Un service solennel

Le jour du Souvenir de 2020 à Ottawa était différent, mais tout aussi poignant

Les couronnes, 379 en tout, avaient presque toutes été placées à l’avance, soigneusement alignées au pied du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa, chacune portant en lettres d’or sur un ruban violet : Lest We Forget/Nous nous souviendrons.

Bill Black de l’Association canadienne des vétérans de la Corée (à g.) et James Sookbirsingh de la Submariners Association of Canada déposent une couronne au Monument commémoratif de guerre du Canada le jour du Souvenir. [Stephen J. Thorne]

Des chaises espacées de plusieurs mètres avaient été installées pour les personnes expressément invitées à assister à la cérémonie du jour du Souvenir de 2020, dont plusieurs anciens combattants. La foule habituelle n’était pas là; seuls quelques fidèles s’attardaient alentour.

Au milieu de la pire pandémie depuis un siècle, la Légion royale canadienne avait découragé les gens d’y assister.

Les nouveaux défis posés par la COVID-19, dont la place désertée était l’émouvant rappel, n’ont pas échappé à l’examen oratoire de l’aumônier honoraire de la Légion. Cette année comme les précédentes, sa bénédiction était un modèle d’originalité et d’éloquence. 

« Ceux d’entre nous qui n’ont jamais connu la guerre ont maintenant une meilleure idée de ce que signifie être séparé de ses proches, a déclaré le rabbin Reuven Bulka. Chacun d’entre nous a été séparé de ses proches. Nous n’avons pas choisi cette séparation; les circonstances nous l’ont imposée.

« Qui a été là pour nous encore une fois en temps de crise nationale? Nos soldats. »

« Nos anciens combattants, dont nous nous souvenons aujourd’hui comme toujours, ont choisi de se battre pour notre pays, pour notre liberté, sachant qu’ils s’en trouveraient séparés de leur famille, une séparation hélas permanente dans de nombreux cas. »

Bulka a comparé le virus à « un ennemi que l’on ne peut pas voir » et a souligné qu’il fallait un travail d’équipe pour vaincre un tel ennemi.

« Quand les établissements de soins étaient à court de personnel, qui avons-nous appelé? Nos soldats. Et qui a répondu sans hésiter, malgré les risques qu’ils allaient encourir? Nos soldats. Et qui a été là une fois de plus en temps de crise nationale? Nos soldats. Qui s’est mis en première ligne contre la COVID-19, coude à coude avec les héroïques travailleurs de la santé? Ce sont bien nos soldats. »

Les Forces armées canadiennes ont annoncé en octobre que 222 de leurs membres avaient contracté le virus, bien qu’on ne sache pas combien d’entre eux faisaient partie des quelque 1 600 d’entre eux qui ont été déployés au printemps dernier dans des établissements de soins de longue durée en Ontario et au Québec. Les chiffres d’alors indiquaient que 55 cas étaient liés aux interventions les établissements de soins. 

Le président de la Légion, Tom Irvine, dépose une couronne. [Stephen J. Thorne]

La cérémonie nationale télévisée, en une journée exceptionnellement chaude et humide pour la saison, a suivi son cours habituel, comprenant La dernière sonnerie , L’élégie et Le réveil  joués par le sergent trompettiste Frédéric Paci, puis l’Acte du Souvenir prononcé en anglais par le président de la Légion, Tom Irvine, en français par le Grand président, Larry Murray, et en algonquin par l’ancien combattant autochtone Aurel Dubé.

Il n’y avait pas de chorale, pas de longue file d’anciens combattants ni de diplomates portant des couronnes, pas de défilé, et pas de piles de coquelicots sur le Tombeau du Soldat inconnu.

La Musique centrale des FAC a accompagné Baiza Kene du Chœur d’enfants d’Ottawa quand il a chanté l’hymne national. Une salve de 21 coups de canon a résonné de la Colline du Parlement parmi les bâtiments environnants.

Baiza Kene du Chœur d’enfants d’Ottawa dépose une couronne de la part de la jeunesse du Canada. [Stephen J. Thorne]

Le major-général Guy Chapdelaine, aumônier général des FAC, a prononcé des prières. Un survol par des avions d’époque a été annulé en raison de vents violents et de nuages bas.

Les gagnants de la catégorie sénior du concours littéraire et d’affiches de la Légion déposent habituellement une couronne au nom des jeunes du Canada. Ils n’ont toutefois pas pu se déplacer cette année et Joshua Naveen, membre du Chœur, l’a fait à leur place.

La gouverneure générale salue à côté du premier ministre, Justin Trudeau et de Sophie Grégoire Trudeau. [Stephen J. Thorne]

La Mère de la Croix d’argent du Canada, Debbie Sullivan, faisait partie du cortège vice-royal qui déposait des couronnes. Le groupe était composé de la gouverneure générale, Julie Payette, du premier ministre, Justin Trudeau, de Sophie Grégoire Trudeau, du président de la Chambre des communes, Anthony Rota, du ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, du général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense, et du président de la Direction nationale, Tom Irvine.

 

Sullivan a perdu son fils, le lieutenant de marine Christopher Saunders, dans l’incendie du NCSM Chicoutimi en 2004. Elle est la première Mère de la Croix d’argent de la marine depuis 27 ans. Isabella Hutchings, de Terre-Neuve, est la seule autre mère de la Marine parmi les 78 mères de la Croix d’argent nommées depuis que l’honneur existe au Canada : 1936. 

Sullivan dit qu’elle garde un portrait de son fils dans son salon et qu’elle lui parle tous les jours « comme s’il était là ».

« Je lui parle de ma journée, nous a-t-elle dit lors de l’entrevue qu’elle nous a accordée. Si je suis contrariée, si je suis triste à cause de son absence, je lui en parle. J’ai l’impression qu’il est près de moi et qu’il m’entend, et je me sens mieux après lui avoir tout raconté. »

Lors des réparations en mer le 5 octobre 2004, une grosse vague a déversé environ 2 000 litres d’eau de mer dans deux des écoutilles ouvertes du Chicoutimi. Près de 10 cen-
timètres d’eau se sont accumulés dans la cabine du capitaine et cinq, dans la salle de contrôle, déclenchant un incendie électrique qui s’est propagé, et une épaisse fumée noire a envahi le sous-marin. Sullivan est mort d’inhalation de fumée peu de temps après. Huit autres membres de l’équipage ont été blessés.

L’ancien matelot-chef James Sookbirsingh était électricien à bord du Chicoutimi. Il représentait la Submariners Association of Canada à la cérémonie.

Debbie Sullivan, Mère de la Croix du Souvenir (Croix d’argent) essuie ses larmes après avoir été témoin des honneurs faits à son fils, le lieutenant Chris Saunders, mort dans l’incendie du sous-marin NCSM Chicoutimi en 2004. [Stephen J. Thorne]

« C’était une période difficile, a déclaré le motard barbu, qui a déposé une couronne aux côtés du vétéran de la guerre de Corée Bill Black. Nous avons survécu, pour la plupart, mais si je suis venu ici, c’est pour celui que nous avons perdu. »

Sookbirsingh avait été en contact avec Sullivan, et les deux se sont parlé en personne pour la première fois le 11 novembre. Le membre d’équipage l’a émue aux larmes quand il lui a montré une photo de sa moto, où a été gravé un hommage au Dolphin 38 — code pour le crédo « Diesel boats forever » (bateaux diesel à jamais, NDT) — et à son compagnon d’équipage, et sur laquelle on peut lire ceci : « I ride in memory of Chris Saunders » (je roule à la mémoire de Chris Saunders, NDT). »

Seuls quelques fidèles s’attardaient alentour.

Sookbirsingh dit de Saunders que c’était un « gars dévoué et formidable » admiré par pratiquement tous leurs 58 camarades à bord du Chicoutimi. « C’était quelqu’un que nous admi-rions tous, dit-il. Quand il entrait dans une pièce, on ne pouvait que sourire.

« Quand on est dans un sous-marin, on est un groupe très uni. Alors on apprend rapidement à se connaitre. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire quelque chose de mal sur lui, ni avant ni après sa mort. »

Sullivan et Sookbirsingh se sont parlé pendant deux heures.

« Il a répondu à des questions que je me posais depuis 16 ans, a déclaré Sullivan, qui a l’intention de profiter de son mandat pour défendre les droits des anciens combattants et tendre la main au plus grand nombre possible de mères de la Croix d’Argent. J’ai finalement fait mon deuil. » 

Le Monument commémoratif de guerre du Canada est jonché de couronnes avant la cérémonie du 11 novembre. [Stephen J. Thorne]


Le Mémorial de guerre orné de couronnes

La foule assistant au service national du jour du Souvenir de cette année au Monument commémoratif de guerre du Canada était minime en raison des restrictions liées à la pandémie, mais les couronnes y étaient présentes en abondance.

La direction nationale de la Légion avait demandé aux gens de rester chez eux, car les restrictions sanitaires locales limitaient la participation à la cérémonie. Les gens étaient encouragés à regarder la cérémonie à la télévision ou sur Facebook. Mais s’ils voulaient une autre façon de participer, ils pouvaient acheter une couronne. 

«  Les couronnes sont un symbole indiquant que les Canadiens pensent encore aux anciens combattants et qu’ils se souviennent de leurs innombrables sacrifices, a déclaré le directeur de la cérémonie nationale, Danny Martin. Les profits seront tous versés au Fonds du coquelicot de la Légion pour venir en aide aux anciens combattants du Canada et à leur famille.  »

Le caporal Dave Zarboni du Corps de cornemuses de l’ARC joue Flowers of the Forest à la cérémonie du jour du Souvenir. [Stephen J. Thorne]

Chaque couronne, portant l’inscription Lest We Forget/Nous nous souviendrons, coute 150 $ plus les taxes en vigueur. Chaque couronne commandée était gardée à la Maison de la Légion jusqu’au jour du Souvenir. Elles ont ensuite été placées autour du monument aux morts avant la cérémonie.

On suggérait à toute personne qui voulait déposer une couronne à un cénotaphe local de communiquer avec une filiale de la Légion.

«  Il y avait 379 couronnes placées d’avance autour du monument commémoratif, a déclaré l’agent des projets spéciaux Freeman Chute. Il y en avait plus de 400 à la fin de la cérémonie. D’autres couronnes y ont été placées par le public après la fin du service.  »

Les couronnes ont été enlevées respectueusement le lendemain.

Le coucher du soleil au Cimetière militaire national, à Ottawa, le 11 novembre 2020. [Stephen J. Thorne]


Cérémonies virtuelles et en direct

En plus du service jour du Souvenir à Ottawa, les filiales de la Légion partout au Canada ont trouvé des moyens créatifs d’honorer les anciens combattants sans se rassembler en grand nombre. Certaines ont filmé leur cérémonie simplifiée à l’avance puis l’ont diffusée le 11 novembre. D’autres ont diffusé la leur en ligne, en direct.  

À la Grand Parade d’Halifax, les invités n’étaient autorisés que dans les cordons. L’évènement a été diffusé en direct par la CBC de Nouvelle-Écosse. Le public était libre de déposer des coquelicots au cénotaphe en après-midi. 

Au cénotaphe de Montréal, Place du Canada, les participants et dignitaires se tenaient à l’écart les uns des autres. Les anciens combattants étaient «  tristes de ne pas pouvoir assister à une cérémonie, a déclaré Kenneth Ouellet,
président de la division du Québec, à la CTV. Mais nous vivons à une époque de changements et nous devons nous adapter ».  

De petites cérémonies semblables ont eu lieu dans d’autres collectivités canadiennes, de Stratford à Sudbury, de Fort Smith à Summerland, certaines filmées à l’avance et d’autres diffusées en ligne en direct. Voici les liens vers quelques-unes d’entre elles :

Halifax : https://bit.ly/3lIR7ty

Montreal : https://bit.ly/32PPpih

Sudbury : https://bit.ly/3f7l3gj

Summerland : https://bit.ly/32M8ty0

Fort Smith : https://bit.ly/3ntnWuP

Le voyage à l’origine de la création du Tombeau du Soldat inconnu

Il y a presque un quart de siècle, la Légion royale canadienne a joué un rôle de premier plan dans la création d’un Tombeau du Soldat inconnu au Canada. La dépouille d’un soldat canadien non identifié de la Première Guerre mondiale a ainsi été inhumée à nouveau avec les honneurs militaires lors d’une cérémonie au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa le 28 mai 2000, évènement qui allait changer le visage du souvenir au Canada.

En 1996, le brigadier-général à la retraite Duane Daly assista à une conférence en Afrique du Sud dans le cadre de l’une de ses premières fonctions en tant que secrétaire de la Légion. Daly, vétéran de l’Aviation royale du Canada, n’avait jamais foulé le lieu sacré qu’est un cimetière de champ de bataille canadien. Ceux sur lesquels il se rendit en Afrique du Sud ne ressemblaient pas à ce à quoi il s’attendait.

La Légion a reprise l’idée.

Il plongea dans le rôle du Canada à la guerre d’Afrique du Sud et partit à la recherche de tombes militaires canadiennes près de Cape Town. Il trouva des victimes de guerre enterrées là où elles avaient péri, leurs caveaux (bien souvent des tombes toutes seules dans les champs) marqués de pierres de granit qui avaient servi de ballast dans le navire à bord duquel les soldats avaient été transportés.

« Les lieux pouvaient sembler vides, sauf qu’au milieu d’un pré, on voyait tout d’un coup un gros morceau de granit, la pierre tombale d’un soldat canadien, nous explique M. Daly. Tout cela m’a profondément marqué. Cela a fait vibrer en moi la corde du souvenir. »

À son retour au Canada, M. Daly a proposé de créer un Tombeau du Soldat inconnu au Monument commémoratif de guerre, à Ottawa. La Légion a repris l’idée. M. Daly a recueilli du soutien et l’aide d’experts, et il a fini par réaliser ce qui lui a parfois semblé infaisable.

[Tom MacGregor/Archives de la revue Légion]

Le Royaume-Uni et la France avaient consacré leurs tombeaux le jour de l’Armistice en 1920. Plus de 50 pays, dont les États-Unis, les avaient imités. Mais, pas le Canada.

M. Daly se demandait bien pourquoi, alors il mena sa petite enquête. Ses recherches l’amenèrent à une conclusion simple : aucun gouvernement canadien n’avait « jamais exprimé le souhait de rendre ce genre d’hommage aux anciens combattants […]. Ils trouvaient suffisant de dire que le tombeau du guerrier inconnu [de la Grande-Bretagne] servait à l’ensemble du Commonwealth. »

Le budget initial était de 500 000 $. Il a finalement été de près de 2 millions de dollars, somme provenant en grande partie du Trésor fédéral, malgré le manque d’appui du Cabinet. M. Daly explique que les budgets de certains ministères avaient été établis de manière à le financer adéquatement. 

La liste des contributeurs est longue; toutefois, M. Daly nomme trois fonctionnaires qui ont été les principaux partisans de l’initiative : Gerry Wharton, directeur de la cérémonie aux Travaux publics et Services gouvernementaux, qui a élaboré la conception; Brad Hall, de l’Agence canadienne de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, qui a orchestré la récupération de la dépouille à Vimy, en France; et Marc Monette, directeur des Travaux publics de la cité parlementaire, qui a supervisé la construction de la tombe et sa mise en place. Il a également dirigé le concours de conception, remporté par l’artiste canadienne Mary-Ann Liu.

Il était essentiel de porter une attention minutieuse aux détails, qui allaient du choix du granit provenant de la même carrière québécoise que le reste du monument, à la recherche d’un affut de canon approprié pour transporter la dépouille de la Colline du Parlement jusqu’à son dernier lieu de repos. La GRC a fourni un affut de canon et une escorte montée pour le cortège funèbre.

La stèle originaire du soldat a été transportée de la concession 8, rangée E, tombe 7 du cimetière britannique de Cabaret-Rouge, en France, au nouveau Musée canadien de la guerre. Elle a été placée dans une pièce spéciale où, à 11 heures chaque jour du Souvenir, un rayon de soleil entre par une fenêtre étroite et l’illumine.

Aujourd’hui, le Tombeau du Soldat inconnu est au centre de l’attention des spectateurs et participants de la cérémonie annuelle du jour du Souvenir. Après les cérémonies d’usage, une procession solennelle se forme et, un par un, des coquelicots sont placés sur la tombe, la couvrant ainsi de rouge. 

De bonnes œuvres

Partout au Canada, les filiales de la Légion ont comblé les manques que la pandémie a causés

Les filiales de la Légion royale canadienne aux quatre coins du pays ont poursuivi leurs bonnes œuvres malgré les défis posés par la pandémie de la COVID-19, et aussi souvent en raison des nécessités qu’elle a engendrées. 

Elles ont dû dire non aux rassemblements en personne pendant des mois. Les portes closes et la chute des recettes ont porté un coup dévastateur aux finances de bon nombre d’entre elles. Leurs membres ont néanmoins redoublé leurs efforts pour distribuer de la nourriture, rendre visite aux anciens combattants, fournir des équipements de protection aux travailleurs de première ligne, entre autres gestes pour atténuer l’impact de la pandémie dans leurs communautés.

« La Légion royale canadienne existe depuis 95 ans. Elle a traversé la Grande Dépression et la guerre, mais il s’agit là de circonstances uniques », a déclaré Steven Dieter, responsable des relations publiques de l’Est de l’Ontario et membre actif des Forces armées canadiennes.

« Nous nous efforçons de faire preuve de toute la résilience possible. De très nombreuses personnes créatives au sein de notre organisation œuvrent encore dans nos communautés pour aider les ainés, pour aider les anciens combattants. »

Les filiales n’ont pas été en mesure de souligner la série d’anniversaires historiques qui avait lieu cette année ni de se préparer aux concours littéraires et d’affiches dans les écoles. 

« Alors, nous faisons du bénévolat ailleurs, nous a dit M. Dieter. Nous utilisons nos ressources où nous le pouvons en contribuant à nos collectivités en ces temps difficiles, sans toutefois nous mettre en danger. »

Voici quelques autres exemples de filiales qui ont particulièrement contribué aux efforts pendant cette situation exceptionnelle :

 

À Port Moody, C.-B., des bénévoles de la Légion ont distribué des colis de réconfort aux anciens combattants et aux ainés confinés chez eux. Dans la petite ville de Brighton, Ont., les résidents ont apporté des cœurs de papier pour que la filiale les affiche en guise de remerciements adressés aux travailleurs de première ligne. Et à Kamsack, Sask., Jim Woodward, président de la filiale, et Jean, son épouse, ont communiqué avec des membres ainés qui s’isolaient volontairement.

« Nous passons des coups de fil et nous frappons aux portes pour nous assurer que tout va bien, a déclaré M. Woodward. Depuis le début de la pandémie, nous livrons des paniers alimentaires à nos membres ainés qui ne peuvent pas sortir. Mais, nous pratiquons la distanciation sociale et nous respectons les lignes directrices provinciales et fédérales. »

 

Huit membres de la filiale Fonthill, près de Niagara Falls, Ont., ont préparé et livré gratuitement plus de 7 000 repas à réchauffer à des ainés, des anciens combattants, des personnes en isolement et à d’autres personnes pendant quatre mois après la déclaration de la pandémie.

Cinq employés travaillaient dans la cuisine trois jours par semaine pour préparer des pains de viande, des rôtis de bœuf, du poulet, des saucisses, du chou farci, des pâtes, des pérogies, des sandwichs, des salades, des tartes, des biscuits et plus encore. Trois autres assuraient les livraisons.

Pendant ce temps, la filiale de 278 membres continuait de collecter des fonds en organisant un service à l’auto de poisson-frites le vendredi soir. C’était 500 à 600 repas par semaine qui étaient emballés et remis depuis la fenêtre de la cuisine.

Les repas de poisson-frites et les diners gratuits étaient si populaires, et les cuisiniers si occupés, qu’en aout, le ventilateur d’extraction de la filiale, vieux de 50 ans, a rendu l’âme et coupé court aux efforts au moment où les restrictions concernant la COVID-19 commençaient à être allégées.

Sans se laisser abattre, deux membres ont organisé une compétition de lancer de hache en plein air, et ils ont recueilli suffisamment de fonds pour remplacer l’ancien appareil au début du mois de septembre. La filiale, qui avait servi un diner de Pâques en avril, prévoyait de se remettre à la cuisine dès l’installation effectuée. Elle comptait notamment sur un diner de l’Action de grâce à la mi-octobre.

« Ça a bien marché, a déclaré Toni McKelvie, la présidente de la filiale qui, en plus de prendre soin de ses petits-enfants, a passé des centaines d’heures en cuisine depuis le début de la pandémie. Je suis tellement contente de la façon dont ça s’est passé. »

« Je m’attendais à ce qu’il y ait à peu près 150 à 200 repas; je ne pensais pas que le confinement durerait aussi longtemps. Mais comme ça s’est prolongé, les gens ont
dit : “on continue’’. Nous avons un bon noyau de bénévoles ici, ce qui aide vraiment beaucoup. J’ai hâte de m’y remettre. »

 

À la filiale Calgary-Nord, les bénévoles ont préparé plus de 200 casse-croutes par jour, sept jours par semaine, pendant tout l’été.

Le programme visait à l’origine les enfants, mais il s’est rapidement étendu à toute personne dans le besoin, notamment les ainés d’une résidence du voisinage.

En accordant une attention toute particulière aux mesures d’hygiène, de désinfection et de distanciation sociale, les bénévoles de la filiale ont cuit des petits pains à sandwich et des entreprises locales ont donné des ingrédients ainsi que des fruits et des coupes de fruits, des yogourts, des biscuits et autres.

« C’est pour les communautés voisines dont les écoles, où les enfants prennent normalement leur déjeuner, sont fermées, a déclaré Mark Barham, le président. » 

« Nous sommes allés voir les fournisseurs […] qui ont immédiatement embarqué en nous disant qu’ils offraient “tout ce dont vous avez besoin”. »

Un jour, une entreprise locale est arrivée avec un camion plein de sandwichs à petit déjeuner, soit 214 caisses. La filiale les a remises à une banque alimentaire locale.

On a aussi vu une immigrante libanaise se présenter avec son enfant. Son mari était encore au Liban et elle avait déménagé de Montréal à Calgary pour le travail, mais avait perdu son emploi à cause de la pandémie. Elle a humblement demandé deux diners. Cependant, on a vite compris qu’elle avait un autre enfant à la maison et qu’elle avait l’intention de diviser les deux repas en trois. On lui a donné un troisième diner en lui disant de revenir tous les jours. Elle l’a fait.

Des bénévoles aux quatre coins du pays confectionnent des masques pour aider les gens à se protéger. Don Staniforth, membre de la filiale québécoise Hudson, s’est allié avec d’autres bénévoles à un groupe de broderie et ils ont fourni 2 500 masques à l’hôpital de Sainte-Anne, soit assez pour que chaque patient et membre du personnel en aient plusieurs.

Nous disons aux gens de nous appeler s’ils ont besoin de nous.

« Ils ont fait un excellent travail », a déclaré Rod Hodson, le président de la filiale qui prévoyait une réouverture progressive de la salle de la Légion à la mi-septembre.

M. Hodson a envoyé un bulletin hebdomadaire aux membres de la filiale, a retrouvé des camarades deux fois par semaine dans le parc de stationnement de la filiale, et a maintenu un contact régulier par téléphone avec les anciens combattants locaux âgés de 85 à 95 ans. 

« C’est ce qui importe le plus : garder le contact avec nos membres et les informer de ce qui se passe. Nous disons aux gens de nous passer un coup de fil s’ils ont besoin de nous. Sur nos 420 membres, un seul m’a téléphoné. »

M. Hodson dit qu’il est important de garder un œil sur les membres, de maintenir le contact avec eux et de les tenir au courant des développements, en particulier en ces temps incertains.

« Vous savez, certains d’entre eux vivent reclus et il y en a qui ne sortent pas beaucoup. C’est important. »

 

Le gouvernement de l’Ontario a accordé une dispense spéciale à la filiale Aurora pour qu’elle puisse poursuivre les collectes de sang mensuelles organisées par la Société canadienne du sang, organisation sans but lucratif, durant la pandémie.

Claude Arcand, trésorier et lui-même donneur de sang de longue date, a rejoint d’autres cadres de la filiale pour surveiller les collectes et s’assurer que tout se passait bien dans le respect des lignes directrices.

La filiale a commencé sa réouverture en juillet avec des créneaux horaires réduits. En septembre, elle était ouverte du mercredi au dimanche et servait des barbecues le vendredi soir dans un patio tout juste agrandi.

« Nous faisons appel à la générosité de nos membres, et ils nous ont très bien soutenus pour nous aider à rester financièrement viables », a souligné M. Arcand.

Le soutien a permis à la filiale d’avoir des comptes en règle et de faire des dons à des organismes de bienfaisance locaux. Tout au long de la fermeture, les ressources et services de représentation de la filiale sont restés à la disposition des membres et des anciens combattants avec un préavis maximum de 24 heures.

 

À la filiale Dalhousie, N.-B., Floyd Vincent, le président, s’est illustré comme fer de lance des efforts réalisés pour maintenir le contact avec les membres d’un foyer voisin pour ainés ainsi qu’avec des personnes qui s’isolaient à la maison. La filiale a fourni des masques aux gens qui en avaient besoin.

Le tirage chasse-à-l’as de la filiale a rapporté entre 400 $ et 500 $ par semaine. En septembre, la cagnotte se montait à 5 500 $.

La mobilisation de la communauté et la communication sont essentielles à la Légion, a expliqué M. Vincent, que rien n’arrête à 81 ans. Le président du coquelicot de la filiale, Marinus Degroot, est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale néerlandais de 92 ans.

« On ne doit pas ralentir, a souligné M. Vincent, qui appelait des anciens combattants tous les soirs, pendant toute la fermeture, pour bavarder avec eux. On doit continuer. Nous aimons l’organisation, nous aimons les locaux, et nous avons un peu d’argent en banque. »

« La filiale est viable pour au moins quatre ou cinq ans. Mais on ne doit pas s’arrêter. Si on s’arrête, tout est perdu. »

 

À certains endroits, les bonnes œuvres fonctionnaient dans les deux sens.

Anne Marie Grenning, directrice adjointe de la filiale St. John’s, peignait un jour sa clôture lorsque son téléphone a sonné. Son mari, Greg, président de la filiale, s’était arrangé pour que les appels de la Légion soient transférés à leur domicile.

Au bout du fil se trouvait Madonna Porter, de la ville avoisinante de Conception Bay South.

Mme Porter avait vu aux nouvelles que la Légion locale était confrontée à des défis à cause de la pandémie, et elle voulait offrir son aide en faisant don de toute sa collection de poupées Barbie et de poterie pour qu’on la mette aux enchères. 

Plus de 500 Barbie datant des années 1960 à nos jours étaient stockées dans une dépendance derrière sa maison qu’elle appelle « le musée », exposées sur des étagères allant du sol au plafond. Une longue table au centre de la pièce était prise par la collection, et il y en avait aussi plein les armoires, les boites et les bacs en plastique. Selon un estimateur, la collection de poupées valait à elle seule 250 000 $.

Mme Porter a travaillé dans le domaine de la santé pendant 38 ans, mais a souffert de dépression, de solitude et de stress post-traumatique après avoir pris sa retraite. Elle a expliqué au St. John’s Telegram que la collecte, le tri, le nettoyage et le coiffage des poupées Barbie l’aidait.

« Ça m’a aidée à gérer mon anxiété et mon stress, a-t-elle souligné. Prendre quelque chose en mauvais état et en faire quelque chose de beau me rendait heureuse. »

Elle a invité M. Grenning et trois membres de la direction de la filiale à voir le fruit de sa passion.

La filiale vendait des repas deux fois par semaine pour tenir les comptes. Le don de Mme Porter est une aubaine, a souligné M. Grenning.

« C’est stupéfiant, a dit M. Grenning au Telegram. Une véritable joie. »

 

À Langford, C.-B., à la mi-juillet, Ultra Liquid Labs a fait don de 350 bouteilles de gel hydroalcoolique pour les mains à la Légion locale.

« Vu tout ce qui se passe dans le monde, les dons [de solution hydroalcoolique pour les mains] sont une nécessité aux lieux comme la Légion, qui participe tant à la vie communautaire, ou aux banques alimentaires, car c’est là qu’ils atteignent le plus grand nombre possible de gens, et aussi parmi eux des personnes qui n’ont peut-être pas les moyens d’acheter des produits comme du gel hydroalcoolique pour les mains », a expliqué au Sooke News Mirror Chris Mathison, directeur des activités de l’entreprise.

Norm Scott, directeur de la filiale, a déclaré que la sécurité et la protection étaient primordiales avec la reprise graduelle des activités sociales et communautaires. La filiale distribue tous les ans plus de 100 000 $ à des causes locales.

« Quand vous venez ici […], vous vous sentez en sûreté », a déclaré M. Scott.

 

Les filiales ont aussi eu recours aux réunions et événements en ligne pour garder le contact. La filiale Woodbine Heights de Toronto a organisé des événements musicaux en direct dans ce qui est devenu sa « filiale virtuelle ». Brenda Heath, la présidente, a invité les membres et leurs amis à organiser des fêtes semblables où ils feraient de la musique, chanteraient des chansons ou raconteraient des histoires.

« Nous traverserons tout ça ensemble et avec la distanciation sociale », a déclaré Mme Heath.

Le programme Buddy Check Coffee, qui permet aux anciens combattants de se réunir dans un cadre favorable à la socialisation, est entré dans le monde virtuel sous le nom de Virtual Buddy Check Coffee pour donner aux anciens combattants un moyen sûr et pratique de se retrouver et clavarder.

Le programme de pairs est présenté comme une occasion de nouer des amitiés dans un cadre décontracté. Il encourage les anciens combattants à réseauter, à échanger leurs expériences et à raconter des histoires devant un café.

Il est dirigé par la section spéciale des blessures de stress opérationnel de la Légion et organisé par des membres. De plus amples détails se trouvent sur le site Web de la LRC et sur la page Facebook du Buddy Check Coffee.

 

À Penetanguishene, Ont., les bénévoles de la Légion ont livré des produits essentiels dans une grande région du comté de Simcoe près de la pointe sud-est de la baie Georgienne.

« Tout a commencé par l’idée de livrer des vivres et des médicaments aux anciens combattants, a déclaré Paul Howe, président de la filiale. Et nous avons fini par le faire également pour les ainés et les personnes isolées. Ça n’était pas un problème. »

Jusqu’à huit bénévoles masqués faisaient les courses et huit chauffeurs livraient les marchandises. Certains bénéficiaires passaient leur commande directement à l’épicerie par téléphone ou courriel et la payaient à distance.

« Nous avons fait près de 450 livraisons dans tout le canton, parfois dans un rayon de 35 kilomètres, a déclaré M. Howe, lui-même ancien combattant. Nous sommes allés un peu partout. Les ainés ont beaucoup apprécié. »

L’épicier Foodland de la localité a fait don de 1 000 $ à la cause, en ajoutant des coupons-cadeaux de 25 $ aux bénévoles qui, sans exception, les ont remis aux gens de la communauté qui en avaient vraiment besoin.

M. Howe a également demandé aux dames auxiliaires de former une équipe pour appeler les membres tous les quinze jours afin de s’assurer qu’ils allaient bien et ne manquaient de rien.

« On apprécie ce qu’on a quand on le perd », a déclaré M. Howe.

 

La filiale Lockerby de Sudbury, Ont., offre deux repas gratuits par semaine aux anciens combattants et aux ainés à risque depuis le début de la pandémie. 

« Tout a commencé par du bouche-à-oreille parmi nos membres, a déclaré Mary Michasiw, la présidente. L’étape suivante a été de le faire savoir à la ville, qui a transmis nos coordonnées à de nombreuses organisations. »

Les personnes intéressées n’ont pas tardé à se manifester.

« Tout le monde veut aider et tout le monde veut que chaque personne soit en sécurité. »

Il n’a pas fallu longtemps pour que 50 personnes s’inscrivent pour bénéficier des repas de la filiale et que plus encore se proposent pour leur venir en aide.

« Cela n’a rien à voir avec les moyens financiers qu’on a, a déclaré Mme Michasiw. C’est une question d’accès aux services, de fierté, de demander de l’aide et ce genre de choses. »

Mme Michasiw a déclaré qu’elle espérait que le programme continue après la pandémie.

« Nous avons d’incroyables bénévoles qui sont prêts à travailler en cuisine ou à livrer les repas. J’aimerais que le programme se poursuive, même sous une forme différente. »

 

Ces efforts touchent là au cœur de la raison d’être de la Légion. Le pan social étant suspendu, les membres gravitent vers les bonnes œuvres.

« Les membres de la Légion sont unis dans tout le pays, a déclaré dans The Globe and Mail Thomas Irvine, président national. Ils font ce qui est dans l’intérêt des anciens combattants de leur communauté parce qu’ils se soucient d’eux. Ils leur sont d’un grand soutien. » 

Une artiste lève le voile sur les blessures cachées de la guerre

Anggun Rabu, âgée de 16 ans, a remarqué quelque chose en regardant les affiches commémoratives concernant les anciens combattants canadiens : les blessés y étaient le plus souvent victimes de lésions physiques.

Rabu, élève de 12e année à Abbotsford, C.-B., qui peint depuis l’âge de neuf ans, a donné le thème de santé mentale et trouble de stress posttraumatique à son affiche.

Le résultat convaincant de ses efforts, portrait disloqué d’un vétéran de la marine et de ses souvenirs, a remporté la première place dans la catégorie séniore des affiches en couleurs aux concours littéraires et d’affiches de la Légion royale canadienne.

« Not all war wounds are visible » (Les blessures de guerre ne sont pas toutes visibles, NDT), est-il écrit dans l’œuvre qui, selon sa créatrice, vise à faire la lumière sur une affliction souvent occultée et incomprise.

« J’ai remarqué que la plupart des affiches représentaient principalement la douleur physique que les soldats ont éprouvée », a déclaré Rabu, qui prenait part au concours pour la première fois et qui avait été invitée à présenter une œuvre par son professeur d’art.

« Je voulais faire quelque chose de plus sur la maladie mentale, comme le TSPT. C’est à propos des cicatrices mentales, et du fait qu’ils les ont jusqu’à la fin de leurs jours. C’est ce que je voulais présenter, et sensibiliser les gens de cette façon. »

Son œuvre met en scène un vétéran de la marine – élément du militaire qui, selon elle, est sous-représenté dans l’art commémoratif – aux rides accentuées par des sacs de sable et entrecoupé de scènes d’une guerre passée avec des plaques d’identité de soldats, indices de ceux qui ne sont pas rentrés au pays.

« C’est une œuvre assez compliquée », a déclaré la directrice générale des Publications Canvet Ltée, Jennifer Morse, artiste elle-même et juge du concours. « L’idée de la guerre et le déchiquetage du visage donnent une affiche assez sophistiquée. »« Ce sont toutes de belles œuvres, et le temps et les dimensions sont vraiment remarquables. »

Premières places aux affiches séniores

Anggun Rabu d’Abbotsford, C.-B., a remporté le concours sénior des affiches en couleurs grâce à son portrait des blessures internes de certains anciens combattants.

L’affiche en noir et blanc séniore gagnante a été dessinée par Shaelyn Lorensen d’Abbotsford, C.-B.

Valentina Donato de Greely, Ont., a obtenu la deuxième place au concours senior d’affiches en noir et blanc grace à son portrait de la jeunesse et de l’âge.

Premières places aux affiches intermédiaires

La première place au concours d’affiches intermédiaires a été décernée à Louise McCrow de Campbellford, Ont. (couleurs).

La première place au concours d’affiches intermédiaires a été décernée à Anna Mikhailov d’Ottawa (noir et blanc).

Premières places aux affiches juniores

Seowoo (Alice) Jeon de North Vancouver, C.-B., a remporté le concours junior d’affiches en couleurs.

Dawn Wang de Richmond Hill, Ont., a remporté le concours junior d’affiches en noir et blanc.

Premières places aux affiches primaires

Maximilian Lee de Calgary a remporté le concours primaire d’affiches en couleurs.

Peiru (Brian) Chen de Surrey, C.-B., a remporté le concours primaire d’affiches en noir et blanc.

Plus de 100 000 enfants et jeunes s’inscrivent aux divers niveaux des concours littéraires et d’affiches chaque année depuis au moins 40 ans : des millions au total. Le but du concours est simple : favoriser le souvenir chez les Canadiens.

C’est un outil efficace qui non seulement favorise le Souvenir, mais qui inspire les artistes.

« On peut dire en voyant certaines de ces œuvres que ces enfants sont créatifs et qu’ils vont très probablement passer leur vie dans les arts d’une manière ou d’une autre, a déclaré Mme Morse. Et je pense que quand on est ce genre de personne, qu’on a cette ouverture d’esprit, cette sensibilité, l’expérience résonnera en soi, immédiatement et de façon permanente. »

« Quand on pense à cela et au fait que des millions d’enfants ont été touchés par ce concours au fil des années, c’est sûr que le souvenir se perpétue et que cela inspire un sentiment durable de responsabilité concernant la dette que nous avons envers ceux qui sont morts, ceux qui ont été blessés, ceux qui ont fait la guerre. »

La variété des œuvres dans les catégories séniores, intermédiaires, juniores et primaires est impressionnante, et elle évite admirablement les thèmes et les représentations éculés.

Dans sa composition gagnante chez les séniors, Ryan McCardle de Mount Stewart, Î.-P.-É., réfléchit à son premier jour du Souvenir, quand il avait 10 ans, et que transi de froid, il était fâché que sa mère eût insisté pour qu’il l’accompagne durant cette expédition quand quelques mots provenant de l’estrade lui ont résonné dans la tête « comme si un bâton avait frappé une balle ».

« Ce que je crains le plus, c’est que les jeunes ne se souviennent plus, disait l’orateur qui portait un long manteau noir. Ils ne conçoivent pas pleinement tous les sacrifices de leurs prédécesseurs. Ils ne peuvent pas saisir ce que serait leur vie si les soldats canadiens n’étaient pas allés se battre pour la liberté. »

« La déclaration, écrit McCardle, s’est vraiment installée en moi ».

« Je suis allé aux cérémonies du jour du Souvenir toute ma vie, et je m’y dis en moi-même : ‘Nous nous souviendrons’ et ‘Nous ne les oublierons jamais’. Maintenant, je me demande si mes semblables vont vraiment se souvenir ou pas. »

« Beaucoup de mes camarades de classe sont restés chez eux aujourd’hui et profitent d’une journée sans classes. Ils ne pensent pas au sacrifice ultime que des millions de soldats ont fait, ni aux terreurs qu’ils ont endurées. Il ne me reste qu’à espérer. À espérer qu’eux non plus n’oublieront jamais. »

Les concours ont fait une impression profonde et durable sur Valentina Donato, âgée de 17 ans, de Greely, Ont., qui a couronné sept années d’inscriptions locales et provinciales notoires par une deuxième place dans la catégorie séniore nationale des affiches en noir et blanc.

Pour cette artiste en herbe, la distinction nationale concernant son dessin au fusain – où un vétéran de la campagne des Pays-Bas de la Seconde Guerre mondiale, magnifiquement flétri, se trouve en face du visage de sa jeunesse – était aussi estimable que la victoire. « C’est incroyable », dit-elle.

Donato qui, cet automne, devait s’inscrire en beaux-arts à l’Université d’Ottawa, dit qu’elle trouve que le fusain est un moyen particulièrement efficace pour le sujet qui nous occupe.

« J’ai aussi employé d’autres moyens artistiques, comme la peinture, mais […] c’est le fusain qui me plait vraiment, » dit-elle. « Je trouve qu’il me sert à susciter beaucoup d’émotions dans mes œuvres. J’aime vraiment le contraste et créer les ombres et les lumières qui donnent cette émotion qu’on ressent quand on regarde les choses. »

Elle a entendu parler des concours pour la première fois à l’école primaire, et elle s’est vite plongée dans l’histoire des Canadiens à la guerre. Les connaissances qu’elle a acquises au fil des années nourrissent son art; elles lui permettent de saisir la réalité et de mettre de la profondeur dans ses œuvres.

« Je ne me serais pas intéressée à l’histoire et à notre passé si je n’avais pas eu conscience du [concours] au préalable, en 6e année. J’avais toujours hâte à l’année prochaine, pour en savoir plus, pour savoir ce que je pourrais montrer dans mon art. »

 

Les concours d’affiches en couleurs ou en noir et blanc, de poésie et de composition sont ouverts à tous les élèves du système scolaire canadien. Les œuvres sont jugées par des bénévoles au niveau de la collectivité, aux filiales de la Légion, et les inscriptions gagnantes suivent leur chemin jusqu’au niveau divisionnaire.

Celles qui gagnent sont envoyées à Ottawa où sont déclarées les gagnantes nationales. Ces œuvres sont publiées dans un livret et les affiches gagnantes séniores, exposées au Musée canadien de la guerre pendant un an. Les inscriptions ayant remporté la deuxième place et celles qui ont mérité une mention honorable sont exposées dans le hall d’entrée du Parlement, en novembre, pendant la période du Souvenir.

Les œuvres littéraires séniores sont également exposées au Musée canadien de la guerre. La Légion parraine un voyage à Ottawa pour les quatre lauréats séniors, où ils rencontrent la gouverneure générale et déposent une couronne au Monument national de guerre au nom de la jeunesse du Canada, à l’occasion de la cérémonie du jour du Souvenir.

La tombe du Soldat inconnu a 20 ans

[Commonwealth War Graves Commission]

Il y a plus de 20 ans, la Légion royale canadienne a décidé de rendre hommage aux plus de 115 000 Canadiens qui avaient fait le sacrifice ultime aux deux guerres mondiales, en Corée, en Afrique du Sud ou en Afghanistan. L’initiative a mené à une cérémonie en France, où les restes d’un soldat canadien inconnu mort en 1917, à la crête de Vimy, ont été exhumés.

Le 28 mai 2000, les restes ont été exposés solennellement dans le Hall d’honneur, au Parlement, puis ils ont été inhumés à l’ombre du Monument commémoratif de guerre du Canada pour y résider à jamais dans l’anonymat.

Depuis presque 20 ans, la tombe du Soldat inconnu est un point de convergence où, exaltés par les sacrifices des Canadiens, des milliers déposent leur coquelicot à la fin des cérémonies annuelles du jour du Souvenir.

À l’occasion du 20e anniversaire, David Loveridge, directeur régional de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC), a déposé une couronne et des fleurs obtenues au cimetière britannique Cabaret-Rouge, lieu de repos originaire du soldat.

« Pendant ces temps difficiles, il est plus important que jamais pour les Canadiens de réfléchir à ceux qui ont servi, à ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre librement en toute sécurité », a déclaré Loveridge, qui supervise les tombes du Commonwealth dans les Amériques.

« La tombe du Soldat inconnu est l’un des tombeaux de guerre les plus éminents de la CSGC qui honore tous ceux qui sont morts dans l’anonymat au service du Canada. Nous continuerons de maintenir cette partie de l’histoire du Canada. »

[Stephen J. Thorne/revue Légion]

C’est le lieutenant-général Roméo Dallaire qui, lorsqu’il faisait partie du groupe de planification du projet du millénaire, a argumenté contre les intentions initiales d’enterrer une victime de la guerre d’Afrique du Sud (1899-1902), laquelle était en fait la première guerre du Canada à l’étranger.

Dallaire a souligné que c’est à Vimy que les quatre divisions canadiennes ont combattu ensemble pour la première fois. Certains ont dit de la victoire qu’elles y ont remportée, et où 3 598 membres du Corps canadien ont été tués et 7004, blessés, qu’elle était la naissance de la nation.

La tombe a été conçue par l’artiste canadienne Mary-Ann Liu. Le sarcophage contient de la terre de la tombe d’origine du soldat, en France, de chaque province et de chaque territoire, ainsi qu’une plume qui représente les peuples autochtones.

Les sculptures en bronze du Monument comprennent des éléments clés de la sculpture sur pierre de l’autel du Mémorial de Vimy : une épée médiévale, un casque et des branches d’érable symbolisant la victoire et la mort.

Quatre pièces de coin en bronze complètent la structure : trois reproductions de la Croix du Souvenir canadienne et un coquelicot, symbole du souvenir.

 

Seize mois après la cérémonie, des terroristes d’Al-Qaïda ont détourné quatre avions de ligne et fait crouler les tours jumelles du World Trade Center à New York et une partie du Pentagone à Washington, DC. Un autre avion s’est écrasé dans un champ en Pennsylvanie.

Vingt-quatre Canadiens sont morts dans les attaques. En quelques semaines, les soldats canadiens des forces spéciales se sont joints aux combattants des États-Unis et des autres pays de la coalition en Afghanistan, où les pirates de l’air et d’autres terroristes étaient formés sous la direction du cerveau des attaques, Oussama ben Laden. 

Après des années en service aux missions de maintien de la paix obscures et ingrates aux quatre coins du monde, les militaires canadiens étaient de retour au front : leur premier engagement offensif depuis 1953, en Corée. Pendant plus de 13 ans, la guerre du Canada la plus longue, au moins 158 soldats canadiens ont trouvé la mort, réveillant dans l’esprit du public canadien le rôle que son armée a joué au cours du dernier siècle et demi depuis la Confédération.

L’idée de commémorer la mort des soldats dont les restes ont été enterrés sans qu’on les ait identifiés a émergé pendant la Grande Guerre qu’on a appelée la guerre qui mettrait fin à la guerre.

Environ 8,6 millions de soldats de tous les côtés sont morts à la Première Guerre mondiale. Motivée en grande partie par les termes draconiens de sa reddition inconditionnelle, l’Allemagne nazie a commencé une nouvelle guerre de conquête en 1939. Quelque 75 millions de personnes sont mortes entre 1939 et 1945, dont environ 20 millions de militaires.

Sur les plus de 66 000 Canadiens morts à la Première Guerre mondiale, près de 20 000 n’ont pas de tombe identifiée.

[Commonwealth War Graves Commission]

C’est en novembre 1916 qu’en France, un officier local du Souvenir Français a proposé d’enterrer un « soldat inconnu ». La proposition a été portée au Parlement français en novembre 1918, et elle a été adoptée en septembre de l’année suivante.

En Grande-Bretagne, le révérend David Railton, aumônier de l’armée britannique en service au front occidental, a proposé un projet semblable après avoir vu une tombe marquée d’une croix grossière. Les mots « An Unknown British Soldier » (un soldat britannique inconnu, NDT) y avaient été inscrits au crayon.

Les deux pays avaient prévu des funérailles symboliques et l’enterrement d’un seul « guerrier inconnu ». Railton proposait d’intégrer un monument national à la version britannique.

Le Royaume-Uni et la France ont réglé des cérémonies le jour de l’Armistice 1920. Au Royaume-Uni, le Tomb of the Unknown Soldier a été créé à l’abbaye de Westminster, alors qu’en France la tombe du Soldat inconnu a été placée sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile.

L’idée a vite circulé. Les États-Unis ont dévoilé leur propre tombeau du soldat inconnu en 1921, au cimetière national d’Arlington, à Washington, DC, au bord du fleuve Potomac.

Les Étasuniens ont depuis enseveli sur les lieux les restes de soldats inconnus de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée et du Vietnam.

D’autres pays leur ont emboîté le pas, au moins 58 actuellement. Au Chili et en Ukraine, d’autres tombeaux ont été dévoilés en l’honneur du Marin inconnu.

Aujourd’hui, grâce à l’analyse de l’ADN, il est possible d’identifier des restes humains d’il y a aussi longtemps que la guerre de 1812.

Depuis 2007, le Programme d’identification des pertes militaires de la Défense nationale a servi à identifier 31 Canadiens et 19 étrangers grâce à diverses méthodes, dont les recherches historiques, archéologiques et anthropologiques, les sciences de laboratoire, l’odontologie médico-légale, la généalogie et les artéfacts. On a quand même enterré les restes de cinq personnes non identifiables.

Des morts des deux guerres mondiales, de la Corée et d’autres conflits sont enterrés à l’étranger dans les terres offertes à cet effet par les pays où ils sont tombés.

Le Canada a modifié sa politique contre le rapatriement des morts de guerre en juillet 1970 et fait maintenant rapporter ses morts pour les enterrer à l’endroit de leur choix.

La Commission des sépultures de guerre du Commonwealth commémore les 1,7 million de militaires du Commonwealth qui sont morts au cours des deux guerres mondiales. Elle est présente dans plus de 23,000 endroits de plus de 150 pays et maintient un très grand nombre de documents dans ses archives.

La Chine et la Russie au cœur de la conférence sur la défense

Ellen Lord, sous-secrétaire à la Défense des États-Unis responsable des achats d’armes et du maintien en puissance. [Stephen J. Thorne]

La Chine et la Russie étaient au cœur de la conférence annuelle d’Ottawa sur la sécurité et la défense des 4 et 5 mars derniers, où des experts se sont succédé pour dénoncer toutes sortes d’agissements des deux superpuissances : agressions, espionnage, efforts de déstabilisation et traitement des minorités.

« Tant que des pays développeront des capacités militaires […] avec l’intention de s’en servir pour appuyer des décisions économiques et sociales hostiles, il y aura un risque de dégénération en graves conflits régionaux ou mondiaux, a déclaré le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense. Cela aurait des effets dévastateurs pour toutes les parties impliquées, et c’est quelque chose qu’il faut éviter. »

La Russie a annexé la Crimée et envahi l’Ukraine, a-t-il noté. Son armée de l’air s’aventure régulièrement à proximité de l’espace aérien souverain d’autres nations, comme cela a été le cas le 9 mars, près des côtes de l’Alaska, quelques jours seulement après cette prise de parole. La Russie mène des campagnes de désinformation.

L’agression chinoise en mer de Chine méridionale met en péril la stabilité régionale, a-t-il ajouté. Le pays recourt à des pratiques économiques et diplomatiques « coercitives » et tente de compromettre le Canada et ses alliés par ses activités dans le cyberespace.

« Les deux pays ont démontré qu’ils disposent d’une force militaire, ce qui est donc une menace latente, et qu’ils ont une volonté politique de déclencher des effets déstabilisateurs à leur avantage », a déclaré le général Vance devant l’assemblée réunie à l’initiative de l’Institut de la Conférence des associations de la défense. On compte parmi les participants du cercle de réflexion des associations de militaires ou d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne est le plus grand membre.

« Ces activités qui restent encore en dessous des limites sont autant d’attaques sourdes. Prises séparément, elles ne méritent pas de réponse à grande échelle. Mais, quand on les considère dans leur ensemble, on voit qu’une nouvelle approche est nécessaire. »

Le général Vance a cité les efforts de dissuasion de l’OTAN en Europe de l’Est, notamment les patrouilles aériennes, la mission menée par le Canada en Lettonie ainsi que d’autres missions de l’alliance dans la région balte.

Il a reconnu que le système de défense aérienne canadoaméricaine devait être amélioré, et rapidement.

« La menace de missiles en Amérique du Nord devient de plus en plus complexe, a-t-il expliqué. L’Amérique du Nord ne fait plus face à la seule menace des missiles balistiques. Nous sommes confrontés à des missiles conventionnels plus sophistiqués qui peuvent être tirés de plus loin, qui vont plus vite et se manœuvrent mieux.

« Et surtout, ils peuvent prendre en otage le pouvoir décisionnel de l’Amérique du Nord lors d’un conflit, voire menacer sa production de force et la majeure partie de ses infrastructures essentielles. Même une attaque de petite ampleur pourrait entraver ou paralyser la réponse du Canada à une crise, porter atteinte aux Canadiens ou endommager les infrastructures essentielles. »

Les relations entre le Canada et la Chine, en particulier, sont tendues depuis décembre 2018, date à laquelle les autorités canadiennes ont arrêté Meng Wanzhou, cadre de Huawei, à la suite d’allégations des États-Unis selon lesquelles l’entreprise bafouait les sanctions infligées à l’Iran.

Mme Wanzhou reste assignée à résidence à Vancouver pendant qu’un tribunal canadien examine la procédure d’extradition. Deux Canadiens ont depuis été arrêtés en Chine suite à des accusations concernant la sécurité nationale.

L’ambassadeur de Chine au Canada, Cong Peiwu, figurait parmi les membres d’un groupe d’experts présents à cette conférence. Les participants l’ont questionné sur le sort des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig.

M. Cong a soutenu qu’ils étaient traités équitablement en vertu du droit chinois. Mais, il s’est refusé à dire quand son pays apportera une preuve étayant les accusations selon lesquelles ils sont des espions.

L’ambassadeur a argué que les camps de détention où se trouvent jusqu’à un million de Ouïghours en Chine occidentale ne sont que des « centres de formation professionnelle », en dépit des preuves accablantes du contraire. Et il a suggéré que les relations tendues entre le Canada et la Chine étaient en train de s’améliorer en grande partie grâce à la réaction mesurée d’Ottawa face à la pandémie du coronavirus, détecté à l’origine dans le centre commercial de Wuhan.

Le Canada et d’autres de ses alliés sont soumis à une pression américaine croissante pour empêcher le géant des télécommunications chinois Huawei d’installer son réseau 5G. Les États-Unis affirment que cette technologie servira de cheval de Troie pour compromettre la sécurité nationale et les alliances en matière de sécurité mondiale, comme celle du Groupe des cinq qui réunit le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Robert C. O’Brien, conseiller américain en matière de sécurité nationale, a déclaré lors d’une conférence à Halifax en novembre que, si on laissait l’entreprise installer son réseau 5G au Canada, Huawei allait « connaitre toutes les archives médicales, tous les dossiers bancaires, tous les commentaires sur les réseaux sociaux » et qu’elle saurait « tout sur tous les Canadiens ».

Il a expliqué que Beijing pourrait alors utiliser les données récoltées grâce à ce réseau pour « micro-cibler » les Canadiens grâce à des messages personnalisés destinés à influencer des élections, et il a dit qu’une telle intrusion pourrait affecter le rôle du Canada dans le Groupe des cinq.

« Le cheval de Troie de Huawei est effrayant, il est terrifiant, a-t-il argué. C’est incroyable que nos alliés et nos amis dans d’autres démocraties libérales permettent la venue de Huawei. Je suis surpris que cela fasse même débat. »

Le général Vance connait bien la question. Avant que le ministère de la Défense nationale se lance dans un déménagement du centre-ville d’Ottawa aux anciens locaux de Nortel situés dans la banlieue de Kanata, Ont., les techniciens ont retiré des dizaines de dispositifs d’écoute électronique. On présume qu’ils étaient chinois.

Des documents obtenus par The Ottawa Citizen il y a plusieurs années révélaient que le lieu qui allait devenir le quartier général de la défense et de ses 8 000 employés était la cible d’espionnage industriel depuis près de dix ans. Une étude de sa sécurité intérieure effectuée par Nortel a suggéré que des pirates téléchargeaient des études sur la recherche et le développement ainsi que des plans d’activités depuis les années 2000. Les pirates avaient aussi installé des logiciels espions dans les ordinateurs de certains employés.

Ellen Lord, sous-secrétaire à la Défense des États-Unis responsable des achats d’armes et du maintien en puissance , a déclaré à la conférence que les étudiants chinois qui fréquentent les universités américaines ramenaient de façon évidente « de la propriété intellectuelle en Chine à des fins malveillantes ».

« Nous avons suivi le fil, et nous découvrons que l’argent américain finance des activités de recherche qui vont tout droit en Chine, et que cette recherche est utilisée à nos dépends. C’est… un très, très gros problème. »

Mme Lord, ancienne directrice générale de Textron Systems, conglomérat mondial de l’aérospatiale, de la défense, de la sécurité et des technologies de pointe, a déclaré que l’industrie américaine était très dépendante de la main-d’œuvre et des produits chinois.

Elle a ajouté que la Chine avait « énoncé très clairement » les domaines du marché et de la technologie qu’elle prévoyait dominer d’ici 2025.

« Et ce n’est pas grâce à des investissements dans l’éducation et dans la recherche uniquement en Chine, a-t-elle averti. La Chine est en guerre avec le monde pour se procurer la propriété et la capacité intellectuelles par tous les moyens. »

Elle a décrit le concept de « capital antagoniste », en expliquant que de l’argent chinois avait servi à acquérir des entreprises américaines dotées d’une technologie « absolument essentielle à la défense de notre nation ».

« Et il ne vient pas de ‘la société chinoise ABC’. Il provient d’une série de très, très nombreuses couches de sociétés-écrans. »

Un comité du ministère du Trésor étasunien a été créé il y a quelques années pour examiner les acquisitions et recommander des mesures visant à atténuer les éventuelles menaces ou à bloquer carrément les ventes. De nouvelles règles visent à évaluer les fournisseurs de capital, telles que les sociétés de capital-risque, les maisons de courtage de valeurs et les petites entreprises, afin de s’assurer qu’il s’agit d’argent propre.

Dans un panel sur la question de la cybersécurité et des infrastructures essentielles, le contre-amiral américain Grant J. McDonald, ancien directeur de Norad responsable des opérations dans le cyberespace, a déclaré que ce dernier « est littéralement à 360 degrés et se déplace à la vitesse de la lumière ».

Il suffit, dit-il, d’un téléphone intelligent ou d’un ordinateur personnel pour ouvrir une brèche dans un réseau.

Les planificateurs doivent donc intégrer la sécurité au réseau, à son architecture, ainsi qu’aux logiciels et aux appareils qui utiliseront cette architecture.

Puis, la sécurité doit être intégrée dans les applications installées sur les appareils qui font partie des réseaux.

« Nous devons penser de manière globale à la défense du cyber-espace et de nos réseaux », a déclaré le contre-amiral McDonald.

La chose la plus importante que les autorités doivent comprendre, c’est ce qu’il appelle « le rôle des gens ». Il souligne ainsi que 80 à 90 pour cent des brèches dans la sécurité sont causées par des gens qui commettent des erreurs de base, par exemple qui cliquent sur des liens malveillants et visitent des sites non autorisés.

De l’autre côté, il y a des États-nations, des nations voyous, des organisations criminelles, le crime organisé, des terroristes, le terrorisme d’État « et tout particulier chez lui qui veut mal agir ».

« La menace est tout autour de nous, a souligné le contre-amiral McDonald. Tout ce que nous faisons touche maintenant au cyberespace. La manière dont nous vivons actuellement notre vie passe par ces appareils : nous nous en servons pour payer nos factures, gérer nos fonds… nous [les] utilisons pour tout.

« Nous devons donc réfléchir différemment à la façon dont nous défendons et sécurisons nos réseaux et nos vies […] et je dirais que mes renseignements personnels sont tout aussi précieux pour moi que le matériel classifié l’est pour le ministère de la Défense. »


Une année bien remplie

Les officiers d’entraide
de la Légion de toutes les divisions ont connu une année très chargée.

Ils ont traité 3 478 premières demandes et 601 révisions ministérielles envoyées à Anciens Combattants Canada (ACC) en 2019. Cela représente 359 premières demandes et 49 révisions ministérielles de plus que l’année précédente. En outre, ils ont conseillé de ne pas poursuivre ou ont retiré 1 095 demandes pour divers motifs l’année dernière.

L’augmentation résulte de la nouvelle modification de la politique sur les droits partiels mise en œuvre par ACC le 23 février 2018. Elle vise à fournir des directives sur l’admissibilité partielle ou à part entière aux prestations pour les invalidités suivantes :

celles qui découlent d’une blessure ou d’une maladie liée ou non au service (causalité);

celles qui découlent d’une blessure ou d’une maladie non liée au service qui a été aggravée par des facteurs liés au service (aggravation);

celles qui découlent d’une situation comportant un lien de cause à effet (consécutive).

Avant le 23 février 2018, une admissibilité partielle (1/5, 2/5, 3/5 ou 4/5) était accordée, que les facteurs soient liés au service ou non. Si une admissibilité partielle a été accordée en raison d’un lien de causalité, le ministère accordera une admissibilité à part entière.

Si c’est le Tribunal des anciens combattants (révision et appel) qui a accordé un droit aux prestations, le ministère n’a pas le pouvoir de procéder à une révision ministérielle. Dans ces cas-là, le TAC(RA) acceptera les nouvelles demandes d’appel et de réexamen.

En 2019, les agents des services de direction ont procédé à 161 exa-mens d’admissibilité et ont traité 143 appels de droit à pension/demandes de réexamen. L’année a donc été très chargée, et on ne s’attend pas à une baisse des demandes en 2020.

On recommande aux militaires et aux anciens combattants concernés par une décision d’admissibilité partielle de demander à un officier d’entraide de direction d’examiner leur dossier. Composez le 613-591-3335 ou le 1-877-534-4666 (numéro sans frais), envoyez un courriel à
veteransservices@legion.ca, ou consultez notre site Web à l’adresse www.legion.ca pour communiquer avec un officier d’entraide de direction dans votre région.

Succès des championnats de la huit malgré les inondations

Le président sortant Dave Flannigan (en regard) décerne le trophée des équipes aux joueurs du Man.– N.-O. O. (de g. à d.), Richard Urbanik, Neil Shore, Richard Curtis Martinson et Beaudoin de la filiale Norwood-St. Boniface. Urbanik et Beaudoin ont aussi gagné aux doubles. [Stephen J. Thorne]

Un Prince-Édouardien transplanté qui représentait la filiale néo-brunswickoise Miramichi a remporté le championnat chez les simples pour la deuxième fois tandis que l’équipe du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, de la filiale Norwood-St. Boniface de Winnipeg, a glané les titres d’équipe aux Championnats nationaux de la huit de 2019 de la Légion royale canadienne qui ont eu lieu les 25 et 26 mai.

Toutefois, la vraie gagnante a peut-être été la filiale hôtesse Fredericton, qui a surmonté deux inondations, un déménagement de dernière minute, et une table de billard cassée pour organiser un tournoi compétitif et agréable.

Avec seulement trois tables pour jouer au lieu de quatre, le temps des matchs des simples s’est allongé à 16 heures le samedi, et Greg Gauthier, natif de l’Î.-P.-É., a inscrit un score parfait de 6-0, le dimanche, lors de la finale de quatre hommes, et il a remporté ainsi son deuxième titre en trois ans.

Curtis Beaudoin et Richard Urbanik ont battu deux équipes de Labrador à la dernière série des doubles, et fini par prendre le titre en vainquant Bob Hall et Carl Pike. Avec Neil Shore et Richard Martinson, l’autre duo de la filiale Norwood-St. Boniface, ils ont également remporté l’épreuve des équipes.

« C’est exactement ce qu’il y a de si beau au Canada », a déclaré Beaudoin, fils de militaire né en 1959 à seulement un pâté de maisons de la filiale Fredericton temporaire, à côté d’une ancienne piste de courses attelées. « On se réunit, on se mesure les uns aux autres, on a du plaisir et, en fin de compte, on est tous amis, et c’est le plus important. »

Personne n’a eu autant de fil à retordre que les bénévoles de la filiale Fredericton qui, le jour avant le début officiel des jeux, apportaient encore des meubles dans la salle où ils seront chez eux pendant au moins les trois prochaines années.

L’édifice qu’ils occupaient depuis 1958, au 199 de la rue Queen, au centre-ville de Fredericton, avait été victime de la crue du fleuve Saint-Jean en avril 2018, qui avait inondé le sous-sol ainsi que les bureaux, la salle de danse, les locaux des sports, un centre de services et les salles de TLV au rez-de-chaussée.

Des meubles et d’autres objets avaient été placés en entrepôt, tandis que les activités avaient été déplacées à l’étage. Le billard, les fléchettes et le bridge avaient été suspendus indéfiniment. Le flux de revenus s’était pratiquement tari.

« Il fallait faire quelque chose », nous dit la présidente, ancienne attachée de direction au bureau du ministre fédéral Andy Scott et membre de la Légion depuis 40 ans, Joanne Gibson.

L’arbitre Jack Agnew de Fredericton (ci-dessus) arbitre les finales par équipe. Greg Gauthier (en médaillon) de la filiale néo-brunswickoise Miramichi a gagné chez les simples. Richard Lee et Wayne Westbury de Swift Current, Sask., (à droite) tirent parti de la suspension de l’interdiction aux partenaires de se consulter. [Stephen J. Thorne]

Un promoteur local s’est présenté et nous a proposé d’acheter la place pour y bâtir un complexe d’appartements à usage mixte de neuf étages, et d’y louer 10 000 pieds carrés à la filiale, au second étage, à un taux préférentiel.

Mme Gibson a présenté la proposition aux membres, et une majorité d’entre eux ont donné leur accord. La vente a été finalisée au début du printemps.

Son équipe et elle ont donc dû trouver des locaux temporaires, d’autant plus que la filiale de 400 membres a été touchée par une deuxième inondation début avril 2019.

Ils ont finalement obtenu l’approbation de la ville de s’installer dans un ancien salon de deux étages et de le rénover. Au moment où le tournoi de billard devait commencer, seul l’étage supérieur était prêt, à peine. Mme Gibson s’attendait à ce que le rez-de-chaussée soit terminé quelques semaines plus tard et à ce que les danses, les cartes et les bingos reprennent au même moment.

« Le plus important pour nous, c’était que l’étage soit prêt à temps pour accueillir ce tournoi », dit-elle, ajoutant qu’elle supervisait le dernier coup de peinture deux semaines à peine avant la date prévue du début des championnats.

Les tables ont dû être montées à l’aide d’une grue, et l’ardoise de l’une d’entre elles a été fissurée. Le temps manqua pour la remplacer.

« C’était vraiment extraordinaire de voir tout cela s’agencer, surtout grâce à nos bénévoles qui se sont occupés de la mise en place, de l’éclairage au-dessus des tables de billard […] et qui ont installé le bar », a-t-elle ajouté.

La cuisine n’était pas encore prête, alors les repas du tournoi étaient livrés.

Neuf équipes ont participé au concours de 2019. Huit divisions étaient représentées et la filiale hôtesse a inscrit une équipe. Les divisions du Québec et de la Colombie-Britannique–Yukon ne participaient pas.

Au classement des équipes, le Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario (fil. Norwood-St. Boniface) avait 64 points au total, tandis que le N.-B. (fil. Miramichi), en deuxième place, en avait 62. Terre-Neuve-et-Labrador (fil. Labrador City) a terminé troisième à 61 points, puis l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest (fil. Drayton Valley et fil. Bowness de Calgary) à 50, la Saskatchewan (fil. Swift Current) à 45 et l’équipe de Fredericton à 43. La Nouvelle-Écosse–Nunavut (fil. Iqaluit du Nunavut) avait 37 points, tandis que l’Ontario (fil. Mount Hamilton et fil. Long Branch de Toronto) et l’Î-P.-É. (fil. Tignish et fil. Charlottetown) en avaient 35.

Le président national sortant Dave Flannigan était sur place pour superviser le déroulement et a rendu une décision suspendant la règle selon laquelle les partenaires aux doubles n’avaient pas le droit de se consulter sur les coups à faire.

« Nous sommes tous gagnants, ici, ce soir, a-t-il dit lors du banquet de clôture où les prix ont été présentés. C’est un beau succès. »

Le joueur de l’Î.-P.-É. Joey Arsenault a ajouté : « C’est la quatrième fois que je viens ici, [aux championnats nationaux], et je n’y ai jamais eu autant de plaisir. Quel tournoi! Le travail fait pendant la dernière semaine pour tout mettre en place était incroyable. »

Les cloches de guerre

Si vous les voyiez, vous vous demanderiez pourquoi les Allemands ont pris la peine de les faire : 127 plâtres, partiels et désordonnés, de cloches classiques volées dans les églises d’Europe, qui ont été fondues pour en faire des armes et des munitions.

Ces plâtres de symboles culturels – figures du Christ, anges, démons, dragons – furent rassemblés par Percival Price et rapportés au Canada, pays de sa naissance, où ils furent déposés dans les archives du Musée canadien de l’histoire.

C’est ce même Price, musicien, compositeur et autorité mondiale en campanologie (étude des cloches), qui a conçu le carillon de la Tour de la Paix située sur la Colline du Parlement. (Il y a été le premier carillonneur national pendant 12 ans.)

Il était membre du corps professoral de l’Université du Michigan à Ann Arbor, entre 1939 et 1972, où il enseignait la composition et la campanologie, et où il était carillonneur.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Price était dans la section d’enquête de l’Armée canadienne sur les sciences et technologie ennemies. Il fut envoyé expertiser plus de 175 000 cloches enlevées aux églises et cathédrales des pays de l’Europe occupée et de ceux de l’Axe.

Quelque 25 000 cloches environ avaient survécu à la guerre, trainant, négligées, dans les glockenfriedhöfe (cimetières de cloches), le plus grand d’entre eux étant celui de Hambourg.

Price fut consultant, pendant deux ans, auprès de la Commission du Vatican pour la restauration des cloches et de la Commission militaire interalliée pour la préservation des monuments artistiques et historiques dans les zones de guerre, dont les membres étaient surnommés Monuments Men (hommes des monuments, NDT). Il aida les commissions des gouvernements autrichien, belge, néerlandais, ouest-allemand et italien à localiser et à rapatrier les cloches.

Le Canadien Percival Price, expert en campanologie, fut envoyé à la fin de la guerre pour documenter les cloches volées d’Europe.

Ce faisant, il entama une étude des qualités sonores des cloches encore en existence qui fit avancer l’art et la science du coulage de cloches, appelé aussi coulée de cloches, comme jamais.

« La concentration, sur le terrain, des quatre dépôts de Hambourg où se trouvaient environ 12 000 cloches [couvrant 700 ans de coulée de cloches] a été une occasion précieuse », écrivit Price dans le rapport de 150 pages qu’il déposa en 1947.

« Bon nombre de ces cloches dataient de plusieurs centaines d’années », nous dit Andrea McCrady, carillonneuse nationale actuelle. Le remplacement des cloches perdues « leur permit de vraiment analyser ce qu’est une cloche euphonique et celle qui frise la cacophonie ».

La majeure partie du travail sur le terrain, l’enregistrement des cloches et l’évaluation de leurs diverses qualités techniques, fut menée par le physicien de l’acoustique allemand Erich Thienhaus.

« Après la Seconde Guerre mondiale, les entreprises hollandaises et belges – les couleuses de cloches – ont tellement appris que, lorsqu’elles ont coulé de nouveaux carillons, elles ont produit des cloches très euphoniques, dit McCrady. C’est pour ça que la voix du carillon moderne est vraiment différente. »

Ce n’était pas la première fois, à la Seconde Guerre mondiale, qu’une armée d’envahisseurs confisquait les cloches des églises à des fins militaires, mais comme le sous-entendait Price avec optimisme, c’était sans doute la dernière.

Lorsque prit fin la Première Guerre mondiale, les cloches retentirent à travers les nations alliées, brisant ce qui pour beaucoup avait été un silence de quatre ans imposé par la règlementation dans certains endroits et, dans d’autres, par la confiscation. Des dizaines de milliers de cloches en bronze – dont certaines avaient fait vibrer « les chants des anges » depuis le 12e siècle – avaient été confisquées partout en Europe et fondues pour faire des armes et des munitions.

Pendant « la Der des Der », comme on avait appelé la Grande guerre, 44 pour 100 des cloches furent perdues rien qu’en Allemagne, beaucoup d’entre elles ayant été données volontairement pour soutenir l’effort de guerre, et d’autres, moins volontiers.

Dans la paroisse de Kusel, en Allemagne du Sud-Ouest, le diacre Karl Munzinger se résigna à l’inévitable après avoir résisté à un décret ordonnant la remise des cloches qui devaient être fondues et transformées en canons et en obus.

Une cloche de carillon livrée à l’édifice du Centre du Parlement en 1927 en vue de son installation dans la Tour de la Paix.

« Leur langage à venir ne sera plus le même, déclara Munzinger dans son sermon du 22 juillet 1917. Elles qui parlent mieux que quiconque de paix et de guérison des cœurs et des âmes, déchireront des corps dans des meurtres macabres et ouvriront des plaies qui ne guériront jamais. »

L’armée du Kaiser ne se contenta pas des cloches de son pays. Au moment où la guerre prit fin, il ne restait en France qu’un seul carillon datant d’avant la révolution. Le métal des cloches était habituellement un alliage composé de quatre parties de cuivre pour une partie d’étain, et il était renommé pour sa dureté et sa rigidité.

Les Allemands brisaient les cloches, puis fondaient et affinaient le métal, séparant le cuivre, l’étain et les autres métaux, comme le plomb, le zinc, même des traces d’argent ou d’or. Une tonne de métal de cloche donnait en moyenne 760 kg de cuivre et 180 d’étain, lequel était plus prisé.

La Seconde Guerre mondiale fut encore plus dévastatrice. En 1941, les autorités nazies avaient classé les cloches allemandes en quatre catégories selon leur âge et leur importance.

Gruppe A : les cloches mo-dernes, coulées après 1918 et désignées pour transformation immédiate. Elles représentaient 70 pour cent de toutes les cloches en Allemagne.

Gruppe B : on les estimait plus précieuses que celles du groupe A et on ne devait les traiter que si c’était nécessaire.

Gruppe C : elles étaient considérées comme étant plus précieuses que les B et on ne devait les traiter que si c’était nécessaire. B et C représentaient 20 pour cent des cloches.

Gruppe D : elles étaient jugées les plus précieuses et comprenaient les cloches du Moyen-Age et les carillons qu’on ne considérait pas comme modernes. C’était le restant, et elles ne devaient pas être fondues du tout.

Une classification semblable fut faite relativement aux cloches des pays occupés, mais les lignes directrices n’y étaient pas observées de très près. Certaines régions, comme l’Alsace et la Lorraine qui furent annexées par l’Allemagne nazie après la défaite de la France, et quelques pays entiers, dont la Tchécoslovaquie et les Pays-Bas, perdirent presque toutes leurs cloches.

D’autres, comme la Norvège, le Danemark et le Luxembourg, n’en perdirent aucune. Ce fut aussi le cas de la France de Vichy, où le gouvernement collaborationniste du  maréchal Philippe Pétain avait fait un pacte avec le diable, pour ainsi dire, en s’élevant contre la profanation du patrimoine culturel français et offrant les statues de bronze du pays à la place. En réalité, Pétain voulait s’attirer les bonnes grâces de l’Église catholique romaine.

Cependant, cette entente, la fameuse loi d’exception de Vichy, ne suffit pas à sauver toutes les cloches. Comme dans le reste de l’Europe, beaucoup y furent détruites dans les attaques et les bombardements.

Le gouvernement fasciste de Benito Mussolini avait conclu un accord avant la guerre entre l’Italie et le Vatican prévoyant la « mobilisation » des cloches, dont la moitié devait être réservée pour les industries militaires. Comme en Allemagne, au moins une cloche désignée par les autorités locales devait rester dans chaque clocher.

Les cloches étaient brisées en Italie et le métal, envoyé à Hambourg car les fonderies italiennes auraient été submergées par un tel volume.

Les églises étaient des cibles évidentes pour les bombardements aériens, mais pas les clochers. Price fit remarquer que pendant que les églises brulaient, les clochers encore d’aplomb servaient de cheminées. Ils devenaient si chauds que les cloches « fondaient et tombaient en  gouttes, se figeant au sol. Parfois, la masse figée s’oxydait partiellement, laissant une cendre rouge et gris. Dans les courants d’air particulièrement chauds, elles disparaissaient sans laisser de trace.»

Price rapporta que la cathédrale de Rouen avait perdu ses cinq cloches à bascule ainsi que « Jeanne d’Arc » qui, à 20 tonnes, était la plus grosse cloche en France. Il dit qu’elle avait été réduite en tas de cendres légères, dont il ramassa une partie qu’il rapporta chez lui.

Quelques villages et églises prirent des mesures audacieuses pour conserver leurs cloches. Dans la ville belge d’Ath, au sud-ouest de Bruxelles, il n’y avait pas eu de carillon depuis l’incendie qui avait détruit l’église en 1815.

Par définition, un carillon a au moins 23 cloches, généralement fixes plutôt qu’à bascule. Les Allemands avaient ordonné que les carillons soient épargnés dans la première série de confiscations. Ainsi, les gens collectèrent des cloches des alentours et les assemblèrent dans une seule pièce à laquelle ils donnèrent l’apparence d’une salle de carillon.

Ils trouvèrent un vieux guide indiquant qu’Ath avait un carillon et le donnèrent aux autorités allemandes pour en prouver l’existence. Ensuite, pour répondre à l’exigence des Allemands selon laquelle les carillons devaient être entendus afin d’être épargnés, ils installèrent un phonographe et un haut-parleur dans le beffroi pour jouer l’enregistrement phonographique d’un vrai carillon.

« On dit que les Allemands n’ont ni exigé de l’entendre ni découvert la substitution électrique », rapporta Price.

À Seclin, dans le Nord de la France, les Allemands menaçaient d’enlever le carillon quand « un groupe de Français se faisant passer pour des Allemands sont arrivés à l’église avec un camion dans lequel ils ont chargé toutes les cloches sauf celles qu’ils n’ont pas pu sortir de la tour parce qu’elle étaient trop grosses.

« Ils les ont enterrées en secret quelque part, sous une remise, où elles sont restées durant le reste la guerre », écrivit Price. Lorsque Price termina ses recherches, elles avaient été restituées, mais pas encore réinstallées.

A Maribor, qui était alors en Yougoslavie et qui est maintenant la deuxième ville de Slovénie par ordre de grandeur, des partisans empêchèrent l’enlèvement des cloches par les autorités locales qui travaillaient pour le compte des Allemands. Des soldats de la Wehrmacht furent ensuite envoyés pour effectuer la saisie. Les partisans les tuèrent.

Un soldat à côté de la cloche de l’église Saint-Pierre à Ypres, en Belgique, en aout 1916.

Manifestement, les cloches enflamment les passions. L’Église catholique romaine, nota Price, considère les cloches vas sacrum, c’est-à-dire des vases sacrés, et leur enlèvement, un sacrilège. Les églises protestantes ne sont pas aussi sévères. En fait, en Allemagne, il y en avait qui contribuaient à l’effort de guerre volontairement.

Les cloches ont une place particulière dans de nombreuses traditions religieuses et culturelles. Elles soulignent des occasions joyeuses comme les mariages et d’autres plus sombres comme les funérailles. Elles donnent l’heure, annoncent le diner, célèbrent les fêtes, rappellent les étudiants à l’école et les renvoient chez eux après les cours. Elles déclarent les arrivées de train, avertissent les navires des eaux peu profondes et alertent les habitants d’un désastre imminent.

D’après la tradition bouddhiste, la cloche peut représenter la voix céleste éclairée du Bouddha donnant ses enseignements. Elle invoquent la protection ou l’éloignement de mauvais esprits.

Les hindous sonnent la cloche du temple pour informer le dieu de leur arrivée plutôt que pour s’y faire appeler. Le son de la cloche est considéré de bon augure, accueillant la divinité et dissipant le mal.

Après les services du Vendredi saint marquant la crucifixion et la mort de Jésus, les cloches des églises chrétiennes qui appellent traditionnellement les paroissiens à la messe restent habituellement silencieuses jusqu’au matin de Pâques, quand elles annoncent la résurrection.

« Le silence des cloches indique clairement que quelque chose va très mal, » déclara le révérend Rüdiger Penczek, pasteur protes-tant basé près de Cologne, au service de radiodiffusion allemande Deutsche Welle.

Pendant les deux guerres mondiales, les saisies réduisirent les clochers au silence dans beaucoup de villes et de villages partout en Europe, et la conflagration qui brisa leur quiétude enleva à nombre de soldats et de citoyens une tranquillité qu’aucun carillon ne pourrait jamais restaurer.

En Grande-Bretagne, les règlements promulgués en vertu de la Defence of the Realm Act (loi sur la défense du royaume, NDT) de 1914 restreignirent le son des cloches en temps de guerre, les reléguant au rôle de dispositif d’alerte. Cela fit taire environ 5 000 clochers aux quatre coins des iles britanniques durant toute la Première Guerre mondiale. Le silence, disait-on, était assourdissant.

La pratique consistant à confisquer et à transformer les cloches des églises en outils de guerre n’avait rien de nouveau, même pour les armées de la Première Guerre mondiale. Selon une longue tradition militaire en Europe, les commandants d’artillerie avaient des droits sur les cloches des agglomérations conquises.

Napoléon, en particulier, savou-rait ce droit et remplissait ses coffres militaires en exigeant des villes vaincues qu’elles rachètent leurs cloches. Si elles ne le pouvaient pas, le général pouvait en disposer à sa guise. La moitié de la recette lui appartenait, l’autre moitié était versée au trésor central. C’était une pratique qu’on appelait « rachat des cloches ».

Au XVIIIe siècle, les cloches approvisionnaient immanquablement les campagnes militaires. Pendant la guerre franco-prussienne (1870-1871), l’évêque de Nancy autorisa les paroisses de son diocèse à démonter toutes leurs cloches sauf une pour faire des canons en défense de la France. Les Conventions de La Haye de 1910 déclarèrent les cloches des églises protégées et intouchables à des fins militaires, mais en vain.

Craignant l’avancée allemande, en 1915, la Russie retira 300 cloches de ses propres églises, les cachant au monastère Nikolsy, près de Moscou, pour empêcher leur destruction.

Le carillon est l’instrument national des Pays-Bas et de la Belgique. Ensemble, les deux pays ont plus de la moitié des 600 carillons du monde, plus de 200 d’entre eux se trouvant rien qu’en Hollande.

La destruction des carillons belges, en particulier, entre 1914 et 1918 a résonné à travers le monde et a été dénoncée par les Alliés comme l’anéantissement brutal d’un instrument de musique démocratique unique créé par un peuple courageux.

Le patrimoine des deux pays fut ravagé pendant la Seconde Guerre mondiale : les nazis prirent les deux tiers des cloches de Belgique; les enquêteurs britanniques affirmèrent que toutes les cloches, sans exception, avaient été enlevées des Pays-Bas, et que 300 seulement survécurent à la guerre, à Hambourg.

Pire encore, les autorités d’occupation allemandes firent couler de petites cloches aux Pays-Bas en l’honneur de la confiscation des cloches d’église européennes. Elles portaient l’inscription « Les cloches aussi se battent pour une Europe nouvelle », et elles servaient de souvenirs donnés aux dirigeants nazis qui avaient joué un rôle clé dans les saisies.

En plus de leur rôle de stimulant de la production militaire, les clochers d’Europe servaient de nids de tireur d’élite et de plate-formes d’observation au cours des deux guerres mondiales, ce qui en faisait des cibles de choix pour l’artillerie, les chars d’assaut et autres moyens de destruction.

Partout en Europe, les cloches d’église qui avaient survécu aux rapines de la Première Guerre mondiale furent souvent utilisées pour annoncer les attaques au gaz, une utilisation, bien entendu, qui entacherait à jamais le son des cloches d’église pour les anciens combattants de toutes les allégeances.

Certaines des cloches tombées ou pillées furent emportées dans les tranchées elles-mêmes, où elles servirent de système d’alerte plus efficace que les gongs improvisés habituels tels que les poêles suspendues à une corde.

Les cloches étaient aussi des symboles puissants dans les campagnes de vente d’obligations et de propagande pendant les deux guerres mondiales. En adhérant aux efforts des Alliés, en 1917, les États-Unis utilisèrent la cloche de la liberté sur les affiches de propagande et les tracts en tant que symbole de la liberté américaine pour promouvoir les Liberty Loans (prêts de la liberté, NDT). L’Allemagne en fit autant.

Les cloches furent utilisées au début de la propagande de la Première Guerre mondiale pour décrier « le viol de la Belgique ». Des rapports selon lesquels les moines d’Anvers avaient refusé de faire sonner les cloches pour célébrer la victoire allemande furent embellis. Quand l’histoire fut rapportée à Paris dans Le Matin, on y lisait que les moines rebelles avaient été pendus dans les cloches pour y servir de battants.

Lorsque les coups de feu s’arrê-tèrent, à 11 heures, le 11 novembre 1918, et que la nouvelle de l’armistice se répandit, les carillonneurs de Grande-Bretagne, du Canada et d’ailleurs dans le monde se mirent spontanément à faire sonner leurs cloches. Là où les cloches d’église avaient disparu, les gens faisaient teinter des clochettes.

McCrady, médecin de Pittsburgh à la retraite et Canadienne d’adoption, a joué 18 morceaux lors du 100e anniversaire de l’Armistice, concluant par la « dernière sonnerie » avant que le bourdon de la Tour de la Paix (la plus grande cloche) sonne 100 fois, au coucher du soleil.

« Pour moi, le jour du Souvenir est la période la plus importante de l’année, dit-elle. Après tout, la Tour de la Paix, c’est la Tour de la Paix, et son carillon est dédié à la paix et à la mémoire de ceux qui ont servi le Canada et qui ont perdu la vie. C’est une leçon d’humilité [que de jouer le 11 novembre], et assez effrayant, aussi. »

Le premier ministre Mackenzie King, lors de la consécration de la structure à l’occasion du 60e anniversaire du Canada, appela le carillon « le fleuron de la tour commémorative et […] le symbole le plus approprié de la paix […] la voix d’une nation s’élevant en tant qu’action de grâce et de louange qui retentira sur terre et mer aux quatre coins de la planète ».

Les notes des 53 cloches du carillon, du bourdon de 10 tonnes à sa petite sœur de 4,5 kilogrammes, furent diffusées sur les ondes de Radio-Canada lors de la première émission d’un océan à l’autre du pays, répandant « un message de paix et de bonne volonté à tous les hommes de tous les pays ».

L’assortiment de cloches exceptionnel avait été coulé en 1926-1927 par Gillett and Johnston de Croydon, en Angleterre. Cette fonderie, située près de Londres, avait été entièrement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale.

La défense de l’hyperespace au Canada

Shelly Bruce, chef adjointe du Centre de la sécurité des télécommunications à la Conférence d’Ottawa sur la défense et la sécurité. [Stephen J. Thorne]

La meilleure défense, disent certains, est une bonne offensive.

C’est en tout cas la logique qui motive un projet de loi controversé actuellement soumis à l’examen du Parlement et qui permettrait à l’organisme canadien chargé de la sécurité des télécommunications de lancer des cyber-opérations contre des puissances ou des groupes étrangers constituant une menace potentielle pour la sécurité nationale.

La Loi sur le Centre de la sécurité des élécommunications prévue par le projet de loi C-59, permettrait à l’ultrasecret CST « d’intervenir en ligne dans le but de contrecarrer les menaces étrangères et, plus précisément, de veiller à la protection de nos institutions démocratiques, de déjouer les plans de groupes extrémistes et terroristes, et de contrer les cyberattaques perpétrées par des États étrangers. »

La possibilité de répercussions sur les renseignements personnels est une des raisons pour lesquelles le projet de loi fait l’objet d’un examen minutieux.

Au mois de décembre, le Citizen Lab (Labo citoyen, NDT) de l’Université de Toronto, qui fait partie de l’École Munk des affaires internationales, a dit s’inquiéter du fait que la loi et certaines pratiques du CST « reposent sur des interprétations juridiques ambigües et secrètes qui légitiment la vaste collecte de renseignements et les activités de surveillance généralisée ».

Selon le rapport du Labo, il n’y aurait « pas du tout de surveillance ni de contrôle approprié des activités du CST en ce qui concerne aspects actif et défensif des cyberopérations dans son mandat ».

Le rapport cite « un manque total de surveillance et de contrôle des cyberopé-rations actives et défensives proposées dans le cadre du mandat du CST. »

Lors d’une apparition publique exceptionnelle à la Conférence d’Ottawa sur la défense et la sécurité, Mme Shelly Bruce, chef adjointe de l’organisme, a déclaré que de telles activités seraient soumises à des paramètres juridiques précis et à l’approbation des échelons du gouvernement les plus élevés.

Les nouveaux pouvoirs du CST pourraient servir à empêcher le téléphone mobile d’un terroriste de faire exploser une voiture piégée, dit-elle, à neutraliser l’infrastructure des communications d’un terroriste ou à perturber subrepticement une menace étrangère cherchant à faire obstacle aux procédés démocratiques du Canada.

Cette loi, qui fait partie d’une législation visant la gouvernance globale des opérations de sécurité et d’espionnage, interdirait toutefois l’utilisation d’outils offensifs contre les Canadiens ou contre l’infrastructure mondiale basée au Canada.

Le projet de loi restreindrait aussi les cyberopérations offensives à des actes raisonnables et proportionnés, dit Mme Bruce, et il ne permettrait pas d’actes qui bafoue-raient des principes clairement définis.

« Il faut que ce soit contre des cibles étrangères; que cela se passe à l’étranger, dit-elle. Il faut que ce soit raisonnable, nécessaire et proportionné. Il ne faut pas que la justice ni la démocratie soient entravées ni qu’il en résulte la mort ni des blessures.

« Il y a donc beaucoup de contraintes, et je pense qu’en plus de l’examen [des dispositions de la loi], ce sont là tous les freins et contrepoids qu’il faut pour garantir aux Canadiens que ces pouvoirs ne seront pas utilisés de manière inconsidérée. »

[Le CST] bloque chaque jour jusqu’à un milliard
de tentatives de détection de vulnérabilités dans
les réseaux du gouvernement fédéral, ainsi
que plus de 25 millions d’essais d’installation
de logiciel malveillant.

Quelque 600 personnes, dont des autorités de la défense et de la sécurité publique et d’importants acteurs universitaires et industriels ont assisté à la réunion de deux jours, laquelle était parrainée par l’Institut de la Conférence des associations de la défense. L’Institut de la Conférence des Associations de la défense est un groupe qui englobe plusieurs organisations s’occupant de sécurité et de défense, dont la plus importante est la Légion royale canadienne.

Le symposium de cette année avait pour thème Canadian Security and Defence in the New World (dis)Order (Sécurité et défense canadiennes dans le nouvel ordre (ou nouveau désordre) mondial, NDT), et portait sur des problèmes contemporains comme l’évolution démographique, les défis émergents concernant la défense, l’agression de la Corée du Nord et la redéfinition du rôle de NORAD.

Mme Bruce a présenté un résumé portant matière à réflexion des difficultés auxquelles sont actuellement confrontés les défenseurs canadiens de la cybersécurité.

Elle a dit que son organisme bloquait chaque jour jusqu’à un milliard de tentatives de détection de vulnérabilités dans les réseaux du gouvernement fédéral, ainsi que plus de 25 millions d’essais d’installation de logiciel malveillant et plus de 90 000 tentatives d’accès pernicieux aux bases de données du gouvernement.

« Au cours des décennies, ceux d’entre nous qui travaillent principalement dans le cyberespace avons été très occupés à acquérir des capacités et des techniques, à fournir des avis et des conseils, et à procurer des renseignements et des services cruciaux au gouvernement canadien pour la défense de ses systèmes, dit Mme Bruce. La cybersécurité [est devenue] un problème à caractère dominant pour les secteurs public et privé, ainsi que pour les Canadiens en général. »

Les enjeux sont évidents : repousser les tentatives coute cher en fonds et en temps; pourtant, les attaques peuvent entraver les activités du gouvernement, nuire aux informations et ternir les réputations, et même pire encore.

Le CST a dit en juin dernier qu’il s’attendait à ce que des pirates informatiques et des campagnes de désinformation essaient d’influencer les prochaines élections fédérales.

« Les cyberattaques contre les processus démocratiques augmentent partout dans le monde, a affirmé Greta Bossenmaier, chef du CST. Elles ciblent les partis politiques et les politiciens pour forcer, manipuler ou discréditer des particuliers.

« Elles ciblent les médias traditionnels ou sociaux, pour manipuler et influencer les discussions publiques ou pour réduire la confiance dans le processus démocratique, et le Canada n’est pas à l’abri de ces menaces. »

Mais à quel prix, ces cyberopérations?

Le rapport de l’Université de Toronto se reportait au bilan discutable du CST en matière de droits de la personne et citait « l’absence de garanties ou de restrictions sérieuses concernant les cyberopérations actives et défensives du CST ». Il dit que ce manque pourrait « menacer gravement les outils de communication protégée, la sécurité publique et la sécurité mondiale ».

Il exprimait aussi des inquiétudes que l’acquisition d’outils de logiciels malveillants, de logiciels espions et de piratage puisse « légitimer un marché s’appuyant sur la mise en péril de l’infrastructure mondiale des informations plutôt que sur son renforcement ».

Il dit que les protections de la loi pour les Canadiens sont « faibles et vagues » et représentent « un mépris évident pour la protection des renseignements personnels en tant que norme internationale des droits de la personne ». La loi « étendra considérablement la capacité du CST d’utiliser ses pouvoirs très larges au pays, » dit-il.

Et il a de « graves inquiétudes » au sujet de l’aide technique et opérationnelle du CST à d’autres organismes, dont les forces de l’ordre.

L’aide du CST, dit le rapport, pourrait donner « des capacités qu’il serait autrement illégal ou anticonstitutionnel pour les partenaires d’élaborer, d’utiliser ou de posséder, ou qui seraient intrinsèquement disproportionnées par rapport au contexte de leur utilisation ».

Mme Bruce dit que ce n’est pas le travail de l’organisme de promouvoir ni de défendre la législation proposée, mais a précisé pendant la conférence que le caractère largement répandu et interconnecté de l’Internet signifie que « nous devons tous penser à la cybersécurité plus souvent et chercher des moyens de collaborer plus efficacement à l’édification de nos cyberdéfenses ».

L’acquisition de renseignements précis,
objectifs et pertinents est essentielle
pour la démocratie.

Jānis Sārts, directeur du Centre d’excellence pour la communication stratégique de l’OTAN, situé à Riga, en Lettonie, dit que le pouvoir et les vulnérabilités des techniques de communication ne peuvent pas être sous-estimés.

« D’après moi, le plus grand changement dans la consommation des informations depuis que Gutenberg a inventé la presse à imprimer a lieu actuellement », a-t-il dit.

Le résultat de ce changement qui a eu lieu au 16e siècle, a-t-il remarqué, a été 100 ans de guerre en Europe basée sur les diverses croyances religieuses. Selon lui, l’acquisition de renseignements précis, objectifs et pertinents est essentielle pour la démocratie, qui n’a jamais été en plus grand danger que maintenant.

Il dit que 80 % des gens reçoivent des informations par voie numérique, et que pour 60 % d’entre eux, Internet est la principale source d’informations. La plupart des gens suivent les nouvelles, où leurs flux sont alimentés par des amis, des collègues et des proches – des gens dont le point de vue est semblable au leur – et les algorithmes du site renforcent cette tendance en leur montrant en priorité ce qu’ils aiment.

« Nous avons toujours eu des préférences cognitives, dit M. Sārts. Mais maintenant, nous pouvons alimenter nos préjugés culturels en [consommant] des informations auxquelles nous croyons déjà. Cela signifie que nous sommes de moins en moins capables de voir les autres points de vue. »

En Lettonie, où un groupe tactique de l’OTAN dirigé par le Canada est la cible d’une campagne de désinformation russe, 40 % des messages sur Twitter sont postés par des robots. En Russie, ce chiffre est de 80 %.

Les cyberopérations russes et chinoises, a rappelé M. Sārts aux délégués, ne concernent pas seulement l’infiltration des systèmes.

« N’oubliez pas, dit-il, qu’au bout de l’appareil, il y a habituellement un cerveau humain. Alors ce qu’ils essaient de faire, ce n’est pas seulement d’infiltrer l’appareil, mais de lessiver le cerveau. Lessiver le cerveau et obtenir un effet. C’est ce qu’on fait pour s’attaquer à une élection. »

Déstabilisez une élection, et vous déstabilisez la confiance; déstabilisez la confiance, et vous enlevez la légitimité du pouvoir, dit M. Sārts. « Si l’on combine la robotique, les données massives et l’intelligence artificielle [pour diriger l’opinion et la prise de décisions], on se rapproche de cette notion : Le libre arbitre existe-t-il encore? »

UNE VIE DE SERVICE

Le prince Henry de Galles, surnommé Harry, donne une accolade à un membre de l’équipe de volleyball assis de Géorgie après lui avoir remis une médaille d’or aux jeux Invictus à Toronto, en septembre. [Stephen J. Thorne]


Un esprit de courage à toute épreuve régnait aux jeux Invictus, où le nombre de médailles comptait moins que le nombre de participants.

Il n’y avait pas de drapeaux hissés aux jeux Invictus de 2017 à Toronto. Aucun hymne national n’a retenti pendant les cérémonies de remise de médailles.

Et malgré la compétition féroce parmi les militaires blessés ou malades et la ferveur de ceux et celles qui étaient venus les encou-rager, des proches et des amis, pour la plupart, la camaraderie et le soutien mutuel étaient le mot d’ordre des jeux.

Se rendre aux jeux, c’est un triomphe en soi. Comme l’a dit le prince Harry, fondateur des jeux, aux athlètes jeunes et moins jeunes : « L’importance de ces jeux, ce n’est pas de remporter des médailles d’or, d’argent ou de bronze. Ça ne l’a jamais été. Leur importance, c’est le chemin que votre famille et vous avez parcouru pour arriver jusqu’à la ligne de départ. »

À Toronto, cela était manifeste : on y a vu des concurrents attendre ceux et celles qui peinaient à finir la course, certains faisant même demi-tour pour encourager leurs camarades jusqu’au bout de la dernière étape de leur parcours épique du champ de bataille au champ de courses, sous les applaudissements et les encouragements des spectateurs, dont beaucoup étaient émus aux larmes.

« C’est le seul endroit où l’on applaudit autant les derniers », nous a dit la cocapitaine d’Équipe Canada, Natacha Dupuis.

Fadhil Razzaq de l’Iraq a remporté l’or au sprint IT3 de 200 mètres. Chaque catégorie de sport reflète un degré de blessure, de maladie ou de perte de fonction particulier. [Stephen J. Thorne]

Cela s’est confirmé à la fin des épreuves de natation, quand un médaillé de bronze américain unijambiste poussait le fauteuil roulant du médaillé d’or britannique, tous deux hilares.

Cela s’est vu aussi sur le terrain de rugby en fauteuil, quand les prétendants à une médaille se sont donné de chaleureuses accolades après trente minutes de compétition féroce ponctuée par le fracas de l’acier contre l’acier, le bruit sourd des chutes sur le plancher et le rugissement d’attaquants aussi redoutables que déterminés.

Les prétendants à une médaille se sont donné de chaleureuses accolades après trente minutes de compétition féroce ponctuée par le fracas de l’acier contre l’acier.

Les 550 concurrents venus de 12 pays avaient tous en commun une blessure plus ou moins évidente : un membre manquant, des cicatrices irrégulières, un regard ou des tatouages qui en disent long. Ces blessures étaient la partie visible d’histoires plus héroïques, plus mouvementées et plus éprouvantes qu’on ne puisse l’imaginer.

Hélène Le Scelleur, de l’Équipe Canada, essaie d’attraper la balle lors d’une partie de rugby en fauteuil roulant contre l’Australie.

Plus qu’une compétition sportive, ces Jeux étaient un festival, une célébration de triomphes, de ceux et celles qui refusent d’abandonner – les concurrents bien sûr, mais aussi leurs proches – et un brillant exemple pour nous tous.

Les Jeux Invictus ont eu lieu à Londres en 2014, puis à Orlando en 2016 et auront lieu à Sydney, en Australie, en 2018. Ils parlent de ce que le prince Harry décrivait comme le devoir, le service et le sacrifice.

Ils redéfinissent le devoir, le service et le sacrifice à leur propre manière.

Par sens du devoir et du service, les participants ont fait d’immenses sacrifices en Iraq, en Afghanistan ou ailleurs, mais en se présentant aux Jeux Invictus, en endossant de nouveaux uniformes et en montrant au monde ce dont ils sont capables (et ce qu’ils ne peuvent plus faire), ils redéfinissent le devoir, le service et le sacrifice à leur propre manière.

« Le service, c’est pour la vie », a dit à plusieurs reprises le prince Harry, qui a lui-même été déployé deux fois en Afghanistan.

Mark Ormrod (à g.), ancien fusilier marin britannique, a obtenu quatre médailles, dont celle de bronze à l’épreuve de nage libre de 100 mètres ISA. Sa performance lui a valu le prix de performance exceptionnelle des jeux. [Stephen J. Thorne]

C’est une compétition comme aucune autre. Il y a parmi ses vedettes Mark Ormrod, ancien de la Marine royale britannique et amputé de trois membres, qui a remporté quatre médailles, et l’Équipe Afghanistan, neuf anciens combattants qui ont passé des mois loin de leur famille pour s’entrainer en sécurité. Une fois tous les concours terminés, le prix de la performance, de la détermination et du dévouement exceptionnels a été décerné à Ormond. L’Équipe Afghanistan a obtenu le prix de l’esprit sportif et du dévouement.

Pour les autres, la reconnaissance était plus modeste, mais pas moins significative.

« Vous revenez de si loin. Vous êtes tous des gagnants. »

« Aussitôt que nous sommes descendus de l’autobus, nous avons été reçus de manière chaleureuse, avec de grands sourires et des acclamations », dit Melissa Smith, médaillée d’argent au tir à l’arc et ancienne infirmière qui souffre d’un trouble de stress posttraumatique depuis son affectation en Afghanistan, en 2010.

« C’était poignant. Cette sensation ne m’a pas quittée pendant tous les jeux. »

L’Équipe Afghanistan a été honorée pour son esprit sportif et son dévouement. [Stephen J. Thorne]

Les proches et amis des athlètes ont reçu leurs propres uniformes et bénéficiaient d’un statut préférentiel à tous les niveaux en reconnaissance de leur rôle indispensable.

La soprano britannique Laura Wright leur a donné la sérénade (accompagnée par la Chorale des femmes de militaires canadiens), ainsi que Sarah McLachlan et Bryan Adams, deux icônes de la chanson canadienne, et le légendaire rockeur américain Bruce Springsteen. C’était la troisième fois que Wright allait aux jeux Invictus, et sa divine interprétation d’« Invincible », qu’elle a composée pour le lancement de 2014, était captivante.

Les jeux ont attiré nombre de célébrités. L’omniprésent prince Harry a fait sensation quand il est arrivé à un match de tennis en tenant par la main sa petite amie, Meghan Markle, actrice américaine qui réside à Toronto, parmi les rumeurs de fiançailles imminentes. Les Trudeau, Melania Trump, Barack Obama et
Joe Biden étaient aussi présents. Le comédien et acteur canadien Mike Myers était ambassadeur des jeux. La délégation de la Légion royale canadienne avait à sa tête le président de la Direction nationale, David Flannigan.

Des athlètes puisent dans leurs dernières réserves d’énergie pour atteindre la ligne d’arrivée du 100 mètres IT2 : (de g. à d.) William Reynolds, Luke Sinnott, Adam Popp et Scott Meenagh. [Stephen J. Thorne]

Mais les vraies vedettes, c’étaient les athlètes – des modèles à suivre, a dit le prince Harry, « que tout parent espère voir ses enfants imiter ». C’était leur chance de se surpasser; pour un grand nombre d’entre eux, le point culminant d’une lutte titanesque, l’occasion de se redéfinir et de redéfinir leur vie.

« Vous revenez de si loin, leur a dit le prince Harry. Vous êtes tous des gagnants. »