Où le Canada se souvient

An RCMP Black Hawk helicopter conducts a flypast at the 2025 National Remembrance Day ceremony.
Melody Maloney/Metropolis Studio (2)
En dehors de la colline du Parlement, le Monument commémoratif national de guerre est peut-être le lieu le plus symbolique des rassemblements de Canadiens. Depuis 1940, des milliers de personnes affluent chaque année au cénotaphe du pays, appelé « La Réponse », pour rendre hommage aux personnes qui ont porté ou qui portent l’uniforme au service du Canada.

Incidemment, il y a 100 ans, en février 1925, on sollicitait pour la première fois des pro-positions de conception pour le monument, avec un budget de 100 000 $. L’hommage devait évoquer « l’image de l’héroïsme, de l’abnégation, de toute la noblesse et la grandeur d’âme manifestées par ceux qui sont morts durant la Grande Guerre, et enfin des services rendus par ces hommes et ces femmes qui étaient allés outre-mer  ».

Le mémorial fut inauguré de nouveau en 1982, à la demande de la Légion royale canadienne, pour reconnaitre officiellement les personnes qui avaient combattu lors de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Et il y a un quart de siècle, le Tombeau du Soldat inconnu fut ajouté au monument, également à la suite de démarches de la LRC.

Très pertinemment, l’organisation nationale des anciens combattants gère désormais le service du jour du Souvenir à Ottawa. Et, une fois encore, des milliers de personnes se sont rassemblées pour l’évènement de 2025 autour du Monument commémoratif de guerre du Canada – cette fois-ci, saupoudré de neige, sous un ciel couvert et par des températures juste au-dessous de zéro –, comme c’est le cas depuis 85 ans, le onzième jour du onzième mois, à l’approche de la onzième heure.

La cérémonie a commencé  peu après 10 h, lorsque six sentinelles ont pris position autour du monument. Il s’agissait du sergent Kevin Deng du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, du matelot de première classe Christian Campbell de la Marine royale canadienne, du caporal-chef Benton Wong de l’Aviation royale du Canada, de l’adjudant Jason James du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada, du sergent-chef de la GRC Roch Lizotte et du capitaine Mariel Justice du 1er Hôpital de campagne du Canada. Ils ont été rejoints par Lindy Georgekish, caporal-chef des Rangers canadiens, qui a pris place près du Tombeau du Soldat inconnu en tenant
le bâton à exploits des Forces armées canadiennes.

Quelques instants plus tard, des anciens combattants et des membres des Forces armées canadiennes et de la GRC ont défilé jusqu’au lieu.

Des anciens combattants et des jeunes se sont rassemblés par milliers en un jour frais d’Ottawa, au Monument national de guerre.
Courtesy The Royal Canadian Legion
Des anciens combattants et des jeunes se sont rassemblés par milliers en un jour frais d’Ottawa, au Monument national de guerre.
Courtesy The Royal Canadian Legion
Le directeur général de la Direction nationale de la Légion royale canadienne, Randy Hayley escortela Mère de la Croix du Souvenir (argent), Nancy Payne.
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)
Le grand président de la LRC, Larry Murray récite l’Acte du Souvenir en Français
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)

Les invités spéciaux sont arrivés vers 10 h 30, dont le premier ministre, Mark Carney; Raymonde Gagné, présidente du Sénat; Jill McKnight, ministre des Anciens Combattants; la générale Jennie Carignan, cheffe de la défense, et quatre adolescents lauréats des concours littéraires et d’affiches de la Fondation nationale Légion qui représentaient les jeunes du pays. M. Richard Wagner, juge en chef du Canada et adjoint de la gouverneure générale, était sur place pour représenter cette dernière. Mme Mary Simon, malade, était absente. Tous ont été accueillis par Berkley Lawrence, président national de la LRC, et Randy Hayley, directeur général de l’organisation.

Mme Nancy Payne de Lansdowne, en Ontario, Mère de la Croix d’argent nationale 2025, est également arrivée avec les sommités. Le fils de Mme Payne, le caporal Randy Joseph Payne, a servi dans la 1re Compagnie de police militaire de garnison de l’Armée canadienne basée à Wainwright, en Alberta. Il a été tué en Afghanistan le 22 avril 2006, lorsque son véhicule militaire a été touché par une bombe sur le bord de la route alors qu’il faisait partie d’une équipe de protection rapprochée.

Cette année, la cérémonie célébrait le 80e anniversaire de la libération des Pays-Bas et de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le 25e anniversaire du Tombeau du Soldat inconnu.

Le Chœur d’enfants d’Ottawa, accompagné de membres de la Musique centrale des Forces armées canadiennes, a entonné Ô Canada, donnant le coup d’envoi de la cérémonie, puis a suivi Dernier appel, au clairon du sergent Christoper Gerdei. Les deux minutes de silence qui ont été observées ensuite ont été brisées par la première salve de 21 coups de canon, tirée par le 30e Régiment de campagne de l’Artillerie royale du Canada, avant que le caporal Nathan Plante ne joue l’Élégie. Le sergent Gerdei a joué le Réveil avant la récitation des trois versions de l’Acte du Souvenir : la première en anglais par M. Lawrence, la deuxième en français par Larry Murray, grand président de la RCL, et la troisième en inuktitut par Titus Allooloo, sergent des Rangers.

L’aumônière générale des Forces canadiennes, la colonelle Lisa Pacarynuk, a prononcé des prières. « Aujourd’hui nous rappelle que la vie et la paix sont fragiles, a-t-elle prêché. Tout en nous rappelant notre passé, sachons apprécier les progrès et le potentiel que ces sacrifices historiques nous ont apportés. Et portons nos regards sur l’avenir avec l’espoir d’une société plus juste.

« En ce 25e anniversaire du Tombeau du Soldat inconnu, nous méditons ici sur le mystère de la vie et de la mort, et nous nous arrêtons pour remercier les personnes qui ne sont jamais revenues chez elles. »

Nancy Payne faisait partie des personnes de marque.
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)
Le président de la LRC, Berkley Lawrence salut après avoir déposé une couronne.
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)
Le sergeant des rangers Titus Allooloo récite l’Acte du Souvenir en Inuktitut.
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)
Mère de la Croix du Souvenir (argent), Nancy Payne.
Avec l’aimable autorisation de la Légion royale canadienne (7)
La colonelle Lisa  Pacarynuk, aumônière générale des Forces canadiennes prononcent des discours.
Melody Maloney/Metropolis Studio (3)
Rabin Idan Scher prononcent des discours.
Melody Maloney/Metropolis Studio (3)
Le Chœur d’enfants d’Ottawa se produisent.
Melody Maloney/Metropolis Studio (3)

Les dignitaires, la juge en chef, Mme Wagner, et la Mère de la Croix du Souvenir (d’argent), Mme Payne à leur tête, ont ensuite déposé des couronnes pendant que le chœur d’enfants interprétait In Flanders Fields (Au champ d’honneur), la version musicale du célèbre poème de John McCrae. L’interprétation formait une combinaison saisissante de voix juvéniles et de mots puissants, surtout accompagnée de la retentissante salve de coups de canon. Des membres du corps diplomatique et de groupes d’anciens combattants ont ensuite déposé des couronnes tout autour du monument.

Le rabbin Idan Scher a prononcé la bénédiction. « Aujourd’hui, nous nous réunissons sur ce lieu sacré afin d’honorer ceux qui ont servi et ceux qui ne sont jamais rentrés chez eux, a-t-il commencé.

« Comme l’a dit un jour le premier ministre John Diefenbaker : “Je suis canadien. Libre de parler sans crainte, libre d’adorer Dieu à ma manière, libre de défendre ce qui d’après moi est juste. La liberté : le droit d’être soi-même.” C’est une idée simple, a poursuivi M. Scher, mais c’est ce que nos soldats ont sacrifié pour défendre. Ils se sont battus pour que nous puissions vivre en liberté. C’est là l’héritage des Forces armées canadiennes.

« La paix a besoin de protecteurs, a conclu M. Scher. Et il en va de même pour la liberté et la dignité humaine. Nos soldats ont toujours été les gardiens de cette protection. Ils ont toujours su que la liberté ne se conquiert pas uniquement pendant le combat, mais qu’elle se manifeste aussi au quotidien, dans nos relations et dans le respect que nous portons à ceux qui ont servi. Aujourd’hui, comme chaque jour, nous rendons hommage à l’héritage de nos soldats, pas seulement avec une immense gratitude, mais en devenant nous-mêmes des protecteurs, en protégeant la liberté, la dignité et l’appartenance qui sont les droits de chaque Canadien. »

Le Chœur d’enfants d’Ottawa a interprété God save the King alors qu’un hélicoptère Black Hawk de la GRC décollait au nord dans le cadre d’un défilé aérien à la fin de l’évènement officiel.

De nombreux participants se sont lentement approchés du Tombeau du Soldat inconnu après la cérémonie et y ont déposé leurs coquelicots lors d’un des moments les plus forts de l’évènement annuel. Au bout du compte, le sarcophage couvert de coquelicots rouges s’est fait le reflet du sentiment exprimé dans le cahier des charges du Monument national de guerre d’il a un siècle : « Bien que l’esprit de victoire soit essentiel, il devrait être exprimé de manière non pas à immortaliser les défenseurs du Canada, mais plutôt à transmettre un sentiment de gratitude, car de ce grand conflit a émergé un nouvel espoir de prospérité future dans des conditions de paix. »

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