Service de consultation offert aux anciens combattants

Le service d’aide d’Anciens combattants Canada est un service de consultation volontaire et confidentiel offert par l’entremise d’une équipe de conseillers à travers la nation que l’on peut rejoindre initialement à un numéro de téléphone sans frais. Ce service, qui donne un accès ininterrompu à des consultations, est assuré de la part d’ACC par Santé Canada. Le service d’aide d’ACC est semblable au Programme d’aide aux membres des Forces canadiennes.

L’objet du service d’aide d’ACC est d’assister les particuliers à surmonter les problèmes qui peuvent affecter leur vie, comme ce qui suit :
· les problèmes maritaux et familiaux;
· les problèmes de transition;
· les problèmes affectifs et psychologiques;
· l’abus d’alcool ou d’autres drogues;
· les difficultés financières;
· et les autres types de problèmes personnels, comme les conflits interpersonnels, les difficultés d’ordre juridique et le jeu.

Les ayants droit sont les suivants :
· les anciens membres des Forces canadiennes qui ont servi à partir du début de la Première Guerre mondiale;
· les marins marchands d’une guerre mondiale ou de la guerre de Corée tel que défini dans la Loi sur les pensions;
· les anciens membres de la GRC;
· et les familles des personnes mentionnées ci-haut.

Les membres du personnel qui répondent au téléphone sont des conseillers formés et expérimentés qui identifient les besoins initiaux et font les recommandations aux conseillers professionnels agréés près de chez le client, pour une consultation à court terme pouvant aller jusqu’à huit sessions par problème.

Le numéro sans frais d’interurbain est le 1-800-268-7708.

On peut obtenir davantage de renseignements sur le service d’aide d’ACC au site de la toile http://www.vac-acc.gc.ca/clients_f/sub.cfm?source=forces/ assiserve.

À l’aide d’un ancien combattant allié

La United Kingdom Veterans Agency a appelé le Bureau national des services le 22 août pour demander si nous pouvions donner un coup de main à un vétéran de l’armée britannique en détresse qui était sans le sou, démuni, et qui vivait dans la chapelle de l’Aéroport international d’Halifax.

Peter, le vétéran de l’armée britannique, a servi de 1989 à 1995 dans les Royal Dragoon Guards en Angleterre et en Allemagne. Il venait de passer environ six mois au Canada grâce à un visa de séjour et il désirait retourner chez lui. Peter souffre du syndrome du stress post-traumatique et il est dépressif. Il avait fait une demande d’aide à la U.K. Veterans Agency pour être rapatrié afin d’obtenir une assistance médicale. La demande de Peter occasionna l’appel à notre bureau où le Royaume-Uni nous demandait de l’assister.

On nous donna le nom de l’ecclésiastique de l’aéroport d’Halifax qui avait recueilli l’ancien combattant dans sa chapelle pendant qu’il essayait d’obtenir de l’aide pour lui. Ce serait lui notre personne contact.

Un de nos agents des services prit le téléphone pour interviewer l’ecclésiastique et l’ancien combattant lors de la mise en marche du soutien bienveillant approprié. Il confirma l’ayant droit de l’ancien combattant et s’occupa de la demande d’octroi. La demande ayant été acceptée par les administrateurs, le personnel de la Légion acheta un aller simple vers le Royaume-Uni pour Peter et prit les dispositions auprès d’une ligne aérienne. En 24 heures, Peter prenait le chemin de retour chez lui en Angleterre où des représentants de la Veterans Agency l’attendaient pour l’assister davantage.

Il s’agit là d’un bon exemple d’intervention réussie.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

L’odyssée du souvenir

Les membres du Pèlerinage des leaders de la jeunesse de la Légion royale canadienne ont été frappés par le son des applaudissements en arrivant à Buron, une petite ville voisine de Caen.

Le groupe de 26 personnes participaient au pèlerinage bisannuel de la Légion qui est allé visiter les cimetières militaires canadiens, les champs de bataille et les monuments érigés en l’honneur des sacrifices et triomphes des Canadiens aux deux guerres mondiales. Les leaders de la jeunesse avaient été invités à régler une cérémonie du souvenir dans la ville, et ils avaient accepté de défiler jusqu’à la place.

Jason Forster de la filiale Hampton (N.-B.), âgé de 28 ans, assembla une garde du drapeau, ce pour quoi il fallait organiser d’autres membres du groupe deux par deux derrière un assortiment de drapeaux. Ni Forster ni les autres membres du groupe n’avaient vu l’endroit où ils devaient se rendre avant d’avoir tourné le coin.

Au tournant, le défilé a vite été l’objet de l’attention d’environ 100 citoyens qui ont reçu les visiteurs en les applaudissant généreusement et fortement. Bien que les gens du groupe ne fussent pas de la génération qui était là-bas il y a 63 ans, ils représentaient l’effort canadien qui a libéré le village, en 1944, au début de la bataille de la Normandie.

Les Canadiens ont déposé une couronne devant le cénotaphe au cours de la brève cérémonie réglée dans la place. Les leaders de la jeunesse et les autres membres du groupe de la Légion se sont ensuite enlevé le coquelicot qu’ils portaient au revers et l’ont piqué dans la couronne. Les gens du pays les ont suivis avec leurs propres fleurs et couronnes, et puis ils ont accepté avec joie les coquelicots supplémentaires que leur a remis le coordonnateur du voyage Steven Clark de la Direction nationale.

Peu après, des tables ont été apportées sur lesquelles des bouteilles de cidre local ont été déposées. La langue a causé quelques petits inconvénients entre les Français et le groupe de la Légion qui était principalement anglophone, mais l’hospitalité et l’affection étaient quand même évidentes. “Ce sont les choses comme celles-là dont on se souvient après le voyage”, dit Forster. “C’était tout à fait inattendu. Je n’avais jamais pensé me trouver à la tête d’un défilé que des gens applaudiraient en guise d’appréciation.”

Il y a eu maintes surprises durant le pèlerinage qui s’est déroulé du 5 au 19 juillet, un voyage ayant commencé à l’aéroport international Pearson de Toronto où le groupe s’est assemblé pour le vol à destination de Paris. Après Paris, l’odyssée du souvenir est passée dans le Nord de la France, en Belgique et aux Pays-Bas, et pour finir elle a traversé la Manche jusqu’en Angleterre où l’avion du retour a décollé à l’aéroport de Heathrow.

À la tête du groupe se trouvaient le premier vice-président national Wilf Edmond et son épouse Annie de Donkin (N.-É.). Le guide accompagnateur était John Goheen, le directeur d’une école de Port Coquitlam (C.-B.). Goheen, qui a été pèlerin en 1995, fait partie des meubles depuis lors, aux pèlerinages, et il augmente constamment ses connaissances sur les contributions militaires canadiennes. La Direction nationale a parrainé un pèlerin de chacune des 10 divisions mais le représentant de l’Île-du-Prince-Édouard a dû se retirer avant le départ de la délégation.

En plus de Forster, il y avait David Timms de Squamish (C.-B.), Bill Taylor de Wetaskiwin (Alb.), Rod Holowaty de Kipling (Sask.), Cheryl McCallum de Dryden (Ont.), Lisa Weber de Mount Forest (Ont.), Hélène Bouchard de Jonquière (Qc), John Brewer de Marion Bridge (N.-É.) et George Brown de New Harbour (T.-N.) parmi les pèlerins. La plupart des délégués étaient soit leader de cadets, soit enseignant. L’obligation d’avoir moins de 40 ans afin d’être choisi pèlerin a dû être abrogée afin d’attirer les meilleurs candidats pour rapporter le message au pays. Et à partir du commencement, tous les leaders de la jeunesse étaient enthousiastes à propos de ce dont ils faisaient l’expérience.

Un certain nombre de personnes ont payé leurs propres frais, qui s’étaient jointes au groupe pour des raisons particulières. Parmi elles se trouvait Christina Farrell de St. Albans (T.-N.). Elle a participé au pèlerinage de 2005 et a décidé d’y retourner cette année avec Ed Fewer de Grand Falls/Windsor (T.-N.) pour lui montrer les lieux et revivre son expérience. Daniel Hiscock, de Grand Falls/ Windsor aussi, les accompagnait.

Bouchard était accompagnée par son mari Sylvain Simard, un instructeur de cadets. Robert et Viviane Lafraniere de Manitowaning, une ville située sur l’île ontarienne de Manitoulin, étaient du voyage pour aller voir la tombe de l’homonyme de Robert, un oncle enterré au cimetière militaire canadien de Beny-sur-Mer. Joan Ferguson de Calgary et sa nièce Margaret Bodnark de Coquitlam (C.-B.) désiraient voir des endroits dont elles avaient trouvé la description dans le journal de la Première Guerre mondiale du père de Ferguson. Et puis il y avait aussi Lynn et Phyllis Giberson d’Arthurette (N.-B.), Travis Minor de Bonnyville (Alb.) et Lisa Peterson de Fox Creek (Alb.).

En quittant l’aéroport, le groupe a pris la route de Caen, une ville qui a été libérée au début du mois de juillet 1944. La première escale a été faite au musée Le Mémorial, qui a été établi en 1988 pour enregistrer les expériences de la France occupée et de sa libération. Pendant leur visite, les leaders de la jeunesse sont allés voir le Jardin canadien du Souvenir et le parc international du musée. Ce beau jardin est parrainé et entretenu par la Fondation canadienne des champs de bataille grâce en partie au soutien de la Légion royale canadienne.

Ce soir-là, les membres du groupe ont fait connaissance durant ce qui s’est avéré n’être que le premier des nombreux repas réguliers en soirée. Tout au long du voyage, ces rassemblements aux repas ont donné l’occasion aux participants de bavarder et de réfléchir aux activités de la journée. Tout de suite après leur premier repas ensemble, ils sont allés s’exercer, en uniforme de la Légion, en vue des 14 cérémonies auxquelles ils allaient prendre part au cours du voyage.

À chaque endroit où a eu lieu une cérémonie, on a choisi un sergent d’armes et cinq membres de la garde du drapeau. Ces derniers devaient porter la Feuille d’érable, l’Union Jack et le Red Ensign, ainsi que le drapeau des Nations unies et celui de la Direction nationale. La plupart des cérémonies ont été réglées à un cimetière de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth où la garde du drapeau s’est assemblée près de la Croix du sacrifice en pierre: où ces installations sont fréquentes aux cimetières militaires. Le reste du groupe formait deux lignes face à face, et la personne, ou les personnes, choisies pour déposer la couronne complétaient un carré avec le délégué qui récitait l’Acte du Souvenir.

Le lendemain de leur répétition avait lieu un des nombreux départs très matinaux de l’hôtel. Il s’agissait d’aller aux plages du jour J à Bernières-sur-Mer et Courseulles-sur-Mer. Aujourd’hui, ces endroits de la côte normande sont des destinations paisibles pour nombre de vacanciers mais, il y a des années, ils étaient couverts de fils de fer barbelés de l’Europe forteresse.

Goheen ayant décrit les débarquements, il laissa le temps aux participants de se promener et permettre à leur imagination d’errer dans la région où tant de faits capitaux, souvent fatals, ont eu lieu.

Peterson, le président de la filiale Fox Creek (Alb.), avait apporté un sac pour y mettre un peu de sable. “Ma fille m’a demandé de rapporter quelque chose de chaque endroit où nous allons”, dit-elle.

À Courseulles-sur-Mer, le groupe est allé au Centre de la plage Juno, qui a ouvert ses portes en 2003 grâce à des dons, dont un de la Légion royale canadienne. Ce centre est l’endroit qui intéressait le plus Lynn et Phyllis Giberson quand elles se sont inscrites au voyage. “Pour mon 70e anniversaire, mes enfants m’ont acheté une brique du Centre de la plage Juno”, dit Lynn. Un nom est inscrit sur chaque brique achetée par, ou pour, des particuliers, qui est exposée à l’extérieur du centre. “La dame au comptoir nous a donné un petit coup de main pour trouver la nôtre. Quand les enfants me l’ont achetée, j’ai décidé que je viendrais la voir”, dit-il.

Une émotion encore plus forte a été ressentie l’après-midi, quand le groupe est allé à l’abbaye d’Ardenne, où 20 soldats canadiens ont été exécutés, en juin 1944, par des membres de la 12e division de Panzer SS. N’ayant donné que son nom, son grade et son numéro matricule, chaque prisonnier fut emmené dans la cour du jardin, l’un après l’autre, et tué par balle ou avec un instrument contondant. Le commandant Kurt Meyer a été traduit en justice et a purgé une peine de prison pour crimes de guerre.

Le groupe est aussi allé aux cimetières militaires canadiens de Beny-sur-Mer et de Bretteville-sur-Laize où il a réglé des rites. Les pèlerins ont été très impressionnés à Bretteville où les champs environnants étaient pleins de coquelicots. Plusieurs participants en ont ramassé et pressé dans des livres.

Edmond a fait une découverte surprenante en se promenant parmi les rangées de pierres tombales à Bretteville. Il a trouvé la tombe de Francis Quann des Fusiliers de Sherbrooke. Quann était un ami du frère aîné d’Edmond à Glace Bay (N.-É.). “Je me souviens d’une Noël où ma mère l’avait invité chez nous après la messe de minuit. À la Noël suivante, on savait qu’il était mort. Mais je ne savais pas du tout où il avait été enseveli.”

Quann est mort le 8 août 1944.

Après avoir passé trois nuits à Caen, le groupe est passé par Arras, mais c’est à Dieppe que le voyage a pris le plus d’importance. Cette ville côtière est une villégiature populaire, mais c’est aussi un endroit qui hante les souvenirs des Canadiens. C’est aux plages de Dieppe, Pourville et Puys que les Canadiens ont débarqué le 19 août 1942, où ils ont été reçus par le feu allemand venant des hauteurs très fortifiées. Sur les 4 963 Canadiens qui se sont embarqués pour l’opération il y a 65 ans, 907 ont été tués ou sont morts de leurs blessures. Plus de 1 900 ont été faits prisonniers. Les pierres de la grosseur d’un poing qui couvrent les plages étaient glissantes sous les pieds des délégués qui essayaient de s’imaginer à quel point elles formaient un obstacle difficile pour les jeunes hommes qui sautaient en bas des engins de débarquement, plein poids sur le dos et le fusil à la main.

Les participants s’étant installés dans la ville d’Arras, près de la crête de Vimy, leurs pensées ont abandonné la Seconde Guerre mondiale et sont passées à la Grande Guerre. La visite et la cérémonie à Beaumont Hamel avaient beaucoup d’importance pour les Terre-Neuviens. “J’ai découvert il n’y a pas longtemps combien de mes ancêtres se sont battus ici”, dit George Brown, un capitaine de corvette de la ligue des cadets. “Je n’ai commencé une lecture sur la bataille qu’en prévision de ce voyage et j’ai appris qu’une grande partie de ma famille y a participé.”

Les pèlerins ont trouvé le caribou rebelle perché sur son rocher, en une journée ensoleillée mais fraîche, qui regardait sévèrement à travers le no man’s land vers les positions qu’occupaient autrefois les forces allemandes. Le terrain, qui est un site historique national, est encore criblé des trous des obus de l’artillerie utilisée durant la bataille. Un sentier serpente à travers les tranchées dans le parc, bien qu’une grande partie de la zone soit interdite aux visiteurs pour prévenir l’érosion. Le gazon est entretenu par un troupeau de moutons qui le broute car le terrain est trop irrégulier et trop dangereux pour qu’on puisse utiliser un équipement conventionnel pour le tondre.

C’est le 1er juillet 1916, le premier jour de la coûteuse offensive de la Somme, que le Newfoundland Regiment a reçu l’ordre de passer à l’attaque. Le régiment malchanceux s’est avancé directement vers les positions fortifiées de l’ennemi. Ce fut un massacre. Sur les 801 soldats qui se sont lancés à l’attaque, il n’en restait que 68 sans blessure pour répondre à l’appel le lendemain.

Arlene King, la directrice du site de Beaumont Hamel, a reçu le groupe et participé à la cérémonie solennelle à la base du monument. L’humeur là-bas était bien différente de ce qu’elle allait être deux jours plus tard quand le groupe s’est trouvé, non loin, au Monument commémoratif du Canada à Vimy, l’endroit du plus fameux triomphe canadien de la Première Guerre mondiale.

Goheen, menant le groupe en haut du monument sanctifié, s’est arrêté à un endroit commode pour signaler le nom de son parent Walter William Goheen, un des 11 285 militaires canadiens dont le nom a été gravé sur le monument : des gens qui ont été portés “disparus, présumés morts” en France durant la Première Guerre mondiale.

Walter Goheen est mort le 1er octobre 1918, un mois seulement avant l’armistice. Le monument de Vimy est superbe, qui a été restauré et consacré à nouveau en avril dernier (Anniversaire sur la crête, juillet/août). Cet hommage au sacrifice de la nation créé par Walter S. Allward, d’une hauteur de 10 étages, comporte des pylônes et des statues caractéristiques, dont une femme qui pleure ses fils tombés au champ d’honneur.

Goheen a fait bien attention d’expliquer que, bien que la bataille de Vimy soit celle qui va rester gravée dans l’esprit des Canadiens à jamais, il y a aussi plusieurs autres batailles canadiennes coûteuses auxquelles le Corps d’armée canadien a participé avant la fin de la guerre. “Une fois que les commandants britanniques ont compris que les Canadiens étaient les meilleurs à leur disposition, ils s’en sont servi comme fer de lance à quelques-unes des pires batailles”, dit-il.

La plus fameuse de ces batailles est celle de Passchendaele, laquelle s’est passée en automne 1917, une tâche impossible qui, d’après le général canadien sir Arthur Currie, ne pouvait pas être accomplie sans 16 000 victimes. Sa prédiction s’est révélée terriblement juste.

Le groupe a visité des sites de la Première Guerre mondiale qui ne sont pas aussi bien connus, comme ceux de la colline 70 et du canal Albert. De dire Goheen, Currie lui-même aurait préféré que le magnifique monument d’Allward soit situé au canal.

En Belgique, le groupe a passé la nuit à la ville historique d’Ypres, dont on dit que c’est le trophée de la Première Guerre mondiale pour lequel on s’est le plus battu.

Bien que la ville ait été presque entièrement démolie durant les combats, Ypres, grâce à la détermination des alliés, n’est pas tombée aux mains des Allemands.

Le Musée de la guerre du Canada s’était joint au musée du monument de Passchendaele pour organiser une exposition spéciale sur Passchendaele, laquelle a lieu, à Ypres, durant le pèlerinage. L’exposition a commencé le 13 juillet à la ferme Waterfields où se trouvait le quartier général des alliés durant la bataille.

Le groupe a été invité à la réception d’ouverture par l’ambassadrice du Canada en Belgique, Laurette Glasgow. Le ministre d’Anciens combattants Canada Gregory Thompson et le ministre des Affaires indiennes et du Nord d’alors, Jim Prentice, dont des parents ont servi à cette bataille, étaient présents aussi.

Non loin d’Ypres, le groupe a fait une escale à la ferme Essex où se trouve un petit cimetière militaire. C’est aussi le lieu d’une infirmerie de campagne restaurée où, en 1915, le major John McCrae, épuisé et fatigué de la guerre, a écrit son fameux poème, Au champ d’honneur. Les membres du voyage pouvaient s’imaginer les conditions dans lesquelles le personnel médical travaillait durant les combats implacables.

McCrae reçut la nouvelle de la mort de son bon ami, le lieutenant Alexis Helmer, un officier d’artillerie qui a été atteint directement par l’ennemi. C’est McCrae qui a officié au service improvisé de son camarade. Ensuite, d’après des rapports annexes, il aurait pris un peu de temps pour retrouver son aplomb avant d’écrire le poème, ce qu’il aurait fait en quelques instants.

Chaque nuit passée à Ypres, le groupe a assisté à la cérémonie de la dernière sonnerie à la porte de Menin. Il s’agit d’une porte qui, détruite durant la guerre, a été reconstruite en tant que monument aux soldats du Commonwealth dont on ne connaît pas la dernière demeure. Au-dessus des deux escaliers, qui s’élèvent à partir de la route qui passe sous la porte, se trouve l’inscription suivante : “Ici sont inscrits les noms d’officiers et d’hommes qui sont tombés au saillant d’Ypres mais pour qui la fortune de la guerre a refusé l’enterrement honorable qu’ont eu leurs camarades mortuaires.”

Terminée en 1927, la porte de Menin est devenue fameuse grâce à la cérémonie toute simple qui y est réglée chaque soir par des pompiers d’Ypres. La circulation est stoppée à 20 h exactement dans l’artère qui entre dans la ville. Les pompiers arrivent, en bicyclette d’habitude, et ils jouent la dernière sonnerie et puis le réveil avec leurs clairons. La plupart des soirs, il y a bien peu de touristes au courant de la manifestation qui assistent à la cérémonie.

Les choses ne se sont pas passées ainsi le 12 juillet, quand un service commémoratif a été réglé à l’occasion du 80e anniversaire de la porte. La reine Elizabeth est allée à la porte en privé cet après-midi-là et le même soir l’anniversaire a été célébré par les gouverneurs généraux Michael Jeffery de l’Australie et Anand Satyanand de la Nouvelle-Zélande. Le ministre d’Anciens combattants Canada Gregory Thompson y représentait le Canada et il a récité Au champ d’honneur devant une foule de plus de 2 000 personnes.

Le troisième soir à Ypres, le groupe de la Légion a eu l’insigne honneur de défiler à la cérémonie nocturne et Edmond celui de lire l’Acte du Souvenir. Les pompiers ont aussi fait venir un cornemuseur dont les notes sinistres ont résonné à travers l’immense porte. “Je pense que la cérémonie de la porte de Menin a été la plus touchante de tout le voyage”, dit Timms. “On pouvait pratiquement sentir la présence des gens dont les noms sont inscrits sur les murs pendant qu’on jouait la dernière sonnerie.”

Le groupe est retourné à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en poursuivant son trajet aux Pays-Bas, où il a passé deux nuits à Oosterbeek, près d’Arnhem. En chemin, il a fait escale au canal Leopold et à d’autres sites, pour se souvenir des terribles combats qui ont eu lieu au Scheldt, au Nord de la Belgique et au Sud-Ouest des Pays-Bas, en automne 1944.

À son retour à Bruges, en Belgique, le voyage a vraiment touché à sa fin. Il ne restait au groupe que d’aller à Calais (France) et puis de traverser la Manche pour Londres, où il passerait une nuit, avant l’avion du retour au Canada. En cours, il a réglé une cérémonie en l’honneur des disparus marins. Durant cette dernière, une couronne a été lancée du transbordeur à la mer.

La dernière escale, convenablement, a été celle de Wimereux, près de Calais. Là, dans un petit cimetière, à portée de vue de la mer, se trouve la dernière demeure du lieutenant-colonel John McCrae.

Les tombes de ce cimetière ont des pierres tombales plates car le terrain est trop instable pour les verticales. Goheen, qui d’habitude voyageait avec un bloc-notes rempli, pour faire ses comptes rendus, avait étrangement laissé ses papiers dans l’autocar. Il a donné une vue d’ensemble du travail dans l’hôpital de campagne où McCrae travaillait et puis il a ajouté “aucune cérémonie officielle n’a été prévue ici. Mais on a pensé que vous aimeriez prendre une minute pour écouter les vers éternels de McCrae”. Il récita alors en entier le petit poème Au champ d’honneur.

Par la suite, le groupe s’est baladé pour la dernière fois dans un cimetière du Commonwealth. Plusieurs pèlerins ont dessiné la pierre tombale de McCrae.

À Londres, Edmond s’est fait l’hôte durant un souper d’adieu. “Des jeunes hommes sont arrivés ici qui venaient de tous les coins du Canada. Ils se sont battus et ont péri […]. Nous avons marché sur leurs pas.”

Son message aux participants était clair : “Tout ce que je vous demande c’est de ne pas garder ceci pour vous. Si vous avez l’occasion de parler à un groupe de jeunes, faites-leur part de ce que vous avez vécu durant cette période de deux semaines.”

Le premier vice-président national dit en conclusion : “C’est la dernière fois que nous nous réunissons avant de nous rendre à l’aéroport séparément, demain matin. J’ai pensé que ce serait approprié de chanter ensemble.”

Il a alors dirigé le groupe dans une interprétation, venant du fond du coeur, de We’ll Meet Again (nous nous reverrons), la complainte rendue célèbre par la chérie des militaires de la Seconde Guerre mondiale Vera Lynn et qui concerne des amoureux séparés par la guerre.

Nouvelles du Québec

· Les autorités municipales de Trois-Rivières ont organisé une réception à la mairie en l’honneur des vétérans de la Seconde Guerre mondiale appartenant à la filiale Gén. Jean Victor Allard DSO & Agrafes à l’occasion du 60e anniversaire de cette dernière.

· La filiale Rouge River a attribué une bourse de 800 $ à l’élève Jean-Philippe Bleau.

La filiale et les DA ont ramassé 467 $ pour les soldats en Afghanistan.

· La filiale Greenfield Park a donné 5 000 $, prélevés à son Fonds de fiducie du coquelicot, à la Fondation de l’Hôpital Ste-Anne, pour l’achat de deux tables pour traitements électriques qui vont servir à la physiothérapie. Ces tables, qui sont ajustables, facilitent le transfert des patients.

La filiale a utilisé de l’argent du Fonds de fiducie du coquelicot pour donner un défibrillateur au bourg de Greenfield Park.

· La filiale Hull a célébré son 75e anniversaire. Paulette Cook, qui était alors présidente de la Division du Québec, a coupé un gâteau traditionnel en présence du lieutenant-colonel et commandant du Régiment de Hull Michel Gagné, du maire de Gatineau Marc Bureau, du président de la filiale Hull Michel Massie, du député local Marcel Proulx et du commandant du district 14 Roland Lefèbvre.

· La filiale Hemmingford a honoré les dames auxiliaires Florence Wilson et Mildred Robert de leurs durs labeurs et de leurs contributions à la filiale et aux DA. Environ 50 membres, ainsi que certains de leurs proches, ont assisté aux festivités en après-midi.

· La filiale Gén. Vanier de Roxboro a remis une épingle de 50 ans de service à George Heaven.

· La filiale Wakefield a honoré William G. Merrifield en lui remettant une barre de 60 ans pour sa médaille de 50 ans de service.

Changement positif au Musée de la guerre

En travaillant ensemble, le Musée canadien de la guerre et des organisations d’anciens combattants ont réussi à trouver les mots justes pour le texte d’une affiche servant à décrire la campagne de bombardement de la Seconde Guerre mondiale.

La composition du texte de l’affiche, qui remplace celle dont le titre était Une controverse qui persiste, s’est terminée au début du mois d’octobre. Il a fallu beaucoup de temps pour en arriver à cela et nous applaudissons les gens dont les efforts ont donné lieu aux modifications importantes qui ont été faites. En gros, le résultat est une affiche qui décrit la campagne de bombardement de la Seconde Guerre mondiale avec davantage de contexte. Il s’agit d’un développement positif et très satisfaisant pour le musée, pour les anciens combattants, pour les organisations qui les représentent, et pour le grand public.

La nouvelle affiche se lit comme suit :

LA CAMPAGNE DE BOMBARDEMENT

La campagne de bombardement stratégique contre l’Allemagne, une partie importante de l’effort des alliés qui a abouti à la victoire, est une source de controverse qui reste aujourd’hui.

Le bombardement stratégique bénéficiait d’un grand soutien public et politique en tant que symbole de la résolution des alliés et en tant que réponse à l’agression allemande. Durant ses premières années, l’offensive aérienne n’a atteint que bien peu de ses objectifs et ses pertes étaient lourdes. Les progrès technologiques et tactiques, en plus des succès des alliés aux autres fronts, ont donné des résultats plus heureux. À la fin de la guerre, les bombardiers alliés avaient rasé des parties de villes allemandes importantes et endommagé d’autres cibles, y compris des installations pétrolifères et des réseaux de transport. Les attaques ont émoussé le potentiel économique et militaire des Allemands, et elles les ont obligés à détourner des ressources qui se faisaient rares vers la défense aérienne, la réparation des dommages et la protection d’industries cruciales.

Les équipages d’aéronefs alliés ont mené une offensive ardue, avec beaucoup de courage, malgré le fait que les chances étaient contre eux. Il a fallu beaucoup de matériel et d’efforts industriels, et cela a coûté plus de 80 000 vies alliées, dont celles de 10 000 Canadiens. Bien que la campagne ait grandement participé à fatiguer l’ennemi de la guerre et malgré ses 600 000 morts et plus de 5 millions de sans-abris, la société allemande ne s’est pas écroulée. La productivité industrielle baissa beaucoup, mais seulement vers la fin de la guerre.

L’efficacité et la moralité de bombarder des régions où la population était très dense sont encore débattues aujourd’hui.

Avantages très tardifs

Le président national Jack Frost a écrit au Premier ministre Stephen Harper, à propos de deux questions sur lesquelles Anciens combattants Canada tarde beaucoup à agir. Les deux questions concernent le Programme d’autonomie des anciens combattants, lequel a pour raison d’être d’assister les anciens combattants à rester dans le confort de leur foyer plutôt que d’emménager dans des établissements de soins de longue durée bien plus dispendieux et moins familiers.

La Légion et d’autres associations d’anciens combattants ont préconisé que le gouvernement étende certains avantages du PAAC, comme le soutien par rapport à l’entretien du foyer et du terrain, aux conjointes d’anciens combattants qui obtenaient des avantages du PAAC lors de leur décès. La Légion prône depuis longtemps d’étendre ces avantages afin qu’ils comprennent les avantages médicaux et l’accès aux établissements de soins de longue durée. De plus, les avantages qui ont été étendus aux conjointes dans le cadre du programme ne touchent que les gens dont le conjoint ancien combattant est mort après le 1er janvier 1981.

Malgré les promesses faites par le Parti conservateur lors des dernières élections, rien n’a été fait pour offrir les avantages du PAAC aux conjointes qui survivent aux anciens combattants morts avant 1981. La Légion s’inquiète aussi des anciens combattants âgés et frêles qui n’ont pas droit aux avantages du PAAC. “Nombre d’anciens combattants, plus de 70 par jour, meurent sans le soutien financier du PAAC qui leur aurait permis de passer leurs derniers jours chez eux. Ces anciens combattants, malades, frêles et flétris par l’âge, ont été forcés de quitter leur foyer car ils n’avaient plus la force de s’occuper des travaux d’entretien de base ni les ressources pour engager quelqu’un qui s’en occupe. Séparés de leur conjointe attentionnée, ils sont souvent relégués à des maisons de soins infirmiers sans soutien financier”, écrivait Frost. Une résolution du dernier Congrès national exhortait le gouvernement de faire les modifications qui s’imposent pour que les anciens combattants canadiens et alliés de 80 ans ou plus aient automatiquement droit au PAAC sans passer de test sur leurs moyens.

Malgré les résolutions votées au Congrès national de la Légion de 2006 et une lettre envoyée au ministre d’Anciens combattants Canada Gregory Thompson en décembre dernier, rien n’a été fait. À ACC, on dit que les avantages du PAAC se font étudier à l’interne par l’entremise de l’Examen des services de santé des anciens combattants. Mais cet examen dure depuis 2004 et, le 30 septembre dernier, la Légion n’avait toujours pas reçu de réponse officielle à propos de quand il sera terminé.

Il est temps que le gouvernement réponde à ces questions importantes qui concernent les anciens combattants frêles et leurs conjointes survivantes. On devrait tenir compte des besoins et non pas des moyens quand on prend ce genre de décisions. Étendre ces avantages ne se ferait pas gratuitement. Toutefois, il ne reste pas beaucoup de temps avant que le dernier ancien combattant frêle nous quitte. Ces anciens combattants, tout comme les épouses, n’ont pas hésité à faire preuve de courage et à se sacrifier. Le gouvernement ne devrait pas attendre les résultats d’examens quand les actes se font tardifs.

Opération Méduse : la bataille du Panjwai — Partie 2: La mort dans une zone de feu à volonté

Trouver la 1re partie dans notre numéro de septembre/octobre ou au site de la toile à https://legionmagazine.com/francais/

Venant d’être jeté à terre par une explosion, le caporal Richard Furoy est couché sur le sol afghan dur où il saigne, où il souffre énormément et où il est probablement presque en état de choc. À côté de lui se trouve le corps de son ami, l’adjudant Rick Nolan. Les balles de l’ennemi déchiquètent le sol ou sifflent au-dessus de lui en allant frapper le G-Wagen d’où Furoy vient juste de s’échapper.

Le caporal Sean Teal, qui répondait frénétiquement au tir de l’ennemi qui surgissait des champs de marijuana en zigzaguant, là-bas, au loin, près de l’école blanche, et en tirant des balles en abondance vers les Canadiens, est le seul compatriote que Furoy pouvait voir.

Furoy, de la 2e Ambulance de campagne, était l’infirmier du 7e Peloton, qui avait été détaché auprès de la Compagnie Charles. À son arrivée, Nolan l’avait pris sous son aile et lui avait montré ce qu’il devait savoir. Nolan était mort et Furoy n’avait rien pu faire : la situation était tout ce qu’il y a d’horrible.

Au flanc droit des Canadiens, le sergent Shane Stachnik était déjà mort et l’attaque était en train de se changer rondement en un sauve qui peut. Furoy continuait de penser à son ami. Au milieu de la bataille, il s’est étiré vers Nolan pour lui serrer le bras. “Désolé, mon frère, désolé”, dit-il.

Teal et Furoy étaient tout seuls et leurs moyens de communication, en dérangement. Furoy s’évanouissait par moments. Il pensait qu’il était peut-être au bout du rouleau. Ses pieds lui semblaient en feu et il sentait du sang sur son visage. Il perdit connaissance. Mais Teal ne lui permit pas de partir; il lui fit reprendre ses sens avec la crosse de son fusil.

Teal mit le fusil C8 de Nolan entre les mains de Furoy et lui dit : “L’ennemi est à 50 mètres droit devant, défends-toi”. Furoy en fit ainsi.

Les secours arrivèrent soudainement. Dans le maelstrom, Teal avait réussi à faire signe au VAL le plus près, indicatif d’appel 3-1 Charlie, lui indiquant qu’il avait besoin d’aide.

Le sergent Scott Fawcett choisit deux de ses hommes, le caporal Jason Funnel et le simple soldat Michael Patrick O’Rourke, et partit à la course à travers les champs de marijuana.

Furoy, toujours couché par terre, leva les yeux vers Funnel et vit des balles traçantes passer à côté de la tête de son ami, ainsi que des fusées, juste au-dessus. De penser Furoy : Funnel va certainement se faire tuer d’un instant à l’autre.

Par la suite, Funnel dit qu’il pensait la même chose en ce qui concernait Furoy, en voyant les balles sillonner le sol tout autour de l’infirmier blessé.

* * *

Ils sont allés à la guerre, ces soldats canadiens, les vétérans du Panjwai, ils sont allés à un monde qui n’a rien de normal. Ils ont vu leurs amis blessés par terre; ils les ont vus mourir. Et ils ont vu leur propre mort : elle était juste là, dans les fusées qui passaient à côté d’eux; la fin de tout. C’est un endroit où on ne se fait pas d’illusions; un endroit où la peur et le courage se valent : qu’on vive ou qu’on meure, on fait son devoir ou on ne le fait pas. C’est un endroit d’où on ne revient qu’à grand-peine.

Ne les prenez pas en pitié; ce n’est pas ce qu’ils veulent. Ce sont des guerriers professionnels et la première chose que les hommes de la Compagnie Charles veulent vous dire à propos de la bataille pour l’objectif Rugby, c’est qu’ils n’ont pas perdu. Ils n’ont pas perdu ce jour-là. Ils n’ont pas perdu leur mission. L’attaque a échoué et c’était tout un chaos. C’est sûr. Mais la force opérationnelle a donné une grosse raclée aux taliban ce jour-là. Les ennemis étaient alignés et cachés, des centaines d’entre eux, qui tiraient de trois côtés. Et les Canadiens se sont avancés, malgré tout; ils se sont lancés à l’attaque face aux fusils, face aux fusées.

La Compagnie Charles du Royal Canadian Regiment est la compagnie la plus décorée, celle qui a été la plus ensanglantée de toutes les compagnies des Forces canadiennes. À la fin de cette histoire, l’unité aura presque été anéantie, mais même ça ce n’est pas la fin. Sans exception, ces hommes protègent leurs souvenirs avec acharnement; ils ne racontent pas des histoires à la légère, mais ils veulent que vous sachiez ce qu’ils ont fait, à quoi ils se sont mesurés.

Voici ce qui est arrivé :

C’était le 3 septembre 2006, le deuxième jour de l’opération Méduse et la Compagnie Charles lançait une attaque hâtive directement en plein centre de l’objectif Rugby, un petit terrain fortement défendu au milieu du district de Panjwai de la province de Kandahar (Afghanistan).

Bien que ce soit principalement l’histoire de la Compagnie Charles des 3 et 4 septembre, Méduse était toutefois une opération immense, le premier assaut terrestre de l’OTAN et la plus grande bataille menée par des Canadiens depuis plus d’un demi-siècle. D’après le plan de Méduse, la Compagnie Charles, au sud, jouait le rôle du marteau et la Compagnie Bravo du major Geoff Abthorpe, au nord, celui de l’enclume. À l’est et à l’ouest, d’autres forces de la coalition, des Hollandais, des Danois et des Américains, essayaient d’encaisser les insurgés en bloquant les voies par où ils auraient pu s’échapper. Bien que les forces canadiennes aient été formées principalement du 1er Bataillon du Royal Canadian Regt. de Petawawa (Ont.), il y avait aussi des contingents non négligeables du 2e Régiment du génie de combat, des Royal Canadian Dragoons, de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, un escadron ISTAR (reconnaissance) commandé par le major Andrew Lussier et puis, bien entendu, il y avait les hommes sans nom, les forces spéciales alliées et canadiennes, qui disparaissaient dans l’ombre à l’occasion.

Méduse avait pour objet de contrer la force ennemi assez importante qui s’était rassemblée au Panjwai, à quelques kilomètres à peine au sud-ouest de la ville de Kandahar. L’histoire de cette terre en est une où des étrangers sont allés pour essayer d’exercer de l’influence sur l’Afghanistan du Sud. Les Britanniques ont eu de lourdes pertes là-bas, tout comme, plus récemment, les Russes, qui n’ont pas réussi à contrôler le territoire durant leur guerre afghane des années 1980.

Il n’y a pas que ses habitants qui font que c’est difficile de conquérir le district (c’est le berceau des taliban ainsi que des tribus pashtounes), il y a le terrain-même. Certains appellent la région de la rivière Arghandab une oasis, mais cette image nie son étrange désolation. Le désert Rouge se trouve à quelques kilomètres au sud, comme une fournaise géante où l’air craquant et sec extrait toute l’humidité de la terre. Ainsi, malgré la verdure luxuriante, la vie est dure, les gens sont durs et jusqu’à la terre qui est dure.

Le paysage autour de l’objectif Rugby est un paradis pour guérilleros, façonné par des générations d’insurgés pour en faire une parfaite redoute. Il y a des systèmes de fossés d’irrigation communicants qui ressemblent fort à un grand système de tranchées. De plus, il y a de vrais systèmes d’enceintes fortifiées, de tunnels, de champs de maïs, de plantes de marijuana qui poussent si densément et si haut qu’on ne voit que les antennes des véhicules canadiens lorsqu’ils se déplacent autour du champ de bataille et où la limite des arbres dessine des lignes s’entrecroisant à l’infini.

Et Rugby, centré à l’école blanche, était en plein milieu de toutes les activités des insurgés. C’était donc un problème difficile à résoudre, peut-être le plus difficile de tous. Et tout le monde le savait. Il ne s’agit pas de sagesse rétrospective mais bien de prévoyance : plusieurs sources ont rapporté que les renseignements obtenus par les Canadiens aux échelons du groupement tactique et de la brigade indiquaient que la position défensive principale au Panjwai se trouvait à Rugby. Mis à part les renseignements, on avait prouvé que Rugby était une position ennemie grâce à du sang canadien, le 3 août, un mois auparavant, quand la PPCLI avait perdu quatre soldats lors de sa tentative ratée de prendre l’école blanche.

* * *

Tôt le matin, le 2 septembre, la Compagnie Charles avait pris Masum Ghar et Mar Ghar, deux points élevés qui surplombent l’objectif Rugby et la région autour de Pashmul. Alors que les VAL du RCR s’alignaient et se mettaient à tirer sur des cibles d’insurgés de l’autre côté de la rivière, les soldats du génie, dirigés par le lieutenant (aujourd’hui capitaine) Justin Behiels, entreprirent de construire de nouvelles routes dans le lit de la rivière.

Du haut de Masum Ghar, vers le nord, on voit plusieurs caractéristiques clés de Rugby. Une petite route jonchée de bombes et de mines de l’ennemi, surnommée la route Comox/Vancouver, encaisse l’objectif à l’est et au nord. À l’ouest se trouve l’école blanche. Et au nord, à quelques centaines de mètres à peine, il y a le village de Pashmul lui-même, qu’il allait falloir nettoyer aussi.

Mais avant d’en arriver à cette étape, il y avait nombre de problèmes, un immense tas de problèmes que le major Matthew Sprague devait résoudre. La besogne à faire d’abord était de faire traverser la rivière Arghandab à ses forces pour pouvoir atteindre l’objectif.

* * *

Ce qu’on doit savoir à propos de Sprague, c’est que c’est un meneur d’hommes. Il n’hésite pas. Quand il dit que quelque chose doit se faire, ça se fait. Et il a aussi une autre qualité qui est indispensable chez un chef : il prend soin de ses hommes quoi qu’il arrive et ils savent qu’ils peuvent compter sur lui. En conséquence, ses hommes ne lui envoient pas de piques, pas même subtilement, et ils ne le questionnent pas.

Pour se rendre compte de la bataille–la fureur de la malchance et la sempiternelle calamité–il faut s’imaginer Sprague au centre du chaos, qui s’efforce d’aiguiller deux choses en même temps : secourir ses soldats blessés au champ de bataille et trouver une façon de contrer, sur le moment, l’immense force ennemie qui les a piégés et coincés.

Et l’autre chose qu’il faut garder à l’esprit, c’est l’atmosphère qu’il y avait là-bas au sol, quand des centaines de soldats ennemis tiraient un nombre incroyable de coups de feu de trois côtés, ainsi que le nombre encore plus grand de coups de feu tirés par les Canadiens, y compris l’artillerie presque constante de la coalition, l’appui aérien rapproché et le feu répressif du 9e Peloton de Charles en haut de Masum Ghar.

* * *

Bien que la rivière Arghandab fût peu profonde en ce temps-ci de l’année, son lit est très large, environ 1 000 mètres par endroits. La force qui allait traverser était formée des 7e et 8e pelotons de la compagnie, d’un groupe d’ingénieurs, d’un petit convoi de soldats de l’armée nationale afghane avec leur équipe intégrée d’entraîneurs américains, une équipe de dégagement de route américaine et le quartier général tactique de Sprague, qui comprenait un contrôleur aérien avancé pour guider l’appui aérien de la coalition.

Bon nombre de soldats savaient que l’ennemi s’attendait à ce qu’ils traversent ici, mais la force d’attaque n’avait guère le choix. Le seul endroit où il y avait un feu de soutien ce matin-là c’était exactement là, juste devant Masum Ghar. Et il fallait éviter Comox/Vancouver, alors ils étaient canalisés au tout début.

La traversée de la rivière se fit sans incident, les brèches furent faites et l’avancée eut lieu dans les champs au-delà. Le sol était jonché de brochures larguées par l’OTAN pour avertir les gens de la localité qu’une opération allait y avoir lieu. Les gens avaient aussi été avertis à la radio et tous les soldats afghans locaux connaissaient bien le plan. Il ne s’agissait pas d’une attaque surprise.

Avant de traverser, on avait dit aux soldats que l’ennemi avait abandonné ses positions à Rugby. Malgré l’avertissement favorable, beaucoup de soldats sentaient que quelque chose allait se passer, leurs sens étaient troublés par ils ne savaient quoi. Mais, pour l’instant, pas un seul coup de feu n’avait été tiré et rien n’indiquait que la force ennemie était cachée à quelques centaines de mètres.

L’endroit de la tête de pont initiale avait à peu près la grandeur d’un terrain de football. Il était encaissé à l’ouest par la route Comox et au nord et à l’est par des replats, des fossés et des champs de grande marijuana. Les choses se sont embrouillées un petit peu, au début, car le 7e Peloton était parti au nord et il avait abouti à la route Comox. S’en étant aperçu, Sprague leur ordonna par radio de se réorienter et de revenir tout de suite vers l’école. Le peloton revint à travers les lignes de la compagnie pour prendre la tête de l’attaque de l’école.

Après que les ingénieurs aient produit leur deuxième ensemble de brèches, le chef du 8e Peloton, le lieutenant Jeremy Hiltz (qui a été promu au grade de capitaine depuis), se tint sur le replat au bord de la position principale de la compagnie pour voir passer dans un fossé le G-Wagen où Nolan appuyait son visage contre la vitre du passager pour rire, comme s’il essayait de s’enfuir. Ensuite, Hiltz vit le sergent Shane Stachnik traverser le fossé accroupi. Stachnick lui lança un drôle de regard, comme pour dire ‘c’est dingue, mais allons-y quand même’.

Le capitaine Derek Wessan donna rapidement des ordres au 7e Peloton, qui devait passer par la brèche des ingénieurs et s’enligner avec les quatre VAL, 3-1 Alpha, Bravo et Charlie, et la section du génie à bord d’Echo 3-2 Alpha, un peu en avant du G-Wagen, indicatif d’appel 3-1 W, que les soldats qui y montaient appelaient 3-1 ‘woof’ pour rire, comme pour imiter le dernier bruit qu’on entend quand un véhicule s’enflamme. Ils devaient s’avancer vers l’école blanche et s’arrêter 30 mètres avant pour l’observer. Wessan, un homme imposant, compétent et infatigable, aurait dû être dans son propre VAL, mais son véhicule se trouvant entre les mains des mécaniciens, il était à l’arrière de 3-1 Charlie.

Les quatre VAL s’avancèrent lentement, à travers le canal d’irrigation, jusqu’aux champs de marijuana si denses que les chauffeurs et les tireurs n’y voyaient pas grand-chose. Derrière eux, le G-Wagen franchissait la brèche, suivi par Sprague lui-même, indicatif d’appel 3-9, qui s’était avancé pour augmenter la puissance de feu au cas où cela s’avèrerait nécessaire.

Fawcett observait la situation par l’écoutille de la sentinelle arrière de 3-1 Charlie et, quand ils s’étaient approchés à 30 mètres à peu près de l’école, il donna l’ordre à son chauffeur de stopper. Quelques secondes après, Fawcett vit deux choses arriver presque simultanément. À sa droite, la tourelle d’Echo 3-2 sembla sauter en morceaux. Il se baissa pour rapporter à Wessan ce qu’il venait de voir. Ensuite, à sa gauche, Teal lui faisait signe avec les mains et criait derrière le G-Wagen qui était noirci et d’où sortait de la fumée.

Fawcett sauta rapidement de l’écoutille dans le ventre du LAV où il mit Wessan au courant et rapporta qu’il allait se rendre au G-Wagen. “Suivez-moi”, cria Fawcett à O’Rourke et Funnel et puis il descendit la rampe arrière en courant.

Durant leur course à travers les plantes de marijuana vers le G-Wagen, le bruit des armes à feu était assourdissant et le feu de l’ennemi déchirait les grandes plantes. Il pleuvait de la marijuana sur les soldats qui sprintaient.

* * *

Quelques instants auparavant, sur le siège passager arrière du G-Wagen, le caporal Furoy se penchait en avant pour mieux voir l’écran de son appareil photo numérique. Il venait de passer l’appareil à Nolan, pour qu’il prenne quelques photos et il voulait savoir s’il y en avait des bonnes.

Tout explosa soudainement. La première chose qui est passée par l’esprit de Furoy, c’est que son appareil avait explosé entre ses mains. Ce n’était pas le cas. C’était probablement une grenade propulsée par fusée qui avait explosé à travers le pare-brise en plein dans la face et la poitrine de Nolan. Des fragments déchirèrent l’épaule de Furoy et blessèrent gravement l’interprète afghan assis à sa gauche.

Pendant que O’Rourke et Funnel soignaient Furoy et l’interprète, Fawcett et Teal portèrent leur attention sur l’ennemi qu’il fallait tenir à distance. Peu de temps après, Fawcett ordonna à ses gars d’emporter les blessés à 3-1 Charlie, ce qu’ils firent sous le feu nourri de l’ennemi, et faisant l’aller-retour deux fois : un acte de bravoure pour lequel on leur a décerné la Médaille de la vaillance militaire.

Fawcett et Teal se sont donc retrouvés tout seuls avec le corps de Nolan au G-Wagen.

Le feu venant vers eux et celui qui partait en direction inverse–des centaines d’armes à feu tiraient en même temps–étaient assourdissants. Au G-Wagen, les balles arrivaient de trois côtés et il y en avait même qui passaient sous le véhicule. Couché par terre, Fawcett se demanda : “si les balles de l’ennemi passent sous le G-Wagen, pourquoi suis-je couché par terre?”

Il se releva d’un bond et cria à Teal de faire comme lui, et ils se mirent à l’abri du véhicule. À quelques douzaines de mètres à leur gauche, le canon principal de 3-1 Bravo s’enraya après n’avoir tiré que quelques coups, le caporal-maître Sean Niefer était assis à l’écoutille, exposé au feu ennemi, qui dirigeait son propre tir de barrage avec la mitrailleuse montée sur la tourelle. À l’esprit de ceux qui ont vu Niefer dans la tourelle, complètement exposé aux balles et aux fusées qui étaient tirées vers lui, cette image est devenue presque emblématique de toute la bataille. La Médaille de la vaillance militaire lui a été décernée.

Au flanc droit, Echo 3-2, le VAL de Stachnik, avait l’air bien mal-en-point. Pendant quelques instants effrayants, tout le monde pensait que le véhicule avait été détruit de façon catastrophique. Non seulement sa tourelle avait-elle été mise en pièces, mais il ne bougeait plus et aucun message radio n’en sortait.

Presque immédiatement, une opération de sauvetage fut lancée pour accrocher Echo 3-2 afin de le sortir de la zone létale. Le chauffeur d’Echo 3-2 reprit conscience au moment où un soldat allait y fixer un câble et il eut la présence d’esprit de faire marche arrière et conduire jusqu’en arrière de la ligne de combat, laissant le soldat, le câble à la main, au milieu du champ.

C’est au VAL de Sprague que s’arrêta d’abord Echo 3-2, d’où le caporal Derick Lewis et le caporal-maître (aujourd’hui caporal) Jean-Paul Somerset sautèrent pour soigner les blessés. Lewis monta dans le VAL et, après avoir découvert que Stachnik était mort, il commença à soigner le commandant de l’équipage.

Juste avant, Lewis avait vu quelque chose qu’on ne voit pas souvent, un combattant ennemi qui courait, à 75 mètres environ, à découvert. Il épaula son fusil et tira un coup de feu. Il manqua son premier coup. Il tira à nouveau, et puis encore une fois. Le combattant ennemi s’affaissa, mort.

Certains des gars se souviennent bien, mais pour d’autres tout est flou. Dans le cas de Lewis, c’est une toute autre histoire. Il se souvient de ces événements avec un détail cristallin, il se les rappelle coup par coup, seconde par seconde, comme s’ils venaient de se passer.

À ce moment-là, toutefois, Lewis avait mis son arme de côté et il donnait des premiers soins. Un infirmier américain, implanté dans l’armée nationale afghane, arriva d’on ne sait où et se mit à donner un coup de main pour soigner les blessés. Quand ce fut clair qu’ils avaient tous été soignés, Lewis se porta volontaire pour raccompagner l’Américain jusqu’aux lignes amies, alors ils se mirent en route tous les deux, une course à travers pratiquement tout le champ de bataille, environ 700 mètres, que Lewis dut refaire en sens inverse. Bien que les deux ont été immobilisés une fois en allant vers la position états-unienne, et que Lewis s’est fait jeter par terre par une explosion durant son retour, ils ont tous deux atteint leur objectif sans une égratignure.

* * *

À la radio, Sprague avait commencé à organiser le 7e Peloton pour battre en retraite de la zone létale et retourner aux lignes de la compagnie.

Pour ce faire, 3-1 Bravo roula jusqu’au G-Wagen et baissa sa rampe. Fawcett se mit à tirer le corps de Nolan vers lui. Le soldat qui sortit en premier du LAV s’arrêta net près du bas de la rampe et les autres soldats s’empilèrent derrière lui.

Ils mirent vite le corps de Nolan à l’intérieur et s’apprêtèrent à partir. Fawcett se rendit vite compte que ça ne marcherait pas, le VAL était plein à craquer; il n’y restait plus de place. Fawcett jeta un coup d’oeil à son collègue commandant de section, le sergent Brent Crellin, et prit une décision assez dure. “Va-t-en d’ici”, lui cria-t-il dans le bruit de la bataille. Teal et lui allaient rester, se battre, chercher une autre issue.

Crellin actionna l’interrupteur pour relever la rampe du VAL. “Bonne chance”, cria-t-il à Fawcett. Teal et Fawcett retournèrent derrière le G-Wagen en flammes et recommencèrent à tirer sur l’ennemi.

Malgré qu’il se trouvât en sécurité relative grâce à l’armure du VAL, 3-1 Bravo allait avoir une nouvelle sorte de malchance. Le caporal Jason Ruffolo était le chauffeur du VAL. Ruffolo, voyez-vous, c’est le genre de gars qu’on veut de son côté au combat. Son regard, la manière dont il tient sa tête, on sait qu’il sera là quand on aura besoin de lui. Faisant fi des balles qui frappaient le VAL, Ruffolo partit à toute allure à travers le champ de marijuana et, manquant la brèche, tomba lourdement dans le fossé d’irrigation, qui avait huit à 10 pieds de profondeur.

Au début, lors de l’écrasement dans le fossé, tout ce que Ruffolo pouvait entendre c’était les cris des gens à l’interphone et il pensa d’abord qu’il venait de tuer toute sa section.

* * *

Les choses étaient devenues encore plus compliquées. Non seulement le 7e Peloton était pris sous un feu croisé intense, trois de ses six véhicules étaient partiellement ou entièrement hors combat.

Mais ce n’était pas la seule action qui avait lieu. Au flanc gauche, au loin, au-delà de la zone létale, le 7e Peloton était coincé, le 8e Peloton livrait une bataille embrouillée pour s’assujettir un groupe d’enceintes sur la rive de l’Arghandab. Le peloton était descendu de ses VAL et il se battait d’enceinte à enceinte, défonçant les portes à coups de pied et nettoyant les salles en abattant les combattants ennemis à coups de feu.

Au bout du flanc droit, les soldats de l’armée nationale afghane, qui avaient été lancés dans un champ de marijuana, se battaient vers le nord, vers la route Comox. Bien qu’indubitablement agressifs, les soldats de l’ANA se tenaient un peu à l’écart de la force principale, surtout au flanc nord, parce que personne n’était sûr de sa maitrise des armes à feu et donc les risques de feu ami étaient trop élevés.

Pendant ce temps, au G-Wagen, Teal et Fawcett étaient encore au milieu du plus important combat de leur vie. Au moins une demi-douzaine de grenades propulsées par fusée avaient hurlé à côté d’eux et leurs munitions touchaient à leur fin. Vu leur dilemme, Fawcett et Teal s’élancèrent en un sprint de 100 mètres vers l’arrière pour rejoindre 3-1 Charlie. Malgré les chances plutôt faibles, ils y arrivèrent sans se faire toucher. Teal a obtenu l’Étoile de la vaillance militaire et Fawcett, la Médaille de la vaillance militaire.

* * *

Il n’y a pas qu’une seule sorte d’insurgés au Panjwai. D’abord, il y a ceux qui le sont à temps partiel. Ces gars-là sont surtout des fermiers ou de jeunes hommes qui n’ont rien d’autre à faire. Peut-être que les taliban les paient pour se battre, peut-être que les barons de la drogue les paient pour se battre, peut-être qu’ils se battent pour leurs propres raisons. En général, ce sont des amateurs. Ils tirent sur une colonne blindée avec un AK-47 et puis ils essaient de s’enfuir à la course, à travers champs. Ce n’est pas bien difficile pour les tireurs des VAL de les descendre, alors ils ne font pas long feu.

En lançant l’opération Méduse, on pensait qu’environ la moitié des méchants du district étaient des gars à temps partiel. En grande partie, la raison en était qu’à cause d’une série de bévues et de scandales par rapport à la corruption, le gouvernement de l’endroit avait fâché tout le monde au point où le Panjwai s’était presque soulevé ouvertement.

Toutefois, de l’autre côté de la gamme d’ennemis il y a les professionnels. L’équipe des étoiles. Ces gars ont le commandement et le contrôle. Ils ont des tactiques. Ils organisent des attaques coordonnées. Ils sont sournois et pas très faciles à tuer. Au dire de tout le monde, la force qui frappait alors la Compagnie Charles était formée des tireurs sérieux, des professionnels.

Les rapports du renseignement allaient confirmer par la suite que les Canadiens qui tiraient sur les lueurs de départ ont tué des douzaines de ces gars-là, au moins, y compris quelqu’un qui aurait été un commandant de grade moyen.

* * *

Vu que l’évacuation de la position avancée était en cours, c’était le moment de sortir 3-1 Bravo du fossé.

Dans le fossé, Ruffolo entendait le son que faisaient les balles de petit calibre qui frappaient le VAL et il sentit le véhicule bouger quand une grenade propulsée par fusée et puis une autre, heurtaient la partie arrière près de l’écoutille.

Il s’agissait de le remorquer en utilisant un bulldozer. Pour ce faire, deux soldats reçurent la consigne de sortir accrocher le câble de remorquage de 3-1 Bravo. Dans le tohu-bohu, toutefois, ils ne purent trouver le câble qui avait été remisé en avant du véhicule. Conséquemment, vu qu’il ne désirait pas rester immobilisé dans la zone létale, Ruffolo quitta le siège du conducteur et, s’exposant pendant quelques minutes périlleuses, accrocha le câble. Mais le véhicule lourd refusa de bouger; rien à faire, le VAL était immobile. Ayant reçu l’ordre d’abandonner 3-1 Bravo, les hommes enfermés en arrière–plusieurs d’entre eux souffrant beaucoup à cause de l’accident–se mirent à sortir lentement, par l’écoutille arrière car la rampe était bloquée. Ruffolo sortit à nouveau, cette fois-ci pour détacher le câble du VAL, afin que le bulldozer puisse s’en aller, le câble trainant par terre.

À ce moment-là, Ruffolo, sans véhicule, courut jusqu’à un autre VAL, mais on lui dit qu’il n’y avait plus de place. Alors, comme il n’avait plus le choix, il courut tout seul, à travers la brèche, jusqu’à la position de la compagnie.

Dans 3-1 Charlie, qui était sur place pour participer à la rescousse, Wessan se tourna vers Fawcett et lui dit qu’il allait voir si tout le monde s’était échappé de 3-1 Bravo. Fawcett jure que Wessan a traversé les 20 mètres jusqu’au fossé d’irrigation d’un seul bond.

Le corps de Nolan était encore dans 3-1 Bravo, dans le fossé.

* * *

À ce moment-ci, alors que Sprague se préparait à contre-attaquer, deux choses se sont passées presque en même temps, qui en réalité ont couté la bataille pour l’objectif aux Canadiens.

À la position principale de la bataille, un point de rassemblement des blessés avait été organisé à la hâte par le caporal Lewis, à l’abri d’une grosse chargeuse frontale Zettlemeyer et d’un peu de terre entassée. Bien que sous le feu ennemi quand même, l’endroit semblait assez sécuritaire et personne ne s’attendait à ce qui allait arriver ensuite.

Un obus vola au-dessus de Hiltz et frappa le côté du Zettlemeyer. L’explosion tua le soldat William Cushley à peu près sur le coup. Funnel sentit la chaleur de l’explosion et puis, tout d’un coup, il se trouvait par terre à 15 pieds de là. Lewis aussi fut jeté à terre par l’explosion, un bras et une jambe à sang. Le sergent-major de compagnie John Barnes aussi fut blessé gravement et atterré par l’explosion. L’adjudant Frank Mellish était là aussi, il était venu du flanc du 8e Peloton pour voir s’il pouvait participer à l’extraction de Nolan. Du dire de tous, Mellish était le meilleur ami de Nolan et il n’allait certainement rester inactif dans une telle situation.

Mellish fut soufflé loin du Zettlemeyer, blessé gravement. Ruffolo venait d’arriver sur place et il se mit immédiatement à donner les premiers soins, à découvert et faisant fi des balles qui volaient de tous côtés. Ruffolo essaya d’arrêter le sang de couler, il travailla furieusement, mais au bout de quelques minutes il dut accepter que Mellish était passé de vie à trépas.

À quelques pieds de là, Funnel se releva et vit Lewis qui rampait, évidemment blessé gravement, dans la mauvaise direction.

“Je suis touché. Je suis touché”, criait Lewis.

Funnel lui cria qu’il allait du mauvais côté, vers les balles plutôt que vers l’abri.

À ce moment-là Lewis fut atteint à nouveau, par une balle qui lui poussa le bras sur lequel il s’appuyait. La première chose qui lui vint à l’esprit fut ‘t–c, je viens de me faire tirer’ et puis tout de suite après quelqu’un le soulevait par la taille et l’emportait à l’abri. C’était Funnel.

* * *

Au même moment que la fusée atteignait le point de rassemblement, Sprague entendait l’avertissement ‘bombes larguées’ alors qu’un aéronef de la coalition passait au-dessus d’une position ennemie près de là. Tout le monde savait que la bombe allait venir, ils ne savaient simplement pas que la bombe de mille livres guidée par laser allait leur tomber sur la tête. Mais c’est à peu près ce qui est arrivé. La bombe atterrit tout juste au nord de la position principale et rebondit vers les soldats de l’ANA et les Canadiens, s’arrêtant à quelques mètres à peine du quartier général tactique de la compagnie.

Sprague la vit et sa première pensée fut que c’en était fini d’eux.

Dans le VAL des sapeurs, le chauffeur appela le lieutenant Behiels, le leader des sapeurs, à l’interphone.

“Euh, lieutenant, une bombe géante vient de tomber devant nous”, dit-il.

“Nous sommes encore vivants”, répondit Behiels. “Continue de tirer.”

Personne n’a jamais pu expliquer ce qui a cloché. C’était simplement une affaire comme il en arrive.

* * *

Le flanc droit fermé par la bombe de 1 000 livres, le nombre de victimes qui augmentait, il ne restait plus grand-chose à faire à part de s’en aller et recommencer une autre fois. Mais il y avait encore une chose à faire.

Sprague n’allait pas encore perdre des hommes pour aller chercher le corps de Nolan, mais il n’allait pas le laisser là-bas non plus.

Alors selon ses ordres, à peu près toute la force se tourna vers l’avant et créa le tir de suppression le plus nourri possible, ne laissant qu’un petit couloir pour qu’un VAL du 8e Peloton se rende à 3-1 Bravo, à toute vitesse, chercher le corps de Nolan.

C’était la dernière chose que Sprague pensait pouvoir accomplir, alors quand ce fut fait, ils commencèrent à battre en retraite vers le milieu de l’Arghandab.

* * *

Il y eut une dernière malchance pendant que tous se préparaient à battre en retraite. Alors que Hiltz vérifiait que les hommes du 8e Peloton avaient tous été pris en compte, il découvrit qu’une section se trouvait encore dans une enceinte, au flanc gauche. Le commandant de la section, quoi qu’il en soit, était revenu au VAL et il n’en tenait plus qu’à Hiltz d’aller chercher ses hommes.

Le capitaine Wessan, qui venait d’arriver à côté de Hiltz, sans son fusil car il l’avait perdu dans le chaos, indiqua d’un regard qu’il était prêt à y aller lui aussi et ils partirent ensemble.

Wessan arriva au replat en premier, Hiltz sprintant dans le champ derrière lui, et jurant parce qu’il portait une lourde radio dans son sac à dos, ce qui le ralentissait.

Les deux officiers, des commandants de peloton, se tenaient sur le replat au bord avancé de la position, des balles passant à leurs côtés. Ils entendaient les soldats immobilisés crier au secours. Hiltz leva son C8 et tira vers les lueurs de départ. Wessan fit parler son pistolet Browning, tous deux espérant que le tir de protection, tel qu’il était, allait donner courage à la section immobilisée pour que ses membres se lèvent et quittent l’enceinte. Ils le firent.

?La Compagnie Charles repartit à travers l’Arghandab et retourna au Masum Ghar. Durant la nuit, elle échangea des coups de feu avec les insurgés et regarda des aéronefs de la coalition détruire les véhicules qui avaient été abandonnés.

* * *

Dans leur rapport officiel sur la journée, rapport que nous avons obtenu dans le cadre du programme canadien d’accès à l’information, les militaires appellent ce qui est arrivé à l’objectif Rugby une embuscade. Dans un certain sens, c’est vrai, mais communément, ce n’est pas le mot juste. Le 3 août, des membres de la PPCLI ont été victimes d’une embuscade à l’école. Dire que ce qui est arrivé le 3 septembre était une embuscade, c’est comme dire que ce qui est arrivé à Dieppe était une embuscade. Une petite force canadienne a été lancée à l’attaque d’un ennemi supérieur en nombre dans une position défensive bien établie.

Ceci dit, rien n’est sûr. On ne peut pas savoir si la décision de lancer l’attaque Rugby 48 heures avant que prévu a coûté des vies ou en a sauvé. Toutefois, les militaires sont entraînés à lutter avec les probabilités et, bien que rien ne soit certain, il est difficile de voir comment deux jours de bombardement lourd, de tir direct et de manoeuvres tactiques n’auraient pas affaibli l’ennemi.

En fin de compte, d’après les soldats, cela n’avait pas de sens. Ici, il y a un plan tiré depuis longtemps qui est basé sur l’encerclement, l’avance tactique résolue et l’usure consciencieuse des forces ennemies dans une zone de feu à volonté bien établie, qui va à l’encontre d’un assaut frontal grossier qui dépend davantage de la surprise et de la faiblesse de l’ennemi que de la force canadienne. Bien qu’il soit possible que les deux tactiques auraient pu réussir, ce n’était pas logique de les utiliser toutes les deux.

L’ennemi savait que les Canadiens allaient arriver parce que les brochures les en avaient avertis. Il n’y eut pas de tentative de déception parce que la déception ne faisait pas partie du plan.

L’ennemi était encerclé et isolé, et il possédait une puissance de feu grandement inférieure. Comme le dit un soldat doucement, comme si de rien n’était, “nous avions la main gagnante mais nous avons joué leur jeu”.

Des fois on gagne, des fois on perd.

* * *

En fin de compte, la bataille, ce jour-là, sous le soleil brillant d’Afghanistan, a duré environ quatre heures, la force s’est avancée à 6 h environ et la retraite a commencé vers les 9 h 20, et on sait que c’est à ce moment-là que le caporal Lewis a reçu une piqûre de morphine car c’est écrit sur son casque, qu’il avait encore mais qu’il a l’intention de donner à la filiale de la Légion de sa localité un jour.

Bien que la bataille ait coûté la vie à quatre soldats canadiens et que 10 autres y aient été blessés, si vous voulez savoir quels ont été ses coûts cachés, et ceux de cette mission, parlez-en à ces vétérans et ils vous apprendront quelque chose. D’abord, on peut souvent entendre l’expérience dans leur voix : elle se brise et tremble un peu quand ils parlent de ces événements. Ensuite, et là on ne peut pas en douter, on peut le voir dans leurs yeux : ils regardent tout autour, en bas, au plafond, souvent en tressaillant, comme si l’histoire faisait mal. Bien entendu, ils rient encore et ils racontent des histoires drôles à propos de la journée, mais ils la décrivent presque comme si c’était arrivé à quelqu’un d’autre. Ils y sont peut-être obligés.

Quant aux autres, ceux qui s’en sont sortis sans blessure physique, bien qu’ils ne portent pas de galon de blessé à l’uniforme, cet endroit semble gravé dans l’esprit de nombre d’entre eux comme par un éclat d’obus. Ces blessures ne sont pas visibles, mais elles n’en sont pas moins réelles.

Et bien que beaucoup voudraient oublier, d’autres veulent se souvenir. Comme Ruffolo qui, quand il est rentré au pays, s’est fait faire un tatouage au cou pour se souvenir de son copain Cushley. Il se fait constamment admonester par l’Armée mais ça ne le dérange pas. Il l’a fait pour son ami qui est mort : pour se souvenir.

* * *

Méduse avait mal commencé pour la Compagnie Charles, et elle empira le lendemain matin.

En quelques secondes, le pilote d’un chasseur d’appui aérien rapproché, un Thunderbolt A-10 américain, fit une erreur qui couta une vie de plus, celle du simple soldat Mark Anthony Graham, un ancien sprinteur olympique, et qui causa des blessures à plus de 30 autres, certaines graves, y compris à Sprague lui-même.

Dans la brume de l’aube, le pilote prenant un feu de déchets allumé par les Canadiens pour de la fumée s’élevant d’une position ennemie et, manquant de connaissance situationnelle vitale, fit feu de sa mitrailleuse à chaine de 30 mm contre la cible qui ne se méfiait de rien.

Quand l’avion a frappé, Ruffolo se trouvait de l’autre côté d’une élévation avec le 7e Peloton. L’avion frappa le 8e Peloton et le quartier général tactique. Ruffolo arriva en courant par-dessus la colline et vit ce qui ressemblait à une fosse commune, des hommes couchés partout, des flaques de sang : un carnage incroyable. Il pensa que tout le peloton était mort.

Pour Sprague, en plein milieu de l’incident de tir ami, c’était comme de voir un grand nombre de cierges merveilleux qu’on allumait en même temps qu’il mangeait une volée. Ce dont il se souvient le mieux, c’est du choc de l’explosion, ou plutôt la force du choc de l’explosion, un peu comme se faire donner un coup de poing dans le nez 100 fois.

Sprague souffrait de graves blessures causées par des éclats d’obus, à la tête et ailleurs au corps et il fut évacué en Allemagne et puis ensuite au Canada avec plusieurs de ses hommes.

* * *

La Compagnie Charles était finie. Elle avait perdu son commandant, une grande partie de ses chefs subalternes et presque 50 de ses soldats en tout. Pendant un petit bout de temps, l’unité était inapte au combat et ce qui avait été le marteau de Méduse avait largement disparu. L’énergie passait alors à la Compagnie Bravo, le nouveau marteau, qui frappait Rugby en venant du nord.

Quant aux soldats de la Compagnie Charles, ils n’étaient pas tous hors de combat. Le capitaine Wessan allait rester sur place et sa force rafistolée, contre toute attente, serait parmi les premiers Canadiens à Rugby quand ce dernier tomberait entre les mains du groupement tactique 10 jours plus tard.

Dans le prochain numéro : l’étape des combats de l’opération Méduse se termine par l’histoire de la Compagnie Bravo, venant du nord pour se joindre à ce qui restait de Charles à l’objectif Rugby.

Le drapeau de l’OTAN est ajouté aux drapeaux de la Légion

Les filiales de la Légion ont reçu l’autorisation de faire flotter le drapeau de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord en tant que drapeau officiel de la Légion royale canadienne.

Une note du directeur administratif national Brad White, dans laquelle il annonçait que le Conseil exécutif national avait donné son accord à l’inclusion immédiate du drapeau lors des manifestations officielles, a été envoyée à toutes les filiales au mois d’août. La décision va se faire réexaminer et ratifier au Congrès national qui aura lieu à Ottawa en 2008.

“La Direction a reçu des plaintes, depuis quelques temps, de la part de ses membres et de certains membres du personnel militaire selon lesquelles la Légion s’intéresserait davantage aux vétérans de la guerre et du soutien de la paix qu’aux vétérans de l’OTAN. Le point principal serait que la Légion accepte d’arborer le drapeau des Nations unies parmi ses drapeaux mais non pas le drapeau de l’OTAN”, était-il écrit dans la note.

“En effet, sur les plus de 1 300 militaires canadiens dont le nom est inscrit dans le septième Livre du Souvenir, alors que plus de 100 sont morts aux opérations de maintien de la paix, la très grande majorité de nos camarades tombés depuis 1945 (sans y inclure les vétérans de la guerre de Corée) sont ceux qui sont tombés aux opérations de l’OTAN. Mais nos drapeaux donnent l’impression que nous n’honorons que les mainteneurs de la paix”, était-il écrit dans la note.

On y faisait aussi la remarque que lorsque le congrès a accepté le drapeau de l’ONU en 1992, c’est qu’il désirait reconnaître les mainteneurs de la paix et les vétérans de la guerre de Corée. Toutefois, l’inclusion du drapeau de l’ONU en même temps que l’exclusion du drapeau de l’OTAN semble aujourd’hui être cause de dissension et porter atteinte à l’Initiative de l’unité des anciens combattants. En ce qui concerne la préséance, le drapeau de l’OTAN suit celui de l’ONU car l’Organisation des Nations unies a été créée en 1945 et l’OTAN n’a été établie qu’en 1949. La liste de préséance des drapeaux officiels de la Légion est comme suit :
1) le drapeau canadien
2) le Red Ensign
3) le drapeau de l’Union royale
4) le drapeau provincial ou territorial
5) le drapeau des Nations unies
6) le drapeau de l’OTAN
7) l’oriflamme de la Légion.

Le Comité des décorations et récompenses modifiera les sections du Manuel du Rituel et Insignes appropriées.

Mettre ses objets militaires familiaux en valeur

Plusieurs soldats des guerres passées ont conservé des souvenirs de leur passage sous les drapeaux, des objets témoignant de leurs triomphes et de leur survie. On retrouve parmi eux des médailles, des photographies, des armes et d’autres pièces d’équipement, par exemple. Puis, la guerre s’est terminée, les vétérans sont revenus, et ils ont rangé leurs souvenirs et tenté d’oublier.

À la suite de leur décès, leurs héritiers hésiteront parfois avant de statuer sur le sort de ces choses qui pourraient leur sembler être des vieilleries sans intérêt. L’une des décisions les plus avisées pourrait se traduire par un don à un musée. Dans ces institutions, les objets sont restaurés, étudiés et mis en valeur, et ainsi rendus à la collectivité qui pourra les apprécier, puis comprendre et se souvenir d’un passé commun. Mais en réalité, la plus grande partie sera malheureusement éliminée par de nouveaux propriétaires n’ayant pas saisi la valeur historique, scientifique et patrimoniale, de ces papiers jaunis et de ces métaux ternis.

Pour le patrimoine national que nous partageons, les objets oubliés dans les sous-sols et greniers ne vaudront guère mieux. Mais pour les détenteurs plus réticents à se départir de leurs possessions, il existe toutefois une autre issue très responsable, qui consiste à mettre soi-même en valeur le bien en question. Cela pourrait se traduire par une démarche fort simple, une petite enquête sur l’histoire familiale et nationale, illustrée ici d’un exemple concret.

Mener l’enquête

Bien qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise manière d’entreprendre cette recherche, les premières questions surgissant dans notre enquête seront toujours les plus simples. Qu’est-ce que c’est? Quelles sont ses dimensions, de quels matériaux est-il fabriqué? Les réponses à ces questions sont les éléments que l’on devra retrouver dans la fiche technique de l’objet, et ce sont elles qui donneront une direction à nos recherches. La fiche technique pourrait être insérée dans une base de données ou un cartable pour référence ultérieure. Il serait également généreux de faire connaître l’existence de ce témoin matériel du passé, par l’intermédiaire d’associations de chercheurs ou de forums Internet. Il pourrait ainsi être étudié par des spécialistes s’il s’avérait particulier.

En étudiant une décoration, on décrirait à cette étape ses couleurs, ses symboles et ses inscriptions, et tout autre détail piquant la curiosité. Le cas présent consiste, quant à lui, en un petit livre d’environ quatre-vingt-dix pages intitulé Livre de prières du soldat. En plus des initiales sur la couverture et des dates et noms de personnes à l’intérieur, il offre de nombreux autres renseignements facilitant son identification. En suivant jusqu’au bout chacune de ces pistes, on forcera bientôt cet objet à divulguer ses plus intéressants secrets.

Fiche technique de l’objet

Nom : Livre de prières du soldat

Titre complet : Livre de prières à l’usage des soldats et des marins

Dimensions : 12 X 8.5 X 0.8 cm (hauteur X largeur X épaisseur)

Couleurs :

· Extérieur : caractères et symboles en brun sur fond olive

· Intérieur : écriture noire sur papier jauni, illustrations en noir et blanc

Matériaux : encre et papier, colle et tissu sur carton rigide

Imprimés particuliers :

· Devant : l’inscription Livre de prières du soldat et le symbole du “Sacré Coeur” (un coeur encerclé d’une couronne d’épines et surmonté d’une couronne traditionnelle)

— Derrière : le dessin d’une feuille d’érable, sur laquelle sont inscrits le symbole “Paix” (un “P” et un “x” superposés) et le mot “Canada”, puis, dessous, le sigle “C.A.H.”

— Intérieur : prières, images pieuses

Date de fabrication : 1918

Autres détails : 88 pages

Notice bibliographique complète de l’ouvrage : CASGRAIN, Abbé P.H.D., Livre de prières à l’usage des soldats et des marins, Québec, S.E., 1918, 88 pages.

Conception de l’objet

Avant même d’avoir eu une vie utile, l’objet a été pensé, et fabriqué. Dans le cas d’artisanat ou d’articles de fortune (les briquets et armes blanches en sont deux bons exemples), les procédés peuvent ne pas avoir été documentés. En contrepartie, la fabrication de la plupart des produits courants, tels les vêtements et photographies, n’a plus de secrets et a été fréquemment étudiée. Il sera ainsi beaucoup plus simple d’accumuler de l’information sur une arme à feu que sur une peinture, par exemple.

L’étude de l’histoire de l’écrit au pays permet de comprendre le contexte industriel et commercial dans lequel aurait été manufacturé le Livre de prières du soldat. Le Canada vécut la multiplication des imprimeries vers le milieu du XIXe siècle, et à l’exception de la maison Beauchemin, les maisons d’édition modernes n’apparurent qu’au cours du vingtième siècle. Les ouvrages, auparavant, étaient confiés à des imprimeurs, et non à des éditeurs, et chaque étape de la production et de la mise en marché d’un livre était confiée à une entreprise différente, sans intermédiaire. Quant aux techniques, le procédé classique faisait place à la presse cylindrique, qui apparaît dans les colonies vers 1830, et l’énergie humaine est remplacée par la vapeur, puis par l’électricité. Les premiers ouvrages imprimés en sol canadien seront en majorité scolaires ou religieux. En 1918, lorsqu’est imprimé le Livre de prières du soldat, les procédés sont sensiblement les mêmes.

De cet imprimeur dont il est fait mention à l’intérieur, J.A.K. Laflamme, de Québec, peu de traces ont été retrouvées, malgré des investigations poussées. Malgré tout, une recherche pratique laisse croire qu’il aurait été actif au début du siècle, principalement entre les années 1900 et 1930 environ, à Québec et à Lévis, et qu’il se serait spécialisé dans les écrits folkloriques et religieux. On peut apprécier son excellent travail de reliure : solidement assemblé, ce livre, qui vécut la guerre des tranchées dans l’humidité, la boue et les gaz, sous les baïonnettes, les balles et les obus–des conditions tellement pénibles que soixante mille Canadiens en moururent–est encore, plus de quatre-vingts ans après, en un seul morceau.

Selon une lettre signée et imprimée dans les premières pages, les textes du Livre de prières du soldat auraient été écrits–ou assemblés–dans leur plus grande partie par le prêtre Philippe-Henri Duperron Casgrain (1864-1942), major honoraire et premier aumônier du Royal 22e Régiment (canadien-français), durant la période entourant le 15 novembre 1914, aux Casernes de St-Jean. Durant les trois jours qui suivirent, L. Lindsay, Censor deputatus (représentant censeur) parcourut le manuscrit et n’eut aucune objection d’ordre doctrinal à son impression (nil obstat), qui reçut l’imprimatur du Cardinal Bégin.

Le sigle “C.A.H.” retrouvé sur la couverture du livre signifie “Catholic Army Huts” (huttes catholiques de l’Armée), une institution caritative créée par les Chevaliers de Colomb, qui agirent donc ici à titre d’éditeurs : après avoir commandé le manuscrit, ils le confièrent à l’imprimeur, puis aux C.A.H. qui distribuèrent le produit fini; il sera question plus loin de cette dernière étape.

Ces détails nous révèlent donc, de prime abord, que le Livre de prières du soldat est un document religieux chrétien et catholique très officiel ayant été vérifié et approuvé par la censure religieuse de l’époque. On peut également présumer qu’au moins quelques centaines d’exemplaires auraient été imprimés. Ses dimensions, la solidité de sa couverture et sa couleur laissent croire qu’on l’a voulu facile à transporter et adapté aux dures conditions de la vie militaire.

Contexte

Pour bien comprendre l’environnement dans lequel l’objet d’étude a été utilisé, toute piste peut apporter des éléments révélateurs et doit être vérifiée. Des dictionnaires thématiques seront ici d’une grande utilité.

Dans le cas présent, l’inscription C.A.H. (qui se réfère aux huttes catholiques de l’Armée des Chevaliers de Colomb) est particulièrement significative. Avant 1917, les soldats catholiques (dont une majorité de Canadiens français) n’avaient aucune possibilité de célébrer leur foi en masse, ni au front, ni en Angleterre (où ils étaient fréquemment et pendant de longues périodes, stationnés), alors que la plupart des autres groupes religieux jouissaient pleinement de leurs propres églises, chapelles et autres institutions. De là prenaient naissance un profond malaise, du mécontentement et un sentiment d’infériorité vis-à-vis d’autres confessions, et c’était là fort légitime.

Pour pallier ce besoin, l’Ordre des Chevaliers de Colomb–dont les buts sont Dieu et la Patrie–crée une filiale appelée Catholic Army Huts (Huttes catholiques de l’Armée) en 1917. Grâce à quelques grandes campagnes de financement menées avec beaucoup de succès au Canada la même année, on crée le C.C.S. (Catholic Chaplain Service), responsable d’envoyer des prêtres catholiques célébrer l’eucharistie avec les fidèles servant outre-mer. Dans le même ordre d’idées, les C.A.H. exportent vers l’Europe des tentes gigantesques, les “huttes”. Celles-ci serviront, selon les heures, de chapelles pour les soldats catholiques, de salles de récréation ou de repos, ou même de théâtre, pour tous les soldats. Dans ces seconds cas, la fraternité de ceux qui servent sous les drapeaux était le seul test à passer pour avoir accès aux huttes. Un écriteau à l’entrée mentionnait d’ailleurs : “All Soldiers and Sailors Welcome” (bienvenue à tous les soldats et marins). À ce titre, les huttes canadiennes acquirent une grande renommée d’hospitalité, chez les soldats alliés de toutes nationalités et religions.

En tant que lieu de rassemblement de soldats et marins, les C.A.H. permettaient l’accès à une cantine, des tables de billard, gramophones, livres, etc. Aussi, on y offrait gratuitement de la gomme à mâcher, du café, des cigarettes et du papier à lettres à tout soldat, sans égard à son ethnie ou à ses convictions religieuses. De plus, aux soldats de confession catholique, on distribuait fréquemment et abondamment des rosaires, médailles scapulaires, chapelets, ainsi que des Livres de prières du soldat. C’est donc probablement dans l’une de ces nombreuses huttes que Wilfrid Vallée, jeune soldat canadien français de la Grande Guerre et premier propriétaire du livre, se procura le sien.

Premier propriétaire et vie utile de l’objet

L’une des étapes les plus palpitantes de l’enquête consiste à amasser des informations sur le premier propriétaire de l’objet. Quelques discussions avec la parenté plus âgée permettront de récolter des données intéressantes. On peut en plus consulter les dossiers d’anciens militaires conservés aux Archives nationales du Canada, notamment. Parfois, d’autres documents conservés avec l’objet faciliteront son identification. Dans le cas présent, un livret de paie et une médaille ont livré des renseignements précieux.

Le Livre de prières du soldat a appartenu à l’origine à Wilfrid Vallée (1897-1978), un homme très pieux, paraît-il. Lorsque ce dernier s’enrôla dans le Corps expéditionnaire canadien (par l’intermédiaire du 57e Bataillon d’infanterie, sous le matricule 448 369) pour aller rejoindre ses frères en Europe, le 3 novembre 1915, il n’avait pas dix-huit ans. Il était l’un des cinq cent deux volontaires qui venaient renforcer le célèbre 22e Bataillon (canadien-français). Comme la plupart des jeunes de son âge nouvellement sous les drapeaux, il ne s’attendait pas à se retrouver bientôt au beau milieu de l’enfer.

Il y eut les charges contre les positions ennemies, sous le feu nourri de l’artillerie et des mitrailleuses allemandes, dans les champs de mines, dans la boue des champs de bataille. Que l’issue fut victorieuse ou non, chaque bataille était un drame en soi, épreuve peut-être ultime dans la vie d’un homme. Parallèlement, il y eut les misères quotidiennes, auxquelles on ne s’habituait jamais : les épidémies, propagées par des rats qu’on disait énormes, engraissés par la chair humaine; la maladie des tranchées, douloureuse et dégoûtante; la décomposition, écoeurante et nauséabonde, des corps qu’on n’avait pu enterrer; les poux, dont la morsure cruelle était, dit-on, la pire des calamités; la boue, toujours et partout; l’éventualité omniprésente de la mort, qu’elle fût la sienne ou celle des camarades; les blessés, dont les cris et souffrances pouvaient briser le moral le plus solide; l’absence de bonne nourriture, d’hygiène et de repos; les préjugés, railleries ou moquerie, dirigés vers les Canadiens, ces “coloniaux”, par les Britanniques; les atrocités et crimes de guerre dont on était victime ou témoin; et tout l’affreux reste.

Devant toutes ces difficultés, sa foi en Dieu fut peut-être la motivation qui permit à Wilfrid Vallée, comme à d’autres, de survivre, bien que choqué à vie. Si le Livre de prières du soldat s’insère parfaitement dans les poches d’une vareuse, c’est que les soldats croyants en auraient besoin constamment : c’était un lien avec le Très-Haut, presque un porte-bonheur, qu’on pouvait avoir constamment avec soi.

L’usure du livre démontre que Wilfrid l’a souvent consulté. La tranche est fatiguée, les pages sont défraîchies. Manifestement, on les a lues, relues et même re-relues. Tellement, qu’encore aujourd’hui, le livre s’ouvre de lui-même, et de façon très marquée, aux pages 52 et 53 : “Mémoire des vivants”, “À l’élévation”, “Après la consécration”, et “Mémoire des morts”, tels sont les passages qui semblent avoir été le plus souvent consultés. La pliure et l’usure, distinctes, dans le coin supérieur droit de chaque page impaire, nous laissent facilement deviner le mouvement des pouce et index de l’homme qui chercha dans ce livre des forces, du courage, voire son salut. Le Livre de prières du soldat fut certainement une des possessions les plus estimées de Wilfrid Vallée. Le jour de son anniversaire, où mille hommes moururent, Wilfrid eut pour cadeau “la meilleure blessure”. Atteint d’un éclat d’obus à la hanche, pour lui, la guerre, avec son cortège de misères, prenait fin en avril 1918.

Après la démobilisation, Wilfrid Vallée épousa Bernadette Savard qui, elle l’avouera elle-même, avait prié, tout au long de ces années de tourmente, pour son futur mari qui se battait peut-être en Europe. Comme bien des rescapés de l’enfer, Wilfrid–on le comprend–fut avare de ses dures expériences passées au front, qu’il ne partagea, somme toute, qu’avec son épouse parfois, et avec d’autres vétérans qu’il rencontrait chaque semaine au “mess”. Sans doute conscient de sa chance, et croyant en la bienveillance qu’eut le Bon Dieu à son égard, Wilfrid, de toute sa vie, ne manqua-t-il une seule messe le dimanche. Le Livre de prières du soldat, quant à lui, ne fut jamais rangé bien loin, et resta toujours à portée de main. Après la mort de Wilfrid puis de Bernadette, leur fille Cécile en hérita.

L’objet dans notre patrimoine

De la même manière qu’un fusil pourrait s’insérer dans l’étude de l’évolution technologique des armements, un livre peut éclairer les chercheurs intéressés par l’histoire culturelle d’un peuple. Le Livre de prières du soldat a donc une portée très vaste puisqu’il se rapporte à une réalité délicate au Québec du début du siècle : la religion, longtemps l’un des principaux symboles de l’identité canadienne-française.

Les Canadiens furent nombreux, sur les champs de bataille d’Europe, durant la Première Guerre mondiale. Désignés sous le terme générique de “Britanniques”, vu leur appartenance à l’Empire, ils en perdirent, du moins dans certaines littératures et bon nombre de documentaires, une partie de leur identité. Pourtant, ses six cent mille soldats, sur une population totale de huit millions et demi d’habitants, firent du Canada l’un des pays (proportionnellement) les plus fortement militarisés. Les Britanniques oublient souvent, d’ailleurs, que plus de la moitié de leurs effectifs étaient composés de “coloniaux”, du Canada (environ 40 % de l’armée britannique) ou d’ailleurs. D’entre eux, environ une dizaine de milliers de soldats canadiens-français ont sué eau et sang sur les terres dévastées de France et de Belgique. Plusieurs n’en sont jamais revenus. Lorsque l’on s’interroge sur la religion des Canadiens français en Europe, on découvre la plus totale absence d’ouvrages, spécialisés ou non, sur le sujet. Pourtant, et c’était particulièrement vrai un demi-siècle avant la Révolution tranquille, le Canada français était farouchement catholique, et même, souvent, fervent pratiquant. Le culte ne perdait donc aucune valeur dans cet environnement hostile, au contraire, il en gagnait.

Le Livre de prières du soldat répondit donc au besoin, sérieux, qu’avaient nos valeureux de continuer à vivre pleinement leur foi outre-mer. Ils étaient en général les seuls francophones de l’Empire, et à part les Irlandais, les seuls catholiques. Ainsi, l’ouvrage–écrit en français et dans la plus pure tradition religieuse de l’Église catholique romaine–a certes une très grande valeur au sein du patrimoine québécois.

Le Livre de prières du soldat représente bien le début du siècle québécois. On y reconnaît, par l’intermédiaire des C.A.H., la place des bonnes oeuvres dans la vie sociale. Plus encore, il démontre l’attachement qu’on avait à l’époque pour le culte religieux catholique. Les différentes autorisations de publication délivrées par les autorités ecclésiastiques rappellent également la sévérité des contrôles. D’un point de vue matériel et technique, c’est également un livre qui représente bien les procédés industriels et commerciaux de l’époque.

Conservation de l’objet

La durée de vie des objets dépend des matériaux utilisés dans leur fabrication et des conditions dans lesquelles ils furent conservés. Il est donc important de se questionner sur la manière d’exposer ou entreposer ces trésors : si on ne peut s’improviser conservateur de musée, des sites Internet et des livres existent sur le sujet et fourniront des conseils précieux. Par exemple, il est essentiel de savoir que lumière, taux d’humidité, insectes et manipulation inappropriée sont les principaux responsables de la dégradation d’un objet. On pourrait aussi être tenté de réparer soi-même un article en mauvais état, ce qui n’est pas recommandé. Les spécialistes de la restauration formés à cet effet font parfois de petits miracles!

Certains produits de conception industrielle nécessiteront peu de soin. Un casque en acier, par exemple, se contentera d’un coin sec, tout simplement. Les livres, quant à eux, requièrent une attention toute particulière. Dans ce cas-ci, les pages sont déjà jaunies et usées par leur séjour dans les tranchées; il serait important, puisqu’on ne peut faire régresser les dommages déjà portés, d’au moins éviter d’en causer davantage.

Une lumière blanche mais filtrée, purgée des rayons ultraviolets et d’au plus 50 lux (unité de mesure de l’éclairage, très faible dans ce cas-ci) serait nécessaire si l’on souhaitait exposer le livre, ouvert sur un support. Dans ce cas, on devrait en tourner les pages tous les jours, afin de réduire l’exposition à la lumière et la décoloration subséquente des pages. Rangé dans une bibliothèque, on trouvera au livre un coin sombre, afin d’éviter de décolorer la tranche. On doit éviter les contacts des mains nues avec le vieux papier : les huiles retrouvées sur la peau salissent et dégradent le papier, comme certaines encres. On utilisera, au besoin, des gants de coton : un procédé habituel dans les institutions muséologiques. La chaleur et l’humidité doivent être soigneusement contrôlées : un taux d’humidité oscillant entre 30 et 50 % assorti à la température la plus basse possible (vers 21° C). Dans un milieu trop humide, le livre moisira; dans un milieu trop sec, la colle séchera et les pages tomberont. Les musées, bien sûr, offrent des environnements parfaitement contrôlés aux objets qu’ils abritent, grâce à des instruments de mesure spécialisés et très précis.

Dans les musées, les objets exposés ayant un historique sont accompagnés d’une “vignette”. Si le Livre de prières du soldat était présenté dans l’une de ces institutions, sa vignette contiendrait ces éléments :

“Livre de prières du soldat

Possession originelle du soldat Wilfrid Vallée (1897-1978)

12 X 8.5 X 0.8 cm

Brun et olive

Encre et papier, colle, et tissu sur carton rigide, 88 pages

Imprimé en 1918 par J.A.K. Laflamme, à Québec

Collection privée de Cécile Vallée”

On retrouverait également un panneau contenant des informations semblables à celles-ci, et qui résument notre enquête :

“Possession originelle du soldat Wilfrid Vallée (1897-1978), le Livre de prières du soldat lui fut fourni gratuitement par les C.A.H. (“Huttes catholiques de l’Armée”), filiale et oeuvre de guerre des Chevaliers de Colomb. Écrit ou assemblé à la fin de 1914 à Saint-Jean (Canada) par l’abbé Philippe-Henri Duperron Casgrain, premier aumônier du Royal 22e Régiment, les textes furent ensuite imprimés à Québec par J.A.K. Laflamme au tout début de 1918, puis envoyé aux soldats canadiens-français catholiques envoyés en Europe. Outil de culte, il permit à ces derniers, outre de vivre leur religion dans leur propre langue, de conserver le moral, le courage et l’espoir, dans les conditions épouvantables engendrées par la guerre des tranchées, durant la Première Guerre mondiale (1914-1918).”

Conclusion

Le Livre de prières du soldat n’est qu’un seul des millions d’objets ayant une valeur historique potentielle, mais il illustre bien la petite démarche suggérée dans cet article. Bien sûr, un livre offre une certaine facilité d’étude, vu le nombre de mots et symboles–autant d’indices potentiels–qu’il contient. Certains objets livreront leurs secrets avec beaucoup plus de parcimonie, mais leur valeur en sera augmentée.

Une vieillerie peut être chargée de signification, de valeur, de force, et être finalement bien plus qu’une babiole. Le Livre de prières du soldat nous rappelle que beaucoup de Canadiens français vécurent les horreurs de la Première Guerre mondiale, malgré l’éloignement du conflit, et le fait que c’était “la guerre des autres”. Il nous illustre également l’un des rôles joués par les Chevaliers de Colomb durant la Première Guerre mondiale. À une échelle moindre, c’est peut-être dans ce livre que mon arrière-grand-père trouva la force de survivre aux tranchées et à l’éclat d’obus qui l’a accompagné dans la tombe, soixante ans plus tard.

L’étude d’un objet permet d’établir des ponts entre les patrimoines familial, national et personnel. C’est un exercice identitaire stimulant, une enquête historique enrichissante. C’est également, à une toute petite échelle, l’un des aspects du travail des archéologues et des historiens professionnels. Pour ceux-ci, chacune de ces trouvailles est potentiellement l’élément qui bouleversera une théorie établie ou en confirmera une nouvelle. Il est donc primordial de faire connaître l’existence, à la communauté scientifique, des objets pouvant faire avancer les connaissances d’un peuple sur lui-même.

En conclusion, à la valeur familiale d’un vieil objet est jumelée une valeur patrimoniale à bien plus grande échelle, et en ce sens, l’objet est un bien collectif. En conséquence de quoi, sa possession est un droit accompagné du devoir d’en prendre soin et de le mettre en valeur. Ce devoir se transformera même, chez plusieurs, en passion, d’autant plus que le commerce par Internet permet désormais l’accès à encore plus de variétés d’antiquités. Ceux qui achèteront ces objets et sauront les mettre en valeur au profit de tous auront la cote!

LA DIVISION DU NOUVEAU-BRUNSWICK – Met de l’ordre dans ses finances

La meilleure nouvelle, au Congrès du Nouveau-Brunswick de 2007, a été que la division est en bon état financier et la nouvelle présidente divisionnaire Mavis Cooper espère que cela va persister.

Le congrès néo-brunswickois de cette année, le 78e de la division, a eu lieu à Miramichi durant la fin de semaine de la fête du Travail, soit du 31 août au 2 septembre. Le congrès a débuté un samedi matin frais et limpide à la salle du club des Lions de la localité. Après le défilé, invités et drapeaux inclus, la première chose au plan de déroulement de la réunion a été les salutations de la présidente nationale sortante Mary Ann Burdett et du ministre d’Anciens combattants Canada Gregory Thompson.

Bien que Thompson ait menacé de lire son discours de 13 pages dans son intégralité, il finit par conclure qu’à 9 h il était bien trop tôt pour une telle entreprise. Thompson a exposé sa vision des problèmes récents, principalement la nouvelle Charte des anciens combattants, qu’il appelle un ‘document vivant’. Il a aussi parlé de l’adoption d’une Déclaration des droits des anciens combattants et de la création du poste d’ombudsman des anciens combattants. “Nous comptons sur vous, la plus grande organisation d’anciens combattants du Canada, pour que vous nous donniez votre avis”, dit Thompson par rapport à ces nouvelles initiatives. “Nous y sommes vraiment sensibles.”

Ensuite, à propos de l’Afghanistan, Thompson disait que “les missions actuelles de nos soldats sont aussi difficiles que jamais et de certaines façons, encore plus difficiles. Quand le monde demande au Canada de s’avancer et de prendre position, nous le faisons. Nous le faisons sans réserve, lors de missions très dures.”

Après quelques autres orateurs, dont le maire John MacKay de Miramichi, Burdett est retournée au micro et a ouvert le congrès officiellement.

Quant aux comptes rendus, Tom Eagles est passé en premier, qui a fait le rapport du président divisionnaire. “Sur une note positive, les finances de notre division vont mieux que depuis bien des années”, dit Eagles. “Vu notre situation financière, nos programmes légionnaires sont assurés pour l’instant. Et je dis bien : ‘pour l’instant’, car il va falloir veiller au grain.

“Sur une note négative, un certain nombre de nos filiales sont en difficulté financière. Nous savons qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles le revenu de nos filiales diminue, comme le nombre d’adhérents qui baisse, les règlements interdisant de fumer, l’économie, les taxes, l’assurance, et ainsi de suite. J’ai essayé, à deux reprises, de faire supprimer les impôts fonciers des filiales, mais le gouvernement a refusé. Nous devons travailler ensemble pour trouver des moyens de surmonter ces difficultés afin de survivre.”

Gary McDade a fait le rapport du trésorier. “La Division du Nouveau-Brunswick est en position financière viable. Le fonds général indique un surplus net de 39 920 $ en 2006. Vu tous les changements qui ont eu lieu durant l’année, on devrait comprendre qu’il s’agit d’un résultat excellent. Toutes les catégories dans les dépenses ont été analysées, et on a réussi à faire des économies chaque fois que c’était réalisable. Tout a été réduit au minimum et on va continuer à y regarder de près.

“Bien qu’on ne réussisse pas à faire croître ces fonds, on s’attend à ce que la santé des finances de la Division du Nouveau-Brunswick continue de tenir les loups de la fusion à bout de bras en cherchant constamment des mesures d’économie.”

Après une petite pause, Burdett a repris le microphone pour prononcer son discours. “Je ne suis pas ici pour vous donner la vision des choses d’Ottawa. Ce dont je désire vous entretenir, c’est les problèmes qui nous concernent tous.”

Un des messages principaux de Burdett se rapportait au besoin qu’a la Légion de trouver des membres ordinaires. “C’est plus facile à dire qu’à faire, je sais. Alors comment faire?”, demanda-t-elle. “Seriez-vous intéressé à y adhérer simplement parce qu’on vous offrirait une épingle? Probablement pas. On entre dans une organisation parce qu’elle a quelque chose à offrir. Nous avons des choses à offrir. Que sont-elles exactement? La première, c’est la camaraderie : une oreille compréhensive. Qui d’autre pourrait mieux comprendre ce que nos soldats subissent aujourd’hui? Nous avons des agents des services qui peuvent les aider en personne à propos de leurs demandes. C’est ce que nous avons à offrir. Nous avons des programmes pour leur famille, des bourses pour leurs enfants et nous leur donnons l’occasion de s’impliquer dans leur collectivité d’une manière significative.”

Burdett a ensuite parlé d’une proposition intéressante concernant une nouvelle catégorie de membres. Que diriez-vous d’une catégorie de membres extraordinaires? Pourquoi ne pourrions-nous pas en avoir une? Ces membres n’auraient pas de droit de vote. Les frais d’adhésion seraient un petit peu plus élevés que les frais moyens des filiales et il y aurait une ristourne à la division. La Direction nationale pourrait facilement s’occuper d’une catégorie de membres extraordinaires. Pourquoi ne pas penser à une motion pour le prochain Congrès national? Il va peut-être y en avoir une.

“Et puis il y a le mot détesté : la fusion. Veux pas en entendre parler. Veux pas y penser. Veux pas le faire. Mais il va bien falloir qu’on y pense un jour. Est-ce que ce ne serait pas mieux de le faire d’avance, sensiblement? Ne serait-ce pas mieux de fusionner deux filiales plutôt que de les perdre toutes les deux? Je ne vous demande pas de courir les fusionner à l’instant même, je ne fais que vous demander d’ouvrir votre esprit et d’y penser, surtout à l’échelon de la filiale.”

Burdett a à nouveau proposé l’idée d’un exécutif plus petit qui se réunirait plus souvent, fait remarquer l’importance d’unir les différentes organisations d’anciens combattants et, en général, prononcé un discours enthousiasmant et vivifiant qui semble avoir été bien reçu par les délégués.

Au contraire du rapport financier favorable, celui du sociétariat de la Division du Nouveau-Brunswick était plutôt sombre. Le président des adhésions Jack Clayton a rapporté que la division a perdu 1 880 membres en 2006 et 1 521 en 2007 avant le 31 juillet. Et la mort n’est en cause que dans environ trois pour cent de la diminution. Sur une note plus agréable, Clayton a remercié la Direction nationale d’avoir simplifié et accéléré le processus des cartes d’adhérent.

Et puis on est vite retourné aux bonnes nouvelles quand les délégués ont appris les détails du programme du livre commémoratif de la Division du Nouveau-Brunswick, lequel est en marche depuis quelques années. Ces livres ont deux fonctions : rassembler des informations sur les anciens combattants locaux et ramasser des fonds pour la division par l’entremise d’annonces publicitaires. En 2006, le livre a rapporté 81 794,67 $ et cette année il a rapporté 75 742,75 $. La division se sert de ces fonds pour appuyer l’athlétisme, le leadership de la jeunesse et les programmes pour les aînés et pour les anciens combattants. “Le livre est une bénédiction pour la division”, dit Eagles.

Le lieutenant-gouverneur Herménégilde Chiasson est venu faire un discours au milieu de l’après-midi. Chiasson, qui est membre honoraire de la Légion, a parlé de l’influence qu’ont les anciens combattants sur la vie canadienne et encouragé la Légion à continuer ses programmes. “La Légion n’est pas seulement un rassemblement de gens, ce n’est pas seulement un club mais une famille”, dit Chiasson.

Burdett a ensuite veillé à une pause de financement pour la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth. Après un flot régulier de gages, un délégué s’est approché du microphone pour faire ce qui a peut-être été la donation la plus touchante de l’après-midi. “De la part de la Légion de St. Martins : nous n’avons que six membres mais nous désirons donner 100 $.” Les donations pour la LRACC se sont élevées à 9 060 $ en tout.

Le samedi après-midi, quand les affaires étaient terminées pour la journée, les délégués et les invités se sont rassemblés au centre-ville de Miramichi pour le défilé et la cérémonie au cénotaphe de la ville. Eagles a lu l’Acte du Souvenir et puis Chiasson, Burdett et Thompson, entre autres, ont déposé des couronnes.

Par la suite, le samedi soir, le congrès s’est rassemblé à la salle des Lions où les attendait un banquet et puis, après, à la filiale locale où ont eu lieu des divertissements.

La première chose à l’ordre du jour, le dimanche matin, c’était le dernier rapport des délégués avec 136 délégués et 51 procurations, ce qui faisait 187 en tout.

On est passé rapidement aux résolutions, en commençant par une tentative de changer la façon de s’occuper des fonds excédentaires au Nouveau-Brunswick. Dernièrement, la Division du Nouveau-Brunswick a fait un don de 7 000 $ au Fonds de moral des troupes de la LRC et la résolution avait pour but de rediriger cet argent vers les filiales dans le besoin plutôt qu’outre-mer.

“À ces causes, il est résolu”, était-il écrit dans l’amendement, “qu’il soit envisagé que tout autre surplus de fonds de la Division du Nouveau-Brunswick, quand c’est possible et faisable, soit utilisé pour appuyer les filiales qui, à cause d’un besoin ou de circonstances financiers, ont besoin de quelque assistance.”

La résolution fut votée par le comité des résolutions avec la condition que la division installe un comité spécial pour étudier les demandes d’assistance financière.

Plusieurs personnes sont allées au microphone et on a remarqué à la table principale que ce ne serait pas si facile que ça de rediriger des fonds donnés par le grand public, mais la résolution a quand même été votée sans protestation.

Par ailleurs, Anne McInnis, une dame âgée de 83 ans qui a travaillé dans le cadre du programme de visites hospitalières de la Division du Nouveau-Brunswick pendant 30 ans, a quitté son poste de présidente du comité, disant qu’il était temps de passer à autre chose.

Vers la fin de la journée, juste avant les élections, Burdett est remontée sur l’estrade pour essayer d’hypnotiser les délégués afin qu’ils donnent leur argent au Fonds de moral des troupes. Prenant une voix apaisante, elle balançait une lumière bleue rythmiquement. “Ce fond de moral des troupes a beaucoup fait pour leur moral; pas tellement le café et les beignes en soit, mais savoir que nous nous soucions d’eux”, dit Burdett. “Et on est un petit peu égoïstes en nous souciant d’eux, car nous voulons qu’ils se joignent à nous quand ils reviennent au pays.”

Le président Patrick Love de la filiale Oromocto, qui est membre actif des Forces canadiennes, s’est levé pour parler contre le fond de moral des troupes. “Il y a plusieurs soldats dans mon unité qui sont revenus d’Afghanistan il y a peu de temps et bien qu’ils étaient contents d’avoir eu le café et les beignes, ils auraient préféré que l’argent soit utilisé pour les projets locaux de là-bas… Merci de votre générosité mais l’argent pourrait être bien mieux utilisé. Placez-le dans un fonds général qu’on puisse utiliser pour aider les orphelinats afghans et les enfants afghans.”

La foule s’est déchaînée en applaudissements et acclamations. Un autre délégué a pris la parole pour faire une motion d’urgence afin de renvoyer la question à la Direction nationale. Bien que Burdett ait remarqué que cette motion aurait pu être faite à un meilleur moment, elle dit qu’elle allait rapporter la recommandation au sous-exécutif national. Les dons pour le Fonds de moral des troupes se sont élevés à 2 213,26 $.

Ensuite, c’était le moment des élections. Jack Clayton a été élu président honoraire par acclamation. Tom Eagles a refusé sa nomination et Mavis Cooper a été votée présidente par acclamation, ce qui a donné lieu à une ovation. Clayton Saunders a été voté premier vice-président par acclamation.

Quatre noms ont été proposés pour le poste de deuxième vice-président : Darryl Alword, Theresa Gaugain, Helen Billings et Paul Poirier. Poirier, le commander sortant du district North Shore, a gagné au premier scrutin.

Il n’y a eu qu’une seule nomination, celle de Gary McDade, pour le poste de trésorier et une seule aussi, celle de Harold Harper, pour celui de président des débats.

Après son installation, Cooper a fait un petit discours sur son nouveau poste. “Je vous remercie de votre confiance; je l’apprécie”, dit-elle. “Quant à mon serment, je l’ai fait de tout coeur, et ce que je vais faire pour vous au cours des deux prochaines années, je le ferai de mon mieux.”

Cooper promit de garder mainmise sur les finances, de s’en occuper en priorité. La deuxième chose en importance, d’après elle, c’est l’adhésion et la troisième, les soins aux anciens combattants et à leurs épouses.

La dernière chose au plan de déroulement était de faire le tirage au sort d’un voyage à Ottawa. Quand le nom de Ron Doucet a été choisi, la foule a éclaté de rire et applaudi parce que la partenaire de Doucet a gagné le même tirage au dernier congrès. C’était une chance ahurissante. Doucet s’est calmement rendu au microphone et a annoncé que c’était une bien trop grande coïncidence et qu’il retirait son nom pour permettre à quelqu’un d’autre de gagner cette année. Il s’est fait ovationner. C’était une bonne façon de finir le congrès.

Nouveaux records d’athlétisme

Les applaudissements vont de plus en plus vite quand le lanceur Wiley Collins empoigne son javelot et prend position. Les applaudissements accélèrent durant sa petite course et puis il exécute un lancer de 74 mètres dans l’air néo-brunswickois.

Il se fait applaudir non seulement par ses coéquipiers de la Division de l’Ontario, mais aussi par ses adversaires lanceurs de javelot qui participent comme lui aux Championnats nationaux d’athlétisme 2007 de la Légion royale canadienne, lesquels ont eu lieu du 8 au 14 août à Oromocto (N.-B.). L’habileté de Collins l’a placé tellement loin devant ses compétiteurs qu’ils l’encouragent à grands cris, non seulement pour la médaille d’or qu’il est presque certain d’obtenir, mais pour qu’il batte un record d’athlétisme de la Légion. Il le fait avec aisance. L’ancien record de la Légion, fixé en 2004 par Curtis Moss de la Colombie-Britannique, était de 68,29 mètres. Celui de Collins est de 74,35 mètres.

Il ne bat pas de record national, bien qu’il y en ait un qui est battu durant les épreuves de cette année, mais il a bel et bien obtenu l’or. Collins obtiendra aussi une médaille d’argent au lancer du disque et une autre au lancer du marteau, avant la fin des rencontres.

“J’exerce mon bras. Je joue au base-ball depuis des années comme lanceur et comme receveur”, dit ce garçon de London âgé de 17 ans. Collins espère obtenir une bourse en athlétisme d’une université des États-Unis.

Onze records de la Légion sont brisés aux épreuves qui ont eu lieu à la piste qui vient d’être construite à la Base des Forces canadiennes Gagetown. Il y a eu quelques jours durant lesquels le conseiller technique en athlétisme Leroy Washburn et la présidente des préparatifs locaux Helen Ladouceur se sont inquiétés en voyant les travailleurs poser le gazon et s’assurer que la superficie soit entièrement aménagée avant l’arrivée des athlètes.

Les peintres spécialistes de la préparation de pistes, des professionnels des États-Unis, avaient été retenus à la frontière durant deux jours pendant lesquels les autorités canadiennes vérifiaient leur permission de travailler au Canada.

Bien que la Légion s’occupe d’athlétisme depuis les années 1950, le programme national actuel n’existe que depuis 1977 et la première rencontre a été organisée à la piste de l’école secondaire d’Oromocto qui se trouve à 25 kilomètres à l’est de Fredericton. Les championnats ont grandi depuis lors et ils se sont passés à divers endroits à travers le Canada. La dernière fois que la rencontre a eu lieu au Nouveau-Brunswick, c’était en 1982.

Le vice-président national et président du Comité national des sports John Alger reçoit les athlètes le jeudi matin. “Depuis son origine, ici à Oromocto, en 1977, les Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion aident les jeunes Canadiens à être plus rapides, plus forts et à aller plus haut”, dit-il.

Alger dit aux athlètes que la rencontre de cette année sert aussi à célébrer le 90e anniversaire de la victoire à la crête de Vimy et il constate une analogie avec ce que les Forces canadiennes font ces temps-ci. “En Afghanistan, aujourd’hui, on entend les mêmes sons que l’ennemi entendait à la crête de Vimy. C’est le son des Canadiens qui arrivent et nous pourrons être tout aussi fiers d’eux”, dit-il.

Blair Dugray d’Athlétisme Canada souhaite aussi la bienvenue aux athlètes : “N’en doutez pas. Certains parmi vous vont entrer en lice pour le Canada un jour”, dit-il. Il leur souhaite d’aller bien et dit qu’il espère que le camp soit un événement important dans le développement de leur carrière d’athlète.

Les athlètes écoutent aussi Joël Bourgeois de Grand Digue (N.-B.), deux fois olympien, qui a participé à des championnats d’athlétisme de la Légion quand il était ado. “Demandez-vous où est-ce que vous voulez être dans 10 ans. Où est-ce que vous voulez être en athlétisme et dans la vie? Où est-ce que vous voulez être dans cinq ans? Ou l’an prochain? Ou à cette rencontre? Voulez-vous obtenir une médaille d’or? Je n’ai pas oublié mes premières épreuves en athlétisme à Sudbury. J’ai terminé septième ou huitième : au milieu du peloton, c’est sûr. Mais je n’ai pas lâché”, dit-il. “Vous devez vous fixer des buts et vous efforcer de les atteindre.”

Bourgeois se souvient aussi d’un autre athlète, un peu plus vieux que lui, avec qui il est allé aux camps de la Légion. Cet athlète, Shawn Graham, qui n’a pas poursuivi de carrière sportive, est premier ministre du Nouveau-Brunswick aujourd’hui. “On apprend des choses dans les sports qui ne sont pas importantes rien que pour les sports mais bien pour tout dans la vie”, dit-il.

Les jeux sont ouverts, vendredi soir, grâce à un flambeau symbolique porté par des coureurs qui arrivent sur la piste et en font le tour. Environ 1 000 personnes se sont assemblées pour regarder les athlètes qui, portant l’uniforme de leur équipe, défilent autour de la piste derrière l’insigne de leur division à la suite de la garde du drapeau de la Légion. Le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick Herménégilde Chiasson et Alger les passent en revue.

Un service commémoratif débute l’ouverture durant laquelle Alger et le président Tom Eagles de la Division du Nouveau-Brunswick déposent une couronne.

Le député fédéral Andy Scott, la députée provinciale Jody Car et le commandant de la base, le colonel Ken Chadder, prennent la parole pour saluer tout le monde. La mairesse d’Oromocto Fay Tid dit qu’elle est ravie que le militaire ait accepté de construire la piste car la municipalité ne pouvait pas se le permettre. “Nous nous sommes inquiétés du temps qu’il fallait pour la bâtir. S’il s’était agi d’une équipe de travailleurs de la ville, j’aurais eu mon mot à dire, mais c’est plutôt difficile de dire à un colonel comment s’occuper de la construction d’une piste”, dit-elle.

Ensuite, Chiasson lève un pistolet de départ, tire, et déclare que les Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion 2007 sont ouverts officiellement.

Le temps est ensoleillé et chaud tout au long de la rencontre, la température atteignant les 30 degrés Celsius. Vu que les spectateurs doivent choisir ce qu’ils veulent voir, car il peut y avoir jusqu’à trois épreuves en même temps, la foule de plus de 1 000 personnes se déplace dans les gradins et autour d’eux.

Sabrina Nettey, âgée de 17 ans et sa soeur de 16 ans Christabel, de Richmond (C.-B.), fixent trois records à elles deux. Sabrina obtient l’or à la course de 200 mètres chez les moins de 18 ans en inscrivant un temps de 24:13, battant aussi le record de 24:19 qui avait été fixé en 1991 par Ladonna Antoine de la Saskatchewan. Elle remporte également l’or à la course de 100 mètres.

Christabel Nettey bat le record des 100 mètres haies et celui du saut en longueur chez les filles de moins de 18 ans. Sa course s’est déroulée en 14:00, brisant le record de la Légion de 14:06 qui avait été fixé en 2003 par Nikkita Holder de l’Ontario. Son saut, avec lequel elle bat le record de 5,83 mètres fixé en 2002 par l’Ontarienne Sarah Nelson, a été de 6,28 mètres.

Les deux soeurs font partie de l’équipe de relais 4×100 mètres de la Colombie-Britannique/Yukon qui obtient aussi une médaille d’or.

Les 100 mètres haies chez les garçons de moins de 18 ans sont remportés par le Québécois Simon Léveillé, en 13,74 secondes, qui bat ainsi le record de 13,98 fixé en 2002 par Cameron Sahadath.

Jacob Smith de l’Ontario brise de justesse le record de 6:00,35 qu’avait fixé l’Ontarien Joseph Brunsting en 2004 et fixe un nouveau record chez les garçons de moins de 18 ans en courant le steeple-chase de 2 000 mètres en 5:59,42.

Keynan Parker de la Colombie-Britannique/Yukon bat le record des 200 mètres chez les garçons de moins de 18 ans en inscrivant un temps de 21:44.

Jared Heldman, de la Colombie-Britannique/Yukon lui aussi, brise le record de la Légion au saut en longueur chez les garçons de moins de 16 ans. Il s’agit d’un saut de 6,82 mètres grâce auquel il remplace le record de 6,63 fixé en 2004 par Jeremy Yang de l’Ontario.

Aleksandr Kuternin de Toronto brise un record chez les garçons de moins de 18 ans, grâce à un temps de 8:28,09, à la course de 3 000 mètres, battant ainsi de justesse le record de 8:29,08 qu’avait fixé l’Ontarien Matt Leeder l’an dernier. Il obtient aussi l’or à la course de 1 500 mètres.

Bien qu’il joue aussi au basket-ball et au tennis, Kuternin dit que ce qu’il préfère c’est l’athlétisme. “J’aime le cross-country. C’est bien plus intéressant quand on court dans la boue, parmi les collines et les arbres”, dit-il. Il espère devenir athlète professionnel après l’école secondaire.

Alyxandria Treasure, âgée de 15 ans, est toute seule au saut en hauteur car ses compétitrices chez les moins de 16 ans ont abandonné, mais elle s’efforce quand même de sauter encore plus haut après avoir presque atteint le record de la Légion à 1,74 mètre. Elle saute un petit peu plus haut : 1,76 mètre. La foule est silencieuse quand elle s’élance et passe facilement par-dessus la barre. La section des acclamations se déchaîne. Elle essaie un autre saut, encore plus haut, pour briser le record national, mais elle n’y parvient pas. Elle doit se contenter de l’or et du nouveau record.

Vers la fin de la rencontre, dimanche après-midi, on annonce que Julie Labonté de Ste-Justine (Qc) a brisé le record chez les filles de moins de 18 ans au lancer du poids avec un jet de 13,95 mètres. On annonce d’abord qu’elle a battu le record de la Légion de 13,33 détenu depuis 2001 par l’Ontarienne Sultana Frizell, et puis ensuite qu’elle a aussi battu le record de 13,94 fixé en 2005, chez les jeunes Canadiennes, par Kaitlyn Andrews de l’Ontario.

Le dernier jour du camp, les athlètes visitent la base où ils ont l’occasion de voir de près l’équipement qu’utilisent actuellement les troupiers en Afghanistan. Des membres du Royal Canadian Regiment qui viennent d’en revenir sont présents pour montrer l’équipement, comme entre autres le véhicule d’assaut léger VAL III. Les athlètes obtiennent la permission de grimper sur les appareils et d’essayer l’équipement de protection individuel qu’on utilise lors du travail de déminage. Il y a aussi des chars d’assaut Leopard II sur place, comme ceux qui ont été achetés dernièrement et qui viennent d’arriver au front.

Les athlètes ont l’occasion d’épauler un fusil anti-char Carl Gustav qui nécessite une équipe de deux personnes, une pour charger l’arme et une autre pour viser et tirer. “Quand on en tire un, on est abasourdi un bout de temps. Le gars qui assiste le tireur risque même de se sentir encore pire”, dit un soldat expérimenté qui montre des parties de l’arsenal mortel utilisé couramment par les soldats lors de leur déploiement.

Ce qui est peut-être le plus fascinant pour les ados, c’est la salle où des bureaux sont installés en rangées, qui servent à des jeux d’ordinateurs. Sauf qu’il ne s’agit pas de jeux amusants comme ceux auxquels les athlètes sont habitués. Ce sont des programmes d’entraînement interactif conçus pour montrer aux soldats tous les dangers et obstacles auxquels ils doivent faire face, ainsi que la discrétion dont ils doivent faire preuve la nuit en patrouille.

Dans une autre pièce, des images informatiques grandeur nature sont projetées sur des écrans. Les soldats utilisent des fusils à laser qui interagissent avec les images pour tester leur adresse au tir, leurs réactions et leur prudence lors d’une patrouille au bord d’une route ou dans quelque autre situation.

Les dangers du combat sont communiqués aux athlètes de façon personnelle au banquet de fermeture qui a lieu à la base. Le caporal-chef Paul Franklin, dont les deux jambes ont été amputées au-dessus du genou suite à une attaque de kamikaze en Afghanistan, est l’orateur notable de la soirée. Franklin en était à sa deuxième affectation en Afghanistan, où il servait comme technicien médical attaché à l’équipe de reconstruction provinciale, à la province de Kandahar, quand l’attaque est arrivée.

“Au combat, on compte sur une équipe. Je leur fais confiance avec ma vie. C’est un membre de mon équipe qui m’a mis un tourniquet à la jambe gauche. Je lui avais montré comment deux jours auparavant”, dit-il.

Franklin parle de l’importance qu’il y a à maintenir une bonne forme physique. “J’ai survécu à 26 opérations et combattu des infections et, bien que j’ai été blessé en février, je faisais mes premiers pas au mois de mars. Mon poids a baissé de 200 livres à 130 livres… Mais j’étais en forme. Ça m’a sauvé la vie”, dit-il.

Franklin explique que malgré la perte de ses jambes, il est toujours dans les Forces canadiennes, où il aide les amputés et les autres soldats blessés au combat qui récupèrent à Edmonton.

Il y a un autre lien avec l’Afghanistan car les prix les plus importants décernés cette année sont dédiés au simple soldat d’Hamilton, âgé de 33 ans, Mark Graham. Graham avait fait partie de l’équipe ontarienne lors de la rencontre d’athlétisme de la Légion en 1989. En 1992, il faisait partie de l’équipe olympique canadienne qui a couru les 4×400 mètres à Barcelone, en Espagne. Il a servi dans le Royal Canadian Regiment de Petawawa (Ont.) par la suite et a été tué en Afghanistan, lors de l’incident de tir ami quand un avion des États-Unis a accidentellement tiré sur des troupes canadiennes, le 4 septembre 2006.

Kuternin et Christabel Nettey ont été désignés les meilleurs athlètes de cette année. Les meilleurs athlètes sont choisis, par un comité présidé par le président du Comité des sports, d’après leur performance et leur personnalité.

Ladouceur, en tant que présidente du Comité des préparatifs locaux, avait pour tâche de remettre une plaque à Gilles Lussier qui va faire le même travail qu’elle pour la troisième fois, à la rencontre d’athlétisme de 2008, à Sherbrooke (Qc).

Alger dit pour résumer, à la fin de la soirée, “En ce qui me concerne, vous êtes tous des gagnants. Vous emportez des souvenirs qui vont durer toute votre vie.”