La tombe du Soldat inconnu a 20 ans

Commonwealth War Graves Commission
Il y a plus de 20 ans, la Légion royale canadienne a décidé de rendre hommage aux plus de 115 000 Canadiens qui avaient fait le sacrifice ultime aux deux guerres mondiales, en Corée, en Afrique du Sud ou en Afghanistan. L’initiative a mené à une cérémonie en France, où les restes d’un soldat canadien inconnu mort en 1917, à la crête de Vimy, ont été exhumés.

Le 28 mai 2000, les restes ont été exposés solennellement dans le Hall d’honneur, au Parlement, puis ils ont été inhumés à l’ombre du Monument commémoratif de guerre du Canada pour y résider à jamais dans l’anonymat.

Depuis presque 20 ans, la tombe du Soldat inconnu est un point de convergence où, exaltés par les sacrifices des Canadiens, des milliers déposent leur coquelicot à la fin des cérémonies annuelles du jour du Souvenir.

À l’occasion du 20e anniversaire, David Loveridge, directeur régional de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC), a déposé une couronne et des fleurs obtenues au cimetière britannique Cabaret-Rouge, lieu de repos originaire du soldat.

« Pendant ces temps difficiles, il est plus important que jamais pour les Canadiens de réfléchir à ceux qui ont servi, à ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre librement en toute sécurité », a déclaré Loveridge, qui supervise les tombes du Commonwealth dans les Amériques.

« La tombe du Soldat inconnu est l’un des tombeaux de guerre les plus éminents de la CSGC qui honore tous ceux qui sont morts dans l’anonymat au service du Canada. Nous continuerons de maintenir cette partie de l’histoire du Canada. »

Stephen J. Thorne/revue Légion
C’est le lieutenant-général Roméo Dallaire qui, lorsqu’il faisait partie du groupe de planification du projet du millénaire, a argumenté contre les intentions initiales d’enterrer une victime de la guerre d’Afrique du Sud (1899-1902), laquelle était en fait la première guerre du Canada à l’étranger.

Dallaire a souligné que c’est à Vimy que les quatre divisions canadiennes ont combattu ensemble pour la première fois. Certains ont dit de la victoire qu’elles y ont remportée, et où 3 598 membres du Corps canadien ont été tués et 7004, blessés, qu’elle était la naissance de la nation.

La tombe a été conçue par l’artiste canadienne Mary-Ann Liu. Le sarcophage contient de la terre de la tombe d’origine du soldat, en France, de chaque province et de chaque territoire, ainsi qu’une plume qui représente les peuples autochtones.

Les sculptures en bronze du Monument comprennent des éléments clés de la sculpture sur pierre de l’autel du Mémorial de Vimy : une épée médiévale, un casque et des branches d’érable symbolisant la victoire et la mort.

Quatre pièces de coin en bronze complètent la structure : trois reproductions de la Croix du Souvenir canadienne et un coquelicot, symbole du souvenir.

 

Seize mois après la cérémonie, des terroristes d’Al-Qaïda ont détourné quatre avions de ligne et fait crouler les tours jumelles du World Trade Center à New York et une partie du Pentagone à Washington, DC. Un autre avion s’est écrasé dans un champ en Pennsylvanie.

Vingt-quatre Canadiens sont morts dans les attaques. En quelques semaines, les soldats canadiens des forces spéciales se sont joints aux combattants des États-Unis et des autres pays de la coalition en Afghanistan, où les pirates de l’air et d’autres terroristes étaient formés sous la direction du cerveau des attaques, Oussama ben Laden. 

Après des années en service aux missions de maintien de la paix obscures et ingrates aux quatre coins du monde, les militaires canadiens étaient de retour au front : leur premier engagement offensif depuis 1953, en Corée. Pendant plus de 13 ans, la guerre du Canada la plus longue, au moins 158 soldats canadiens ont trouvé la mort, réveillant dans l’esprit du public canadien le rôle que son armée a joué au cours du dernier siècle et demi depuis la Confédération.

L’idée de commémorer la mort des soldats dont les restes ont été enterrés sans qu’on les ait identifiés a émergé pendant la Grande Guerre qu’on a appelée la guerre qui mettrait fin à la guerre.

Environ 8,6 millions de soldats de tous les côtés sont morts à la Première Guerre mondiale. Motivée en grande partie par les termes draconiens de sa reddition inconditionnelle, l’Allemagne nazie a commencé une nouvelle guerre de conquête en 1939. Quelque 75 millions de personnes sont mortes entre 1939 et 1945, dont environ 20 millions de militaires.

Sur les plus de 66 000 Canadiens morts à la Première Guerre mondiale, près de 20 000 n’ont pas de tombe identifiée.

Commonwealth War Graves Commission
C’est en novembre 1916 qu’en France, un officier local du Souvenir Français a proposé d’enterrer un « soldat inconnu ». La proposition a été portée au Parlement français en novembre 1918, et elle a été adoptée en septembre de l’année suivante.

En Grande-Bretagne, le révérend David Railton, aumônier de l’armée britannique en service au front occidental, a proposé un projet semblable après avoir vu une tombe marquée d’une croix grossière. Les mots « An Unknown British Soldier » (un soldat britannique inconnu, NDT) y avaient été inscrits au crayon.

Les deux pays avaient prévu des funérailles symboliques et l’enterrement d’un seul « guerrier inconnu ». Railton proposait d’intégrer un monument national à la version britannique.

Le Royaume-Uni et la France ont réglé des cérémonies le jour de l’Armistice 1920. Au Royaume-Uni, le Tomb of the Unknown Soldier a été créé à l’abbaye de Westminster, alors qu’en France la tombe du Soldat inconnu a été placée sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile.

L’idée a vite circulé. Les États-Unis ont dévoilé leur propre tombeau du soldat inconnu en 1921, au cimetière national d’Arlington, à Washington, DC, au bord du fleuve Potomac.

Les Étasuniens ont depuis enseveli sur les lieux les restes de soldats inconnus de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée et du Vietnam.

D’autres pays leur ont emboîté le pas, au moins 58 actuellement. Au Chili et en Ukraine, d’autres tombeaux ont été dévoilés en l’honneur du Marin inconnu.

Aujourd’hui, grâce à l’analyse de l’ADN, il est possible d’identifier des restes humains d’il y a aussi longtemps que la guerre de 1812.

Depuis 2007, le Programme d’identification des pertes militaires de la Défense nationale a servi à identifier 31 Canadiens et 19 étrangers grâce à diverses méthodes, dont les recherches historiques, archéologiques et anthropologiques, les sciences de laboratoire, l’odontologie médico-légale, la généalogie et les artéfacts. On a quand même enterré les restes de cinq personnes non identifiables.

Des morts des deux guerres mondiales, de la Corée et d’autres conflits sont enterrés à l’étranger dans les terres offertes à cet effet par les pays où ils sont tombés.

Le Canada a modifié sa politique contre le rapatriement des morts de guerre en juillet 1970 et fait maintenant rapporter ses morts pour les enterrer à l’endroit de leur choix.

La Commission des sépultures de guerre du Commonwealth commémore les 1,7 million de militaires du Commonwealth qui sont morts au cours des deux guerres mondiales. Elle est présente dans plus de 23,000 endroits de plus de 150 pays et maintient un très grand nombre de documents dans ses archives.

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