La guerre du Golfe

Les F-117 américains se préparent à se déployer en Arabie saoudite dans le cadre de la réponse américaine à l’invasion iraquienne du Koweït.
US Air Force

Saddam Hussein était en mauvaise posture. Toutefois, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même.

La guerre de 1980-1988 dans laquelle le président iraquien s’était lancé contre l’Iran avait vidé les caisses de son pays et l’avait lourdement endetté auprès de ses voisins, notamment le Koweït. Et lorsque Saddam Hussein exigea du Koweït et des autres États de la région du golfe Persique qu’ils effacent la dette, ils refusèrent.

Le Koweït avait décidé de désobéir, et cela attisa les tensions causées par un différend territorial de longue date, où le pays était accusé de voler le pétrole iraquien en forant en diagonale sous la frontière. Saddam Hussein décida donc d’envahir son petit voisin afin de mettre la main sur ses importantes réserves de pétrole.

Le 2 aout 1990, vers 2 h, plus de 100 000 soldats et 700 chars iraquiens franchirent la frontière du Koweït. La guerre du Golfe avait commencé.

Prêts à plonger dans l’action?

La leçon la plus importante de la guerre du Golfe pour les Canadiens fut peut-être l’incapacité de la marine, de l’aviation, de l’armée de terre et des services médicaux du pays à participer à une guerre sans préparation préalable.

Les navires de guerre et les hélicoptères maritimes du Canada eurent besoin d’importants travaux de
réarmement et ses esca-
drons de chasse devaient être renforcés avant de pouvoir y prendre part. Les unités médicales furent dépouillées de leurs médecins pour pourvoir en personnel les hôpitaux de campagne déployés. Et le 4e Groupe-brigade mécanisé du Canada, la brigade du pays basée en Allemagne, qui était aux premières lignes de l’OTAN depuis le début des années 1950, où elle se tenait prête à atténuer une éventuelle avancée soviétique, fut estimée incapable de participer sans des mises à niveau couteuses et fastidieuses.

Les 20 000 membres des forces armées koweïtiennes luttèrent vaillamment, mais ne résistèrent qu’environ 14 heures, bien que quelques soldats aient poursuivi le combat pendant les 36 heures suivantes. Le bilan? La mort de quelque 4 200 Koweïtiens.

Le palais de Dasman, résidence de l’émir Jabir al-Ahmad al-Jabir al-Sabah, tomba au bout de plusieurs heures de combat musclé au corps à corps. Le souverain du Koweït, son cabinet et les principaux membres de sa famille s’enfuirent en Arabie saoudite où ils établirent un gouvernement en exil.

Environ 350 000 réfugiés les y rejoignirent. Heureusement, le mi-nistre koweïtien des Finances réussit à prendre le contrôle de quelque 100 milliards de $ étasuniens d’actifs à l’étranger, sur lesquels Saddam Hussein ne put faire main basse.

La condamnation internationale ne se fit pas attendre, y compris de la part d’autres États à prédominance arabe. Avec cette attaque de Saddam Hussein, c’était la première fois dans l’histoire moderne qu’une nation arabe en envahissait une autre.

Le 2 aout, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopta à l’unanimité une résolution dénonçant l’invasion par l’Iraq et exigeant son retrait du pays. Quatre jours plus tard, l’ONU interdit tout commerce avec l’Iraq.

Les navires de guerre canadiens Athabaskan, Protecteur et Terra Nova effectuent un réapprovisionnement dans le golfe Persique en septembre 1990.
MDN

Malgré les sanctions, on craignait que l’Iraq n’envahisse également l’Arabie saoudite, ce qui auraite contrôle de plus de 65 % des réserves de pétrole avérées du monde. Le roi Fahd d’Arabie saoudite demanda donc aux États-Unis d’envoyer des soldats dans son pays. Le 7 aout, le président américain George H.W. Bush lança l’opération Desert Shield pour décourager toute nouvelle agression iraquienne. Pendant ce temps, Saddam Hussein avait porté sa force d’occupation au Koweït à quelque 300 000 soldats.

Un ravitaillement en carburant d’un CF-18 pendant le conflit, par l’artiste Ted Zuber.
Ted Zuber/MCG/19960062-008

Le regroupement des forces d’une coalition sous les Américains commença le 7 aout. À l’époque, le Canada occupait un siège très prisé au Conseil de sécurité des Nations Unies et on prévoyait que le pays endosserait un rôle de maintien de la paix une fois les hostilités terminées. À la même époque, le président Bush invita le premier ministre Brian Mulroney à la Maison-Blanche pour lui montrer les données brutes de la CIA sur le Koweït. Ce qu’il vit l’inquiéta.

M. Mulroney dit à M. Bush que les États-Unis devaient d’abord obtenir du Conseil de sécurité de l’ONU qu’il autorise le recours à la force pour s’assurer que d’autres pays soutiendraient cette initiative. Chose faite, une coalition militaire de 35 pays fut créée, dont plusieurs pays arabes. C’était la plus grande alliance de ce type depuis la Seconde Guerre mondiale. Ses membres ne fournirent pas tous des ressources militaires; certains imposèrent des sanctions économiques ou mirent un terme à l’aide qu’ils apportaient à l’Iraq.

Le 12 aout, les navires de la coalition lancèrent un blocus naval de l’Iraq.

M. Mulroney annonça que les Forces canadiennes soutiendraient l’alliance. Le Canada prendrait part au blocus avec les contretorpilleurs Terra Nova et Athabaskan et le ravitailleur Protecteur. Une intense activité s’ensuivit à Halifax pour préparer les navires à l’opération.

Les dirigeants de la Marine savaient que le rôle traditionnel de la Marine — soit la lutte anti-sous-marine en haute mer dans l’Atlantique Nord — serait complètement bouleversé dans le golfe Persique. Là-bas, la Marine devrait se préparer à mener des opérations de combat anti-surface et anti-aérien dans des eaux tropicales restreintes.

Cela voulait dire que les navires avaient besoin de nouveau matériel pour contrer toute menace. Heureusement, une grande partie de cet équipement était déjà stocké pour les frégates de la classe Halifax qui étaient en construction et pour le programme de modernisation et de mise à jour des destroyers de la classe Tribal. L’armement anti-sous-marin fit place au nouvel équipement.

Des systèmes d’armes de combat rapproché Phalanx, des distributeurs de paillettes de brouillage et des suites électroni-ques furent installés. Ces dernières étaient peut-être celles qui avaient le plus d’importance, car le système BRAHMS britannique sécurisait la communication avec les marines britannique, australienne et néerlandaise, tandis qu’un autre système, précédemment installé, communiquait avec la marine américaine. Aucune autre marine ne possédait cette capacité.

En plus de la nouvelle techno-logie, chaque navire transportait un détachement de la 119e batterie de défense aérienne de l’armée, équipée de missiles antiaériens basse altitude Javelin acquis récemment. Un ancien système d’armes fut également installé : des canons antiaériens à commande manuelle Bofors de 40 mm qui dataient de la Seconde Guerre mondiale et prenaient la poussière dans les stocks depuis les années 1980.

Cinq hélicoptères CH-124 Sea King du 423e Escadron d’hélicoptères anti-sous-marins étaient également à bord de la flottille. Onze installations ou mises à niveau de systèmes les avaient préparés au golfe, notamment des infrarouges tournés vers l’avant, des systèmes de géolocalisation et des disposi-tifs de détection de la menace.

« C’était bel et bien une guerre », malgré le refus du gouvernement canadien de la classer comme telle.

Un rééquipement qui aurait pris 18 mois en temps de paix avait été achevé en quelques jours seulement.

Sous les ordres du commodore Ken Summers, la force opérationnelle quitta Halifax en direction du golfe le 24 aout. Les navires se livrèrent à plusieurs exercices de formation en chemin. Ils arrivèrent à Bahreïn le 27 septembre.

Le commodore Summers avait décidé que le meilleur endroit d’où ses navires pourraient mener à bien leur mission était au centre du golfe Persique, au nord-est de Bahreïn, lieu de la zone arrière la plus sure de la mer d’Arabie. Quatre jours plus tard, le 1er octobre, le Terra Nova et l’Athabaskan entamèrent les opérations d’interception et d’inspection. Ils en menèrent plus de 100 au cours de la première semaine.

Le 14 septembre, alors que les navires étaient en route vers le golfe, M. Mulroney annonça une contribution supplémentaire à la coalition. Le Canada enverrait un escadron d’avions de chasse CF-18 Hornet qui servirait de couverture aérienne pour les bâtiments de guerre canadiens et pourrait intercepter ceux de l’armée de l’air iraquienne hors de l’espace aérien de l’Iraq.

Avec cela, le commodore Summers reçut l’ordre de débarquer à Manamah, au Bahreïn, pour commander le tout premier quartier général interarmées déployé par le Canada. Le capitaine Duncan Miller prit alors le commandement de la force opérationnelle navale.

Au cours des deux mois qui suivirent, les trois navires canadiens effectuèrent plus du quart des inspections de cargaisons et de navires soupçonnés de tenter de forcer le blocus de la coalition, bien qu’ils n’aient représenté que 10 % des for-ces navales qui y étaient assignées.

Dans les airs, les Hornet provenaient du 409e Escadron d’appui tactique de la base canadienne de Baden-Soellingen, en Allemagne. Pour fournir un escdron de 16 CF-18 fonctionnels, les Hornet supplémentaires et le personnel attaché au 409e Escadron venaient des 421e et 439e escadrons de chasse tactique, également basés à Baden-Soellingen.

Joyeux Halloween!

Lorsque le cultivateur Howard Dill de Windsor, en Nouvelle-Écosse, offrit à la marine une citrouille de 350 livres pour les marins du golfe Persique, il fut rapidement pris au mot. Les cuistots du NCSM Protecteur la sculptèrent joliment, puis elle fut chargée dans un Sea King et illuminée par chimioluminescence. Elle fut ensuite transportée lors d’un « vol d’entrainement » autour des navires de la coalition dans le golfe central pour le plus grand plaisir de leurs équipages. Le capitaine canadien Duncan Miller qui supervisait la force opérationnelle navale reçut plusieurs messages disant peu ou prou « Vous êtes fous, les Canadiens! »

Un escadron des Forces canadiennes comprenant les 416e et 439e escadrons, collectivement appelés Desert Cats en raison des félins sur leurs insignes respectifs, fut déployé dans le golfe Persique à la fin de 1990.
ARC

Les forces aériennes comptaient quelques Hercules du 436e Escadron de transport et un Boeing CC-137 du 437e Escadron de transport pour transporter les fournitures que le Canada envoya en Allemagne entre le 20 et le 24 septembre. Le déploiement de l’armée de l’air au Moyen-Orient commença le 4 octobre, et le dernier des Hornet arriva le 12 octobre. Ils lancèrent leurs patrouilles aériennes de combat deux jours après.

Les Hornet utilisaient des aérodromes à Doha, au Qatar, surnommés Canada Dry 1 et Canada Dry 2. Ils furent rejoints par un Boeing 707 de ravitaillement aérien, tandis que le soutien sur le théâtre des opérations était fourni par le 1er Escadron de maintenance (Air) de Baden-Soellingen. Les avions de combat surveillaient les lignes de la coalition pour intercepter les avions iraquiens qui s’en approchaient trop et fournissaient parfois une couverture aérienne aux navires de la coalition.

La sécurité à Doha était initialement assurée par 118 soldats de la compagnie « M » du 3e bataillon du Royal Canadian Regiment de Baden-Soellingen. La compagnie construisit des positions de défense et des postes d’observation et érigea

des clôtures. Le Canada expédia des véhicules de transport de troupes blindés Grizzly pour faciliter les patrouilles et les contrôles de sécurité de nuit.

En novembre, l’ONU donna à l’Iraq jusqu’au 15 janvier 1991 pour retirer ses troupes et autorisa tous les moyens nécessaires pour faire respecter ledit retrait. Le mois suivant, des soldats de la compagnie « C » du 1er bataillon du Royal 22e régiment basé à Lahr, en Allemagne, remplacèrent le Royal Canadian à Doha. (Après le début de la bataille terrestre, ils gardèrent également des prisonniers de guerre iraquiens.)

Le 409e Escadron fut remplacé plus tard cette année-là par un nouvel escadron composé d’escadrons d’appui tactique du 416e et du 439e de Cold Lake, en Alberta, et de Baden-Soellingen. Les 24 Hornet de l’unité combinée furent vite surnommés « Desert Cats » d’après les félins sur leurs insignes d’escadron respectifs.

L’opération Broadsword était un plan de contingence de l’armée canadienne visant à envoyer un groupe-brigade indépendant rejoindre les forces terrestres de la coalition, au cas où il aurait été nécessaire de libérer le Koweït. Il était principalement constitué du 4e Groupe-brigade mécanisé du Canada (4 GBMC) provenant d’Allemagne, avec des renforts substantiels du pays.

Un troisième bataillon d’infanterie mécanisée et un quatrième escadron de chars devaient être en renfort. Un examen de la faisabilité de ce déploiement fut achevé le 13 novembre. Il mettait en évidence plusieurs problèmes qui minaient l’armée depuis les années 1970, notamment des enjeux liés à la logistique et au soutien médical, ainsi que des difficultés à soutenir la mission jusqu’à sa bonne fin. Ces dernières portaient sur l’emploi de réservistes de l’armée.

Si la brigade était maintenue sur le théâtre des opérations pendant plus de six mois, il faudrait faire appel à des miliciens. Toutefois, sans législation sur la protection de l’emploi qui garantirait leur emploi dans le civil après la guerre, les réservistes ne s’engageraient pas dans l’opération.

Bien qu’il semble que les
États-Unis aient par la suite demandé à l’armée canadienne de parti-ciper à la libération du Koweït, l’examen des capacités pour ce faire indiqua qu’il faudrait augmenter l’équipement et les capacités.

L’opération Broadsword sembla rester en suspens jusqu’à la mi-janvier 1991, lorsque le ministre de la Défense, Bill McKnight, informa les médias que le Canada n’avait pas l’intention d’envoyer une brigade au golfe. Or, il était alors trop tard, car la phase suivante de la guerre du Golfe était sur le point de commencer.

L’Iraq fit fi de la date butoir imposée par l’ONU pour le retrait de ses forces du Koweït. La coalition lança donc une vaste campagne aérienne le 16 janvier dans le cadre de l’opération Tempête du désert.

Au début, les Desert Cats du Canada effectuaient des patrouilles de combat, surtout au-dessus du golfe pour protéger les navires de la coalition contre les avions et les vedettes rapides de l’Iraq. (Cf. « Heroes and Villains », page 22.) La zone de leurs patrouilles se trouvait

Ted Zuber, artiste, dépeint la base aérienne canadienne de Doha, au Qatar.
Ted Zuber/MCG/19960062-006

à environ 500 kilomètres des bases aériennes de Doha.

Tableau d’honneur

La guerre du Golfe donna lieu au premier honneur de bataille du Canada depuis la guerre de Corée, et à son premier honneur bilingue. Gulf and Koweït/Golfe et Koweït fut décerné aux NCSM Terra Nova, Athabaskan et Protecteur, ainsi qu’au 439e escadron d’appui tactique et au 423e escadron d’hélicoptères anti-sous-marins. Pour le rôle qu’il joua en tant que renfort substantiel du 439e Escadron grâce à ses avions et à ses pilotes, le 416e Escadron obtint la reconnaissance en tant que distinction honorifique, tout comme le 437e Escadron de transport.

 

 

Un avion de transport CC-137 à la tête de quelques CF-18 au-dessus d’Ottawa à leur retour de la guerre du Golfe, en février 1991 (ci-dessus)
Norm Marion/ARC

Le Canada décerna la Médaille du Golfe et du Koweït à ceux qui avaient été déployés au golfe ou qui y avaient soutenu les opérations pour récompenser les militaires individuellement. La médaille fut décernée aux employés pendant la phase de montée en puissance, tandis qu’une barre fut ajoutée pour ceux qui avaient été déployés pendant la guerre elle-même. À la fin décembre 2024, 4 459 médailles et 3 207 barres avaient été décernées.

Le Koweït et l’Arabie saoudite décernèrent également des médailles pour la libération du Koweït. Bien que les soldats canadiens puissent accepter ces médailles, ils ne sont pas autorisés à les porter sur l’uniforme, car seule la médaille canadienne l’est.

Les Canadiens commencèrent à effectuer des missions d’escorte aérienne une semaine après le début de la guerre. Il s’agissait de mener de gros groupes de chasseurs-bombardiers vers leurs cibles en Iraq et de repousser tout avion iraquien qui les attaquerait.

Par ailleurs, au début de la Tempête du désert, le Canada annonça qu’il fournirait un hôpital de campagne de la base des Forces canadiennes Petawawa, au lieu de quatre GBMC. L’hôpital devait accueillir le grand nombre prévu de victimes de la phase d’assaut terrestre.

Selon un rapport du ministère de la Défense et des Forces canadiennes intitulé « The Total Force Experiment » (L’expérience force totale, NDT), l’état du système médical des Forces canadiennes faisait en sorte qu’on ne comptait que neuf chirurgiens et neuf anesthésistes dans l’ensemble des FC. Les ambulances de campagne de la milice demandèrent des volontaires, mais en vain, principalement en raison du manque de législation sur la protection de l’emploi à l’époque. Le rapport poursuit en expliquant que l’ensemble des FC avait été dépouillé de tous ses médecins pendant la durée du conflit afin que l’hôpital de campagne puisse être opérationnel.

Dans le cadre de l’opération Scalpel, 530 membres du personnel établirent l’hôpital près de la frontière koweïtienne, au nord-est de l’Arabie saoudite. Il devint pleinement opérationnel le 25 février et fut attaché à l’armée britannique derrière la première division blindée du Royaume-Uni. Au final, les pertes anticipées ne se sont jamais concrétisées, mais l’hôpital traita à la fois des blessés de la coalition et des blessés iraquiens. Il fut fermé le 4 mars, peu de temps après la fin des combats.

Le rôle des navires canadiens changea au début de la Tempête du désert. Le capitaine Miller reçut le contrôle tactique du service logistique de la coalition (SLC), le seul officier de marine non américain à qui fut attribuée une responsabilité de commandant de guerre. Les quelque 60 navires multinationaux du SLC, qui opéraient dans une zone surnommée le Palais des pachydermes, coordonnaient le réapprovision-nement des navires de combat de première ligne en carburant, munitions et pièces de rechange.

Les navires canadiens effectuaient plusieurs tâches. Par exemple, lorsque le cuirassé USS Princeton heurta deux mines au large du Koweït, l’Athabaskan, équipé d’un sonar d’évitement de mines, l’escorta jusqu’à un lieu de refuge. Le Protecteur, qui fut l’un des navires de soutien opérationnel les plus occupés, effectua le réapprovision-nement de 70 navires de 10 pays. Quant au Terra Nova, il accomplit plus de missions d’escorte que tout autre navire militaire de la coalition dans le détroit d’Ormuz.

Le capitaine Miller écrivit The Persian Excursion : The Canadian Navy in the Gulf War (L’excursion perse : La Marine canadienne à la guerre du Golfe) après la guerre, en collaboration avec Sharon Hobson, correspondante militaire. Vice-amiral alors à la retraite, il estimait que la guerre avait ouvert la voie à de nombreuses méthodes que la marine utilise

de nos jours. « Et, dit-il, c’était bel et bien une guerre », malgré le refus du gouvernement canadien de la classer comme telle.

Revenons à la fin février. Alors que la coalition se préparait à l’offensive terrestre, les Desert Cats endossèrent un nouveau rôle : le bombardement de l’armée iraquienne. Pour cette mission, il fallait retirer deux réservoirs de carburant de l’avion et réduire le nombre de missiles à bord afin de pouvoir transporter des bombes de 8 500 livres.

Les Hornet canadiens en larguèrent pour plus de 100 tonnes au cours de l’offensive terrestre qui dura du 24 au 28 février 1991. C’était la première fois depuis la guerre de Corée que des pilotes canadiens participaient à des attaques air-sol.

L’offensive terrestre de la coalition fut rapide. Elle s’acheva par un cessez-le-feu dont l’Iraq accepta les termes le 3 mars.

Il convient de noter qu’en plus des unités aériennes, navales et médicales canadiennes concernées, environ 40 membres des Forces armées canadiennes avaient servi dans le cadre de missions d’échange avec des unités britanniques, américaines et françaises participant au conflit.

Des civils canadiens jouèrent également un rôle important au Koweït après la guerre. Plusieurs prirent part à l’extinction d’incendies de pétrole déclenchés par les forces iraquiennes pendant leur retrait. Plus de 600 puits de pétrole avaient été incendiés dans le but de ralentir l’avancée des Alliés et de détruire l’infrastructure pétrolière du Koweït. La société Safety Boss de Calgary colmata un grand nombre de puits de pétrole et éteignit le dernier incendie en novembre 1991.

Les FAC continuèrent également de fournir des troupes dans la région pendant encore 10 ans dans le cadre de la Mission d’observation des Nations Unies pour l’Iraq et le Koweït. Son objectif était de surveiller la zone frontalière démilitarisée, de dissuader les violations frontalières et de signaler les actions hostiles.

La guerre du Golfe a marqué la première participation de femmes au combat dans les Forces canadiennes.
MDN

Environ 4 500 membres des FAC servirent lors de la guerre du Golfe; aucun ne fut tué au combat.

La plus grande contribution canadienne après la guerre vint des sapeurs de combat. Ils se virent confier plusieurs tâches entre avril 1991 et mars 1993, mais leur travail principal était le déminage et l’élimination des munitions non explosées. Le Canada fournit également cinq observateurs à la mission des Nations Unies et sa marine fournit un navire de guerre de manière irrégulière pour servir au maintien de l’embargo des Nations Unies contre l’Iraq.

La mission de l’ONU prit fin en mars 2003, lorsque l’organisation ordonna aux observateurs de quitter le pays en raison de risques pour la sécurité. La guerre d’Iraq commença après.

Environ 4 500 membres des FAC servirent lors de la guerre du Golfe; aucun ne fut tué au combat. C’était aussi la première fois que des Canadiennes avaient des rôles actifs au combat. Peu après la fin de la guerre, plusieurs vétérans du conflit, du Canada ou d’ailleurs, se plaignirent d’une maladie chronique à laquelle les médias donnèrent le nom de « syndrome de la guerre du Golfe ». Elle se caractérisait par un large éventail de symptômes inexpliqués, comme de la fatigue, des douleurs musculaires, des problèmes cognitifs et des problèmes gastro-intestinaux.

La cause exacte demeure inconnue et ne peut être expliquée par les diagnostics médicaux et psychiatriques standard. Selon des études effectuées dans nombre de pays, elle pourrait se cacher derrière l’exposition à divers éléments, tels que des agents de guerre chimique, des pesticides et autres facteurs environnementaux. Bien que la recherche sur les causes se poursuive, la plupart des travaux se concentrent maintenant sur le soutien général à la santé des vétérans du conflit.

Le Canada n’a pas officiellement déclaré la guerre à l’Iraq pendant les combats. Il a toutefois approuvé la création d’un honneur de bataille pour elle, et les sites Web du gouvernement, tels que ceux du ministère de la Défense et d’Anciens Combattants Canada, font référence à la « guerre du Golfe ». Pourtant, d’anciens combattants ont fait pression sur les gouvernements successifs afin qu’ils reclassent l’opération contre l’Iraq comme étant entre une « zone de service spécial » et un « service en temps de guerre ». Un tel changement aurait de grandes conséquen-ces symboliques et pratiques pour la reconnaissance des anciens combattants et leurs prestations.

Il convient de noter qu’il a fallu attendre la fin des années 1980 pour que le gouvernement reclasse le conflit coréen de 1950-53, longtemps connu sous le nom de guerre oubliée, en guerre de Corée.

Que le Canada n’oublie pas ses guerriers du golfe Persique.

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