Les femmes n’occupent encore que peu de postes dans les FAC

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, inspecte une garde d’honneur à la base des Forces canadiennes de Bagotville, le 7 octobre 2015. [LS Alex Roy, Bagotville Imaging Section]

Lorsque Carol Kozinski s’est présentée au bureau de recrutement des Forces armées canadiennes en 1981, on lui a demandé quel métier l’intéressait.

Elle avait alors 20 ans et avait travaillé sur des plates-formes pétrolières en mer, et elle répondit qu’elle voulait être mécanicienne.

« Vous êtes trop jolie, lui dit-on, pour être mécanicienne. »

Kozinski, qui a 55 ans aujourd’hui et qui n’est plus militaire, nous a demandé de ne pas mentionner son vrai nom pour le présent article afin de protéger son travail sous contrat. Elle a été technicienne en entretien et en réparation dans les FAC pendant 35 ans et a travaillé sur pratiquement tout ce qui vole, du Sea King au CF-18 Hornet.

Elle a vu bien des changements depuis les jours où les affiches de Playboy ornaient toutes les armoires à outils, mais elle ne croit pas qu’il y en ait eu suffisamment pour modifier sensiblement la composition de ce qui est encore aujourd’hui un domaine fortement dominé par les hommes.

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, a promis d’augmenter la proportion de femmes dans le militaire, qui est actuellement de 14 %, d’un pour cent par année jusqu’à ce qu’elle atteigne 25 %. Cependant, lorsqu’on lui demande ce qu’elle en pense, Kozinski répond tout de go que ce but n’est pas réaliste.

« Si l’on vise 25 % de femmes dans l’armée, dit-elle, ma question, c’est de quels métiers s’agit-il? Et comment va-t-on attirer la nouvelle génération avec de vieux équipements? Et quelles missions y aura-t-il? Parce qu’il faut leur offrir quelque chose à viser. Comment va-t-on en avoir 25 % sans rien leur offrir comme carotte? »

Le vérificateur général, Michael Ferguson, a rapporté en novembre qu’atteindre l’objectif visé nécessitait d’accroître fortement le recrutement de femmes, mais note que les FAC n’ont mis en place aucune mesure spéciale d’équité en matière d’emploi.

À peu près la moitié des militaires canadiennes appartiennent à six professions, celles des commis de soutien à la gestion des ressources, des techniciens en approvisionnement, des officiers de la logistique, des techniciens médicaux, des infirmiers et des cuisiniers.

« Il est difficile d’attirer, de sélectionner, de former et de garder davantage de femmes dans les Forces armées canadiennes sans mettre en place des mesures d’équité d’emploi spéciales », a déclaré M. Ferguson.

Sans oublier non plus la manière dont sont traitées les femmes dans les forces canadiennes. L’inconduite sexuelle notamment, a été mise en relief dans de nombreux rapports.

Le plus récent, celui que Statistique Canada a publié à l’automne, dit que les mauvais comportements sexuels sont encore relativement répandus parmi les soldats, les marins et le personnel de l’aviation du pays malgré les efforts déployés pour les éradiquer.

Statistique Canada a constaté lors d’un sondage de 43 000 militaires que 960 d’entre eux, c’est-à-dire 1,7 %, avaient rapporté avoir été victime d’agression sexuelle pendant les 12 mois précédents, soit au travail, soit commise par des militaires, des employés ou des entrepreneurs de la Défense.

C’est presque le double du pourcentage parmi les travailleurs dans la population générale (0,9 %) au cours de la même période, et le sondage général n’était pas restreint aux agressions sexuelles au travail ou par des collègues. Celui des Forces ne comprenait pas le personnel civil ni les réservistes.

Les résultats, bien qu’ils ne fussent pas surprenants, ont mis Vance en colère, et il s’est engagé à faire de la lutte contre l’inconduite sexuelle une des priorités de son mandat. « J’ai signifié à tous les membres des Forces armées canadiennes
que ce comportement devait cesser, dit Vance. Mes ordres étaient clairs. Mes attentes étaient claires. Et ceux qui choisissent ou qui ont choisi de ne pas obtempérer en subiront les conséquences. »

Les chiffres publiés suivaient de près l’important rapport de l’ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps, qui a dit en 2015 qu’il existait une culture sexualisée sous-jacente dans les FAC qui, si l’on ne s’en occupait pas, pourrait mener à d’autres cas graves de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle.

Par conséquent, l’un des premiers actes de Vance en tant que CEMD a été de lancer l’opération Honneur, une stratégie exhaustive visant l’élimination du problème. Elle a recueilli le « soutien sans équivoque » de sa direction.

« Toute forme de comportement sexuel abusif et inapproprié constitue une menace pour le moral et la disponibilité opérationnelle des FAC, érode le bon ordre et la discipline, va à l’encontre des valeurs rattachées au métier des armes et aux principes d’éthique du ministère de la Défense nationale (MDN) et des FAC, et constitue une transgression, disait-il alors. Je ne permettrai pas les comportements sexuels abusifs et inappropriés au sein de notre organisation, et j’entends tenir tous les dirigeants des FAC responsables des manquements qui permettent que de telles situations se reproduisent. »

Toutefois, Kozinski dit que, vu le roulement de personnel aux échelons supérieurs des FAC, il est difficile de faire quoi que ce soit de constructif pour résoudre un problème si grave qu’il ne nécessite rien de moins qu’un changement de culture.

« Les officiers ne restent à leur poste que pendant trois ans, dit-elle. Comment peut-on accomplir quoi que ce soit? C’est juste assez de temps pour accomplir une seule chose. Le facteur principal, peu importe comment on voit les choses, c’est qu’ils ne sont là que pendant trois ans. »

« Il faut un soutien; il faut l’appui du gouvernement. Au bout de trois ans, on est remplacé. »

Les chiffres suggèrent que l’opération Honneur a inspiré une confiance plutôt mitigée chez les militaires. Bien que 98 % des militaires réguliers aient dit à Statistique Canada qu’ils étaient au courant de la consigne, un tiers d’entre eux seulement ont dit croire qu’elle serait très ou extrêmement efficace, 37 % jugeaient qu’elle serait modérément efficace et 30 % pensaient qu’elle ne serait que peu ou pas du tout efficace.

L’ombudsman militaire, Gary Walbourne, a déclaré que les résultats du rapport sont « extrêmement troublants » et qu’ils « reflètent les plaintes reçues par son bureau au cours des 18 derniers mois. »

« Bien que je sois toujours optimiste quant à la démarche adoptée […] je crois qu’il faut faire mieux : le succès de l’opération Honneur en dépend », dit Walbourne.

En effet, le sondage de Statistique Canada suggère que bon nombre de militaires semblent toujours ignorer le problème de la violence sexuelle, définie par l’agence comme étant des attouchements sexuels non désirés, agressions sexuelles avec violence, ou activités sexuelles auxquelles la victime ne peut consentir.

Parmi les personnes interrogées 36 % seulement des hommes et la moitié des femmes ont dit qu’ils trouvaient que le comportement sexuel déplacé était un problème dans le militaire, malgré l’insistance de Vance en août 2015.

Kozinski dit qu’elle a été victime de comportements sexuels indésirables à plusieurs reprises au cours de sa carrière de 35 ans, dont un pilote qui l’a embrassée de force (« Je lui ai communiqué très clairement que je n’étais pas du tout d’accord et je suis sortie de l’avion »), mais tout de même, elle pense que le problème est exagéré.

Elle dit connaitre personnel-lement une femme qui a subi une agression sexuelle pendant qu’elle était dans les FAC. Le militaire, dit-elle, est « une proie facile » dont les failles attirent une attention disproportionnée.

La contre-amirale Jennifer Bennett qui dirige l’équipe d’intervention en cas d’inconduite sexuelle dit que la cour martiale a été saisie de cinq cas d’agression sexuelle entre janvier et novembre 2016, aboutissant à quatre déclarations de culpabilité et à deux emprisonnements.

Trente autres militaires ont été déchus de leur commandement ou destitués de leur poste de surveillant pour cause de comportement inapproprié, et neuf autres ont été blâmés, ont reçu une amende ou ont été punis après procès sommaire. Un a été renvoyé du militaire.

Dix-huit mois après les constatations de Deschamps, un rapport d’étape militaire disait que deux des 10 recommandations de la juge retraitée avaient été mises en œuvre.

Les autres étaient encore à l’étude.

« L’attention accordée à l’opération Honneur est pratiquement inégalée dans l’histoire moderne des Forces armées canadiennes », lit-on dans le rapport publié en septembre. « Il y a encore beaucoup de travail à faire au cours des années à venir. »

« Changer une culture, cela n’arrive pas du jour au lendemain. »

Le Musée canadien des droits de la personne met les témoignages au premier plan

L’architecte Antoine Predock a dressé les plans du Musée canadien des droits de la personne. [Sharon Adams]

Les témoignages, selon un sage d’antan, nous permettent de voir à travers les yeux d’autrui; ils nous montrent les conséquences de nos actes, créent des communautés, nous enracinent et nous font traverser le temps. Et ils nous apprennent à être humains.

C’est aussi une assez bonne description de l’effet du Musée canadien des droits de la personne sur ses visiteurs. Certes, son architecture est sensationnelle, et les idéaux qu’il incarne sont des plus nobles, mais ce sont les histoires qu’il raconte, les voix humaines qui narrent leur expérience vécue, qui lui donnent toute sa force.

Le musée est un legs de l’homme d’affaires et philanthrope Israel Asper de Winnipeg. Il s’agit du premier musée national du Canada situé au centre géographique du pays plutôt qu’en son centre politique, la capitale. Son mandat est de promouvoir le respect de l’autre, d’encourager la discussion sur les droits de la personne au Canada et ailleurs dans le monde.

La technologie est mise à contribution de manière très efficace pour permettre aux visiteurs de s’immerger dans les histoires. Les droits et responsabilités des Autochtones sont représentés par quatre générations dans un film projeté sur les murs d’un théâtre circulaire dans la galerie des Perspectives autochtones. Un casque de réalité virtuelle met le visiteur au milieu d’une coopérative de tissage au Guatemala, où les femmes revendiquent leur droit de gagner leur vie.

Le cheminement des droits de la personne au Canada y est aussi présenté honnêtement. Les expositions retracent les torts causés aux enfants autochtones dans les pensionnats, l’internement des Canadiens japonais et la confiscation de leurs biens et de leurs entreprises, le traitement des Canadiens noirs, la lutte des Canadiens chinois et des femmes au Québec pour obtenir le droit de vote, et le refoulement des juifs qui fuyaient le nazisme.

Toutefois, on y célèbre aussi d’importantes réalisations : la lutte pour que les femmes soient légalement considérées comme étant des personnes à part entière, l’adoption de lois protégeant les droits de la personne, dont la Charte canadienne des droits et libertés et la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et de lois anti-discrimination et contre les crimes haineux.

La définition et la précision des droits de la personne est une tâche sans cesse renouvelée, l’équilibre entre droits et libertés sans cesse renégocié. Les expositions reconnaissent que les deux processus peuvent être bruyants et controversés.

Le musée lui-même est sujet à plusieurs controverses, en particulier la galerie réservée à l’exploration de thèmes concernant l’Holocauste. Certains critiques ont plaidé pour que l’on y insiste davantage sur d’autres atrocités, comme l’Holodomor du début des années 1930, au cours duquel entre deux et 12 millions d’Ukrainiens sont morts de faim alors que le chef soviétique, Joseph Staline, exportait des millions de tonnes de céréales pour les punir de leur opposition à la collectivisation agricole.

Avec l’Holocauste est née la notion de génocide : l’extermination intentionnelle d’un groupe ethnique ou d’une nation en particulier. Le mot fut créé par l’avocat juif polonais Raphael Lemkin, qui documenta l’extermination systématique de certains groupes de gens par les nazis, notamment les juifs, mais aussi les invalides, les homosexuels et les intellectuels. Il réussit à faire ajouter le terme aux chefs d’accusation des procès de Nuremberg et plaida pour la Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée en 1948.

La galerie explique la manière dont la constitution allemande, les élections démocratiques et les freins et contrepoids au pouvoir furent manipulés peu à peu afin de restreindre la démocratie et de répandre l’idéologie nazie.   

« Six millions de morts n’arrivent pas tout d’un coup, dit le chercheur et conservateur Jeremy Mason. Les plans des camps de concentration ont été dessinés par des gens, les listes de transport des prisonniers aux camps ont été rédigées par des gens, les bons de commande de gaz toxique ont été remplis par des gens. »

Mais il y eut aussi quelqu’un qui abrita Carmela Finkel et sa famille après que presque tous les juifs de leur village en Pologne avaient été arrêtés et exécutés. Dans une vidéo, Finkel explique que sa famille passa 20 mois, dans le silence absolu, dans un trou creusé sous la maison de son voisin alors que des soldats allemands se trouvaient dans la pièce au-dessus. Et après la guerre, quelqu’un d’autre, une personne apparentée à la bénévole du musée Joanie Sheps, parraina la famille pour la faire venir au Canada. « La famille de mes grands-parents a fait venir [les Finkel] à Winnipeg », dit Sheps.

« Les actes de barbarie de la Seconde Guerre mondiale ont élevé la conscience de l’humanité », dit Maron, et en conséquence, des gens ont œuvré ensemble pour protéger et promouvoir les droits de la personne. Parmi eux se trouve le Canadien John Peters Humphrey, qui a été directeur de la Division des droits de l’homme des Nations Unies pendant vingt ans.

On peut voir jusqu’au 14 mars le prix Nobel de la paix ainsi que l’uniforme taché de sang de l’écolière pakistanaise Malala Yousafzai, sur qui un taliban a tiré parce qu’elle plaidait en faveur des droits à l’éducation des filles.

« Il est facile de sombrer dans la déprime quand on voit ce qu’il y a encore à faire », dit Maureen Fitzhenry, directrice des relations avec les médias. Mais, un peu partout dans le musée, on trouve des exemples de gens ordinaires qui ont fait ou font progresser les droits de la personne.

Benoît Huot, Canadien médaillé d’or aux Jeux paralympiques, parle d’inclusion et de participation aux sports pour les gens de toutes capacités. La robe de bal rouge portée par l’écolière Maréshia Rucker, qui a récemment organisé le premier bal intégrant élèves blancs et noirs dans une école secondaire de Géorgie, en dit long sur la ségrégation raciale qui existe encore aux États-Unis. Et il y a aussi les robes rouges qui symbolisent les femmes autochtones disparues ou assassinées. 

Tout en haut du mur de la galerie une boucle vidéo des 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme est projetée. Et enfin, il y a les témoignages de gens qui s’efforcent d’incorporer les droits de la personne dans leur propre vie, des gens comme les femmes en Arabie Saoudite qui se battent pour avoir le droit de conduire.

Ce sont des histoires comme celle-là qui montrent comment les idéaux nobles mais abstraits des droits de la personne s’incarnent dans l’expérience humaine.

À votre service: Avez-vous un testament à jour?

À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

Il est important que votre testament soit à jour pour que vos biens soient répartis comme vous l’entendez. Vous pouvez chasser tout souci concernant votre succession en informant les membres de votre famille de vos dernières volontés au moyen d’un testament.

Le testament est la meilleure façon d’exprimer votre volonté quant à la distribution de vos biens. Même si vous n’avez pas beaucoup d’argent ni de possessions, avoir un testament vous permet de nommer un exécuteur qui prendra les décisions après votre mort.

Dans la plupart des provinces et territoires, ce sont les parents les plus proches qui, en vertu de la loi, se partageront votre patrimoine si vous mourez sans testament. Selon la complexité de votre succession, vos proches pourraient devoir embaucher un avocat et se présenter devant un magistrat. Il se pourrait aussi qu’une agence gouvernementale se mêle de votre succession pour qu’elle soit réglée correctement.

Vous n’aurez pas nécessairement besoin de conseils juridiques, mais un testament ou tout autre document de planification successorale reste un document juridique; il est donc sage de les faire rédiger par un avocat. Vous pourriez vous servir d’une trousse testamentaire ou d’un autre guide, pour vous organiser, mais ces outils ne suffisent souvent pas. Un avocat veillera à ce que les documents soient tous rédigés et signés dans les formes. Au Québec et en Colombie-Britannique, les testaments peuvent aussi être rédigés par des notaires.

Il est important que votre famille sache où et comment obtenir votre testament. Il est également prudent de réviser votre testament tous les cinq ans, ou plus souvent s’il y a des changements dans votre famille, afin de vous assurer qu’il reflète bien vos souhaits.

Vous trouverez des renseignements sur les testaments et la succession sur le site Web du gouvernement du Canada www.aines.gc.ca, sous la rubrique « Testaments et arrangements funéraires ».

Face à face: Le Canada devrait-il envoyer l’armée de terre en Syrie?

Selon le site Web du gouvernement du Canada, le conflit en Syrie est « la pire crise humanitaire que connaisse actuellement le monde ». On y cite des chiffres de l’ONU : 13,5 millions de personnes en Syrie ont besoin d’une aide urgente, plus de 250 000 morts, des centaines de milliers de blessés, quelque cinq millions de réfugiés.

C’est une catastrophe qui empire de jour en jour. Les efforts déployés pour l’endiguer reviennent à essayer de faire rentrer un génie dans sa lampe.

« À ce jour, en réponse à la crise qui sévit en Syrie, le Canada s’est engagé à verser près de 1 milliard de dollars au titre de l’assistance humanitaire et de l’aide au dé-veloppement et à la sécurité, » dit Affaires mondiales Canada.

Le problème, c’est que le Canada – tout comme la communauté internationale – agit trop peu et trop tard pour avoir un impact réel en Syrie et dans la région. Le génie est sorti de sa lampe et personne ne sait quels ravages il causera encore.

Sans aucun doute, le Canada devrait répondre à la crise des réfugiés et prendre part aux efforts humanitaires, mais de telles mesures seraient inutiles si le Canada et ses alliés avaient agi résolument dès le début pour mettre fin aux excès du président Bachar al-Assad, à l’essor de l’ÉI et à l’engagement de la Russie.

Le Canada devrait être présent,
partout où les combats le mèneront,
car l’ÉI est notre ennemi à tous.

Cela dit, il est encore possible d’enrayer la vague de misère et de destruction. Le Canada devrait être présent, partout où les combats le mèneront, pour affaiblir l’ÉI, car ce dernier est notre ennemi à tous.

Le conflit en Syrie, découlant des protestations de 2011 contre le gouvernement, n’est plus une guerre civile. C’est maintenant une insurrection comprenant un embrouillamini de combattants dont les motifs et les buts comprennent des intérêts ethniques, religieux et politiques qui risquent de plonger toute la région, déjà fort instable, dans le chaos.

Les principaux combattants ont pratiquement tous le même ennemi : l’État islamique dont l’objectif déclaré est de contrôler le monde, ni plus, ni moins. Il n’y a pas moyen de négocier avec de tels fanatiques, rejetons d’al-Qaïda.

Leurs méthodes – décapitations filmées, esclavage et immolation de captifs, sont encore plus cruelles et barbares que celles d’al-Qaïda.

Si l’on se débarrassait des extrémistes, il y aurait sûrement moyen de trouver une voie vers la paix, si difficile soit-elle. Le président de la Russie, Vladimir Poutine, profitant de l’apathie des alliés occidentaux et prétendant apporter une solution, s’est précipité pour combler le vide. Ses bombardements aveugles ont tué ou blessé des milliers de civils innocents tout en minant délibérément les objectifs de l’Ouest.

Pour être partie prenante à la solution, le Canada doit contribuer davantage à la lutte. Nous assumons actuellement les conséquences du manque d’engagement décisif de la part de la communauté internationale. Mais si le Canada est effectivement un leader et un exemple, comme le croient les Canadiens, il ne peut pas tourner le dos à une tragédie que l’on aurait pu prévenir.

Une action militaire déterminée sauvera la vie à des innocents, préservera les sites anciens et les antiquités, découragera l’opportunisme de Poutine et servira à stabiliser une situation qui s’envenime.

L’armée canadienne est loin d’être la plus nombreuse ou la mieux équipée. Cependant, il n’y a pas de meilleurs soldats que les siens, et elle accomplit souvent bien plus que sa taille le laisserait présumer.

Le Canada a déjà mis la main à la pâte dans la région. Bien qu’il ait mis fin à ses bombardement en Iraq et en Syrie, ses forces d’opérations spéciales sont en train de former et de conseiller les troupes iraquiennes dans des opérations militaires contre l’ÉI, et elles se battent à leurs côtés.

Il peut, et doit, faire davantage.

Syria en destruction, 2015.

Le Canada devrait retirer son armée du théâtre de Syrie/Iraq et arrêter de déployer ses soldats en nombre dérisoire dans certains points chauds choisis autour du monde. Vu qu’il n’y a pratique-ment aucun danger près de nos frontières, nous envoyons des soldats se battre à l’étranger depuis la guerre d’Afrique du Sud de 1899 pour assumer les responsabilités liées à nos alliances. Cependant, nous devrions veiller à ce que nos engagements militaires soient assez conséquents pour faire une différence concrète. Nous n’accom-plissons ni l’un, ni l’autre, lorsque nous dispersons trop notre petite armée de terre régulière d’un peu moins de 22 000 hommes et femmes de-ci de-là pour des objectifs symboliques.

Depuis son élection en octobre 2015, le gouvernement libéral a mis fin à la participation du Canada aux attaques aériennes contre l’ÉI, mais il a déployé à peu près 600 soldats pour « former » les forces kurdes qui se battent contre l’ÉI. En outre, le gouvernement a annoncé que 400 soldats seront déployés en Lettonie et on s’attend à ce que 600 autres soient envoyés en Afrique. Cela fait déjà environ 1 500 soldats en tout, ce qui est dangereusement près des quelque 2 500 qui constituent la ligne de combat de notre armée de terre.

Pendant la guerre froide, la plus grande partie de l’armée de terre déployée était constituée du 4e Groupe-brigade mécanisé du Canada, déployé en Allemagne. Les trois autres brigades du Canada n’étaient pas conçues pour être « mobilisées » et envoyées
à l’étranger.

Pourquoi ce nouveau gouvernement
administre-t-il les soldats à la petite cuillère?

Les coupures budgétaires importantes du début des années 1990 ont éliminé la 4e Brigade et retiré environ 5 000 soldats à l’armée de terre. Lorsque le Canada déployait des soldats en mission de maintien de la paix, les groupements tactiques envoyés étaient essentiellement des bataillons formés de sapeurs de combat, de spécialistes des communications et d’autres soldats de métier auxiliaires. L’armée de terre était à la limite de ses capacités à cause de tous ces déploiements.

Lorsque des terroristes ont attaqué les États-Unis le 11 septembre 2001, le gouvernement libéral du premier ministre Jean Chrétien et le ministre de la Défense nationale, Art Eggleton, s’en sont tenus à l’idée de ne pas envoyer de petits groupes de soldats canadiens se battre contre al-Qaïda et les talibans. C’est pour cela qu’ils ont refusé de se joindre à la mission menée par les Britanniques qui visait à assurer le service de police à Kaboul, capitale afghane, après que les talibans en avaient été chassés cet automne-là. Les Britanniques voulaient quelques centaines de spécialistes, mais Ottawa a refusé. Si le Canada devait prendre part au combat de l’OTAN, il enverrait une grande formation, sinon, rien du tout. Les Canadiens voulaient y prendre part alors le gouvernement a envoyé au Kandahar le 3e Groupement tactique du PPCLI. Les déploiements suivants à Kaboul, en 2003 et au Kandahar, en 2005, ont tous été des groupements tactiques.

Alors pourquoi ce nouveau gouvernement administre-t-il les soldats à la petite cuillère? Le monde est dangereux ces jours-ci à cause des conflits tragiques et sanglants en Afrique et des guerres sans merci qui risquent d’exploser ailleurs. Ne devrions-nous pas plutôt préparer une contribution importante à l’OTAN plutôt que d’essayer de sauver le monde à l’aide de soldats dont le nombre ne remplirait pas plus que le stade de hockey d’une petite ville? Si nous voulons sauver des peuples opprimés ou nous tenir avec nos alliés de manière qui vaille la peine, augmentons le budget de la défense et accroissons notre armée, surtout l’armée de terre; sinon, ne nous leurrons pas sur nos réelles capacités.

Appui aérien pour le Corps canadien à Vimy

Les soldats célèbrent leur victoire en quittant le champ de bataille de Vimy. [BAC/e010696454]

Le Corps canadien, dans ses préparations à l’attaque de la crête de Vimy, était appuyé par la I Brigade du Royal Flying Corps. Les avions de quatre escadrilles du Corps aidaient à dresser les cartes des défenses allemandes et à localiser les batteries de l’ennemi. Le 9 avril 1917, 180 des 212 batteries avaient été localisées précisément et leurs coor-données, indiquées sur les cartes. La I Brigade avait aussi quatre escadrilles de chasseurs pour défendre les avions du Corps et décourager la reconnaissance de l’ennemi au front. C’était une tâche sombre, car l’aviation allemande comprenait des chasseurs Albatross supérieurs armés de mitrailleuses qui étaient supérieurs à la plupart de leurs homologues du RFC. Les escadrilles du Corps se composaient d’avions de reconnaissance biplaces BE-2; même les modèles les plus nouveaux frisaient l’obsolescence.

L’escadrille No 16 avait reçu l’ordre d’appuyer directement le Corps canadien. L’unité prit part à la reconnaissance préliminaire des systèmes de tranchées de l’ennemi et dirigea le feu de l’artillerie, mais elle dût aussi se spécialiser en patrouilles de contact lorsque l’attaque commença. L’amère expérience avait montré que lorsque les troupes avaient quitté leurs tranchées pour passer à l’attaque, les commandants n’avaient guère de renseignements pour savoir jusqu’où elles s’étaient avancées. Les fils de téléphone étaient facilement coupés, les pigeons étaient trop lents et il n’existait pas de radio à laquelle on puisse se fier. Alors les avions alliés descendaient à travers la fumée et les obus pour surveiller le progrès de l’infanterie et faire état des positions ennemies. La communication entre l’infanterie et les équipes d’aviateurs s’effectuait au moyen de lampes de signalisation, de klaxons, de fusées éclairantes et de messages largués. Jusqu’au 7 avril, l’escadrille No 16 inscrivait à ses registres des « patrouilles d’exercices de contact » avec les brigades canadiennes qui duraient 90 minutes en moyenne.

Fait surprenant, rares furent les appareils de l’escadrille No 16 qui furent attaqués par les avions ennemis juste avant ou pendant l’action à Vimy, probablement parce que les éclaireurs du RFC tenaient
les chasseurs Albatross occupés.

À partir du printemps de 1917, une douzaine de ses pilotes et de ses observateurs étaient Canadiens, ainsi qu’au moins un mécanicien (Harry Towson de Vancouver). Le lieutenant Cecil George Durham, sur-nommé « Bull », était l’un des observateurs. Né en Angleterre, il habitait à Drumheller, en Alberta, lorsqu’éclata la guerre, et il s’enrôla dans le 19th Alberta Dragoons, puis fut transféré au Lord Strathcona’s Horse. Il fut blessé en 1916, reçut la Médaille militaire et fut muté au Royal Flying Corps. Ses collègues disaient de lui que c’était un « personnage » qui roulait ses cigarettes avec du tabac Bull Durham (d’où son surnom). Il lui arrivait souvent de réciter The Shooting of Dan McGrew. Il était observateur dans l’escadrille No 10, puis dans la No 16, et la Croix de guerre lui a été décernée par la France.

L’escadrille No 16 eut des pertes canadiennes même avant la bataille. Le lieutenant Duncan John McRae de Prescott (Ont.), un observateur, fut tué le 1er février 1917, quand son BE-2E fut abattu. Un pilote canadien, le lieutenant James William Boyd de Toronto, mourut de ses blessures le 5 février 1917. Le Lieutenant Geoffrey Joseph Brichta de North Battleford (Sask.), observateur lui aussi, fut tué le 6 mars 1917; son pilote et lui furent abattus par Manfred von Richthofen. Richard Hilton Lloyd de Wingham (Ont.) fut blessé le 28 mars 1917. Le 6 avril, faisant un vol de reconnaissance au-dessus d’un secteur saturé d’obus d’artillerie et de balles de mitrailleuses allemandes, un BE-2E abattu par le feu antiaérien emporta deux Canadiens : le sous-lieutenant Ubalde Hormisdas Séguin d’Ottawa et le lieutenant Osbert Richmond Knight, CM, qui bien que né en Grande-Bretagne, s’était enrôlé dans le CEC en 1914.

Fait surprenant, rares ont été les appa-reils de l’escadrille No 16 qui furent attaqués par les avions ennemis juste avant ou pendant l’action à Vimy, probablement parce que les éclaireurs du RFC tenaient les chasseurs Albatross occupés. Quoi qu’il en soit, le lieutenant Frederic Lawrence Baker de Vancouver et son observateur britannique furent attaqués par deux chasseurs allemands, le 2 avril, pendant qu’ils dirigeaient le feu d’une batterie de siège. Son réservoir avant fut percé et il dût rebrousser chemin sans terminer le « tir ».

Le sous-lieutenant Frederick Baguley de Toronto eut une expérience éprouvante le 7 avril alors qu’il essayait de voir les canons au sol.

Son pilote britannique rapporta : « pendant qu’on cherchait des bandes au sol, un Nieuport à cercles étranges est passé à côté d’un ballon et s’est approché à moins de 100 verges de nous. Nous l’avons évité en plongeant et lui avons fait signe de la main. En retournant, nous avons vu deux parachutes descendre du ballon et le ballon derrière Saint-Éloi s’est enflammé. Nous avons viré de bord et suivi l’appareil qui s’éloignait. Un chargeur-tambour de l’affut du pilote fut tiré de loin. L’appareil plongea à environ 1 500 pieds en traversant les lignes devant Roclincourt. Des obus antiaériens ont explosé près de lui. La dernière fois qu’on l’a vu, il s’éloignait vers l’est au sud de Bailleul. »  Le « Nieuport » était de toute évidence un appareil ennemi que ni Baguley, ni son pilote n’avaient reconnu.

Les vols de reconnaissance se poursuivirent jusqu’au dernier moment. Le 9 avril, premier jour de l’attaque, le redoutable « Bull » Durham et son pilote britannique, le lieutenant C.M. Crow, furent envoyés examiner les barbelés de l’ennemi. Leur rapport était encourageant : beaucoup de barbelés détruits et quelques tranchées anéanties.

Les opérations du 9 avril furent restreintes à cause des nuages bas, de la brume, de la neige et même de la grêle. Bien qu’il y eût des patrouilles de contact, elles ne furent pas aussi essentielles que prévu, car les transmetteurs du Corps canadien réussirent à maintenir le contact téléphonique et visuel entre le front et l’arrière durant l’assaut. Les pertes du RFC furent causées principalement par le feu terrestre. Le 13, la 4e Division canadienne trouva deux officiers britanniques de l’escadrille No 16 blessés dans un abri allemand. On leur avait tiré dessus le 9 pendant une patrouille de contact.

Les aviateurs de l’escadrille No 16 n’étaient pas les « chevaliers de l’air » tant aimés par les auteurs de Hollywood. C’étaient des pilotes et des observateurs dont la tâche était de faire des sorties banales jour après jour, dans des avions modestes, faisant de leur mieux pour les pauvres fantassins.

La battaille de la crête de Vimy

“The Taking of Vimy Ridge, Easter Monday 1917” fut paint par le premier artiste militaire officiel du Canada, Richard Jack, deux ans après la bataille. [MCG/19710261-0160]

VIMY
1917-2017


Lorsque les Britanniques se préparaient
à renforcer l’avancée des Français, le
général Julian Byng prédit, avec raison,
que l’on demanderait aux Canadiens de
prendre la crête stratégique de Vimy.


Il n’y a probablement pas d’endroit
en France où il y a eu autant d’hommes tués par mètre carré que sur ce terrain pentu », racontait le lieutenant-colonel Joseph Hayes du 85e Bataillon à propos du champ de bataille de la crête de Vimy. Cette crête, au nord-est de la France, était un endroit élevé crucial dominant la campagne environnante. Dans la guerre des tranchées statique du front occidental, elle offrait des avantages énormes à qui l’occupait.

La Sixième armée allemande avait vaincu les forces françaises en octobre 1914 et capturé cette crête longue de sept kilomètres. À 145 mètres au-dessus du niveau de la mer en son point le plus haut, elle permettait aux Allemands de voir au loin jusque dans les tranchées des soldats français. Leur artillerie faisait des ravages. Les Français essayèrent de reprendre la crête lors de trois batailles majeures en 1914 et en 1915, mais ils furent repoussés chaque fois.

Des soldats canadiens traversent les enchevêtrements de barbelés pendant la bataille de la crête de Vimy, en avril 1917. [MDN/BAC/PA-0001087]

Quelque 400 000 Français et Allemands avaient été tués ou estropiés pendant ces combats, et les attaques et contrattaques successives avaient réduit les innombrables cadavres en bouillie. Le major C.A. Bill du 15th Royal Warwickshire Regiment, régiment britannique qui passa un peu de temps sur le front de la crête en 1916, raconta : « dans l’herbe rêche derrière nos lignes, j’ai vu une longue ligne de zouaves qui avaient été fauchés comme une rangée de maïs en s’avançant à découvert, et vu la condition de leurs corps, ils devaient être là depuis un an ». L’odeur des corps en décomposition donnait des haut-le-cœur à des kilomètres à la ronde.

Les Allemands fortifiaient sans cesse la crête, qui servait de rempart dans cette partie du pays, et qui protégeait la région de Lens, importante productrice de charbon, au nord-est. Des kilomètres de tranchées zigzagantes étaient ancrés par des casemates où s’abritaient les servants de mitrailleuses MG-08. Ceux des canons et des mortiers avaient fait le tracé des voies d’avancée. On comprend que les Allemands aient été sûrs de pouvoir tenir la crête contre toute attaque.

Le lieutenant-général britannique sir Julian Byng commandait le Corps canadien à Vimy. [MDN/BAC/PA-001284]

Le Corps canadien était la principale formation de combat du pays au front occidental. À la fin de 1916, lorsque les Canadiens arrivèrent au front de Vimy, l’effectif du Corps s’élevait à 100 000 hommes. Il était composé de quatre divisions d’environ 20 000 fantassins chacune, les autres étant les soldats attachés au Corps, et à sa tête se trouvait le général britannique sir Julian Byng. Les soldats canadiens se firent vite appeler les Byng Boys (gars de Byng, NDT), allusion à un spectacle populaire à Londres et à la popularité du commandant du Corps. « Les hommes l’adoraient », écrivait le lieutenant-colonel Andrew McNaughton.

 

Il s’agissait de l’unité de combat identifiable du Canada.
Les Canadiens et leurs représentants politiques plaidèrent pour que les divisions du dominion, dont le nombre finit par s’élever à quatre, combattent ensemble, et pour ne pas les séparer en les joignant à d’autres
corps d’armée britanniques.


La plus grande partie de la division d’infanterie consistait en 12 bataillons de 1 000 hommes, bien que leur effectif fût rarement au complet à cause des pertes continuelles au front. Les unités de mitrailleuses, d’artillerie, de génie, les bataillons de travail, les ambulances et nombre d’autres
unités de soutien formaient le reste de la division, commandée par un major-général.

Un régiment monte à bord d’un convoi à la crête de Vimy en avril 1917. [MDN/BAC/PA-001197]

La performance au combat des Canadiens avait été inégale jusqu’à la fin de 1916. Bien qu’ils eussent répondu avec enthousiasme à l’appel en août 1914, des milliers ayant afflué vers les drapeaux, il avait fallu du temps et des efforts considérables pour transformer les unités de miliciens et les groupes d’hommes en unités de combat ordonnées. Une grande partie du premier contingent de Canadiens, comme on appelait les quelque 30 000 premiers qui partirent outre-mer, avait une certaine expérience de la milice ou du service à la guerre d’Afrique du Sud. Quoi qu’ils aient été avant la guerre, ils étaient tous Canadiens lorsqu’ils se battaient sous le symbole de la feuille d’érable.

La Division canadienne se fit remarquer à la deuxième bataille d’Ypres en avril 1915, quand elle résista aux premières attaques au chlore gazeux et aux forces allemandes écrasantes. La bataille fit 6 000 victimes, mais les Canadiens furent louangés dans tous les coins de l’empire.

Ils résistèrent pendant l’été, l’automne et l’hiver, et une nouvelle division arriva en septembre 1915 pour créer le Corps canadien. Il s’agissait de l’unité de combat identifiable du Canada. Les Canadiens et leurs représentants politiques plaidèrent pour que les divisions du dominion, dont le nombre finit par s’élever à quatre, combattent ensemble, et pour ne pas les séparer en les joignant à d’autres corps d’armée britanniques. Cela permit aux Canadiens de servir et de combattre ensemble.

Les Canadiens, comme toutes les forces armées, avaient été gravement touchés à la Somme, dont ils étaient repartis avec 24 000 hommes de moins.

Ils furent redéployés au secteur relativement calme de Vimy, où ils s’installèrent dans les vieilles tranchées des Français qui avaient récemment abrité des Britanniques. Les nouveaux soldats qui remplissaient les rangs des bataillons décimés parlaient d’évincer les Allemands, mais les anciens tenaient leur langue. La forteresse Vimy ne tomberait qu’au bout d’une lutte titanesque.

Des soldats canadiens construisent une route pour préparer la bataille à venir. [MDN/BAC/PA-001226]

Au début de 1917, pendant un des hivers les plus froids de mémoire d’homme, sir Julian Byng évalua la crête de Vimy. Il n’aima pas ce qu’il vit. Les survivants de la Somme étaient habitués aux champs plats des fermes locales. Les rares petites crêtes, collines et buttes de la Somme n’étaient rien comparées à la crête qui les dominait comme un énorme amas de terre brulée et de débris putréfiés.

Le terrain montait régulièrement du sud-est au nord-ouest, le point culminant étant à la côte 145 qui était bien fortifiée. Au nord de la côte 145 se trouvait une zone basse marécageuse dominée par le Pimple (bouton, NDT), position élevée percée de tunnels pour créer des tranchées et des abris renforcés. Les défenseurs qui s’y trouvaient pouvaient balayer une grande partie des lignes canadiennes au sud et au sud-ouest. « Les Allemands ont capturé Vimy en octobre 1914 et y ont érigé de solides défenses, raconta le canonnier canadien Allan Cole. Ils considéraient que la crête était imprenable […]. Les pièces d’artillerie et les mitrailleuses étaient parsemées dans la zone et ils avaient pris leurs dispositions pour se défendre. »

Les Canadiens faisaient partie de la Première armée, commandée par le général Henry Horne, et Byng soupçonnait – avec raison, s’est-il avéré – que le Corps canadien recevrait l’ordre de capturer la crête. Il demanda aux officiers de son état-major et à ses commandants supérieurs de dresser un plan.

L’insigne de casquette d’un soldat du 107e bataillon (Winnipeg), CEC. [MCG/19920166-1734]


Des routes furent construites et reconstruites
à mesure qu’elles se morcelaient sous les sabots
de quelque 50 000 chevaux et mules.

Il n’y avait pas moyen de prendre la crête de Vimy par surprise. L’attaque ne pouvait être que frontale, contre une position préparée.

Le plan de feu complexe fut organisé par le major Alan Brooke, militaire professionnel de 34 ans à l’esprit aiguisé. Il conçut un plan de bombardement incessant des défenses allemandes le long de la crête puis, le jour de la bataille, un barrage rampant d’obus qui ratisserait les lignes de l’ennemi, morcèlerait les défenses allemandes et obligerait les défenseurs à se réfugier dans leurs abris.

Andrew McNaughton, officier de contrebatterie canadien, était chargé des canons assiégeants de l’artillerie lourde du brigadier Roger Massie – les obusiers à calibre de plus de 6 pouces –, pour harceler, détruire et réprimer les canons de l’ennemi.

Le pilonnage et les tirs des contrebatteries seraient effectués par les canonniers britanniques et canadiens. En fin de compte, il y avait 983 canons et mortiers pour fracasser les lignes ennemies. Les Canadiens avaient 1,6 million d’obus pour alimenter les canons. De nouveaux chemins de fer furent construits par des unités du génie, des voies ferrées et de l’infanterie. Des routes furent construites et reconstruites à mesure qu’elles se morcelaient sous les sabots de quelque 50 000 chevaux et mules. Les animaux étaient surchargés de travail et manquaient de fourrage. « Il y a des carcasses de ces pauvres bêtes partout », se lamentait le major Karl Weatherbe de la 6e Compagnie de sapeurs canadiens.

L’attaque du Corps canadien à  Vimy n’était pas isolée. Elle faisait partie de l’offensive des Britanniques sur Arras qui était menée en renfort de l’offensive dirigée par les Français au front de l’Aisne. Le général français Robert Nivelle, récemment nommé commandant des armées françaises à la suite de son succès lors de la bataille de Verdun l’année précédente, avait promis aux politiciens, à ses soldats, à toute la France qu’il obtiendrait la victoire. Sa fierté et sa vantardise frôlaient le mensonge, et ses plans n’avaient rien de différent des autres charges menées à l’aveuglette, excepté que sa maitrise sur l’opération proposée était pathétique. Les Allemands avaient capturé ses plans, et savaient donc exactement où il avait l’intention d’attaquer. Ils se préparèrent en conséquence, se repliant même le long du front vers de meilleures tranchées à 30 kilomètres, ce qui permit de regrouper d’autres formations de réserve et d’artillerie.

Le charme de Nivelle réussit aussi à convaincre le nouveau premier ministre, David Lloyd George, qu’il avait trouvé une solution à l’impasse du front occidental. M. George s’était tourmenté sans fin à cause des pertes subies à la Somme, et n’était que trop heureux de laisser les Français mourir lors d’une nouvelle offensive. Mais il méprisait son commandant, le maréchal sir Douglas Haig. Il donna l’ordre à Haig de prêter main-forte à Nivelle, même si le Britannique se méfiait du plan français.

La Troisième armée, commandée par le général Edmund Allenby et la Première armée, commandée par le général Henry Horne attaqueraient une semaine avant les Français pour amenuiser les réserves allemandes. Le point d’appui de la crête de Vimy se trouvait dans le secteur britannique, et Haig en avait peur, car il était au courant de ce qui était arrivé aux armées françaises. Mais Vimy devait tomber; sinon, l’assaut britannique serait probablement repoussé. La pression exercée sur les Canadiens de Byng était extrême.

Un masque à gaz porté par un soldat canadien, le lieutenant-colonel Thain MacDowell, à qui fut décernée la croix de Victoria à la bataille de la crête de Vimy. [MCG/19720102-061]

Après la somme, Byng ordonna une étude détaillée de ses réussites et de ses échecs. Le nombre de ces derniers était supérieur à celui des premières. Byng choisit aussi son meilleur commandant, le major-général Arthur Currie, pour aller en tournée d’étude avec les Français et les Britanniques. Currie avait été officier dans la milice et promoteur immobilier à Victoria, mais il comprenait la guerre. Il avait beaucoup lu et il était disposé à admettre qu’il n’avait pas réponse à tout en ce qui concernait l’énigme des tranchées. Et il acceptait volontiers d’apprendre.

Quand il retourna au Corps, son rapport détaillé devint le pivot qui révolutionna la manière de combattre des Canadiens.

Les leçons françaises apprises à Verdun montraient l’importance de décentraliser le commandement et de mieux armer les fantassins. Il leur fallait une puissance de feu supérieure. Le peloton de quelque 50 hommes fut réorganisé en quatre sections : carabiniers, grenadiers, grenadiers à fusil et servants de mitrailleuse Lewis.

L’infanterie collabora aussi davantage avec les canonniers qui devaient effectuer le barrage rampant. Les fantassins s’exercèrent derrière les lignes, se déplaçant vers des drapeaux représentant un barrage imaginaire, s’avançant de 100 verges toutes les trois minutes. Pendant l’avancée, les officiers devaient se coucher comme s’ils étaient morts afin que les grades subalternes soient obligés de les remplacer. Ensuite, ils étaient « tués ». La progression devait continuer malgré tout. Des photographies aériennes et des modèles à grande échelle, certains de plus dix mètres de largeur, furent étudiés. Quelque 40 000 cartes furent aussi distribuées, de sorte que presque tous les hommes en avaient une.

Des soldats allemands capturés aident un Canadien blessé. [MDN/BAC/PA-002060]

L’entrainement fut mis en pratique sous forme de raids menés contre des tranchées allemandes. Les attaquants se débarrassaient de la plus grande partie de leur équipement encombrant, s’armaient de couteaux, de matraques et de pistolets, et traversaient le terrain neutre pour faire un prisonnier allemand ou lancer quelques grenades dans une tranchée.

Ces opérations éclair propageaient l’agitation au front, et bien avant la bataille de Vimy, les Allemands avaient appris à craindre les Canucks. Byng aimait les raids, dont 60 furent menés au cours d’une période de trois mois précédant la bataille de Vimy, parce qu’il pensait qu’ils inculquaient l’agression et les compétences tout en portant sur les nerfs de l’ennemi et qu’ils permettaient de recueillir des renseignements. Cependant, certains des officiers supérieurs, comme Currie, pensaient que les Canadiens menaient un trop grand nombre de raids, causant trop de pertes parmi les meilleurs soldats. Il y avait des victoires spectaculaires, mais aussi des remontrances sévères, comme le raid mal préparé du 1er mars mené par la 4e Division, où quatre bataillons d’attaquants comptant sur le gaz plutôt que sur l’artillerie subirent 687 morts et blessés.

Il y eut encore plus de pertes à cause des obus allemands. Robert Edwards écrivit ceci à des amis de sa famille, au village de Malahide :« C’est une guerre terrible. […] Même quand ils sont dans les tranchées, ils font face à la mort sans arrêt, car on ne sait jamais s’ils peuvent les voir et faire feu sur le groupe, et les tuer tous. »

L’artillerie alliée intensifia les bombardements pendant la dernière semaine de mars, et leur férocité empira à nouveau le 2 avril. Plus d’un million d’obus furent tirés. Les lignes allemandes étaient pulvérisées par le bombardement massif, les défenseurs étant tués ou obligés de se tapir dans leurs abris profonds. Le nouveau détonateur du 106 servait à détruire les barbelés, car il permettait à l’obus d’exploser au contact plutôt que de s’enfouir dans le sol. Ces détonateurs étaient l’une des plus importantes évolutions techniques de la guerre et les barbelés furent détruits systématiquement. « Nos munitions et nos canons semblent ne pas avoir de limite maintenant », écrivit le capitaine Victor Tupper du 16e Bataillon quelques jours seulement avant de mourir au combat. « On est en train de mettre les chleuhs en pièces. »

Environ 15 000 fantassins canadiens appartenant à 21 bataillons de la première vague s’infiltrèrent vers le front pendant la nuit du 8 au 9 avril. Les chanceux passèrent par les 13 tunnels. Ces derniers étaient sombres et confinés, et certains d’entre eux semblaient sans fin, comme le Goodman qui mesurait 1 722 mètres, mais ils conféraient une certaine protection contre les obus et les intempéries. Les premières heures du 9 furent affreuses, la température étant tombée au-dessous de zéro et des bourrasques de neige déferlant de la crête.

Les Canadiens reposés étaient prêts. Même si les raids et les obus de l’ennemi avaient fait plusieurs milliers de morts et de blessés au cours des trois mois de préparation, la plupart des fantassins se sentaient plus prêts que jamais. Mais cela ne veut pas dire qu’ils étaient naïfs. Personne ne s’attendait à ce que la forteresse allemande tombe facilement.

Les hommes parlaient de leur sort. La plupart ne faisaient que peu de cas de la mort, disant qu’ils mourraient « quand ce serait leur tour ». Cependant, personne ne voulait mourir. Leur apparence calme dissimulait les batailles qui faisaient rage en leur for intérieur. Ils écri-vaient une dernière lettre à leurs êtres chers, ou dans leurs journaux au cas où leurs corps seraient trouvés. Le soldat Jack McClung du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, fils de l’auteure et activiste Nellie McClung, avait 19 ans. Jack avait quitté l’Université de l’Alberta pour s’enrôler l’année précédente, et il se trouvait devant la grave incertitude du combat pour la première fois. Il confia ses pensées à son journal : « la nuit du dimanche de Pâques et nous passons à l’assaut demain matin à 5 h 30.

J’imagine qu’on a plus de sentiments et de sensations durant cette courte nuit que durant toute la vie. […] Nous essayons tous de cacher notre état d’esprit réel. Je sais à quel point je pense à maman, à papa et à tous les enfants. »

L’état-major de Byng, plus en arrière, mais non moins anxieux, étudiait les cartes et espérait que les renseignements étaient fiables. Les Allemands avaient trois divisions le long du front : la 1re Division de réserve bavaroise au sud (jusqu’à Thelus), la 79e Division de réserve prussienne au centre (couvrant la côte 145 et un secteur au sud en face de la 3e Division d’infanterie canadienne) et la 16e Division Jaeger d’infanterie bavaroise au secteur nord. Il y avait à peu près 8 000 fantassins sur la crête ou immédiatement à l’est, tous retranchés dans de profondes tranchées ou dans des abris. Malgré l’évidence des préparations, les Allemands n’avaient pas fait venir de renforts. Il n’y avait pas beaucoup de place où loger d’autres hommes, et la crête devait pouvoir tenir pendant plusieurs jours. Il était prévu que les formations de réserve se mettent en marche aussitôt que la bataille s’engagerait, alors les Canadiens devraient mener l’attaque vigoureusement et rapidement.

Les quatre divisions canadiennes passeraient à l’assaut ensemble pour la première et la dernière fois de la guerre. La 1re Division, commandée par Currie, était à droite. À côté se trouvait la 2e, commandée par le major-général Henry Burstall. Ces deux divisions avaient le plus de distance à parcourir sur le champ de bataille irrégulier, les hommes de Currie devant traverser 4 000 mètres. Étant donné que la crête de Vimy rétrécit, à partir du sud-est, jusqu’à un point élevé à la côte 145, et constitue un axe inégal allant du sud-est au nord-ouest, les Canadiens attaquant à droite avaient une plus grande distance à parcourir que ceux du côté gauche. La 3e Division, commandée par le major-général Louis Lipsett, se trouvait devant une partie plus élevée de la crête, et le terrain était parsemé de dizaines de profonds cratères à cause des mines qui avaient explosé pendant les années de guerre souterraine. Au flanc gauche, la 4e Division, commandée par le major-général David Watson, se trouvait en face du point le plus élevé de la crête, la côte 145 (où se trouve aujourd’hui le monument de Vimy). La 4e Division avait 700 mètres à parcourir, et presque chaque pas se ferait en montant.

Les 15 000 fantassins canadiens suivraient un barrage rampant, et des milliers d’autres les suivraient en vagues successives. Il s’agissait donc d’une opération limitée dans le temps. Vu la distance à droite, les 1re et 2e divisions avaient quatre objectifs, les lignes noire, rouge, bleue et brune. Chacune devait être attaquée à un moment précis, à partir de 5 h 30, et les troupes devraient faire une pause à la ligne pendant que l’artillerie bombarderait les Allemands, puis le barrage rampant recommencerait. Les 3e et 4e divisions faisaient face à un front plus étroit et plus élevé, et elles n’avaient que deux lignes à capturer. Il était prévu que les combats dureraient jusqu’en début d’après-midi : au moins huit heures de combats intenses.

Les fantassins fixaient une baïonnette à leur fusil Lee Enfield sur toute la longueur du front alors que les aiguilles des montres synchronisées de centaines d’officiers s’approchaient de l’heure de l’assaut. Ceux qui se trouvaient dans les tunnels se rassemblaient vers l’est, attendant les explosions qui leur donneraient des débouchés, et les hommes dans les tranchées frissonnaient de froid et frappaient le sol pour se dégeler les pieds. Deux minutes avant l’heure zéro, heure de passer à l’attaque, 230 mitrailleuses Vickers ouvrirent le feu sur les lignes ennemies, balayant le front de milliers de balles de calibre 303. Il ne s’agissait pas tant de tuer des Allemands que de les obliger à rester dans leurs abris.

À 5 h 30, alors que le ciel sombre était lourd de neige, une tempête d’acier s’abattit sur l’ennemi. 983 pièces d’artillerie de campagne et de canons assiégeants, renforcés par les mortiers, lancèrent des bombes et des obus sur les lignes ennemies. Une série de mines explosèrent aussi sous les défenseurs. L’artillerie lourde de McNaughton ciblait les batteries ennemies, aidée par les avions d’observation qui faisaient des cercles au-dessus du front à la recherche de canons que leur tir trahirait.

L’infanterie canadienne sortit des tranchées et des tunnels. Le bruit était assourdissant. Les officiers criaient des ordres, mais on ne pouvait les entendre à cause du vacarme des obus qui faisaient un bruit ressemblant à des trains passant sans arrêt au-dessus des têtes.

Le lieutenant Gregory Clark du 4th Canadian Mounted Rifles s’était engagé à 26 ans, abandonnant un emploi de journaliste au Toronto Star. Il écrivit ceci à propos du tir d’obus : « J’avais vu la terreur, le grand et terrible tumulte de la bataille qui paralyse : quelque chose de si éloigné de l’humanité qu’on aurait dit que tous les dieux et tous les diables étaient devenus fous et se battaient entre eux, oubliant les faibles mortels sous leurs pieds. »

Des prisonniers allemands désarmés conduits vers les arrières, gardés par des Canadiens. [MDN/BAC/PA-001128]

Les Canadiens s’avançaient vers les explosions. Le barrage rampant se rapprochait des lignes ennemies de 100 verges toutes les trois minutes. Il était efficace sur presque toutes les parties du front, déchiquetant les lignes ennemies et forçant les Allemands à se terrer dans leurs abris. Des centaines moururent dans les explosions; d’autres furent enterrés vivants.

Certains des pelotons durent se battre pour atteindre la ligne noire, d’autres marchèrent simplement jusqu’à leur objectif. Le prix du sang fut habituellement payé lorsque quelques mitrailleuses allemandes ayant survécu tiraient sur les Canadiens qui s’approchaient d’elles. La ligne noire, à quelque 700 mètres à l’est, fut capturée vers 6 h 10.

Les Canadiens occupèrent les tranchées démolies des Allemands et laissèrent l’artillerie accomplir son travail mortel contre les positions ennemies au moyen de barrages fixes durant à peu près une demi-heure. Le barrage recommença à ramper à 6 h 45.

Les bataillons au front des 1re et 2e divisions atteignirent leur deuxiè-me objectif, la ligne rouge, vers les 7 h 15. Ils coururent parmi les corps d’Allemands, mais laissèrent aussi derrière eux une vague de cadavres en uniforme kaki et d’hommes blessés. Malgré le barrage, des Allemands continuaient de tirer alors que les obus faisaient rage partout.

Les rapports officiels contiennent des notes sur la lutte déterminée des troupes bavaroises. Ils « combattirent jusqu’au dernier, remarquait un officier canadien, ne donnant aucun signe qu’ils étaient prêts à se rendre. »

Des compagnies suivaient les premières vagues pour nettoyer les points forts qui avaient été dépassés par les unités de tête.

On appelait cela « nettoyer » l’ennemi, dont la plupart se terrait dans des abris profonds. Les Allemands reçurent l’ordre de quitter leurs cavernes sombres. Ceux qui ne gravissaient pas les escaliers rapidement, mains levées et armes baissées, étaient souvent tués par des grenades.

Les soldats désarmés, parfois en groupes de plusieurs dizaines, étaient envoyés aux arrières, mais cela était dangereux pour les Allemands qui risquaient d’être tués par leurs propres obus ou par des Canadiens effrayés ou vengeurs. Les prisonniers apprirent que leur vie valait plus s’ils portaient des Canadiens blessés, et des centaines d’entre eux se portèrent volontaires pour le travail éreintant.

Pendant que les 1re et 2e divisions se prépa-raient à attaquer les deux autres lignes d’objectifs au-delà de la ligne rouge, la 3e Division se démenait pour atteindre ses derniers objectifs en 90 minutes environ de combat et se retranchait pour tenir ses nouvelles positions. Comme à d’autres fronts divisionnaires, les servants de mitrailleuse Vickers se ruèrent à l’avant, des barbelés furent déroulés et des sacs de sable furent remplis pour bâtir de nouveaux systèmes de tranchées. Après la dure bataille arrivait le dur labeur pour se protéger des contrattaques qu’il fallait prévoir.

La 4e Division avait l’objectif le plus difficile de la crête : le point d’appui ennemi de la côte 145. Des soldats prussiens d’élite défendaient la position et ils avaient dressé la carte de toutes les voies d’accès, nettoyé les obstacles pour avoir de bons champs de tir et planté des piquets pour le tir des mortiers.

Les bataillons de la première vague de la division, quatre en tout, furent en difficulté immédiatement à l’heure zéro. Le barrage rampant avait pulvérisé une bonne partie de la ligne allemande, mais une tranchée à 365 mètres environ des Canadiens avait été laissée indemne intentionnellement. Le brigadier Victor Odlum, commandant de la 11e Brigade et officier respecté, prit la mauvaise décision d’interrompre le feu de l’artillerie. Il espérait que la tranchée serait capturée et qu’il pourrait s’en servir de base d’opérations avancée.

« Ils avaient des mitrailleuses et ils nous massacraient », s’est souvenu par la suite un Canadien. Le feu des armes légères était dé-vastateur. D’autres défenseurs allemands, plus haut sur la côte 145, avaient survécu au barrage et tiraient dans les rangs des Canadiens qui s’avançaient. Selon un rapport allemand, les « corps [de Canadiens] s’empilaient en petites buttes kaki ». Au bout de 90 minutes de bataille féroce, les soldats de Watson étaient éparpillés dans la boue du terrain neutre, et les Prussiens tenaient encore la plupart des positions. La situation était précaire.

Plus au sud, les 1re et 2e divisions avaient terminé leurs progrès vers leurs positions finales aux 3e et 4e lignes à partir de 9 h 35. Elles avaient eu un objectif difficile à la côte 135, mais les pioupious de renfort de la 13e Brigade britannique avaient envahi la position et la tenaient férocement. Les huit chars affectés à la 2e Division n’avaient pas pu traverser le terrain plein de cratères et étaient tous en panne ou endommagés par l’artillerie. Les 1re et 2e divisions s’étaient ruées sur leurs derniers objectifs, les lignes bleue et brune, et avaient lutté de manière acharnée jusqu’à 14 h, quand la résistance s’effondra enfin.

Alors que les divisions au sud atteignaient leurs objectifs, la 4e Division était en difficulté. Ses bataillons étaient coincés et égrenés dans la boue au bas de la côte 145. Le général Watson n’avait plus qu’un bataillon d’infanterie à jeter dans la bataille. Le 85e Bataillon, de la Nouvelle-Écosse, était relativement nouveau au front. Deux compagnies reçurent la consigne de s’avancer en après-midi pour tenter de sauver la situation. L’inquiétant, c’était que les Allemands réussissent à tenir la côte 145 même si le reste de la ligne tombait entre les mains des Canadiens, et qu’ensuite ils lancent des contrattaques pour dégager le flanc sud. La forteresse de la côte 145, tout comme le point élevé au nord, le Pimple, devait tomber, sinon les Allemands risquaient de remporter la victoire au dernier moment.

Les deux compagnies de Néo-Écossais s’infiltrèrent à travers le front. À leur insu, en étudiant la situation et en consultant l’artillerie, le général Watson et le commandant du bataillon, le lieutenant-colonel A.H. Borden, se sentirent obligés d’interrompre le barrage de soutien. Le front était trop instable, avec des soldats éparpillés partout dans le champ de bataille, à moitié immergés dans les cratères ou dans la boue. Les bombardements intensifs tueraient trop de Canadiens. Une estafette fut envoyée informer les commandants de compagnie du 85e Bataillon, mais un seul en fut informé avant l’attaque.

Quelques minutes avant 18 h, les fantassins fixaient leur baïonnette. Les épaules s’arrondissaient à mesure que les aiguilles des montres s’approchaient de l’heure zéro. Pas de son. Pas d’obus. Mener l’assaut contre une tranchée fortifiée sans barrage à ce stade de la guerre, c’était du suicide. Mais le point d’appui devait tomber. Les officiers mirent lentement le sifflet à leurs lèvres. Le son strident de l’attaque retentit. Les fantassins sautèrent des tranchées grossières pour attaquer les tranchées ennemies.

De l’autre côté du terrain neutre, les Prussiens faisaient une pause dont ils avaient grand besoin. Ils s’étaient battus toute la journée et avaient été la cible d’obus sans relâche. La bataille semblait gagnée. Des soldats épuisés, assoupis ou l’œil dans le vague, nombre d’entre eux dans des abris profonds, furent secoués par les signaux d’alarme des sentinelles, puis par quelques coups de feu de Mauser et les rafales des mitrailleuses lourdes Maxim MG-08.

Les Néo-Écossais se lancèrent à travers le terrain plein de cratères bourbeux. Ils furent balayés par les balles, leurs cris d’agonie s’entendaient dans l’étrange silence du champ de bataille sans tir d’obus. Mais le 85e ne fléchit pas. Ses soldats lancèrent un cri de guerre, puis ils foncèrent à travers des lignes allemandes, baïonnettes en avant. Une agitation confuse de coups de feu et de poignards laissa des dizaines de Canadiens et de Prussiens morts ou agonisants. Quelques-uns des défenseurs prirent la fuite, et la contagion se répandit chez les autres qui les suivirent. En quelque 10 minutes, c’était la débâcle chez les Prussiens.

La côte 145 tomba et le dernier point d’appui de la crête était aux mains de Canadiens au coucher du soleil. Le 10 à 15 h 15, après une nuit misérable dans le froid, dans la neige et sous le pilonnage, les 44e et 50e bataillons repoussèrent les Allemands lors d’un affron-tement violent, mais court.

La victoire avait coûté cher. Le sergent Ernest Black a raconté la scène effroyable vue d’en haut de la crête : « Ce n’était qu’un désordre de canons et de chariots défoncés, de chevaux morts et de cadavres d’hommes ». Lorsque les compteurs de corps eurent fini leur macabre besogne, on apprit que 7 700 Canadiens avaient été blessés ou tués les 9 et 10.

Les blessures des survivants étaient épouvantables. Les balles et les éclats d’obus avaient déchiré les chairs et broyé les os. La plupart des trous ensanglantés étaient pleins de boue et de tissus sales, le tout grouillant de microbes. Les plaies purulentes étaient difficiles à nettoyer à cette époque d’avant les antibiotiques, et les chirurgiens aux arrières coupaient souvent la chair déchiquetée dans l’espoir de prévenir les infections. Un nombre de soldats, incertain, mais important, moururent de leurs blessures ou d’infections pendant les semaines et les mois qui suivirent la bataille. Ces pertes ne sont pas officiellement comptées comme faisant partie de la bataille de Vimy.

Le 12, les Canadiens complétèrent leur victoire contre les Allemands à leur front. Trois bataillons canadiens réduits et fatigués attaquèrent le point d’appui du Pimple au nord de la crête. Des soldats prussiens avaient été amenés à la hâte pour renforcer la position, dans l’espoir de sauver au moins une partie cruciale de la crête. Ils étaient prêts à subir une attaque. Toutefois, l’assaut des Canadiens, lancé à 5 h dans une forte tempête de neige, derrière un barrage rampant encore plus fort, fracassa les forces d’élite allemandes de la 4th Guards Infantry Division.

Le commandant de la 6e Armée donna l’ordre de se replier jusqu’aux tranchées situées à environ sept kilomètres de Vimy et hors de portée de l’artillerie alliée. La défaite était complète.

Les soldats célèbrent leur victoire en quittant le champ de bataille de Vimy. [BAC/e010696454]

Depuis le tout début, les soldats canadiens eurent conscience d’avoir accompli une chose extraordinaire. De nombreux fantassins s’effondrèrent simplement de sommeil après leur calvaire et leur récompense de rhum et de repas chaud, d’autres prirent le temps de raconter leurs impressions dans leur journal ou d’écrire à leur famille.

Les butins de guerre furent énormes : plus de 4 000 prisonniers allemands, et des milliers d’autres tués, blessés ou forcés à fuir. Il y avait parmi les armes capturées 63 canons, 104 mortiers et 124 mitrailleuses.

Quatre croix de Victoria furent décernées à des Canadiens pour haute vaillance, dont trois à titre posthume. Des centaines de médailles furent aussi distribuées pour actes insignes de bravoure. Mais beaucoup d’actions courageuses passèrent inaperçues.

La célébration était mêlée de chagrin. La bataille de quatre jours avait fait 10 602 victimes, dont 3 598 morts. En fait, le premier jour des combats, où la plus grande partie de la crête fut surmontée, fut le jour le plus sanglant de l’histoire militaire canadienne. Cependant, Vimy n’a jamais été dépeinte comme étant un bain de sang insensé. La capture de la crête après les défaites des Français justifia l’exultation et la fierté.

Bien que la 1re Armée britannique eût fourni la moitié de l’artillerie, deux bataillons de combattants et des milliers de soldats employés à la logistique, les Britanniques furent rapidement effacés de l’histoire de Vimy. Vimy fut affichée comme étant une victoire canadienne. Il est pourtant bon de se rappeler que ce sont les fantassins et les mitrailleurs canadiens, soutenus par des unités de médecine et de génie, qui ont mené la plus grande partie des combats, et qui ont subi le plus grand nombre de victimes. Même sir Julian Byng, le général britannique qui commandait les Canadiens, fut oublié pendant la période qui suivit la Seconde Guerre mondiale. Il n’était pas rare, et ce ne l’est toujours pas, d’entendre que c’était Arthur Currie qui commandait le Corps à Vimy. C’est faux, mais cela semble plausible aux yeux de bien des gens parce que Vimy est présentée comme étant un événement emblématique dans l’histoire du Canada.

Dans notre souvenir collectif, Vimy est plus qu’une bataille. L’érection du magnifique monument de Walter Allward à la crête de Vimy en accroît l’importance. Son dévoilement par le roi Édouard VIII, le 26 juillet 1936, devant plus de 6 000 anciens combattants canadiens, cimenta sa valeur de symbole.

Des livres sur Vimy ont été publiés à l’occasion de son 50e anniversaire, au milieu des années 1960, et on entend plus communément depuis que Vimy fut la « naissance de la nation ». Les Canadiens, venus de tout le pays, y avaient combattu côte à côte, ils y avaient fait quelque chose de grand, ensemble.

Chaque nation choisit ses symboles, et Vimy est un symbole important pour le Canada. Des dizaines de milliers de Canadiens sont retournés au site de la bataille en pèlerinage officiel ou personnel. Se tenir devant le monument du Canada sur la crête, en France, comme des milliers de Canadiens le feront cette année à l’occasion du 100e anniversaire, c’est ressentir le poids de l’histoire, l’écho du choc des combats, et les voix distantes de ceux qui y ont servi et s’y sont sacrifiés. 

S’intégrer à la vie civile

Le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes a rendu public en décembre un rapport sur les services que les Forces armées canadiennes et Anciens combattants Canada fournissent aux militaires quittant l’armée. Le rapport concerne ces services du point de vue des anciens combattants.

Le Comité, présidé par le député libéral Neil Ellis, a constaté qu’il existe une méfiance envers ACC et en même temps un sentiment que le ministère a une culture de refus. Il suggère que ce sentiment est en grande partie fondé sur de vieilles impressions, sans tenir compte des améliorations récentes au sein du ministère. Tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une impression, une bonne partie des 18 recommandations du rapport visent à renforcer la confiance des militaires en ACC.

Un de ses points importants concernait le fait que les anciens militaires ne sont pas réintégrés dans la vie civile de la même manière que l’étaient les vétérans de la Seconde Guerre mondiale et ceux de la guerre de Corée. Ce sont des militaires de carrière, marins, soldats et aviateurs, qui s’intègrent à la vie civile pour la première fois en tant qu’adultes.

Pour ceux qui quittent l’armée, les divers programmes des FAC et d’ACC semblent compliqués et pleins de paperasse et de bureaucratie.

Le Comité recommande donc à ACC de créer un « service de guide-expert » afin que les anciens combattants et leur famille n’aient qu’un seul point de contact et qu’une seule personne coordonne les divers avantages et programmes qui leur sont offerts.

Une autre recommandation, pour laquelle la Légion royale canadienne plaide depuis longtemps, est que les anciens combattants reçoivent une carte qu’ils pourraient facilement mettre dans un portefeuille et présenter pour bénéficier de rabais ou avantages leur étant offerts.

Le Comité recommande aussi aux FAC d’émettre une carte d’identité à leurs membres au début de leur service. La carte permettrait à ACC de leur créer un compte « Mon dossier ACC ». Le dossier médical du combattant pourrait être lié au compte, ainsi qu’un certificat de son service militaire et un dossier de ses blessures s’il y a lieu. Ainsi, quand l’ancien combattant sollicitera l’aide du ministère, le dossier sera déjà ouvert.

Le Comité s’est également penché sur les soins de longue durée. ACC fournit des lits contractuels dans des établissements pour anciens combattants où il paie une partie des coûts de l’édifice en plus de la différence entre ce que fournit le gouvernement provincial et les coûts réels des soins. Cependant, il y a une grande différence entre ceux qui ont servi à la Deuxième Guerre mondiale ou à la guerre de Corée et ceux qui ont servi plus récemment. Les anciens combattants les plus âgés ne sont pas obligés de prouver le lien entre leur service militaire et leur invalidité, tandis que les plus récents le sont. Ces derniers n’ont accès qu’aux lits communautaires des établissements à charte provinciale qui offrent des soins de longue durée. Cependant, ils n’ont pas de section réservée aux anciens combattants et ACC ne débourse rien pour les coûts liés à l’édifice. Il ne paie que la différence entre ce que fournit le système de soins de la province et les coûts réels des soins. Cela crée donc deux classes d’anciens combattants.

Bien que certains anciens combattants récents préfèrent un lit dans un établissement près de leurs proches, d’autres préfèreraient la camaraderie régnant auprès d’autres anciens combattants afin de briser l’isolement.

Le Comité recommande à ACC d’examiner sa stratégie en matière de soins de longue durée et d’offrir un lit contractuel à tous les anciens combattants qui en ont besoin.

Les recommandations du rapport sont bonnes et beaucoup ont été faites auparavant. Le gouvernement n’a pas besoin d’étudier ces questions davantage. Le temps est venu pour qu’il fasse preuve de leadership et qu’il agisse.

Le 22e Bataillon et la Grande Guerre

Des officiers canadiens français du premier bataillon canadien francophone à être formé sous la conscription. [BAC/PA-022751]

Le 22e Bataillon (canadien-français) fut autorisé le 7 novembre 1914 grâce à un don de 50 000 $ du Dr Arthur Mignault. C’était le premier bataillon francophone du Corps expéditionnaire canadien. Le bataillon, comptant 36 officiers et 1 097 hommes de troupe, partit pour l’Angleterre à bord du RMT Saxonia en mai 1915. Après avoir passé plusieurs mois à s’entrainer en Angleterre, il partit pour la France, en septembre 1915, où commença son long périple dans les tranchées.

La première grande offensive à laquelle le 22e Bataillon participa fut celle de Courcelette. À 6 h 20 le 15 septembre 1916, l’assaut de deux armées qui devait être mené sur 16 kilomètres fut lancé par sir Douglas Haig. La deuxième vague d’attaques était prévue pour 18 h. Commandés par le Lieutenant-Colonel Thomas-Louis Tremblay, les Van Doos (comme les appelaient affectueusement les anglophones selon leur prononciation de 22) reçurent la consigne vers 15 h 30 d’être prêts au combat à 18 h. Le bataillon rencontra tout de suite une forte opposition des Allemands. Il réussit quand même à atteindre son objectif assez rapidement, mais à cause des soldats allemands cachés dans le village, le nettoyage de ce dernier prit plusieurs jours. Au cours des trois jours et des nuits qui suivirent, le bataillon dut repousser 14 contrattaques, dont sept au cours de la première nuit. L’horrible bataille se termina le 18 septembre 1916 et, bien qu’elle se soit soldée par une victoire, le bataillon avait subi de terribles pertes : 207 victimes, dont la majorité de ses 22 officiers. Tremblay lui-même fut couvert de débris trois fois, mais par chance il en ressortit indemne. Le bataillon avait fait plus de 300 prisonniers allemands et les 22e, 25e et 26e bataillons ensemble en avaient fait plus d’un millier. Grâce à son succès à Courcelette, le 22e Bataillon se fit une réputation, et cette bataille resta son plus grand succès de la guerre.

Les combats avaient marqué les soldats. Tremblay lui-même déclara qu’il ne souhaitait pas de pareille bataille à son pire ennemi, la comparant à l’Enfer. Par surcroit, presque immédiatement après la bataille, Tremblay prit un congé médical en Angleterre à cause d’une affection préexistante. Son absence fut un coup terrible pour le bataillon. Sous le nouveau commandement du major Arthur-Édouard Dubuc, le moral du bataillon souffrait, l’indiscipline et les désertions se multipliaient. Tremblay revint en février 1917 et la confiance revint aussitôt au bataillon.

Il est incontestable que la bataille la plus importante de la guerre pour le Corps expéditionnaire canadien fut celle de Vimy, en France, en avril 1917. Le Corps canadien reçut l’ordre de saisir la crête de sept kilomètres. À 5 h 30, le 9 avril, l’attaque fut lancée par plus de 15 000 soldats canadiens. Le 22e Bataillon avait reçu l’ordre de suivre les attaquants pour nettoyer l’ennemi des points de résistance qu’ils auraient dépassés. Avec le 25e Bataillon, il fit près de 400 prisonniers allemands. Le jour de l’assaut, le bataillon subit 66 blessés et pendant les cinq jours qui suivirent, il en subit 54 autres. Même si le rôle joué par les Van Doos à Vimy était beaucoup plus modeste que celui qu’ils avaient joué à Courcelette, Tremblay était toujours très fier de ses hommes, car ils avaient bien servi leur pays et avaient aidé le CEC à atteindre tous les objectifs qui lui avaient été confiés.

Après Vimy, et jusqu’à la fin de la guerre, le 22e Bataillon continua de se montrer fidèle à la réputation qu’il s’était forgée à Courcelette en prenant part à plusieurs batailles, notamment à la côte 70, à Ypres et à Passchendaele. Quand la guerre prit fin, les pertes du régiment s’élevaient à 1 197 morts et 2 893 blessés. Le bataillon reçut 21 Honneurs de Bataille en tout pendant la guerre. Il fut dissous après la guerre, mais une nouvelle force permanente fut autorisée en 1920. Le titre de Royal fut ajouté au nom du régiment par le roi George V en 1921. La Croix de la crête de Vimy fut remise au Royal 22e Régiment en 1923, sise à côté de la chapelle de la Citadelle de Québec où il est en garnison, afin que sa contribution à la Première Guerre mondiale ne soit jamais oubliée.