87e Congrès du Nouveau-Brunswick

Travailler pour les Anciens combattants et maintenir le dynamise des communautes.     – Michela Rosana

Nous sommes tous là pour la même raison. Nous sommes là pour les anciens combattants », a rappelé Harold Defazio, premier vice-président sortant de la division du Nouveau-Brunswick de la Légion royale canadienne, à l’orée du 87e congrès du groupe, par une matinée d’automne ensoleillée et fraîche à Rothesay, au N.-B. Ces paroles ont été le fil conducteur des deux jours de l’évènement, organisé les 20 et 21 septembre à la filiale Kennebecasis, tandis que les légionnaires discutaient de l’amélioration de l’accès aux services des anciens combattants, de la prochaine campagne du coquelicot et de plus.

Avec à peine plus de 838 000 habitants, le Nouveau-Brunswick ne compte que 68 filiales de la Légion dans ses huit districts. Le nombre de membres de la Légion dans cette petite province au caractère bien trempé est toutefois resté relativement stable : ils sont environ 7 400, grâce en grande partie à la ténacité des personnes qui œuvrent pour la survie des filiales dans leurs communautés.

Le rapport au congrès de Tony Chevalier, le président sortant, a souligné ce courage et le rôle fondamental de la Légion dans les collectivités du Nouveau-Brunswick. Ainsi, la filiale Salisbury était sur le point de fermer ses portes l’été dernier face à la baisse du nombre d’adhérents. « J’ai contacté le maire pour l’informer de la situation dans son village, a écrit M. Chevalier dans son rapport. Il m’a rappelé par la suite [pour me dire] qu’il y avait été accepté comme membre. À la mi-aout, je me suis rendu à Salisbury pour voir si cela tentait quelqu’un [d’autre]. Plus de 40 membres se sont présentés à cette réunion. La filiale a désormais tous ses cadres. »

Lors du discours qu’il a prononcé devant une centaine de personnes, notamment des invités des directions de la Nouvelle-Écosse, du Nunavut et de l’Ile-du-Prince-Édouard, M. Chevalier, ancien sapeur de combat, s’est exprimé avec humilité.

Lors de la cérémonie du cénotaphe (en haut et en regard), Louise Imbeault, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick (au centre) et Tony Chevalier, président sortant (à gauche), parmi d’autres, observent un moment de silence. [Michela Rosano/RL]

« Je vais écouter mon cœur, a-t-il dit pour commencer, renonçant à reprendre les mots de son rapport. Les deux dernières années m’ont ouvert les yeux. Quand j’ai été élu pour la première fois, en 2023, j’ai réalisé que je n’avais pas toutes les connaissances nécessaires, alors je me suis mis à lire [les statuts], et puis à les relire. »

M. Chevalier a déclaré qu’il s’était fait un devoir de rendre visite à autant de filiales de la province que possible pendant son mandat. Il en a mentionné en difficulté qui ont été placés sous tutelle et qui vont désormais mieux.

Il a également exprimé sa tristesse à la suite du décès récent de M. Earle Eastman, deuxième vice-président de la Division du Nouveau-Brunswick. Il avait 67 ans.

Peu après, Jack MacIsaac, vice-

président national, a pris la parole au nom de la Légion au niveau national. « L’avenir s’annonce très prometteur pour la Légion royale canadienne. Le nombre de membres augmente d’une année à l’autre, a-t-il souligné. Les choses vont remarquablement bien partout au pays. »

Il a ensuite évoqué le centenaire à venir de la Légion : « Le 100e anniversaire de notre grande organi-sation aura lieu en juillet 2026. C’est une belle occasion de célébrer et d’éduquer. C’est une année où nous devrons tous briller à tous les niveaux. »

M. MacIsaac a également profité du moment pour vanter l’importance des services de la Légion pour les anciens combattants de tout le pays. « Les officiers d’entraide de nos directions sont occupés, a-t-il expliqué. Je me plais à dire qu’ils sont le visage de la Légion. Ce sont eux qui
aident nos anciens combattants. »

M. Defazio a brièvement fait le point en sa qualité de président du coquelicot, rappelant aux délégués leurs responsabilités pour la campagne. « Tout le monde prête serment […] de participer activement à la campagne du coquelicot. Cela veut donc dire que chacun d’entre nous fait quelque chose, un petit geste ou un grand », a-t-il dit avant d’aborder la question de trouver suffisamment de membres et de bénévoles pour prêter main-forte à son district cette année. C’est un défi que nombre de gens se trouvant dans la salle doivent aussi relever.

Avant d’accepter son rapport, les délégués ont suggéré de modifier les limites des districts de la division pour s’assurer que les zones et les entreprises mal desservies ont accès aux coquelicots, ainsi que d’examiner la meilleure façon d’administrer le Fonds du coquelicot pour s’assurer que l’argent
profite aux anciens combattants.
M. Defazio a répondu qu’il enquêterait sur les problèmes, tandis que le président, M. Chevalier a assuré à l’auditoire que les limites étaient en cours de révision.

« Je vous suis reconnaissante, à vous les membres de la Légion royale canadienne, pour votre soutien permanent aux communautés du Nouveau-Brunswick. » 

[Michela Rosano/RL]

M. Harold Defazio (à gauche, au centre), nouvellement élu président de la direction du Nouveau-Brunswick, avec Jack MacIsaac, vice-président national (à droite) et Ed McMahon, premier vice-président de la filiale Kennebecasis (à gauche). [Michela Rosano/RL]

En tant que président du comité de la constitution et des lois, Steve Gourdeau, de la filiale Peninsula de Clifton Royal, a pris le micro pour résumer son mandat, rappelant aux délégués le processus de modification des règlements et suggérant qu’une liste de contrôle de la soumission des plaintes et des appels soit créée pour les filiales. M. Gourdeau a proposé plusieurs résolutions, qui ont été approuvées, notamment une pour établir un comité chargé d’étudier la redéfinition du district et une autre pour reconnaître les anciens combattants de la guerre du Golfe et ceux de la guerre en Afghanistan en tant que « vétérans de guerre ».

« Un ancien combattant, c’est un ancien combattant », a noté M. MacIsaac à propos de cette dernière résolution. Il a ajouté que la direction nationale était du même avis. Il a rappelé aux délégués que l’enjeu de la reconnaissance se nichait dans la législation fédérale et que le siège social national « faisait pression tous les jours ». Il a encouragé les membres à l’aider en mobilisant des décisionnaires politiques locaux.

Toujours à propos des anciens combattants, Mme Michelle Paquette a été présentée comme nouvelle officière d’entraide divisionnaire. Elle a pris le temps de saluer les participants et de faire l’éloge des réalisations de la Légion.

« Il y avait très peu de gens aux cénotaphes quand j’ai commencé en tant que cadette à jouer le “Dernier appel”. Le public n’était pas très impliqué dans les cérémonies du jour du Souvenir dans les années 1980. C’est vraiment grâce à la Légion que nous avons fait des progrès, et il y a maintenant un renouveau. C’est grâce à tout le monde d’ici. »

Mme Louise Imbeault,
lieutenante-gouverneure du N.-B., a prononcé quelques mots lourds de sens avant de se joindre à la procession de cornemuses bien suivie jusqu’au cénotaphe commun de Rothesay.

« Nous vivons dans un Canada pour lequel il vaut la peine de lutter. Vous le savez bien, en tant qu’anciens combattants, a-t-elle commencé. Je vous suis reconnaissante, à vous les membres de la Légion royale canadienne, pour votre soutien permanent aux communautés du Nouveau-Brunswick. Les filiales sont des lieux de rencontre et de bénévolat pendant d’innombrables heures, recueillent des fonds pour des projets communautaires et, bien sûr, offrent un large éventail de services aux anciens combattants, aux membres en service actif et à leurs familles. »

Les élections ont eu lieu le second jour. M. Defazio a été acclamé président après que M. Chevalier avait refusé sa candidature. M. Ron Bourque, de la filiale Durham de Belledune, et Mme Géraldine Lefebvre, de la filiale Oromocto, ont été nommés candidats au poste de premier vice-président; M. Bourque a été élu. Mme Lefebvre s’est ensuite portée candidate à celui de deuxième vice-président avec Jean Stevens, de la filiale Lancaster de Saint John. C’est Mme Lefebvre qui l’a emporté. Mme Thea McEvoy, de la filiale Miramichi, a été élue à un autre mandat de trésorière par acclamation. MM. Gourdeau et Clayton Saunders, de la filiale Petitcodiac, et Daryl Alward, de la filiale Marysville de Fredericton, ont été candidats au poste de président; M. Gourdeau a été élu.

« Je vous remercie tous de me faire confiance pour faire aller cette division de l’avant, a conclu M. Defazio après avoir été élu. Beaucoup de questions ont été posées par l’assistance, auxquelles je vais essayer d’obtenir des répon-ses. Il y aura de la transparence ici. Et c’est avec plaisir que je vais me mettre à votre service à tous. »

Où le Canada se souvient

Le Monument commémoratif de guerre du Canada accueille sa 85e cérémonie annuelle en hommage au sacrifice de militaires

Le commandant canadien

Le rôle déterminant de Thomas-Louis Tremblay pour prouver l’engagement des Canadiens français lors de la Première Guerre mondiale

L’art De se Rèinventer

Alors, c’est comment? Les fidèles lecteurs de la revue Légion ont peut-être déjà remarqué des changements. Le périodique fête son centenaire cette année et, avec cette grande étape, il actualise son style et son contenu. Cette page-ci, où les rédacteurs partagent habituellement leurs perspectives, change exceptionnellement de cap dans ce numéro pour évoquer l’évènement.

J’aimerais donc m’y exprimer à titre personnel en tant que rédacteur de la revue. J’ai la chance incroyable de faire carrière depuis presque trente ans dans l’industrie capricieuse de la publication au Canada. J’ai travaillé pour quatre publications nationales, grandes et petites, et je suis très fier qu’elles existent toujours, surtout face aux difficultés auxquelles est confronté le journalisme ces jours-ci, et notamment les revues.

J’ai également célébré des anniversaires importants à chacune d’entre elles, mais jamais un centenaire : 100 ans, voilà un jalon exceptionnel! Peu
de publications canadiennes peuvent se targuer d’une telle longévité, et encore moins de se porter si bien (la diffusion de Légion ne cesse de croitre).

Ce qui a commencé comme The Legionary en mai 1926 en tant qu’« Organe officiel de la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique », est devenu la revue Légion (en 1969), dédiée à l’histoire militaire du Canada. Naturellement, bien que certaines choses aient changé, nombreux sont les éléments de base qui perdurent, dont, le plus important peut-être, la couverture des enjeux épineux auxquels sont confrontés les anciens combattants.

Même un magazine d’histoire doit savoir entretenir sa flamme.

Et cela continuera, à l’image de tout le travail exceptionnel que poursuit la publication. La refonte est notre hommage à sa pérennité. Ce numéro anniversaire ne sera pas un exercice d’autocélébration. Attendez-vous plutôt à un livre où seront rassemblés d’excellents articles sur la Première Guerre mondiale tirés de nos archives.

L’évolution de la revue est aussi passionnante que légitime. Le dernier changement important apporté à la conception et au contenu de la Légion était en 2016. Même un magazine d’histoire doit savoir entretenir sa flamme.

Ainsi, vos rubriques et sections préférées restent, mais elles font peau neuve, et certaines changent de place dans la revue. Vous trouverez toujours les messages du renommé historien J.L. Granatstein (« The Historian », anciennement

« Canada and the New Cold War ») à la fin; c’est là que vous lirez toutes les rubriques, notamment « Front Lines » de l’écrivain estimé Stephen J. Thorne (absent dans le présent numéro, car en congé). La section « On This Date », l’une des préférées de nos lecteurs garde sa place vers le début, où elle est rejointe par les piliers « Heroes and Villains », « Artifact » et « Humour Hunt ».

De nouveaux ajouts font leur entrée : un entretien à questions-réponses (« The Briefing ») du rédacteur attitré Alex Bowers, une section d’infographie (« The Visual »),

une section d’opinions d’auteur invité (« On Watch »), une section de dernière page percutante (« Exit Strategy ») et plus.

Bien sûr, l’article vedette restera aussi captivant que toujours, avec un éventail d’histoires sur le Canada en conflit de la période d’avant la confédération à nos jours.

J’espère également que vous, lecteur, aurez l’esprit aussi ouvert que toujours et que vous nous ferez part de votre opinion sur les changements. L’équipe de la revue Légion est ravie du travail présenté dans ces pages. Nous félicitons la graphiste principale, Sophie Jalbert, pour ses efforts inlassables de redynamisation du style visuel, sous la direction de la directrice artistique Jennifer McGill.

C’est un honneur de veiller sur une marque médiatique centenaire et de continuer à la faire vibrer avec la même vitalité.

Puissance de feu

Un travailleur à l’Arsenal fédéral de Québec lors de la Première Guerre mondiale (en regard, en haut) [J. A. Millar/Wikimedia]

Le Canada fabrique ses propres munitions à l’Arsenal fédéral de Québec

L’Arsenal fédéral de Québec, où furent produites de grandes quantités d’armes légères et de munitions d’artillerie pour les forces canadiennes ainsi que pour celles des Alliés, compta parmi les usines les plus importantes du Canada durant les deux guerres mondiales.

D’autres fabriques furent construites lors de la Seconde Guerre mondiale, dont l’arsenal de Saint-Malo (ci-contre) [M04-N021565/Ville de Québec]

Le gouvernement fédéral avait autorisé la création de l’Arsenal fédéral pour assurer un approvisionnement interne en munitions en 1879, puisque l’approvisionnement en cartouches pour les fusils Snider, en provenance de la Grande-Bretagne, s’avérait difficile pour le modeste établissement militaire du pays.

L’Arsenal fut créé sous la direction du ministère de la Milice et de la Défense en 1881. Il était situé sur la côte du Palais, à l’intérieur des fortifications du Vieux-Québec, près de la porte Saint-Jean. Les Nouvelles-Casernes adjacentes, construites en 1749 pour abriter les troupes françaises à l’origine, mais réno-vées pour leur nouvel usage, lui furent adjointes peu après.

En 1882, après l’acquisition du matériel nécessaire en Grande-Bretagne, l’installation commença à produire des cartouches pour les fusils Snider en service avec l’armée, puis pour les fusils Martini-Henry.

Remplir les cartouches de poudre noire présentait un danger d’explosion. Pour réduire les risques, des ateliers furent construits en 1884 à proximité, sur les plaines d’Abraham. La fabrique, du nom de Cove Fields, ferma en 1938.

À partir de 1892, l’arsenal fut réorganisé pour produire principalement des munitions de calibre .303. À ce moment-là, le complexe comprenait une fonderie qui fabriquait des lingots de cuivre-nickel, un laminoir et plusieurs outils créés spécialement pour la fabrication de précision de douilles de cartouches, de balles en plomb et d’amorces à percussion. Entre 1895 et 1904, l’arsenal produisit près de 23 millions de cartouches

de .303, ainsi que 3,6 millions de cartouches à blanc.

La production de la fabrique pendant la Première Guerre mondiale culmina à quelque 8 millions de cartouches de .303 par mois, auxquels s’ajoutaient de nombreux obus d’artillerie, des douilles et divers composants. Au cours de ces années, la main-d’œuvre doubla pour atteindre quelque 900 personnes, parmi lesquelles figuraient des centaines de femmes, dont certaines occupaient des postes de vérificatrices de munitions.

La fin de la guerre entraina une réduction importante de la production et du nombre d’employés.

Au milieu des années 1930, Ottawa augmenta de nouveau le budget de la défense. L’Arsenal s’agrandit en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, par l’ajout, à Valcartier – à 35 kilomètres au nord-est – d’une usine de munitions d’une superficie d’un million de pieds carrés. Elle finit par employer plus de 7 000 personnes, qui produisirent environ 80 millions de cartouches par mois.

Une troisième usine fut ajoutée en 1940 pour satisfaire aux besoins urgents en munitions pour armes légères de l’armée. Un ancien atelier de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, à Saint-Malo, dans la banlieue ouest de Québec, fut agrandi à cette fin. Il employa plus de 4 000 personnes sur son million de pieds carrés. La même année, le ministère de la Défense céda la responsabilité de l’Arsenal au ministère des Munitions et des Approvisionnements nouvellement créé.

L’Arsenal devint le principal employeur de la région de Québec. Il employa jusqu’à 14 000 personnes, dont 2 000 aux installations de la côte du Palais. Environ 57 % des employés étaient des femmes, 95 % étaient canadiens-français et 80 % étaient originaires de la région.

« On nous a demandé de travailler aussi fort que possible, a raconté M. Louis-Philippe Lamontagne, employé à l’Arsenal entre 1930 et 1944. Nous travaillions pour l’effort de guerre, nous devions faire notre part aussi. »

H.E. Clive, ingénieur en chef de la Commission britannique d’achats pendant la guerre, déclara que l’usine était « la plus remarquable et la mieux équipée » qu’il eut jamais visitée.

Après la guerre, le gouvernement créa la Canadian Arsenals Ltd., une société d’État chargée de la gestion de l’ensemble de ces installations à l’échelle du pays. L’usine de Saint-Malo fut fermée et la majeure partie de la production fut concentrée à Valcartier. Les installations originales de la côte du Palais furent fermées en 1964. Aujourd’hui, le parc de l’Artillerie fait partie du lieu historique national du Canada des Fortifications-de-Québec.

« Nous travaillions pour l’effort de guerre, nous devions faire notre part aussi. »

Une affiche de la Seconde Guerre mondiale sur la production de munitions (en regard, en bas) [Surrey, Philip Henry Howard/MCG/19750317-222]