Le 22e Bataillon et la Grande Guerre

Des officiers canadiens français du premier bataillon canadien francophone à être formé sous la conscription. [BAC/PA-022751]

Le 22e Bataillon (canadien-français) fut autorisé le 7 novembre 1914 grâce à un don de 50 000 $ du Dr Arthur Mignault. C’était le premier bataillon francophone du Corps expéditionnaire canadien. Le bataillon, comptant 36 officiers et 1 097 hommes de troupe, partit pour l’Angleterre à bord du RMT Saxonia en mai 1915. Après avoir passé plusieurs mois à s’entrainer en Angleterre, il partit pour la France, en septembre 1915, où commença son long périple dans les tranchées.

La première grande offensive à laquelle le 22e Bataillon participa fut celle de Courcelette. À 6 h 20 le 15 septembre 1916, l’assaut de deux armées qui devait être mené sur 16 kilomètres fut lancé par sir Douglas Haig. La deuxième vague d’attaques était prévue pour 18 h. Commandés par le Lieutenant-Colonel Thomas-Louis Tremblay, les Van Doos (comme les appelaient affectueusement les anglophones selon leur prononciation de 22) reçurent la consigne vers 15 h 30 d’être prêts au combat à 18 h. Le bataillon rencontra tout de suite une forte opposition des Allemands. Il réussit quand même à atteindre son objectif assez rapidement, mais à cause des soldats allemands cachés dans le village, le nettoyage de ce dernier prit plusieurs jours. Au cours des trois jours et des nuits qui suivirent, le bataillon dut repousser 14 contrattaques, dont sept au cours de la première nuit. L’horrible bataille se termina le 18 septembre 1916 et, bien qu’elle se soit soldée par une victoire, le bataillon avait subi de terribles pertes : 207 victimes, dont la majorité de ses 22 officiers. Tremblay lui-même fut couvert de débris trois fois, mais par chance il en ressortit indemne. Le bataillon avait fait plus de 300 prisonniers allemands et les 22e, 25e et 26e bataillons ensemble en avaient fait plus d’un millier. Grâce à son succès à Courcelette, le 22e Bataillon se fit une réputation, et cette bataille resta son plus grand succès de la guerre.

Les combats avaient marqué les soldats. Tremblay lui-même déclara qu’il ne souhaitait pas de pareille bataille à son pire ennemi, la comparant à l’Enfer. Par surcroit, presque immédiatement après la bataille, Tremblay prit un congé médical en Angleterre à cause d’une affection préexistante. Son absence fut un coup terrible pour le bataillon. Sous le nouveau commandement du major Arthur-Édouard Dubuc, le moral du bataillon souffrait, l’indiscipline et les désertions se multipliaient. Tremblay revint en février 1917 et la confiance revint aussitôt au bataillon.

Il est incontestable que la bataille la plus importante de la guerre pour le Corps expéditionnaire canadien fut celle de Vimy, en France, en avril 1917. Le Corps canadien reçut l’ordre de saisir la crête de sept kilomètres. À 5 h 30, le 9 avril, l’attaque fut lancée par plus de 15 000 soldats canadiens. Le 22e Bataillon avait reçu l’ordre de suivre les attaquants pour nettoyer l’ennemi des points de résistance qu’ils auraient dépassés. Avec le 25e Bataillon, il fit près de 400 prisonniers allemands. Le jour de l’assaut, le bataillon subit 66 blessés et pendant les cinq jours qui suivirent, il en subit 54 autres. Même si le rôle joué par les Van Doos à Vimy était beaucoup plus modeste que celui qu’ils avaient joué à Courcelette, Tremblay était toujours très fier de ses hommes, car ils avaient bien servi leur pays et avaient aidé le CEC à atteindre tous les objectifs qui lui avaient été confiés.

Après Vimy, et jusqu’à la fin de la guerre, le 22e Bataillon continua de se montrer fidèle à la réputation qu’il s’était forgée à Courcelette en prenant part à plusieurs batailles, notamment à la côte 70, à Ypres et à Passchendaele. Quand la guerre prit fin, les pertes du régiment s’élevaient à 1 197 morts et 2 893 blessés. Le bataillon reçut 21 Honneurs de Bataille en tout pendant la guerre. Il fut dissous après la guerre, mais une nouvelle force permanente fut autorisée en 1920. Le titre de Royal fut ajouté au nom du régiment par le roi George V en 1921. La Croix de la crête de Vimy fut remise au Royal 22e Régiment en 1923, sise à côté de la chapelle de la Citadelle de Québec où il est en garnison, afin que sa contribution à la Première Guerre mondiale ne soit jamais oubliée.

Lieutenant Jean Brillant VC, MC – le soldat qui n’abandonna jamais

Jean-Baptiste Arthur Brillant est né à Assemetquaghan, Québec, le 15 mars 1890. Son père était Joseph Brillant, employé à l’entretien de chemins de fer, et sa mère était Rose-de-Lima Raiche. Il a étudié au Collège de Saint-Joseph à Memramcook, Nouveau-Brunswick, et a ensuite étudié au Séminaire de Rimouski en 1904-1905. Après ses études, il a été opérateur de télégraphe pour une société de chemins de fer. Il s’est également engagé comme volontaire dans le 89e Régiment (Temiscouata et Rimouski).

Au cours de la Première Guerre mondiale, à la suite des lourdes pertes subies par le 22e Bataillon, seule unité d’infanterie canadienne-française à servir au champ de bataille, le 189e Bataillon d’infanterie a été mobilisé pour le renforcer. Le major Philippe-Auguste Piuze, qui a organisé le 189e Bataillon, a fait appel au 89e Bataillon et Brillant a décidé de l’accompagner.

En mars 1916, M. Brillant a quitté son poste d’opérateur de télégraphe, désireux de se joindre au Corps expéditionnaire canadien, et on
dit qu’il aurait déclaré avoir 13 ans de service à son actif. Il a été affecté au 69e Bataillon d’infanterie à son arrivée à Liverpool, au début du mois d’octobre, puis il a été muté au 22e Bataillon à la fin du mois, quand il est arrivé en France.

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Jean Brillant VC, MC [Illustration de Sharif Tarabay]

Bien que le temps qu’il a passé au front ait été relativement calme pour lui au début, il a participé à l’attaque de la crête de Vimy du 9 au 12 avril 1917. Il a été hospitalisé peu de temps après, ayant contracté la fièvre des tranchées. Ensuite, en juillet, il a de nouveau été hospitalisé, cette fois jusqu’en septembre.

En mai, il a écrit à un oncle que les choses s’activaient. Pendant la nuit du 27 au 28 mai, il a été appelé à prendre un avant-poste défendu par deux mitrailleuses et environ 50 hommes. Il est parti aux trousses de cinq hommes qui s’enfuyaient, en a mis quatre hors de combat et a capturé le cinquième qui a fourni au bataillon de précieux renseignements. Il a poursuivi le combat malgré des blessures subies pendant l’attaque. Ses actions lui ont valu la Croix militaire, laquelle lui a été décernée le 16 septembre.

Le matin du 8 aout, au début de la bataille d’Amiens, son bataillon se trouvait près de Méharicourt, en France. Il s’est précipité sur un poste de mitrailleuses ennemi et l’a capturé, tuant deux des défenseurs de ses propres mains. Malgré la blessure qu’il avait subie pendant l’attaque, il a refusé de se replier et a continué de se battre le lendemain, lors de l’attaque de Vrély. Le lieutenant Brillant et deux de ses hommes ont capturé 15 mitrailleuses et fait 150 prisonniers, et il a été blessé encore une fois. Refusant encore de quitter le front, il a mené une charge de plus, courant 600 mètres vers les canons allemands qui tiraient sur son bataillon. Il a été blessé une troisième fois mais a continué sur 200 mètres avant de s’effondrer.

Il est mort le lendemain, le 10 aout, et sa dépouille a été portée en terre au cimetière militaire de Villers-Bretonneux. Il avait 28 ans. La Croix de Victoria lui a été décernée à titre posthume le 27 septembre.

Cette dernière a été présentée à son père, à Rimouski, le 16 décembre 1918, par le duc de Devonshire, gouverneur général du Canada. Aujourd’hui, cette médaille est exposée avec sa Croix militaire et ses autres médailles au musée du Royal 22e Régiment, à la Citadelle de Québec. De la terre de sa tombe est également enfouie dans les murs de la Citadelle, avec de la terre de celle de Joseph Kaeble, le seul autre membre du Royal 22e Régiment à qui a été décernée la Croix de Victoria pendant la Première Guerre mondiale.

Aujourd’hui, on honore la mémoire du lieutenant Brillant partout dans la province de Québec. À Montréal, on trouve le parc Jean-Brillant, où un monument lui est dédié ainsi qu’une filiale de la Légion royale canadienne qui porte son nom.

La crise d’octobre

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Journaliste Tim Ralfe question Premier Ministre Pierre Trudeau sur la Loi sur les mesures de guerre et Trudeau avait dit “Just watch me”, Oct. 13, 1970. [PHOTO: PETER BREGG, THE CANADIAN PRESS]

Le Canada a évolué rapi-dement au cours des années 1960. Le Québec en particulier a fait l’objet d’une vague de changements lors de l’élection du Parti libéral du Québec, en 1960. La Révolution tranquille, comme on a appelé cette mutation sociale, a fleuri partout au Québec. Des groupes socialistes, notamment le Parti québécois, sont apparus dans toute la province, dont ils cherchaient à obtenir l’indépendance.

Le Front de libération du Québec était un de ces groupes. Il avait pour objectif de parvenir à l’indépendance du Québec par tous les moyens. Conformément à son approche des plus radicales, le FLQ a célébré son inauguration, en février 1963, en jetant un cocktail Molotov dans une fenêtre de CKGM, une station de radio anglaise à Montréal.

Pendant le reste des années soixante, le FLQ a commis des braquages de banque, des cambriolages, et plus de 200 attentats à la bombe, dont celui de la Tour de la Bourse de Montréal en 1969. Dès 1970, de nombreux membres avaient été arrêtés et emprisonnés pour ces actes de terrorisme, le plus notable étant Pierre-Paul Geoffroy, qui a plaidé coupable à plusieurs chefs d’accusation d’attentat à la bombe (y compris celui de la Bourse), et qui a reçu 124 peines d’emprisonnement à perpétuité, la sentence la plus lourde jamais prononcée dans le Commonwealth britannique.

Le 5 octobre 1970, deux hommes se sont présentés à la résidence du délégué commercial britannique à Montréal, James Cross, et dit à la domestique qui leur a répondu qu’ils avaient un cadeau d’anniversaire pour M. Cross. Les deux hommes ont alors obligé M. Cross à monter dans une voiture qui est partie en direction du centre-ville. C’était le début de la crise d’octobre.

Cinq jours après, le 10 octobre, Pierre Laporte, ministre québécois du Travail, jouait au ballon devant chez lui à Montréal avec sa famille lorsque des membres d’une autre cellule du FLQ l’ont obligé à monter dans une voiture.

Ces otages devaient servir d’échange pour la libération de membres du FLQ qui étaient derrière les barreaux.

Est-ce que
la Loi sur les mesures de guerre
était la bonne réponse aux
attaques terroristes du FLQ?

 

Le premier ministre du Canada, Pierre Trudeau et celui du Québec, Robert Bourassa, ont vite pris la situation en main. La police a organisé une des plus grandes chasses à l’homme de l’histoire du Canada. À Ottawa, l’armée a été déployée pour protéger les maisons de politiciens et des bâtiments importants. Le 15 octobre, M. Bourassa et le maire de Montréal, Jean Drapeau, ont demandé que des soldats patrouillent dans les rues de Montréal.

Le 16 octobre, à 4 h du matin, le gouvernement fédéral a décrété un état d’« insurrection appréhendée » et proclamé la Loi sur les mesures de guerre. La police de Montréal a immédiatement mené des perquisitions sans mandat et arrêté des gens sans porter d’accusation. En vertu des règles d’urgence, le FLQ a été déclaré association illégale. Au total, 497 personnes ont été arrêtées et plus de 3 000 perquisitions ont eu lieu.

Le lendemain, le FLQ a révélé où se trouvait le corps de M. Laporte. Le cadavre a été trouvé dans le coffre d’une voiture près de l’aéroport de Saint-Hubert.

La police a trouvé la cachette des assassins le 6 novembre. Les policiers ont appréhendé Bernard Lortie, mais trois hommes ont réussi à s’enfuir. Ces derniers,
Paul Rose, Jacques Rose, et Francis Simard, ont été retrouvés dans le tunnel d’une ferme et arrêtés à la fin du mois de décembre. Paul Rose et Francis Simard, trouvés coupables de l’assassinat, ont écopé des peines les plus sévères; Lortie a été jugé coupable d’enlèvement et Jacques Rose de complicité.

À la fin du mois de novembre, des policiers avaient retrouvé M. Cross et ses ravisseurs. Ils ont décidé de négocier pour prévenir la violence. La libération de James Cross a eu lieu le 3 décembre, et ses ravisseurs se sont exilés à Cuba. Un sixième ravisseur, resté à Montréal, a été arrêté en 1980 et condamné pour enlèvement. Tous les ravisseurs ont fini par revenir au Canada, et ils ont été reconnus coupables de leurs crimes. Le FLQ a cessé ses activités en 1971.

Est-ce que la Loi sur les mesures de guerre était la bonne réponse aux attaques terroristes du FLQ? Pendant la crise d’octobre, plus de 85 % des Canadiens anglais et français ont donné raison au gouvernement de l’avoir appliquée.

La Citadelle et le Canada – de 1871 à aujourd’hui

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Citadelle de Québec, Québec. Porte de la citadelle, vue de l’extérieur. [Christophe Finot]

Les troupes canadiennes se sont installées à la Citadelle lors du retrait de la garnison britannique, en 1871, marquant ainsi le début de plus de 100 ans de présence militaire. Le fort, au début, devait être démoli, mais peu après, la Citadelle a été transformée en école d’artillerie pour la milice canadienne nouvellement formée. L’artillerie y est restée jusqu’en 1922. Le gouverneur général, Lord Dufferin, a persuadé les politiciens de ne pas démolir les vieux murs. Il a présenté de nouveaux plans de construction, incluant de nouvelles portes et une allée piétonnière entourant le vieux Québec.

M. Dufferin a fortement insisté pour qu’une présence militaire soit maintenue à la Citadelle, présence qui y est encore assurée aujourd’hui. En 1872, il y a établi la deuxième résidence du gouverneur général. De nouvelles pièces devaient être ajoutées afin que la résidence convienne au gouverneur général, dont une salle de bal et un solarium. Durant son mandat de gouverneur général, M. Dufferin a aussi modifié d’autres parties de la Citadelle, comme la terrasse Durham, et il a fait construire une route autour de la forteresse. En 1976, un incendie a ravagé les annexes à la résidence du gouverneur général et a endommagé la structure originale. Le gouvernement du Canada a reconstruit l’aile ouest de la résidence afin de maintenir la tradition d’une résidence du gouverneur général au Québec, et les nouvelles pièces ont été inaugurées en 1984.

Le 22e Bataillon a été dissout après la Première Guerre mondiale. Il s’agissait du seul régiment francophone en service commandé au cours de la Grande Guerre, et il s’est montré digne de 21 honneurs de guerre. En outre, la Croix de Victoria a été décernée à deux soldats du bataillon : le caporal Joseph Kaeble et le lieutenant Jean Brillant. Le 1er avril 1920, le bataillon a été reformé, en tant que 22e Régiment, et basé à la Citadelle. En 1921, en reconnaissance des services rendus pendant la guerre, le roi George V a approuvé l’ajout du titre « Royal » au 22e Régiment. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, d’autres honneurs de guerre lui ont été décernés, et le capitaine Paul Triquet a reçu la troisième Croix de Victoria du régiment pour ses actions exemplaires à Casa Berardi. Le régiment a combattu à la guerre de Corée (1951-1953), et est passé d’un bataillon à trois. Après la guerre de Corée, il a participé à plusieurs missions de maintien de la paix de l’ONU, ainsi qu’à la mission canadienne en Afghanistan.

C’est la seule forteresse historique
en Amérique du Nord encore en service,
et elle a été désignée lieu historique
national du Canada en 1980.


La Citadelle est aussi un lieu commémoratif pour le Royal 22e Régiment. Dans la chapelle se trouve le Livre du Souvenir où sont inscrits les noms des hommes et des femmes tombés au champ d’honneur. La tradition veut qu’on en tourne une page chaque jour et que les noms qui s’y trouvent soient lus à voix haute par le sergent de service. Le major-général Georges Vanier, ancien gouverneur général du
Canada et commandant du R22eR repose à l’intérieur de la chapelle. Du sol issu des tombeaux du caporal Kaeble et du lieutenant Brillant, ainsi que les cendres du capitaine Triquet, ont été incorporés aux murs.

La Citadelle, domicile actuel du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, continue de forger l’histoire militaire du Québec. C’est la seule forteresse historique en Amérique du Nord encore en service, et elle a été désignée lieu historique national du Canada en 1980. De plus, la forteresse est située dans le quartier historique du Vieux-Québec, qui a été désigné site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1985.

Les traditions, comme le changement de la garde (avec la mascotte régimentaire, un descendant du bouc Batisse) et le coup de canon de midi sont encore préservées de nos jours. Vu qu’il s’agit d’une garnison militaire en service, les visiteurs ne sont pas autorisés à s’y promener librement, mais des visites guidées leur permettent d’explorer le site de 15 hectares qui comprend 24 structures permanentes et le Musée du Royal 22e Régiment. Des visites guidées de la résidence du gouverneur général sont également offertes.

Les plus de 400 ans d’histoire de la Citadelle en font un endroit magnifique. Elle attire des centaines de milliers de visiteurs chaque année, qui peuvent ainsi comprendre pourquoi elle a une place de choix dans le patrimoine militaire du Canada. Pour se renseigner sur les visites de la Citadelle, prière de consulter http://www.lacitadelle.qc.ca/.

La construction des défenses de Québec – 1608 à 1871

L’ emplacement de Québec, fondée par Samuel de Champlain en 1608, était idéal pour la défense du point de vue de l’armée française en Nouvelle-France. Il était situé au bord du fleuve Saint-Laurent à côté d’un bastion naturel, le cap Diamant, et les Français se sont empressés d’en profiter. Les premières habitations ont été bâties la même année, et des fortifications temporaires ont été érigées peu après, surtout du côté ouest de la ville, où la protection naturelle faisait défaut.

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La Citadelle de Québec, vue du ciel.

De nouvelles fortifications les ont remplacées au cours des 50 années qui ont suivi, mais elles n’ont jamais été très puissantes. Québec, dont la population s’élevait à 600 habitants en 1665, pendant les guerres iroquoises, est restée ainsi fortifiée jusqu’en 1690. Cette année-là, on entreprit la construction d’une enceinte pour fortifier la ville davantage, la première d’une série construite entre 1690 et 1745.

Au début des années 1700, Québec faisait partie intégrante de la défense de la Nouvelle-France. Le roi de France avait accepté de donner un montant d’argent considérable pour mettre des systèmes de défense en place, mais même avec ces fonds, ils n’étaient pas en très bon état. Des conflits internes ont surgi, et les fortifications s’en sont trouvées affaiblies. La métropole a retiré le reste des fonds en 1721, et les fortifications n’ont pas été achevées.

La panique s’est emparée du Québec quand, en 1745, les Britanniques ont capturé Louisbourg. Comme les fortifications, incomplètes, ne suffiraient pas à la protection de la ville, et sachant qu’une attaque arriverait probablement bientôt, le gouverneur Beauharnois a autorisé la construction de nouvelles défenses, sans la permission de la France. Ces nouvelles fortifications, construites rapidement, étaient loin d’être parfaites. Elles ont été raccordées aux enceintes déjà construites, afin de fermer la partie de la ville qui était encore ouverte pour permettre à la ville de se développer. Ce nouveau projet a commencé à prendre forme en 1745, et il était presque complet en 1759, quand la Grande-Bretagne a pris le contrôle du Québec après avoir gagné la bataille des plaines d’Abraham. La Grande-Bretagne, comme la France, ne souhaitait pas agrandir la ville, et elle a décidé de garder les fortifications telles qu’elles étaient. Cependant, reconnaissant la valeur des défenses de Québec, et conformément au plan de son prédécesseur, William Twiss, Gother Mann a proposé un projet qui se composait de quatre éléments distincts. Le quatrième élément était une citadelle qui devait être érigée au cap Diamant, où la garnison britannique se mettrait à l’abri en cas d’attaque.

Les trois premières étapes des plans de Mann ont été réalisées entre 1786 et 1812; le mur a été réparé et allongé, et de nouvelles structures ont été érigées. Vu le regain de tensions avec les Américains après la guerre de 1812, et les dissensions civiles, la construction des murs extérieurs de la citadelle a commencé en 1820, et a été terminée en 1831. La nouvelle citadelle pourrait donc offrir un refuge à l’armée britannique en cas d’attaque, qu’elle provienne de la population locale ou des Américains.

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Elias Walker Durnford

La forme en étoile de la citadelle s’inspirait des structures européen-nes traditionnelles, et avait été conçue par Elias Walker Durnford. Ce dernier a abouté la partie déjà construite en 1745 et la nouvelle enceinte. Le rôle de la citadelle, une fois terminée, serait de servir de support aux défenses de la ville, de dépôt pour la caserne, et de logement pour 1 500 soldats et leur matériel (mais il n’est pas arrivé très souvent que la citadelle atteigne sa pleine capacité). Des aspects ont été modernisés au cours des années qui ont suivi, comme les armes défensives. Les relations entre la Grande-Bretagne, les Américains et les citoyens du Québec se sont améliorées au fil du temps, et la présence militaire britannique sur place a été progressivement réduite. La garnison britannique a fini par quitter les lieux en 1871, mettant ainsi fin à la présence britannique dans la citadelle, et au Québec.

Après le retrait des troupes britanniques, la Milice du Canada nouvellement formée en est devenue l’occupante. L’arrivée de la Milice à la citadelle marquait le début de plus de 100 ans de présence militaire canadienne au fort. La deuxième partie du présent article, dans le prochain numéro, servira à un examen plus approfondi de la présence du Canada au fort.

La Bataille pour la Nouvelle-France

La France a cuirassé l’Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans, notamment la Nouvelle-France. La plus puissante de ses défenses était la forteresse de Louisbourg, à l’embouchure du Saint-Laurent. En 1756, Louis-Joseph de Montcalm a été nommé commandant des troupes françaises en Amérique du Nord, sous les ordres de Pierre de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France. Montcalm a aussitôt mené des attaques réussies contre les Britanniques au fort William Henry et au fort Carillion.

En 1758, les Britanniques avaient pris Louisbourg, le fort Frontenac et le fort Duquesne. La Grande-Bretagne nomma le général Jeffery Amherst à la tête de l’armée allant à Montréal, et James Wolfe à la tête de celle qui irait à Québec.

En juillet 1759, l’armée de Wolfe a essuyé une grosse défaite à Montmorency, où environ 200 de ses soldats sont tombés. Ce fut une victoire retentissante pour Montcalm et ses troupes qui n’avaient perdu que 70 hommes. Wolfe ordonna à ses troupes de piller les villages le long du Saint-Laurent dans le but de gagner du terrain. Montcalm a défendu sa position, sachant qu’il pouvait tenir en attendant que l’hiver arrive.

La santé de Wolfe avait été mauvaise pendant la plus grande partie de l’été, et les soldats britanniques perdaient espoir : il lui fallait faire une dernière tentative, car l’hiver approchait rapidement, et l’avancée serait obligatoirement reportée au printemps lorsque le Saint-Laurent gèlerait. Une attaque-surprise était donc nécessaire.

De fortes pluies retardèrent l’attaque qu’il prévoyait mener au début du mois de septembre. Au début, les soldats devaient débarquer tranquillement à Pointe-aux-Trembles, mais vu le retard causé par la pluie, Wolfe a cherché de nouvelles positions défensives, et il a découvert que si les troupes pouvaient débarquer à l’Anse-au-Foulon, il pourrait augmenter ses forces de 1 000 hommes. Au cours de la soirée du 12 septembre, les forces britanniques se sont tranquillement avancées jusqu’au fleuve et ont escaladé le mur à l’Anse-au-Foulon, les premiers soldats arrivant aux plaines d’Abraham le 13 septembre vers 4 h. 

la bataille des Plaines d’Abraham était
la bataille primordiale de la guerre
entre la Grande-Bretagne et la France
pour ce qui allait devenir le Canada.

Montcalm a appris que les Britanniques avaient débarqué, et les troupes françaises sont vite arrivées aux plaines d’Abraham. À 10 h, Montcalm ayant analysé rapidement la situation, il a ordonné une attaque immédiate afin de ne pas donner le temps à l’ennemi de rassembler toutes ses forces. Les Français ont commencé à tirer immédiatement. Wolfe a ordonné à ses troupes de ne pas faire feu tant que l’ennemi était à plus de 35 mètres. Lorsque les soldats de Wolfe ont tiré, ils ont rapidement forcé les troupes françaises à battre en retraite. La bataille a duré moins d’une demi-heure, et s’est soldée par une victoire britannique.

Montcalm et Wolfe sont morts tous deux de blessures subies lors de la bataille. Wolfe a été atteint trois fois au tout début de la bataille, et il est mort peu de temps après sur le champ de bataille. Montcalm aussi a été touché, au cours de la retraite, et il est mort le lendemain matin.

Québec était alors assiégée par la Grande-Bretagne et, le 18 septembre, elle a capitulé. La guerre n’était pas encore terminée, mais Québec avait été une partie importante du bouclier français, et cette conquête permettait à l’armée britannique de s’établir puissamment en Nouvelle-France. La capitulation de Montréal suivit en 1760 et, en 1763, en vertu du Traité de Paris, la Nouvelle-France était cédée à la Grande-Bretagne, ce qui mit fin à la guerre de Sept Ans.

Il est indubitable que la bataille des plaines d’Abraham était la bataille primordiale de la guerre entre la Grande-Bretagne et la France pour ce qui allait devenir le Canada. Le 17 mars 1908, la Commission des champs de bataille nationaux a autorisé la préservation du site de la bataille des plaines d’Abraham, créant le premier parc historique national au Canada. Le parc joue un rôle essentiel pour l’histoire du Canada, car cette bataille est un point déterminant de l’histoire canadienne.

La conscription: la question qui a déchiré le Canada

Au début de la Première Guerre mondiale, en aout 1914, des milliers de Canadiens, jeunes ou vieux, sont allés à l’entrainement au Camp Valcartier. Les volontaires étaient alors nombreux, et le Canada était prêt à montrer à la Grande-Bretagne, et au monde, qu’il représentait une force à ne pas sous-estimer. Le premier ministre, sir Robert Borden, avait promis au Canada qu’il n’y aurait pas de conscription.

En 1916, le nombre de personnes qui se portaient volontaires pour le Corps canadien diminuait de plus en plus. Ceux qui restaient n’avaient guère de loyauté envers la Grande-Bretagne, et ils voyaient la guerre comme étant une guerre de la Grande-Bretagne, pas du Canada (beaucoup parmi ceux qui s’étaient engagés au début étaient sujets britanniques résidant au Canada). Beaucoup de gens pensaient que partir pour la guerre revenait à un suicide, et vu l’abondance d’emplois au Canada, nul n’était besoin de quitter le pays.

Quand Borden est allé en Europe au printemps de 1917, il a appris ce que la prise de la crête de Vimy avait vraiment couté au Corps canadien. À son retour, il a estimé qu’il était de son devoir, et de celui du Canada, de renforcer les troupes au front. Il a donc jugé que le service obligatoire était nécessaire.

À la Chambre des communes, en mai, Borden a parlé de la gravité de la situation en Europe. Le projet de loi sur le service militaire de 1917 a rapidement suivi, et le 29 aout, la conscription devenait loi. Laurier et son parti libéral ont été prompts à s’y opposer. En juin, Borden avait offert une coalition politique à Laurier. Ce dernier a refusé parce qu’il estimait qu’il perdrait l’appui du Canada français s’il acceptait.

Le gouvernement prévoyait enrôler 100 000 hommes dans le cadre de la loi sur la conscription. Les conservateurs ont eu une im-portante victoire à l’élection de décembre 1917, et l’enrôlement a commencé en janvier 1918. L’indignation s’est rapidement propagée au pays, et le Canada français n’était pas seul à s’opposer à la conscription. Parmi les 405 395 hommes qui avaient été jugés aptes au service, 94 % ont déposé une demande d’exemption, et près de 87 % l’ont obtenue.

C’est au Québec qu’a eu
lieu la contestation la
plus violente.

Bien que la majorité des appelés se soient opposés à la conscription, c’est au Québec qu’a eu lieu la contestation la plus violente. Le 28 mars, une émeute a éclaté quand la police de Québec s’est mise à arrêter les hommes qui n’avaient pas de documents d’exemption. Les affrontements ont duré 3 jours. Les foules ont détruit les bureaux du registraire et, le 1er avril, les troupes ont été appelées en renfort par le gouvernement et ont été accueillies avec des roches et des boules de neige. Les soldats ont ouvert le feu sur les ma-nifestants et, résultat : beaucoup de soldats blessés et de civils morts. Cette fin de semaine de Pâques a indubitablement été la plus violente des protestations survenues au Canada.

Le Premier ministre Borden a-t-il pris la bonne décision quand il a demandé la conscription? Le débat à ce sujet dure encore parmi les historiens. Mais on sait que, sur les 99 651 conscrits, 47 509 sont allés en Europe, et seulement 24 132 de ce Corps canadien ont pris part au combat avant la fin de la guerre.

Les conscrits ont été indispensables au cours des Cent jours du Canada. Ces Cent jours ont couté très cher – 45 000 blessés – et les conscrits étaient là pour renflouer les rangs, qui ont permis au Canada de résister puis de défaire l’armée allemande au front occidental. Ce qui est certain, c’est que si la guerre avait continué en 1919, comme le prévoyaient les Alliés, les conscrits auraient tous été nécessaires, et de toute urgence. Le Canada était prêt à soutenir ses troupes à l’étranger, quoi qu’il lui en coute.

Léo Major : le Libérateur de Zwolle

Léo Major, né à New Bedford, au Massachusetts, en 1921 et sa famille ont déménagé à Montréal, au Québec, avant son premier anniversaire. En grandissant, il ne s’entendait pas très bien avec son père. Voulant prouver à ce dernier qu’il était quelqu’un de qui on pouvait être fier, Léo s’est enrôlé dans l’armée canadienne à l’été 1940, à l’âge de 19 ans.

Ayant reçu une formation d’éclaireur et de tireur d’élite dans le Régiment de la Chaudière, M. Major a accompagné son régiment à l’étranger en 1941. Le Chaudière a débarqué à la plage Juno le jour J, et M. Major s’est immédiatement trouvé dans le feu de l’action. Au cours des combats intenses, il a réussi à capturer un véhicule blindé allemand plein de radios et dans lequel le code des Allemands a été trouvé. Cela donnait aux Alliés des renseignements précieux sur les positions allemandes et sur leur technologie. Par malheur, il a perdu la vue de l’œil gauche au cours de la fusillade. Quand on lui a dit d’aller aux arrières se faire examiner, il a refusé, affirmant qu’il n’avait besoin que d’un œil à la mire de son fusil. À la bataille de l’Escaut, Il a pris part à l’avancée avec un bandeau à l’œil gauche. Chargé d’une mission de reconnaissance en solo, M. Major a prouvé son courage une fois de plus, en capturant 93 soldats allemands.

En avril 1945, M. Major et son meilleur ami, Willy Arsenault, ont été envoyés en patrouille de nuit à la ville néerlandaise de Zwolle, à la recherche d’informations sur les positions ennemies. En peu de temps, ils sont tombés sur un avant poste allemand qui a attaqué les deux hommes et tué M. Arsenault. M. Major a décidé de poursuivre tout seul. Il marchait à travers la ville, tirant sur toute cible qu’il rencontrait, donnant l’impression qu’une grande force canadienne prenait la ville d’assaut. Les Allemands se sont retirés de la ville dans la panique. Bien que les citoyens néerlandais furent encore effrayés, M. Major a trouvé des membres de la résistance locale qui ont convaincu les citoyens de sortir de leurs maisons. Au matin, le reste de son bataillon se déplaçait dans Zwolle sans opposition. Pour ces actions, le simple soldat Léo Major a reçu la Médaille de conduite distinguée (MCD).

Après la guerre, M. Major est retourné au Canada et a rapidement repris son emploi de tuyauteur. Cependant, lorsque le gouvernement canadien a annoncé que le Canada cherchait des volontaires pour aller combattre en Corée, il n’a pas tardé à reprendre du service, cette fois-ci avec le Royal 22e Régiment qui était commandé par Jacques Dextraze. En novembre 1951, des négociations sur l’armistice étaient en cours, mais les forces chinoises voulaient gagner la colline 355 avant qu’un accord soit conclu. Lors d’une forte attaque sur la colline, les Américains se sont rapidement repliés, et les Chinois ont capturé la colline. Ils ont poursuivi leur barrage d’artillerie contre le Royal 22e Régiment, mais le régiment a résisté. Selon les ordres de Dextraze, il lui était interdit de battre en retraite : il devait « faire son devoir à la manière typique du vingt-deux ». M. Major a été chargé de la contrattaque. Il a divisé ses hommes, armés de fusils Sten, en petits groupes et ouvert le feu. Les tirs intenses ont duré toute la nuit, mais M. Major a refusé d’inter-rompre son attaque. Le régiment a été en mesure de rester sur ses positions pendant les trois jours qu’il a fallu aux Chinois pour décider de faire marche arrière. Pour ces actions, M. Major a obtenu une barre à sa MCD, un des trois soldats du Commonwealth britannique seulement à qui la MCD a été décernée à des
guerres différentes.

M. Major est retourné à Montréal lorsque le cessez-le-feu a été signé, mais il n’a pas parlé de ses efforts avant 1970, quand les habitants de Zwolle ont appris qu’il était le libérateur de leur petite ville. C’est à ce moment-là qu’il s’est mis à parler de son passé, et il a visité la ville à plusieurs reprises. Cette dernière a honoré son libérateur en le faisant citoyen honoraire en 2005 et en nommant une de ses rues principales en son honneur. Le Régiment de la Chaudière a aussi honoré M. Major, donnant son nom au prix décerné à la compagnie qui obtient les meilleurs résultats en compétition chaque année. Léo Major est décédé le 12 octobre 2008, à l’âge de 87 ans. Il a résumé sa carrière militaire par ces mots : « J’ai fait la guerre avec un seul œil, et je ne l’ai pas faite trop mal ». 

Le Régiment Royal de Montréal : une unité qui n’abandonne pas

Les origines du Régiment Royal de Montréal remontent au début de la Première Guerre mondiale. Trois régiments de miliciens de Montréal servent à la formation du 14e Bataillon, CEC, autorisé le 1er septembre 1914 pour prendre part à l’effort de guerre. Ils sont 983 hommes et 32 officiers qui quittent Montréal pour se rendre au camp d’entraînement de Valcartier, puis pour la Grande‑Bretagne les 27 et 29 septembre de la même année.

Le Régiment arrive en Grande‑Bretagne en octobre, et il reçoit son premier honneur de bataille peu après, Ypres, pour sa résistance lors de la première utilisation du gaz moutarde par l’armée allemande. Ypres n’est que le premier des honneurs de guerre que le régiment reçoit pendant la guerre. Il fait partie intégrante des unités qui combattent en France et en Flandres, guerroyant à travers les tranchées sanglantes et horribles qui marquent la Première Guerre mondiale. Six-mille soldats du Régiment sont envoyés au combat, et parmi eux, 75 % sont blessés et 1 192, tués.

Pendant la Première Guerre mondiale, la Croix de Victoria, honneur militaire le plus insigne, est décernée à deux soldats du Régiment Royal de Montréal.

Le 25 avril 1915, le capitaine Francis Scrimger dirige l’évacuation de blessés à Ypres, et il s’occupe lui-même de celui d’un officier grièvement blessé. Quand il est obligé de s’arrêter, il reste aux côtés de l’officier, malgré les coups de feu, jusqu’à ce qu’on arrive à son aide. Pour sa vaillance, Scrimger est décoré de la Croix de Victoria.

Le lieutenant George McKean reçoit la Croix de Victoria pour les actions auxquelles il s’engage les 27-28 avril 1918 près de la commune française de Gavrelle. Il est à la tête d’un détachement de surveillance quand il tombe sur une tranchée défendue par des soldats allemands. Il court vers eux et se jette dans la tranchée où il tue deux soldats ennemis, puis il poursuit sur sa lancée, capturant une deuxième tranchée, tuant deux autres Allemands et en capturant quatre autres ainsi que deux postes de mitrailleuse.

 

 

Après l’armistice, le Régiment est le premier des régiments de l’Empire britannique à recevoir des drapeaux consacrés en territoire conquis après une campagne réussie. Il est l’une des deux unités canadiennes ainsi honorées. Le bataillon est dissout le 15 septembre 1920.

Au retour au Canada, le 58e Régiment, Westmount Rifles, offre son manège militaire au Régiment Royale de Montréal pour qu’il continue à exister. Le manège, situé rue Sainte‑Catherine, à Westmount, au Québec, est loué au régiment pour 99 ans, au prix de 1 $ par année. Le régiment emménage au manège en décembre 1925 et il demeure encore aujourd’hui.

Le Régiment est mobilisé à nouveau en 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, et 1er Bataillon part pour la Grande‑Bretagne en décembre. On s’aperçoit vite qu’il en faut un deuxième. Le 2e Bataillon est formé au printemps de 1940. Quatre honneurs de bataille sont décernés au Régiment au cours de la guerre, qui a combattu surtout en France et en Europe du Nord Ouest. Le régiment a deux unités sur le terrain, parmi les Troupes de la Première Armée canadienne en France, jusqu’en été 1944, et il passe le reste de la guerre en Europe du Nord-Ouest. Les unités sont dissoutes en automne 1945.

Le 1er juin 1945, une autre composante de la force active du Régiment est mobilisée pour le service au Pacifique, comme partie de la 6e Division d’infanterie canadienne, troupe de reconnaissance (le Régiment Royal de Montréal), CAC, CASF, et il reçoit une nouvelle désignation le 2 aout 1945. Cette troupe est démantelée le 1er novembre 1945.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Croix militaire est décernée au major Robert Schwob pour ses actions lors de l’assaut du canal Léopold, le 6 octobre 1944. Après des heures de combats intenses, durant lesquels périssent presque tous les officiers et sous‑officiers de son unité, Schwob prend le commandement et tient la tête de pont malgré les contrattaques incessantes. Il commande le flanc gauche pendant trois jours et deux nuits de combats violents où le nombre de victimes monte en flèche. La tête de pont est tenue pendant ces jours et ces nuits grâce à la détermination du major Schwob, à la suite de quoi il est décoré de la Croix militaire.

 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Régiment Royal de Montréal a servi dans pratiquement tous les théâtres d’opération auxquels a participé le Canada : Corée, Chypre, Égypte, Bosnie, Soudan. En outre, ses soldats ont servi au Canada, entre autres, au cours de la crise d’octobre, de la crise des missiles de Cuba, et de la crise de verglas de 1998. Le Régiment a également pris part aux opérations en Afghanistan entre 2002 et 2014. Le Régiment Royal de Montréal est également la première unité à être officiellement reconnue comme étant unité bilingue par le Commandement du Québec en octobre de 1968.

À la suite de ses plus de 100 ans de service, le Régiment Royal de Montréal est partie intégrante de l’histoire non seulement de Montréal, mais du Canada. Ayant participé à presque toutes les missions de combat dont le Canada a fait partie, il contribue aux opérations encore aujourd’hui à travers le monde. Le Régiment a prouvé que l’adversité ne le fera pas reculer et, quelles que soient les circonstances, il ne laissera jamais tomber le Canada.

 

Les héros de Montréal

L’été 1940 a été une période sombre en Europe. Les forces hitlériennes avaient traversé la plus grande partie de l’Europe de l’Est, occupaient la France et envisageaient d’envahir la Grande-Bretagne. Toutefois, avant de lancer une invasion de grande envergure contre la Grande-Bretagne, Hitler devait en contrôler l’espace aérien. La première vague d’attaques pour ce faire a débuté le 10 juillet 1940 et vu que la Grande-Bretagne refusait toute négociation avec l’Allemagne, Hitler a officiellement lancé l’opération Sea Lion le 16 juillet 1940.