Champions de curling senior après une belle

Aux Championnats de curling de la Légion royale canadienne de 2007, comme dans tous les bons tournois, les vainqueurs ne se sont fait connaître qu’à la dernière partie.

Jeudi matin, le dernier jour de la compétition, alors qu’une tempête acerbe hors saison fouettait l’extérieur du Bluenose Curling Club à New Glasgow (N.-É.), les équipes de la Saskatchewan et du Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario se préparaient à une partie qui allait servir à les départager. Pour gagner, le Manitoba, qui s’était inscrit 6-1 au tableau, allait devoir battre l’équipe de la Saskatchewan, dont les résultats étaient de 7-0, deux fois plutôt qu’une.

C’était un combat à bascules, avec plusieurs lancers décisifs. Les deux équipes se sont donné à fond. Ce fut une finale fantastique à un tournoi épatant.

New Glasgow se trouve à un peu plus d’une heure au nord d’Halifax, dans le comté de Pictou, où planent les odeurs océanes. C’est une ville, minière à l’origine, qui s’est développée au cours des années et qui ces jours-ci est un petit endroit prospère aux attributs agréables bien nombreux.

Le dimanche, les curleurs ont participé à un petit défilé qui a débuté à la filiale et traversé le pont au-dessus du fleuve East. Malgré le froid abrupt et acerbe, à la cérémonie qui avait lieu au cénotaphe de la ville, les gens avaient une bonne disposition. Le Comité des préparatifs locaux, dirigé par Don Gardiner et Merle Pratt, s’était occupé de tous les apprêts nécessaires.

Après une petite pause, tous sont allés au Bluenose Curling Club, où ils allaient passer une semaine et où les capitaines d’équipe ont tiré au hasard pour décider de leur sort. Un cornemuseur a mené les équipes durant leur défilé sur la glace. Le président du Comité des sports de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, l’ancien curleur Fred Mombourquette, s’est joint au vice-président national et président du Comité national des sports John Alger pour inaugurer le tournoi.

“On peut bien escompter que la compétition va être formidable et le curling aussi”, dit Alger. “Mais d’abord Fred va lancer la première pierre. Bien entendu, nous ne vous demanderons pas de marcher sur nos brisées, mais nous allons vous montrer comment faire.”

Les équipes se sont présentées sur la glace sans perdre de temps et le tournoi commençait. Le lundi après-midi, après avoir joué deux parties, trois équipes commençaient à se distinguer. L’équipe du Manitoba, de la filiale Dauphin, avait inscrit 3-0 au tableau. Celle de la Colombie-Britannique/Yukon, de la filiale Cloverdale de Surrey, en était à 2-1 et celle de la Saskatchewan, de Nipawin, se trouvait à 2-0 après avoir obtenu une exemption le lundi, en début de journée. Le reste des équipes se trouvaient dans le peloton avec une victoire chacune.

Le mardi matin, les choses se sont égalisées considérablement et trois équipes se trouvaient en avant avec trois victoires chacune. Le Manitoba avait perdu sa partie contre la filiale québécoise Montarville de Saint-Bruno, ce qui lui donnait 3-1. La Colombie-Britannique avait remporté une partie de justesse contre l’Ontario, représenté par l’équipe d’Allison, alors que la Saskatchewan avait descendu l’Île-du-Prince-Édouard, ce qui donnait trois victoires chacune. Pendant ce temps, l’équipe du Québec et celle de la Nouvelle-Écosse, de la filiale A.H. Foster MM Memorial de Kingston, ne trainaient pas loin derrière avec leurs deux victoires chacune.

Le lundi soir, les curleurs se sont rendus à la filiale où les attendaient souper et divertissements. Immédiatement après le repas, le représentant national Alger entretint la foule sur le Fonds de moral des troupes (Période de transition prévue à la Légion, pages 16), un projet ayant pour but d’offrir un café et un beigne aux soldats canadiens en Afghanistan, et 410 $ ont été ramassés instantanément pour la cause.

À la fin de la journée de mercredi, le dénouement du tournoi en vue, la Saskatchewan était en première position à 7-0 et la Colombie-Britannique et le Manitoba tout juste derrière à 6-1. Le jeudi matin eut lieu la confrontation entre le Manitoba et la Saskatchewan.

La partie a été serrée tout de suite en commençant, la Saskatchewan n’ayant qu’une petite avance, 2-1, en arrivant à la troisième manche. L’équipe de Dauphin, ne se laissant pas dissuader, composa une manche admirablement assemblée qui servit à prendre cinq points à la Saskatchewan, et on en arrivait à un score prometteur de 6-2. Après avoir annulé la quatrième manche, la Saskatchewan s’est rapprochée du Manitoba en inscrivant deux points à la cinquième et on était à 6-4. À la sixième, le Manitoba s’est élancé rapidement et, après une longue discussion au-dessus d’un appareil de mesure, on jugea qu’il avait marqué trois points, ce qui lui donnait une avance de 9-4.

Bien que certains dans la tribune du Bluenose pensaient que le moment de se serrer la main était arrivé, la Saskatchewan ne l’entendait pas de cette oreille. Elle inscrivit un point à la septième et puis ensuite en vola deux autres à la huitième, ce qui lui permit de rentrer dans le jeu à la neuvième à 9-7. Elle en prit un autre à la neuvième. À la dernière manche, le tout s’est joué sur la dernière pierre.

La Saskatchewan en avait deux dans la maison et le capitaine du Manitoba, Prokopowich, se trouvait en position où il allait perdre s’il n’arrivait pas à glisser une pierre bien pesée dans le cercle rouge. C’est le Manitoba qui a gagné et la dernière belle fut prévue officiellement en ce même après-midi.

La tribune du Bluenose se remplit complètement de spectateurs pour la finale. À la fin de la cinquième, la maison était pleine. Bien que la Saskatchewan eut quatre pierres dans la maison à la dernière pierre, les pierres que le Manitoba y avait étaient plus près du bouton et il était en avance à 5-1. Après une couple d’autres manches se terminant en faveur du Manitoba, l’équipe de la Saskatchewan s’avoua vaincue. Le Manitoba était simplement trop fort. Les quatre hommes de la filiale Dauphin, Prokopowich, le premier Ken Ready, le second Doug Fisher et le troisième Jim Todoruk, venaient de gagner les championnats nationaux de 2007.

À propos des tactiques qui ont donné la victoire à son équipe cette année, Prokopowich dit que la première partie serrée contre la Saskatchewan lui a enseigné quelque chose. “Avec une bonne équipe comme la leur, on ne peut pas se permettre d’être trop sur la défensive parce qu’elle va simplement remonter le courant”, dit-il.

Mais avec des équipes de force égale, ce qui les a différenciées à la dernière partie a peut-être été le calme remarquable dont a fait preuve le Manitoba, même lorsqu’il jouait de façon agressive.

“Nous avons parlé avant la partie et nous nous sommes dit que, quoi qu’il advienne, nous avions passé une bonne semaine. Nous n’avions pas de stratégie en particulier”, dit Prokopowich. “En fin de compte, ça se résume simplement ainsi : c’était notre jour. La chance était de notre côté.”

Pour finir, l’équipe de Nipawin formée par Baranieski, Rick Peters, Clare Ward et Bill Rusk est arrivée deuxième, et l’équipe de Surrey (C.-B.) formée par Knutson, Ted Crocker, Tom Taylor et David Sims a obtenu la troisième place. Elles étaient suivies, dans l’ordre, par le Québec (filiale Montarville de Saint-Bruno), l’Ontario (filiale Alliston), l’Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside), la Nouvelle-Écosse (filiale A.H. Foster MM Memorial de Kingston), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville) et le Nouveau-Brunswick (filiale Fredericton).

Quant aux épreuves de curling national de l’an prochain, elles ont été inscrites au calendrier du Manitoba et de l’Ontario. On n’a pas encore eu d’indication à savoir si l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest, qui n’a pas envoyé d’équipe cette année pour des raisons budgétaires, va en envoyer une. Toutefois, comme le dit Alger, il n’y a pas de raison de penser que l’avenir sera girond.

“Il va toujours y avoir un avenir pour les sports de la Légion, du niveau de la filiale à celui de la nation, parce que c’est un lien qui maintien l’unité de la Légion”, dit-il. “Les sports ont un avenir formidable.”

Des historiens révisent l’exposition sur le Bomber Command

Plus d’un demi-siècle après que les alliés aient lancé la campagne de bombardement stratégique contre les cibles industrielles, militaires et civiles allemandes, la moralité et l’efficacité de la tactique est encore vivement débattue.

Au cours de la dernière année, il y a eu un autre débat à propos de la manière dont le Musée canadien de la guerre (MCG) a décidé de représenter la campagne de bombardement, c’est-à-dire par une exposition qui, d’après bien des gens, sert à mettre la question de la controverse en évidence de façon injustifiée.

Un certain nombre de groupes d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne, l’Aircrew Association of Canada, l’Association des Forces aériennes du Canada, les Anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada, le Conseil national des associations d’anciens combattants et la Bomber Command Association, ont fermement déclaré leur opinion comme quoi l’exposition et surtout le panneau intitulé Une controverse qui persiste, porte atteinte à cette question compliquée en rendant un jugement simpliste sur le bien-fondé et la moralité de la campagne.

Il n’y a pas longtemps, en réponse à ces critiques, M. Victor Rabinovitch, le président-directeur général de la société du Musée canadien des civilisations, a envoyé une lettre à quatre historiens canadiens où il leur demandait de venir à Ottawa pour juger l’exposition. Dans la lettre, il demandait à chaque historien d’écrire un rapport et il leur demandait spécifiquement d’étudier trois questions, divisées en deux domaines :

1. “Est-ce que la section du musée de la guerre sur la campagne du bombardement stratégique présente cet aspect du rôle qu’a eu le Canada à la Seconde Guerre mondiale de manière équilibrée? Est-ce qu’elle explique le rôle qu’a eu le bombardement stratégique dans la campagne militaire européenne en général?”

2. “Un panneau de l’installation actuelle intitulé Une controverse qui persiste a été critiqué par certaines personnes. Est-ce que ce panneau offre une compréhension actuelle de certains des impacts de la campagne de bombardement durant la guerre de façon appropriée?”

Pour répondre à ces questions, les historiens ont eu recours à tous les aspects de leur profession par rapport aux questions comme le rôle d’un musée militaire, la moralité d’attaquer des cibles civiles et l’importance du choix des termes pour préserver l’objectivité. Alors que deux des historiens ont conclu que l’exposition respecte les normes professionnelles de l’objectivité historique, les deux autres croient qu’une partie de l’exposition, à savoir le panneau sur la controverse qui persiste, ne respecte pas ces normes.

Bien que les historiens aient abordé les questions chacun à sa façon, le professeur de l’Université McGill Desmond Morton et le professeur de l’Université de Toronto Margaret MacMillan croient tous deux que le traitement de la controverse sur le bombardement stratégique par le musée est non seulement juste, il est nécessaire. “Le traitement équilibré de la controverse respecte le mandat du MCG d’informer et d’éduquer”, écrivait Morton. “Refuser de reconnaître la controverse, ce serait, comme dans le cas de toute censure, traiter les gens qui visitent le musée avec mépris.”

“Les critiques du panneau sur l’offensive du bombardement nient qu’il y ait eu une controverse valable à propos de cet élément très important de l’attaque, bien qu’elle ait été extrêmement coûteuse en jeunes vies pleines de talents et en ressources matérielles alliées qui étaient déjà insuffisantes.”

“La controverse, bien entendu, était réelle. En effet, elle fait partie d’un dialogue philosophique continuel à savoir si une fin morale justifie des moyens cruels et immoraux. Était-ce juste de tuer des millions de civils allemands pour mettre le nazisme en échec? Les gens honnêtes et moraux ont des points de vue contradictoires sur ces questions difficiles.”

MacMillan reprend le point de vue de Morton en écrivant que les critiques “ont tort de dire que l’exposition soutient catégoriquement que le bombardement de zone était immoral ou inefficace, ou les deux. Elle ne le soutient pas. À la place, l’exposition, justement d’après moi, fait remarquer, dans le panneau intitulé Bombardement stratégique et Bomber Command, que certains critiques de la campagne soutiennent que c’était immoral d’attaquer des cibles civiles dans le but de détruire le moral et l’infrastructure de l’ennemi. Il est indéniable que de telles critiques ont été faites et elles continuent de l’être.”

“La moralité de la campagne de bombardement est une question importante et le musée de la guerre, à raison, conscientise son audience sur le débat”, écrit-elle. “Est-il jamais juste, en guerre, de prendre des civils pour cibles intentionnellement? Y a-t-il des limites en guerre dont le dépassement endommage les vainqueurs? Si l’Allemagne avait gagné, les alliés auraient-ils été poursuivis en justice pour des crimes de guerre suite à leur destruction de villes d’importance militaire faible ou discutable?”

“La plaque intitulée Une controverse qui persiste a été critiquée parce qu’on y déclare que l’impact des raids sur la production de guerre allemande était réduit jusque vers la fin de la guerre. C’est tout à fait juste et toutes les autorités, pour autant que je sache, sont d’accord là-dessus”, ajoutait MacMillan.

Elle notait que “bien que le musée ait raison d’écouter les critiques, il ne peut pas permettre que ses programmes et expositions soient dictés par des groupes extérieurs […] quand des historiens réputés ne sont pas d’accord, comme c’est le cas à propos de l’efficacité ou de la moralité de la campagne du bombardement stratégique, ou des deux, les musées causent du tort à leur public en le privant de la connaissance de tels désaccords”.

Mais d’après le professeur David Bercuson de l’Université de Calgary et du directeur du département d’histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale, M. Serge Bernier, ce n’est pas simplement la ‘connaissance’ des désaccords que le musée offre dans le texte du panneau sur la controverse qui persiste.

Bernier écrit que “dans le cadre strict qui limite l’historien quand il doit s’exprimer par l’entremise d’une exposition, il me semble que nous avons une image qui, dans l’ensemble, est plutôt équilibrée sur le rôle du Canada aux bombardements stratégiques de la Seconde Guerre mondiale, et sur l’importance qu’avait cette manière de faire la guerre en Europe. Toutefois, un des panneaux de cette section cause un problème… Il est vrai qu’une controverse persiste à propos de l’effica-cité réelle de ces bombardements. Le texte de ce panneau ne pèse que sur un côté de la balance et il sous-entend que (les bombardements) étaient presque entièrement inutiles. Chacun des faits mentionnés est vrai en tant que tel. Le fait qu’un débat parmi les experts […] ait lieu depuis des décennies est vrai aussi. Mais le panneau semble se ranger d’un côté du débat. Si on ajoute au texte la série de photos accusatrices qui y sont reliées, l’attitude concernant le sujet est encore plus évidente. On ne voit que destruction et cadavres; une des photos pourrait fort bien avoir été prise pour la propagande allemande. Le message qui est envoyé, et qui a été perçu par nombre de gens, c’est que ces bombardements stratégiques étaient inutiles, immoraux et sans bien-fondé. Mais, curieusement, les autres panneaux de la même section offrent une vue des choses plus équilibrée.”

De dire Bernier dans son rapport pour conclure : “je ne crois pas que l’objectif des gens qui ont produit cette partie de l’exposition était de choquer un groupe particulier de visiteurs. Mais quand on voit la différence entre l’intention et les résultats, on doit reconnaître qu’ils ont abouti à un échec.”

Dans son rapport compréhensif, Bercuson commence en déclarant qu’il est d’accord avec le principe de l’exposition, mais ensuite il souligne des problèmes sur l’exécution de cette dernière. “Je dirais d’abord, sans ambages, qu’une telle controverse fait simplement partie du débat nécessaire, l’examen et le réexamen, qui doit se passer dans une démocratie arrivée à maturité, à propos de son passé et de ce que ce passé signifie… Alors personne ne devrait se sentir outragé par la simple présentation de la question morale d’Une controverse qui persiste. C’est EN EFFET une controverse qui persiste.”

“Je crois que le musée dans son ensemble a présenté de façon équilibrée le rôle du Canada à la guerre de bombardement… sauf peut-être le choix des mots pour le panneau qui se trouve au centre de cette controverse, les autres panneaux, pour la plupart, offrent un résumé juste des objectifs et des buts de l’offensive du bombardement combinée, des obstacles technologiques qu’elle a dû surmonter, des difficultés qu’on avait à bombarder la nuit, etc. Il est dit dans un panneau que ‘les attaques des centres industriels, des installations militaires et des villes ont causé la destruction de grandes zones et la mort de centaines de milliers de personnes. Ils ont aussi détourné des ressources allemandes des autres fronts et endommagé des éléments essentiels à l’effort de guerre allemand. C’est une évaluation juste et exacte, qui a peut-être été négligée dans la controverse. En effet, c’est presque une contradiction du panneau dont les mots sont au coeur du problème.”

C’est dans ce panneau au coeur du problème, le panneau Une controverse qui persiste, que Bercuson a trouvé une erreur dans l’exposition du musée. “La dernière phrase du paragraphe (du panneau) est comme suit : ‘Quoique les attaques du Bomber Command et des forces américaines aient causé la mort de 600 000 Allemands et en aient laissé 5 millions d’autres sans-abris, elles n’ont détruit qu’une infime partie de la production de guerre allemande avant la fin de la guerre.’ D’après moi il y a deux choses qui sont perturbantes à propos de cette phrase”, écrit Bercuson. “Le mot ‘quoique’ lui donne un ton éditorial. Il suggère fortement que la perte du grand nombre de vies n’a eu qu’un rendement positif bien petit pour l’effort de guerre des alliés. En effet, il se range dans un des ‘camps’ de la controverse et on peut penser qu’il suggère que le bombardement était un gaspillage de ressources et de vies ‘innocentes’.”

Bercuson explique aussi que la deuxiè-me chose perturbante à propos de la phrase, c’est qu’il manque un contexte important à l’affirmation que le bombardement n’ait produit que de faibles réductions de la production militaire allemande : que s’il n’y avait pas eu de bombardement, la production militaire allemande aurait pu utiliser l’excédent de capacité pour augmenter la production et que, de plus, “l’importance vraiment incalculable du bombardement c’était à quel point il a forcé les Allemands de s’occuper du programme des alliés, de la destruction de l’Allemagne urbaine, ce qui a beaucoup augmenté la friction (de la guerre) et fait diminuer l’effort de guerre allemand”.

Il écrit aussi que “bien que le panneau textuel en question n’offre pas de compréhension actuelle de ‘certains impacts de la campagne de bombardement’, il pourrait très facilement expliquer une plus grande partie du vrai dilemme auquel les alliés faisaient face en insistant davantage sur l’endommagement de l’effort de guerre allemand causé par l’OBC”.

Il remarque qu’en général, l’exposition est consistante, mais “que ce soit par exprès ou pas (et je ne crois pas que c’était l’intention du MCG) il est possible pour certains visiteurs de conclure que l’exposition sur l’offensive du bombardement s’est ‘rangée d’un côté’ de la controverse qui dure depuis longtemps et qui oppose la moralité de l’offensive du bombardement à son utilité, à cause d’un malheureux choix de mots et de la juxtaposition du texte et des photos”.

MacMillan et Morton croient surtout que la controverse doit avoir sa place dans le musée et ni l’un ni l’autre ne trouve rien à redire sur le panneau en question. Bernier, quant à lui, déclare que le panneau a échoué. Bercuson croit que le panneau “offusque”.

Il est sûr que s’occuper de cette question controversée est une tâche difficile pour le MCG. Mais en tant qu’évaluation objective de la campagne de bombardement stratégique, était-ce efficace? Était-ce moral?–est déjà assez embêtant, ce qui se pose comme question de base c’est si le panneau de la controverse qui persiste est acceptable en ce qui concerne l’objectivité historique professionnelle. Deux des plus éminents historiens du Canada croient que oui. Deux autres historiens éminents croient qu’il faut le remplacer. Nombre d’anciens combattants pensent que le panneau est offusquant et qu’il faut le remplacer.

Afghanistan: Points de vue Antagonistes

La guerre du Canada en Afghanistan concerne fondamentalement la sécurité nationale. Bien que la mission puisse y avoir nombre de résultats, la seule chose que le Canada, et l’OTAN, ne peuvent pas accepter c’est que l’Afghanistan redevienne un endroit où les terroristes internationaux sont libres de s’entraîner et de conspirer pour attaquer nos sociétés. Afin d’empêcher que cela arrive, le Canada et ses alliés de l’OTAN travaillent aux côtés du gouvernement afghan pour construire une nouvelle nation là-bas, une nation qui obéisse aux lois internationales.

Le but déclaré de la mission canadienne en Afghanistan est de participer à la création d’un État afghan stable qui fonctionne. La stratégie pour atteindre ce but est de mener des opérations militaires contre les forces antigouvernementales tout en aidant à reconstruire le pays et son économie, remporter l’allégeance, le coeur et l’esprit, du peuple afghan. Bien que les militaires et les leaders politiques canadiens aient eu des différends en ce qui concerne la structure temporelle, la plupart des gens croient que cela va arriver en moins de 20 ans.

Malgré la clarté apparente de ces buts, la victoire est loin d’être certaine. Il y a de multiples groupes armés qui s’opposent aux buts du Canada, dont aucun ne donne des signes de déposer les armes. En plus de cela, le peuple afghan est fameux pour sa méfiance des forces militaires étrangères. Assurer la défaite des ennemis violents comme les taliban va déjà être assez difficile, mais remporter l’allégeance des Afghans le sera encore plus.

Bien qu’il y ait beaucoup de points de vue à propos de comment la mission est menée, et ses chances de succès, une chose est claire: il n’y a pas de grande marge d’erreur. Alors que le Canada et ses alliés de l’OTAN croient en leur stratégie (Force opérationnelle en Afghanistan : la bataille pour le peuple, jan./fév. 2007), il pourrait être utile de considérer la perspective des gens dont le point de vue est différent. Ainsi, afin d’étudier la mission sous tous les angles, les suivantes sont des interviews que nous ont accordé deux hommes qui ont réfléchi profondément à la situation en Afghanistan. Ils sont tous deux très sceptiques et il est sûr que l’on ne doit pas prendre tout ce qu’ils disent pour des faits, mais ils ont aussi des choses intéressantes à dire à propos de la mission. La première interview nous a été accordée par un vétéran de la guerre afghane-soviétique qui vit actuellement au Canada et la deuxième, par un jeune médecin qui a grandi à Kaboul durant le règne des taliban, et qui y vit encore.

* * *

L’Union soviétique a envahi l’Afghanistan en 1979 et elle s’est avouée vaincue 10 ans après. Le lieutenant Yuri Sekret a été déployé à Ghazni (Afghanistan) en 1987 comme membre d’un escadron d’hélicoptères attaché à la 40e armée rouge de l’Union soviétique. Il était âgé de 28 ans. Sekret était ingénieur des communications d’hélicoptère dont l’unité était attachée aux forces afghanes. Bien que Sekret ne soit pas allé au front lui-même, des hélicoptères de son unité ont été attaqués par des missiles Stinger fournis par les États-Unis et le feu des tireurs embusqués était commun dans la région de sa base.

Originaire de Riga (Lettonie), Sekret est venu au Canada en 1999 et il vit actuellement près d’Ottawa. Il n’a commencé à parler anglais que lors de son arrivée au Canada.

Il dit qu’il rêvait de s’engager dans les forces militaires soviétiques depuis son enfance et il fut nommé officier de l’armée rouge après avoir obtenu un diplôme de l’université militaire.

Une fois déployé en Afghanistan, Sekret a été nommé à une position unique dans son unité, qu’il compare au rôle d’un aumônier dans les Forces canadiennes. “Je travaillais davantage avec les politiciens. Comme un commissaire. C’était vraiment un travail politique. Tous les officiers étaient communistes, parce que pour faire carrière il fallait être communiste. C’était normal pour tout le monde et, en fait, personne n’y pensait. Au Canada, peut-être que les gens croient que les communistes sont des monstres, mais nous étions comme tout le monde.”

D’après Sekret, une des principales difficultés qu’il y avait en Afghanistan c’était quand on essayait de comprendre la nature complexe du peuple afghan et de leurs sautes d’allégeance. Bien que ceci puisse sembler comme une observation anodine, c’est un problème vraiment central, car l’allégeance des Afghans est une des chevilles ouvrières de la stratégie du Canada. “Les Afghans ne sont pas des gens comme vous et moi. Très amicaux et très agressifs en même temps”, dit Sekret. “Nombre d’Afghans étaient vraiment reconnaissants de notre présence. Tant de fois, j’ai entendu tant de gens dire des choses comme ‘Oh, vous êtes si bons, vous donnez de la nourriture. Quand l’Angleterre était ici, ils ne nous donnaient jamais rien’. Nos soldats leur donnaient de tout ce qu’ils avaient. Des bonbons, de la nourriture, qu’importe. Chaque fois, nos soldats partagent.”

“Mais”, croit Sekret, “les Afghans ne sont pas vraiment un peuple compréhensible. Aujourd’hui ils vous embrassent, demain vous ne savez jamais ce que vous allez avoir. Si vous regardez profondément, personne ne sait à quoi ressemble le peuple afghan. C’est comme s’ils pensent toujours, ‘si quelqu’un me paie assez, je vais combattre pour l’autre côté’.”

Alors que, bien sûr, tous les Afghans ne sont pas comme cela, les observations de Sekret pourraient expliquer certaines des difficultés que les soldats canadiens doivent surmonter quand il s’agit d’obtenir des renseignements auprès de gens qui semblent amicaux mais qui ne coopèrent jamais vraiment. Malgré son incapacité à comprendre les Afghans, Sekret argumente que l’impression qu’a l’Ouest de la guerre des Soviétiques en Afghanistan était déformée par la propagande et que, loin d’avoir été une guerre totale, l’expérience soviétique n’était pas de façon significative différente de celle qu’a le Canada actuellement. En effet, Sekret nous montre une photo où, jeune et en santé, il se tient, seul et sans arme, au centre-ville de Ghazni à la fin de 1987.

Ce n’est pas quelque chose qu’un soldat de l’OTAN aurait hâte de faire ces jours-ci.

Peut-être, on le comprend bien vu ses expériences, que Sekret n’a pas beaucoup d’espoir que le but du Canada, une démocratie stable, puisse être établi dans le cadre du calendrier actuel de 10 ou 20 ans. En fait, Sekret n’a même pas espoir que cela puisse se faire. “Je ne crois pas que nous puissions donner notre culture et notre démocratie à ces gens-là. Parce que ces gens ont leurs propres règles, leur religion, et ils ont foi en ce qu’ils ont. Et quand nous mettons notre nez là-dedans, et nous ne pouvons pas les changer parce que c’est une culture de gens et les gens aiment l’avoir de la manière qu’ils préfèrent. Tout d’abord, il faut éduquer les gens beaucoup mais pour cela il faut des centaines d’années. On ne peut pas le faire en cinq ans ou 10. Vous savez, il faut éduquer les enfants, tous ces enfants, pour changer la mentalité du pays. C’est impossible. C’est impossible. Vous n’avez pas assez de puissance pour le faire. Vous savez, les gens sont vraiment bons mais ils croient à ce qu’ils ont et ils ont une mentalité particulière, et pour la changer ce n’est pas assez 10 ans, 20 ans.”

D’après Sekret, les deux problèmes principaux sont que les Afghans ne font pas du tout confiance aux étrangers et, à propos du militaire, le Pakistan, comme il l’a fait durant le conflit russe, joue encore un rôle crucial dans le conflit en permettant qu’on s’en serve de base de facto pour le leadership et la logistique ennemis. À moins que l’ennemi puisse être isolé de ses vivres et financement, dit Sekret, la guerre ne finira simplement pas et la situation va dégénérer jusqu’à devenir le même problème que la Russie a affronté en 1989.

“Vous pouvez voir ce qui est arrivé quand la Russie est partie : ce n’était pas mieux. Si nous étions restés, pas mieux non plus.”

Bien que le pessimisme de Sekret soit certainement basé sur son expérience, et l’expérience soviétique en général, en Afghanistan, il fait remarquer certaines choses intéressantes, surtout la question à savoir si la coalition de l’OTAN est assez puissante et si elle a assez d’endurance pour faire des changements durables à la société et à la culture d’un pays comme l’Afghanistan. Alors que les commandants canadiens disent que oui, et bien que leur pari puisse sembler bon, seul le temps nous donnera une réponse définitive.

Le docteur Safi Ahmad Ahadyar est un Tadjik de 24 ans qui a vécu à Kaboul toute sa vie. Non seulement est-il très éduqué, il est aussi profondément occidentalisé. Il conduit une Corolla de Toyota, porte des vêtements dernier cri et parle avec beaucoup d’enthousiasme à propos de comment trouver une Canadienne et l’épouser. Également, vu qu’il est Tadjik, il est, en droit tout au moins, un adversaire naturel des Taliban basés sur les Pashtouns. D’après ces critères, on pourrait prédire qu’il a de la sympathie à propos de ce que le Canada désire pour son pays. Mais ce n’est pas le cas. Son point de vue sur la mission du Canada est profondément méfiante, presque collusoire. C’est en fait cette méfiance, surtout des forces militaires étrangères, qui tend à constituer la vue entière qu’il a du monde. D’une façon ou d’une autre, il en est venu à croire que le Canada et l’OTAN sont simplement des préposés de la tentative impérialiste états-unienne en vue de contrôler l’Afghanistan. Il ne voit pas de différence entre les forces des États-Unis et celles de n’importe quel autre pays, y compris le Canada. Il ne fait confiance à aucune d’entre elles. “Je ne fais confiance qu’à mon propre pays, qu’il soit indépendant. Simplement, nous voulons être stables. Si l’OTAN veut aider l’Afghanistan, il faut qu’elle prépare le terrain pour l’éducation. Elle devrait essayer d’inviter les gens à ne pas se battre. Il n’y a pas besoin que les militaires apportent des armes à feu et encore des armes à feu, des bombes et des avions ici. Tout le monde est fatigué de ces choses-là”, dit Ahadyar à l’occasion d’une interview qu’il nous a accordée à Kaboul, où il travaille aussi en tant que traducteur pour la revue.

“Si elle veut vraiment aider les Afghans, elle devrait essayer de développer l’éducation, essayer de développer l’économie, essayer de découvrir des ressources comme le pétrole et le gaz qui puissent être utilisées par les Afghans. C’est comme ça qu’elle pourrait nous aider. Ce n’est pas la façon d’envoyer les militaires patrouiller tout le temps. Les Afghans n’aiment pas les étrangers, ce sont des gens étranges. Et si ce sont des militaires? Ils ne les aiment jamais. Je suis sûr que les Afghans sont fatigués de se battre, autrement ils ne permettraient à aucun militaire d’être ici.”

Alors qu’il est clair que les Canadiens et leurs alliés progressent en ce qui concerne la reconstruction de l’Afghanistan (partout, de l’ouverture des écoles jusqu’au développement de l’économie), rien de tout cela arrive assez vite ni assez largement pour obtenir la confiance d’Ahadyar. En fait, il est si sceptique à propos des intentions de l’OTAN qu’il croit que l’effort d’assurer le pays contre les Taliban est méconduit intentionnellement.

“Oui, et c’est ça l’important. Qui sont les Taliban? Qui est-ce qui appuie les Taliban de nos jours? Comment peuvent-ils se battre contre le gouvernement central, contre les forces de la coalition et contre l’armée nationale? Comment peuvent-ils continuer à se battre sans aide? Comment ce fait-il que l’Amérique ne puisse pas les balayer de deux ou trois autres provinces?

Comme nombre d’Afghans, Ahadyar se méfie beaucoup des intentions du Pakistan pour son pays, et bien qu’il sache que les Taliban comptent beaucoup sur l’abri qu’est pour eux le Pakistan, il ne comprend pas pourquoi on laisse cela continuer. “Pourquoi l’Amérique permet-elle au Pakistan de les aider? S’ils savent, pourquoi ne l’empêchent-ils pas? S’ils ne l’empêchent pas, qu’est-ce qu’ils font? S’ils savent que le Pakistan aide les Taliban, pourquoi n’envahissent-ils pas le Pakistan?”

Et c’est certainement un produit de cette méfiance à propos des étrangers qu’Ahadyar déclare que cela ne le dérangerait pas si les Taliban reprenaient le pouvoir et que la vie sous les Taliban n’était pas vraiment pire qu’elle l’est actuellement. “Sous les Taliban et maintenant, c’est la même chose pour moi. Ces choses que je vois maintenant, ce ne sont que des changements momentanés. Avec les Taliban, on ne pouvait simplement pas voir de femmes autour des bazars, ou bien on ne pouvait pas voir de femmes aller à l’école et ce genre de choses. C’est simplement que maintenant nous pouvons voir les femmes. Et rien d’autre. Rien que des étrangers qu’on a ajoutés à la situation et ça ne va pas mieux que du temps des Taliban.

“Au temps des Taliban aussi, on était davantage en sécurité que maintenant”, croit-il. “Il n’y avait pas de bombardement, rien d’autre. Simplement il y avait quelques roquettes venant de l’alliance du Nord. Et il n’y (avait) pas de suicidaire, pas de vol, pas de meurtre. Si vous laissiez quelque chose dans la rue quand vous reveniez c’était au même endroit, personne ne pouvait y toucher.”

Il est à noter que la version de l’histoire d’Ahadyar est bien différente de ce que nous savons des Taliban, qui est que, bien que les Taliban aient augmenté la sécurité en général, en effet, durant leur règne, ils l’ont fait en utilisant des tactiques brutales qui ignoraient les droits humains et qu’ils adhéraient à un concept de justice travesti. De toutes façons, toutefois, un retour au pouvoir des Taliban n’est pas la solution préférée d’Ahadyar. Bien qu’il désire certainement que les militaires étrangers quittent l’Afghanistan, il préfèrerait qu’ils créent une paix durable avant de s’en aller.

“Je ne dis pas que tout le monde devrait emporter leurs militaires d’ici tout de suite et qu’il devrait y avoir des combats ici, parce qu’alors je sais qu’il n’y aurait pas de développement ici.

“Simplement, nous voulons les Nations unies, si en réalité elles veulent aider l’Afghanistan, elles devraient inviter tous les leaders de l’Afghanistan et préparer le terrain pour qu’ils aient la même unité et la même fraternité entre eux et arrêtent de se battre. Ils devraient parler à tous les côtés. Avec les Pashtouns, les Tadjiks, les Hazaras, les Uzbeks. Ils devraient les asseoir tous à la même table. Ils devraient leur parler, discuter avec eux. Et diviser le pouvoir entre tous. Quand ils se seront tous mis d’accord, ils ne se battront plus entre eux. Nous aurons une bonne unité et ils auront une bonne sécurité.”

Alors quoi si l’OTAN et la communauté internationale ne réussi pas à obtenir une paix durable? Ahadyar n’a pas hâte de prédire si un soulèvement général aurait lieu, ou quand, mais il déclare que la situation déplaît de plus en plus à nombre de ses proches. Mais combien de temps va-t-il falloir?

“C’est une question très difficile. Simplement, nous verrons ce que le futur nous amènera. D’après moi, les gens qui ont l’expérience des combats, sont fatigués, et les nouvelles générations comme la mienne nous n’avons pas l’expérience des combats, alors comment pouvons-nous commencer? Simplement, maintenant nous devrions nous asseoir et voir si nos leaders vont les commencer.”

Alors que les préjugés d’Ahadyar sont clairs, ils sont aussi instructifs. Il fait attention à la situation et il a pourtant une méconnaissance profonde du rôle et de la nature de la mission canadienne. Et bien que nombre d’autres Afghans appuient certainement davantage les objectifs du Canada, Ahadyar est peut-être représentatif en ce qu’il est défini par sa méfiance, une méfiance qu’aucune éducation ni information n’a réussi à percer.

Mais il nous fait aussi part de quelque chose de très instructif. Il sait, presque à un niveau instinctif, qu’une solution militaire au problème en Afghanistan a peu de chances de réussir. La seule victoire en Afghanistan sera politique d’abord, quand le gouvernement afghan sera accepté par tous les Afghans en tant qu’autorité régnante. Le colonel Fred Lewis, sous-commandant de la Force opérationnelle en Afghanistan, est d’accord avec Ahadyar à propos des trois piliers de la mission du Canada, qui sont la sécurité, la bonne gouvernance et le développement de la reconstruction. La bonne gouvernance d’après Lewis c’est, littéralement, la démocratie, la direction par le peuple et, comme il dit, il y a du progrès. “Ce que j’ai vu à propos de la bonne gouvernance, pour l’instant, c’est l’exemple du gouverneur (provincial de Kandahar) prenant la responsabilité de la reconstruction et du développement dans sa région et les dirigeant. C’est quelque chose. Nous voyons divers comités et ainsi de suite au niveau provincial qui commencent à fonctionner. On les fait travailler, à faire des choses pour leurs gens. Alors je pense que c’est quelque chose d’assez bien.

“Deux tiers des districts de cette province ont actuellement ce qu’on appelle Comité de développement de district, qui sont responsables de définir le genre de projet dont on a besoin dans leur district, et décidant de leur ordre d’importance. Est-ce cela la bonne gouvernance? C’est la démocratie, les gens disent ce qu’ils veulent. C’est fort. Pour un pays qui a été complètement brisé depuis 1979, et qui a toute une génération de gens qui ne savent pas du tout ce que ça veut dire que la démocratie, c’est fort.”

Et bien que les ennemis les plus violents du gouvernement ne vont probablement pas consentir à l’arrangement démocratique de partage du pouvoir qu’envisage Ahadyar et que Lewis travaille pour créer, peut-être que certains vont y consentir. C’est dans ce sens que la vision de la résolution diplomatique des conflits en Afghanistan, amener tout le monde à une table et les aider à se mettre d’accord, n’est pas seulement optimiste, il se peut que ce soit le meilleur espoir.

Spectres dans les collines

Dans les montagnes autour de la Base d’opérations avancée Martello, les ennemis sont comme des fantômes; ils se cachent parmi les villageois et ne s’en détachent que pour combattre quand et où ils le décident. La plupart du temps, ils sont dissimulés, faisant feu de leurs mortiers et de leurs roquettes de loin. Toutefois, il leur arrive d’attaquer en nombre.

Le 4 septembre, à la nuit tombée, environ 80 d’entre eux sont descendus des montagnes et ont donné l’assaut à Martello, une base canadienne bien au nord de Kandahar (Afghanistan). Des crêtes hautes, de trois côtés, ils ont fait feu avec leurs mortiers, leurs roquettes et leurs mitrailleuses lourdes. Durant la première heure à peu près, ça allait mal. Tout le monde était cloué et l’ennemi s’approchait.

Une attaque aussi grande et aussi bien coordonnée était surprenante; l’ennemi essayait d’envahir la base.

Lors de l’attaque, Martello était occupée par un petit groupe de soldats canadiens et une grande force d’infanterie aéroportée hollandaise. Les Hollandais étaient venus remplacer la force opérationnelle canadienne qui avait été envoyée à Panjwai participer à l’opération Méduse, une grosse offensive dans la région située au sud de la ville de Kandahar.

Mais vers la fin du mois de septembre, Méduse terminée, les Canadiens revenaient à Martello dans l’intention de se rendre maîtres à nouveau d’une région devenue incontrôlée. Ce qui suit est l’histoire des quatre premiers jours après leur retour à la base.

Martello est située sur un plateau au-dessus du village d’El Bak, au bord d’une petite route qui va de Kandahar à la ville de Tarin Kot, dans la province d’Uruzgan. C’est le point le plus septentrional de la zone d’opérations des militaires canadiens. La base est entourée de tas de roches hauts comme des montagnes et de crêtes découpées. Tout est recouvert par une couche épaisse de la plus fine poussière qu’on puisse imaginer. En gros, l’endroit ressemble à un chantier de construction sur la lune.

Quant à El Bak, on dirait plutôt un village du septième siècle. C’est un assemblage d’enclos en boue, de fossés d’irrigation, de voies piétonnières et d’ânes irrités. Les quelques centaines de personnes qui vivent à El Bak ne sont pas exactement accueillantes, mais elles ne sont pas ouvertement hostiles non plus. Comme le veut la vieille tradition afghane, elles se couvrent en attendant de voir quel côté va sortir gagnant.

Vendredi le 29 septembre, quelques heures à peine après que la force canadienne soit revenue à Martello, le sergent-major hollandais Frank (nom de famille non divulgué) faisait un briefing détaillé sur les événements des quelques dernières semaines. Debout au point le plus élevé de la base, Frank montrait au groupe de soldats canadiens où l’ennemi avait placé ses armes et comment l’attaque du 4 septembre s’était déroulée.

À 18 h 45 à peu près, des insurgés ont fait feu de trois crêtes montagneuses qui surplombent le camp. Ils ont attaqué les portes de devant et de derrière, ils ont tiré sur le poste de commandement (PC) et les tentes dortoirs, et puis ils ont pris en cible les réservoirs souples et les postes d’observation (PO).

Au début de l’attaque, c’était le chaos dans le camp. Les positions de mortiers hollandais étaient prises sous un feu nourri alors elles ne pouvaient pas riposter. Vu que la plupart des positions des insurgés étaient au-delà de la portée des armes légères, ce sont les deux ou trois mitrailleurs le long du mur et quelques véhicules blindés hollandais qui ont repoussé l’attaque.

À un moment donné, les insurgés se sont avancé en-dessous du PO du nord du camp, à quelques centaines de mètres du périmètre.

Les combats ont fini par tourner en faveur des Hollandais quand un des canons de leurs véhicules a réussi à détruire la position principale des insurgés, une arme lourde russe de 12,7 mm située à un endroit surnommé Joshua Tree (yucca arborescent), lequel se trouve à environ 1 200 mètres au-dessus du camp.

Le caporal Al Hennessy de la compagnie Bravo du Royal Canadian Regiment est un des Canadiens qui se trouvaient à Martello durant l’attaque. “Je venais de commencer à souper quand les choses ont mal tourné. […] J’ai rassemblé tout le monde, j’avais trois Canadiens et un Hollandais, on a pris nos affaires et on est sorti derrière la tente. Des balles volaient partout. J’ai vu une couple (de combattants ennemis) se lever et tirer des grenades propulsées par fusée (RPG) près du PO du nord; il y en a une qui a fait sauter un camion dans le parc de stationnement.”

En tout, la bataille a duré presque six heures. Les attaquants se sont finalement dispersés quand les hélicoptères armés hollandais se sont mis de la partie. Incroyablement, il n’y a pas eu une seule victime alliée. D’après des sources hollandaises, 10 combattants taliban ont été tués. “Quelqu’un qui, s’étant trouvé ici, dirait qu’il n’avait pas peur serait un menteur”, dit Hennessy, “quand il y a des balles qui frappent tout autour de soi et qu’on ne sait pas de quel côté aller parce qu’on ne sait pas d’où elles viennent. Jusqu’à ce qu’on en fasse l’expérience […] on entend les balles qui frappent et qui passent à toute vitesse, c’est une sensation d’écoeurement qu’on a, savoir qu’on nous tire dessus, qu’on pourrait être touché.”

Samedi matin, les Hollandais ont commencé à se retirer, laissant les Canadiens s’arranger tout seuls. Le commandant de la compagnie Bravo, le major Geoff Abthorpe, va partir également. Ce n’est pas qu’il veuille s’en aller, mais la compagnie Bravo a perdu son premier soldat vendredi, quand le simple soldat Josh Klushie a trouvé la mort en pilant sur une mine. Abthorpe va le raccompagner à Kandahar, lui faire ses adieux.

“Pendant la journée suivante à peu près, c’est le plus vulnérable que nous allons être”, dit Abthorpe en portant son regard vers les collines. “Ils nous observent actuellement et ils voient ce grand convoi qui s’en va, et les hélicoptères qui ramassent des gars. S’ils vont nous attaquer, nous tester, ça va être demain ou après-demain.”

Quand les Hollandais sont partis, l’endroit semble vide. La force qui est maintenant à la base, comprenant surtout la compagnie Bravo du RCR et des éléments de la 2e Artillerie royale canadienne et du 2e Régiment du génie, suffit à peine à assurer la permanence de toutes les positions défensives le long du périmètre. Un sergent dit pour rire qu’ils devraient mettre des mannequins de paille autour du camp.

Il y a définitivement un manque de main-d’oeuvre. Par exemple, à la fin de leur tour à Martello, les soldats hollandais ne patrouillaient à l’extérieur des barbelés qu’en groupe d’au moins 20 hommes. Les Canadiens vont le faire avec bien moins que ça. “Nous ne sommes vraiment pas assez nombreux pour faire des patrouilles dans les collines”, dit Abthorpe. “Mais on doit le faire malgré tout. Sinon ça les laisse trop libres de se déplacer. Il faut qu’on se projette dans les collines pour les repousser.”

Samedi après-midi, la première patrouille traverse les barbelés. Sa tâche est de grimper une des montagnes avoisinantes, surnommée Big Rock (gros rocher), à la recherche d’indications d’activités ennemies.

La patrouille est dirigée par l’adjudant Jim Murnaghan et le sergent Mark Gallant, deux vieux amis qui trouvent des drôleries à dire dans pratiquement n’importe quelle situation. Cela ne veut toutefois pas dire que ce ne soient pas des chefs coriaces, car quand Murnaghan donne un ordre, ses troupiers réagissent comme s’il les avait aiguillonnés.

Trois fantassins de la compagnie Bravo sont aussi du nombre, les caporaux Joey Chow et Brad Kilcup et le caporal-chef Billy Cornish, ainsi que deux sapeurs, Matt Cloutier et le caporal Glen Warner, et une infirmière minuscule de la 2e Ambulance de campagne, la caporale Janice Comeau.

Les gros obusiers M777 commencent à marteler le sommet des collines autour de la base, une démonstration de force, quand la patrouille prend le départ. Après avoir grimpé pendant environ une heure pour arriver en haut de Big Rock, la patrouille trouve des tas de douilles, probablement des restes de l’attaque du 4 septembre.

D’en haut de la montagne, un des gars aperçoit un homme qui descend la vallée en vitesse en s’éloignant de la patrouille. Cela semble suspect. Tous s’éparpillent et se cachent derrière un rocher ou quelque autre abri. “Peut-on descendre de ce côté-là?” Murnaghan crie d’une autre crête. “Joey, faut qu’on descende vite par là, on va essayer d’attraper le gars.”

Tout le monde se met à chercher un moyen de descendre de la montagne. “Eh Jim! il vient de passer derrière cette montagne, là-bas”, crie Gallant. “Il y a une colline juste ici où la route passe, s’il sort par là il ne nous verra pas arriver et on pourra le prendre de l’autre côté.”

“Ouais, mais il faut qu’on descende de ce rocher d’abord”, dit Murnaghan.

“Ouais”, dit Gallant. Vu que l’homme va disparaître rapidement, la patrouille déboule le versant à pic de la montagne, se précipitant en bas de rochers de 10 pieds de haut et en sautant de grands espaces. Quand les soldats arrivent en bas, l’homme n’est nulle part.

Murnaghan regarde autour de lui. “Il est déjà parti”, dit-il, et puis il crie ses ordres. “Bon, on se met en position de défense le temps de prendre une gorgée d’eau, et puis on s’en retourne.”

La patrouille s’éparpille à travers le petit plateau. Le soleil couchant enduit les environs d’une sorte de lueur orange. Le son des gamins qui jouent entre les murs des enclos fermés s’élève de la vallée.

Tout le monde s’assoit et regarde le village, attendant ce qui va se passer prochainement.

Gallant met un genou à terre et fixe El Bak du regard. “Les taliban bombardent la base tout le temps et ces gens doivent savoir ce qu’il en est”, dit-il. “Mais ce ne sont que des fermiers, voyez-vous, ils veulent simplement s’occuper de leur ferme et qu’on les laisse tranquilles. Si des gens les menacent avec un fusil dans la face, ils leur diront ce qu’ils veulent savoir. On essaie de leur dire qu’on est ici pour les aider, pour stopper les taliban, mais ça ne marche pas vraiment, ils se couvrent.” À ce moment-là, un autre Afghan tourne un coin de montagne à quelques centaines de mètres de nous. “Il y a un gars qui s’approche; il porte du noir. Ça pourrait être un Jedi”, Gallant répond au groupe en criant.

“Fais attention à son sabre laser” dit Murnaghan.

Chow est choisi pour aller intercepter l’homme pour une fouille. “On va le faire s’arrêter, lui soulever la chemise et puis le faire se retourner”, dit Murnaghan à Chow. Chow s’avance sans mot dire. Murnaghan et l’interprète le rejoignent. Murnaghan veut savoir si le villageois a vu des taliban. L’homme dit que non, il n’y a pas de talib aux alentours.

“Ouais y en a. On les voit, on leur tire dessus et on les tue”, dit Murnaghan par l’entremise de son interprète, à propos de l’attaque du 4 septembre. “Ils étaient de l’autre côté, près du PO, qui grimpaient la montagne. Vous me dites que personne du village ne les a vus descendre par l’ouadi (lit de rivière asséchée) et grimper la colline, il n’a pas vu ça?”

L’homme répond qu’ils ne les ont pas vus parce qu’ils étaient tous chez eux. L’homme parle d’une voix forte, comme s’il est à moitié sourd. Murnaghan dit par la suite, pour plaisanter, que c’est probablement parce qu’il a tiré des RPG sur la base. “Dites-lui que s’il voit des taliban et qu’il vient me le dire, je lui donnerai de l’argent.”

De retour à Martello, tout le monde ouvre des rations pour souper. Heureusement qu’il y a des repas américains et hollandais, ce qui change bien des repas lourds canadiens. La vie n’est pas si mal pour les troupiers à la base. Bien que la plupart des tentes aient des trous de balles, il y a une couple de téléviseurs et quelques vieux DVD à regarder. Ce n’est pourtant pas que la guerre n’offre pas suffisamment de distractions. La nuit, on peut voir des fusées illuminer les montagnes, par exemple, ou entendre les chasseurs à réaction qui font le tour au-dessus de nos têtes, ou même avoir une peur bleue quand le tir soudain des gros obusiers vous fait trembler la tête. Ce n’est pas la joie, mais ce n’est pas si mal.

Dimanche matin, le lendemain de la reprise de la direction de Martello, un groupe mixte de fantassins, de sapeurs et d’artilleurs part en patrouille en passant par El Bak et jusqu’au Joshua Tree, l’arbre esseulé sur une haute crête rocheuse qui surplombe le camp. C’est toute une impression que de sortir du camp à pied avec 10 soldats quand il y a moin 80 combattants ennemis dans la région. Le spectre d’une embuche hante tout le monde. Après être passée par le périmètre d’El Bak, la patrouille passe par une série de champs de cannabis et puis monte sur une crête à pic. “Trois gars viennent vers nous en vitesse, d’en haut de la montagne”, dit Cornish en criant.

“Les sapeurs, montez par là, Kilcup et les gars de ce côté-ci”, dit Murnaghan et la patrouille s’éparpille, prête à tout.

Il s’agit de trois jeunes hommes qui portent de grandes barbes et c’est plutôt étrange qu’ils soient là, dans un endroit complètement vide. Chow s’avance pour les fouiller. Après la fouille, Murnaghan le rejoint. Il pose rapidement des questions, l’une après l’autre, par l’entremise de l’interprète. Qu’est-ce que vous faites par ici? Où habitez-vous? Où travaillez-vous? Quand avez-vous commencé? De quel village avez-vous dit? Avez-vous vu des taliban? L’homme dit qu’il n’a pas vu de talib depuis des mois.

Le deuxième homme s’avance. Il pose des questions à Murnaghan d’abord “Pourquoi m’avez-vous fait soulever ma chemise? Pourquoi m’avez-vous fouillé?”

“Dites-lui que nous devions nous assurer qu’il ne portait pas d’armes ou d’explosifs attachés à son corps”, dit Murnaghan. À nouveau, les questions : où allez-vous? Où habitez-vous? Où travaillez-vous? Où est votre ferme? Avez-vous vu des taliban? En avez-vous vu à El Bak? Toutes les réponses sont irrécusables, et toujours pas de rapport d’activité des taliban. “Même quand le camp a été attaqué il n’a vu personne?” demande Murnaghan sans s’attendre à obtenir de réponse. “Non, eh? Il n’a probablement entendu personne non plus, n’est-ce pas?” “Il y en a deux autres sur la colline là-bas”, dit Comeau d’un accent écossais. Elle s’accroupit derrière un rocher et met son fusil à l’épaule. “Ils ont regardé et puis ils sont repartis”, crie-t-elle.

“Ah ouais?” Gallant répond en élevant la voix. “La colline la plus éloignée ou la plus près?”

“La plus près”, dit Comeau. Gallant commence à s’avancer. Quand il atteint la position de Comeau, il s’accroupit et lève son fusil pour regarder à travers la lunette de visée.

“Vous voyez ces rochers droit devant?” À gauche de là”, dit Comeau. Pendant qu’ils observent les montagnes, Murnaghan termine avec les trois hommes et les laisse repartir. “Sergent Gallant, on décampe”, crie-t-il.

“Avez-vous vu les deux gars qui se sont défilés derrière la colline quand ils nous ont vu?”, demande Gallant.

“Ouais, ils sont probablement déjà loin, pense pas qu’on va courir les rattraper”, dit Murnaghan.

Gallant hausse les épaules et regarde Comeau. “Mon coeur bat comme un lapin”, dit-il.

Elle rit doucement et la patrouille monte vers la prochaine crête, en direction des hommes qui ont disparu. À quelques centaines de mètres plus loin, le long du sentier, la patrouille trouve une bande magnétique en cassette. “C’est de la musique pour gens religieux”, dit l’interprète.

“Ça a l’air religieux, il y a des chars et des missiles dessus”, dit Murnaghan, à propos de la couverture de la cassette où, en effet, il y a des chars et des missiles. “Ça doit être aux taliban. La plupart sont des chansons pour le combat”, dit l’interprète. “Des chansons motivantes?” Murnaghan secoue la tête. Tout le monde soupçonne les trois gars qu’ils viennent de laisser partir de l’avoir laissé tomber quand ils ont vu la patrouille.

Quelques centaines de mètres plus loin, la patrouille atteint finalement la crête qui mène à Joshua Tree et s’arrête sur-le-champ pour faire une pause. Pendant qu’on est assis sur la crête, une vieille femme et deux enfants apparaissent soudainement à quelques pieds. On la questionne aussi. Elle dit qu’elle n’a jamais vu de talib non plus.

“Pas de talib en Afghanistan eh?” dit Murnaghan en grommelant. “Bon, dites-lui qu’on lui souhaite une bonne promenade.”

“Il n’y a pas de talib en Afghanistan, au cas où vous vous le demandiez”, Murnaghan rapporte au reste de la patrouille. “Je ne sais pas pourquoi je suis venu jusqu’ici parce qu’il n’y en a pas ici, et c’est drôle parce qu’à mes yeux tout le monde ressemble aux taliban, même cette vieille femme.

“Il y a quelqu’un d’autre qui grimpe le sentier”, dit Comeau.

“Il y a une personne qui monte le sentier”, confirme Gallant.

Il y a un point au loin, au fond de la vallée. Ce doit être l’homme que Comeau a vu. “Je pense qu’il va simplement passer”, dit Gallant en regardant dans sa lunette. En effet, l’homme voit la patrouille, s’arrête et marche le long de la vallée plutôt que de monter jusqu’à la crête. Ça ne semble pas déranger Murnaghan qui, couché dans la poussière, observe la vallée, un endroit qu’il dit être un important centre de taliban. “La clé pour se débarrasser des taliban, c’est beaucoup d’éducation”, dit-il, tout en regardant de temps en temps des cibles lointaines avec sa lunette. “Les fermiers ne savent pas qu’ils ont des choix, voyez-vous; les villageois, ils ne savent pas quelles sont leurs options. Nous ne sommes qu’un autre groupe armé, comme les taliban. Il faut qu’on leur prouve que la vie peut être meilleure sans les taliban. Il faut qu’on les convainque qu’il existe une meilleure façon.

“Mais c’est difficile parce que quand on s’en va, les taliban se glissent chez eux durant la nuit et ils les forcent à leur donner de la nourriture et tout. Et puis aussi, les taliban sont partout aux alentours qui se disent des moudjahiddin, alors ils semblent combattre l’occupation. Mais nous n’occupons pas, nous ne repartons avec rien de ce pays, sauf des housses mortuaires.”

Après avoir nettoyé la zone autour de Joshua Tree, la patrouille reprend la voie de Martello en passant au milieu d’El Bak. Le village est très calme. On ne voit pas d’enfant. Les villageois regardent par la porte de chez eux et puis disparaissent rapidement. Cela rend tout le monde nerveux. “Les gens sont si amicaux ici”, dit un des soldats pour rire, “au moins en ce qu’ils n’essaient pas nous tuer à vue, mais ils ont plutôt la décence de (comploter) notre mort dans l’intimité de leur chez soi.”

Malgré le sarcasme, on sait que c’est ainsi que l’ennemi spectral opère : quand on les questionne ils prétendent qu’ils sont des villageois amicaux mais quand on ne les voit plus ils reprennent leur campagne de violence.

De retour à la base, un des jeunes leaders de Bravo, le lieutenant Jeff Bell, nous explique le problème élémentaire que doivent résoudre les soldats à Martello. “Imaginez-vous que vous êtes l’un de ces villageois et que quelqu’un vous dise toutes ces mauvaises choses à propos des étrangers, que nous sommes ici pour leur voler leurs terres et leur enlever leurs récoltes. Maintenant, imaginez que ces étrangers arrivent, ils ont un air différent, ils ne parlent pas la même langue, leur foi est différente, ils ont toute sorte d’équipement étrange. Et, au fil des années, ils ont déjà vu ça, des étrangers qui viennent leur taper dessus et leur dire ce qu’ils doivent croire. Vous ne sauriez pas à qui faire confiance. C’est pour cela qu’à la base nous devons leur enseigner comment apprendre. Afin qu’ils puissent se faire leurs propres idées à propos de tout ça, ensuite ils pourront décider librement ce qu’ils veulent faire de leur pays.

“Nous ne sommes pas des méchants dans le sens classique. Ne croyez pas que je sois amer, pas du tout, c’est simplement que d’après les taliban nous sommes les ennemis. Je suis sûr que la plupart d’entre eux croient vraiment qu’ils sont les bons, que ce qu’ils font c’est pour le bien de leur pays, et que nous sommes les méchants occupants qui essaient de faire avaler quelque chose au peuple contre son gré. Mais ce n’est pas le cas. Nous ne sommes tout de même pas ici pour prendre ce bout de terrain sur un versant de montagne, nous essayons simplement de les aider.”

Tout juste avant le dîner du lundi, le son d’une explosion, très fort mais lointain, roule dans la vallée. Dans un endroit comme celui-ci, les explosions au loin n’ont rien d’inhabituel et personne ne s’en inquiète vraiment.

Quelques instants plus tard, deux gars sont en train de se servir un café. “C’étaient les sapeurs, ça?” demande l’un d’eux. “Non, il y a quelqu’un qui a dit que ça venait de derrière Joshua Tree. Il y a de la fumée là-bas”, dit l’autre. En effet, la fumée venant de derrière l’arbre était facile à voir. C’était un mystère intéressant : qu’est-ce que ça pouvait bien être? C’était peut-être un vieux mortier ou un obus perdu, ou quelque chose comme ça. Rétrospectivement, c’était une indication plutôt évidente.

La base se faisait attaquer. Pendant qu’on observe l’arbre, captivé par le mystère, la deuxième roquette siffle au-dessus de nos têtes et s’enfonce dans le sol mou à 20 mètres du poste de commandement. C’est une roquette de 107 mm à explosif de grande puissance qui pèse près de 20 kilogrammes et volant à quelques centaines de kilomètres à l’heure.

En moins d’un battement de coeur, semble-t-il, avant que la terre et les pierres aient fini de retomber, c’est la pagaïe. Les mitrailleuses canadiennes commencent à marteler la zone autour de Joshua Tree pendant que les soldats courent de tous côtés, s’éloignant de l’explosion, vers leurs fusils, vers des abris.

Bell passe en courant, déjà avec tout son attirail de combat. “Baissez, baissez, baissez-vous”, crie-t-il. Mais c’est difficile de trouver un bon abri. Les fortifications ne sont qu’à moitié terminées. Pour atteindre un meilleur abri, il faut faire un sprint de 200 mètres à découvert. D’autres roquettes pourraient être à quelques secondes de nous et nous ne sommes pas dans un très bon endroit. À ce moment-là, Cloutier crie dans le véhicule blindé Nyala où il se trouve. “Venez ici, venez, venez”, crie-t-il à travers le trou de la fenêtre du côté passager de trois pouces d’épaisseur.

C’est une course rapide et une bousculade par la porte arrière jusqu’à la sécurité relative du Nyala, où Cloutier et un groupe de sapeurs se sont abrités. Ces gars-là travaillaient à quelques mètres seulement de la voie de la roquette ; elle a volé au-dessus de leur tête et a atterri près d’eux aussi. Ils sont tous en train de bavarder fiévreusement, à cause de l’explosion qui les a ratés de peu.

“C’est venu vers nous directement de la crête”, dit l’un d’eux avec des gros mots. “C’était proche. C’était proche. C’était proche”, chantonne un autre. Warner, au système du canon automatique, est en train de balayer la crête à la recherche de l’ennemi. “Balaie et respire, balaie et respire”, dit un autre sapeur. “Là où il y a un merdeux il y en a un autre.”

Boum! Une autre roquette explose à 100 mètres environ. Des pierres crépitent contre le blindage du Nyala.

Pan-pan-pan. C’est le feu des mortiers de 81 mm, qui répondent de leurs quatre tubes. Les flammes et la fumée recouvrent les crêtes autour de Joshua Tree alors que les obus frappent vite et violemment. Cloutier murmure des jurons alors que les obus frappent l’un après l’autre.

Tout est calme pendant quelques minutes. Le Nyala fait directement face à la crête et tout le monde fixe Joshua Tree des yeux, pour voir si une autre roquette va y être lancée. On a le sentiment que dans le Nyala on est plutôt en sécurité, mais s’il était atteint directement, ce serait dur pour tout le monde.

Bell apparaît à la porte arrière du Nyala. Il court d’un côté à l’autre de la base pour vérifier les positions depuis que l’attaque a commencé. “Ils sont probablement partis ou morts, mais on attend que l’appui aérien vienne faire ce qu’il fait le mieux. On nous avertira quand l’alerte sera finie.”

Deux heures passent. Finalement, un Harrier hollandais arrive qui fait trois passes rapides au-dessus des crêtes tout en larguant des fusées éclairantes. “Est-ce qu’ils ont envoyé ce truc de Hollande?” plaisante un des soldats. En fin de compte, l’explosion mystérieuse à Joshua Tree était la première roquette de l’ennemi, lancée d’une crête plus loin, dont la trajectoire s’était écourtée. Les deux suivantes avaient atteint directement la base et la quatrième était allée trop loin. Quelques minutes après la fin de l’alerte, Murnaghan commence à assembler des soldats pour grimper à Joshua Tree étudier l’endroit et chercher l’ennemi. L’escalade est décidée et rapide. Tout le monde semble avoir un certain objectif en tête, ou même être en colère. Quand la patrouille est à deux crêtes de Martello, les gros canons tirent sur une montagne éloignée; tout le monde sursaute mais c’est simplement une autre démonstration de puissance.

Un circuit rapide autour de Joshua Tree permet de voir qu’il n’y a rien d’autre qu’un bon nombre de nouveaux trous d’obus. Qui que ce soit qui a lancé les roquettes semble s’être échappé sans inconvénient. La patrouille se dépêche pour retourner à la base avant la noirceur. Une fois de plus, c’est une patrouille qui revient bredouille. À nouveau, les villageois disent tous qu’ils ne savent rien. Mais malgré le manque de coopération, Murnaghan ne semble pas inculper les villageois à cause de leur position. Ils sont dans une situation scabreuse et ce serait injuste de les blâmer quand ils pensent à leur propre sécurité d’abord.

“Est-ce que les Hollandais auraient envoyé 80 gars grimper ces crêtes pour s’attaquer eux-mêmes? Je ne penserais pas”, dit Murnaghan. “Non, leurs réponses (des villageois) ne me semblent pas fiables; ils essaient de se protéger n’importe comment. Mais je ne pense pas qu’ils me fassent confiance non plus. Je pense que ce pays est en émoi depuis si longtemps que la confiance telle que nous y pensons serait plutôt insensée ici.”

On dirait que c’est une énigme classique : la situation concernant la sécurité autour de Martello ne s’améliorera pas avant que les gens commencent à renseignerMurnaghan sur les combattants ennemis; mais les gens ne feront pas confiance à Murnaghan tant qu’ils auront peur des représailles des combattants ennemis, ce qui n’arrêtera pas tant que Murnaghan n’aura pas obtenu les renseignements. En attendant, les combattants ont tout le temps qu’il faut pour amadouer de nouvelles recrues et mijoter leurs batailles.

Bien que nombre de soldats de Martello croient que la manière de sortir de cette impasse soit l’éducation, c’est-à-dire, fondamentalement, de démontrer aux villageois que la vie peut être tout autre, on n’a donné la tâche d’éduquer les villageois d’El Bak à personne. “On aura de la difficulté à aller de l’avant tant qu’on ne pourra pas fournir un environnement sécuritaire”, dit Bell. “Nous, soldats, ne sommes pas des éducateurs, nous sommes ici pour fournir un environnement sécuritaire, pour qu’on puisse construire des écoles et un nouveau pays.”

Il semble qu’il n’y ait pas d’éducation sans sécurité, mais il n’y a pas de sécurité sans éducation. Ce ne sera pas facile de gagner cette guerre.

La nuit vient de tomber, lundi soir, et la lune brillante illumine les montagnes. Murnaghan et Gallant se tiennent dans une tranchée près de la porte principale de la base, racontant des histoires et riant des infortunes de la guerre. Il fait frais et c’est le calme, et pendant quelques instants, on dirait qu’il ne s’agit pas d’un endroit violent. Mais c’en est un. L’ennemi est là, dehors, qui observe. Tout le monde en est certain, parce que les fantômes dans les collines ont reconfirmé leur présence aujourd’hui. “Nous sommes ici et nous allons nous battre”, semblaient dire les roquettes.

Force opérationelle en Afghanistan :La bataille pour le peuple

Les soldats canadiens font la guerre en Afghanistan.

À Spin Boldak, à la bordure est de la province de Kandahar, les soldats observent la frontière avec le Pakistan. À la Base d’opérations avancée Martello, au nord de la ville de Kandahar, ils patrouillent les montagnes. À travers le Panjwai, au sud-est de la ville de Kandahar, ils reconstruisent après avoir participé à l’opération Méduse, la plus grande bataille de l’infanterie canadienne depuis la guerre de Corée.

Chaque matin, les soldats se réveillent pour faire la guerre. Pas toujours dans le genre de grands événements mortels dont on parle aux nouvelles du soir, mais chaque jour ils esquivent les kamikazes et les roquettes, ils travaillent pour apporter de l’aide aux nécessiteux et ils essaient d’obtenir la confiance de gens monstrueusement méfiants. Leur bravoure est étonnante et leur bataille est vraiment difficile.

Dans le village de Bazaar-e-Panjwai, l’adjudant Dean Henley et le sergent Chris Augustine font leur propre bataille tranquille. Malgré tout le drame et la violence de cette guerre, il se pourrait fort bien que la vraie bataille ce soit la leur. Ils dirigent un détachement de coopération civilo-militaire (COCIMI) et c’est leur travail de mettre les villageois en confiance et d’obtenir leur soutien en faisant des bonnes oeuvres. Leurs ennemis ne sont pas simplement les insurgés, mais aussi la corruption et la mauvaise gouvernance.

La Force opérationnelle en Afghanistan a été envoyée ici par le Canada dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), laquelle comprend plus de 31 000 soldats de 37 pays. Le contingent canadien en compte 2 000. Le groupe de bataille principal basé au terrain d’aviation de Kandahar vient principalement du 2e Groupe-brigade mécanisé de Petawawa (Ont.), alors que l’équipe de reconstruction provinciale (ERP), basée au Camp Nathan Smith, à Kandahar, comprend 220 soldats choisis à travers les Forces canadiennes et des représentants de l’Agence canadienne de développement international, du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international et de la Gendarmerie royale du Canada.

L’Afghanistan est un des endroits les plus dangereux au monde et, jusqu’en novembre 2006, 42 soldats et un diplomate canadiens y avaient perdu la vie. En fait, l’histoire du pays est longue durant laquelle des soldats étrangers ont été repoussés. Les Britanniques ont fait trois guerres de colonisation pour essayer de se rendre maîtres de ce pays du Centre asiatique sans accès à la mer. La première, 1839-1842, s’est terminée de façon désastreuse, la deuxième, celle de 1878-1880 ne s’est pas bien terminée non plus et la dernière, en 1919, a eu pour résultat l’indépendance complète de l’Afghanistan. Pendant les 60 ans qui ont suivi, l’Afghanistan a été en grande partie stable et indépendant, même une destination pour les touristes de l’Ouest durant les années 1960, au moins jusqu’à ce que les Soviétiques l’envahissent, en 1979.

Bien qu’il leur ait fallu une décennie de combats de guérilla, les combattants de la liberté afghans ont fini par expulser l’armée rouge en 1989. L’Union soviétique s’est effondrée peu de temps après. Mais l’Afghanistan aussi s’est effondré. Les deux groupes ethniques principaux, les Tajiks du Nord et les Pachtounes du Sud, incapables de s’entendre sur une méthode de partage du pouvoir, ont eu une guerre civile les uns contre les autres durant une bonne partie de la décennie suivante et ils se sont même battus entre eux.

Durant le milieu des années 1990, toutefois, un groupe d’étudiants religieux pachtounes appelés taliban, ce qui veut dire ‘chercheurs de savoir’, a commencé à prendre le pouvoir dans la région de Kandahar. Les taliban sont rapidement devenus plus forts et plus populaires car ils ont serré la vis aux bandits et créé un sentiment de sécurité générale, une chose que le peuple afghan n’avait pas vu depuis bien longtemps.

Malheureusement, les taliban étaient aussi des fondamentalistes islamiques qui essayaient de contrôler la vie personnelle, économique et politique en Afghanistan de façon absolue. De plus, ils étaient tout à fait intolérants, commettaient des violations de droits humains sauvages régulièrement, et ne se souciaient pas des lois internationales non plus.

Lorsque le 11 septembre 2001 est arrivé, les taliban contrôlaient tout le pays sauf un petit groupe qu’on appelait l’Alliance du Nord, surtout des Tajiks, qui survivaient dans une région au nord de Kaboul, la capitale du pays.

Les Forces canadiennes sont actuellement en Afghanistan non seulement parce que les taliban donnaient asile à Osama bin Laden et permettaient à son organisation terroriste al-Qaïda de se servir du pays en tant que de base d’entraînement, mais aussi parce qu’ils ont refusé d’arrêter de le faire même après le 9/11.

Maintenant que les taliban se sont éparpillés, la lutte a pour raison d’être la construction d’une nation afghane stable et sauve qui ne soit plus un danger pour la sécurité dans le monde. “Il s’agit d’un pays qui a permis à des terroristes extrémistes de venir s’y installer et puis y lancer des attaques contre les pays de l’Ouest”, dit le colonel Fred Lewis, le commandant adjoint de la mission. “Heureusement qu’il n’y a pas eu immensément de Canadiens qui ont été tués (le 9/11), mais plus de 30 l’ont été. Alors, c’est là le premier point : il s’agit de la sécurité du Canada. Ensuite, le deuxième point c’est que nous sommes un pays qui a toujours exporté ses valeurs. Je ne veux pas dire imposer une culture contre le gré de qui que ce soit, mais rien qu’exporter ses valeurs d’une bonne manière; que ce soit le maintien de la paix, ou que ce soit le travail de développement dans le Tiers Monde, que ce soit la Première Guerre mondiale ou la Deuxième Guerre mondiale. C’est la même chose.”

Ce n’est pas un effort partiel. C’est une première historique pour l’OTAN que de rassembler l’alliance pour une opération si grande dans un endroit aussi éloigné de l’Atlantique Nord. Au Canada, une grande partie des nouvelles concerne naturellement la contribution canadienne, mais sur place à Kaboul, ou même autour de la piste d’atterrissage de Kandahar, la variété des soldats internationaux est ahurissante. Il y a les commandos français, les troupes aéroportées hollandaises, les bérets verts américains, les artilleurs danois, l’infanterie turque et les marines britanniques. Mais ce n’est pas tout; il y a les Lituaniens, les Irlandais, les Islandais, les Belges, les Bulgares, les Australiens, les Suisses, les Suédois, les Norvégiens, les Néo-Zélandais et bien d’autres encore.

Dans la plus grande partie de l’Afghanistan, la mission de l’OTAN va très bien. Durant les quelques dernières années, Kaboul a été développée de manière remarquable. L’économie est en plein essor et les rues sont pleines de vendeurs, d’entrepreneurs et d’écoliers en uniforme. Dans le Nord, la situation est stable en général, les taux d’emploi sont élevés et il n’y a guère de violence. L’Ouest du pays ne va pas mal non plus. Mais le Sud, eh bien, c’est une tout autre histoire.

Les combats actuels dans le Sud pourraient être vus, d’une certaine façon, comme la suite de la guerre civile qui a commencé durant les années 1990 et qui n’a jamais vraiment fini.

L’ennemi se compose de taliban, de seigneurs de guerre, de trafiquants de drogues, de bandits et, à un moindre degré, de militants islamiques venus du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

“Il y a les taliban intransigeants, qui sont des extrémistes, presque comme les gars d’al-Qaïda”, dit Lewis. “Ensuite il y a ce que nous appelons les ‘combattants de jour’, des gars qui se font recruter et payer pour se battre pour les taliban. En gros, l’ennemi c’est tous ceux pour qui un gouvernement qui fonctionne bien en Afghanistan serait un désavantage.”

Dans une guerre conventionnelle, l’objectif militaire est habituellement clair : l’utilisation de puissance de feu irrésistible pour détruire les forces ennemies et tenir ou capturer le territoire. Mais ce n’est pas le cas dans la province de Kandahar, où le succès dépend, assez comme en démocratie, de la volonté du peuple. Si trop d’Afghans commencent à croire que leurs intérêts sont mieux servis par les taliban, il n’y a pas suffisamment de force pour faire autrement.

C’est pour cette raison que l’objectif militaire pour les deux côtés en Afghanistan est d’obtenir le soutien de la population. La puissance de feu, même la force militaire, n’a qu’une utilité restreinte. Dans cette bataille pour le peuple, les taliban ont un avantage immense parce que, tout simplement, ce sont des locaux, ils parlent la même langue que les villageois, ils ont la même histoire, ils ont souvent des liens de sang. En automne 2006, ce combat pour le soutien du peuple était la vraie bataille qui avait lieu dans la province de Kandahar.

L’adjudant Henley et le sergent Augustine sont au front de cette bataille. Un réserviste des Gray and Simcoe Foresters de Barrie (Ont.), Henley en Afghanistan a le poste de commandant de détachement d’une des équipes de COCIMI basées au Camp Nathan Smith de l’ERP à Kandahar. Augustine, un réserviste du Princess of Wales Own Regiment de Kingston (Ont.), est commandant en second du détachement de COCIMI, lequel est loin d’avoir 20 gars.

Leur travail c’est d’aller dans les villages découvrir ce que les Canadiens peuvent faire pour leur venir en aide. “On ne peut pas gagner l’insurrection en tuant les insurgés”, dit Henley. “On ne peut pas tuer l’insurrection, il faut lui enlever la base de soutien. C’est la seule façon.”

En septembre et en octobre 2006, Henley et son équipe étaient basés à Bazaar-e-Panjwai, au sud de Kandahar. La petite ville-marché n’est qu’à quelques kilomètres de la région de Pashmul, où l’opération Méduse a eu lieu. Ce n’est pas du tout une région sécuritaire.

L’équipe vit dans une enceinte d’école secondaire, dans une salle de classe qui a été vidée. Les conditions sont difficiles, surtout les installations sanitaires, qui sont constituées d’une chaise en acier où on a fait un trou et un abattant simple collé par-dessus. Pour faire ses besoins, on emporte la chaise dans les champs. Mais attention aux mines terrestres. “Les gens reconnaissent maintenant que le détachement de COCIMI est une bonne source pour le village. Nous engageons beaucoup de gens en tant que manoeuvres”, dit Henley “On peut voir la différence, ils ne m’aiment pas nécessairement, mais ils aiment ce que je fais. Pourvu qu’ils réalisent que je suis ici pour les aider. Je pense que ce n’est qu’un processus lent.”

Jeudi le 5 octobre 2006, Henley et Augustine tiennent une grande séance municipale en face de la cour d’école qui leur sert de base. Plus de 45 anciens, mollahs et leaders locaux se présentent pour leur parler et les écouter. La salle qui se remplie vite devient torride. La force de sécurité de la COCIMI est de garde autour du périmètre.

Henley et Augustine n’ont pas l’autorisation de faire des promesses ou de donner de l’argent sur-le-champ, mais ils vont écouter ce qu’on leur dira à propos de tous les problèmes et prendre beaucoup de notes. Ils commencent par parler au groupe. “Nous ne pouvons pas promettre de résoudre tous les problèmes à Panjwai”, leur dit Augustine. “Nous allons faire de notre mieux, mais le vrai changement doit venir de vous tous.”

“Et nous ne pouvons rien faire sans sécurité”, dit Henley. “Si des gens sont en train de nous tuer ou de nous faire exploser, nous ne pouvons pas vous aider.”

Un des hommes les plus vieux, grand et à la barbe blanche flottante, se lève pour rassurer Henley que tant qu’ils seront en train de les aider, ils seront en sécurité. C’est un bon début.

Durant l’heure qui s’écoule à peu près, les villageois à leur tour font la liste des choses qu’ils désirent que les Canadiens arrangent. Presque toutes sont des réparations, des ajouts ou des rénovations des mosquées, y compris une demande de terminer la construction d’une mosquée locale qui a été commencée par les taliban mais qui n’a été construite qu’à moitié. Augustine et Henley se regardent rapidement à ce moment-là.

Une fois que les demandes ont été faites, ils commencent une séance de questions et réponses qui fait vite fausse route quand Augustine demande à la foule si tous sont satisfaits de la distribution des vivres. Ce qui commence quand trois ou quatre personnes parlent en même temps devient 15 minutes environ de cris ininterrompus. Après quelques minutes, même l’interprète n’essaie plus de suivre.

Les gens fulminent. Le problème c’est que les villageois affamés ne reçoivent pas la nourriture. Un homme se lève : il jure que 99 pour cent de la nourriture se fait voler et revendre. Le reste des hommes hochent la tête en signe d’accord.

Il s’avère que quelqu’un dans la voie hiérarchique détourne la nourriture pour ses propres raisons. Un autre homme se lève : “Le gouvernement et les organismes doivent changer la manière dont ça se fait, ou bien ils doivent arrêter de donner cette aide.”

Un autre homme se lève pour donner un avertissement : “Nous sommes au milieu, nous ne sommes pas avec les taliban et nous ne sommes pas avec le gouvernement. Si vous nous aidez, nous serons avec vous. Et sinon…”

Pendant une heure, les villageois discutent point par point d’un nouveau plan pour éviter les officiels corrompus en distribuant la nourriture par l’entremise des mosquées de la région, dont le nombre s’élève à 65 à peu près. Tous les gens sont d’accord : tout le monde fait confiance aux ecclésiastiques qui dirigent les mosquées, ils seront justes.

Henley et Augustine ne sont pas automatiquement d’accord avec le plan, et en fin de compte ils ont raison, mais ils promettent de faire de leur mieux.

Quand le tumulte s’apaise, un autre vieil homme se lève : “La solution pour chaque problème dans cette région est de faire comme ceci”, il indique la salle et la foule d’un geste, “écouter les gens. Si vous voulez vraiment la paix et la sécurité, écoutez simplement les gens, parce que les dirigeants ne sont ici que pour voler.”

Après la réunion, Henley et Augustine retournent de l’autre côté de la rue à leur enceinte, où ils commencent à faire un plan. Une des premières choses à faire c’est de se rapporter au quartier général de l’ERP pour les mettre au courant de ce qu’ils ont appris. La conversation avec l’officier des opérations ne se passe pas très bien. “Les gens sont très contrariés à propos de la distribution de nourriture. C’est un facteur dominant, si nous faisons parvenir la nourriture aux gens qu’il faut, ils vont nous aimer, sinon nous sommes en train de rendre beaucoup de gens en colère”, dit Henley au téléphone satellite.

D’une certaine façon, tout l’effort de reconstruction de l’Afghanistan se résume à cela. Le groupe de combat et tout le personnel de l’ERP sont ici pour donner l’occasion à ces deux réservistes de se lier avec les Afghans, d’apporter des changements positifs dans leur vie et ainsi obtenir leur confiance. Mais il y a un problème. Henley insiste encore plus. “Le système est en train d’échouer”, dit-il à l’officier des opérations. “Nous sommes en train de rendre 10 000 personnes en colère, qui vont se retourner contre nous.”

Malgré l’avertissement brusque, ce n’est pas facile à faire accepter. Le vieux système est peut-être corrompu, mais les mécanismes sont déjà là. On dit à Henley que contourner ces mécanismes risque de miner la confiance qu’on a envers le gouvernement. C’est difficile à comprendre car c’est justement le manque de confiance envers le gouvernement qui est la cause du problème.

Toutefois, comme le commandant de l’ERP, le lieutenant-colonel Simon Hetherington, le fait remarquer par la suite, il y a d’autres facteurs dont il faut tenir compte. “Je me suis fait prendre plusieurs fois par des groupes qui disaient qu’ils représentaient les gens de la région et par la suite j’ai appris que ce n’était pas le cas”, dit Hetherington. “J’ai un choix et c’est de soutenir le gouvernement légitime d’Afghanistan.”

Hetherington confirme ce que Henley a découvert. On ne peut pas distribuer la nourriture par l’entremise des mosquées.

Alors, malgré le revers, Henley et Augustine commencent à planifier comment faire les réparations à la mosquée, déjà à la recherche de nouvelles façons de prouver aux villageois que les Canadiens sont vraiment là pour les aider. Et ils n’ont pas abandonné l’idée de faire parvenir la nourriture aux gens qui ont faim. “Je pense que ce que nous allons essayer de faire c’est de travailler avec cette approche gouvernementale, mais si nous prouvons qu’il y a des gens qui ont faim et à qui les affaires ne parviennent pas, nous allons essayer d’augmenter ce système. Espérons que cela ne minera pas les efforts du gouvernement. Mais en même temps, nous ne voulons pas mécontenter des populations plutôt fragiles dans une région où nous travaillons”, dit Augustine. “Nous verrons à quel point nous sommes persuasifs”, dit-il avec un large sourire.

Quand on se tient à Panjwai, on ne peut guère faire autrement que de ressentir le poids de l’histoire. Les taliban n’arrêteront pas et ils ne s’en iront pas; d’une façon ou d’une autre il va falloir les battre. Mais, comme dit le colonel Lewis, le simple fait que ce soit difficile, ça ne veut pas dire que ce ne soit pas la bonne chose à faire. “Il y a des gens vraiment méchants dans ce monde. Et je pense que des fois les Canadiens sont très naïfs, à cause du pays où nous vivons. Je pense que des fois les Canadiens […] n’ont pas une assez grande expérience du monde. Ils disent ‘non, non… laissez simplement les Afghans régler leurs propres problèmes’. Eh bien, voyez-vous? Ils ne peuvent pas parce qu’il y a des gens méchants qui ne leur permettent pas.”

Les indications comme quoi presque tous les jours une partie d’Afghanistan ou une autre empire sont bien nombreuses : les morts violentes ont augmenté chaque année depuis 2001, ainsi que la production de drogues, par exemple. Toutefois, on peut aussi avoir un point de vue différent. De Kaboul renouvelée jusqu’au gouvernement démocratique en fonction, en passant par les petites victoires que les Canadiens obtiennent contre les forces ennemies presque chaque jour, il y a nombre d’indications de succès également.

En fin de compte, l’Afghanistan est assez grand et assez sauvage pour qu’on y ait presque n’importe quel point de vue. Il se peut que l’Afghanistan s’améliore et s’empire en même temps. Si c’est le cas, ce serait parce qu’actuellement on est en plein milieu de la bagarre. Ce n’est pas le début et ce n’est certainement pas la fin, mais la partie au milieu où rien n’est certain.

Mais il y a aussi un plus grand tableau. Si on passe du temps à n’importe quelle grande base de la FIAS en Afghanistan, on y voit des soldats de nombre de pays, des Allemands, des Autrichiens, des Estoniens, des Lettons, des Macédoniens, des Italiens, des Croates et des Tchèques, et ils travaillent tous ensemble, se battent côte à côte dans bien des cas, pour empêcher la reprise d’une sorte de façon de penser totalitaire qui, nous sommes tous d’accord, est ennemie, une sorte de façon de penser qui n’appartient pas à l’avenir.

S’il y a une chose qui est claire en Afghanistan, c’est que le monde a bien changé. Il n’y a pas si longtemps que nombre des pays ici se battaient aux guerres mondiales pour empêcher ce genre de façon de penser de régner. Maintenant, ce combat est en grande partie terminé et il ne reste plus beaucoup de méchants. Les quelques qui restent sont coincés dans les coins poussiéreux du monde, cachés dans des cavernes dans les montagnes, ou bien ils vivent déguisés parmi les villageois. C’est une dure bataille, ce ne sera pas rapide et la victoire n’est pas garantie, mais l’OTAN est en train d’en faire le nettoyage. Les Canadiens mènent les combats.

Nouvelle douleur pour les tombés

Le temps n’aurait guère pu être pire cette année à la cérémonie nationale du jour du Souvenir, mais les gens sont quand même venus par milliers honorer les hommes et les femmes qui se sont battus, et ceux qui se battent encore, pour le Canada.

Sous une profusion de parapluies, quelque 25 000 personnes ont entouré le Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa. La foule s’étendait à perte de vue; elle coulait au-delà de la place de la Confédération, remontait vers la Colline parlementaire et se répandait dans les rues transversales.

Si vous vous promeniez parmi les gens pour leur demander pourquoi ils étaient venus en ce samedi matin froid et affreux, un mot était dit encore et encore : Afghanistan.

C’était en fait une année d’un genre que les Canadiens n’ont pas connu depuis très longtemps. Trente-quatre soldats et un diplomate canadiens sont morts en Afghanistan durant les premiers 10 mois de 2006. Des centaines ont été blessés. C’est un total morose. Si 2005 était l’Année de l’ancien combattant, 2006 était l’année de la guerre en Asie centrale, l’année du soldat.

La nature spéciale de 2006 a été reconnue de bien des manières. Elle l’a été au plus symbolique par la mère de la Croix d’argent nationale Alice Murphy, dont le fils, le caporal Jamie Murphy, a été tué par un kamikaze à Kaboul en janvier 2004.

Alice Murphy, de Conception Harbour (T.-N.), a déposé une couronne de la part de toutes les femmes qui ont perdu un enfant au service de la nation. Cette année, il y avait aussi nombre de vétérans d’Afghanistan assis en avant, côte à côte avec des vétérans de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Parmi eux se trouvait le caporal-chef Paul Franklin, qui a perdu les deux jambes lors d’un bombardement suicide à Kandahar en janvier 2006.

Le brigadier-général Stanley Johnstone, aumônier-général des Forces canadiennes, a également porté une attention spéciale dans son discours au combat actuel en Afghanistan, disant que cela prouve que les Canadiens sont toujours prêts à protéger la liberté et la paix, à se battre pour un monde sans haine. “La guerre nous a fait de la peine et nous a coûté les meilleurs soustraits à nombre de générations”, dit-il. “Mais nous reconnaissons qu’il existe un besoin de protéger et défendre la liberté.”

Johnstone a aussi mentionné ceux qui se sont battus lors des guerres du passé. “Aux gens qui ont servi dans les forces armées de notre pays en temps de guerre ou de paix, tout au long de notre histoire et de nos jours, et qui n’ont pas hésité quand il s’agissait de se sacrifier, nous disons merci”, dit Johnstone. “Que leur mémoire soit une source de courage et d’illumination pour les générations à venir. Que nous ne les oubliions jamais. Et que nous ne cessions jamais de les honorer.”

Et c’était en effet une cérémonie honorable. Aux côtés d’Alice Murphy se trouvaient la Gouverneure générale Michaëlle Jean et le chef d’état-major de la défense, le général Rick Hillier. Cette année, à l’occasion de sa première cérémonie nationale du jour du Souvenir, le Premier ministre Stephen Harper a amené son épouse Laureen, leur fils Ben et leur fille Rachel à la Tombe du Soldat inconnu.

Tout le monde étant prêt, la cérémonie commence. Le Choeur d’enfants d’Ottawa chante l’O Canada et, pendant quelques instants, ses visages remplissent les écrans numériques immenses qui ont été installés autour de la place. Le trompettiste joue la dernière sonnerie et le premier canon tonne son salut de l’autre côté de la rue Wellington. Le canon, un obusier du 30e Régiment de campagne, fait feu à nouveau quand les cornemuses commencent. Il y a de la fumée qui s’élève à côté du bloc de l’est de la Colline parlementaire. Un Mustang P-51 de la Seconde Guerre mondiale vole au-dessus de nous. Le monument militaire servant de toile de fond, le président national de la Légion Jack Frost lit l’Acte du souvenir.

Le grand président honoraire de la Légion Charles Belzile lit ensuite l’acte en français. Ils ne vieilliront pas comme nous, qui leur avons survécu. Ils ne connaîtront jamais l’outrage ni le poids des années. Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. Le choeur d’enfants chante In Flanders Fields pendant que la Gouverneure générale dépose la première couronne. Murphy et Harper la suivent. Ensuite, le reste du groupe vice-royal dépose ses couronnes, suivi par le corps diplomatique d’Ottawa et puis par des centaines d’autres groupes et de particuliers.

Quand toutes les couronnes ont été déposées, c’est le moment du défilé. Et, la pluie tombant toujours, des centaines de soldats, d’anciens combattants, de cadets et d’autres marchent devant la foule qui les applaudit vigoureusement. Ce fut une cérémonie ordonnée et honorable.

Bien entendu, il ne s’agissait pas de la seule cérémonie du 11 novembre remarquable. À travers la nation, des gens de tout âge se sont assemblés au cénotaphe local pour se souvenir des morts et de ceux qui ont servi ou qui servent actuellement, y compris les hommes et les femmes de leur propre collectivité. Encore plus loin, au terrain d’aviation de Kandahar, 500 soldats canadiens à peu près s’assemblaient à l’occasion d’une courte cérémonie devant un cénotaphe en pierres grises portant le nom et la photographie de Canadiens tués en Afghanistan.

Pendant ce temps, à Toronto, Lloyd Clemett, âgé de 106 ans, et Dwight Wilson, âgé de 105 ans, deux des trois derniers vétérans de la Première Guerre mondiale, assistaient à une cérémonie à la Warriors’ Hall de l’Hôpital Sunnybrook. John Babcock, âgé de 106 ans, est le troisième vétéran de la Grande guerre encore vivant. Il habite à Spokane (Washington).

Bien que la guerre en Afghanistan semble certainement à première vue bien différente de la Première Guerre mondiale, il se pourrait qu’elles aient des points de similitude. Au moins elles en ont d’après le caporal-chef Franklin, qui décrit le combat en Afghanistan comme “le Vietnam croise la Première Guerre mondiale”. Ils ont des opérations de nettoyage, et puis ils descendent des véhicules et vont à la guerre des tranchées, souvent contre des fortifications qui existent depuis qu’Alexandre le Grand est passé par l’Afghanistan.

Franklin n’a pas tout à fait tort, non plus. Lors de l’opération Méduse, en septembre 2006, les Forces canadiennes ont employé des barrages d’artillerie rampants qui ont eu d’excellents résultats, une tactique que l’armée canadienne a perfectionnée à la crête de Vimy.

Quant à Franklin, il semble bien se remettre des blessures dont il a souffert en janvier dernier lors d’une attaque durant laquelle deux autres Canadiens ont été blessés et le diplomate Glyn Berry a été tué. Bien que Franklin dise sans hésitation que les Forces canadiennes lui ont offert beaucoup de soutien, il désire attirer davantage l’attention sur la situation affligeante concernant les soldats canadiens blessés. Il s’inquiète que les blessés risquent de finir par être laissés pour compte, qu’ils risquent de ne pas pouvoir obtenir le soutien qu’il leur faut car le rétablissement est devenu très dispendieux. Par exemple, les jambes en titane de Franklin coûtent 38 000 $, son fauteuil roulant coûte 12 000 $ et la plate-forme élévatrice chez lui, 15 000 $.

Ce genre de coûts serait sérieusement intimidant sans un soutien considérable. Franklin dit que c’est la première fois qu’il assiste à la cérémonie nationale en personne. Il a pris l’avion pour être là. “Je vais en prendre bien plus de la graine cette année”, dit-il. “Je m’aperçois maintenant que j’ai beaucoup en commun avec les plus vieux anciens combattants, c’est ahurissant combien.”

Bien sûr, l’établissement d’une connexion entre le présent et les sacrifices des héros du passé est la raison d’être du jour du Souvenir. Et une nouvelle dimension a été donnée à la zone qui entoure le Monument commémoratif de guerre du Canada le 5 novembre de cette année, quand le Monument aux Valeureux a été dévoilé. Ces statues et bustes en bronze servent à commémorer 14 hommes et femmes valeureux qui ont servi de façon exceptionnelle au Canada durant les quatre derniers siècles (Le Monument aux Valeureux, novembre/décembre).

Le jour du Souvenir offre aussi l’occasion aux gagnants nationaux seniors des concours littéraires et d’affiches de la Légion de venir à Ottawa pour participer à la cérémonie. Cette année c’était le tour de Crystal Huang de Burnaby (C.-B.), Jung-Min Shin de Parksville (C.-B.), Maxime Turgeon de Magog (Qc) et Rachel Bueckert d’Eyebrow (Sask.). Ensemble, les quatre étudiants ont déposé une couronne de la part de la jeunesse du Canada.

Comme le veut la tradition, les gagnants des concours littéraires et d’affiches étaient accompagnés par les premiers cadets de la nation. Le premier maître de première classe Andrew Bruce de Tofield (Alb.), l’adjudant-chef Guylaine Archer de Shippigan (N.-B.) et le sous-officier breveté de 1re classe Heather Shonoski de Winnipeg. Ils ont aussi participé à la cérémonie en tant que porteurs de couronne.

Le 10 novembre, les sept jeunes ont répété durant la journée le rôle qu’ils allaient avoir à la manifestation et ils ont aussi visité les édifices du Parlement. Ils ont également assisté à un dîner spécial où le président national Frost leur a tous remis des bourses et des prix.

Les sept jeunes ont été accompagnés durant leurs visites et au dîner par la mère de la Croix d’argent nationale. Le fils d’Alice Murphy était membre du 3e Bataillon du groupe-brigade du Royal Canadian Regiment. Il ne restait que cinq jours à sa période d’affectation quand il a été tué.

L’attaque vint durant une période de calme relatif dans la zone d’opérations canadienne aux alentours de Kaboul. En ce temps-là, les Forces canadiennes patrouillaient encore dans des jeeps Iltis à toit ouvert. Lorsque la jeep de Murphy a ralenti pour passer à travers une section de la route dont la chaussée était abîmée, un homme est sorti de la foule à côté de la route, a marché jusqu’à la jeep et s’est fait exploser. Les quatre soldats qui étaient dans l’Iltis ont été blessés, et Murphy est le seul à en être mort.

Alice Murphy ne s’est pas encore remise de la perte de Jamie, pas plus que ses soeurs et son père. Jamie est, du dire de tous, quelqu’un qui leur manque encore beaucoup. “C’était un très gentil garçon envers tout le monde”, dit-elle. “Je l’aimais énormément. […] Il avait un neveu et deux nièces et quand il venait chez nous il était tout le temps par terre pour jouer avec eux.”

Alice porte toujours au cou un médaillon contenant une photo de Jamie. “Ça a été très difficile”, dit-elle. “Nous n’y sommes pas habitués. Son père regarde par la fenêtre et dit que nous ne le verrons jamais plus arriver dans sa voiture. Et il se met à pleurer.”

Comme beaucoup de jeunes hommes de Terre-Neuve, Jamie a été attiré par le service militaire parce que, tout d’abord, cela lui offrait du travail stable et l’occasion d’obtenir de l’avancement. “Ses deux amis et lui ont décidé de s’engager pour voir s’ils pourraient obtenir du travail dans le militaire”, dit-elle. “Et puis un jour il a reçu un coup de fil du militaire. Il est venu me dire ‘Maman, je m’engage dans l’armée. J’ai deux semaines pour me préparer.’ Et je n’oublierai jamais le jour qu’il est parti.”

Alice se souvient très bien de la dernière fois qu’elle a vu Jamie. “Il est venu chez nous juste avant de partir, et il m’a dit qu’il y allait. J’ai dit, ‘Jamie, c’est vraiment dangereux d’aller à un endroit comme ça’. ‘Eh bien’, il m’a répondu, ‘je pourrais me faire tuer au volant de ma voiture.’ Je lui ai dit que ‘l’Afghanistan est beaucoup plus dangereux que quand on se trouve au volant d’une voiture’. Il m’a dit, ‘mais j’aurai de l’argent quand je reviendrai’. ‘Et ta petite amie?’ je lui ai demandé. ‘Qu’est-ce qu’elle en pense?’ Il dit ‘elle sera contente qu’on ait un peu d’argent’. Je lui ai dit ‘l’argent, ce n’est pas tout Jamie’.”

Depuis la mort de Jamie, il est difficile pour Alice d’entendre des nouvelles d’Afghanistan. “Des fois j’éteins la télévision. Chaque cercueil que je vois, je sais que c’est encore une mère qui souffre autant que moi.”

Quand à son devoir de déposer la couronne de la part de toutes les mères, elle ne l’aurait pas demandé, mais elle dit que c’est un honneur de le faire. “Toutes les mères seront dans mes prières. Je penserai à elles, et à leurs fils qui sont morts. Pour nous. C’est pour vraiment nous qu’ils sont morts.”

Nouvelles opérations spéciales du Canada

Il est passé minuit et nous sommes entourés par des hommes armés hostiles dans un établissement psychiatrique abandonné au nord-ouest de Kamloops (C.-B.).

Nous ne savons pas grand-chose des méchants ni pourquoi ils ne nous aiment pas, mais nous savons que quatre hélicoptères pleins de nouveaux commandos canadiens sont en chemin pour nous sortir de là. C’est une nuit de juillet très noire et il ne sera pas facile de poser les hélicoptères obscurcis parmi les édifices, les clôtures et les câbles électriques de ce complexe. Les risques d’accrocs où les rotors se briseraient semblent plutôt élevés. Certains des journalistes les moins aguerris semblent proches de la panique. Nous entendons les hélicoptères Griffon longtemps avant de les voir. Les pilotes du 427e Escadron d’opérations spéciales (aviation) arrivent vite et bas. Les hélicos sont au sol très peu de temps et des soldats en sautent qui disparaissent dans la nuit.

Les méchants commencent à tirer, mais en quelques secondes, semble-t-il, ils ont été maîtrisés et nous sommes entourés de tous côtés par les sombres opérateurs anonymes qui sont venus à la rescousse. On nous emmène vers les hélicos qui attendent, à travers un cordon protectif de soldats agenouillés des deux côtés et dont les fusils sont tournés vers l’extérieur. Nous montons à bord et c’est le départ, en sécurité, volant bien haut au-dessus du lac Kamloops.

Cet exercice d’évacuation complexe, si excitant soit-il, n’est qu’une seule des nombreuses capacités du nouveau Régiment d’opérations spéciales du Canada (ROSC).

Les nouveaux régiments sont plutôt rares dans les Forces canadiennes. La dernière fois qu’il y en a eu, c’était en 1968, quand le Régiment aéroporté du Canada a été formé à Petawawa (Ont.). Maintenant, un peu plus de 10 ans après la dissolution de l’aéroporté, le ROSC aussi a été formé à Petawawa. Quand il sera prêt à être déployé, à la fin de l’année 2006, le ROSC va renforcer la Force opérationnelle interarmées 2 (FOI 2), l’unité d’opérations spéciales du Canada du top niveau, à la pointe de la lance militaire.

Le ROSC est une unité aux rôles nombreux et divers. Il va servir de soutien à la FOI 2. Il va aussi avoir toutes sortes de missions spéciales de reconnaissance très dangereuses et d’autres d’action directe. Il va envoyer des spécialistes entraîner des soldats étrangers. Et il va être une force d’évacuation d’intervention rapide. Si vous avez jamais la malchance d’être pris au piège dans un endroit qui s’avère soudainement mauvais, comme au Liban, ce sont probablement ces hommes et ces femmes qui vont aller vous en sortir. Bien entendu, il se peut que vous ne sachiez pas que ce sont eux. Comme la plupart des forces d’opérations spéciales, les membres du ROSC, pour la plupart, opèrent dans le secret. Par exemple, ils ne portent rien sur l’uniforme qui puisse servir à les identifier, même à leur base à Petawawa. Et ils n’acceptent pas non plus qu’on publie leur nom de famille, ni qu’on utilise de photographies dans cet article qui puissent servir à les identifier.

Avec la création rapide de ce régiment, le Canada se joint aux alliés britanniques, australiens et américains pour reconnaître que les conflits continus avec les terroristes et les forces rebelles nécessitent des adaptations spéciales aux façons conventionnelles de faire la guerre.

“Je pense qu’on reconnaît que la nature du danger a changé et les Forces canadiennes au complet sont en train de changer en conséquence”, dit le lieutenant-colonel Jamie Hammond, l’ancien officier de la FOI 2 à la voie douce qui a été nommé à la tête du ROSC et qui en est le visage public. “Ce n’est pas aussi simple que de dire ‘eh bien, nous avons des régiments blindés et des bataillons d’infanterie, alors nous allons nous en servir’. Ce que nous essayons de faire c’est de créer tout un continuum d’options.”

Bien que les origines exactes du ROSC n’aient pas été spécifiées, il y a des précurseurs évidents. Le prédécesseur le plus clair est celui que les Allemands appelaient la brigade du diable : la 1re Force d’opérations spéciales mixte des États-Unis et du Canada, à la Seconde Guerre mondiale. Aux États-Unis, on s’est inspiré de cette unité, dissoute en 1944, lors de la création des Special Forces, plus connues sous le nom de bérets verts.

Le Régiment aéroporté du Canada est aussi un prédécesseur évident, et on trouve davantage qu’une simple trace de cette vieille unité dans la nouvelle. Hammond et le sergent-major de compagnie Glenn sont tous deux des anciens membres de l’aéroporté, et il y en a plusieurs autres. Comme le régiment aéroporté, le ROSC va être formé de soldats choisis principalement dans les bataillons d’infanterie et ce sera une organisation élite qui pourra être parachutée.

Toutefois, le ROSC n’est pas simplement un remplacement de l’aéroporté. Quand son effectif de 750 membres aura atteint son plein, autour de 2010, le ROSC aura trois compagnies d’action directe et une compagnie de forces spéciales. Les trois compagnies d’action directe seront très semblables aux Army Rangers états-uniens, alors que la compagnie des forces spéciales sera formée d’après le modèle des bérets verts.

“J’étais dans le Régiment aéroporté, il y avait des choses fantastiques, et sa structure nous a aussi appris certaines leçons”, dit Hammond. “Une des choses dont nous devons nous assurer c’est que les questions de personnel, la gestion de carrière, la façon que nous la structurons, la façon que nous achetons l’équipement et la façon que nous opérons, que tout ça soit aligné avec les Forces canadiennes dans leur ensemble.”

Lors du premier cours de sélection, lequel a eu lieu de la mi-avril au début du mois d’août, sur les 300 soldats qui ont fait une demande, 175 ont été choisis. À la fin du processus de sélection, il en restait à peu près 125 qui portaient le nouveau béret couleur de tan à la cérémonie de remise des diplômes, le 13 août, où ils devenaient officiellement opérateurs de la 1re Compagnie d’action directe du ROSC.

À la fin du mois de juillet, le ROSC est allé à Kamloops pour le composant de la sélection qui touche aux opérations en montagne. Dans cette partie de la Colombie-Britannique, les montagnes sont sèches, chaudes et plutôt poussiéreuses, un peu comme en Afghanistan.

Bien que le quartier général logistique du ROSC fut aménagé à la base qui appartient à l’unité de réserve des Rocky Mountain Rangers de Kamloops, les candidats et la plupart des membres du personnel de soutien montent leurs tentes sur un plateau de montagne bien éloigné de la ville.

Au camp, personne ne semble jamais dormir et l’entraînement semble ne jamais s’arrêter. En tout temps, jour et nuit, il y a des hélicoptères qui décollent, de petites équipes de soldats qui vont et viennent à pied et des hommes grisonnant qui mènent les candidats aux exercices complexes où ils courent et puis tirent. Tout se passe en même temps et on a l’impression qu’il s’agit de quelque chose de gros et de sérieux. C’est comme dans un film de la Seconde Guerre mondiale, où tout le monde se prépare à lancer un gros raid. Le camp est carrément un essaim d’activités.

En son centre se trouve la tente du mess. Dans un coin, un jeune officier et un pilote d’hélicoptère discutent d’un plan d’attaque point par point. Dans un autre, des soldats prudents refusent des interviews à un réalisateur de la SRC, et à une autre table, des membres du personnel dirigeant à l’air discret discutent à voix basse de quelque chose que personne d’autre ne saura jamais. Le personnel dirigeant a été chargé de l’entraînement des candidats. Ce sont les gars en civil, qui ont l’air très en forme et qui rôdent autour du camp. Nombre d’entre eux, semble-t-il, sont des membres actuels ou anciens de la FOI 2, la plupart étant des membres du personnel dirigeant (les entraîneurs), ou bien ils sont là en tant que conseillers. On peut aussi reconnaître plusieurs accents internationaux.

Le ROSC donne de nouvelles capacités aux Forces canadiennes, mais le concept d’opérations spéciales n’a rien de nouveau. Alors qu’il existe des exemples de forces irrégulières de la Seconde Guerre mondiale, c’est surtout grâce aux exigences de ce conflit que des unités de commandos, de saboteurs et de chasseurs grandement organisées et entraînées sont entrées dans l’ordre de bataille des nations de l’Ouest. Des déserts nord-africains aux côtes européennes, les planificateurs militaires alliés ont eu besoin, encore et encore, de déployer ces soldats adroits endurcis spécialement contre des cibles qu’on ne pouvait pas attaquer avec des grandes forces conventionnelles.

Winston Churchill dit que ces combattants étaient de la ‘classe de chasseurs’ et il n’avait probablement pas tort. En ce temps-là, il s’agissait d’une race spéciale d’ave turiers, le genre de personnes qui non seulement acceptent les gros risques et les difficultés, mais qui en fait vont à leur recherche. Aujourd’hui, sous le manteau du professionnalisme et de l’humilité, cet esprit se perpétue.

D’après un membre expérimenté (qui a refusé qu’on l’identifie de quelle façon que ce soit), le personnel entraîneur observe les candidats à la recherche d’un ensemble de caractéristiques bien particulier.

Les opérateurs du ROSC doivent, tout d’abord, être passés maîtres des qualifications de base du soldat. Non seulement ils doivent avoir beaucoup d’endurance et de maturité, ils doivent aussi avoir le même sens de l’aventure équilibré que les leaders des unités d’opérations spéciales recherchent depuis la Seconde Guerre mondiale. “Il y a un ethos dans le jeu”, dit-il. “Tout d’abord nous recherchons l’humilité, parce qu’une personne humble n’est pas arrogante. Les gens arrogants surestiment leurs propres capacités et sous-estiment l’ennemi. Et il ne faut jamais sous-estimer l’ennemi.

“Les gens pensent que les opérateurs sont des surhommes, mais ce n’est pas vrai. Ces représentations sont très naïves, c’est de l’hyperbole. Les qualités que nous recherchons existent chez tout le monde, mais chez la grande majorité des gens elles sommeillent. Très peu de gens font l’expérience de vrais difficultés et encore moins sont ceux qui les recherchent.

“Nous recherchons une curiosité innée, des gens qui sont à la recherche du savoir, par exemple, parce que le savoir dissipe la peur.”

Dans une unité d’opérations spéciales, dit-il, les petits détails risquent de tout démanteler, les vies en dépendent. “C’est pourquoi tout le monde est responsable, du plus jeune au plus vieux, et pourquoi la maturité est si importante.”

Et les candidats sont un groupe impressionnant, bien que nombre d’entre eux semblent n’avoir pas dormi depuis plusieurs jours. Le caporal Michel est un candidat de 29 ans originaire de Trois-Rivières (Qc). Avant d’arriver au cours de sélection du ROSC, Michel était un technicien médical de l’aviation qui auparavant n’avait eu qu’un entraînement de base en ce qui concerne les armes de combat.

Le caporal Josh, âgé de 25 ans, vient de l’Ontario. Au contraire de Michel, Josh a déjà une expérience plutôt pertinente, s’étant qualifié en tant que tireur embusqué et ayant été jusqu’au bout de la sélection pour la FOI 2 il y a quelques années.

Josh et Michel ont tous deux trouvé l’examen physique initial assez dur. Cela comprenait 25 mètres à la nage en portant des brodequins à guêtre et un fusil. Mais les deux disent que le vrai défi, ce furent les semaines de tests concernant les phobies et les caractères particuliers. Bien que les divers tests ne pouvaient pas être décrits en détail, ils avaient pour but de pousser les candidats jusqu’à leurs limites physiques, de les sonder en ce qui concerne les peurs débilitantes et, en règle générale, d’essayer d’éliminer les faibles et ceux qui n’étaient pas suffisamment motivés. C’était tout un changement pour Michel. “La famille médicale est un peu plus calme que l’infanterie, alors quand je suis venu ici, voyez-vous, j’ai trouvé ça étourdissant”, dit-il. “Alors on quitte le train-train quotidien pour une vie excitante, pas beaucoup de sommeil et, dirait-on, des journées plutôt dures, des journées longues. Mais on rencontre des gars super.”

À ce moment-ci, à la fin du mois de juillet, 14 semaines après le début des sélections et quelques jours à peine avant la remise des diplômes, Michel et Josh ont le genre de rapport qu’on trouve le plus souvent entre de très vieux amis. Ils finissent les phrases l’un de l’autre et rient de leurs blagues d’initiés. Quand Michel pensait lâcher après les quelques premières semaines, ses nouveaux copains l’ont convaincu de rester, qu’il avait tout ce qu’il faut pour aller jusqu’au bout. “Michel est un bon exemple de ce qu’un autre leader des forces spéciales nous a dit”, dit Josh. “Les autres unités de forces spéciales et nous devons coopter nos membres dans un fond génétique restreint. Essentiellement, on ne peut pas prendre n’importe qui et le mettre là. Et, en gros, c’est ce à quoi servent les tests de caractéristiques : ils servent à trouver des gens comme Michel qui sont capables de saisir de nouveaux renseignements et s’en servir immédiatement. C’est ça les forces spéciales. Elles sont spéciales parce qu’elles peuvent s’adapter à n’importe quel environnement où elles se trouvent.”

Survivre aux huit premières semaines ne signifie pas pour autant qu’on fait partie de l’unité. Comme dit Josh, “il y a encore des occasions de faillir des trucs au fur et à mesure qu’on avance, et on pourrait nous demander de nous en aller à cause d’une évaluation par les pairs ou, de toute façon, en grande partie pour ça. Après chaque phase, tout le monde s’assied et on doit évaluer tout le monde dans sa section et puis dans son peloton”.

“On nous donne des points pour des caractéristiques spécifiques, comme le travail avec les autres, le leadership, la résistance mentale”, dit Michel.

“Il paraît que c’est un truc des forces spéciales”, dit Josh. “(La FOI 2) y met une très grande importance.”

“On écrit certains noms”, dit Michel. “Vous voyez, de bons gars avec qui vous voulez travailler et les autres gars avec qui vous n’êtes pas sûr de vouloir travailler mais qui sont quand même de bons gars.”

“Ouais, c’est quelque chose de professionnel, pas personnel”, dit Josh. “On ne met pas simplement un nom parce qu’on en a envie. Il faut avoir de bonnes raisons et on doit justifier ce qu’on a écrit.”

Si le nom d’un candidat particulier est donné assez souvent pour la même raison, on le prend de côté et on l’avertit qu’il doit se montrer à la hauteur ou prendre la porte. “Ma première impression, voyez-vous, c’était qu’il s’agissait d’un genre de coups en traître”, dit Michel. “Mais au bout de quelques semaines on voit que certains des gars changent leur façon de penser et leur comportement à cause de ce genre de choses.”

Comme tous les autres opérateurs du ROSC, Josh et Michel sont des attaquants d’abord et des spécialistes ensuite : Josh, un tireur embusqué et Michel, un infirmier. “Il va être tireur”, dit Josh en hochant la tête à Michel, “en plein milieu de l’action, qui va faire exactement ce que nous allons faire, ce n’est que quand les gars commenceront à tomber qu’il en aura la responsabilité.”

“Quand le combat est fini, c’est ça mon travail”, dit Michel. “C’est là que ma spécialité commence; autrement, je suis un tireur.”

“Quant à ma spécialité”, dit Josh, “ça va être moins directement l’action, je serai le gars dans les collines qui rapporte les informations sur l’objectif et qui fait l’acquisition d’objectifs clés et les coups clés qui servent à lancer toute l’attaque; comme descendre les sentinelles et les systèmes d’armes principaux. Les choses comme ça.”

Bien que le ROSC puisse attaquer les objectifs non conventionnels de manière conventionnelle, il aura aussi les aptitudes très utiles de pouvoir attaquer les objectifs conventionnels de manière non conventionnelle. Le membre anonyme expérimenté, mentionné auparavant dans cet article, nous l’explique en se servant d’une métaphore. Imaginez un objectif militaire, n’importe quoi qui aille de l’Europe forteresse jusqu’à une place forte du Taliban. Cette position de première ligne est fortement armée et capable d’un feu dévastateur. Si vous considérez le problème, vous voyez que la position a besoin de plusieurs choses pour continuer à tirer. D’abord, il lui faut une cible. Il lui faut aussi une fourniture continuelle de balles; il lui faut des communications pour recevoir les ordres; il lui faut des leaders militaires pour donner ces ordres et des leaders politiques avec la volonté de se battre.

Alors qu’une unité conventionnelle essaierait d’écraser cette position par la puissance de ses armes, une unité d’opérations spéciales ne ferait pas nécessairement ça. À la place d’attaquer la position directement, elle ferait une des choses suivantes ou toutes : s’éparpiller pour enlever sa cible à la position, attaquer ses lignes de ravitaillement, couper ses communications, tuer les leaders militaires ennemis et embrouiller leurs politiciens. C’est donc ainsi que les unités d’opérations spéciales attaquent les cibles conventionnelles, en se servant de tactiques non conventionnelles.

Dans une campagne anti-insurrectionnelle comme celle qui a lieu en Afgha-nistan, l’ennemi aussi se bat en utilisant des tactiques non conventionnelles. Les plus communes sont les bombes transportées dans des véhicules suicidaires, les dispositifs explosifs de circonstance (IED) au bord des routes, les embuscades par de petites unités et le tir indirect de mortier et de roquettes. Ce qui fait que ces attaques soient non conventionnelles c’est qu’elles n’offrent que bien peu de cibles pour les soldats canadiens et il est très difficile de s’en défendre. Bien que les soldats des forces régulières aient démontré qu’ils peuvent s’adapter à un combat anti-insurrectionnel, il y a des missions complexes à grands risques qui ne font pas partie de ce à quoi ils ont été entraînés.

En Afghanistan, la bataille ne se gagnera pas rien qu’en évitant les attaques par IED et les attaques suicides de l’ennemi, ou en y survivant. À la place, l’OTAN et les FC doivent diminuer les capacités des insurgés de se battre avec toute une panoplie de tactiques non conventionnelles.

Dans une vallée montagnarde aux abords de Kamloops, les candidats font la démonstration d’une telle mission très dangereuse : l’attaque d’une fabrique d’IED.

L’attaque de la fabrique avait commencé plusieurs jours auparavant, quand plusieurs petites unités ont fait de longues marches clandestines jusqu’aux crêtes élevées qui entourent l’objectif. Camouflés dans leurs positions, ils ont observé et ramassé des informations sur la force et les défenses de l’ennemi, et ils les ont relayées au quartier général.

Les hélicoptères arrivent par vagues, en rase-mottes et rapidement. Le premier Griffon se pose sur un toit à quelques centaines de mètres de l’enceinte. Des soldats sautent de ses patins et commencent à faire feu de leurs fusils et des mitrailleuses à chargement par bande pour clouer les défenseurs. Un autre groupe d’hélicoptères se détache de la limite des arbres en aval. Trois d’entre eux se posent dans un champ à environ 500 mètres de l’objectif pour déposer la force d’attaque principale alors qu’un autre reste suspendu juste à l’extérieur des murs d’enceinte et ses troupiers en descendent vite en rappel pour participer au combat.

Alors que les défenseurs se font attaquer de trois côtés, la principale force d’attaque fait une brèche dans un mur d’enceinte et commence à enlever les installations avec ses fusils et ses grenades, et en défonçant les portes à coups de pieds comme on fait depuis toujours.

Le tout se termine en quelques minutes. Alors que tout s’est bien passé, Hammond déclare qu’il y a encore du travail à faire, et tous sont d’accord car le ROSC, tout comme la FOI 2, va être dans un cycle incessant d’entraînement et déploiement. Ainsi, ils vont avoir nombre d’occasions de fourbir leurs acquis.

Hammond dit qu’il y a peu de chances que l’unité soit déployée au complet en tant que régiment. Il est beaucoup plus probable qu’une compagnie d’action directe soit déployée alors qu’une autre soit en attente, toute prête et que la troisième se reconstitue. La compagnie des forces spéciales va être déployée selon son propre emploi du temps, dépendant des événements.

Le secret, bien sûr, est un composant indissociable des opérations spéciales, alors où, quand et comment le public canadien va entendre parler du ROSC à nouveau semble aussi faire partie du secret.

Que le ROSC opère en uniforme ou en habillement civil, qu’il annonce sa présence ou reste dans l’obscurité, et qu’il désire que ses actes soient connus ou pas, le tout reste un mystère. Toutefois, il n’y aurait rien de surprenant à ce que des éléments de la 1re Compagnie d’action directe se posent tôt ou tard sur une piste d’atterrissage de Kandahar, prêts à se diriger vers les montagnes à la recherche d’une fabrique d’IED ou quelque autre cible difficile à dénicher.

Mais si vous n’entendez jamais plus parler d’eux, au moins vous saurez qu’ils sont quelque part, observant l’ennemi d’en haut des collines ou attendant dans un hangar quelque part, prêts à s’élancer à la rescousse.

Gordon O’Connor : ministre de la Défense nationale

Juste à côté de la cour, dans la tanière de l’édifice de l’Est de la Colline parlementaire, se trouve le bureau à plafond élevé du brigadier-général à la retraite Gordon O’Connor qui est ministre de la Défense nationale du Canada.

M. O’Connor n’a pourtant pas l’occasion d’y passer beaucoup de temps. Cet homme de 67 ans, voyez-vous, est le premier ministre de la Défense nationale à superviser un conflit armé soutenu depuis la guerre de Corée. Il est aussi en train de dépenser plus de 17 milliards de dollars en achetant de nouveaux bateaux, aéronefs et camions, alors rien de surprenant qu’il se présente en retard à l’interview qu’il nous a accordée et qu’il soit obligé de partir en avance.

Pendant l’interview, O’Connor est aimable et d’un sourire facile, mais il n’est pas imperturbable. Il parle avec la cadence saccadée commune aux officiers des Forces canadiennes et, pendant qu’il répond aux questions, il jette fréquemment des coups d’oeil à un aide qui tourne près de lui. Il semble être sous pression.

Bien sûr, en tant qu’ancien officier de blindés qui a fait baisser les yeux aux soviétiques en Europe centrale, il a un peu l’habitude de la pression. C’est en Allemagne de l’Ouest, après tout, qu’il a été commandant des Royal Canadian Dragoons de 1978 à 1980, en plein milieu de la guerre froide. Il y a un officier subalterne du nom de Rick Hillier qui travaillait alors pour lui, et qui est maintenant chef d’état-major de la défense.

D’Allemagne, O’Connor est passé au quartier général de la Défense nationale à Ottawa où il a eu divers rôles à l’état-major. Ayant pris sa retraite en 1994, il a travaillé aux relations publiques pour Hill & Knowlton Canada et a été lobbyiste pour plusieurs sociétés de l’industrie de la défense, y compris General Dynamics et Airbus Military. Il a continué son travail de lobbyiste jusqu’en 2004, quand il a décidé de changer de carrière à nouveau. “J’ai décidé de devenir politicien à cause de l’état où se trouvait le militaire. Je n’étais pas du tout sérieusement intéressé à me lancer en politique jusqu’à il y a environ quatre ans. Mais j’avais vu l’aviation, l’armée et la marine décliner, alors j’ai décidé de réagir. J’ai adhéré à un parti politique.

“On m’a encouragé à poser ma candidature et j’ai été élu en 2004, et puis à nouveau en 2006. En 2004, j’étais critique officiel de l’Opposition en ce qui concerne la défense et en 2006 je suis ministre de la défense : on ne peut pas aller plus vite que ça.”

Depuis qu’il a été nommé au poste ministériel, en début 2006, O’Connor ne perd pas de temps à tenir sa promesse de reconstruire les forces. Lors d’une série de déclarations qui a fait le bonheur des militaires partout, O’Connor a révélé que le gouvernement a l’intention de dépenser 17,1 milliards de dollars pour de nouveaux équipement et services, y compris de nouveaux aéronefs de transport lourd de longue portée, de nouveaux navires de soutien, de nouveaux hélicoptères et de nouveaux camions. En plus, O’Connor a l’intention d’augmenter le nombre de soldats réguliers d’environ 13 000 et celui des réservistes d’au moins 10 000.

O’Connor apporte une nouvelle politique et un nouvel ensemble de priorités. La nouvelle politique, surnommée Le Canada d’abord, est basée principalement sur le maintien de la souveraineté du Canada et sert à renforcer la défense et la surveillance de l’Arctique, tout en coopérant considérablement avec les États-Unis à la défense continentale.

Les éléments principaux de ce plan ont été annoncés durant la campagne électorale. Ils comprennent : trois nouveaux brise-glaces avec environ 500 membres d’équipage qui doivent être basés à une nouvelle installation de radoubage en eau profonde, militaire et civile, près d’Iqaluit (Nunavut); un régiment aéroporté reconstitué qui doit être basé à la BFC Trenton et qui doit servir de force d’intervention d’urgence à travers l’Arctique; un centre hivernal de formation militaire dans le passage du Nord-Ouest ou près de là; et de nouveaux aéronefs de recherche et sauvetage à voilure fixe pour le 440e Escadron à Yellowknife. “Notre souveraineté est un des objectifs dont je désire m’occuper. Pour moi, c’est assez important et c’est pourquoi notre politique insiste beaucoup sur notre souveraineté dans le Nord. La glace fond dans le Nord et le passage du Nord-Ouest devient de plus en plus libre de glace chaque année, et bientôt il va y avoir des différends justiciables car les navires vont pouvoir emprunter le passage du Nord-Ouest pour aller d’Asie en Europe ou en Amérique du Nord”, dit O’Connor.

Le point central de la question dans le Nord ne concerne pas seulement la souveraineté territoriale, bien que ce soit là un problème également. Il s’agit plutôt de protéger le droit du Canada de faire valoir son contrôle juridique au passage du Nord-Ouest, qui pourrait être ouvert au transport maritime dans une vingtaine d’années. D’après des experts juridiques, chaque fois qu’un navire passe par le passage du Nord-Ouest sans demander la permission au Canada, nos droits juridiques sont érodés. Si nous n’avons pas de moyen de faire respecter l’acquiescement, cela affaiblit aussi notre position juridique. “Nous devons imposer notre souveraineté afin que les gens reconnaissent que lorsqu’ils arrivent dans le passage du Nord-Ouest, ils doivent nous demander la permission. Nous n’allons jamais refuser à qui que ce soit mais ils doivent obéir à nos lois”, dit O’Connor.

Depuis qu’il est devenu ministre, il y a des rumeurs de différends, à propos des points de vue et des priorités, entre son bureau et le chef d’état-major de la défense Rick Hillier. Il est tout à fait possible que le problème ait été exagéré, mais il semble qu’il y ait une divergence d’opinions et de priorités entre les deux vieux collègues.

Presque à partir du moment où Hillier est devenu chef d’état-major, en 2004, il essaie d’établir un nouveau rôle pour les Forces canadiennes en se basant sur une sorte de grande stratégie contemporaine qui cherche à limiter les dangers que pose le terrorisme international.

Ce nouveau rôle stratégique résulte d’un tas d’idées simples mais de grande portée : les militaires ne peuvent pas défendre leur nation contre les attaques de terroristes rien qu’en érigeant des barrières et en augmentant la sécurité transitaire. À la place, la prévention d’un autre 11 septembre va nécessiter des efforts concertés, dont le travail policier, la collecte de renseignements et, surtout, refuser aux terroristes l’utilisation d’états en déroute comme endroit où s’entraîner et comme zones de sécurité. C’est sur cette dernière tactique, l’apport de la loi et de la stabilité aux endroits désordonnés du monde, argumente Hillier, que devraient se concentrer les Forces canadiennes. Une grande partie des efforts actuels de transformation des forces est faite dans ce sens.

Bien qu’O’Connor louange quelque peu la vision d’Hillier, remarquant qu’il n’est pas en désaccord avec lui, il est clair que cette grande stratégie expéditionnaire n’est pas une priorité du nouveau gouvernement. “J’imagine que notre politique et notre approche englobent plus que ça. Je ne suis pas en désaccord avec quoi que ce soit qu’ait dit Hillier parce que, oui, ça fait partie de ce que nous voulons faire. Mais notre orientation est double : ici au pays et à l’étranger. Nous voulons bâtir nos capacités de protection de notre souveraineté et de notre sécurité ici au pays, mais nous voulons que les atouts que nous bâtissons soient assez flexibles pour qu’on puisse les utiliser à l’étranger, pour aider le monde quand il y a des états en déroute ou des désastres humanitaires, et ainsi de suite”, dit O’Connor. “Mais notre politique s’appelle Le Canada d’abord, et c’est bien de cela dont il s’agit : le Canada d’abord.”

D’après le professeur Douglas Bland, la lutte apparente entre les priorités fait simplement partie de la transition à un nouveau gouvernement. “Dans toutes mes études de tous les chefs, c’est une caractéristique commune, que les nouveaux ministres de la défense et les nouveaux chefs d’état-major de la défense passent une période où ils doivent délibérer pour arriver à un consensus à propos de ce qu’ils vont faire avec les ressources qu’ils ont à leur disposition. Et souvent cela va donner lieu à des étincelles et à de la friction, et même à une certaine acrimonie, mais en fin de compte c’est le son des rouages des affaires normales”, dit Bland, qui a servi dans les Forces canadiennes avec O’Connor avant d’occuper la chaire des études de la gestion de la défense à l’Université Queen’s de Kingston (Ont.).

Bien que la question ne soit pas résolue, à savoir s’il va y avoir assez de ressources et de soutien public pour développer le militaire autant que l’indiquent les promesses du début, il existe la possibilité que le gouvernement du Premier ministre Stephen Harper finance le militaire à un niveau qu’on ne connaît pas au Canada depuis plusieurs décennies. “Voici un point auquel les gens ne pensent pas. Les militaires au Canada sont tellement habitués aux contributions parcimonieuses des politiciens que quand un gouvernement dit que nous allons prendre une nouvelle voie, tout ce à quoi ils peuvent penser c’est qu’on va déconsidérer ce qu’ils ont fait auparavant. Ce qui surprend tout le monde, y compris le chef d’état-major de la défense, c’est que le gouvernement ait dit qu’on va entreprendre de nouvelles tâches et qu’il va y octroyer de nouveaux fonds. Alors tout à coup l’équation est chambardée”, dit Bland. “En fin de compte, ce que suggère O’Connor pour la défense du Canada ce sont des trucs plutôt minimes. Ça ne risque pas d’ôter à cette nation-ci la capacité de faire autre chose.”

Quant à lui, O’Connor n’a certainement pas oublié que les Forces canadiennes sont actuellement en train de faire autre chose, de se battre en Afghanistan, et que les troupiers canadiens sont constamment en danger. “Cela m’oriente certainement : ce dont les troupes ont besoin, là-bas, sur le terrain, je vais me battre pour le leur donner. Si elles ont besoin d’une formation spéciale, elles vont l’obtenir. Si elles ont besoin de davantage de protection, elles vont l’obtenir. Peu importe combien de millions cela va me coûter; si je peux protéger nos soldats pour qu’ils ne deviennent pas des victimes, je vais le faire.”

Bien qu’O’Connor préfère ne pas appeler l’opération en Afghanistan une ‘guerre’, disant plutôt que les batailles continues constituent un ‘conflit armé’, il est tout à fait conscient de l’enjeu de cette mission. “Le plan ultime de l’OTAN est de bâtir l’armée et la police afin qu’elles puissent fournir leur propre sécurité et, quand il y aura un gouvernement assez stable pour le faire, on plie bagage. Je veux dire, nous n’avons pas envie de rester là-bas à jamais.”

Bien qu’ O’Connor soit un des anciens soldats les plus hauts gradés à obtenir le poste de ministre de la défense, il n’est pas sûr que cela soit un avantage pour lui. En fait, il est difficile de savoir quoi penser d’O’Connor, qui est assailli par les critiques pratiquement de tous les côtés. Et cela n’arrive pas seulement à cause des politiciens et des médias, il y en a qui viennent de l’intérieur de la collectivité de la défense elle-même.

Depuis qu’O’Connor a obtenu son poste, les politiciens de l’opposition demandent comment quelqu’un aux antécédents de lobbyiste récents peut éviter les conflits d’intérêt en supervisant l’acquisition militaire. “Presque tous ces achats vont être octroyés à des sociétés qui ont payé le ministre pour qu’il les représente, ou elles vont y faire des offres, présentant bien clairement l’apparence de nombreux conflits potentiels”, dit le député libéral Denis Coderre lors d’un article du 27 juin 2006 qui a paru dans le site Web du Parti libéral. Coderre remarque qu’O’Connor a des liens avec au moins deux des premiers candidats aux contrats annoncés dernièrement à propos des navires d’approvisionnement et des camions. “Le refus du ministre de s’écarter risque de donner lieu à des années de retard et à des actions en justice de millions de dollars si les compagnies décident de s’adresser aux tribunaux à propos de la manière dont ces acquisitions sont structurées et dont les décisions sont prises.”

D’autres ont déclaré que le style technocratique d’O’Connor, et ses commentaires des fois présomptueux aliènent et insultent même les gens qui font partie de la collectivité de la défense.

O’Connor s’est rendu tristement célèbre pour la première fois suite à des commentaires qu’il a faits lorsqu’il était critique de la défense. Une de ses gaffes les plus mémorables est une déclaration à propos des dangers potentiels quand on continue de baser une escouade antiterroriste de la Force opérationnelle interarmées 2 à Dwyer Hill, juste à l’extérieur d’Ottawa. “Ce sont des gens grandement entraînés et cet entraînement concerne des aptitudes anti-sociales, dirais-je; ils sont entraînés à tuer de diverses manières”, dit O’Connor au comité de rédaction du journal Ottawa Citizen. “Je préfèrerais qu’ils soient sous une discipline de fer, dans une base militaire.”

Bien qu’O’Connor ait dit que les citations comme celle-là déforment son point de vue, une grande partie de la collectivité militaire s’est sentie insultée par ce commentaire qui semble sous-entendre que les membres de l’équipe ‘des étoiles’ des Forces canadiennes les plus rigoureusement sélectionnés et les plus entraînés sont un danger pour la collectivité qui les environne.

Des commentaires comme celui-là, et d’autres, ont donné lieu à des critiques plutôt âpres dans des endroits comme www.army.ca, un site virtuel pour les membres actuels et anciens des Forces canadiennes qui a plus de 10 000 membres enregistrés. On y présente généralement une gamme d’opinions ‘pour la défense’ et ses membres sont fréquemment cités dans les journaux comme le National Post. Lors d’une déclaration de 2005, un comité de rédaction formé de membres seniors du site décriait “les idées monumentalement bêtes d’O’Connor.”

D’un autre côté, il y a des gens qui croient qu’O’Connor convient vraiment très bien au poste de ministre. “Je pense qu’il y a un différend pour certaines personnes qui aimeraient que Gord se décrispe un peu, voyez-vous, qu’il raconte des histoires drôles ou quelque chose comme ça. Eh bien, Gord ne raconte pas d’histoire drôle, il est occupé”, dit Bland. “Alors il existe une certaine difficulté à propos de son style et de ses manières que d’autres officiers aux styles et manières différentes n’aiment pas. Mais il existe aussi un ressentiment chez des officiers supérieurs qui ont toujours soupçonné les officiers qui sont des penseurs plus ou moins indépendants, qui ne se sont pas mis au pas, qui parlent ouvertement de problèmes et d’idées. Gord est quelqu’un de ce genre.”

Le général des Forces canadiennes à la retraite Lou Cuppens, président du Comité de la défense de la Légion, reconnaît aussi qu’il y a eu des critiques à propos d’O’Connor, mais il insiste qu’en fin de compte les bonnes l’emportent sur les mauvaises. “À la Légion, notre point de vue est que tout ce qui nous intéresse vraiment c’est que les forces soient bien structurées, bien équipées et bien rémunérées. Et tout cela a été fait.”

“Le gars est très intellectuel, c’est quelqu’un de très attentionné, et tous les gens qui le connaissent se joindraient certainement à moi pour applaudir le Premier ministre Harper d’avoir choisi un individu si expérimenté et si dévoué pour occuper le poste de ministre de la défense.”

En fin de compte, le grand défi d’O’Connor pourrait ne pas être aussi simple que de reconstruire les Forces canadiennes ou défendre le passage du Nord-Ouest, bien que ces deux choses n’aient rien de facile. Il semble qu’on ait imposé à O’Connor la tâche de rapprocher deux rôles quelque peu distincts pour les Forces canadiennes : la vision expéditionnaire d’Hillier et les priorités du Canada d’abord du gouvernement Harper.

La réussite d’O’Connor dans cette mission dépendra de sa capacité à maintenir le flux d’argent et de ressources. Pour l’instant, il a réussi de manière exceptionnelle et s’il peut continuer, peut-être qu’à la fin tout le monde sera content. “J’ai toujours soutenu qu’il y a deux forces. Il y a la force actuelle et puis il y a la force à venir. Le chef d’état-major dirige principalement la force actuelle et la force à venir rapprochée de quelques années seulement. Le ministre, s’il n’est pas tout à fait étourdi, comme O’Connor, dirige la politique de défense du Canada et la force à venir”, dit Bland. “Alors il va très bien en tant que politicien car il réussit en ce qui concerne la reconstruction difficile et dispendieuse des forces armées malgré les objections d’autres personnes au cabinet.”

Embrasser L’avenir

Cette année est celle du 80e anniversaire de la Légion royale canadienne et des légionnaires de partout au pays ont fait honneur à leur organisation en se ruant vers Calgary (Alb.) à l’occasion du 41e Congrès national, lequel a eu lieu du 25 au 28 juin.

Les 1 368 délégués accrédités ont eu un emploi du temps chargé, avec plein de nouvelles affaires, de bon temps et de quelques vieux débats. Ils ont entendu un nouveau ministre des anciens combattants faire de nouvelles promesses; ils ont approuvé une augmentation des frais d’adhésion dont on avait grandement besoin à la Direction nationale et ils ont fait d’importantes modifications à la manière dont fonctionne la Légion.

Jack Frost de la Division de l’Ontario a été élu président national par acclamation et Wilf Edmond de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut a été élu premier vice-président. Deux nouveaux vice-présidents, Erl Kish de la Division de l’Ontario et Cliff Tessier de la Division du Manitoba/Nord-Ouest de l’Ontario, se sont joints aux vice-présidents en exercice Pat Varga de la Division de la Saskatchewan et John Alger de la Division de l’Ontario.

La réunion a commencé un dimanche matin ensoleillé alors que des centaines de délégués et d’observateurs s’assemblaient autour du cénotaphe, au centre-ville de Calgary, pour voir la cérémonie traditionnelle de dépôt de couronnes. Des membres de la GRC et des cadets servant de sentinelles, la présidente nationale Mary Ann Burdett et le grand président honoraire Charles Belzile ont récité l’Acte du Souvenir. L’invocation a été lue par le brigadier-général Ron Bourque, aumônier général des Forces canadiennes et aumônier honoraire national de la Légion. Le nouveau président Jack Frost a porté la couronne qui a été déposée par le ministre d’Anciens combattants Canada Greg Thompson. Il s’agissait de la première de plusieurs couronnes qui ont été déposées en l’honneur de ceux qui sont morts à la guerre.

Le chemin du défilé cette année n’aurait guère pu être plus pittoresque. Composé de centaines de légionnaires marchant fièrement, accompagnés par sept orchestres, le défilé est passé par l’avenue piétonnière qui traverse le centre de Calgary. La foule a enflé surtout autour de la tribune où les marcheurs ont été acclamés par les gens qui avaient tenu à venir voir le défilé ainsi que par ceux qui ont été agréablement surpris.

Peu de temps après le défilé, les délégués ont commencé à entrer à flots dans la salle du Centre de congrès Telus où ils ont vu la cérémonie d’ouverture officielle. Pendant que les gens cherchaient leur siège, la chanteuse Deborah Lauren les divertissait avec ses plaisanteries et son interprétation exubérante de quelques chansons classiques. Le chanteur Ian Hope a alors pris le microphone pour présenter sa version musicale d’Au champs d’honneur de John McCrae.

Parmi les quelques orateurs éminents à la cérémonie se trouvait le président Harvey Shevalier de la Division de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest qui s’est dit heureux de recevoir tout un chacun à Calgary. Le ministre Thompson a ensuite dit quelques mots et ouvert le congrès officiellement.

Lundi matin de bonne heure, la présidente nationale faisait un rapport sur les deux ans qu’elle venait de passer à la direction de la plus grande organisation d’anciens combattants du Canada. Elle commença par rapporter l’importance et le succès des réductions à la Direction nationale, mais elle répétait que davantage de réductions mettraient fin à des services précieux et que, vu la diminution continue du nombre de cotisants, les délégués devraient penser sérieusement à une augmentation des frais d’adhésion. Burdett parla aussi de la décision prise par le Conseil exécutif national selon laquelle le quartier général de la Direction nationale devait déménager à un nouvel édifice à Kanata, dans l’ouest d’Ottawa. Elle expliqua les nombreuses manières dont le nouvel édifice va permettre à la Légion d’économiser de l’argent au fil du temps.

Burdett dit de son mandat que c’était “deux des années les plus fantastiques” de sa vie, grâce surtout à la présentation de la nouvelle Charte de l’ancien combattant si prometteuse. “Ce document n’est pas parfait, on le sait. Mais notre surveillance continue et notre engagement vont le perfectionner au fil du temps.”

Elle a aussi pris à la légère certaines difficultés de son mandat, disant qu’à propos d’un certain problème, un membre lui a dit qu’elle était une pâte molle et un autre qu’elle était une dictatrice arrogante. “Je ne suis pas tout à fait sûre comment on peut être une pâte molle dictatoriale et arrogante”, dit Burdett, un sourire ironique aux lèvres. Elle a ensuite raconté une longue blague à propos des difficultés qu’il y a à diriger des légionnaires souvent excentriques durant des temps difficiles, et dit pour conclure : “Si vous pensez que vous allez faire plaisir à tout le monde, il ne vous reste plus qu’à baisser les bras. C’est un conseil pour le nouveau président […].”

Les délégués ont ensuite entendu Belzile qui a fait un discours stimulant sur plusieurs thèmes. Les soldats, dit Belzile, font face à des responsabilités sans limite et risquent la mort et les blessures durant leurs fonctions, alors ce n’est que juste que les chefs politiques acceptent une responsabilité sans limite pour leur fournir les moyens de faire leur travail et s’occuper de leur famille s’il leur arrivait quelque chose. “À la Légion royale canadienne, nous avons la responsabilité de les défendre”, dit-il à sa manière digne distinctive. “Quittons tous Calgary en tant qu’équipe plus forte, afin de nous assurer que les anciens combattants canadiens de tout âge et notre souvenir de leurs actes restent le fondement de la raison d’être de la Légion.”

L’ancien président Allan Parks prit la parole pour commencer le processus de nomination et d’élection, lequel allait se poursuivre durant les deux premiers jours du congrès. Il n’y eut aucune surprise pour le poste de président. Frost et Burdett furent tous deux proposés et cette dernière suivit la tradition de la Légion en remerciant gracieusement la personne qui la proposa et puis en refusant.

Il y eut quatre propositions pour le poste de premier vice-président. Alors qu’Alger, Edmond et Varga se levèrent tous trois pour accepter leur proposition, le vice-président national Bob Gray de la Division de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest refusa pour des raisons personnelles.

L’élection d’Edmond au poste de premier vice-président fut accomplie rapidement et facilement, après un seul scrutin. Edmond, un gars affable de Donkin (N.-É.) qui a passé les derniers six ans au poste de vice-président, promit de faire de son mieux pour servir la Légion dans son nouveau rôle.

L’élection pour remplir les quatre postes de vice-président n’allait être ni si rapide, ni si facile. Au début, il y avait 10 personnes proposées : Bob Hannah de la Division de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest, Gerald Warford de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, Bud Alcorn de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, Ron Charlet de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest, Brian Wilson du Manitoba/Nord-Ouest de l’Ontario, Clarence Dawe de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, Varga, Alger, Tessier et Kish.

Sur les 10 candidats proposés, seul Charlet refusa. Au premier scrutin, avec les neuf noms, une majorité de délégués vota pour Alger. Ensuite, durant la journée, chaque scrutin consécutif enleva au moins un candidat de la liste jusqu’à ce qu’il n’en reste que trois. Alcorn est le premier qui a été enlevé, Dawe a été le suivant, et ensuite ce fut le tour de Wilson et puis de Hannah. Juste avant 19 h, le sixième scrutin révélait que Warford était le dernier candidat supprimé. À ce moment-là, Varga, Tessier et Kish rejoignaient automatiquement Alger en tant que vice-présidents nationaux.

Le trésorier national Mike Cook étant réélu par acclamation à son poste, la seule élection qui restait à faire était celle qui concernait le poste de président des débats. Lors de cette compétition, Tom Irvine du Québec fut réélu devant David Horrocks de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest, le président des débats de la division hôtesse qui servait de vice-président du congrès.

Au milieu de la séance du lundi, le ministre des anciens combattants se présenta à la foule en tant qu’étudiant d’histoire et Canadien reconnaissant de tout ce que représente la Légion. “Chaque fois que je rencontre un ancien combattant dans ce pays, et y compris deux ou trois fois, ici, cette fin de semaine”, dit Thompson, “on me regarde d’un air qui semble me jauger, et on me demande si je suis ‘un ancien combattant’. Eh bien, par souci de précision, je vous dit que je n’en suis pas un; je ne suis pas un ancien combattant. Je n’ai jamais su ce que c’est que d’aller au combat et mettre ma vie en danger pour mon pays […]. Mais je sais ce que c’est que d’avoir des êtres chers en danger. En fait, je suis fier de pouvoir vous dire qu’un de mes deux fils, Gregory, est un ancien combattant. Il a servi dans l’armée des États-Unis, comme vous dites souvent, les bottes par terre à la guerre du Golfe. Ainsi, je suis comme la plupart des Canadiens qui ont un grand-père ou quelque autre membre de leur famille qui s’est battu pour les principes auxquels ils croient : la liberté, la démocratie et l’autorité de la loi.”

Thompson promettait ensuite que le gouvernement donnerait aux anciens combattants son plein soutien et qu’il s’efforcerait de travailler avec la Légion sur les questions importantes. “Ce que j’ai appris depuis que j’ai obtenu ce poste c’est que sans vous je n’existerais pas, ce n’est pas plus compliqué que ça. Vous parlez de façon autoritaire sur les questions touchant les anciens combattants et les Canadiens vous écoutent.”

Thompson a aussi fait quelques promesses précises, surtout en ce qui concerne compléter la révision des soins de santé qui a pour but de mieux déceler les maux les plus subtils auxquels les soldats sont enclins, comme le syndrome de stress post-traumatique. Il dit aussi que son ministère allait réduire l’arriéré des cas qui attendent d’être étudiés par le Tribunal des anciens combattants (révision et appel), un arriéré qui se chiffre actuellement à 8 000 environ. Finalement, il fit une promesse importante de créer une nouvelle déclaration des droits de l’ancien combattant, une déclaration qui “servirait à rappeler à tous que les anciens combattants du Canada ont mérité des droits spécifiques. Les anciens combattants ne doivent pas avoir peur que leurs droits ne soient pas respectés. Et quand ils pensent que ces droits ne sont pas observés, il faut qu’ils sachent qu’il y a quelqu’un vers qui ils peuvent se tourner, et c’est pour cela aussi que nous poursuivrons jusqu’au bout l’engagement d’établir un ombudsman des anciens combattants”.

Les délégués, ayant évidemment approuvé les remarques de Thompson, l’ont ovationné debout à la fin de son discours.

Burdett profita de l’occasion pour renforcer un point. Quand les applaudissements s’atténuèrent, elle remercia le ministre et ACC de leur présence, mais prévint aussi Thompson avec délicatesse d’écouter attentivement les suggestions de la Légion et puis, d’une voix douce, lui rappela que “nous allons continuer d’observer”. Les délégués applaudirent avec vigueur.

Une grande partie du temps du congrès, lundi, fut utilisée pour les rapports des divers comités de la Légion. Il y avait des conclusions remarquables dans plusieurs des rapports. Burdett commença en relatant le progrès du Comité des anciens combattants, des services et des aînés. Le comité, dit Burdett, continuait à défendre les anciens combattants, surtout dans le domaine du logement et des soins de longue durée des aînés.

Frost a ensuite remis le rapport du Comité du coquelicot et du souvenir, remarquant un bon progrès à tout point de vue.

Ensuite ce fut le tour d’Edmond avec le rapport du Comité des sports. Il expliqua les résultats d’une étude menée par le comité qui a trouvé que la participation aux fléchettes et au cribbage était élevée, alors que le curling, régulier et senior, n’intéresse pas autant de gens. “Les sports font partie du mode de vie aux filiales de la Légion”, dit-il.

Le rapport du Comité des adhésions, remis par Gray, comportait inévitablement des mauvaises nouvelles. “Nous avons beaucoup travaillé. Toutefois, la diminution du nombre de membres a continué, les rangs ayant été réduits de 13 085 en 2004 et de 10 603 en 2005. Au niveau de la nation, nos objectifs de renouvellement sont atteints, mais nous échouons en ce qui concerne le recrutement. La perte de cette année est un résultat direct de notre incapacité à recruter suffisamment de nouveaux membres pour remplacer les non-renouvellements prévus.

Le premier vrai débat du congrès a eu lieu quand Jim Rycroft a donné le rapport du Comité des constitution et lois. Rycroft, qui est président des débats du comité, a proposé plusieurs amendements aux arrêtés généraux de la Légion. Un seul fut contesté.

Il a proposé que le paragraphe 101.d.i, concernant la définition de “conjoint” soit amendé comme suit : effacer les termes actuels qui sont “un homme et une femme qui sont mariés l’un à l’autre” et insérer “l’une ou l’autre de deux personnes qui sont mariées l’une à l’autre”. En entendant ceci, les délégués ont grommelé et le premier vote concernant la motion est en fait arrivé à une impasse. Il était clair que reconnaître les couples du même sexe allait être une lutte serrée.

Là-dessus, le président de la Division de l’Ontario Gord Moore prit la parole pour informer l’assemblée qu’un vote contre ce changement irait à l’encontre de la loi du pays et que, quels que soient les sentiments personnels qu’ils puissent avoir, les délégués devraient voter pour l’amendement. Un deuxième vote a alors eu lieu et, bien que le soutien pour la motion augmenta, ce n’était toujours pas suffisant pour qu’on n’ait pas besoin de vote par assis ou debout. À la fin, l’amendement fut adopté à 500 pour et 462 contre.

Vers la fin de la séance de lundi, Mike Cook présenta les deux derniers rapports de l’après-midi. D’abord, il y a eu le rapport du trésorier dans lequel il a expliqué de façon détaillée que, malgré des profits de 500 000 $ provenant d’investissements et d’une immense augmentation des ventes dans le domaine des approvisionnements à plus de 1,5 million de dollars, la Direction nationale n’arriverait pas à compenser le manque au budget résultant de la diminution de cotisants et d’une inflation qui ne cesse d’augmenter. Cook fut questionné vigoureusement sur plusieurs aspects des finances de la Légion.

Il présenta ensuite le rapport de Canvet Publications, la maison d’édition de la revue Légion. Il donna des détails sur la manière dont la revue Légion se maintient dans les limites de son budget et sur les prévisions qui sont bonnes jusqu’en 2010, pourvu qu’on continue de recevoir la subvention postale fédérale.

Thomas Bock, le commander national de l’American Legion prit aussi la parole lundi, apportant les salutations des 2,7 millions de membres de la légion américaine. Bock raconta l’histoire de son fils Adam, un membre de l’American Legion qui venait tout juste de revenir de la guerre en Iraq mais à qui un poste de l’American Legion a refusé de le servir parce qu’il avait oublié sa carte de membre de la légion et que sa carte de service actif a été considérée comme insuffisante. “Il s’agit de quelque chose que nous devons reconnaître : les jeunes sont des anciens combattants aussi, et il faut que nous posions des gestes supplémentaires pour les recevoir. Ainsi, nous avons tous des problèmes. Je suis en train de composer une lettre pour le commander de ce poste de la Légion. Les délégués ont semblé vraiment apprécier ce commentaire.

Mardi matin, juste avant les élections vice-présidentielles vivement disputées, la Division de la Colombie-Britannique/ Yukon rapporta une résolution non acceptée de réduire le nombre de vice-présidents de quatre à trois.

Le président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon Gerry Vowles prit la parole dans l’arène. “Notre division parle en faveur de cette résolution. En Colombie-Britannique, nous avons déjà commencé la restructuration pour économiser de l’argent et nous pensons qu’il est probablement temps que la Direction nationale commence, et l’endroit où commencer c’est à la vice-présidence.

Jack Frost prit ensuite le microphone et demanda aux délégués de rejeter cette motion, disant qu’il garantissait qu’il y aurait une motion de restructurer la Direction nationale au prochain congrès. La motion fut rejetée et les élections se poursuivirent.

Burdett a fait son rapport sur les activités de la Légion dans le cadre de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth. À ce propos, la grande nouvelle était qu’après une période de négociations, la LRACC a décidé que la Légion ne devrait plus payer 50 000 $ par année comme frais d’adhésion. La LRACC est même allée jusqu’à retourner le chèque de cette année. En plus de cette bonne nouvelle, la demande de donations pour la LRACC a rapporté un beau total de 155 135 $ pour l’assistance, par la Légion, aux anciens combattants des Antilles.

Burdett suivit par un rapport avec diapositives sur les anciens combattants à Antigua, à Montserrat, aux Bahamas, à Belize, en Jamaïque et aux Îles Cayman. Un des moments les plus émouvants a eu lieu quand elle a décrit un vieil ancien combattant qui vivait, à Belize, dans une maison inondée. La diapositive le montrait debout, de l’eau jusqu’à mi-tibia, devant la porte de sa hutte en bois de travers. Burdett raconta que 6 000 $ en fonds d’urgence ont servi à transporter la maison de l’ancien combattant à un endroit plus élevé. Cet homme, dit Burdett, va aimer les légionnaires à jamais, qui ont fait le nécessaire pour qu’il puisse habiter dignement dans une maison sèche.

Ensuite, Pat Varga s’est joint à l’Albertain Jim Warren pour faire une présentation sur le pèlerinage du souvenir des leaders de la jeunesse de la Direction nationale. Les commentaires émouvants, accompagnés de diapositives, racontaient l’histoire de jeunes membres de la Légion, y compris Warren, qui ont fait le tour des champs de bataille et des cimetières européens en juillet 2005.

Burdett a présenté le rapport sur les résolutions en commençant, sans tarder, par les motions du sous-exécutif. Les deux premières qui ont été offertes à l’assemblée, si elles étaient votées, auraient apporté des modifications à la relation qu’a la Légion avec les anciens combattants des temps modernes.

La première avait pour but de demander au gouvernement fédéral de reconnaître officiellement le 9 août comme jour du maintien de la paix. Le président Gerry Vowles de la Colombie-Britannique/Yukon prit la parole dans l’arène, disant que le gouvernement de la Colombie-Britannique avait déjà accepté le jour et il croyait qu’il était temps que la Légion et le gouvernement fédéral le reconnaissent également. La motion fut acceptée facilement.

Toutefois, la motion suivante, qui avait pour but de rendre la Légion plus obligeante envers les anciens combattants des temps modernes en permettant les coiffures de type militaire, ne fut pas aussi bien reçue.

George Hope, un délégué de la Division de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest, prit le microphone pour exprimer ce qui semblait être un point de vue assez commun. “Quand nous avons quitté le service et sommes venus à la Légion, nous avons accepté la tenue de la Légion. Je ne pense pas que nous devions remplacer le béret bleu foncé par notre coiffure particulière. Je ne pense pas que nous devions nous distinguer grâce à notre coiffure régimentaire.”

Malgré plusieurs partisans solides, la motion fut fermement refusée.

Burdett passa ensuite rapidement à travers 56 motions concernant les services aux anciens combattants et aux aînés sans objection importante de l’assemblée. Lors de la lecture de la motion servant à terminer la Section des anciens combattants impériaux, l’assemblée se leva en reconnaissance de ce que les anciens combattants impériaux ont fait au cours des années. La motion fut alors votée.

Vers la fin de la session de mardi, les délégués ont considéré 15 motions refusées qui avaient été rapportées à l’assemblée par les caucus divisionnaires. La plus contestée fut peut-être la motion de normaliser la manière dont les légionnaires plient le drapeau canadien. Toutefois, comme l’expliquait le président des débats, les Forces canadiennes essaient encore de décider d’une procédure officielle et on décida que la Légion devait attendre que ce soit fait. Le premier vote sur la motion fut serré et le président des débats annonça que la motion avait été refusée. L’assemblée grommela et défia le président. Un deuxième vote eut lieu et la motion fut déclarée refusée.

Sur les 15 motions refusées, la seule qui ait été adoptée est celle qui concernait la reconnaissance nationale de jeunes auxiliaires de la Légion. Bud Sadegur de la Colombie-Britannique/ Yukon parla dans l’arène en faveur, disant que la jeunesse est notre avenir et qu’elle devrait être reconnue d’une manière officielle. La motion fut acceptée. La Direction nationale va dessiner un logo officiel pour la jeunesse auxiliaire.

Mercredi, le dernier jour du congrès, le trésorier Cook présenta le rapport tant attendu du Comité national des finances.

Sans guère perdre de temps, il expliqua dans le détail que la Direction nationale opérait depuis 1998 grâce à des frais d’adhésion de 6,15 $ par personne, malgré une perte d’environ 90 000 membres et un taux d’inflation annuel moyen de presque trois pour cent durant cette période. La seule façon de le faire était d’effectuer des réductions importantes, comme celle du nombre de comités et du personnel de la Direction nationale, des 60 personnes qu’il y avait en 1998, à 48 en 2005. Maintenant, dit Cook, il ne nous reste plus de flexibilité et il ne nous reste plus comme solution que de demander une augmentation des frais d’adhésion.

La proposition avancée par Cook était d’augmenter les frais d’adhésion de 4,50 $, ce qui donnerait lieu à une bonne situation financière jusqu’en 2012 tout en maintenant une petite portion en réserve pour améliorer certains programmes, comme le recrutement.

Gord Moore de l’Ontario s’avança immédiatement au microphone pour proposer une modification afin que les frais d’adhésion soient augmentés de 2,75 $ en 2007 et que le trésorier présente à nouveau les besoins financiers de la Direction nationale au Congrès national de 2008. “Je pense que ce que nous devrions demander et soutenir à ce congrès, c’est 2,75 $”, dit Moore.

De répliquer Cook : “Camarade Gord, je ne proteste pas votre amendement, mais ce n’est pas très plaisant de demander de l’argent à chaque congrès. J’espérais qu’un seul coup suffirait et que je ne vous embêterais plus pendant six ans.” Les délégués applaudirent leur approbation.

Plusieurs personnes prirent la parole, certains pour soutenir l’amendement, d’autres pour s’y opposer. Le président Roger Oakley de la Division du Manitoba/Nord-Ouest de l’Ontario parla contre l’amendement. “Je suis tout à fait conscient des difficultés financières du CEN. Il est simplement victime des temps, camarades. Il y a des années, il y aurait eu une augmentation de 25 sous par année pour toujours et personne n’aurait été obligé de retourner à sa filiale soulever un tas de problèmes. Si on fait les calculs pour une simple augmentation de 4,50 $ pour qu’on nous laisse tranquille jusqu’en 2012, dans deux ans nous ne serons pas obligés de retourner à nos filiales pour une autre augmentation. Si vous le calculez, camarades, c’est à peu près une bière et demie par année et si nous ne pouvons pas nous le permettre pour nos anciens combattants, eh bien, nous ne devrions pas être ici.”

Les applaudissements énergiques suivant le discours d’Oakley durèrent longtemps et tout de suite après l’assemblée demandait qu’on pose la question. L’amendement ayant été mis au vote, les résultats ont été trop serrés pour pouvoir décider. Les chefs de file se mirent au travail et on commença un vote par debout ou assis. Les résultats : 413 en faveur de l’amendement, 700 contre.

Quelques instants plus tard, l’assemblée demandait à nouveau que la question soit posée, Irvine demanda aussitôt un vote et les délégués adoptèrent de manière écrasante la motion d’augmenter les frais de l’adhésion nationale de 4,50 $ à partir de l’année d’adhésion 2007.

Il fut vite apparent, toutefois, qu’on s’inquiétait dans l’assemblée à propos d’une perception de manque de débats sur la motion principale. Gary Peters, un commander de zone de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, défia le président des débats sur la question. Irvine répondit en demandant aux délégués s’ils soutenaient le défi et un grand cri s’éleva de l’assemblée “non!”. Peters reprit le microphone pour demander un vote officiel par “oui” ou “non” sur le défi et Gord Moore se leva pour soutenir sa demande. Un vote convenable fut fait et le défi fut battu facilement.

À propos d’une autre affaire, Richard Genin a discouru sur la Fondation de l’Hôpital Sainte-Anne. Il a été suivi par Michael Daoust de la fondation qui a parlé du nouveau petit hôtel des anciens combattants de la Légion royale canadienne qu’on est en train de bâtir à l’Hôpital des anciens combattants situé à Sainte-Anne-de-Bellevue (Qc). Il demanda de l’aide pour ramasser des fonds pour le projet, sur lequel on peut se renseigner à www.sahfoundation.ca.

Mercredi en début d’après-midi, comme dernière question de la séance, le grand président honoraire Belzile dirigea la cérémonie d’installation pour les nouveaux dirigeants élus. La cérémonie a commencé, en présence d’une grande foule, quand le cornemuseur a conduit à leurs places les anciens présidents Ed Coley, Doug McDonald et Hugh Greene suivis par leur épouse. Allan Parks a ensuite été conduit sur la scène et remercié, et on lui a demandé de prendre un siège à la troisième rangée avec les autres anciens présidents. Burdett fut alors nommée présidente sortante. Irvine a été installé et Belzile lui a offert le marteau comme symbole de son poste. Mike Cook a été installé ensuite. Les quatre vice-présidents sont montés sur la scène pour leur installation, suivis par le premier vice-président Wilf Edmond.

Belzile a demandé à l’assemblée d’accorder son attention et au sergent d’armes de présenter Jack Frost pour qu’il soit installé président. Mené par un cornemuseur et une garde du drapeau, Frost est monté sur la scène pour faire sa promesse et recevoir l’épingle à revers des mains de Burdett. “C’est avec humilité que j’accepte votre vote de confiance pour devenir le 37e président de cette grande organisation”, dit Frost, qui a poursuivi en donnant une ébauche de ses objectifs en tant que président de la Légion. “J’espère et je désire que les prochains deux ans vont soient harmonieux et que les relations qui existent entre la Direction nationale, les directions divisionnaires et les filiales soient transparentes.

“Nous devons tous chanter à partir du même hymnaire et, en partant d’ici, être vus comme étant un seul corps uni. On ne doit pas partir pour faire chacun ce qu’il entend, car nous ne ferions que nous détruire nous-mêmes.

“Les adhésions, nous le savons, sont notre élément vital […] durant les deux prochaines années je vais faire le nécessaire pour qu’elles soient toujours bien visibles, à l’avant-plan de nos préoccupations. Les relations avec des organisations ayant la même vision des choses ont été cordiales, mais j’espère pouvoir dire, au bout de deux ans à ce poste, que ces relations sont meilleures.

“Nous sommes la plus grande organisation d’anciens combattants du pays et celle qui peut le mieux représenter les anciens combattants traditionnels ainsi que ceux des temps modernes. Mais pour quelle raison que ce soit, ce message n’a pas été transmis adéquatement à l’ancien combattant des temps modernes car on voit toujours de petits groupes former leur propre organisation. Alors nous échouons à leurs yeux, ou bien notre message ne leur parvient pas du tout. Mais nous pouvons mieux les représenter que n’importe quelle autre organisation. Représenter l’ancien combattant est notre raison d’être et si nous l’oublions, nous laissons tomber le flambeau qui nous a été remis.”

Ensuite, toutes les affaires conclues, l’invocation de fermeture fut lue et les drapeaux ont défilé vers l’extérieur. Durant tout le congrès, il y a eu des acclamations pour le comité des préparatifs locaux présidé par Vicki Horrocks. La liste des dignitaires et des orateurs invités comprenait aussi le président Don Newell du Fonds du Souvenir, le président national John Campbell de la Royal New Zealand Returned and Services’ Association, le président national Eric Munro de la Royal British Legion Scotland, Dominique Boulais, le secrétaire général adjoint de l’Agence canadienne de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, et le président national David Munro de la Canadian Peacekeeping Veterans Association.

Le prochain Congrès national aura lieu, à Ottawa, en juin 2008.

Des équipes de cribbage surmontent des défis personnels à Prince Albert

Au côté nord des plates étendues des Prairies, à peine à un peu plus d’une heure au nord de Saskatoon, se trouve la filiale Prince Albert, où ont eu lieu les Championnats nationaux de cribbage de la Légion de 2006.

Lors des compétitions du 28 au 30 avril, les joueurs de cartes d’à travers le Canada se sont assemblés pour jouer leurs mains, ramasser les points et découvrir qui sont les meilleurs chez les simples, les doubles et les équipes en 2006. Ce tournoi de fin de semaine qui a duré trois jours était plein de jeux de grande qualité et de batailles exceptionnellement serrées; à la fin, presque toutes les équipes avaient vraiment une possibilité de repartir avec un des titres. Lorsqu’on a arrêté de taper les cartes, et que les Terre-Neuviens Paul Keeping, Wayne Lucas, Lonnie White et David Foote ont arrêté de danser, les points ont été comptés pour révéler que des joueurs de trois divisions différentes avaient non seulement dépassé leurs adversaires, ils avaient surmonté leurs défis particuliers, que ce fut l’âge, la blessure ou la maladie, pour revendiquer leur championnat respectif.

Prince Albert est une ville du genre à toute épreuve, dont la population s’élève à 45 000 et où il n’y a pas moins de six maisons de correction. Mais c’est aussi un endroit intéressant, où la population d’Aborigènes est importante, avec un centre-ville charmant et la gentillesse sans pareille pour laquelle la Saskatchewan est reconnue.

Les épreuves ont commencé le samedi matin après un court défilé autour du terrain de la filiale. Un cornemuseur a dirigé un grand contingent de cadets de l’armée, de dignitaires de la Légion et de joueurs durant la cérémonie. Le président de la Division de la Saskatchewan Frank Simpson et le représentant de la Direction nationale Bob Hannah ont reçu les joueurs avec des discours et leur ont tous souhaité de bonnes cartes et bonne camaraderie.

La compétition des doubles a commencé tout de suite après les cérémonies d’ouverture. Les parties étaient formées de deux manches avec un point pour chaque victoire et un deuxième point si le côté perdant n’atteignait pas 90 points, ce qui s’appelle un ‘skunk’. Un autre point est donné si le côté perdant a un skunk aux deux manches.

La matinée s’est passée dans une confusion de cartes et de chevilles et au dîner, au milieu de la poule, quatre équipes s’étaient séparées de la meute. L’Alberta-Territoires du Nord-Ouest menait avec 8 points, et puis ensuite venaient l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique/Yukon avec 7 points chacun. Durant la session d’après-midi, toutes les équipes se sont maintenues remarquablement près et, lors de la dernière main, il y avait huit équipes dans un écart de trois points qui pouvaient encore obtenir le titre. N’importe qui pouvait remporter la partie.

À la fin, toutefois, la victoire appartint aux forces de l’expérience et de la sagesse, quand le duo de Saint John (N.-B.), Josie et Donna McLellan, inscrivaient une victoire de deux points contre le Québec, ce qui leur donnait le titre avec un total de 13 points. L’équipe de la filiale Jervis Bay Memorial fut dirigée vers la victoire par Josie, une farceuse de 87 ans qui joue au cribbage depuis bien longtemps. Elle attribue son succès à l’habileté de sa partenaire et belle-fille Donna, mais aussi à la réserve de connaissances qu’elle a accumulées au fil du temps.

“Je sais qu’il faut avoir les cartes, bien sûr, mais il faut quand même savoir jouer”, dit l’octogénaire alerte qui était on ne peut plus heureuse de penser à l’impact que sa victoire aurait chez elle, à la filiale Jervis Bay Memorial. “Ils vont être surpris. Il y en a beaucoup qui pensaient que je suis trop vieille rien que pour venir ici. Mais je suis heureuse maintenant.”

L’équipe de l’Île-du-Prince-Édouard formée par Wayne et Juanita Millar, de la filiale Ellerslie, est arrivée en deuxième place avec 12 points alors que Gerard et Winnifred Wilson, de la filiale Peachland (C.-B./Yukon) a obtenu la troisième place, avec 12 points également.

La compétition des simples a commencé tard le samedi après-midi et elle était tout aussi serrée que celle des doubles. Au milieu de la poule, l’affable Ken Fulmek de l’Alberta/T. N.-O. était en première position, ce à quoi il est habitué car il était dans l’équipe des doubles qui menait aussi au milieu de la session du matin.

Mais cette fois-ci, grâce à de bonnes cartes et beaucoup de savoir faire, Fulmek a inscrit un total de 16 points, ce qui lui a permis de tenir à l’écart Samuel Faruci du Manitoba/Nord-Ouest de l’Ontario et Fred Maniak de la filiale Comox (C.-B.).

Durant la dernière partie, Maniak a remporté une des deux manches, arrivant presque à battre le champion, et Fulmek l’autre. Vu que Maniak n’avait que deux points de retard au début du match, une grosse victoire aurait donné une tout autre issue au tournoi.

Fulmek, qui joue pour la filiale North Calgary, était particulièrement fier de sa victoire, vu ce qu’il a dû surmonter. En 1981, suite à un accident de motocyclette, il a passé deux ans inconscient et huit ans à l’hôpital. Il a été prononcé mort pas moins de deux fois, a subi 85 opérations et a passé 10 ans dans un fauteuil roulant. Maintenant, bien qu’il marche en boitant, ce gars chanceux s’est concentré énormément sur les cartes.

“J’adore les cartes parce qu’elles me tiennent compagnie, elles sont ma deuxième vie”, dit Fulmek, qui prétend que sa relation spéciale avec les cartes est la raison d’être de la bonne chance dont il a l’habitude. “Je parle à mes cartes et elles me répondent. Je suis diablement fier d’avoir gagné.”

Faruci a fini par obtenir la deuxième place avec 14 points (la quatrième fois qu’il obtient la deuxième place chez les simples au cribbage national), alors que Maniak, avec 14 points aussi mais ayant perdu la partie contre Faruci, est arrivé en troisième place.

À la fin de la longue journée de jeux, le samedi, les compétiteurs, les membres de la filiale et les dignitaires de la Légion se sont rassemblés à un souper et une soirée dansante.

La compétition des équipes qu’on attendait impatiemment, où les équipes de quatre se mettaient en garde pour voir quelle division était la plus forte, commença dimanche matin. Chaque équipe était divisée en sections de deux joueurs : A et B.

L’équipe de la Nouvelle-Écosse/ Nunavut a pris les devants au début de la journée, et elle a maintenu sa position jusqu’au dîner. Pour une équipe formée par des joueurs qui ont réussi à obtenir la dernière place chez les simples et chez les doubles le samedi, c’était une très bonne performance.

Durant l’après-midi, il était clair que la N.-É./Nun. n’avait pas l’intention de se laisser dépasser facilement et, à la dernière partie c’était l’impasse entre les joueurs de la côte est et l’équipe de Grand Bend (Ont.). À cause d’un caprice du destin, toutefois, les deux côtés de la N.É./Nun. ont été blanchis à la dernière partie, ce qui a donné une victoire d’un point à l’équipe de l’Ontario formée par Dwight Jennison, Ron Crown, Carl Vincent et Edward Geisel. Après une belle entre la N.-É./Nun., le Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario et l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest, qui étaient ex-aequo avec 24 points, l’escouade de Winnipeg obtenait la deuxième place et celle de la N.-É./Nun. obtenait la troisième.

L’équipe de la filiale Grand Bend a quelque peu surpris quand elle a gagné car, dimanche matin, Carl Vincent se sentait trop mal pour jouer. Heureusement que les règles tiennent compte de ce genre de circonstances et on a permit à un remplaçant de la filiale, Sam Hurford, de jouer pour l’équipe de l’Ontario. D’après Crown, l’ajout d’un joueur inconnu à la dernière minute n’a pas vraiment diminué leurs chances.

“On joue simplement les cartes qu’on a, il n’y a rien d’autre qui compte. Quand on obtient les bonnes cartes, on gagne”, dit Crown, qui pensait que la nouvelle de leur victoire remonterait le moral de leur coéquipier. “On va lui dire qu’on a gagné et peut-être qu’il va commencer à mieux se sentir.”

Quant à Hurford, un vétéran de la guerre de Corée qui joue au cribbage depuis 1952, il était simplement heureux que l’équipe l’ait accepté si vite; et il était encore plus heureux d’être champion national.

Une fois que les gagnants du tournoi ont été décidés, il ne restait qu’à profiter des généreuses cérémonies de fermeture. Beaucoup de camaraderie et la bonne humeur évidentes, surtout parmi les Terre-Neuviens, il était clair que tous les joueurs s’étaient immensément amusés durant la manifestation.

“Les sports à ce niveau-ci sont importants, parce que notre effectif respire la santé grâce aux sports, vraiment. Je sais que c’est en train de devenir plutôt difficile pour la Direction nationale de soutenir ce programme de sports, mais c’en vaut la peine”, dit Hannah, président sortant de la Division de l’Alberta et membre du Comité national des sports depuis 2004.

Simpson est d’accord que les manifestations sportives comme le cribbage et les fléchettes ont des récompenses distinctes. “Pour la filiale hôtesse elle-même, sans même penser au côté financier, c’est une occasion de s’engager un petit peu plus aux activités de la Légion; quand on fait quelque chose de cette ampleur, on peut faire appel à des bénévoles qui autrement n’auraient pas travaillé pour la filiale.”

Toutefois, Simpson croit aussi que les difficultés aux adhésions et aux finances dans toute la Légion vont exiger qu’on fasse quelques modifications à la manière dont les programmes des sports sont financés. La solution, dit Simpson, c’est de commencer à demander des frais d’inscription aux divers niveaux de compétition. De cette façon-là, les membres dans leur ensemble ne seraient pas obligés de payer une augmentation des frais d’adhésion pour soutenir un programme dont tout le monde ne profite pas.

“L’idée de camaraderie, ont ne peut pas y mettre un prix, mais il y a des gens qui disent que nous sommes en train d’offrir des vacances gratuites à ces joueurs”, dit Simpson. “J’ai participé aux programmes des sports et je crois que les participants devraient presque en faire un programme autosuffisant. Si les participants désirent continuer dans les sports nationaux, il faudra qu’ils puissent dire ‘nous allons y mettre de l’argent’.”

D’après le président du comité des préparatifs locaux Bill Demerais, l’obtention des fonds a certainement été un combat continu, mais pas insurmontable si l’on accepte de se démener un peu et de travailler dur. Demerais a toutefois quelques conseils à donner aux présidents des CPL à venir.

“Une des premières choses que j’ai faites a été de prendre contact avec des filiales qui ont déjà été hôtesses de sports nationaux, d’écouter leurs idées et ce qu’ils pensent à propos de leurs succès et leur échecs. Mais il faut aussi prendre contact avec (le secrétaire du comité des sports) à la Direction nationale; après ça, on sait qu’on est sur la bonne voie. Et faites en sorte d’avoir un bon réseau de membres du CPL. Et il faut que vous puissiez accepter les critiques et faire des critiques. Et puis soyez prêt à y passer de nombreuses heures.”

En fin de compte, tout ce travail a valu la peine car la fin de semaine s’est passée sans anicroche. Tous les gagnants des trois épreuves ont surmonté des difficultés, l’âge, la blessure et l’étrangeté, pour obtenir leur victoire alors que les autres participants jouaient dans la bonne humeur. On ne pouvait pas vraiment demander mieux.

Résultats

Équipes : Ont. (fil. Grand Bend), 25; Man./N.-O. O. (fil. James de Winnipeg), 24; N.-É./Nunavut (fil. Kings de Kentville), 24; Alberta-T. N.-O. (fil. North Calgary), 24; Sask. (fil. Robert Combe VC de Melville), 22; Qc (fil. LaSalle), 21; N.-B. (fil. Jervis Bay Memorial de Saint John), 20; Î.-P.-É. (fil. Ellerslie), 16; C.-B./Yukon (fil. Nanaimo), 16; T.-N.-Lab. (fil. Stephenville), 15;

Doubles: N.-B., Josie et Donna McLellan (fil. Jervis Bay Memorial), 13; Î.-P.-É., Wayne et Juanita Millar (fil. Ellerslie), 12; C.-B./Yukon, Gerard et Winnifred Wilson (fil. Peachland), 12; Ont., Ron Crown, Dwight Jennison (fil. Grand Bend); Alberta-T. N.-O., Ken Fulmek, Stan Litwack (fil. North Calgary), 11; Man./N.-O. O., Sam Faruci, Vicki Bilecki (fil. St. James); T.-N.-Lab., Wayne Lucas, Lonnie White (fil. Stephenville), 10; Qc, Maureen Lynch, Kevin Shepherd (fil. LaSalle), 9; Sask., Pat Daly, Ken Campbell (fil. Nipawin), 6; N.-É./Nunavut, Don et Shirley Taggart (fil. Kings), 5.

Simples : Ken Fulmek (fil. North Calgary), 16; Samuel Faruci (fil. St. James), 15; Fred Maniak (fil. Comox), 15; Robert McLellan (fil. Jervis Bay Memorial), 13; Ken Campbell (fil. Carrot River (Sask.)) et Brian Dennis (fil. Ellerslie), 12; Paul Keeping (fil. Stephenville), 11; Edward Geisel (fil. Grand Bend Br. (Ont.)), 6; Maureen Lynch (fil. LaSalle (Qc))., 5; et Henry Graves (fil. Kings (N.-É./ Nunavut)), 4.