Regard sur le Nord
Un œil sur les liens d’Iqaluit avec l’armée le jour du Souvenir
La 44e édition des Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes de la Légion a eu lieu en aout, après une interruption de deux ans due à la pandémie.
Les trois jours d’épreuves ont réuni 690 athlètes adolescents, dont 255 qui étaient parrainés par la Légion royale canadienne et qui se sont très bien défendus face aux clubs d’élite et aux athlètes indépendants des quatre coins du pays. Des équipes de la LRC se sont ainsi mesurées aux 52 clubs et athlètes indépendants : elles ont raflé les trois premières places au tableau des médailles et se sont classées cinquièmes parmi les dix meilleures équipes.
L’Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador étaient encore absents cette année en raison de problèmes liés à la COVID. L’équipe de la Colombie-Britannique–Yukon a brillé en remportant 43 médailles, dont 20 médailles d’or. Les équipes de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest (36/16) et du Québec (26/8) suivent dans le classement. L’équipe Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario a obtenu la cinquième place dans les équipes grâce à ses dix médailles, et l’équipe de la Nouvelle-Écosse–Nunavut a été huitième avec huit médailles, dont la moitié en or.

Jennessa Wolfe a obtenu la première place au saut en hauteur Jennessa Wolfe a obtenu la première place au saut en hauteur. [Stephen J. Thorne]
Les équipes parrainées par la Légion ont décroché 129 des 248 médailles décernées aux championnats, seule vraie compétition nationale pour les athlètes préuniversitaires du pays.

La Québécoise Nikita Gauvin-Jonckeau, dernière relayeuse, prend le témoin que lui remet Sofia Agudelo en chemin vers la médaille d’or chez les filles de moins de 16 ans au. [Stephen J. Thorne]
Onze records ont été établis. Aidan Turner de la C.-B.–Yn en a battu quatre lorsqu’il a remporté l’argent au décathlon chez les garçons de moins de 18 ans : il a couru les 100 mètres en 11,02 secondes, a atteint la marque des 7,04 m au saut en longueur et 4,2 m au saut à la perche, et il a lancé un disque à 41,34 m. Avec le médaillé d’or Samuel Jeffery d’Athletics Niagara, ils ont battu le record à cette épreuve : Jeffrey était en tête avec ses 6 519 points, sept à peine en dessous du record national.
Jake McEacheran de l’équipe de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest a empoché l’or au lancer du poids et au lancer du disque, ce qui lui a valu le prix Jack Stenhouse en tant que premier athlète de la Légion.
Le prix Leroy Washburn a été décerné à la Québécoise Sofia Agudelo en tant que première athlète féminine de la Légion, car elle a raflé l’or aux 80 mètres haies, aux 200 mètres haies et au relais de 4 x 100 mètres chez les filles de moins de 16 ans.
Le prix du président a quant à lui été décerné à Kelly Smith, qui soutient l’investissement de la Légion dans l’athlétisme depuis des dizaines d’années.
Onze records ont été établis. Aidan Turner de l’équipe de la C.-B.–Yn en a battu quatre.
L’évènement date de l’après-Grande Guerre, quand des entraineurs et anciens combattants affiliés à la Légion se sont faits les mentors en athlétisme de jeunes dont les parents étaient morts à la guerre.
La Légion royale canadienne a lancé son programme de formation en athlétisme en 1957. Elle s’est mise à produire des manuels techniques en 1963 et a organisé sa première rencontre d’athlétisme à l’échelle du Canada en 1975. Les Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes sont devenus le plus gros investissement monétaire de la LRC.
Chaque année, les championnats commémorent un évènement de l’histoire militaire du Canada. Cette année, il s’agissait du raid de Dieppe.

Sorcha Shui a mené son équipe jusqu’à l’or au relais 4 x 100 m chez les filles de moins de 18 ans.[Stephen J. Thorne]
Chaque année, les championnats commémorent un point saillant de l’histoire militaire du Canada. Cette année, il s’agissait du raid désastreux de 1942 à Dieppe, en France. Les athlètes parrainés par la Légion restent une journée supplémentaire pour assister à des séances éducatives et participer à des excursions.

Sayanthan Arulrajan a raflé l’or au saut en longueur chez les garçons de moins de 18 ans à 6,52 m[Stephen J. Thorne]
Les championnats et les programmes connexes constituent l’effort le plus diversifié de la LRC. En effet, ils attirent une tranche représentative de jeunes athlè-tes de la génération montante et les exposent non seulement à la Légion, à ses bonnes œuvres et au passé militaire du Canada, mais aussi les uns aux autres.
Il s’agit aussi d’une occasion pour les jeunes de se fixer des objectifs, de travailler, de rêver et de se mesurer aux meilleurs. Les avantages sont incalculables, quelle que soit leur performance finale.
« C’est un bon programme pour les athlètes, et c’est aussi un bon programme pour la Légion », a déclaré Sandrine Charron, coordinatrice en santé de la région de Sherbrooke qui a assuré la présidence du comité des préparatifs locaux. Elle a recruté quelque 200 volontaires et l’année dernière, elle a aidé à collecter 60 000 $ en fonds de soutien, en biens et en services.
Chaque année, les championnats commémorent un évènement de l’histoire militaire du Canada. Cette année, il s’agissait du raid de Dieppe.

au triple saut, Gabe Ing était un des six athlètes de la Légion venus de l’Î.-P.-É. [Stephen J. Thorne]
Elle a déclaré que beaucoup d’athlètes locaux ne connaissaient pas la Légion, ou en tout cas pas avant qu’ils prennent part à son programme de perfectionnement sportif. « Ils savent désormais ce qu’est la Légion, et ils peuvent en parler à leurs amis et à tout le monde.

Yemane Mulugeta courent côte à côte au steeple-chase de 2 000 m. [Stephen J. Thorne]

Le prix Leroy Washburn a été décerné à Sofia Agudelo en tant que première athlète féminine après avoir décroché trois médailles d’or aux courses. [Stephen J. Thorne]

Jake McEacheran de l’Alb.–T. N.-O a remporté l’or au lancer du poids et à celui du disque, grâce à quoi le prix Jack Stenhouse lui a été décerné en tant que premier athlète masculin de la compétition.[Stephen J. Thorne]

Ryan Lofstrom et Francis Hinnah au tournant qui précède la dernière ligne droite aux 300 m chez les garçons de moins de 16 ans [Stephen J. Thorne]

Noah Louwerse est félicité par un concurrent après avoir mené son équipe à la victoire au relais quatre courses. [Stephen J. Thorne]

[Stephen J Thorne]
PREMIÈRES PLACES AUX AFFICHES SÉNIORS

L’affiche en noir et blanc, d’Yuet Leung de Markham, Ont., qui a obtenu la première place chez les séniors et son pendant en couleurs d’Eugena Lee de Calgary se rapportent toutes deux aux connexions intergénérationnelles au souvenir.
Tel est le paradoxe de la guerre : source de chagrin, de souffrance et de préjudices incommensurables, elle a aussi inspiré bien des chefs-d’œuvre artistiques et littéraires au fil des siècles.
D’innombrables créations sur ces massacres sanctionnés se sont employées à les glorifier. Toutefois, les plus belles œuvres font ressortir la brutalité et la futilité des pires erreurs du genre humain, parve-nant ainsi à toucher un public qui préférerait ne pas être confronté à la laideur et à la beauté aussi uniques que centrales à la guerre.
Guernica, de Pablo Picasso, qui illustre le bombardement d’un bastion de la résistance républicaine en avril 1937 pendant la guerre civile espagnole, est généralement considéré par les critiques comme étant la peinture contre la guerre la plus émouvante.
De même, le poème In Flanders Fields que John McCrae a écrit en 1915 sur le champ de bataille d’Ypres, en Belgique, est dans son essence même une magnifique contestation de la guerre, dont les premiers vers sont connus dans le monde entier : « In Flanders Fields, the poppies blow/Between the crosses, row on row (Au champ d’honneur, les coquelicots/Sont parsemés de lot en lot) […]. »
Chaque année, les filiales de la Légion royale canadienne aux quatre coins du pays parrainent des concours d’écriture et d’affiches auxquels peuvent participer des élèves du primaire au secondaire. Les divisions provinciales évaluent ensuite les meilleures œuvres, qui sont enfin envoyées au concours national, avec une remise de prix et une exposition à Ottawa.
Le concours réserve toujours des surprises. Dans le talent des artistes, mais aussi dans la portée des points de vue qui émergent des villes, petites ou grandes, et des villages des coins reculés de ce vaste pays. Cette lucidité transcende la jeunesse et l’expérience des artistes pour émouvoir et faire réfléchir le public.
PREMIÈRES PLACES AUX AFFICHES JUNIORS

Ella Ng de Calgary a produit l’affiche en noir et blanc qui a eu la première place chez les juniors, où un ancien combattant est au salut devant un drapeau plein de coquelicots, tandis que le Feuille d’érable entouré de coquelicots a procuré la première place dans la catégorie junior des affiches en couleurs à April Ferner d’Indian Head, Sask.
Du haut de ses 16 ans, Rachel Graham, une élève de Salmon Cove, un village de presque 800 habitants sur la côte ouest de la baie de la Conception à
Terre-Neuve, s’est mise dans la peau d’un soldat en deuil pour composer My Friend (Mon ami, NDT). Son œuvre a obtenu la première place dans la catégorie de poésie des finissants du secondaire en 2022.
Voici les premiers vers : « In the fields where we once fought gallantly, the flowers now reside/
but here I am forced to stand alone, without you by my side (Dans les champs où nous avons vaillamment combattu, les fleurs ont poussé/et moi je me retrouve là seul, sans toi à mes côtés). Where once the sounds of warfare, unbearable to the ear/is now a deafening silence, of you not being here (Où le bruit insoutenable de la guerre aux oreilles résonnait/le silence assourdissant de ton absence résonne désormais). »
Ses mots bien choisis permettent de ramener la guerre, un événement à grande échelle, à un sentiment auquel on peut s’identifier : celui de la perte d’un ami, où l’innocence et la naïveté de la jeunesse sont confrontées trop tôt à une douleur profonde que nous finissons tous par connaitre un jour ou l’autre. Elle poursuit ainsi : « We did not know the hardships, that were waiting for us there/the war is so unforgiving, taking lives without a care (Nous ignorions les souffrances qui nous attendaient là/la guerre ne pardonne pas, elle prend les vies sans embarras). »
Il y a des gagnants de tous les horizons : les essayistes Aarika Haque d’Elrose, Sask. et Lauren Hollett de Dildo, T.-N. (deuxième prix), et les artistes des niveaux intermédiaire et primaire Ella Ng de Calgary et Alexander Gan de Kanata, Ont., une banlieue d’Ottawa, qui ont présenté des affiches en noir et blanc.
La majorité des gagnants sont originaires de villages et petites villes comme La Glace, Alb., un village d’environ 200 habitants où Kate Goodward a rédigé la composition gagnante dans la catégorie intermédiaire, The Poppy, et comme Cut Knife, Sask., village de presque 600 habitants, où réside Akeira Anseth, deuxième dans la catégorie intermédiaire pour les affiches en noir et blanc.
On retrouve des localités où la Légion reste un lieu de rassemblement central et une ressource communautaire appréciée et dédiée aux bonnes œuvres. C’est le cas des filiales de Charlottetown, Cavan (Ont.), Humboldt (Sask.), Mont-Carmel (Qc), et Port Hawkesbury (N.-É.).
La Fondation nationale Légion invite les gagnants à la cérémonie du jour du Souvenir à Ottawa, une occasion de rencontrer la gouverneure générale et de déposer une couronne au nom des jeunes du Canada.
Les œuvres gagnantes des quatre catégories (composition, poésie, affiches en noir et blanc et affiches en couleurs) de chacune des divisions sont exposées au Musée canadien de la guerre à Ottawa pendant un an. Celles qui ont remporté la deuxième ou la troisième place sont exposées à la Colline du Parlement tout le mois de novembre.
PREMIÈRES PLACES AUX AFFICHES PRIMAIRES

Alexander Gan de Kanata, Ont., a obtenu le premier prix du concours d’affiches en noir et blanc grâce à sa représentation de coquelicots tombant du ciel tandis que Khadijah Varteji de Maple, Ont., a mérité celle des affiches en couleurs grâce à une image simple mais puissante de la silhouette d’un soldat parmi les coquelicots dans la catégorie primaire.

En 1942, les U-boots commencèrent à se montrer au large de l’Amérique du Nord, dont l’U-69 qui coula le vaisseau marchand Carolus près du phare de la Pointe Mitis, Qc.[iStock; Reford Gardens; Paul Gendron/Reford Gardens]
Il était près de minuit au bord du fleuve Saint-Laurent ce 8 octobre 1942. Bien installé dans la salle de séjour de la maison du gardien de phare à la Pointe Mitis, Qc, David Gendron, 21 ans, rédigeait une lettre d’amour.
Le reste de la maisonnée dormait : sept de ses frères et sœurs; l’institutrice de la localité qui était en pension; la mère de David, Eugénie; et son père, Octave, le gardien de phare.
Une guerre faisait rage au large des côtes et dans le monde. Elle était loin, mais pointait peu à peu son nez. La bataille de l’Atlantique avait atteint le golfe du Saint-Laurent et le fleuve.
Ce qui allait devenir la bataille du Saint-Laurent avait déjà fait des dizaines de victimes, les premières vies perdues au combat dans les eaux littorales canadiennes depuis la guerre de 1812.
Plus de 400 personnes ont péri au cours des trois saisons de navigation durant lesquelles les unterseeboots de l’amiral allemand Karl Dönitz rôdaient près des côtes canadiennes. Le trafic maritime a été coupé à certaines périodes pendant ces trois ans. Et c’est en 1942 que la plupart des pertes ont eu lieu.
En tout, les U-boots allaient couler 23 bâtiments marchands et quatre vaisseaux de la Marine canadienne dans l’estuaire et aux alentours, ainsi que cinq autres transporteurs de fret à l’île Bell de Terre-Neuve.
En juillet 1942, Octave avait signalé la présence d’un sous-marin dans la baie, entre son phare et le lieu de villégiature sur l’autre rive.
Peu après, en Allemagne, un « commandant [d’U-boot] dit que son équipage et lui avaient écouté de la musique dansante au Canada et vu les phares de voitures qui se déplaçaient sur une grande route », publia la Montreal Gazette le 15 octobre 1942. Le journal faisait remarquer que la route pittoresque de Gaspé, destination touristique privilégiée, longeait la côte près de Métis-sur-Mer, à deux pas de la Pointe Mitis.
Les frappes sous-marines étaient devenues des événements presque familiers, bien que redoutés, de la vie. »

Pointe Mitis, Qc., où habitaient David Gendron et sa famille. [Paul Gendron/Reford Gardens]
Mais, en cette soirée d’octobre, alors que s’estompaient les couleurs d’automne et que l’air devenait humide et froid, il n’y avait pas de joyeux touristes, rien que quelques marins maussades sillonnant le grand fleuve emprunté par les peuples autochtones depuis la nuit des temps, et sur lequel Jacques Cartier avait vogué pour la première fois en 1534. Quatre siècles plus tard, ce fleuve était devenu une voie vitale au commerce international et au transport d’hommes et de matériel, ainsi qu’un champ de bataille qui a marqué les civils des petites villes bordant la pitto-resque péninsule de Gaspé.
Une explosion sourde provenant du fleuve retentit soudainement, faisant vibrer les fenêtres du salon de la famille Gendron. Le jeune David, qui assurait le service de nuit en tant que gardien de phare adjoint, détacha les yeux de sa missive. Il dit plus tard qu’il était 0 h 10. Dans le journal du sous-marin, il a été noté que la première frappe avait eu lieu à 23 h 57.
Vinrent ensuite de fortes déflagrations qui firent trembler sur ses fondations de pierres carrées la maison de bois.
Le traversier Caribou allait sombrer dans le détroit de Cabot cinq jours plus tard et là, sur le fleuve, le responsable de la tragédie, le capitaine Ulrich Gräf aux commandes de l’U-69, venait de lancer une salve de torpilles.
Une seule suffit pour que coule le Carolus, petit navire à vapeur de 2 375 tonnes qui transportait des barils vides. Il se scinda en deux et sombra poupe en avant au fond du fleuve. Les amarres des barils rangés sur le pont arrière se rompirent, et ceux dans la cale en jaillirent quand fut immergée la poupe. Tout cela ne prit que deux minutes à peine.
Octave dévala les escaliers et se précipita dehors dès que le bruit retentit. Il traversa en courant les quelques mètres qui séparaient la maison du phare, puis monta à perdre haleine les escaliers en colimaçon qui menaient au pont-galerie situé à côté de la salle du phare, où il colla un œil à un vieux télescope en laiton.
Des grains de pluie avaient balayé le fleuve pendant toute la soirée, mais selon le journal de Gräf, le fleuve lui-même était « d’huile » et il présentait une « forte phosphorescence ». Comme s’en aperçut alors Octave, la visibilité était telle que sans être expert en guerre navale, on pouvait en conclure qu’un sous-marin allemand commettait ses méfaits à moins de cinq kilomètres de la plage où ses enfants avaient gambadé tout l’été.
L’U-69 avait tiré en surface. L’Hepatica et l’Arrowhead, deux corvettes canadiennes qui escortaient le convoi NL-9 de Labrador à Québec, lançaient des fusées éclairantes. Elles se seraient même servies de leurs canons de pont contre l’U-boot en fuite.
À peine un mois plus tôt, à Saint-Yvon, Qc, à 300 kilomètres de la péninsule située dans l’embouchure du fleuve, une torpille avait percuté la côte, et son explosion avait fait voler des fenêtres en éclats dans le village. Octave s’inquiétait pour son foyer et sa patrie. Il pensait même que les Allemands tiraient sur le phare.
Mais à l’époque, les téléphones étaient rares le long de la péninsule gaspésienne. Malgré l’importance de ses fonctions, Octave n’en avait pas.
La station de l’Aviation royale canadienne de Mont-Joli, Qc, se trouvait à 20 kilomètres, et le téléphone le plus près était dans le village, à cinq kilomètres de là. Il quitta la maison avec les plus jeunes de ses enfants.
« Je n’ai pas compté mes petits, avoua-t-il sept ans plus tard au magazine Maclean’s. J’en ai pris le plus possible dans la voiture, j’ai fermé les portières et j’ai filé jusqu’au téléphone. »
Le trajet fut d’une lenteur exaspé-rante. Octave déposa ses enfants à moitié endormis au bout de la route de service, assez loin de la plage pour apaiser ses craintes. Il ordonna à l’ainé de surveiller les autres, puis il s’en alla faire son rapport.
Six minutes après avoir raccroché, il vit un imposant bombardier au-dessus de la pointe qui se dirigeait tout droit vers le feu de l’action.
« Après cela, dit-il à Jack McNaught, le journaliste de Maclean’s, le gouvernement m’a installé le téléphone à la maison afin que je puisse faire mes rapports plus vite. »
Octave obtint aussi la permission d’éteindre le phare cette nuit-là. La rotation continuelle de quatre tours par minute cessa.
L’extinction des lumières faisait l’objet de débats à Ottawa. Dans les villes et les villages, on réduisait l’intensité de la lumière, mais Pointe Mitis connaissait 1 000 heures de brouillard par an, et selon les autorités, il était, semblait-il, plus important d’aider la navigation que d’atténuer la menace des U-boots. Elles avaient donné l’ordre de maintenir les feux de navigation, sauf avis contraire.
Un système finit par être mis sur pied : la CBC et Radio-Canada diffusaient des avis quatre fois par jour pour dire aux gardiens de phare quand ils devaient éteindre leurs balises. « A » comme « Alphonse » était diffusé trois fois pour maintenir les feux; « B » comme « bonbon » signifiait qu’un U-boot avait été repéré et que les activités devaient cesser jusqu’à nouvel ordre.
Toutefois, malgré le renforcement des mesures de défense pour les convois qui servaient au transport d’hommes et de matériel entre Montréal ou Québec et le Labrador ou les principaux points de rassemblement de la côte est, les effrontés capitaines de sous-marin inscrivaient bien souvent dans leurs journaux que les feux de position des navires marchands et les bouées de navigation qui servaient à les guider, ainsi que les réverbères, les maisons et les phares sur la terre ferme, étaient allumés.
C’est ainsi que 11 membres d’équipage du Carolus périrent cette nuit-là. Dix-neuf autres furent sauvés.
Gräf fit plonger son bâtiment et, après un moment de jeu du chat et de la souris ponctué de grappes de grenades sous-marines, l’U-69 s’éclipsa furtivement en laissant dans son sillage l’émoi d’un naufrage à 300 kilomètres à peine de Québec. Gräf allait causer encore plus d’agitation au large de la côte ouest de Terre-Neuve.
À la Pointe Mitis, Octave Gendron retourna à un semblant de vie normale sur sa petite bande de terre qui se jetait dans le Saint-Laurent. Il fut gardien de phare à la Pointe Mitis pendant 18 ans, jusqu’en 1954.
David Gendron termina sa lettre d’amour à sa bienaimée, Simone Leblanc. Ils se marièrent, eurent sept enfants, et vécurent ensemble pendant 45 ans.
Leur fils Paul, désormais âgé de 76 ans, nous a confié que son père avait travaillé à la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada pendant 15 ans avant d’être directeur des Reford Gardens (Jardins de Métis), lieu historique national à Grand-Métis, Qc pendant 25 ans.
Il souligna que les événements de cette nuit de 1942 étaient restés dans les annales de sa famille.
« La bataille du 9 octobre 1942 devant Métis a marqué la vie de la famille Gendron, explique-t-il dans une entrevue par courriel.
« Mon grand-père Octave Gendron […] est décédé en 1975, et il nous parlait souvent de la bataille du Saint-Laurent. »
« La bataille du 9 octobre 1942 devant Métis a marqué la vie de la famille Gendron, explique-t-il dans une entrevue par courriel. Elle était dans la ligne de mire. »

Le gardien de phare Octave Gendron et son épouse, Eugénie, ont habité à la Pointe Mitis de 1936 à 1954. [Paul Gendron (2); Reford Gardens; Firefly Books]
Lorsqu’il traversait le détroit de Cabot dans la nuit du 13 au 14 octobre, Gräf remarqua la fumée provenant de la cheminée du traversier Caribou. Le vaisseau du gouvernement voguait de Sydney, N.-É., à Port-aux-Basques, T.-N. Il était à 60 kilomètres du quai, et en plus des 46 membres d’équipage, il y avait 73 civils et 118 militaires à son bord. Il était 3 h 21.
L’Allemand a déclaré par la suite qu’il s’était mépris sur le traversier de 2 222 tonnes et son escorte, le dragueur de mines de 672 tonnes Grandmère, croyant qu’il s’agissait d’un transport de troupes de 6 500 tonnes et d’un « contretorpilleur à deux cheminées ». À 3 h 40, il lança une torpille qui percuta le flanc tribord du Caribou.
Le traversier coula en quatre mi-nutes, emportant 137 vies. Gräf plongea et se dirigea vers les bruits du naufrage, sachant qu’il ne serait pas attaqué à la grenade sous-marine par le Grandmère en restant à proximité des survivants en surface. Il finit par lancer un leurre et s’échapper.
Le lieutenant (M) James Cuthbert, capitaine du Grandmère, n’abandonna la poursuite pour aller à la recherche de survivants qu’à 6 h 30 : il s’agissait alors d’une priorité controversée, mais ainsi en allait-il de la procédure, et faire autrement aurait entrainé des risques pour son propre bâtiment.
Parmi les 11 enfants qui survécurent au naufrage du Caribou se trouvait Leonard Shiers d’Halifax, alors âgé de 15 mois. Sur les 46 membres de l’équipage, 15 seulement retrouvèrent la terre ferme. Cinq familles en particulier souffrirent énormément : Les Tapper (cinq morts), les Allen (trois), les Skinner (trois) et les Tavernor (le capitaine Benjamin et ses deux fils).
Les goélettes de pêche des environs affrétées par la Newfoundland Railway Company recouvrèrent 34 corps.
Le journal Royalist de St. John’s déclara que l’attaque avait été « un crime inutile ».
« Il n’aura aucun effet sur le cours de la guerre, sinon celui de renforcer notre détermination d’éliminer le nazisme, la honte de l’humanité, de notre monde », déclara-t-il.
À Port-aux-Basques, le 18 octobre, le cortège funèbre de six des victimes s’étendit sur deux kilomètres.
Des dizaines d’années plus tard, Norman Crane, ranger de Terre-Neuve qui avait pris part aux opérations de recherche des corps, dit à Nathan M. Greenfield, auteur de The Battle of the St. Lawrence, que la ville « d’à peu près 2 000 habitants » était sous le choc.
« En 1942, Port-aux-Basques ne ressemblait pas aux petites villes du continent, expliqua M. Crane. On aurait plutôt dit une ville du XIXe siècle. C’étaient des gens à la vie rude, comme on en trouvait dans beaucoup de collectivités côtières. Mais ils étaient également très respectueux.
« La perte du Caribou toucha Port-aux-Basques plus que ce qu’on pourrait imaginer de nos jours, poursuivit-il. Ben Tavernor n’était pas seulement le capitaine bien apprécié du Caribou, c’était un homme respecté qu’on savait dévoué à son bateau, et donc au lien avec le monde extérieur. Ses fils n’étaient pas que de bons vivants : ils étaient les fils de Ben Tavernor, et cela comptait pour beaucoup. »
Gräf et son équipage de 45 personnes allaient finir par disparaitre dans l’Atlantique Nord à l’est de Terre-Neuve au mois de février suivant.
À la fin de l’été 1942, les résidants des côtes du Québec ou de parties du dominion de Terre-Neuve, notamment le Labrador, étaient conscients des allées et venues des convois et de pratiquement tout autre objet flottant.

L’hôtelière Rachel Kruse pose avec des survivants (ci-contre) après que l’U-517 eut coulé trois vaisseaux au large du
Cap-Gaspé, Qc, en 1942.[ Firefly Books]
On peut parier que beaucoup de ces gens avaient été témoins de la guerre bien plus que la plupart des autres civils au Canada.
Les frappes sous-marines étaient devenues des événements presque familiers, bien que redoutés, de la vie, et voir des survivants imprégnés de mazout trainant péniblement des pieds en débarquant de toutes sortes de bateaux de sauvetage inspirait ces gens sinon assez isolés à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Le 7 septembre, le futur as de la campagne du Saint-Laurent, le Kapitänleutnant Paul Hartwig de l’U-517, fit sombrer trois navires marchands au large du Cap-Gaspé : le Mount Pindus, l’Oakton et le Mount Taygetus, causant la mort de sept personnes. Quand il quitta le golfe, environ deux mois plus tard, il avait la perte de neuf bateaux à son actif.
Une grande partie des 78 sur-vivants qui retournèrent sur la terre ferme en fin d’après-midi ce jour de fête du Travail furent transportés à l’hôtel Kruse situé dans la ville de Gaspé, où ils furent pris en charge par Rachel Kruse, veuve d’Alfred, homme d’affaires prospère décédé en 1936.
On la surnommait à des lieux à la ronde « The Fighting Lady » (la dame combative, NDT) et son hôtel était devenu le centre de la petite collectivité où la musique et les boissons coulaient à flots, tout du moins jusqu’à ce que le marin pianiste reprenne la mer et y disparaisse.
Dès les premiers signes de l’arrivée de ces derniers invités inattendus (l’hôtel avait été réquisitionné par le gouvernement), Mme Kruse alla fouiller dans la grande boite de carton pleine de vêtements d’occasion qu’elle avait amassés en prévision.
Elle choisit des habits qui iraient à chaque personne, à une ou deux tailles près. Des clients de l’hôtel, principalement des résidants de longue durée qui travaillaient à la station de Fort Ramsay, laissèrent leur lit aux nouveaux venus : beaucoup étaient noirs de mazout et tremblants à cause de la froideur de l’eau.
Ils partirent le lendemain, et leur histoire a pratiquement disparu avec le temps, car les reportages censurés communiquèrent des faits sans s’y attarder.
« Personne au Canada n’aurait su que des clients inattendus étaient arrivés pendant la nuit, écrivit en 1984 le vétéran de la marine James W. Essex dans son livre Victory in the St. Lawrence. Quelqu’un prit une photo de Mme Kruse aux premières lueurs de l’aube, quand elle disait au revoir aux hommes qu’elle avait hébergés.
« Son fils Earl a fièrement affiché cette photo chez lui : on y voyait “la dame combative” entourée des hommes avec qui elle s’était liée d’amitié et qui portaient des vêtements mal ajustés, témoignant de sa détermination et de son bon cœur, mais elle ne fut jamais reproduite dans un journal, quel qu’il soit. »
Après qu’Hartwig envoya la corvette canadienne Charlottetown par le fond au large de Cap-Chat, Qc, quatre jours après, tuant 10 des 64 membres d’équipage, Dorothy German coucha les blessés sur le plancher de sa salle de séjour à Gaspé, « comme du bois de corde », décrivit Essex.
À un moment donné, un ordonnance sur le pas de la porte lui fit remarquer que les vêtements imprégnés de sang et de mazout allaient abîmer la moquette. Mme German ne s’arrêta pas.
« Ceux qui étaient dans l’eau lorsque les grenades sous-marines avaient explosé étaient les plus mal en point, écrivit Essex. Les secousses violentes font éclater les vaisseaux sanguins et causent une mort à petit feu.
« Les haut-le-cœur et l’expectoration de sang en sont des symptômes manifestes. »
Barry German, le mari de German, arriva peu après. Capitaine auxiliaire vétéran de la Grande Guerre, il était alors l’officier chargé de Fort Ramsay et le commandant auxiliaire de la flotte de Gaspé.
Il jeta un coup d’œil rapide aux blessés et ordonna qu’on les transporte tous à l’hôpital, où certains moururent. La plupart de ceux qui se rétablirent furent affectés à d’autres navires marchands : ils survécurent parfois à d’autres naufrages, ou non.
À Conception Bay, sur la côte est de Terre-Neuve, des U-boots firent sombrer cinq cargos près de l’ile Bell en septembre et en novembre 1942,
dont quelques-uns servaient au transport de minerai de fer provenant des mines de l’ile située au nord-est de St. John’s. Soixante-neuf marins marchands périrent.
Les habitants furent témoins de frappes contre le mouillage près de l’ile. Une torpille égarée explosa contre un des quais principaux. Pendant l’action, les résidants embarquèrent sur leurs bateaux pour se porter au secours des rescapés et récupérer les cadavres.
La guerre était donc toujours présente à l’esprit des gens qui étaient là, et à l’esprit des Terre-Neuviens en général. Il s’agissait après tout d’un peuple dont la vocation première était en mer, et au moins sept goélettes de pêche en Atlantique avaient été coulées par des sous-marins allemands près des côtes ou loin du pays.
Le 7 ou le 8 mai 1942, l’U-136 coula la goélette Mildred Pauline, dont le port d’attache était Sydney, au large de la Nouvelle-Écosse. Le Terre-Neuvien Abraham Thornhill en était capitaine. Le fils de Thornhill, George, âgé de 21 ans, faisait partie de l’équipage de sept marins. Tous périrent.
Les U-boots envoyèrent par le fond des cargos appartenant à des Terre-Neuviens et dont les membres d’équipage étaient Terre-Neuviens, y compris le Humber Arm et le Waterton qui appartenaient à la Bowaters Newfoundland Pulp and Paper de Corner Brooks, ainsi que plusieurs vaisseaux appartenant à l’Anglo-Newfoundland Development Company dont le siège était
à St. John’s.
Dans les dossiers du ministère de la Justice de l’ancien dominion se trouvent des extraits de lettres écrites par des Terre-Neuviens lorsque de tels événements étaient encore bien présents à l’esprit.
Dans une lettre à Kay Normore, ancienne amie d’école se trouvant en Angleterre, Doris Higgins de Wabana, T.-N., décrivit de façon énigmatique les conséquences de la deuxième attaque à l’ile Bell qui avait eu lieu le lundi précédent, et la façon dont le médecin vint chercher son père à 4 h en lui disant « de se dépêcher, pour l’amour de Dieu, et d’aller chercher les blessés avec la fourgonnette.
« Il était déjà sorti de son lit parce que nous étions réveillés, tout comme quiconque sur l’ile Bell avait des oreilles », écrivit-elle avant de poursuivre en décrivant « une vision impressionnante et douloureuse » de 11 cortèges funéraires traversant la ville quelques jours après.
Elle essaya de dissuader son amie de rentrer au pays « par la voie maritime ».
« C’est trop dangereux, écrivit Higgins, et Kay, ma chère, nous, ici, le savons que trop bien. »
Au bout du compte, la bataille du Saint-Laurent ne fut ni gagnée ni perdue. À l’automne 1944, les sous-marins allemands quittèrent simplement le golfe pour les eaux de l’Atlantique aux proies plus nombreuses.
Peu connus ailleurs au pays, les événements extraordinaires de 1942 restent bien présents dans les esprits des Canadiens de l’Atlantique, marqués par des histoires, des monuments et des tombes, ainsi que des souvenirs, des mythes et des légendes.

Un équipage du 430e Escadron tactique d’hélicoptères effectue une reconnaissance aérienne après les inondations. Plus de 15 000 hectares du sud de la Colombie-Britannique ont été affectés. [Sdt. Daniel Pereira/Affaires publiques du 39 GBC/CAF]
La Colombie-Britannique a subi d’importantes inondations en novembre 2021 et, une fois de plus, les soldats, marins et aviateurs canadiens ont été appelés à la rescousse (cf. page 36).
Outre son rôle principal de force de combat, l’armée du Canada intervient lors de situations d’urgence chez nous et à l’étranger depuis des dizaines d’années, des tremblements de terre et typhons dans de lointaines contrées aux inondations et feux incontrôlés partout au Canada.
Les Forces ont notamment à disposition des ressources logistiques et médicales, une expertise en sauvetage et ingénierie, et bien sûr, des bras forts. Les Forces armées canadiennes avec ses 68 000 soldats réguliers et 27 000 réservistes sont désormais considérées comme une main-d’œuvre à laquelle on a facilement accès quand on a un besoin urgent d’aide.
les demandes d’intervention d’urgence de militaires ont explosé avec le changement climatique.
Mais, les demandes d’intervention d’urgence de militaires ont explosé avec le changement climatique : le nombre de missions au Canada entre 2011 et 2020 (30) a été multiplié par cinq par rapport à la décennie 1990-2010 (six missions).
En 2021, en plus de la situation d’urgence en Colombie-Britannique où l’accès terrestre était coupé entre le port de Vancouver et le reste du pays, les militaires sont intervenus lors d’une inondation au Yukon et à Terre-Neuve, de la crise de l’eau contaminée à Iqaluit, et de feux incontrôlés en Colombie-Britannique, au Manitoba et dans le Nord- Ouest de l’Ontario.
De tels déploiements s’ajoutent au rôle traditionnel de recherche et sauvetage de l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe (ÉICC), dont les missions sont principalement à l’étranger.
Selon de nombreuses études théoriques, institutionnelles et militaires, la hausse des demandes d’intervention de l’armée au Canada, en plus de son rôle principal de défense du territoire, résulte surtout d’évènements liés au climat, comme les feux incontrôlés et les anomalies météorologiques.
Une grande partie des rapports de ces études ne tenaient pas compte de la pandémie de la COVID-19. Rien qu’en 2021, plus de 1 700 personnes en uniforme ont été envoyées prêter main-forte dans les maisons de soins de longue durée, et 22 000 autres ont été mises en état d’alerte.
En décembre 2019, trois mois avant que la pandémie n’aggrave la situation, la demande d’aide militaire était si importante et si fréquente que Wayne Eyre, chef de l’armée alors lieutenant-général (actuellement chef d’état-major de la défense) avait dit ceci aux législateurs : « si cela arrive à une plus grande échelle et plus souvent, cela va finir par affecter notre état de préparation au combat ».
La pression semble n’avoir qu’empiré à peine deux ans plus tard : le recrutement a baissé avec la pandémie et le scandale des inconduites sexuelles a miné les efforts de l’armée pour que davantage de femmes s’engagent.
Dans un discours à une conférence en octobre 2021, Eyre regrettait le nombre inquiétant d’officiers et de militaires du rang, pierre d’assise du secteur militaire, qui quittaient l’armée, alors que les planificateurs s’efforçaient de remédier au manque de 7 500 soldats, marins et aviateurs.
Des experts ont suggéré d’autres moyens de procéder aux interventions d’urgence que de compter sur la force régulière, comme de confier ce rôle aux réservistes ou à un service civil spécial. Beaucoup d’anciens combattants ont la compétence et l’expérience nécessaires pour joindre une telle organisation.
En attendant, des études ont exhorté Ottawa à réévaluer sa propension actuelle à recourir aux militaires et à traiter immédiatement le problème de manière constructive. Nos soldats et notre pays ne méritent pas moins.

Les nouvelles recrues défilent vers l’exercice sur cible à Valcartier. [Bain News Service/É.-U. Bibliothèque du Congrès/2014697490]
La Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Allemagne le 4 aout 1914, et le Canada commença immédiatement à se préparer à l’inévitable.
Westminster demanda un premier contingent de 25 000 soldats. Le Canada en envoya 30 617, mobilisés par le ministre de la Milice et de la Défense, Sam Hughes. Sauf au Québec, il n’était pas nécessaire de faire beaucoup pour convaincre les recrues.
Le Canada était un dominion très jeune à l’époque. Les liens avec la « mère patrie » étaient étroits. Presque la moitié des Canadiens qui servirent étaient nés en Grande-Bretagne. Beaucoup d’entre eux avaient une idée roman-tique de la guerre. Ils submergèrent les bureaux de recrutement, les églises et les salles communautaires partout au pays.
Un grand nombre appartenaient aux milices locales. Certains avaient pris part à la guerre d’Afrique du Sud. Ils étaient agriculteurs, pêcheurs, bucherons ou citadins.
Le tout nouveau camp de Valcartier, au nord de Québec, se remplit si rapidement qu’on n’eut pas le temps de bâtir des casernes. À la fin du mois d’aout, un village de tentes s’y était établi. En se préparant à accueillir les recrues dont le nombre allait s’élever à plus de 35 000, le gouvernement expropria 8 600 acres pour agrandir un terrain existant de 5 000 acres.
Le premier contingent se rendit à Gaspé, Qc, où l’attendaient 30 navires six semaines après l’appel aux armes. Avant leur départ, M. Hughes leur fit parvenir plusieurs exemplaires d’un message de 900 mots intitulé « Where Duty Leads » (où mène le devoir, NDT).
« Aucune armée d’hommes libres plus ty-pique n’a jamais marché sur l’ennemi, écrivait M. Hughes. Certains ne reviendront pas – et prions Dieu qu’ils ne soient qu’en petit nombre –; en ce qui les concerne, non seulement leur mémoire sera vénérée par leurs êtres chers et par un pays reconnaissant […] mais le soldat qui tombe pour la liberté ne meurt jamais : il est revêtu de l’immortalité. »

Le colonel Victor Williams, commandant du camp (à droite, siège arrière, au centre) procède à une revue. [2014697178]

Le premier contingent du Corps expéditionnaire canadien se rassemble autour d’un match de boxe, en 1914, avant de mettre le cap sur la Grande-Bretagne. [J.A. Millar/Montreal Daily Star/University of Victoria Librairies]

L’heure de la ration à Valcartier. [J.A. Millar/Montreal Daily Star/University of Victoria Librairies]

Les soldats se rassemblent à côté du village de tentes de Valcartier peu avant le départ du premier contingent pour la Grande-Bretagne le 3 octobre 1914. [MDN/BAC/PA-3642184]

Le roi Édouard VIII, médaille de la Légion canadienne au revers, à la tête des pèlerins de Vimy lors de l’inauguration du Mémorial national du Canada à Vimy, en France. [Georges Bertin Scott/MCG/19670070-014]
26 juillet 1936, 11 ans et 1,5 million de dollars après le début de la construction, 100 000 personnes se rassemblèrent sur les pentes de la crête de Vimy, en France, pour assister à l’inauguration d’un des monuments commémoratifs de guerre les plus saisissants d’Europe.
L’imposant Mémorial national du Canada à Vimy fut conçu par le Torontois Walter Allward en l’honneur des plus de 11 285 Canadiens morts au combat en France pendant la Grande Guerre, et dont on ne connait pas le lieu du dernier repos. Il se dresse au point culminant de la crête où, selon certains, le pays est né.
Ce monument pour la paix tient la vedette de l’ancien champ de bataille, devenu un parc de 91 hectares sur les lieux où les quatre divisions du Corps expéditionnaire canadien ont combattu pour la première fois ensemble – et ont remporté un succès là où d’autres avaient connu l’échec.
Quelque 3 000 vétérans de la bataille se promenèrent sur le terrain pour lequel ils s’étaient battus et où 3 598 de leurs compagnons d’armes avaient trouvé la mort. Cette fois-ci, beaucoup d’entre eux avaient des proches à leurs côtés.
« Ce glorieux monument qui couronne la colline de Vimy fait partie du Canada à jamais, bien que les dépouilles mortelles des fils du Canada gisent loin de chez eux », déclara le roi Édouard VIII lors de l’inauguration.
« Leur vénérée mémoire est sanctifiée sur un sol qui est aussi canadien que n’importe quel arpent de leurs neuf provinces. »

Le sarcophage de pierre sculpté pour le mémorial en 1935. Le concepteur, Walter Allward, choisit une roche calcaire dans une ancienne carrière romaine de Seget, en Croatie. [BAC/3612539]
Le pèlerinage à Vimy fut à l’époque le plus important déplacement de Canadiens en Europe. Ottawa avait renoncé aux frais habituellement demandés pour les passeports et avait même émis des passeports spéciaux pour le pèlerinage à Vimy. Le gouvernement et le secteur privé avaient aussi accordé des congés payés à leurs employés qui voulaient s’y rendre.
La Légion canadienne avait organisé le logement et le transport. Cinq paquebots transatlantiques escortés par deux bâtiments de guerre canadiens quittèrent Montréal le 16 juillet et arrivèrent au Havre le 24 et le 25. Les pèlerins furent logés dans neuf villes du nord de la France et de la Belgique, et 235 autocars avaient été réservés pour faire la navette. Le voyage de trois semaines et demie coutait 160 $ par personne (soit l’équivalent de 3 000 $ en 2021).
Au mémorial, le roi Édouard se mêla au public. Des avions militaires survolèrent les têtes en faisant un salut de l’aile. Au pays, les gens étaient captivés, écoutant la radio dans les cuisines et les salons, dans les salles de la Légion et dans les casse-croutes.
Trois ans plus tard, le Canada était à nouveau en guerre en Europe et aux quatre coins du monde.

Les colonnes du Mémorial de Vimy surplombent les marins défilant à la revue après l’inauguration. [Photo d’archive du Toronto Star/Collection Baldwin/Bibliothèque publique de Toronto]

Édouard salue Mme Charlotte Wood de Winnipeg, première Mère de la Croix d’argent du Canada, qui avait perdu deux fils à la guerre. Le président français, Albert Lebrun, les regarde. [Archive Smith/Alamy/2BW3J04]

La pièce maitresse de l’immense monument, le Canada en deuil, fut sculptée dans un bloc de pierre de 30 tonnes. [Bureau de cinématographie du gouvernement canadien/BAC/3224327]

L’artiste français Georges Plasse fit des esquisses de la vision d’Allward. [Georges Plasse/Walter Seymour Allward/Toronto Reference Library]

Des âmes de soldat grimpent la côte dans le tableau du capitaine australien William Longstaff « The Ghosts of Vimy Ridge » (les spectres de la crête de Vimy, NDT). Allward dit qu’il avait été inspiré par un rêve qu’il avait fait pendant la guerre où des soldats morts « se levaient en grand nombre, défilaient silencieusement et reprenaient le combat pour porter secours aux vivants ». [MCG/19890275-051]
Les premiers Jeux de la vaillance du Canada, projet local créé dans la foulée des jeux Invictus de 2017 pour les militaires et anciens combattants qui ont eu lieu à Toronto, sont prêts à se dérouler en novembre 2022 à Ottawa. Les jeux doivent avoir lieu tous les deux ans dans une ville du Canada et on y attend quelque 500 sportifs.
La compétition d’une semaine mettra à l’honneur 10 sports adaptés, dont le tir à l’arc, la force athlétique, le tennis, le rugby et le basketball en fauteuil roulant.
Comme l’explique le site Web, les Jeux de la vaillance « sont bien plus qu’une compétition de haut niveau, ce sont aussi un élément essentiel du cheminement des soldats malades et blessés du Canada vers la réadaptation. Nombreux sont les Canadiens qui ne connaissent pas la portée des traumatismes physiques et émotionnels que subissent les militaires pendant qu’ils servent notre pays, ou le lourd fardeau qui pèse sur les épaules des membres de leur famille.
Les Jeux de la vaillance du Canada rendent hommage à nos militaires et à leur famille en mettant en lumière leur résilience et leurs forces par les sports de compétition. Ces Jeux offrent aux Canadiens une occasion de rendre hommage aux familles de militaires partout au pays ainsi que de les soutenir et de leur exprimer de la gratitude. »
Avec comme slogan « De l’empathie à l’habilitation », les compétitions façon Paralympiques visent à sensibiliser la population ainsi qu’à appuyer les anciens combattants et à les aider à surmonter leurs blessures, qu’elles soient mentales ou physiques.
Le gouvernement de l’Ontario s’est engagé à verser au projet 3 millions de dollars provenant du revenu des jeux Invictus.
Selon Lisa MacLeod, ministre ontarienne des Industries du patrimoine, du sport, du tourisme et de la culture, les jeux sont conçus de manière à démontrer le « pouvoir transformateur du sport » durant le rétablissement et la réadaptation des anciens combattants blessés.
Les jeux Invictus biennaux ont été créés par le prince Harry, vétéran d’Afghanistan lui-même, pour aider les anciens combattants et les militaires blessés sur la voie du rétablissement.
L’évènement inspirateur avait attiré quelque 550 athlètes de 17 pays à Toronto. Ils avaient participé à une dizaine de sports adaptés sous les yeux de 75 000 spectateurs.
Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a joint sa voix à celles de porte-paroles du monde militaire lors de la conférence annuelle d’Ottawa sur la sécurité et la défense qui a eu lieu en mars, qualifiant les allégations d’inconduite sexuelle d’« extrêmement inquiétantes » et promettant de créer une structure de rapport indépendante pour les victimes.
« Soyons clairs, a dit M. Sajjan, le harcèlement, la discrimination et l’inconduite sexuelle, à n’importe quel grade et dans n’importe quelle organisation, militaire ou civile, sont absolument inadmissibles.
[Ce type de comportement] amenuise notre efficacité en tant qu’alliés et partenaires. Il sape la confiance que les gens ont en nos institutions. Et surtout, il porte atteinte à des gens qui se sont engagés à servir notre pays. »
M. Sajjan a tenu ces propos au début d’un discours devant un groupe d’experts sur la coopération entre l’OTAN et le Royaume-Uni/le Canada lors d’une conférence virtuelle de trois jours organisée par l’Institut de la Conférence des associations de la défense, groupe qui englobe plusieurs organisations nationales de la sécurité et de la défense.
La sous-ministre de la Défense, le chef d’état-major de la défense intérimaire, la commandante du groupe des Services de santé des Forces canadiennes et la cheffe du contingent canadien de l’OTAN en Ukraine avaient déjà condamné ces comportements. Il faut noter qu’à part le CÉMD, il s’agit de femmes.
« Le lien de confiance a été rompu, a noté M. Sajjan. Le renouer prendra beaucoup de temps et d’efforts. Mais, nous y parviendrons. »
Le ministre a promis de renforcer le soutien aux victimes de harcèlement sexuel dans l’armée, de créer une structure de rapport indépendante du monde de la défense et de faire le nécessaire pour garantir des enquêtes « justes et indépendantes ».
Le même jour, M. Sajjan a reconnu ensuite devant le comité de la défense de la Chambre des communes que trois ans auparavant, l’ombudsman Gary Walbourne lui avait dit que des allégations d’inconduite sexuelle pesaient sur le CÉMD alors en fonction, le général Jonathan Vance.
Le ministre a dit aux députés qu’il avait décidé de ne pas se pencher sur l’information afin de « protéger l’intégrité de l’enquête ».
M. Vance, architecte de l’opération Honour qui vise à mettre fin à l’inconduite sexuelle dans les rangs, est accusé de comportement inapproprié par deux subordonnées. La question fait l’objet d’une enquête. Le général nie les allégations.
Les allégations ont entrainé une série d’évènements. Le successeur de M. Vance à la tête des forces armées, l’amiral Art McDonald, a renoncé à ses fonctions le 24 février, deux mois après avoir accepté le poste, lorsqu’une femme membre d’équipage l’a accusé d’inconduite ayant eu lieu en 2010, alors qu’il était capitaine et elle officière subalterne à bord du NCSM Montréal.
Le remplaçant de M. McDonald, le lieutenant-général Wayne Eyre, a dit à la conférence que les suites avaient été « éprouvantes pour tout le monde dans le milieu de la défense ». Il a parlé d’une vague d’émotions dans les rangs : choc, déception, trahison, tristesse et un souhait ardent de vrais changements.
Nous ne pouvons pas tolérer que des membres de notre communauté soient maltraités au sein même de notre communauté.
Les réactions ont été aggravées par la révélation selon laquelle le commandant aux ressources humaines dans les Forces canadiennes, le vice-amiral Haydn Edmundson, avait fait l’objet d’une enquête vers la fin des années 1990 à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle, notamment des relations avec des subordonnées. Il était à l’époque capitaine de corvette chargé de l’apprentissage dans un centre de formation d’officiers de la marine à Esquimalt, C.-B.
En 2019, M. Vance a promu M. Edmundson à la tête du Commandement du personnel militaire, lui confiant ainsi une autorité sur les conséquences professionnelles des militaires reconnus coupables d’inconduite sexuelle.
« Des pans de notre culture sont empreints d’exclusion, a déclaré M. Eyre dans le discours-programme. Ils sont nocifs. Ils favorisent un environnement qui, dans certains de ses recoins, tolère le racisme, la discrimination, le harcèlement et l’inconduite sexuelle […]. Ces problèmes sont systémiques. Nous ne pouvons pas tolérer que des membres de notre communauté soient maltraités au sein même de notre communauté. »
Toutefois, les intervenants ont tous reconnu que résoudre les problèmes auxquels sont confrontées les femmes dans l’armée était plus facile à dire qu’à faire.
La contre-amirale Rebecca Patterson, commandante des Services de santé, a noté l’une des difficultés sur laquelle butent les partisans du changement : l’armée canadienne est « une institution conçue il y a bien longtemps par des hommes et pour les hommes ».
« Les obstacles visibles ou invisibles auxquels se heurtent les femmes dans leur progression vers des postes de commandement — où elles seraient en mesure de procéder à des changements dans les FAC — [sont] en fait les aboutissants des structures, processus et normes qui satisfont aux besoins d’une culture hétéronormative où dominent les hommes blancs. »
Comme elle l’a fait remarquer, les politiques et les ordres ont toujours existé. Ce que les soldats, les marins et les aviateurs doivent faire, a-t-elle dit, c’est intérioriser la valeur de chaque individu.
« En règle générale, si l’on accorde de l’importance à autrui, le risque de lui nuire est moindre, a-t-elle souligné. Je dois dire que nous avons encore beaucoup à faire pour devenir une organisation plus inclusive et plus diverse. Or, c’est absolument essentiel pour régler le système d’inconduite sexuelle. »
La lieutenante-colonelle Sarah Heer, qui commande 200 militaires canadiens en Ukraine, a admis qu’elle disait avant à ses soldats : « attendez un peu que les dinosaures s’en aillent, et tout ira mieux ».
« Mais, il y a quelques jours, un officier subalterne m’a dit : “Vous savez, ma colonelle, les dinosaures peuvent donner naissance à d’autres dinosaures […] s’ils adoptent les mêmes procédés”. Et elle a raison. Il ne s’agit pas de se débarrasser des dinosaures. L’important, c’est de se débarrasser des mentalités déplacées qui peuvent apparaitre dans n’importe quelle génération. »
En tant qu’officière, elle dit se trouver dans une position privilégiée pour s’exprimer et n’avoir jamais eu peur de le faire. « Malheureusement, en parlant aux membres de mon équipe, je me suis aperçue que j’étais plutôt naïve quand je pensais que toutes les femmes, ou même tous les membres des Forces canadiennes, pensaient pouvoir s’exprimer librement.
« Il y en a beaucoup qui ne pensent pas pouvoir se faire entendre […] [ces membres] essaient encore de trouver leur place et ne veulent pas faire de vagues. »
La conférence s’est aussi penchée sur un autre problème qui mine la société et l’armée en particulier : l’extrémisme de droite. Les intervenants ont remarqué que les groupes haineux au Canada avaient progressé proportionnellement et au même rythme que leurs homologues étasuniens. Leur nombre a triplé au cours des dernières années, tandis que le terrorisme d’extrême droite a augmenté de plus de 300 % dans le monde.
Barbara Perry, directrice du Centre on Hate, Bias and Extremism de l’Ontario Tech University d’Oshawa, a déclaré qu’il y avait presque 300 groupes haineux au Canada en 2019-2020 et que plus de 120 incidents violents avaient eu lieu depuis 1990, notamment trois tueries.
Elle a noté que l’expérience militaire était un lien commun à beaucoup de groupes. Un rapport de police militaire de 2018 indique que 53 militaires avaient été repérés pour leur affiliation à des groupes haineux ou ayant commis des crimes haineux.
La conversation canadienne a quelque peu contrasté avec un discours précédent du général John Hyten, vice-président de l’U.S. Joint Chiefs of Staff, qui cherchait à minimiser le rôle d’anciens militaires dans l’insurrection au Capitol de Washington, D.C.
M. Hyten avait dit que les évènements l’avaient frappé « comme un coup au ventre », surtout la participation d’anciens militaires qui avaient « fait le même serment que je fais de soutenir et défendre la Constitution ».
Il a cependant ajouté qu’il estimait que le nombre d’extrémistes qui portent ou quittent l’uniforme était « très très minuscule » dans l’ensemble.
En tant que dirigeant militaire, il estime que « le terrorisme intérieur est un crime intérieur » qui, à son degré actuel, devrait être pris en charge par les forces de l’ordre, et non par l’armée. Les difficultés auxquelles l’Amérique est confrontée maintenant sont « loin d’être aussi graves » que celles des années 1860 ou 1960.
« C’est une démocratie aux points de vue divers, aux perspectives diverses, et aux structures diverses. La force de la démocratie, c’est la capacité, avec le temps, de définir un objectif commun et de s’entendre. »
Les intervenants ont dit que l’extrême droite s’essaimait de part et d’autre de la frontière. L’ancien commissaire de la GRC, Robert Paulson, a suggéré que l’on effectue « une évaluation extrêmement précise des menaces » au Canada.
« Je pense qu’il est à noter que les institutions, particulièrement celles de la sécurité et du renseignement, semblent attirer les gens qui sont enclins à adhérer à ces idéologies », a-t-il dit.
Selon Mme Perry, les deux pays ont des points de vue divergents sur les discours haineux, qu’elle qualifie de dangereux et disséminateurs de haine et de violence envers des communautés précises.
« Il est important de se rappeler que nous ne sommes pas américains; que nous ne sommes pas absolutistes en ce qui concerne la libre expression; que nous avons cerné et défini des limites à la liberté d’expression dans ce contexte. »
London, Ont., a annoncé le 16 février avoir pratiquement éliminé le problème de l’itinérance chez les anciens combattants dans la ville.
La municipalité a joint ses efforts à la campagne nationale Prêt pour zéro Canada (PPZ-C) de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI) afin de s’attaquer au problème. PPZ-C, qui suit le progrès de 12 villes participantes, confirme la déclaration de London : il s’agit effectivement de la première collectivité canadienne à avoir atteint le statut de « pratiquement zéro itinérance chez les anciens combattants ».
Cela signifie que le nombre d’anciens combattants en proie à l’itinérance est inférieur ou égal à celui qu’une collectivité a prouvé pouvoir loger en un mois.
En juillet 2020, la ville a dressé une liste nominative de tous les anciens combattants sans abri de la communauté. L’équipe de prévention de l’itinérance et des services de logement de la ville s’est servie de cette liste de 20 noms pour réduire le nombre d’anciens combattants en situation d’itinérance de 75 % en aout et septembre grâce à ses relations avec les organismes qui leur viennent en aide.
« La communauté a l’intention de maintenir ces acquis. »
« On voit ici le fruit du travail d’une communauté pleine de compassion qui a uni ses forces pour accomplir quelque chose de réellement remarquable », souligne le maire, Ed Holder.
La ville s’est démenée pour loger et aider un bon nombre de noms sur la liste en collaborant avec des organismes de service social et des organisations d’anciens combattants, en analysant les données en temps réel et en coordonnant l’accès.
« Mettre pratiquement fin à l’itinérance des anciens combattants veut dire que la communauté a l’intention de maintenir ces acquis tout en s’efforçant d’atteindre le zéro absolu », explique Marie Morrison de l’ACMFI.
Atteindre zéro itinérance chez les anciens combattants est loin d’être facile, et le problème perdure partout au Canada.
Le problème de l’itinérance touche majoritairement les hommes, et ces anciens combattants sont souvent plus âgés que les civils en proie à l’itinérance. Selon un rapport d’Emploi et Développement social Canada, les anciens combattants utilisent moins les refuges que les civils. Beaucoup d’entre eux évitent la reconnaissance et la gratitude publiques, et ils sont moins disposés à accepter la charité. Ces anciens combattants sans abri ne veulent pas qu’on les trouve; ils restent dans l’ombre.
Le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes a rapporté au Parlement en 2019 que l’itinérance touchait probablement 3 000 à 5 000 des presque 650 000 anciens combattants vivant au Canada.
Il a ajouté qu’Anciens combattants Canada comptait sur les organismes communautaires « qui sont les seuls intervenants pouvant rétablir la confiance entre les anciens combattants touchés par l’itinérance et les institutions publiques aptes à mobiliser les ressources nécessaires pour les aider à réintégrer la société. »
En 2020, la Légion royale canadienne a publié un plan d’action quinquennal pour éliminer l’itinérance chez les anciens combattants.
Dans le cadre de cette stratégie, une étroite collaboration est nécessaire avec les pouvoirs publics afin de recourir aux pratiques exemplaires fondées sur la recherche et les preuves et pour enrichir le corpus de connaissances sur le sans-abrisme chez les anciens combattants.
Comme il est écrit dans le plan, « Une chose est sure, il est inadmissible que ne serait-ce qu’un seul ancien combattant soit sans abri au Canada. »
PPZ-C suit l’itinérance chronique des anciens combattants au moyen d’un « tableau de données » où sont indiqués les renseignements rapportés par les communautés participantes, notamment les « anciens combattants logés », un décompte de ceux qui ont été logés de manière permanente ou à long terme.
Depuis le début de la campagne en mars 2019 et selon le tableau de données, 35 anciens combattants ont été logés dans les 12 villes participantes. Vingt-neuf d’entre eux l’ont été à London.