Notice Necrologique | Tim Cook

Le village de pêche traditionnel de Mevagissey, en Cornouailles, situé sur la côte ouest de l’Angleterre, semblait être un aussi bon endroit qu’un autre pour découvrir les œuvres de Tim Cook, l’« incomparable historien militaire du Canada ». C’était une journée plutôt agréable, juste après la Noël, alors que dehors, des nuages qui se dissipaient et une brise marine douce offraient des conditions parfaites pour explorer : flâner dans les rues pavées, fréquenter les vieux pubs, peut-être même marcher à travers les collines en direction de la toute-proche Pentewan.

L’envie, toutefois, n’y était pas. Les balades sur les quais et les pintes à savourer pouvaient attendre. Le livre de Tim Cook que je venais de déballer, The Necessary War, Volume 1 : Canadians Fighting The Second World War : 1939-1943 (La guerre nécessaire, 1er volume : les Canadiens se battant à la Seconde Guerre mondiale, NDT), cadeau de mon beau-père qui se demandait bien pourquoi un Britannique voudrait se plonger dans une lecture apparemment
aussi pointue, était bien plus alléchant.

L’idée que j’aurais pu faire d’une pierre deux coups en passant au Fountain Inn pour à la fois une bière et un moment de lecture ne m’a tout simplement pas traversé l’esprit. Le plaisir anticipé de découvrir un récit peu connu, tout en laissant libre cours à mes penchants canadophiles et à ma passion pour l’histoire militaire, était devenu impossible à ignorer.

La lecture de Necessary War m’était devenue nécessaire. Je l’ai dévoré.

Cela ne serait que le premier des titres dans l’œuvre illustre de Cook, l’éveil d’une passion évidemment trop longtemps en sommeil. Avec chaque nouveau livre ajouté à mes étagères qui ployaient déjà, At the Sharp End, Shock Troops, Vimy, Fight to the Finish, je me suis vite rendu compte que je voulais suivre son exemple.

Je me suis vite aperçu que Tim Cook était bien plus qu’un nom sur une jaquette.

Marie Louise Deruaz

C’était difficile à croire – du moins à mes yeux – que l’historien en chef et directeur de la recherche de l’inestimable Musée canadien de la guerre ait accepté de s’entretenir du raid de Dieppe avec moi, petit écrivain indépendant d’une petite ville britannique, pour une revue d’histoire britannique.

Cela faisait naturellement partie de son rôle d’accorder des entrevues à des journalistes et à d’autres auteurs, afin de mettre en valeur l’histoire du Canada durant la guerre — ce qu’il faisait avec une éloquence constante dans chacun de ses ouvrages. Je n’aurais tout simplement jamais imaginé être l’un d’eux.

Tim Cook parlait comme il écrivait. Il ne s’agissait pas de miniatures qu’on plaçait et qu’on déplaçait sur une carte dans les cellules de crise de Churchill; c’étaient des hommes. Des Québécois et des Saskatchewanais abattus sur les galets ensanglantés de Dieppe, et 916 d’entre eux qui ne rentrè-rent jamais chez eux. La bataille était racontée par le menu, car c’était indéniablement indispen-sable, et dans le récit de M. Cook sur le cout humain de l’opération Jubilee, l’histoire prenait vie.

Comme The Necessary War était le premier de ses nombreux titres que j’ai lus, mon reportage sur le raid de Dieppe était la première des nombreuses occasions que j’ai eues de discuter avec ce chercheur de renom, titulaire d’un doctorat en histoire. Qu’on lui demande une citation de 50 mots pour un article indépendant ou une entrevue complète pour la revue Légion, M. Cook accordait du temps à son interlocuteur, alliant professionnalisme, compassion et intérêt sincère pour son parcours et son bienêtre général. Ainsi, j’avais l’impression d’être Walter Cronkite.

Si seulement je le lui avais dit.

Tim Cook savait peut-être, du moins peut-on l’espérer, l’influence énorme qu’il a eue sur le monde de l’histoire militaire canadienne, et donc sur les gens qui partageaient sa passion débordante, avant son décès, le 25 octobre 2025, à   de 54 ans.

« Il a joué un rôle déterminant dans le façonnement du Musée canadien de la guerre », a salué Caroline Dromaguet, présidente et directrice générale du Musée, dans un communiqué annonçant son décès. Elle y notait qu’il

La bataille était racontée par le menu, car c’était indéniablement indispensable, et dans le récit de M. Cook sur le cout humain de l’opération Jubilee, l’histoire prenait vie.

avait été un « ambassadeur passionné » pour l’institut et pour ses plus ardents admirateurs.

Quant à ces derniers, il en avait indéniablement une foule.

« J’ai rencontré Tim Cook pour la première fois en 2006, a écrit Alex Souchen, professeur agrégé en histoire de l’Université de Guelph et ancien bénévole du Musée canadien de la guerre. J’étais un étudiant de premier cycle ébahi qui voulait être historien militaire “tout comme lui”.

« Je me souviens qu’il a souri du compliment, a ajouté M. Souchen en évoquant sa première conversation avec le chercheur, mais il prenait toujours le temps de me parler de perspectives de carrière. »

Il apparait que la personnalité de M. Cook touchait aussi les autres chercheurs. « Il était l’un des meilleurs historiens du pays, a observé Mike Bechthold, son collègue spécialiste de l’aviation, et en tant que personne, encore meilleur ».

Alex Fitzgerald-Black, directeur général du Centre Juno Beach, s’est fait l’écho de ce sentiment en affirmant qu’« il laisse derrière lui un héritage de travail dont les anciens combattants sont en droit d’être fiers.

« Son décès est une énorme perte pour le Canada. »

Historien en chef du Musée canadien de la guerre, il a poursuivi une carrière remarquable au sein de l’institution pendant environ 23 ans; a écrit des centaines d’articles dans une myriade de publications, dont la présente revue; a multiplié les présentations, les discours publics et, bien sûr, les entrevues; a remporté de nombreuses distinctions, notamment le Prix du livre d’Ottawa pour la non-fiction littéraire et le Prix du livre J.W. Dafoe; a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II; et a été nommé membre de l’Ordre du Canada pour ses services à l’historiographie militaire canadienne, à la fois en tant qu’érudit et en tant qu’auteur à succès de 19 livres.

Pourtant, c’est au-delà de ses accomplissements concrets que j’ai le plus admiré Tim Cook. Il était toujours gentil et patient, même avec un écrivain britannique émerveillé et sans voix. Il fournissait des idées inspirantes de manière inattendue, souvent en tissant fluidement une grande image avec des petites. Et il a gagné le respect de ses pairs dans tout ce qu’il faisait.

Toutefois, je ne peux pas prétendre avoir vraiment connu M. Cook. Un tel droit est réservé à d’autres gens, à son affectueuse famille, dont son épouse et leurs trois filles, et à une multitude d’amis et de collègues. Mais, il n’était pas non plus un simple écrivain célèbre de plus sur mes étagères.

Tim Cook a eu une grande influence sur ma propre vie. Et je suis convaincu que cette influence s’étend à de nombreux admirateurs, à la fois ceux qui sont venus avant et, notez-le bien, ceux qui viendront longtemps après.

La prochaine fois que j’irai à Mevagissey, je lèverai une pinte cornouaillaise à la vie de Tim Cook.

Search
Connect
Listen to the Podcast

Comments are closed.