Le commandant canadien

Représentés au combat en aout 1918.
Alfred Theodore Joseph Bastien/MCG/19710261-0056

 Le brigadier-général Thomas-Louis Tremblay fut l’un des militaires québécois les plus célèbres de la Première Guerre mondiale. Commandant coriace, il prit la tête du 22e Bataillon (canadien-français) et devint l’officier francophone le plus haut gradé du Corps expéditionnaire canadien à la fin de la guerre.

Tremblay avait vu le jour à Chicoutimi, au Québec, en 1886. Il s’enrôla dans une unité de milice, le 6e Régiment de Québec et Lévis de l’Artillerie canadienne, à l’âge de 15 ans. C’est en 1904 qu’il s’inscrivit au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario; ce qui était alors extraordinaire pour un Canadien français, car seul l’anglais y était utilisé.

Tremblay obtint un diplôme d’ingénieur en génie civil en 1907, et il fut nommé officier de l’armée. Il travailla ensuite pour le Chemin de fer National Transcontinental, puis en tant qu’arpenteur pour la pro-vince de Québec. Il poursuivit parallè-lement une carrière militaire au sein du 18e Régiment (Franc-Tireurs du Saguenay), une unité d’infanterie de milice. En 1913, le major Tremblay commanda la 1re Batterie de campagne, unité d’artillerie de milice basée à Québec.

Thomas-Louis Tremblay commandait le bataillon en ce temps-là.
MDN/BAC/PA-002666

Au début de la Première Guerre mondiale, Tremblay fut muté à la 1re Colonne divisionnaire canadienne de munitions en tant qu’adjudant et, en septembre 1914, il servit comme officier d’état-major à Valcartier, au Québec, où se rassemblait le Corps expéditionnaire canadien.

Le major Tremblay devint comman-dant en second du 22e Bataillon, la
seule unité combattante francophone du Corps expéditionnaire canadien (CEC), le 11 mars 1915. Le 22e arriva en Grande-Bretagne en mai, et il fut envoyé combattre en France en septembre. Promu lieute-
nant-colonel, Tremblay assuma le commandement du bataillon en février 1916, poste qu’il occupa jusqu’en aout 1918.

Le 15 septembre 1916, le 22e livra son engagement le plus célèbre de la guerre, à Courcelette, dans le cadre de la bataille de la Somme. Tremblay était bien conscient que le 22e représentait le Canada français au front et que l’issue de la bataille indiquerait la mesure de son engagement à l’effort de guerre, que
critiquaient les Canadiens anglais.

Tremblay coucha ces mots avant la bataille : « Nous comprenons très bien que nous allons à la boucherie […]. Cependant, le moral est extraordinaire, et nous sommes déterminés de prouver que les “Canayens” ne sont pas des “slackers” [fainéants].

« C’est notre première grande attaque, il faut qu’elle soit un succès pour l’honneur de tous les Canadiens Français que nous représentons en France », poursuivit-il.

Il s’inquiétait pour rien. Le succès du bataillon à Courcelette établit sa réputation. Dix jours après, Tremblay fut évacué en Angleterre afin de subir une ablation des hémorroïdes, cédant temporairement le commandement au major Arthur-Édouard Dubuc. La présence de Tremblay avait été source d’inspiration, et un grand nombre d’hommes qui servaient sous ses ordres se sentirent déboussolés quand il partit. Selon le sergent Claudius Corneloup, une « peur monta, et la confiance disparut […] le colonel intrépide électrisait ses hommes ».

Le bataillon était en piètre état lorsque Tremblay en reprit le commandement, en février 1917. La discipline dans le 22e s’était relâchée, le moral avait failli et le commandement montrait des signes d’inefficacité. Les importantes pertes à la bataille de la Somme dans les effectifs de long service et leur remplacement par des centaines de soldats qui ne possédaient pas l’esprit de corps durement acquis par l’unité avaient affecté le caractère du bataillon.

Cela se traduisit par un taux de désertion et d’absences injustifiées beaucoup plus élevé que la normale.

« C’est notre première grande attaque, il faut qu’elle soit un succès pour l’honneur de tous les Canadiens Français que nous représentons en France. »

Devant préparer ses hommes à l’assaut imminent de la crête de Vimy qui devait avoir lieu en avril, Tremblay dut recourir à des mesures sévères. Les soldats furent punis, traduits en cour martiale ou même exécutés pour désertion.

La stricte discipline sembla porter ses fruits au fil des autres grandes batailles de la guerre où l’on fit appel au CEC.

Tremblay reçut le commandement de la 5e Brigade d’infanterie canadienne en aout 1918, poste qu’il occupa jusqu’en mai 1919. Il fut nommé Compagnon de l’Ordre du bain et Compagnon de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. Il avait été décoré par la France de l’Ordre du service distingué et de la Légion d’Honneur – Croix d’Officier, et cité à l’ordre du jour à quatre reprises.

Il fut nommé colonel honoraire du Royal 22e Régiment en 1931. Tremblay rendit l’âme le 28 mars 1951, à l’âge de 64 ans.

Des hommes du 22e  Bataillon (Canadien- Français) dans les tranchées en juillet 1916 .
MDN/BAC/PA-00262
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