brunswick en 1977, inquiète des effets des opérations de la base sur l’environnement, a écrit d’innombrables lettres à des ministres du gouvernement et au personnel de la base. “On ne vous dit jamais rien. Il faut le découvrir et leur montrer, et à ce moment-là ils disent : ‘Oui, c’est bien ça.'”

Sa voisine, Suzanne McCann, s’est fait inscrire dans l’action collective de Dobbie. Pendant 40 ans elle a habité à Enniskillen, une collectivité à côté des zones d’entraînement qui sont devenues infertiles à cause des nombreuses pulvérisations. Sa santé s’est améliorée depuis qu’elle est partie, en 1997. “Dans cette petite collectivité où j’habitais, sur huit maisonnées, 25 personnes sont mortes du cancer.” Son fils travaille à la base et il a fait un rapport aux enquêteurs factuels, mais elle ne sait que penser du projet, dit-elle.

Quant à l’évaluation environnementale faite par la société d’experts-conseils Jacques Whitford, une révision interne a servi à en identifier les points faibles. D’abord, il n’y avait pas assez d’information sur les procédés de l’analyse qu’ont utilisé les laboratoires qui se sont occupés des échantillons. Sans ces informations, écrivaient les scientifiques, il est difficile, même impossible, de fournir une assurance et un contrôle de la qualité.

Les scientifiques indiquaient que les échantillons auraient dû être pris plus profondément que les premiers 10 centimètres de terre superficielle, et lors de l’analyse de la terre, on aurait dû se pencher sur “les paramètres essentiels comme le contenu de matières organiques total”. Il y a également eu “un défaut d’inclusion des zones d’échantillonnage de comparaison à l’extérieur de la zone de tir et d’entraînement”. Ceci aurait donné une base pour qu’on puisse faire les comparaisons et aurait permis à Jacques Whitford de caractériser “les sources régionales des produits chimiques dont il s’agit”.

Thompson fait remarquer qu’il y a d’autres essais environnementaux à faire. “J’ai offert quelques suggestions. Je crois que quelques essais vont traiter […] de la proximité de la base. Certaines de ces collectivités auraient été affectées rien qu’à cause de la direction des vents et de leur proximité. Non seulement j’ai pour mandat d’étudier les militaires et les civils de base, mais ceux de l’extérieur de la base aussi. C’est exactement ce qu’on fait. ”

Alors que les camarades de Payne attendent la décision sur leur demande de pension, l’ancien combattant au parler franc remarque : “Il ne s’agit pas de quelque chose d’aussi simple que d’acheter une nouvelle voiture. Le problème, ici, dans les cas de lésions reliées aux herbicides, c’est qui va s’occuper de nous?”

Des fleurs embellissent les tombes militaires au Canada

Le terrain a été préparé et maintenant il y a des fleurs qui embellissent des centaines de tombes militaires à travers l’Amérique du Nord. L’Agence canadienne de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth s’efforce depuis les années 1990 d’établir un programme régulier d’horticulture pour ses sites les plus grands. Le projet a pris de la vitesse durant ces dernières années; il y a 49 lots à travers le continent qui se font embellir actuellement, et il y en a d’autres à venir.

L’objet en est de faire ressembler davantage les sites d’enterrement du Canada à ceux des cimetières de la commission en Europe, à Hong Kong et ailleurs, dit Brad Hall, le secrétaire général de l’Agence canadienne. “C’est une progression naturelle de l’entretien des tombes militaires en Amérique du Nord.”

La CSGC, dont le siège social est au Royaume-Uni, supervise la commémoration de 1,7 million de particuliers qui ont perdu la vie en servant dans les forces du Commonwealth aux deux guerres mondiales; 110 000 d’entre eux étaient Canadiens.

Les cimetières militaires de la commission, comme ceux de Tyne Cot en Belgique et Sai Wan à Hong Kong, sont renommés pour leur calme beauté. Beaucoup sont pleins de roses et leur arrangement d’arbres, d’arbustes à pousse basse et de plantes vivaces herbacées en font des emplacements qui ressemblent plus à des jardins qu’à des cimetières.

D’après la CSGC, le concept à la base des cimetières du Commonwealth est “la création d’une association sentimentale entre les jardins de chez nous et les champs étrangers où gisent les soldats”. C’est pour cela que le personnel horticole essaie d’utiliser des plantes qui sont indigènes dans les pays de ses membres. Sur les 710 acres que la CSGC contrôle à travers le monde, plus de 450 font l’objet d’un excellent entretien horticole.

Bien entendu, les cimetières militaires les plus grands sont en France et en Belgique, où une grande partie des combats ont eu lieu. La commission n’a pas de cimetière au Canada. Toutefois, fait remarquer Hall, il y a une chose qu’on oublie souvent. “Il y a plus de tombes canadiennes au Canada qu’en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne et à Hong Kong ensemble. Ici, nous nous occupons des coûts cachés de la guerre, les gars qui sont morts à l’entraînement, qui ont succombé aux maladies, ou qui ont servi outre-mer, y ont été blessés, sont revenus, et puis sont morts durant les années de guerre. Les gens, naturellement, ont tendance à se concentrer sur les cimetières impeccables qui représentent un sacrifice outre-mer visible. Mais il y a aussi de ces gens ici.”

Le nombre de morts caché était élevé. L’Agence canadienne s’occupe de 15 202 tombes militaires à presque 3 300 sites en Amérique du Nord, dans les 10 provinces, au Yukon, et à 47 des 50 états des États-Unis. La plupart des tombes sont soit toutes seules, soit en groupes de deux. “Nous nous occupons de lots qui se trouvent dans des cimetières civils, d’église, communautaires ou privés”, dit Bob Parsons, un inspecteur de l’Agence canadienne qui s’occupe du programme horticole de 195 233 $. Cet ancien officier de l’armée dit en riant, “autrefois, je les écrasais, les fleurs, je n’en faisais pas pousser”.

Jusqu’à ces dernières années, les gens qui visitaient les tombes militaires n’auraient remarqué que bien peu de fleurs, ou peut-être même aucune. “Les tombes militaires d’ici n’étaient pas oubliées”, dit Hall, “mais on n’y mettait pas le même accent.” Les pays d’origine, qui financent le travail de la commission (le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et l’Inde) mettent l’accent sur les lieux d’enterrement étrangers. “Tout le monde regardait vers l’extérieur; personne ne regardait vers l’intérieur.”

En effet, le travail de l’Agence canadienne, pendant les quelques premières décennies, était simplement d’aller à la recherche de tombes militaires et d’y mettre une pierre tombale. Au cours des deux dernières décennies, l’agence a assemblé une base de données informatisée sur leur emplacement et d’autres renseignements fondamentaux, y compris leur état. La gestionnaire des documents Johanne Neville s’occupe de cette base de données et des demandes de renseignements du public. En même temps, les cinq ins-pecteurs de l’agence, c’est-à-dire Hall, le sous-secrétaire général Dominique Boulais, Jerry Mayer, Annick Bilodeau et Parsons, essaient de visiter chacune des tombes tous les six ans, que ce soit en Saskatchewan rural ou à St. John’s (T.-N.). Bon nombre des tombes ont été l’objet d’un travail de restauration considérable ou elles le sont actuellement.

Quand Hall était sous-secrétaire général, durant les années 1990 (quand il travaillait avec le secrétaire général d’alors, Dan Wheeldon), il a jeté les assises du programme horticole. Grâce au financement du siège social au Royaume-Uni et à l’addition de deux inspecteurs au petit bureau d’Ottawa, le programme a eu l’occasion de grandir.

“On ne peut pas aboutir à un gros engagement à partir de rien du tout”, dit Hall. “Nous avons un programme progressif qui sert à cibler un certain nombre de cimetières chaque année. Le siège social nous est d’un grand soutien. Je n’ai pas vraiment été obligé d’exercer une pression.” En 2006, l’agence s’occupe de plusieurs emplacements : le cimetière Ross Bay à Victoria, le cimetière Mountain View à Vancouver, le cimetière Brookside à Winnipeg, le cimetière Beechwood à Ottawa et deux lots à St. John’s qui ont 50 tombes militaires.

“Nous finançons trois niveaux de travail horticole”, dit Parsons. Le niveau le plus rudimentaire, pour les tombes individuelles, est celui où l’on donne 30-40 $ par année à quelqu’un pour couper l’herbe et garder la stèle présentable. Le niveau suivant, avec un soin accru, comprend les cimetières plus grands comme celui du Mount Pleasant Group à Toronto. Ces sites nécessitent un entretien plus complexe, mais pas de fleur.

Le troisième niveau, avec embellissement floral, comprend les grands groupements de tombes militaires, qui en contiennent au moins sept ou huit chacun. Il y a actuellement 1 402 tombes qui sont l’objet de ce niveau de soins à travers le Canada. “Nous dépensons à peu près 136 000 $ pour les fleurs, ce qui revient à environ 97 $ par tombe durant l’été. Une grande partie de cela comprend la coupe du gazon”, dit Parsons.

L’agence n’impose pas de fleurs spécifiques, en partie parce que le Canada a des climats si différents, mais c’est aussi une question de créativité. “On traite avec des groupes de gens et des organisations disparates qui ont leurs propres façons de penser”, dit-il. “Il n’y a pas de mal à ça. Nous essayons de faire en sorte qu’ils soient présentables; nous n’essayons pas d’imiter les cimetières de la commission, qui ont des jardiniers dévoués.” Ceci dit, l’utilisation de géraniums rouges dans les cimetières comme Mountain View à Vancouver rappellent en effet, par exemple, le cimetière militaire canadien de Beny-sur-Mer, en France.

On est en train de donner la priorité à d’autres lots dans 70 cimetières canadiens en ce qui concerne le développement dans le cadre du programme horticole, ce qui représente presque un cinquième du budget d’exploitation de l’agence.

Hall dit que l’agence essaie de prendre le chemin le plus facile lorsqu’il s’agit de choisir les sites où travailler, comme les cimetières qui sont déjà embellis du point de vue horticole, ou les collectivités qui sont fortement militarisées. “Finalement, nous nous occuperons de celles qui sont plus compliquées, où il y a davantage de parties intéressées.

Parmi les sites les plus complexes se trouvent ceux où sont enterrés des morts de guerre et des anciens combattants. La commission n’est responsable que des sépultures des morts de guerre. Quant à Anciens combattants Canada, il n’a pas de programme horticole semblable pour les tombes d’anciens combattants. Vu que la plupart des gens ne font pas la distinction entre les deux sortes de tombes, dit Parsons, “nous essayons de ne pas causer des difficultés (à ACC)”. Toutefois, les organisations se sont serré les coudes auparavant, et elles travaillent actuellement avec d’autres groupes pour élargir le Cimetière militaire national dans le cimetière Beechwood à Ottawa.

Le programme horticole a eu un autre avantage, en plus d’embellir et augmenter la dignité des lots d’inhumation des morts de guerre du Canada. Hall dit que l’affichage coloré inspire la curiosité. “Les gens ordinaires qui viennent au cimetière demandent ‘comment se fait-il que ces gars sont différents?’ Cela crée de l’intérêt, cela donne lieu à des questions, et cela suscite ainsi la commémoration.”

Pour obtenir gratuitement un DVD sur le travail de la commission, prendre contact avec l’Agence canadienne, Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, au 66, rue Slater, pièce 1707, Ottawa (Ont.), K1A 0P4, ou par téléphone au 1-613-992-3224, ou encore par courriel à cwgc-canada@vac-acc.gc.ca