Un système de sécurité
Depuis 75 ans, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce de désamorcer les conflits
Depuis 75 ans, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce de désamorcer les conflits
À Nanton, en Alberta, lieu du Musée du Bomber Command du Canada, le jour du Souvenir est l’occasion d’évoquer un aviateur tué au combat lors de la Seconde Guerre mondiale
Les affaires d’inconduite sexuelle qui secouent les Forces armées canadiennes ont fait du chemin depuis les révélations alarmantes dans les médias il y a trois ans. Elles sont désormais au cœur des tribunaux, des milieux de travail de l’armée et de la scène politique.
Il reste encore beaucoup à faire pour mettre en œuvre les 48 recommandations résultant de l’examen externe complet et indépendant effectué en 2022 par l’ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour, mais l’année 2023 a été jalonnée d’importantes mesures et leçons.
Bill Blair, ministre de la Défense, a annoncé en aout dernier que le règlement sur le devoir de si-gnaler les agressions et l’inconduite sexuelles serait abrogé cet hiver. Ce règlement privait les survi-vantes et survivants de tout contrôle sur la dénonciation et créait un dilemme moral pour les témoins, censés signaler les faits même si les survivantes et survivants ne le souhaitaient pas.
Ce changement ne restreindra pas les possibilités de signalement, mais il permettra aux militaires de « choisir la meilleure voie à suivre, tout en prenant dument en considération le bienêtre des personnes touchées », a déclaré la lieutenante-générale Jennie Carignan, chef – Conduite personnelle et culture.
Dans la foulée, M. Blair a annoncé que les membres des FAC étaient libres de déposer une plainte pour harcèlement sexuel ou discrimination fondée sur le sexe devant la Commission canadienne des droits de la personne ou dans le cadre d’un processus de règlement de grief des FAC.
Parmi les leçons retenues dans la tentative de l’armée de lutter contre les problèmes d’inconduite sexuelle, on note la difficulté de transférer aux systèmes de justice civils les enquêtes et les poursuites judiciaires dans les affaires d’agression sexuelle, comme le recommandait Mme Arbour dans son rapport. Le ministère de la Défense travaille au transfert avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, mais certains secteurs de compétence, déjà surchargés, sont réticents à assumer cette charge de travail supplémentaire.
En date de mai 2023, l’armée avait adressé 93 affaires à d’autres forces de police, mais 29 avaient été refusées.
En date de mai 2023, l’armée avait adressé 93 affaires à d’autres forces de police, mais 29 avaient été refusées. En aout 2023, le juge d’un tribunal civil a suspendu les accusations dans l’une des premières affaires transférées aux tribunaux civils : elles enfreignaient les droits de la personne accusée à un procès dans un délai raisonnable, comme le garantit la Charte des droits et libertés du Canada. Les affaires devant les tribunaux provinciaux doivent être jugées dans les 18 mois suivant la mise en accusation. Or, le délai avait commencé à courir dès les accusations portées dans le système militaire, explique Alan Okros, professeur au Collège militaire royal de Kingston, Ont., qui fait des recherches sur le commandement, l’égalité des genres et la diversité.
« Mais le système civil doit quand même faire preuve de la diligence appropriée avant de procéder », ajoute-t-il.
Certaines affaires très média-tisées avec la mise en cause de hauts gradés accusés d’agression ou d’inconduite sexuelles en 2021 sont arrivées devant les cours martiales et civiles.
Le vice-amiral Haydn Edmundson, accusé d’une agression sexuelle en 1991, a plaidé non coupable. Son procès au civil aura lieu en 2024.
Le lieutenant-général Steven Whelan est passé devant la cour martiale en octobre 2023, car il aurait eu une relation déplacée avec une subalterne et aurait modifié son évaluation de rendement. L’affaire a été retirée après que les courriels de preuve aient été jugés irrecevables.
L’ancien chef d’état-major de la défense Jonathan Vance a plaidé coupable d’entrave à la justice devant un tribunal civil en 2022. Il a fait l’objet d’une absolution sous conditions dans le cadre de l’enquête sur des allégations d’une relation déplacée avec une subalterne et d’ingérence dans sa carrière.
En revanche, le Service national des enquêtes des Forces canadiennes n’a pas trouvé suffisamment de preuves pour porter des accusations en vertu du Code criminel ou du code du service militaire contre le vice-amiral Art McDonald, accusé d’inconduite sexuelle et relevé de son commandement en 2021. Toutefois, selon le Service, cela n’entache pas le fondement de l’allégation.
Voici d’autres faits nouveaux : la commission de révision du Collège militaire a entamé son examen de l’éducation militaire; une augmentation de financement doit fournir au personnel militaire davantage de centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle dans les collectivités du pays; le Centre de soutien et de ressources sur l’inconduite sexuelle a été délesté de ses responsabilités à l’égard de la surveillance et de l’instruction et a été recentré sur l’aide aux survivantes et survivants, notamment les anciens combattants, les employés du ministère de la Défense et leurs proches, ainsi que sur les recherches sur la prévention de tels actes (le Centre a établi un fonds pour offrir des conseils juridiques et de l’aide pour financer les frais de justice, il a également commencé à faire des recherches sur les personnes qui commettent des actes d’inconduite sexuelle afin d’élaborer des mesures préventives); l’armée, qui finance des recherches universitaires sur l’inconduite sexuelle depuis des années, a mis ses rapports d’étude internes à la disposition des universitaires pour éviter la duplication du travail.
Jocelyne Therrien, la surveillante externe chargée de superviser la mise en œuvre des recommandations de Mme Arbour, a présenté son premier rapport en mai 2023.
Malgré de nombreuses avancées, l’armée manque de « plan stratégique global » qui « permettrait de garantir que les ressources sont harmonisées aux priorités ». Au lieu de cela, dit-elle, le programme militaire est tributaire de la disponibilité des ressources et des questions de capacité.
Elle a aussi souligné de nombreux progrès.
Le bureau de la chef – Conduite personnelle et culture « joue un rôle décisif » en fournissant aux commandants d’unité « un endroit où ils peuvent obtenir des conseils sur la façon de composer avec les situations qui se présentent. »
Ce changement ne restreindra pas les possibilités de signalement, mais il permettra aux militaires de « choisir la meilleure voie à suivre, tout en prenant dument en considération le bien être des personnes touchées ».
Parallèlement, la chef a mis sur pied une formation sur l’inconduite sexuelle et la conduite haineuse, la diversité, l’équité et l’inclusion qui sera offerte à tous les militaires tout au long de leur carrière. Mme Therrien a également noté que la sélection des recrues et le traitement de leur comportement se sont améliorés.
« La sélection de recrues qui incarnent un éthos inclusif est l’une des façons d’obtenir, en fin de compte, un milieu de travail exempt de harcèlement, tout comme la libération rapide des personnes qui ont un comportement inacceptable », a-t-elle avancé dans son rapport.
En attendant les changements législatifs et règlementaires permettant l’institution d’une période d’essai, les FAC étudient des moyens de trier les recrues et décharger de l’instruction de base celles qui « présentent un comportement et des attitudes problématiques » comme le sexisme et le racisme.
En outre, les dirigeants de l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes, qui est chargée de l’instruction de base de quelque 5 000 recrues par année, ont modifié ses programmes afin d’« appuyer un apprentissage plus robuste des valeurs et de l’éthique des FAC ».
« J’ai été témoin d’un nombre important d’activités concrètes au sein du MDN et des FAC dans leur réponse aux centaines de recommandations provenant des examens externes, a écrit Mme Therrien.
« Le défi est de gérer les projets et les initiatives de façon à prioriser les changements qui amènent une réforme fondamentale en temps opportun. »
Le succès pourra se mesurer par la baisse du nombre d’agressions ou d’inconduites sexuelles et les constatations des employés du ministère de la Défense et des militaires à cet égard.
« Il est encore trop tôt pour savoir si c’est en cours », a conclu Mme Therrien.
Elle devrait déposer son deux-ième rapport après la publication de ce numéro.

Le capitaine Alex Watson s’entretient avec des villageois par l’intermédiaire d’un interprète dont le visage est dissimulé pour le protéger des représailles.
L’ombudsman du MDN/FAC condamne le gouvernement fédéral et l’accuse de négliger le sort des anciens interprètes afghans qui ont risqué leur vie et celle de leurs proches en travaillant aux côtés des Forces armées canadiennes pendant les 13 années de la guerre.
Dans une lettre adressée à Bill Blair, ministre de la Défense, Gregory Lick note que depuis juillet, 15 anciens « conseillers linguistiques et culturels » (CLC) vivant désormais au Canada ont contacté son bureau pour se plaindre que leurs demandes soumises à la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail (CSPAAT) de l’Ontario n’ont pas été bien réglées.
« À ce jour, leurs efforts pour obtenir un traitement et des soins pour leurs besoins mentaux et physiques subis en soutenant nos troupes se sont heurtés à l’inaction, a-t-il écrit dans la lettre publiée sur le site Web de l’ombudsman. Les traitements médicaux et les compensations financières pour les blessures ont été inadéquats ou inexistants. »
« Beaucoup d’entre eux ont servi plus de cinq ans “sans pause ni relève” ».
De nombreux Afghans et quelques Pakistanais ont servi d’interprètes et de conseillers à plusieurs périodes entre décembre 2001, quand sont arrivés les premiers soldats des forces spéciales du pays dans la zone de guerre, et mars 2014, quand la mission a pris fin et que le dernier cadre instructeur est parti. Le Canada a retiré ses troupes de combat en 2011.
Beaucoup de ces CLC, ainsi que leurs proches, ont subi des menaces pendant leur service. Plusieurs ont été tués ou blessés par les talibans; d’autres ont été confrontés à de multiples problèmes mentaux et physiques.
Ottawa a d’abord offert d’ac-cueillir les CLC qui pouvaient prouver avoir reçu des menaces en raison de leur travail pour le Canada. Environ 800 interprètes et leurs proches sont venus au Canada avant la fin du programme en 2011, rejoints par 7 500 autres après la fin de la guerre et la victoire des talibans en octobre 2021.
Certains interprètes ont passé plus de temps au cœur des opérations de combat que les soldats pour lesquels ils travaillaient. Leur mission était périlleuse, car ils recueillaient des rensei-
gnements, surveillaient les communications, avertissaient des attaques imminentes et aidaient les commandants à comprendre la culture locale. Cependant, ils étaient agents contractuels et n’avaient pas droit aux avantages habituels du gouvernement fédéral pour ce type de contrat, même si la plupart sont plus tard devenus citoyens canadiens.
« Bien qu’une procédure d’appel soit en cours pour certains d’entre eux, a écrit M. Lick, les faits de cette affaire démontrent un manque de soutien de la part du gouvernement pour ces Canadiens. Cette affaire est sur le point de devenir un chapitre honteux de l’histoire militaire du Canada.
« La prise en charge de ces anciens conseillers linguistiques et culturels est une obligation morale, et leur bien être relève de la responsabilité du gouver-nement du Canada. »
M. Lick note que c’est le service de renseignement militaire qui les a recrutés, et que les soldats qui servaient à leurs côtés ont souligné leur rôle essentiel dans les opérations. Il explique que beaucoup d’entre eux ont servi plus de cinq ans « sans pause ni relève », et que divers commandants de force opérationnelle leur ont décerné des honneurs et mentions élogieuses.

Watson (troisième militaire à partir de la gauche) et d’autres membres du 3e Groupement tactique du PPCLI parlent avec des villageois près de Kandahar en 2002. Le visage de l’intermédiaire est dissimulé pour le protéger des représailles.
On leur avait dit au début qu’ils travailleraient en relative sécurité sur le terrain d’aviation de Kandahar, explique M. Lick, mais « au bout de quelques jours », ils se sont retrouvés dans des bases d’opérations avancées, des villages, des convois et des zones de combats.
« Connaissant les risques inhérents à leur travail essentiel de soutien des membres des FAC déployés, des efforts appropriés n’ont pas été entrepris pour s’assurer du bien être des CLC après le déploiement », a écrit l’ombudsman.
« Nous savons qu’ils ont travaillé pour nous, et nous voulons leur apporter toute l’aide possible. »
« Malgré les efforts déployés par le sous-ministre adjoint des ressources humaines (civiles) de Direction Santé globale pour aider ces anciens CLC en validant la nature de leur travail spécialisé et dangereux, les décisions de la CSPAAT ont jusqu’à présent été défavorables aux CLC et pourraient indiquer que la CSPAAT n’est pas calibrée de manière adéquate pour ces délibérations. »
M. Lick a déclaré que la couverture médiatique et la réaction générale avaient révélé un appui « enthousiaste » de la population ainsi que du personnel subalterne pour le sort des interprètes.
« Malgré les efforts récents du ministère pour fournir une validation à la CSPAAT à l’appui de leurs demandes, aucune aide significative n’a été apportée. Laisser cette question en suspens ne sert ni le gouvernement du Canada, ni les anciens CLC, ni les intérêts des Canadiens. »
Les gestionnaires de cas du
CSPAAT ont balayé les évaluations de psychiatres et de travailleurs sociaux en rejetant les demandes de prestations de plus d’une douzaine d’interprètes au printemps dernier.
La commission a par la suite accepté de revoir les cas. Un porte-parole de la CSPAAT a déclaré à la CBC que l’organisme traitait 17 demandes concernant d’anciens CLC. L’ombudsman est en relation avec 15 d’entre eux.
« Nous travaillons aussi vite et aussi rigoureusement que possible, a déclaré à CBC News Christine Arnott, directrice des Affaires publiques de la CSPAAT. Parfois, rendre une décision peut prendre plus de temps que nous le souhaiterions, car nous devons obtenir des renseignements pertinents qui remontent à des années sur le dossier médical et professionnel. »
Mme Arnott assure que les décisions seront prises avant Noël et qu’elles seront accompagnées d’explications à l’attention des conseillers.
Le ministre a déclaré qu’il avait rencontré l’ombudsman et qu’il cherchait une solution.
« Nous savons qu’ils ont travaillé pour nous, et nous voulons leur apporter toute l’aide possible. »
Le gouvernement fédéral prévoyait de faire venir un total de 40 000 Afghans entre aout 2021 et fin 2023. Selon les chiffres les plus récents, 37 000 ont gagné le Canada.
Peggy Mason dit que NON
Le Canada ne devrait pas suivre l’Australie dans sa décision d’acquérir des sous-marins américains à propulsion nucléaire. Cet encouragement horriblement cher à la prolifération nucléaire mine la souveraineté. De plus, le Canada risque de s’engluer davantage dans la stratégie américaine aussi irréfléchie qu’agressive de l’endiguement de la Chine.
Le Canada, tout comme l’Australie, est un État non doté d’armes nucléaires (ENDAN) signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. En vertu du Traité, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) donne l’assurance que ces États ne mènent que des activités nucléaires pacifiques, car toute utilisation du nucléaire à des fins militaires est interdite aux ENDAN. Toutefois, il existe une exception, un « vide flagrant et inquiétant » dans les garanties de l’AIEA qui leur permet de soustraire les matières nucléaires à la surveillance internationale pendant la durée de leur utilisation dans les réacteurs navals.
IL SERAIT ABSURDE QUE LE CANADA ENVISAGE DE CONSACRER UNE SI GRANDE PART DE SON BUDGET MILITAIRE AUX SOUS-MARINS À PROPULSION NUCLÉAIRE.
Les submersibles nucléaires américains sont alimentés par de l’uranium hautement enrichi, matériau qui peut être utilisé dans les ogives. Ni le Canada ni l’Australie ne détourneraient l’uranium enrichi de la propulsion navale, là n’est pas le problème. Mais, des pays à l’ambition de puissances nucléaires le pourraient, sans que les inspecteurs de l’AIEA y aient accès.
Ensuite, il y a le cout exorbitant. Le Canada a déclaré qu’il lui faudrait jusqu’à 12 sous-marins à propulsion conventionnelle qui couteraient 60 milliards de dollars. Dans le cadre du partenariat trilatéral de sécurité AUKUS entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, cette dernière achètera jusqu’à huit sous-marins nucléaires américains à un prix entre 268 et 368 milliards de dollars. Le budget de l’approvisionnement militaire n’est presque jamais respecté, surtout lors de grands projets.
La façon dont Gareth Evans, l’ancien ministre australien des Affaires étrangères, a posé le problème de la souveraineté s’applique également au Canada : « en s’attelant aussi fermement à une telle technologie […], l’Australie a, en fin de compte, abandonné sa capacité de juge-ment souverain indépendant.
« Non seulement dans l’usage de cette nouvelle capacité, a-t-il poursuivi, mais aussi dans sa réponse aux futurs appels américains à un soutien militaire. »
L’importance pour le Canada d’agir avec une certaine indépendance sur la scène internationale prend tout son poids à la lumière du dernier argument contre l’acquisition : le risque de l’engluer davantage dans la stratégie déstabilisatrice de l’Amérique contre la Chine dans le Pacifique occidental.
Le Canada participe déjà à des opérations américaines de liberté de navigation et à d’autres exercices dans des zones proches de la côte chinoise. L’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire américains risque d’accroitre sa participation à cet effort, et ce, au moment où des stratèges américains progressistes exhortent l’administration du président Joe Biden à adopter une posture défensive de « déni actif » qui dissuaderait toute agression chinoise potentielle tout en limitant les risques d’escalade.
Le Canada ne devrait pas suivre les traces malavisées de l’Australie et chercher à acquérir cet équipement militaire terriblement dispendieux qui favorise la prolifération et qui compromet la souveraineté et la sécurité.
Michael A. Smith dit que OUI
À l’approche du
deuxième quart du XXIe siècle, le Canada doit clairement établir ses priorités pour un monde en mutation. L’Arctique et la souveraineté marine devraient figurer en bonne place sur la liste des nombreux domaines dans lesquels le pays doit investir. La Terre se réchauffe et la surveillance de la région polaire boréale est essentielle à un avenir prospère et sûr. La Russie empiète déjà sur le Nord canadien avec ses propres sous-marins nucléaires et capteurs sous-marins, essayant de saper la souveraineté du Canada, tandis que la Chine menace de s’étendre dans le Pacifique. Le Canada a trois vastes côtes à surveiller, des provinces maritimes jusqu’au littoral de la Colombie-Britannique dans le Pacifique, en passant par l’Arctique, et un seul moyen convient : le sous-marin nucléaire.
La population pourrait penser que le Canada dispose déjà d’une flotte de sous-marins, et qu’il n’a donc pas besoin de ce nouvel achat si couteux. Eh bien, les engins actuels ne suffisent pas à la mission à accomplir. Les sous-marins canadiens de la classe Victoria existants, achetés à la Grande-Bretagne en 1998, ont été construits dans les années 1980. Et depuis, le pays a dépensé des milliards pour les réparer. En outre, parler de flotte donne l’impression qu’ils sont prêts à tout moment. Or, ce n’est pas le cas : un seul est opérationnel. De plus, ils devraient également être retirés du service dans les années 2030, donc le Canada doit bientôt décider de la prochaine étape.
DE TELS NAVIRES PERMETTRAIENT AU CANADA DE SURVEILLER SES EAUX PLUS LIBREMENT.
Bien sûr, la nécessité de remplacer les navires actuels ne motive pas seule l’option nucléaire. Mais, le vaste littoral vulnérable du Canada, le plus long du monde, si. Les sous-marins nucléaires peuvent rester submergés pendant environ 20 ans (!) sans ravitaillement en carburant : les seuls obstacles sont la nourriture, les fournitures et le fait qu’il serait inhumain d’obliger les marins à rester sous l’eau aussi longtemps. Toutefois, de tels navires permettraient au Canada de surveiller ses eaux plus librement, d’atteindre des profondeurs actuellement inaccessibles et de cartographier les passages arctiques émergents à mesure que la glace polaire fond.
Non seulement le Canada devrait améliorer ses capacités de défense intérieure, mais il devrait collaborer avec ses alliés. La réputation internationale de l’armée canadienne se ternit. Le pays échoue systématiquement dans l’objectif de l’OTAN de 2 % du produit intérieur brut pour les dépenses – le Canada dépense environ 1,3 % –, et il a été exclu d’importants partenariats internationaux en matière de sécurité, tels que la nouvelle coalition Australie-États-Unis-Royaume-Uni. Cette dernière, appelée AUKUS, s’efforce de sécuriser l’Indo-Pacifique dans le cadre d’une coopération stratégique et d’échanges de renseignements ainsi que, notamment, en facilitant l’achat de sous-marins nucléaires par la première. Le Canada n’aurait-il pas pu alourdir un peu la commande?
En mars 2023, Anita Anand, alors ministre de la Défense, a déclaré que le Canada ne faisait pas partie de la coalition AUKUS en raison de son manque d’intérêt pour l’obtention de sous-marins nucléaires. Cette décision restreint fatalement les capacités de renseignement du pays. Le Canada ne remplit pas son contrat à cet égard, et les autres pays le remarquent.
Le gouvernement fédéral économise peut-être l’argent des contribuables, mais les Canadiens le paieront d’une manière ou d’une autre si la souveraineté marine et arctique du pays est menacée pendant qu’ils dorment.

Fausses cartes d’identité de Raymond LaBrosse (à gauche) et de Lucien Dumais. [Anciens combattants Canada/rcsigs.ca; The Man Who Went Back]
Le Montréalais Lucien Dumais était un sergent à l’esprit vif de 38 ans. Membre des Fusiliers Mont-Royal et capturé en aout 1942 lors du raid de Dieppe, il s’était échappé du train qui le conduisait à un camp de prisonniers de guerre. Une fois revenu en Angleterre, il s’était porté volontaire pour servir au sein du MI9.
L’Ottavien Raymond LaBrosse, sans-filiste du Corps royal canadien des transmissions, était parti outre-mer en 1940 au jeune âge de 19 ans. Le service de renseignement avait bien noté sa compétence professionnelle convoitée et son bilinguisme, et le jeune homme, aussi calme que hardi, se porta également volontaire pour les opérations en France.
En février 1943, il avait été parachuté avec un compagnon aux abords de Paris. Ils avaient pour tâche d’organiser un groupe d’agents et une route secrète
vers la côte pour les soldats et aviateurs alliés fuyant les Allemands. Mais, la Gestapo avait infiltré la filière au bout de quelques mois à peine. LaBrosse put s’enfuir et retourner en Grande-Bretagne en passant par l’Espagne, puis par Gibraltar.
À la fin du mois de mars 1944, l’opération Bonaparte avait pu faire quitter le continent à 128 aviateurs (dont 94 Américains).
LaBrosse fut promu lieutenant cet été-là, et on lui adjoignit Dumais pour établir une nouvelle filière d’exfiltration. Eux qui avaient déjà échappé aux Allemands allaient risquer à nouveau leur vie pour appuyer d’autres évasions. « Nous avons tout de suite été une équipe soudée », a souligné LaBrosse.
L’organisation du duo, du nom de code Bonaparte, faisait partie du réseau d’exfiltration « Shelburne » du MI9, et c’est celle qui eut le plus de succès en France.

Un train logistique allemand dérailla près d’Abbeville, France, en septembre 1944. Des agents secrets canadiens coopéraient avec les résistants français à de telles missions de sabotage.[Donald I. Grant/MDN/BAC/PA-115860]
Les deux Canadiens furent méticuleusement formés aux opérations clandestines, et on leur donna des pseudonymes et de faux papiers d’identité. LaBrosse s’occupait de la radio, camouflée en valise par précaution, et il assurait la communication avec le MI9.
Un avion Lysander les largua au-dessus d’un champ à l’ouest de Paris en novembre 1943. Armés de pistolets, ils disposaient d’une belle somme, de cartes routières et même de tickets du métro de Paris. Leur accent canadien pouvait être pris pour du patois régional. « Ce à quoi il fallait faire très attention, a évoqué LaBrosse des années plus tard, c’était d’employer ni argot ni expressions en français canadien. »
LaBrosse et Dumais prirent contact avec des membres de la résistance française et d’autres courageux citoyens qui offraient des maisons sures, des vivres et des vêtements aux agents et aux aviateurs abattus. Ils servaient aussi de guides jusqu’au village côtier breton de Plouha, sous étroite surveillance allemande. Là-bas, les fugitifs étaient cachés jusqu’à ce qu’une canonnière motorisée britannique passe les chercher.
La première évacuation réussie, qui permit à 16 aviateurs et deux agents britanniques de rentrer chez eux, eut lieu par une nuit sans lune du 29 janvier 1944.
À la fin du mois de mars 1944, l’opération Bonaparte avait pu faire quitter le continent à 128 aviateurs (dont 94 Américains). Le plan Shelburne vint en aide à 307 personnes en tout. « Notre décision concernant les deux hommes s’est révélée judicieuse, et ils ont obtenu de magnifiques résultats », écrivit le capitaine Airey Neave du MI9.
Après les débarquements du jour J, Dumais et LaBrosse combattirent aux côtés de résistants français jusqu’à l’arrivée des troupes alliées. Ils survécurent à la guerre, et tous deux reçurent la Croix militaire ainsi que des décorations françaises et américaines.
Le capitaine Scott McDowell était très jeune, huit ou dix ans à peine, quand il a entendu le nom de Percy Bousfield pour la première fois. Ainsi se nommait l’un de ses arrière-grands-oncles qui avait pris la mer et bourlingué dès 14 ans avant de s’enrôler dans l’armée et d’être tué au front occidental en 1916.
La dépouille du caporal Bousfield, signaleur de 20 ans incorporé dans le 43e Bataillon (Cameron Highlanders of Canada), était introuvable, et sa dernière demeure inconnue. Mais, la légende perdurait dans sa famille.
La grand-mère maternelle de McDowell était une Bousfield, et c’était un parent dont il entendit souvent parler en grandissant, même s’il ignorait que des recher-
ches étaient en cours. Il ne savait pas non plus que le nom du soldat inconnu était inscrit au Mémorial de la Porte de Menin, à Ypres, en Belgique, parmi ceux de plus de 54 000 combattants de l’Empire britannique.

(page 6-7-8-9) Le souvenir de Frederick Bousfield s’est perpétué dans la légende familiale. Il existe foule de photos, cartes postales, lettres et souvenirs de l’ancien matelot. Bousfield naviguait de par le monde lorsque sa famille a immigré d’Angleterre au Canada et s’est établie à Winnipeg en 1912.
En aout 2022, McDowell, officier de carrière dans le renseignement, fut muté à la Direction de l’histoire et du patrimoine des Forces canadiennes à Ottawa en tant qu’officier responsable des journaux de guerre. Il travaillait dans l’un de ces banals édifices en briques quand, trois mois plus tard, ses collègues et lui ont été convoqués à une grande réunion. C’est alors qu’un haut gradé a annoncé qu’une équipe d’enquête avait identifié la tombe du caporal Frederick Percival Bousfield.
« La Terre s’est arrêtée de tourner pendant un instant, nous a confié McDowell. Je me suis dit : “mon Dieu, c’est Percy.” J’étais sidéré. La probabilité était quasiment nulle. C’est complètement fou. Je n’ai pas entendu un traitre mot du reste de la réunion. »

(page 6-7-8-9) Le souvenir de Frederick Bousfield s’est perpétué dans la légende familiale. Il existe foule de photos, cartes postales, lettres et souvenirs de l’ancien matelot. Bousfield naviguait de par le monde lorsque sa famille a immigré d’Angleterre au Canada et s’est établie à Winnipeg en 1912.
Bousfield fut tué lors de la bataille du mont Sorrel le 7 juin 1916 en Belgique. Enlevée aux Canadiens, la côte du saillant d’Ypres fut reprise au fil de deux semaines d’âpres combats. Les unités alliées perdirent 8 430 hommes en 12 jours.
« Il avait quartier libre à ce moment-là, mais il n’est pas resté oisif, et malgré l’épouvantable déluge d’obus, il a fait un superbe travail en portant aide à nos blessés, écrivit Horace John Ford, alors capitaine de sa compagnie, à la mère de Bousfield.
C’est en soulevant l’un de ses camarades sans défense qu’un obus a éclaté à ses pieds, alors vous comprendrez que ce brave garçon n’a pas souffert du tout, et bien que sa mort soit une profonde douleur pour ses proches, ils peuvent tout de même rendre grâce à Dieu et le remercier de la manière dont cela est arrivé. Il accomplissait une œuvre salutaire pour soulager la souffrance, et il l’accomplissait bien et de façon noble, sans peur ni sans songer à récompense. »
La dépouille de Bousfield, anglais de naissance, fut couchée dans une tombe temporaire aux côtés d’autres, derrière un chalet près de l’église de Zillebeke, non loin du lieu de sa mort. Elle fut marquée d’une simple croix en bois, qui devait être remplacée par une pierre tombale blanc ou gris pâle comme celles dont sont parsemés les terrains de cimetière militaire après le transfert des tombes du champ de bataille.
Des milliers de tombes temporaires semblables furent créées à la hâte sur les champs de bataille de la Grande Guerre ou aux alentours. Étant donné la nature stagnante des combats, ils étaient souvent piétinés à maintes reprises, endommagés par le feu de l’artillerie et détrempés par les pluies. Beaucoup se retrouvaient sous les bottes des soldats, d’abord celles de l’ennemi lorsqu’il avançait, puis sous celles des Alliés reprenant l’avance vers l’est. Les terrains étaient inévitablement détruits, et les lieux d’un grand nombre de tombes, par ailleurs documentées, anéantis.
Ainsi fut le sort que connut la dépouille de Bousfield.
Le 14 septembre 1923, une pierre tombale du cimetière de Bedford House, près d’Ypres, fut portée au registre : « A Corporal of the Great War—Canadian Scottish—Known Unto God » (Un caporal de la Grande Guerre – canadien écossais, connu de Dieu, NDT). La dépouille avait été transférée avec d’autres de Zillebeke en février. Elle ne fut pas identifiée et la date de la mort resta inconnue, bien que l’on confirma que dans les autres tombes étaient des victimes de la bataille du mont Sorrel.
« J’ai le regret de devoir vous informer que bien que le quartier du sud-est d’Ypres où le caporal
F. P. Bonsfield [sic] aurait été enterré ait été fouillé, et que les dépouilles de tous ces soldats enterrées dans des tombes éparpillées à l’écart aient été enterrées à nouveau avec respect dans des cimetières afin que les tombes puissent être entretenues à jamais comme il se doit, la tombe de ce soldat n’a pas été identifiée », est-il écrit dans une lettre de l’ancienne Imperial War Graves Commission, devenue la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth.
Bref, Percy Bousfield était perdu, mais pas oublié. Pour un homme de l’époque de 20 ans, il avait eu une vie incroyablement riche et bien documentée, et presque un siècle plus tard, des photos, des lettres et des histoires de ses aventures et de sa mort pour une noble cause s’échangeaient dans sa famille.
Puis, en octobre 2019, la Direction de l’histoire et du patrimoine reçut un rapport de la commission qui détaillait une possible identification de la tombe 68, rangée C, lot 11 dans la division no 4 à Bedford House.
La commission, qui gère plus de 1,1 million de tombes militaires dans plus de 23 000 lieux et dans 150 pays et territoires, avait reçu trois « rapports très détaillés » de chercheurs indépendants indiquant que la tombe était celle du caporal Frederick Percival Bousfield.
« La Terre s’est arrêtée de tourner pendant un instant. La probabilité était quasiment nulle. C’est complètement fou. »
La Direction lança sa propre enquête avec l’aide du Programme d’identification des pertes militaires des Forces canadiennes, de la Forensic Odontology Response Team et du Musée canadien de l’histoire.
Des journaux de guerre, des états de service, des registres de victimes et des rapports d’exhumation et de transfert furent épluchés. La Direction conclut que la tombe ne pouvait être que celle du caporal Bousfield. Les détails de l’identification partielle ne correspondaient à aucune autre personne.
Renée Davis est historienne civile à la Direction de l’histoire et du patrimoine et chargée de recherches principale au Programme d’identification des pertes militaires. Avec une petite équipe d’historiens et d’étudiants en enseignement coopératif, elle mène des recherches et analyse des dossiers portant sur des tombes, ce qui diffère considérablement de l’identification de dépouilles retrouvées.
« Habituellement, on est face à une pierre tombale sous laquelle repose un inconnu, mais pour une raison quelconque, un identifiant d’unité, une date de décès, ou quelque chose de ce genre qui suscite l’intérêt [d’un chercheur indépendant], nous a-t-elle expliqué.
Alors cette personne entame des recherches et rédige un rapport pour la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth. »
La commission effectue ensuite une analyse préliminaire du bien-fondé de chaque dossier, puis remet au pays concerné un rapport avec ses conclusions et celles des chercheurs indépendants, ainsi que ses recommandations.
« Bref, Percy Bousfield était perdu, mais pas oublié. Presque un siècle plus tard, des photos, des lettres et des histoires de ses aventures et de sa mort pour une noble cause s’échangeaient dans sa famille. »
C’est à cette étape que l’équipe de Davis intervient. Elle enquête et rédige des rapports accompagnés de recommandations au Comité d’examen du Programme d’identification des pertes militaires sur l’identification catégorique de pierres tombales. Elle n’effectue pas d’exhumation.
Davis explique que son équipe peut identifier de façon sure deux pierres tombales sur dix dans les dossiers qu’on lui confie. Onze des 46 identifications qu’elle a réalisées à ce jour ont été accomplies à partir de stèles, les autres, à partir de dépouilles. La grande majorité sont de la Première Guerre mondiale, où la proportion de disparus au combat fut bien plus grande que lors de la Deuxième Guerre mondiale.
À l’heure où nous rédigeons cet article, le Programme d’identification des pertes militaires se concentre sur 40 enquêtes concernant des dépouilles et sur 38 concernant des tombes.
« On se sent très proche de ces personnes. C’est du concret, note Davis. Des fois, les dossiers comme celui-ci peuvent être bouclés, et c’est merveilleux.
« Mais, assez souvent, il n’y a pas suffisamment de preuves pour affirmer avec certitude de qui il s’agit, ce qui est parfois un peu déchirant. »
Aucun autre profil ne cor-respondait aux rares détails sur Bousfield.
« La famille est chanceuse que Percy était caporal, car sa tombe l’identifiait en tant que tel et en tant que Canadien, et les écrits indiquent qu’il était membre du régiment Highland, souligne Marjorie Bousfield, historienne de la famille et cousine au deuxième degré Marjorie Bousfield. Alors cela limitait vraiment les possibilités.
« Si seul “soldat inconnu” avait été inscrit, il n’y aurait eu aucun espoir, tant ils sont. Dans le cimetière de Percy à Bedford House, il y a [5 139] tombes [du Commonwealth], dont [3 011] ne sont pas identifiées.
« C’est vertigineux. C’est vraiment vertigineux. »
Marjorie Bousfield avait retracé les années de marin de son grand-oncle en parlant avec ses frères et sœurs. Elle avait retrouvé les noms de bateau où il avait travaillé et les nombreux endroits qu’il avait visités. Elle avait aussi découvert des croquis de sa main (il était dessinateur) et des lettres et cartes postales qu’il avait écrites.
La famille, dit-elle, « ignorait complètement qu’il était là-bas », au cimetière de Bedford House, avant que McDowell ne s’assoie à la réunion de la Direction de l’histoire et du patrimoine.
« Cela m’attriste qu’il n’ait pas pu vivre toute sa vie, explique-t-elle. Et c’est encore plus triste quand on multiplie ça par le grand nombre de jeunes hommes qui ont fait la Première Guerre mondiale; un nombre astronomique. Et on pense aux répercussions sur ses proches au pays, car c’était un frère que l’on chérissait vraiment.
« Mais moi, je me sens heureuse. Ce n’est pas comme quand les familles reçoivent des avis de l’armée, ce qui est toujours triste. Nous savions déjà qu’il était mort, donc il n’y a pas cet impact immédiat de tristesse et de tragédie. Nous pouvons donc nous réjouir de savoir où il est. »
Contrairement aux noms de disparu inscrits sur le Mémorial national du Canada à Vimy, en France, qui restent même lorsqu’un disparu est identifié, le nom de Bousfield sera enlevé de la Porte de Menin.
Harry Atherton n’avait que 19 ans quand il quitta les usines, fonderies et houillères de Tyldesley, sa ville industrielle du nord de l’Angleterre, et qu’il arriva au Canada pour commencer une nouvelle vie.
Il n’aurait pas pu trouver plus loin ou plus différent de chez lui quand il s’est installé à McBride, en Colombie-Britannique, un village des Rocheuses dont la population, même en 2021, n’était que de 588 âmes.
Mais, pour un charpentier comme Atherton, un endroit comme McBride était une promesse de prospérité en 1913.
Loin de la route romaine qui traversait sa ville natale où l’urbanisation et l’industrialisation avaient pris racine au XIXe siècle, McBride était un nouveau village situé au mille 90 de la Grand Trunk Pacific Railway. Une gare était en construction sur ce qui allait devenir la rue Main. Les lieux se développaient grâce à l’agriculture, l’exploitation forestière et la voie ferrée.
Cependant, Atherton ne verrait pas beaucoup plus d’aménagement que le petit édifice avec la plateforme et la pancarte « McBride ». Un an après son arrivée, une guerre mondiale éclatait en Europe, guerre d’où il ne reviendrait pas.
En mars 1916, Atherton, qui était alors un artisan de 23 ans, prit le train vers Edmonton, à l’est, où il s’enrôla dans le Corps expéditionnaire canadien.
En juillet, il était en France, au combat sur le front occidental en tant que membre du 10e Bataillon d’infanterie canadienne.
En aout, Atherton prit le chemin d’une des batailles les plus sanglantes de la guerre, celle de la Somme.
Il reçut une balle à la cuisse gauche le 26 septembre 1916, lors de l’assaut des fortifications allemandes de Thiepval. Ce fut l’une des 241 victimes du 10e Bataillon. Comme c’était souvent le cas avec la boue et la saleté du temps de la guerre en France, la plaie s’infecta. Atherton resta hospitalisé 72 jours et on lui permit de retourner au front en mars 1917.
Il semble qu’il ne participa pas aux combats à la crête de Vimy, mais il avait rejoint le 10e à la mi-mai et il prit part à ceux de la côte 70 au mois d’aout. C’est là, en périphérie de la ville minière de Lens, que les quatre divisions du Corps canadien commandé par le lieutenant-général Arthur Currie se mesurèrent à cinq divisions de la 6e armée allemande. Il fallut 10 jours pour arracher la côte au sol crayeux des mains des Allemands.
Les canons canadiens et britanniques lancèrent presque 800 000 obus sur plusieurs jours avant de passer à l’attaque. Les fantassins avançaient sous le couvert d’un rideau de fumée et d’un barrage rampant, et les balles de mitrailleuse tirées des deux côtés se comptaient par millions.
La bataille finit au combat rapproché, au corps à corps désespéré. La Croix de Victoria fut décernée à six Canadiens pour leurs actes sur la côte 70, quatre d’entre elles pour des combats rapprochés.
Atherton fut blessé le premier jour. La nouvelle de sa mort se répandit peu après.
Le 11 juillet 2017, un siècle après sa mort, des sapeurs de combat nettoyant de vieilles munitions trouvèrent des restes humains près de la rue Léon Droux de Vendin-le-Vieil, au nord de Lens. Il s’agissait de ceux d’Atherton.
On ne saura probablement jamais ce qui est arrivé à ce soldat de 24 ans, ni comment il disparut.
« Pour être franche, je ne fais pas de recherches là-dessus », a avoué Sarah Lockyer, l’anthropologue judiciaire et coordonnatrice d’identification des pertes militaires du Canada qui a analysé la dépouille d’Atherton et rédigé le rapport d’enquête.
« La dépouille est généralement près de l’endroit où elle a été découverte », explique-t-elle. Elle dispose de sept à 14 jours pour ses analyses, alors elle se concentre sur l’identification, et non sur la cause de la mort.
« Il s’agit donc de choses comme le profil biologique : évaluer l’âge, évaluer la taille, s’il y a quelque chose de notable concernant les dents ou s’il y a une fracture mentionnée dans les dossiers, des choses comme ça.
« Au final, ils ont été tués au combat, alors ils sont tous morts à cause de la guerre. »
Plus de 9 000 Canadiens furent tués, blessés ou déclarés disparus au combat sur la côte 70. Il y a eu plus de 1 300 portés disparus là-bas, l’un des plus grands nombres de toutes les batailles de la guerre. Lockyer note que 40 des 41 dépouilles que son bureau analysait au moment de l’entretien dataient de la Première Guerre mondiale, et la plupart de la côte 70. Les autres dataient de la Seconde Guerre mondiale.
« Il y a beaucoup de construction dans cette région et on retrouve des restes de dépouilles un peu partout », explique Lockyer.
Le 10e Bataillon auquel appartenait Atherton perdit 429 hommes sur la côte 70, dont 71 n’ont pas de tombe connue. Parmi les morts se trouvait l’un des six Canadiens à qui fut décernée la VC : le soldat Harry Brown qui périt lors d’une contrattaque le lendemain de la mort d’Atherton.
Les sapeurs qui ont découvert la dépouille d’Atherton ont aussi exhumé plusieurs artéfacts, dont un disque d’identité et des insignes du 10e Bataillon, notamment un insigne de casquette portant le blason distinctif à castor et couronne du bataillon.
L’équipe d’intervention en odontologie médico-légale des Forces canadiennes, le Musée canadien de l’histoire et le Comité d’examen du Programme d’identification des pertes militaires se sont mis au travail à l’aide d’analyses historiques, généalogiques, anthropologiques, archéologiques et d’ADN.
Le disque d’identité, appelé aussi plaque d’identité, illisible, fut envoyé à l’Institut canadien de conservation. L’inscription « 10 BATT » était clairement visible en bas après nettoyage. On voyait aussi une partie de numéro matricule « 4 – – 658 » et « ON » près du bord supérieur droit du disque. Le numéro matricule du soldat dont il est question était le 467658.
Lockyer souligne la difficulté à retrouver les proches d’Atherton. Il n’avait qu’une sœur, et notre anthropologue ne savait pas si elle avait des enfants. Le donneur d’ADN et le proche parent étaient en fait deux personnes différentes, dit-elle.
« Ils étaient tous deux quatre fois arrière-petits-cousins, ou quelque chose comme ça. Ils étaient vraiment éloignés d’Atherton. Ça arrive avec son arbre généalogique. »
Malgré les difficultés, les enquêteurs ont confirmé en octobre 2021 que les restes étaient réellement ceux d’Atherton. Sa dépouille fut enterrée avec tous les honneurs militaires, en France, au mois de juin dernier, avec ceux de deux autres personnes, dans le cimetière britannique de Loos, à Loos-en-Gohelle.
Comme c’est l’usage dans le cas de soldats canadiens retrouvés en France, le nom d’Atherton restera avec 11 285 autres sur le Mémorial de Vimy.

L’insigne de casquette d’Atherton (ci-dessus) portant le blason distinctif à castor et couronne du 10e Bataillon, avec des insignes de col C10 et un titre d’épaule du Canada en laiton trouvés avec ses restes. Le disque d’identité partiellement détruit (ci-dessus, à droite) a permis de confirmer le bataillon et le numéro matricule.
C’était une assemblée modèle pour la ville « modèle ». Plus de 170 personnes se sont pressées à la succursale d’Oromocto à l’occasion du très animé 86e congrès de la Direction divisionnaire du Nouveau-Brunswick les 9 et 10 septembre afin de définir l’avenir postpandémique des filiales de la Légion. La garde du drapeau est arrivée au pas, les portes se sont fermées, et Rick Bennett, trésorier national, a déclaré la réunion ouverte.
« Nous avons dû prendre des décisions difficiles, a déclaré le président Daryl Alward dans son allocution d’ouverture. Mais, nous les avons prises ensemble dans l’intérêt de la Légion. »
Il a ensuite remercié les bénévoles et les légionnaires de leur dévouement et de leur travail acharné qui a aidé les filiales à surmonter les défis de la pandémie. Il a également déploré la rude perte de la filiale Portland de Saint John et l’incendie qui a détruit le bâtiment de la filiale Kennebecasis à Rothesay, qui a depuis retrouvé un toit. Mais, ce sont surtout les adhésions qui étaient au cœur du rapport du président et qui ont monopolisé une grande partie de la première journée.
« Les adhésions sont au centre de toutes les préoccupations, et les chiffres sont en baisse, a déclaré
M. Alward. Je vous en prie, continuez de renforcer le nombre de nos membres, car nous ne fonctionnerons pas sans eux », a-t-il supplié.
Le président a ensuite salué l succès du livret d’histoire commémoratif de la direction. Les recettes du projet servent à financer les bourses et les programmes divisionnaires de leadership pour les jeunes de la Légion.
« Les adhésions, c’est mettre des fesses sur les chaises de votre filiale. »
M. Bennett, en tant que repré-sentant de la Direction nationale, a fait écho aux remarques de M. Alward sur l’adhésion dans son discours aux délégués. « Les adhésions, c’est mettre des fesses sur les chaises de votre filiale, a-t-il déclaré. C’est comme ça que vous restez à flot […] sans les filiales, nous n’existons pas. »
« Je suis fier d’être membre d’une filiale […] il est primordial que les directions divisionnaires aident les filiales. Elles comptent plus que tout. »
M. Bennett a ensuite demandé aux membres du public de moins de 50 ans de se lever. Seuls deux ont sauté sur leurs pieds. « La Légion royale canadienne est à vous, leur a-t-il dit. Saisissez-la, prenez-la à pleine main, élancez-vous avec elle. N’écoutez pas les vieux casse-pieds comme moi. » Le message de M. Bennett était limpide : il faut davantage de jeunes membres, et ils sont l’avenir de la Légion.
Le premier vice-président de la direction divisionnaire, Antonin Chevalier de la filiale Alfred Ashburne de Gagetown, a ensuite pris la parole pour présenter le rapport du comité du coquelicot et du souvenir. Élément notable, M. Chevalier a reçu des plaintes sur les nouvelles couronnes et croix biodégradables de la Légion, qui se décoloreraient et sentiraient mauvais.
« La Direction nationale a déployé de grands efforts pour s’assurer que cela ne se reproduise plus, a souligné M. Chevalier. Si vous avez des problèmes, envoyez rapidement un rapport à la direction afin qu’on puisse s’en occuper. »
Le rapport de M. Chevalier a fait place à une discussion sur la question de savoir si les filiales utilisent le fonds du coquelicot aux fins prévues. Le premier vice-président a rappelé aux délégués que les filiales devaient dépenser 80 % de leur fonds du coquelicot chaque année. Amasser et se vanter du montant n’aide pas les anciens combattants, a-t-il rappelé.
Thea McEvoy de la filiale Miramichi a repris le poste de Gary McDade, longtemps trésorier de la division, qui est décédé soudainement en avril dernier. Elle a souligné combien il sera « difficile à remplacer ». Mme McEvoy a indiqué que la Division du Nouveau-Brunswick disposait de 145 106 $ dans son fonds d’administration générale à la fin de 2022, une baisse de

Daryl Alward, président sortant de la Division du Nouveau-Brunswick, s’adresse aux délégués au 86e congrès divisionnaire.[Michael A. Smith/RL]

Représentant le Conseil national, le trésorier national, Rick Bennett, (ci-dessous) a assermenté le nouveau président Antonin Chevalier (en regard).
46 030 $ par rapport à 2021. Le fonds du coquelicot se montait à 32 906 $, celui de la Charitable Foundation à 185 918 $, et le fonds des services communautaires à 12 607 $. La division du Nouveau-Brunswick comptait 6 618 adhérents au 31 aout 2022, une baisse par rapport aux 7 358 de l’année précédente.
Les championnats de sport nationaux de la Légion ont repris après deux ans, et même si les équipes du Nouveau-Brunswick ont eu de bons résultats aux diverses épreuves, le financement partiel du déplacement de ses participants s’est avéré couteux, surtout que tout devient de plus en plus cher. Terry Campbell, président sortant de la filiale Peninsula de Clifton Royal, a déclaré que des changements étaient nécessaires pour que la direction provinciale puisse continuer de soutenir l’envoi de diverses équipes. En réponse, les délégués ont voté l’augmentation du budget des déplacements des athlètes que la direction du Nouveau-Brunswick envoie aux championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes de la Légion. Il passe ainsi de 700 $ à 1 500 $ pour compenser la hausse des prix des billets d’avion et des chambres d’hôtel.
Il faut noter que les délégués ont recueilli plus de 10 000 $ pour la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth.
Une présentation de Whitney McSheffery, gestionnaire de cas à Anciens Combattants Canada, a donné lieu à de vifs échanges. Au cours d’une courte période de questions suivant ses remarques, de nombreux délégués se sont dits inquiets de la confusion qui règne sur l’admissibilité aux prestations d’ACC ainsi que des délais pour obtenir des réponses et y accéder.
« On ne peut pas faire plus lent, Anciens Combattants Canada est quasiment dans le coma », a lancé un délégué frustré.
Les délégués ont estimé que les 30 minutes allouées à Mme McSheffery ne suffisaient pas. Son temps de parole prolongée, elle est gentiment revenue pour tenter de répondre aux préoccupations urgentes.
Après un copieux diner de sandwichs et de soupe et, pour certains, d’un peu de bière, les délégués ont pris un bus pour se rendre au cénotaphe d’Oromocto. La lieutenante-gouverneure Brenda Murphy et Robert Mackay, son aide de camp, se sont joints à eux lors d’une brève cérémonie de commémoration. Le clairon a sonné, la garde du drapeau est arrivée, puis cinq couronnes ont été déposées sur le monument.
De retour aux affaires du congrès, l’élection du nouveau conseil exécutif provincial a eu lieu. Tout d’abord, Tom Daigle de la filiale Moncton et M. Campbell ont été proposés au poste de président honoraire. M. Campbell s’est désisté, et M. Daigle a donc été élu par acclamation.
M. Campbell a ensuite été proposé au poste de président, comme l’ont été M. Alward et M. Chevalier. M. Alward a refusé à nouveau. M. Campbell a décliné, comme à son habitude, non toutefois sans bondir de sa chaise et s’écrier théâtralement : « Je serais stupide de me représenter! » C’est donc ainsi que M. Chevalier a été élu président par acclamation.
Harold Defazio, de la filiale néo-brunswickoise Kennebecasis de Rothesay, a également été élu par acclamation au poste de premier vice-président, de même que Earle Eastman de la filiale St. Croix de St. Stephen à celui de deuxième vice-président, Mme McEvoy, à celui de trésorière et Henry D’Eon de la filiale Lancaster de Saint John à celui de sergent d’armes.
La seule course disputée a été celle de président des débats. La titulaire, Géraldine Lefebvre de la filiale Oromocto, a accepté sa nomination. Étonnement, Terry Campbell aussi, et un murmure de surprise s’est fait entendre dans la salle. M. Campbell est arrivé en tête.
La nouvelle direction ayant été choisie, M. Chevalier a déclaré que son rôle consistait à « aider les anciens combattants.
« Je ne m’inquiète pas pour moi. J’aurai l’aide dont j’ai besoin, mais nous devons nous assurer qu’il en va de même pour les anciens combattants. »
M. Chevalier, légionnaire depuis 23 ans, est un visage familier. Il estime que cela aidera à faire avancer les choses. Son objectif principal en tant que président? « Travailler de concert et améliorer les choses. Nous devons être meilleurs, et cela prend du temps. »