Le Canada fabrique ses propres munitions à l’Arsenal fédéral de Québec
L’Arsenal fédéral de Québec, où furent produites de grandes quantités d’armes légères et de munitions d’artillerie pour les forces canadiennes ainsi que pour celles des Alliés, compta parmi les usines les plus importantes du Canada durant les deux guerres mondiales.
Le gouvernement fédéral avait autorisé la création de l’Arsenal fédéral pour assurer un approvisionnement interne en munitions en 1879, puisque l’approvisionnement en cartouches pour les fusils Snider, en provenance de la Grande-Bretagne, s’avérait difficile pour le modeste établissement militaire du pays.
L’Arsenal fut créé sous la direction du ministère de la Milice et de la Défense en 1881. Il était situé sur la côte du Palais, à l’intérieur des fortifications du Vieux-Québec, près de la porte Saint-Jean. Les Nouvelles-Casernes adjacentes, construites en 1749 pour abriter les troupes françaises à l’origine, mais réno-vées pour leur nouvel usage, lui furent adjointes peu après.
En 1882, après l’acquisition du matériel nécessaire en Grande-Bretagne, l’installation commença à produire des cartouches pour les fusils Snider en service avec l’armée, puis pour les fusils Martini-Henry.
Remplir les cartouches de poudre noire présentait un danger d’explosion. Pour réduire les risques, des ateliers furent construits en 1884 à proximité, sur les plaines d’Abraham. La fabrique, du nom de Cove Fields, ferma en 1938.
À partir de 1892, l’arsenal fut réorganisé pour produire principalement des munitions de calibre .303. À ce moment-là, le complexe comprenait une fonderie qui fabriquait des lingots de cuivre-nickel, un laminoir et plusieurs outils créés spécialement pour la fabrication de précision de douilles de cartouches, de balles en plomb et d’amorces à percussion. Entre 1895 et 1904, l’arsenal produisit près de 23 millions de cartouches
de .303, ainsi que 3,6 millions de cartouches à blanc.
La production de la fabrique pendant la Première Guerre mondiale culmina à quelque 8 millions de cartouches de .303 par mois, auxquels s’ajoutaient de nombreux obus d’artillerie, des douilles et divers composants. Au cours de ces années, la main-d’œuvre doubla pour atteindre quelque 900 personnes, parmi lesquelles figuraient des centaines de femmes, dont certaines occupaient des postes de vérificatrices de munitions.
La fin de la guerre entraina une réduction importante de la production et du nombre d’employés.
Au milieu des années 1930, Ottawa augmenta de nouveau le budget de la défense. L’Arsenal s’agrandit en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, par l’ajout, à Valcartier – à 35 kilomètres au nord-est – d’une usine de munitions d’une superficie d’un million de pieds carrés. Elle finit par employer plus de 7 000 personnes, qui produisirent environ 80 millions de cartouches par mois.
Une troisième usine fut ajoutée en 1940 pour satisfaire aux besoins urgents en munitions pour armes légères de l’armée. Un ancien atelier de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, à Saint-Malo, dans la banlieue ouest de Québec, fut agrandi à cette fin. Il employa plus de 4 000 personnes sur son million de pieds carrés. La même année, le ministère de la Défense céda la responsabilité de l’Arsenal au ministère des Munitions et des Approvisionnements nouvellement créé.
L’Arsenal devint le principal employeur de la région de Québec. Il employa jusqu’à 14 000 personnes, dont 2 000 aux installations de la côte du Palais. Environ 57 % des employés étaient des femmes, 95 % étaient canadiens-français et 80 % étaient originaires de la région.
« On nous a demandé de travailler aussi fort que possible, a raconté M. Louis-Philippe Lamontagne, employé à l’Arsenal entre 1930 et 1944. Nous travaillions pour l’effort de guerre, nous devions faire notre part aussi. »
H.E. Clive, ingénieur en chef de la Commission britannique d’achats pendant la guerre, déclara que l’usine était « la plus remarquable et la mieux équipée » qu’il eut jamais visitée.
Après la guerre, le gouvernement créa la Canadian Arsenals Ltd., une société d’État chargée de la gestion de l’ensemble de ces installations à l’échelle du pays. L’usine de Saint-Malo fut fermée et la majeure partie de la production fut concentrée à Valcartier. Les installations originales de la côte du Palais furent fermées en 1964. Aujourd’hui, le parc de l’Artillerie fait partie du lieu historique national du Canada des Fortifications-de-Québec.
« Nous travaillions pour l’effort de guerre, nous devions faire notre part aussi. »

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