À votre service

Durant la troisième année d’un programme de sondage des soins de longue durée, ce témoignage d’un sondeur de la Légion dit tout :

Les oubliés

En tant que sondeur, durant ces deux dernières années, j’ai été très chanceux de pouvoir visiter nombre de nos précieux vétérans de la Seconde Guerre mondiale dans des établissements de soins de longue durée sur l’île de Vancouver. J’utilise le mot précieux, parce que ce mot sert à décrire quelque chose d’une grande valeur. Une des raisons pour lesquelles ils sont précieux en est qu’il nous en reste de moins en moins à honorer. Ces nobles guerriers d’antan terminent leur vie dans des institutions de soins à travers cette île et ils sont souvent “les oubliés”.

D’après ce que j’ai vu il existe plusieurs catégories d’oubliés. Ce sont des anciens combattants qui vivent dans ces institutions parce qu’ils ne peuvent plus vivre sans aide ou parce que leurs êtres chers ne peuvent plus s’occuper d’eux. Ce sont ceux qui sont assis dans leur chambre, dans leur fauteuil roulant, près de la porte d’entrée de leur maison, à attendre des visiteurs. Il y en a qui attendent en vain.

Il y a les anciens combattants qui sont dans les zones sécuritaires des établissements de soins. Ceux qui sont atteints de trouble cognitif sont logés dans une zone sécuritaire pour leur propre protection; cette zone sécuritaire est leur chez soi. On les voit, âgés de 80 ans ou plus, qui marchent le long des couloirs, certains avec un sourire permanent, d’autres les yeux dans le vague qui regardent tout droit; d’autres encore vous racontent des histoires détaillées de leur jeunesse, mais ils oublient que vous étiez là avant que vous ne quittiez l’établissement.

Ensuite il y a les conjoints, des oubliés aussi. Ils sont tout aussi précieux que leur mari ou femme, à qui ils ont envoyé la main quand ils montaient à bord des navires et des trains qui allaient les emporter à la guerre. Ce sont ceux qui ont vu leur meilleur ami devenir lentement frêle et avoir besoin d’assistance. Une assistance que le conjoint ne peut plus leur donner. Les conjoints vont souvent les voir. Ils se soucient de la condition de leur être cher; ils se tracassent à propos de leur nutrition, de leur médication, de leur confort. Ils regardent alors que leur meilleur ami dépérit lentement. Albert Schweitzer a dit une fois : “Le tragique de la vie […] c’est ce qui meurt dans une personne alors qu’elle est encore vivante.”

Des fois, c’est difficile de me préparer à aller visiter ces établissements; j’ai vu les oubliés et je sais à quoi m’attendre quand je vais les voir. Quand j’entre dans leur chambre, je vois des photos aux murs et sur les tables. Ces photos sont celles de jeunes hommes et femmes en uniforme, l’oeil rieur, pleins d’espoir, prêts à tout; un jeune marin à bord de son navire, un jeune soldat qui nettoie une arme, un jeune aviateur debout à côté d’un avion, une jeune fille en uniforme au volant d’un véhicule, ou une jeune infirmière prenant la température d’un soldat. Quand je vois l’isolement dans leurs yeux, la confusion dans leurs pensées, les pieds qui traînent, je n’ai qu’à regarder ces photos; les photos sont mon soutien, elles rapportent la vie, la jeunesse et la vigueur aux résidents de l’établissement que je suis en train de visiter. Pendant un petit moment, pour moi au moins, ce ne sont plus des oubliés.

Alors si vous connaissez un ancien combattant qui loge dans un établissement de soins de longue durée, montrez lui que vous savez que c’est quelqu’un de vraiment précieux. En tant que trésors vivants, ils ne devraient pas être mis au rancart. Comme des trésors, il faut qu’on puisse les voir, les entendre et les aimer. Allez les voir, écoutez-lez, parlez-leur, et montrez-leur que vous êtes vraiment intéressé. Vous ne serez peut-être récompensé que par un sourire, mais quel sourire!

J. E. Landry |
Sondeur des soins de longue durée

Nous vous rappelons qu’on a encore besoin de sondeurs de la Légion à Victoria, Vancouver, Edmonton, Grande Prairie (Alb.), Yorkton (Sask.), Kenora, Windsor, St. Thomas, Kitchener, Sarnia, London, St. Catharines, Mississauga et Toronto en Ontario, ainsi que Bathurst (N.-B.), Sydney (N.-É.) et Grand Falls (T.-N.). Les membres de la Légion intéressés qui désirent obtenir d’avantage de renseignements sont conviés à entrer en rapport avec le Bureau national des services.

Nouveau programme de placement

Comme on en a discuté auparavant, dans le cadre de la nouvelle Charte des anciens combattants, un programme de placement va être mis en oeuvre pour les vétérans des Forces canadiennes en vue de les aider à rentrer dans la main-d’oeuvre civile par l’entremise d’une formation de recherche d’emploi, d’amélioration des compétences, et d’assistance pour trouver un emploi. La Légion royale canadienne est en train d’étudier la possibilité de jouer un rôle dans le programme de placement où, parmi d’autres responsabilités, des bénévoles entraînés ayant accès à une base de données numérique fournie par l’entrepreneur pourraient assister les vétérans des Forces canadiennes à trouver un emploi adéquat grâce à un matériel de marketing et à d’autres ressources.

Du point de vue de la Légion, cela pourrait servir à établir un bon rapport avec les vétérans des Forces canadiennes, la source logique de nouveaux adhérents. Ce programme pourrait fonctionner selon un processus semblable au projet de sondage des soins de longue durée si réussi qui est mené par des bénévoles de la Légion. Si participer à un tel travail vous intéresse, veuillez prendre contact avec le directeur Pierre Allard du Bureau national des services au 613-235-4391 ou par courriel à pallard@legion.ca. Nous avons déjà reçu des avis d’intention de participer et acceptons les nouveaux bénévoles, y compris les membres d’autres organisations d’anciens combattants.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

L’art d’émouvoir : le Programme d’arts des Forces canadiennes, 2001-2006

“La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer.
–Honoré de Balzac le Chef-d’oeuvre inconnu, p. 394.

Le ministère de la Défense nationale a créé le Programme d’arts des Forces canadiennes (PAFC) il y a cinq ans. La représentation artistique du travail des Forces canadiennes, au pays comme à l’étranger, ajoute un élément important à la compréhension de ce travail. Les anciens combattants remarquent souvent qu’il leur est difficile de trouver les mots pour exprimer ce qu’ils ont vécu. On peut se servir de photographies pour reconstituer le passé mais c’est l’art qui permet d’exprimer les émotions qui sont difficiles à saisir avec un appareil de photo; les artistes fournissent donc un complément intéressant aux autres moyens cherchant à immortaliser la vie militaire. Nous présentons ici un court sommaire des premiers cinq ans du programme.

Dans le cadre d’un projet pilote du PAFC, trois artistes ont été sélectionnés à l’été 2002 pour accompagner les Forces canadiennes sur les lieux de l’opération Apollo, en Asie du Sud-Ouest. Ensuite, entre 2003 et 2005, 21 artistes ont été choisis lors d’une première compétition et ils viennent juste de terminer leur expérience. En décembre 2005, cinq nouveaux artistes furent choisis pour commencer leurs travaux pendant la période 2006-2007. Mais avant de parler de ces artistes du PAFC, il serait utile de faire un survol rapide des autres programmes d’art militaire canadiens du 20e siècle.

Le premier programme d’art militaire canadien a été officiellement créé en 1916. Une centaine d’artistes travaillant pour le Canadian War Memorials Fund ont exécuté plus de 800 tableaux, sculptures et oeuvres imprimées. Sous la direction de Max Aitken, l’âme du programme, les artistes, selon les historiens Dean Oliver et Laura Brandon, “illustrent, perpétuent et éclairent les principaux événements de la Première Guerre mondiale telle que les Canadiens l’ont vécue, mais ils marquent également une étape importante dans l’évolution de l’art canadien”. Les membres du Groupe des Sept ont été durement frappés par leur expérience, dont Fred Varley, A.Y. Jackson, Arthur Lismer et Frank Johnston. Selon Varley, “vous, au Canada […] vous ne pouvez pas du tout imaginer ce qu’est la guerre.” L’idée qu’il faut faire l’expérience de la vie militaire afin de la comprendre revient souvent dans les récits des artistes de guerre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, 31 peintres officiels, dont la plupart portaient déjà l’uniforme, ont été engagés dans le cadre du programme d’art militaire pour servir aux côtés des soldats, marins et aviateurs canadiens. C’était une autre guerre et ce programme a produit des oeuvres différentes au lieu de mettre l’accent sur la tragédie et la destruction, la plupart des cinq mille images (plus petites) montrant les événements, les machines et les différents acteurs dans toutes les situations. Toutefois, comme cela avait été le cas pour les organisateurs du programme précédent, les responsables du programme pendant la Seconde Guerre mondiale (Vincent Massey, le Colonel A.F. Duguid, le major C.P. Stacey et le directeur H.O. McCurry du Musée des beaux-arts du Canada) insistaient pour que les artistes soient là, avec leurs sujets. Cette politique fut appuyée par des artistes comme Alex Colville, qui a décrit ce qu’il a ressenti à Bergen-Belsen peu de temps après la libération de ce camp : “Ce fut une expérience profondément émouvante.” Et Charles Comfort, ayant passé un an avec l’armée canadienne en Italie, a noté qu’il lui était impossible de ne pas être touché par les événements qu’il a vus.

Entre 1968 et 1995 il y avait le Programme d’aide des Forces canadiennes aux artistes civils (CAFCAP) dans le cadre duquel une quarantaine d’artistes ont créé environ 250 oeuvres. La plupart d’entre eux ont travaillé en temps de paix et dépeint les activités des forces dans diverses situations, au pays et à l’étranger. L’annulation du programme a créé un vide, lequel a été comblé quelques années plus tard par le PAFC.

Les premiers artistes du PAFC

Le 6 juin 2001, le chef d’état-major de la Défense, le général Maurice Baril, a annoncé la création du PAFC qui visait une fois de plus à donner à des artistes l’occasion de dépeindre le travail des forces dans le monde entier. La première étape consistait à former un comité de sélection pour que les artistes du PAFC jouissent du soutien des communautés militaire et artistique. Ce comité, présidé par Serge Bernier, Directeur histoire et patrimoine, incluait Joe Geurts (directeur du Musée canadien de la guerre), Jean-Louis Roux (président du Conseil des Arts du Canada), Roch Carrier (directeur de la Bibliothèque nationale du Canada), Pierre Théberge (directeur du Musée des beaux-arts du Canada), la sénateure Lucie Pépin et l’artiste Michael Flahault.

L’été suivant, John Horton était l’artiste nommé pour accompagner la marine en Asie du Sud-Ouest. Né en Angleterre et diplômé des écoles d’art de Poole, Bournemouth et Wimbledon, il a servi dans la Royal Navy et dans la réserve navale canadienne. Installé à Vancouver depuis 1964, il travaille en design et en architecture et, depuis 1970, peint la marine. Il est arrivé au golfe Persique en juillet 2002, à bord du NCSM Algonquin, et il s’est rapidement adapté à son milieu. “J’ai été dans la marine”, explique-t-il, et même si certains aspects étaient nouveaux, “je savais à quoi m’attendre en m’embarquant.” L’accueil chaleureux de l’équipage a facilité son intégration : “Ils ont été si gentils avec moi et m’ont traité comme un des leurs.” Une de ses premières tâches a été de décider quoi peindre afin de démontrer “ce qu’on faisait et ce qu’était la vie dans la marine moderne”. Il a fini par estimer que les abordages étaient la clé des opérations et il représente fort bien ce thème dans deux tableaux: Arraisonnement à l’aube et ‘Go Fast’–Interdiction. Selon lui, “ces deux tableaux à eux seuls montrent en quoi consistait l’opération canadienne dans le golfe Persique”. (Pour voir ces tableaux et les tableaux des autres artistes, consulter le site web du PAFC à www.forces.gc. ca/dhh.) Tout en choisissant ses thèmes et en faisant des croquis, M. Horton prenait des photographies pour les détails mais cela s’est avéré difficile avec l’humidité.

Allan Mackay, né à Charlottetown (Î.-P.-É.), l’artiste nommé pour l’armée, a un diplôme du Nova Scotia College of Art. Il a fait carrière dans les arts visuels en tant que directeur-conservateur, administrateur des affaires culturelles et artiste professionnel. Il travaille maintenant comme consultant en conservation pour le Musée des beaux-arts de Kitchener-Waterloo. Son arrivée à l’aéroport de Kandahar a été mémorable : “C’était certainement intéressant d’arriver en Afghanistan à bord d’un Hercules […] je plongeai dans le milieu où je me trouvais.” Pendant qu’il cherchait l’inspiration pour les thèmes de ses travaux il filmait; il travaille à partir de photographies et il a filmé environ cinq heures de vidéo. De retour au Canada, il a choisi les images et commencé à les travailler avec un mélange de fusain, de pastels, de pastels à l’huile et de cire. Son usage de la cire est vraiment remarquable et véhicule efficacement son interprétation de l’environnement. “J’utilise un pinceau large trempé dans un mélange de cire fondue et de vernis de dammar et je répands la cire en une couche unie ou presque unie sur le dessin…. Étant donné la poussière et le sable dans cette région, une telle technique permet de rendre d’une certaine manière […] l’apparence du paysage et de l’air.” Puisqu’il était sur place, il a vu lui-même le sable et la poussière et ces éléments, moins visibles sur les photos, sont nettement présents dans ses représentations.

L’artiste nommé pour accompagner la force aérienne fut Ardell Bourgeois. Né en Alberta, il a déménagé plusieurs fois avant de s’établir en Colombie-Britannique où il a étudié au Emily Carr College of Art and Design. En mai 2002 il recevait un appel téléphonique du gérant du programme, le major André Levesque, qui lui offrait de participer au programme et deux mois plus tard il était sur les lieux. Il s’est d’abord familiarisé avec le milieu : “Il y avait beaucoup de choses à regarder et j’essayais de saisir certaines des activités. J’ai fini par choisir ce qui me frappait le plus, des activités auxquelles je participais directement.” Après avoir choisi ses thèmes, il a pris des photographies et fait des esquisses sur lesquelles il travaillerait de retour au Canada. Il a peint un tableau sur place, non sans mal, une reine sans hangar. “La chaleur posait un problème,” explique-t-il. “L’élément principal que j’avais vraiment sous-estimé, c’était à quel point elle aurait des effets sur la peinture à l’huile et la lumière… Il faisait jusqu’à 48 degrés Celsius […] à dix heures du matin et la peinture était si liquide qu’elle n’adhérait pas bien à l’isorel […]. J’avais un temps limité pour peindre parce que je devais attendre que les aéronefs ne soient plus sur l’aire de trafic.”

Vu les bons résultats du projet pilote, le PAFC a lancé sa première compétition ouverte à tous les artistes canadiens. Le comité de sélection a retenu 21 candidats qui allaient participer à des missions entre mai 2003 et décembre 2005. Afin d’assurer aux artistes l’accès leur permettant de vraiment comprendre les activités militaires, la coopération des membres des Forces canadiennes était essentielle. Les artistes ont tous grandement apprécié cette coopération. L’équipage du NCSM Calgary a accueilli au nom de la marine à Esquimalt les artistes Douglas Bradford, Ho Tam et Maskull Lasserre. À Halifax, l’équipage du NCSM Toronto a accueilli pendant deux semaines les artistes David Collier, François Béroud et Andrew Wright en avril 2005.

L’armée a pour sa part reçu quatre artistes en décembre 2003 à Sherbrooke pendant une semaine d’entraînement en préparation pour une mission en Afghanistan. Il s’agissait de Jacques Hamel, Karole Marois, Sylvie Pecota (qui est allée aussi en Haïti), et Edward Zuber. De plus, Gertrude Kearns a participé pendant une semaine, en août 2004, aux exercices de préparation de type FIBUA (combat dans les zones bâties), à la base de Petawawa.

L’aviation, quant à elle, a accueilli l’artiste Alex Meyboom à Trenton pendant la période très chargée de janvier 2005 lorsque les membres du DART partaient aider les victimes du tsunami en Asie du Sud-Est. Et en avril 2005, la base de Cold Lake en Alberta a reçu la visite de Katherine Taylor et de Mark Richfield pendant cinq jours.

Il y a aussi des artistes qui ont choisi les événements commémoratifs comme sujet. Ainsi, en juin 2004, à l’occasion des cérémonies du soixantième anniversaire du débarquement, Ian Wall a accompagné des groupes d’anciens combattants en Normandie. Et, en novembre 2004, Zeqirja Rexhepi et Kevin Goligher ont observé les événements de la journée du souvenir, le premier à Ottawa et le deuxième à Kingston. Finalement, en mai 2005, Karole Marois s’est jointe aux anciens combattants en Hollande pour les cérémonies du soixantième anniversaire du jour de la victoire en Europe.

Les cinq nouveaux artistes

Pendant l’automne 2005, le PAFC a lancé une deuxième compétition, ouverte à tous les artistes canadiens, et le comité de sélection a retenu cinq candidats qui participeraient à des missions entre janvier 2006 et décembre 2007. (Les artistes intéressés à soumettre leur candidature sont priés de noter qu’il y aura une autre compétition à l’automne 2007 et ils sont invités à consulter le site web de la Direction histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale pour les détails.) Le comité de sélection, présidé par l’historien de l’art François-Marc Gagnon, comprend Laura Brandon, Michel Gaboury, Greg Hill et Zeqirja Rexhepi.

Karen Bailey d’Ottawa est l’un des cinq nouveaux artistes. Elle a étudié au Reigate School of Art and Design en Angleterre et a fait douze expositions solos depuis 1987. Elle est spécialiste en science héraldique et en calligraphie. Elle veut essayer de démontrer dans ses travaux comment chaque participant contribue au bon fonctionnement de chaque mission, souvent en travailleur invisible. “C’est l’interaction entre les hommes et les femmes à l’avant-plan et les autres en arrière-scène qui m’intéresse le plus.”

Allan Ball, un artiste d’Edmonton, a étudié en arts visuels à l’Université de l’Alberta. Il a présenté douze expositions solos depuis 1990 et il utilise plusieurs médias dans ses travaux. Il se souvient des activités militaires de son père qui ont marqué sa jeunesse. Il désire étudier de plus près la vie quotidienne des soldats, de même par ailleurs que le rôle de la religion.

Catherine Jones, une artiste d’Halifax, a étudié au Nova Scotia College of Art and Design et a fait quinze expositions solos depuis 1980, dont “At the End of the Day”, une étude de 21 portraits. Ces portraits, illustrant d’anciens soldats canadiens, britanniques et allemands, sont inspirés du dîner de la réconciliation à Ortona en 1998 et fondés sur le thème du pardon. “Le pardon est l’une des qualités humaines les plus rares”, explique-t-elle. “Quel beau témoignage de voir ces hommes qui, malgré le fait qu’ils ont été des ennemis mortels, ont pu s’asseoir pour manger et trinquer ensemble.” Elle a quelques projets qu’elle aimerait réaliser dans le cadre du PAFC et elle considère que “c’est un privilège et un honneur d’être choisie”.

William MacDonnell, un artiste de Calgary, a étudié au Nova Scotia College of Art and Design et il a fait vingt-quatre expositions solos depuis 1979. Ses tableaux ont représenté plusieurs scènes de guerre et les conséquences des guerres dans les villes allemandes en 1919 et en 1946, la signature de l’armistice à la fin de la Première Guerre mondiale, les lendemains des opérations de maintien de la paix en Croatie et les champs ruinés en Indochine après la guerre. À travers ses oeuvres, on voit sa réflexion au sujet de la mémoire collective d’une société et aussi le phénomène de l’oubli.

Scott Waters, de Toronto, a étudié les arts visuels à l’Université York et il a fait huit expositions solos depuis 1998. Ancien soldat du PPCLI, il s’intéresse à la culture militaire et à l’éthique de travail protestante. Sa collection “The Hero Book” est peinte sur du contreplaqué, “un matériau très utilisé par le commun des mortels”. Selon lui, le PAFC représente “un de ces projets idéals” et il espère peindre les soldats en déploiement et les patrouilles tout comme les repas au mess.

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Le comité consultatif, toujours présidé par Serge Bernier, inclut en 2006 Joe Geurts, Laura Brandon, François-Marc Gagnon, Greg Hill, Ian Wilson, Michel Gaboury et Joe Day. Il cherche à faire connaître les oeuvres réalisées dans le cadre du PAFC. C’est ainsi qu’une exposition a été faite à l’ambassade canadienne à Washington entre octobre et décembre 2005 et il y en aura une autre au musée Shearwater entre avril et septembre 2006. Le comité cherche aussi à améliorer le programme. Pour les cinq nouveaux artistes du PAFC et ceux qui suivront leurs traces, les objectifs ressemblent beaucoup à ceux des artistes des programmes des deux guerres et du CAFCAP, l’idée étant de constater de visu ce que font les forces canadiennes et ensuite de le communiquer, de l’exprimer dans les oeuvres d’art. Mais la différenciation entre le soldat et le civil est moins grande aux guerres modernes qu’à celles d’autrefois, et assurer l’accès nécessaire aux artistes n’est pas toujours facile. Suite aux expériences concernant le projet pilote de 2002 et le premier groupe de 21 artistes entre 2003 et 2005, plusieurs ont suggéré qu’on donne plus de temps et de liberté de mouvement aux artistes dans les zones de combat. Pour des raisons de sécurité toutefois, c’est difficile à réaliser. Trouver un équilibre entre l’accès et la sécurité sera un défi pour les gens du programme dont l’objectif est de générer des oeuvres artistiques qui sauront refléter les souvenirs des anciens combattants et offrir aux générations à venir, avec les témoignages photographiques, un portrait complet de ce qu’était la vie dans les forces canadiennes au début du 21e siècle.

Les Forces canadiennes ont des raisons d’être optimistes

Encore une fois, la réunion annuelle du Congrès des associations de la défense à Ottawa a servi de forum où les gens de la défense canadienne ont pu s’assembler, parler de la façon dont ils voient les choses et partager leurs plans d’avenir.

En théorie tout au moins, le colloque avait été organisé pour traiter de la transition de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et de l’impact qu’elle va avoir sur le Canada. En fait, les conversations s’étendaient sur toute la gamme, du nouveau rôle de combat pour le Canada en Afghanistan dont on a beaucoup débattu jusqu’aux détails sur les efforts que font les Forces canadiennes pour se transformer. On a beaucoup parlé des nouvelles capacités : les nouvelles structures de commandement, les nouvelles unités de forces spéciales, une marine pour trois océans, une aviation revitalisée; et puis on a aussi beaucoup parlé du nouvel équipement. Les Forces canadiennes ont une longue liste d’approvisionnement, dont entre autres des avions, des hélicoptères et des camions.

Il s’agissait d’une assemblée impressionnante, à laquelle participaient des douzaines d’officiels du gouvernement, des ministres, des anciens ministres et plus d’officiers généraux qu’on ne pouvait recevoir comme il faut dans la grande salle de bal du Château Laurier les 23 et 24 février. Ils ont donné des discours, ont siégé dans des groupes d’experts et partagé des renseignements à tour de rôle. De la vision confiante du chef d’état-major de la défense du Canada, le général Rick Hillier, jusqu’aux annonces tout aussi audacieuses du nouveau ministre canadien de la défense, il était clair qu’on pouvait s’attendre à d’importants changements pour le militaire canadien.

Lors de la réunion du CAD de l’an dernier, nombre de participants avaient le sentiment que les Forces canadiennes sortaient du tunnel, que pour la première fois en vingt ans elles allaient commencer à obtenir le soutien dont elles avaient besoin.

Un des moments les plus remarquables a eu lieu lors du discours du ministre de la Défense nationale Gordon O’Connor. En plus d’annoncer une importante augmentation des troupes (les forces régulières et les réserves vont obtenir 10 000 membres de plus) O’Connor était enchanté de se présenter et de faire part quelque peu de son point de vue en ce qui concerne les Forces canadiennes.

“Les gens qui me connaissent savent que j’ai été soldat pendant 32 ans et que mes père, oncles et frère ont tous porté l’uniforme”, dit O’Connor, établissant sa crédibilité au tout début. “Alors, je sais très bien que plusieurs gouvernements successifs ont déçu nos hommes et femmes militaires. Le manque de financement, le manque de personnel, l’équipement inférieur, le logement qui laisse à désirer […], tout cela devenait une réalité institutionnelle pour ces hommes et ces femmes.”

Là-dessus, O’Connor s’est penché sur les thèmes les plus récurrents du colloque, le rôle du militaire et des organisations de la défense en ces temps qui changent, et surtout le fait que l’environnement actuel de menaces, le terrorisme mondial, nécessite de nouvelles solutions basées sur la propagation de la stabilité : “Je sais fort bien que, depuis la fin de la guerre froide, le Canada n’a pas fait l’objet de menace militaire conventionnelle. Et je pense que nous sommes tous d’accord que, pour autant qu’on sache, il n’y a guère de risque de conflit global entre grandes puissances. Mais il est clair aussi que le monde est toujours un endroit très dangereux et imprévisible.

“La priorité du ministère de la Défense nationale et de nos forces armées doit donc être la défense du Canada. En d’autres mots, protéger les Canadiens ici au pays.

Défendre le Canada, ça veut dire que les Forces canadiennes doivent remplir des responsabilités nationales essentielles, comme la surveillance et la protection du territoire et de leurs abords.

“En plus de l’Amérique du Nord, la défense du Canada est aussi liée à la stabilité du reste du monde.

Le Canada doit s’occuper directement des menaces à notre souveraineté et à notre sécurité avant qu’elles n’atteignent nos côtes. C’est ce que des générations d’anciens combattants canadiens ont fait quand ils ont porté l’uniforme et sont allés outre-mer défendre nos intérêts, nos valeurs et notre mode de vie.”

O’Connor a aussi parlé de l’Afghanistan, un autre des principaux thèmes du congrès, et donné une opinion plutôt directe de pourquoi le Canada est là-bas et pourquoi nous devrions rester là-bas : “Nous allons continuer jusqu’au bout parce que notre mission en Afghanistan est importante. Elle est importante pour l’avenir de l’Afghanistan. Elle est importante pour la stabilité de la région. Et elle est importante pour la sécurité internationale. Mais surtout, notre mission en Afghanistan est conforme à notre intérêt national. Le 11 septembre 2001, des terroristes ont attaqué l’Amérique du Nord et des Canadiens ont été tués. Je le dis franchement : quand des terroristes attaquent des Canadiens, le Canada va se défendre. C’est pourquoi nous sommes en Afghanistan.”

Le général Rick Hillier a continué à améliorer son record de victoires en ce qui concerne les discours publics, amusant la foule grâce à son charme, dont on a souvent parlé, tout en transmettant quelques messages intenses en choisissant ses mots. En plus de demander à Tim Hortons de s’installer à Kandahar (ce qui a été accepté car la société annonçait quelques jours après qu’elle allait envoyer quelqu’un là-bas), Hillier a aussi donné une vue d’ensemble de la nouvelle mission de combat en Afghanistan.

“Nous sommes en Afghanistan d’abord parce qu’en tant que pays, en tant que Canadiens, nous n’acceptons pas le terrorisme et sa violence aveugle comme manière d’apporter des changements. Ce qui est tout aussi important, toutefois, c’est que nous sommes en Afghanistan pour aider les Afghans”, dit Hillier. “Nous ne sommes pas là pour bâtir un empire. Nous ne sommes pas là pour occuper un pays. Mais nous sommes là pour aider les hommes, les femmes et les enfants afghans à reconstruire leur famille, ce qui n’est pas facile quand, sur une population d’environ 27 millions d’habitants, plus de deux millions ont été tués et plus de huit millions ont été chassés de leur pays. Nous sommes là pour aider ces familles à reconstruire leur collectivité au point où les normes médicales soient suffisamment améliorées pour que deux enfants sur cinq ne meurent plus avant leur cinquième anniversaire, où il y a suffisamment de sécurité pour qu’il soit possible de ne pas se faire tuer par un plastiqueur suicidaire en faisant le marché, où les écoles sont ouvertes et où les enseignants apprennent aux élèves, garçons et filles, sans avoir peur de se faire tuer et décapiter, des collectivités où les femmes peuvent avoir un rôle égal dans la société.”

Hillier, ayant peut-être ressenti qu’il était temps de présenter son cas en ce qui concerne les articles à prix élevé, a dit clairement que de toutes les choses dont les Forces canadiennes ont besoin, les plus importantes sont les nouveaux avions et d’avantage de fonds.

“Sans remplacer les Hercules C-130 très bientôt, nous risquons d’avoir une flotte qui ne peut plus voler et que notre capacité de mener des opérations soit très restreinte, ou même stoppée, aux niveaux international ou national. Dans le triage de la vie militaire c’est urgent.

“Nous avons besoin d’argent. Pour que vous compreniez bien quel est notre défi en ce qui concerne le dollar, il nous manque toujours à peu près trois-quart d’un milliard de dollars rien que pour soutenir les Forces canadiennes actuelles, il nous faut de tout, des quartiers pour les gens mariés jusqu’aux pièces de rechange, en passant par l’utilisation des simulateurs, l’essence, l’huile et les rations, et tout ce qu’il faut pour marcher, voler ou voguer.

“Le retard accumulé est énorme, en ce qui concerne les choses que nous n’avons pas faites, que nous avons remises à plus tard, que nous avons mises de côté mais qui sont encore à faire, qu’il s’agisse de l’entretien des édifices ou qu’il s’agisse de l’équipement des flottes à remplacer ou de l’équipement qu’on doit actualiser et, sans exagérer, il va nous falloir des milliards de dollars pour sortir de ce trou.

Le général Ray Hénault, l’ancien CEMD qui est actuellement le militaire le plus haut placé à l’OTAN, était aussi présent au colloque pour rapporter la situation actuelle de l’OTAN. Avec 30 000 soldats déployés sous son commandement, sur trois continents, l’OTAN, que Hénault appelle “la force de rétablissement de la paix la plus expérimentée au monde”, n’a jamais été plus occupée. Hénault, poursuivant sur le thème de l’Afghanistan, a expliqué un raisonnement stratégique d’après lequel l’OTAN a entrepris des opérations de combat là-bas.

“Depuis la destruction du mur, afin de garantir notre sécurité au pays, nous sommes obligés d’aller bien plus loin”, dit Hénault. “Il n’y a plus guère de distinction entre la défense de la patrie et la défense avancée. Alors qu’une force passive-réactive pouvait être appropriée à l’époque de la guerre froide, ce n’est certainement plus le cas maintenant. La posture a changé, de la défense statique à l’allonge globale.”

Et à propos de ce débat concernant la nature de cette ‘allonge globale’ qui a lieu à travers le Canada, l’invité spécial Omar Samad, l’ambassadeur de l’Afghanistan au Canada, a fait un discours intéressant en ce qui a trait à son pays et ses ennemis.

“Nous savons très bien que leur vision sombre et accablante, où les écoles sont incendiées et les femmes asservies, où le patrimoine culturel est détruit et le pays changé en camp d’entraînement pour terroristes, n’est pas représentatif des aspirations de notre peuple, de notre culture et de notre religion. Contrairement aux principes islamiques, leur vision en est une de violence, d’extrémisme et d’intolérance”, dit-il.

“Malheureusement […] les réactionnaires qui continuent de recruter, regrouper, réarmer et s’infiltrer de nouveau à travers nos frontières ont pour but de saper les efforts que nous faisons dans le but d’apporter une stabilité durable au pays. Leur but est de profiter du temps et d’une guerre des nerfs pour nous fatiguer, nous intimider, nous faire douter de nos objectifs, semer la discorde et causer un débat politique querelleur.

“En Afghanistan, ce débat n’existe pas. Les Afghans sont d’accord qu’on doit préserver tout le pays, préserver nos frontières autant que possible, stabiliser la situation pour qu’il puisse y avoir une croissance économique, la reconstruction et l’investissement afin d’améliorer les conditions du peuple qui vit dans la misère.”

Le point de Samad semblait bien s’accorder avec la pensée des gens assistant au colloque, comme raison principale de la transformation des Forces canadiennes et de l’OTAN, pour apporter la sécurité et la prospérité aux endroits comme l’Afghanistan. Et vu la promesse que Stephen Harper a faite d’augmenter encore les dépenses de la défense, qu’un ancien militaire a été choisi comme ministre de la défense et que l’incomparable Hillier tient le gouvernail, tout indique qu’on puisse s’attendre à ce que les Forces canadiennes aillent bien.

En reconnaissance des réalisations de légionnaires

Les légionnaires qui ont considérablement amélioré leur collectivité ont rarement été reconnus dans le cadre de la collectivité plus grande au niveau national. La Direction nationale a établi le Comité national des décorations nationales pour faire des recommandations à propos des plus importantes décorations du pays, y compris l’Ordre du Canada.

Le petit comité, présidé par Les Rowbottom, va étudier des nominations qu’on aura fait parvenir à la Légion et puis présenter les gens qui d’après lui méritent ces décorations aux organismes consultatifs appropriés. “D’après nous, il y avait de nombreux légionnaires dont la qualité du service envers la collectivité n’était pas reconnue”, dit Rowbottom.

Les décorations nationales sur lesquelles on va se pencher sont l’Ordre du Canada, les décorations pour bravoure, celles du service méritoire et le Prix du Gouverneur général pour l’entraide. Elles sont toutes présentées par le gouverneur général.

“Nous allons aussi étudier la Mention élogieuse du ministre des anciens combattants”, dit Rowbottom. “Mais c’est strictement la décoration du ministre.”

La Légion a son propre système interne de décorations et de prix mais ils ne sont pas très reconnus au niveau national.

Le comité, qui comprend l’ancien fonctionnaire du protocole du gouvernement Gerry Wharton et l’ancien député Bob Wood ainsi que le grand président honoraire Charles Belzile à titre d’office, s’est réuni avec la chancellerie à la résidence du gouverneur général. “On nous a aidé énormément à la chancellerie. On nous a expliqué la différence entre les diverses décorations et le processus à suivre”, dit Rowbottom. “Plus nous apprenions, plus nous réalisions que cela allait être semblable aux comités de décorations nationales des Forces canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada. Nous n’étions pas en train de réinventer la roue.

On est en train d’imprimer un manuel qui va servir à définir le mandat du comité, à expliquer les diverses décorations et à expliquer dans les grandes lignes ce qu’il faut faire pour adresser des nominations au comité.

“Au début, nous pensions nous occuper de tous les écrits concernant les nominations”, dit Rowbottom. “Il faut que les noms soient avancés par les gens qui connaissent le travail du candidat de manière intime, et préférablement depuis longtemps.”

L’Ordre du Canada a été créé en 1967, l’année du centenaire du Canada. Il sert à reconnaître les réalisations de beaucoup de Canadiens dans divers domaines, comme des artistes, des scientifiques, des professeurs, des entrepreneurs et des travailleurs communautaires. Il y a trois grades. Le plus élevé est le compagnon de l’Ordre du Canada, ensuite il y a l’officier et puis le membre. Les distinctions sont destinées “aux gens qui ont changé nos vies et le visage de notre pays”.

Il y a aussi trois grades de décorations pour bravoure au Canada. Il s’agit de la Croix de la vaillance, l’Étoile du courage et la Médaille de la bravoure. Elles sont décernées habituellement à des gens qui risquent leur vie pour sauver quelqu’un d’autre, par exemple en entrant dans un édifice en flammes, ou calmant une personne qui a une arme à feu.

Les médailles du service méritoire servent à reconnaître les réalisations d’une action spécifique dont on peut être fier. Les récipiendaires sont souvent des athlètes, des soldats ou des gens érudits. Il y a deux niveaux, la Croix du service méritoire et la Médaille du service méritoire. Il y a deux divisions, la militaire et la civile, mais le comité ne va s’occuper que de la division civile.

Le Prix du Gouverneur général pour l’entraide a été créé en 1996 pour reconnaître les “aides cachés” qui ont fait des contributions volontaires sans demander quoi que ce soit en retour.

La Mention élogieuse du ministre des anciens combattants est une barre qu’on peut porter avec des médailles et décorations. Elle est décernée aux anciens combattants et autres gens qui contribuent de manière exemplaire au bien-être des anciens combattants, ainsi qu’au souvenir des réalisations et des sacrifices passés.

Rowbottom dit que c’est aux gens des filiales et des directions qui connaissent la qualité de la contribution de la personne de nous faire parvenir la nomination. Le comité acceptera les nominations n’importe quand.

Le comité insiste que ce qui est important c’est que les nominations soient confidentielles. “Nous ne voulons pas que les candidats soient déçus quand leur nom n’est pas annoncé. Et nous ne voulons pas non plus que des gens exercent une pression pour leur propre compte”, dit-il.

Les premières nominations vont être présentées aux organismes consultatifs cette année. Le comité ne sait pas combien de temps va durer le processus aboutissant à l’acceptation ou au refus d’une nomination.

“Je suis sûr que beaucoup de gens de la Légion vont être présents quand on va remettre ces distinctions. Après tout, cela met notre image en valeur”, dit Rowbottom.

Les joueurs de curling apportent l’esprit de compétition en Colombie-Britannique

Tout comme les montagnes qui les entouraient, les équipes qui ont gagné les championnats nationaux de curling régulier et senior à Surrey (C.-B.), du 18 au 24 mars, étaient solides et imposantes.

L’équipe d’Al Corbeil, de la filiale Alliston (Ont.), a obtenu la victoire grâce à huit conquêtes et un seul revers durant la poule de neuf parties. Bien que plus long, le chemin vers la victoire n’en a pas été moins doux pour l’équipe régulière de Duane Long, de la filiale Salmon Arm (C.-B.). Lors d’une belle serrée, l’équipe a vaincu ses dignes rivaux de la filiale Forest (Ont.), lesquels ont terminé en deuxième place pour la troisième année d’affilée.

La filiale hôtesse Cloverdale et la présidente Maria Thomsen du Comité des préparatifs locaux ont bien fait les choses en ce qui concerne l’hospitalité et l’organisation, et les épreuves régulières et seniors se sont déroulées sans heurt. L’activité a grouillé au Valley Curling Club durant toute la semaine alors que les réguliers et les seniors se partageaient les débuts à 8 h et les fins à 22 h. Le président du Comité national des sports Wilf Edmond a non seulement passé beaucoup de temps au stade, avec son épouse Annie il a donné un coup de main au CPL quand vint le moment de préparer les poissons et les crabes pour la soirée aux fruits de mer à la filiale Cloverdale.

Cette rivalité amicale entre la Colombie-Britannique et l’Ontario dure depuis les championnats nationaux réguliers de 2004 qui ont eu lieu à Saint John (N.-B.). Tout comme en 2005, aux championnats de Sarnia (Ont.), l’équipe ontarienne formée par le capitaine Dale Kelly, la troisième Julie Kelly, le deuxième Shawn Hartle et le premier Bill Smith a fini devant toutes les équipes sauf une. Et elle a eu un résultat parfait face à l’équipe de la Colombie-Britannique.

À la poule de cette année, Kelly et compagnie étaient les premiers, à la cinquième partie, a briser la série de victoires de l’équipe de Salmon Arm. À ce moment-là, Kelly avait dit “Il fallait que nous gagnions. Autrement la Colombie-Britannique allait l’emporter haut la main.”

En fait, le capitaine de la Colombie-Britannique Long, le troisième Gordon Duplisse, le second Cliff Davies (qui a été remplacé durant les quelques dernières parties par Bill Fisher) et le premier Dennis Robertson ont joué de façon solide durant toute la semaine et ils ont failli gagner le championnat durant la dernière partie des jeux réguliers. Toutefois, l’équipe de Bryan MacPherson, de la filiale Lancaster de Saint John (N.-B.), ne l’entendait pas ainsi. Au neuvième tour, les gens des Maritimes se sont acharnés en vue de battre les gens de l’Ouest 7-6 à l’occasion d’une partie de trois heures, forçant la dernière confrontation avec l’Ontario.

La Colombie-Britannique et l’Ontario avaient tous deux un record de sept victoires et deux défaites quand ils se présentaient au barrage, le vendredi après-midi. La Colombie-Britannique a inscrit un point à la première manche, sous le regard des proches. L’Ontario a manqué une occasion d’obtenir un triplé à la deuxième, et la Colombie-Britannique a continué sur son élan.

Alors l’Ontario s’est mis à l’attaque, obtenant un point à chacune des manches six et huit. Malgré le fait qu’il avait abandonné un point à la septième, il s’est repris à la neuvième, profitant d’une des rares fois où la Colombie-Britannique a manqué d’exécuter sa stratégie. Long rata son dernier lancer, abandonnant ainsi trois points, ce qui donnait une égalité de 6-6. À ce moment-là, les conjoints des deux côtés avaient commencé à quitter les estrades quand il leur était trop difficile d’observer.

L’Ontario prit un mauvais départ à la dixième, quand Smith monopolisa la première pierre. La Colombie-Britannique lança sa première pierre à travers. L’Ontario se mit alors à installer des gardes, que la Colombie-Britannique s’efforçait d’enlever. Lorsque Long lançait sa première pierre, il y avait deux pierres ontariennes devant la maison, à environ un demi-mètre d’écart. “J’ai choisi de lancer dans la maison et je me suis retrouvé à l’arrière (du cercle de) huit pieds, plutôt exposé”, dit le capitaine. “J’avais prévu que l’Ontario essaierait de se placer entre les deux gardes de devant, mais à la place il a essayé de frapper la mienne pour l’enlever de l’arrière des huit pieds. Heureusement pour nous qu’il l’a frappé en plein dans le mille, ce qui me donnait essentiellement le même coup que mon premier.” Long s’est préparé et à fait son lancer, et obtenu le point gagnant.

Le temps était au beau fixe quand le tournoi s’est terminé, comme il l’avait été au début. La province hôtesse n’a pas fait honneur à sa réputation pluvieuse. En fait, on n’aurait pas pu demander mieux comme climat pour le défilé d’ouverture le dimanche. Le vice-président national Edmond, accompagné par la garde du drapeau de la filiale Cloverdale, a mené les joueurs de curling et l’orchestre de cornemuses de Crescent Beach jusqu’au cénotaphe de Surrey où une couronne allait être déposée.

Au Valley Curling Club, 20 équipes de partout au Canada se sont rendues à la glace qu’elles allaient finir par très bien connaître durant les six jours suivants. Des dignitaires de la Légion et de la localité, dont le contingent de la Direction nationale, le président Gerry Vowles de la Division de la Colombie-Britannique/ Yukon et la mairesse par intérim de Surrey, Judy Villeneuve ont souhaité bonne chance et bon curling à tous. Edmond a lancé la première pierre avec enthousiasme, et la compétition commençait.

La veille, les joueurs de curling et leur entourage s’étaient assemblés à la filiale Cloverdale où a eu lieu la séance d’accueil habituelle.

La division senior a réussi à terminer la poule sans belle, le neuvième tour ayant été décisif et spectaculaire. Il était impossible, pendant une bonne partie du match, de prévoir comment se terminerait la dernière partie de l’Ontario et de l’équipe de Buckingham (Qc) dirigée par Grant MacLennan. Aucune des deux équipes ne s’est inscrite au tableau avant la quatrième manche, quand le Québec a obtenu un doublé. L’Ontario a riposté en inscrivant trois points à la cinquième, et les deux équipes ont échangé des points jusqu’à ce que, finalement, l’Ontario oblige le Québec à tenter un coup difficile pour rester dans le jeu. Il s’est effondré et l’Ontario a gagné 6-4.

Corbeil et son équipe, le troisième John Owen, le second Steve Elder, le premier Jim Shacklady et le cinquième Anthony Lawler, étaient heureux en prenant la pose pour les photos avec leur mascotte, un tigre en peluche.

Le capitaine n’a pas hésité à louer le Québec. “Ces gars-là ont joué extrêmement bien. Ils ont fait leur part en essayant de (nous) mettre en pièces pour qu’il y ait des barrages.” Son second, Elder, était d’accord : “Leur troisième, Jean-Jacques Lafontaine, a été remarquable. C’est le gars qui les a tirés d’affaire après toutes ces grosses manches.”

Il en allait de même pour l’Île-du-Prince-Édouard. L’équipe de la filiale George Pearkes VC de Summerside (Î.-P.-É.), dirigée par le vétéran du curling Mel Bernard, espérait que le Québec allait gagner. Cela aurait mis l’Ontario sur un pied d’égalité avec l’Île qui en était à 7-2. “Nous surveillions cette autre feuille”, dit Blair Jay, le troisième insulaire, qui a fait semblant de pleurer quand le résultat de l’Ontario a été annoncé. “Nous étions si près.” Il avait prédit que l’équipe de Corbeil serait une prétendante au début du tournoi, après que les seniors de l’Ontario aient battu l’Île-du-Prince-Édouard.

Corbeil, un ingénieur aérospatial qui a passé de nombreuses années dans les Forces canadiennes, avait connu les “gars de Summerside” quand il était aux Maritimes et avait joué avec eux lors de championnats passés. Si (l’Île) avait fait une remontée hier, nous ne serions pas en train de bavarder maintenant. Je serais en train de jouer (une belle). C’est tant pis; ce sont de bons gars.”

Au huitième tour, Corbeil avait regardé l’Île remonter d’une déroute de 0-8 à la fin des cinq premières manches jusqu’à un score 7-8 au début de la neuvième manche, avec l’équipe de Courtenay (C.-B.) dirigée par Chuck Kennedy. Toutefois, la Colombie-Britannique a fini par gagner 11-8, grâce à un triplé quand l’Île a manqué un lancer. Le membre Denis Viklund de la filiale Courtenay, qui a été remplacé par son fils Chris en tant que premier suite à une opération à coeur ouvert l’an dernier, remarquait d’un air désabusé, “c’était pas beau à voir”. Mais en fin de compte l’équipe avait obtenu la troisième place, et en dernière analyse elle avait empêché l’Île-du-Prince-Édouard de finir en première place.

Les résultats finals à la division senior étaient les suivants : Ontario (filiale Alliston) 8-1; Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside) 7-2; Colombie-Britannique/Yukon (filiale Courtenay) 5-4; Saskatchewan (filiale Meadow Lake), Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale River Hebert (N.-É.)), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville), Alberta/Territoires du Nord-Ouest, (filiale Kingsway d’Edmonton) et Manitoba/ Nord-Ouest de l’Ontario (filiale Lac du Bonnet (Man.)); ex aequo en quatrième place 4-5; Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John) 3-6; Québec (filiale Buckingham) 2-7.

Le tableau de la division régulière était comme suit : Colombie-Britannique/ Yukon (filiale Salmon Arm) 8-2, championne; Ontario (filiale Forest) 7-3, deuxième; Saskatchewan (filiale MacRorie) 6-3; Québec (filiale Buckingham) 5-4; Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario (filiale The Pas (Man.)) et Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John) ex aequo en cinquième place 4-5; et puis Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale F.E. Butler de Chester (N.-É.), Alberta-T.N.-O. (filiale Ogden de Calgary), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville) et Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside) ex aequo en sixième place à 3-6.

La joie régnait au banquet de fermeture, durant lequel les joueurs de curling ont fait, non pas une, mais plusieurs ovations debout au CPL de Cloverdale en l’honneur de son travail. De dire Edmond en conclusion : “Les nationaux de la Légion, (le curling) des réguliers et des seniors, sont les Olympiques de la Légion royale canadienne. On ne saurait trop dire à propos de l’hospitalité dont nous avons profité, non seulement moi-même, mais tous les joueurs de curling et les conjoints qui y ont assisté.” Il encourageait les joueurs à participer activement à leurs filiales et à maintenir les programmes des sports de membres. “Vous êtes joueurs de curling, mais vous êtes légionnaires d’abord. La camaraderie dont vous faites preuve aux championnats divisionnaires et nationaux sont la raison d’être de notre organisation.”

Les épouses de guerre célèbrent un anniversaire important

Les épouses de guerre qui sont venues au Canada il y a 60 ans sont en train de faire de cette année la leur. L’an dernier était l’Année de l’ancien combattant et, d’après les 48 000 femmes qui ont épousé des militaires et qui ont quitté leur foyer en Grande-Bretagne et en Europe, 2006 devrait être l’Année de l’épouse de guerre.

Des réunions, des expositions d’art et d’autres manifestations ont lieu à travers le Canada, mais il y a des provinces qui ont été plus rapides que d’autres en déclarant officiellement l’Année de l’épouse de guerre. À partir du mois de mars, le porte-parole Len Westerberg du ministère du Patrimoine canadien disait que ce dernier était encore en train de planifier comment commémorer ce groupe de femmes audacieuses. Toutefois, le gouvernement fédéral n’a pas encore fait de déclaration officielle. Le Conseil exécutif national de la Légion a décidé en février de ne pas faire sa propre annonce sans soutien officiel.

“J’aimerais que le gouvernement fédéral annonce que cette année est celle de l’épouse de guerre”, dit Eswyn Lyster, auteure élégante de 82 ans qui était une des premières épouses de guerre qui ont traversé l’Atlantique à bord du Mauretania, de Liverpool (Angleterre) à Halifax, en février 1946. La décision qu’avait prise son père durant la guerre, de déménager à la côte sud de l’Angleterre, lui a permis d’épouser un Calgary Highlander, William Lyster, en 1943. “Les fréquentations des épouses de guerre n’ont peut-être pas duré longtemps avant d’aboutir au mariage”, dit-elle, “mais notre génération ne prenait pas le mariage à la légère.” Le couple a duré 52 ans. Deux ans après la mort de William qui a eu lieu en 1996, Lyster a commencé à interviewer des centaines d’épouses de guerre pour le livre qu’elle est en train de finir.

La plupart des épouses de guerre de la Seconde Guerre mondiale ont traversé l’Atlantique en 1946; beaucoup venaient avec des enfants et toutes étaient prêtes à donner une chance à un nouveau pays. “Nous avons toutes la même expérience d’avoir quitté notre pays, notre famille, sans savoir si nous les reverrions”, dit Jean Fells, une femme originaire du Yorkshire qui est actuellement vice-présidente de la Saskatchewan War Brides Association (association des épouses de guerre de la Saskatchewan). Fells, quand elle était adolescente, a envoûté le soldat Bob Fells lorsqu’ils se sont rencontrés dans un parc d’attractions en 1943. En 1946 elle l’avait épousé et s’était installée à une ferme de Girvin (Sask.).

Quatre-vingt-treize pour cent des épouses de guerre étaient britanniques, ce qui n’est pas surprenant vu que les militaires canadiens ont passé plus de temps en Grande-Bretagne que toute autre force alliée durant la Seconde Guerre mondiale. Et, d’après l’historienne néo-brunswickoise Melynda Jarratt, les épouses de guerre formaient 60 pour cent des gens immigrant au Canada à l’époque et elles font partie de l’arbre généalogique de plus d’un million de Canadiens.

Depuis l’an dernier, Jarratt et Lyster, avec l’aide des associations des épouses de guerre du pays, font une campagne épistolaire pour qu’on déclare que 2006 est leur année. Fells, dont l’association va avoir une grande réunion en l’honneur du 60e anniversaire, du 5 au 7 mai, à Saskatoon, fait remarquer : “Nous sommes en train de nous faire reconnaître”.

Le Nouveau-Brunswick est la première province qui a déclaré que 2006 serait l’Année de l’épouse de guerre quand la motion présentée à l’Assemblée législative, au mois de décembre, par le député de Fredericton T.J. Burke, petit-fils de l’épouse de guerre Jean Paul et du soldat autochtone Charles Paul, surnommé Buck, a été adoptée. Elle fut adoptée à l’unanimité. “Je pense à ma propre grand-mère aujourd’hui, bien sûr”, dit Burke. “Ce n’est que justice de l’honorer, ainsi que les dizaines de milliers de femmes qui, en tant que jeunes épouses, ont tant contribué à notre nation.”

Le Manitoba a fait sa déclaration à propos de l’Année de l’épouse de guerre le 9 février, durant la célébration du 60e anniversaire de l’arrivée du Mauretania au quai 21 d’Halifax. Des douzaines d’épouses de guerre de tous les coins du pays sont retournées voir l’endroit, qui est maintenant un musée, où elles ont mis pied à terre au Canada. La manifestation, à laquelle assistaient des dignitaires comme la lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse Myra Freeman et le président George Aucoin de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, a attiré l’attention nationale. Robbie Shaw, président de la Pier 21 Society, dit aux épouses de guerre que “Enseigner aux jeunes Canadiens à propos de vous et de votre époux nous permet de démontrer qu’il est possible que des choses aussi merveilleuses que l’amour et le mariage ressortent de quelque chose d’aussi horrible qu’un monde en guerre”.

Lyster, qui a fait un discours durant la cérémonie, connaît certainement ces horreurs. Quand son garçon nouveau-né Terry et elle sont arrivés à Halifax, William était en train de récupérer dans un hôpital, en Alberta. Il avait été blessé quelques jours à peine avant la fin de la guerre.

Fells aussi a passé des temps difficiles. “Si je n’avais pas eu le meilleur des maris, je serais retournée en Grande-Bretagne sans coup férir”, dit-elle. Membre de longue date de la filiale Davidson de la Saskatchewan, elle est une des épouses de guerre dont les expériences aigres-douces ont été représentées par l’artiste Bev Tosh de Calgary dans One-Way Passage (allée simple), une exposition “initiatique aux points de vue physique, émotionnel et psychologique quand on quitte le foyer”.

Il a fallu cinq ans à Tosh, dont la mère, une Canadienne, a épousé un aviateur néo-zélandais, pour créer 48 portraits d’épouses de guerre lors de leurs noces. Les panneaux rugueux en bois d’une hauteur de quatre pieds, placés en zigzag, représentent 48 000 épouses de guerre. L’exposition One-Way Passage, qui se trouve actuellement au Diefenbaker Canada Centre de Saskatoon, et qui est prévue au programme de la réunion des épouses de guerre de la Saskatchewan, va faire son chemin jusqu’au quai 21 à la fin du mois de mai, et elle sera au Musée canadien de la guerre, à Ottawa, au mois de juillet.

Bien qu’il est indiqué dans l’exposition que les pleurs étaient courants chez les épouses de guerre, Fells et Lyster disent toutes deux qu’elles ne regrettent rien. “La vie n’a pas toujours été rose, mais elle a été pleine d’occasions, des occasions que je n’aurais jamais eues en Angleterre”, dit Lyster pour conclure. “Je ne trouve pas les mots pour vous dire à quel point je suis heureuse que les épouses de guerre soient reconnues 60 ans après qu’elles aient commencé leur nouvelle vie dans ce pays-ci.

Le Conseil exécutif national se prépare à aller au congrès

Le Conseil exécutif national de la Légion royale canadienne s’est réuni à Ottawa les 25 et 26 février pour étudier à fond les opérations de la Légion, prendre des décisions difficiles, et se préparer à aller au Congrès national de juin, en échafaudant un consensus sur des questions primordiales qui touchent la manière dont la Légion va s’adapter à l’avenir.

Bien qu’il y ait eu quelques moments dramatiques, comme lors de la présentation du trésorier national Mike Cook sur la situation financière à long terme de la Légion, d’un débat sur la restructuration du CEN et d’une proposition faite en vue d’annuler le niveau national des sports des membres, la réunion en a surtout été une où il y a eu une grande coopération et où l’on a reconnu les intérêts communs prédominants.

Pour déterminer un chemin à venir, le CEN était aux prises avec un grand nombre de problèmes, surtout les difficultés financières causées par la diminution graduelle du nombre des sociétaires et la manière exacte dont la Légion va attirer les toutes nouvelles classe et génération de membres : des vétérans des Forces canadiennes et d’ailleurs.

Lors de son discours d’ouverture, le grand président de la Légion Charles Belzile a félicité les présents, ce qu’ils méritaient indubitablement, et il leur a aussi donné son avis à propos de ce qu’est le leadership et a parlé de l’avenir de la Légion.

“Vous tous, comme tous les légionnaires, pouvez être fiers de ce que vous avez accompli en 2005. Je vous félicite tous d’avoir fait de l’Année de l’ancien combattants une si grande réussite”, dit Belzile. “Quand je pense à ces quelques dernières années, je ne peux faire autrement que de croire que la Légion royale canadienne va devoir continuer de faire preuve de leadership et de modernisme, en s’apprêtant à recevoir les autres groupes d’anciens combattants et ceux qui font actuellement partie de notre mosaïque nationale. Nos membres s’attendent à ce que nous montrions la voie à suivre pour que notre nation continue d’être un signal lumineux d’espoir pour tous, tout en respectant leur diversité. Le leadership n’est pas une tâche facile, il faut se mettre au travail. Il nécessite une grande compréhension de ce qui motive les gens ainsi que le respect de leur point de vue même si ce dernier n’est pas le même que le nôtre.”

Pendant les débats sur les finances de la Légion, on ne pouvait douter que les légionnaires assis autour de la table avaient compris le message de Belzile car il a donné lieu à des propositions efficientes. Une des plus importantes fut celle de recommander au congrès que les sports des membres soient annulés au niveau national. L’argument soutenant cette motion était clair : bien peu de légionnaires tirent profit des tournois nationaux de curling, de cribbage et de fléchettes, et ils ont coûté 164 100 $ en 2005. Toutefois, le CEN a décidé que ce serait aller trop loin et a voté de garder le programme des sports.

Le conseil a aussi refusé une autre mesure qui aurait réduit les dépenses : une restructuration du CEN lui-même où il y aurait une réduction de la représentation divisionnaire et le nombre de réunions baisserait à trois par année.

Le plus grand problème qui a confronté le CEN durant la fin de semaine était peut-être l’augmentation possible de la cotisation pour la Direction nationale. Il y a eu beaucoup de changements depuis que les frais d’adhésion pour la Direction nationale ont été fixés à 6,15 $, en 1998, et alors que Cook lisait son rapport, il était évident qu’il fallait faire quelque chose. Le déficit de 13 678 $ à la Direction nationale en 2005 avait été prévu il y a quelques années, mais comme il était dit dans le rapport, il allait y avoir des déficits bien plus importants à l’avenir si rien n’était fait.

“Nous avons examiné nos opérations et nous sommes actuellement au point où l’on ne peut faire d’autres réductions qu’aux dépens des programmes”, dit-on dans le rapport. “(Si) nous maintenions la cotisation à 6,15 $ et absorbions le coût des trois pour cent d’inflation […] notre déficit grandirait jusqu’au montant énorme de 8 301 661 $ (en 2012). En d’autres mots, ce serait la faillite. Nous aurions épuisé nos réserves et nous nous trouverions dans une situation où il faudrait terminer l’opération de la Direction nationale. Mais comme vous en êtes pleinement conscients, la loi qui nous constitue ne nous permet pas d’exister en tant qu’organisation sans autorité centrale : la Direction nationale. Alors il est clair qu’il faut obtenir une augmentation des frais d’adhésion […]. À Dieu ne plaise que l’augmentation soit refusée au congrès de 2006.”

Après avoir entendu le rapport de Cook, il semblait bien que la création d’un avenir financier viable pour la Direction nationale ne pouvait pas être remise à plus tard. Au bout du compte, le CEN a voté de proposer une augmentation des frais d’adhésion, avec matériel de soutien, aux membres du Congrès national de 2006. Comme beaucoup de membres du CEN l’ont remarqué, ce qu’il en coûte pour appartenir à la Légion c’est encore bien peu par rapport à n’importe quelle autre organisation et, à tout prendre, une augmentation de la cotisation serait négligeable. Il s’agirait d’arriver à une part de la cotisation pour la Direction nationale qui permette à cette dernière de financer les opérations jusqu’en 2012 sans déficit et qu’il lui reste un peu d’argent pour d’autres programmes, comme le recrutement de nouveaux membres.

Le CEN a accepté une proposition de changer la manière dont la Légion traite les anciens combattants des temps modernes. La résolution est la suivante : “Ainsi, qu’il soit résolu qu’afin de reconnaître ces anciens combattants et augmenter leur adhésion à la Légion, la politique sur la tenue de la Légion soit modifiée de sorte qu’on puisse porter une coiffure de type militaire identificatoire (ex. : bérets de couleurs) avec l’uniforme de la Légion.” On pense au CEN que ce ne serait que juste que d’apporter cette résolution au congrès car l’habitude du port de la coiffure d’unité existe déjà et instituer une modification de la politique aurait un effet positif chez les nouveaux membres. Le CEN a aussi voté, une résolution connexe, de soutenir la reconnaissance du 9 août en tant que Journée des gardiens de la paix.

On a aussi fort bien reconnu que les questions des adhésions, y compris la diminution de l’effectif actuel et le besoin d’en attirer d’autres, sont primordiales pour l’avenir de la Légion. Le président Bob Gray du Comité des adhésions a rapporté qu’il y a eu un certain succès en ce qui concerne le ralentissement de la tendance à la baisse. En 2004, la Légion a perdu 13 085 membres mais en 2005 elle n’en a perdu que 10 356. Bien que ce ne soit pas optimal, c’est quand même une indication qu’on peut arriver à une amélioration. Parmi les divisions, l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest a eu la meilleure performance dans les adhésions, gardant 98,49 pour cent de ses membres en 2005. La Division du Québec, à 98,20 pour cent et la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, à 98,06 pour cent ont aussi eu de forts bons résultats. Le degré du succès au Québec a été dû au moins en partie à son programme d’encouragement, dans le cadre duquel on récompensait les filiales et les recruteurs qui obtenaient de bons résultats en leur offrant un attirail de la Légion. Le Club du renouvellement des adhésions, un programme connexe, a servi à remettre des certificats aux filiales qui ont obtenu un degré de renouvellement des adhésions élevé.

La présidente Mary Ann Burdett du Comité national des anciens combattants, des services et des aînés a donné dans son rapport une vue d’ensemble des activités durant le dernier terme et offert 45 nouvelles résolutions à présenter au Congrès national : l’établissement de lignes directrices pour l’utilisation des contraintes chimiques, l’harmonisation des paramètres concernant la perte de l’ouïe à Anciens combattants Canada et aux Forces canadiennes, la nomination d’un représentant de la Légion au Comité consultatif de la pension de retraite des Forces canadiennes et nombre d’autres résolutions ayant pour but de subvenir aux besoins des anciens combattants.

Derek Sullivan, le directeur général du Canada se souvient à ACC, a fait une présentation concernant les efforts de la division Le Canada se souvient dans les domaines comme la restauration des monuments, et l’éducation de la jeunesse et du public. En plus, Sullivan a donné des détails sur le nouveau modèle pour les pèlerinages que le ministère est en train d’adopter. Vu que les anciens combattants ont de la difficulté à retourner aux champs de bataille lointains, Sullivan dit que des jeunes, des pédagogues et des membres des Forces canadiennes vont continuer à voyager à l’étranger avec ACC pour marquer les anniversaires importants, et des anciens combattants seraient inclus à chaque occasion quand ce serait possible.

Autre indication que les temps changent, le CEN a voté de présenter une motion au congrès qui, si elle était adoptée, dissoudrait la Section des anciens combattants impériaux de la Légion. L’Imperial Veterans Association of Canada est née en 1923 et elle s’est jointe à la Légion en 1929. Durant les derniers 77 ans, la section des vétérans des forces impériales s’est dévouée au service des vétérans des forces britanniques. Maintenant, toutefois, vu que les vétérans des forces impériales se font de plus en plus rares, on estime que la mission de la section est terminée.

“Dans les termes les plus simples, il n’y a plus de raison de préserver l’Imperial Veterans Section de la Légion”, dit-on dans le rapport fait par la section des vétérans des forces impériales. “Le travail qui avait les forces impériales pour raison d’être est terminé et notre organisation n’est plus viable. Nous passons le flambeau à la Légion royale canadienne dans une résolution qui sert à dissoudre l’Imperial Veterans Section.”

Il va y avoir beaucoup de changements importants à la Légion, nul n’en doute, et le Congrès national à venir va être un test clé pour voir si les membres de la Légion acceptent ces changements. Le grand président Belzile a remarqué qu’attirer une nouvelle génération de membres va nécessiter des prises de décisions progressistes.

Lorsqu’elle terminait la réunion du CEN, la présidente nationale Mary Ann Burdett a fait une observation semblable, quelque chose qu’elle a remarqué pendant son mandat. “Il y a une chose que j’ai apprise au cours des derniers deux ans”, dit Burdett, “c’est que nous sommes tous d’accord qu’il faut faire des changements, mais personne ne veut que ça leur arrive.”

Notes de la réunion

Assurance : Le CEN a recommandé que McClennan Group of Lombard Canada soit appuyé comme fournisseur d’assortiments d’assurances individuelles auprès de nos membres pour profiter d’une ristourne d’un pour cent des droits de vente qui serait versée à la Direction nationale. Vu l’importance de l’effectif de la Légion, on a rapporté que les tarifs disponibles pour l’assurance seraient ainsi plus bas que s’il s’agissait de régimes d’assurance particuliers.

Vivre en association : La Division de la Colombie-Britannique/Yukon a fait un rapport sur le développement d’un nouveau concept qu’on appelle vivre en association. Il y a 10 filiales dans la ville de Vancouver et elles ne sont pas toutes viables. Dans le rapport, il était écrit que “la fusion dans le vrai sens du terme n’est pas acceptable aux yeux des membres. Ce qui leur plaît davantage c’est notre concept de vivre en association : plusieurs filiales dans un édifice qui partagent les installations, chacune gardant son identité et ses membres”. En conséquence, la Division de la Colombie-Britannique/Yukon est en train de négocier l’achat d’un terrain pour y bâtir des installations qui serviraient à loger plusieurs filiales ainsi que le bureau de la division.

Épouses de guerre : Bien que la reconnaissance des épouses de guerre a obtenu un appui unanime, on a pensé que vu qu’Anciens combattants Canada a refusé de déclarer officiellement 2006 l’Année de l’épouse de guerre, ce qu’il y avait de mieux à faire serait que les directions et les filiales fassent tout ce qu’elles peuvent pour reconnaître les épouses de guerre durant l’année.

Affectation des places : Une proposition ayant pour but de modifier l’affectation des places à la Direction nationale a été refusée. On a pensé que permettre aux délégués de s’asseoir où bon leur semble plutôt qu’aux endroits indiqués rendrait l’organisation et les communications plus difficiles, et cela n’apporterait guère d’avantages.

Société canadienne du sang : La Légion et les Forces canadiennes vont unir leurs forces à celles de la Société canadienne du sang pour promouvoir le don du sang auprès de la collectivité militaire entière. Les renseignements seront transmis aux filiales.

Grand président : Le CEN a voté de modifier le titre du grand président à grand président honoraire pour éviter toute confusion à propos de la nature du poste.

Nouvelles filiales : Note optimiste, deux chartes ont été délivrées pour des filiales complètement nouvelles en 2005, la filiale Barrhaven en Ontario et la filiale Bassana en Alberta. Une troisième charte a été délivrée pour la filiale Baron Byng Beaches de Toronto résultant d’une fusion. Sept chartes en tout ont été annulées en 2005.

Pleins feux sur le nouveau siège social de la Légion

Alors que le 41e Congrès national de la Légion royale canadienne qui va avoir lieu à Calgary en juin approche et que la nouvelle qu’on va proposer une augmentation des frais d’adhésion se propage, des questions se posent dans le monde des légionnaires.

La principale est la suivante : Pourquoi la Direction nationale est-elle en train de dépenser de l’argent pour un nouvel édifice à un moment où les finances de la Légion ne vont pas très bien? Et est-ce là la raison pour laquelle on va proposer d’augmenter la cotisation?

Pour trouver les réponses, révisons l’histoire. Le rapport du président national fait en 2004 a servi à aviser le Congrès national que : “Comme les membres le savent peut-être, la Maison de la Légion à Ottawa va bientôt avoir 50 ans. Elle coûte très cher à entretenir et à opérer et elle a besoin d’une remise à neuf majeure. Elle est aussi trop grande pour les besoins de la Légion. Le CEN est donc en train d’étudier les options que sont la remise à neuf de l’édifice […] ou la vente de l’édifice et utiliser les profits ainsi obtenus pour construire un édifice plus petit et plus efficace ailleurs dans la ville. Le CEN prendra la décision finale en février 2005.” La décision unanime du CEN en février 2005 était d’aller de l’avant à propos d’un nouvel édifice.

Il n’y a aucun doute que la Direction nationale fait face à un problème de revenus à cause de la diminution du nombre de membres et des effets de l’inflation. En février 2005, le CEN a voté pour un prélèvement de 1 $ pour éviter un déficit considérable. Le trésorier national Michael Cook dit au CEN en février 2006 que les coûts du personnel, des départements et des comités ont été réduits et que “la seule option qui reste est de demander une augmentation des frais d’adhésion.”

Le point essentiel, c’est que l’édifice n’est pas la cause du besoin d’augmentation des revenus pour les opérations, et que c’est plutôt une solution partielle qui donnerait lieu à une diminution des coûts d’opération car le déménagement se ferait à une structure de banlieue plus petite convenant mieux aux opérations d’aujourd’hui.

En février 2006, le président du comité de l’édifice Allan Parks a révisé la question dans son rapport au CEN. Il remarquait que ce serait dispendieux de rénover le quartier général actuel et qu’il y aurait des dépenses dues à la délocalisation temporaire pendant que le travail puisse se faire. En même temps, le site du vieil édifice est intéressant pour des acheteurs éventuels parce qu’il se trouve au centre-ville.

Comme on l’a expliqué au CEN en février 2005, Parks dit que l’achat du terrain et la construction du nouvel édifice pourraient être obtenus à un coût différentiel par-dessus le prix de la vente du vieux. Les chiffres exacts ont été tus en tant que confidentiels jusqu’à ce que la vente de l’édifice soit conclue, à la fin du mois de septembre, mais le montant différentiel est bien inférieur au prix de la rénovation du vieil édifice. Les coûts annuels de l’entretien vont aussi être inférieurs.

Parks dit que l’entrepreneur est en avance et s’attend à leur remettre l’édifice le 1er août au plus tard. “C’est une bonne décision commerciale qui va bien nous servir”, dit Parks. “À long terme, la nouvelle Maison de la Légion va être moins dispendieuse à opérer grâce à l’isolation et aux systèmes modernes, et elle va nous faire économiser les coûts élevés d’une importante remise à neuf qu’il aurait fallu pour subvenir aux besoins spéciaux de la Légion.”

La délocalisation d’un siège social n’a rien d’inhabituel à la Légion. L’équivalent qui se rapproche le plus de la situation nationale est celui de la Division de l’Ontario, qui a vendu son vieil édifice qui se délabrait au centre-ville de Toronto et a déménagé dans une nouvelle structure dans la banlieue d’Aurora en août 1998 plutôt que de réhabiliter le vieil endroit. La Division de la Nouvelle-Écosse/ Nunavut a aussi vendu son édifice du centre-ville et vient de déménager dans un nouveau siège social en banlieue.

Le cartographe de Temagami

Craig Macdonald a toujours eu la bougeotte, il a été ébloui par l’envie de voyager toute sa vie, non pas au sommet des plus hautes montagnes du monde, ni aux terres lointaines ou aux villes exotiques, mais de long en large sur les cours d’eau nord-américains de l’Est. Macdonald, un résident de Dwight (Ont.), à 200 kilomètres au nord-est de Toronto, qui a maintenant 59 ans, a pagayé, fait de la raquette et marché des côtes de la baie d’Hudson jusqu’à l’embouchure de la rivière Penobscot à Old Town (Maine), surtout en parcourant les anciennes voies commerciales des peuples autochtones qui autrefois vivaient sur ces territoires.

Mais de tous ces endroits, celui pour lequel il a éprouvé le plus vif intérêt, et pendant le plus longtemps, est le Temagami, une région sauvage de plus de 10 000 kilomètres carrés au nord de North Bay à cheval sur la frontière entre l’Ontario et le Québec. Macdonald explore les forêts, les hautes terres et les cours d’eau de Temagami depuis son adolescence. Il a étudié l’histoire, la langue et la culture du peuple Anishinawbeg ou Ojibway qui vit là depuis nombre de générations et il a profité de son expérience pour créer une importante fenêtre sur l’histoire du territoire. Sa création est intitulée Historical Map of Temagami (carte historique de Temagami), et elle représente une contribution inégalée et très précieuse pour notre compréhension du monde autochtone qui existait au Canada avant d’entrer en contact avec la civilisation blanche.

La carte de Macdonald, qui lui a pris vingt-six ans à faire, offre un instantané cartographique de la vie des Anishinawbegs de Temagami. La carte, publiée en 1993 par la Commission de toponymie de l’Ontario, comprend les noms de 660 caractéristiques, lacs, rivières, ruisseaux, îles et terres hautes, le tout dans la langue des Anishinawbegs. On y trouve les voies de voyagement hivernales et estivales et y sont identifiés des centaines de portages, ainsi que leur longueur exacte.

En incluant ces caractéristiques, la carte sert à nous donner une idée des petites bandes semi-nomades des autochtones qui subsistaient en chassant, en trappant et en pêchant le ménomini dans le Te-mee-ay-gaming, le lac profond au coeur de leur monde. Ces gens utilisaient les cours d’eau et les portages pour aller d’un camp à l’autre selon les saisons et ils les connaissaient aussi bien que le citadin d’aujourd’hui compte sur ses rues, ses avenues et ses autoroutes.

Macdonald voulait enregistrer ces caractéristiques, et d’autres, avant que le temps en ait effacé toute trace. “J’ai guidé des expéditions en canoë à des camps de jeunes à Temagami durant les années 1960 alors que j’étais à l’université et j’ai connu certains des Indiens, dont la plupart étaient des trappeurs âgés. Ils avaient de très grandes connaissances des ressources de leurs terres. Je me suis rendu compte à quel point ces connaissances étaient fragiles et que leur histoire et leurs traditions risquaient de disparaître à tout moment.”

Le contact avec les commerçants de fourrure et les missionnaires, à partir du 17e siècle, commença de modifier la culture traditionnelle des Anishinawbegs et cette modification a accéléré quand la mise en coupe, le minage et la construction des barrages électriques ont altéré le territoire physiquement. Toutefois, les gens continuaient à vivre à la vieille manière jusqu’aux années 1940, d’après Macdonald, quand le gouvernement canadien a commencé à appliquer une politique d’assimilation de manière agressive. Finalement, eux aussi ont quitté la terre pour aller vivre dans des réserves et envoyer leurs enfants aux pensionnats.

Les Anishinawbegs vivent maintenant à la réserve de Bear Island, au lac Temagami et, comme Macdonald l’a appris pendant qu’il faisait ses recherches, une grande partie des plus jeunes ne connaissent pas grand-chose du monde de leurs ancêtres.

Macdonald décida de lui-même d’étudier ce monde et il le fit sans s’attendre à être récompensé ou reconnu. Ce qu’il a accompli, si ce n’est pas inégalé, est tout au moins rare. D’après Conrad Heidenreich, un géographe historien et professeur de l’Université York à la retraite, les Inuits du Labrador et du Québec du Nord ont créé des cartes détaillées de leurs terres, et certaines bandes indiennes de la côte Ouest ont fait des efforts semblables. Mais une telle cartographie autochtone n’existe pas pour les autres parties du pays; sauf pour Temagami et c’est grâce à Macdonald. Pourtant, cet homme de grand air, grand, mince et qui devient chauve, est modeste en ce qui concerne sa motivation et ce qu’il a accompli.

Ce sont les autres qui parlent en termes enthousiastes de lui et de son travail. “C’est un trésor national”, dit Brian Back, qui a fondé la Temagami Wilderness Society (société de la réserve naturelle de Temagami) au début des années 1980 et qui a pagayé sur les cours d’eau du district presque autant que Macdonald. “L’exactitude de la carte est vraiment impressionnante.”

Michael Smart, un secrétaire exécutif à la retraite de la Commission de toponymie, dit que ses collègues et lui ont vu la carte sous sa forme manuscrite au milieu des années 1980 quand ils faisaient une révision périodique des noms géographiques du district de Temagami. “Il a déroulé sa carte à une réunion de la commission et ce fut une révélation que de voir un travail génial comme celui-là. C’était un manuscrit extra. L’arpenteur en chef l’a vu et dit : ‘mon Dieu, il faut qu’on le publie’.”

Alejandro Rabazo, le cartographe du ministère qui a transformé la carte manuscrite de Macdonald en un produit final, dit beaucoup de bien de Macdonald. “J’ai beaucoup aimé le travail. Il connaissait le territoire incroyablement bien. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui connaissait un projet autant que lui.”

La commission a fait imprimer 10 000 copies, en a gardé à peu près la moitié et envoyé des échantillons aux organisations comme la Bibliothèque nationale et Archives nationales du Canada à Ottawa, le Smithsonian Institute à Washington (D.C.) et l’United States Board of Geographic Names. Macdonald a reçu le reste du tirage et de temps en temps vend des copies ou les donne à des canoéistes ou à des gens qui font des expéditions en milieu sauvage à Temagami.

Les autochtones ont reconnu la valeur de son travail et se sont tournés vers lui plusieurs fois quand ils avaient besoin d’aide. À la fin des années 1980, les Anishinawbeg de l’île Bear de Temagami ont appelé Macdonald en tant que témoin à l’occasion d’audiences concernant les revendications territoriales devant la Cour de justice de l’Ontario et ont profité de son témoignage pour établir que leurs ancêtres utilisaient entièrement les terres depuis au moins les années 1600, quand les missionnaires français, qu’ils appelaient les way-mit-a-goosh ou branleurs de bout de bois, sont arrivés.

Plusieurs bandes autochtones sont entrées en contact avec lui et lui ont demandé conseil pour entreprendre des projet cartographiques semblables. “Chaque année, on dirait qu’on s’intéresse de plus en plus à cette sorte de chose”, dit-il. “J’ai reçu des coups de fil d’autochtones de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick, mais il y a autant de régions au Canada de l’Est où l’on ne peut plus faire de carte historique détaillée.” Macdonald dit que c’est parce qu’il ne reste pas de gens qui connaissent l’histoire, ou tout au moins très peu.

Macdonald a commencé à faire ses recherches sérieusement au début des années 1970, après avoir obtenu une maîtrise en pêcheries et commencé sa carrière à l’agence provinciale qu’on appelait le Department of Lands and Forests (ministère des terres et forêts). Il a obtenu une connaissance directe du Temagami grâce à des voyages en canoë durant l’été et des expéditions de raquette durant l’hiver, ce qu’il augmentait en interviewant les vieux trappeurs anishinawbegs.

Nombre d’entre eux étaient nés et avaient été élevés dans la brousse et leurs anciens leur avaient appris la chasse et la trappe, mais durant les années 1970, ces trappeurs qui se faisaient vieux étaient le dernier lien avec le vieux monde des Anishinawbegs. Pendant des siècles, le peuple anishinawbeg passait l’hiver dans des petits camps de deux ou au maximum trois familles et s’occupaient de leurs lignes de piégeage. Au printemps, ils récoltaient le sirop d’érable et en été des familles venant de tout le territoire s’assemblaient à Ka-tay Temee-ay-ga-maw Minis, une île dans le lac de Temagami. Ils pêchaient le ménomini et cultivaient une petite variété robuste de maïs, et en automne ils reprenaient le chemin de leur camp d’hiver.

Macdonald estime qu’il a interviewé 500 anciens autochtones à l’île Bear et plusieurs réserves avoisinantes en Ontario et au Québec. Il a accumulé des centaines de pages de cahier de note et ramassé du matériel sur une grande série de choses, y compris les croyances spirituelles des Anishinawbegs, leurs méthodes de prestidigitation, leurs techniques de canoë et les endroits où chasser, tendre un piège et ramasser de la catilnite. “J’ai parlé aux gens les plus vieux que je pouvais trouver et les plus jeunes avaient de la difficulté à écouter parce que les anciens parlent d’endroits qu’ils n’avaient jamais vus”, se rappelle Macdonald.

Son plus vieil informateur était Phileas Lepage, qui avait 108 ans lors de l’interview et qui était probablement né autour de 1868. Quelques jours avant que Macdonald lui parle, Lepage avait soupé avec le premier ministre de l’Ontario d’alors Bill Davis et le Premier ministre Pierre Trudeau car c’était alors un des plus vieux vétérans de la Première Guerre mondiale encore vivant. “Il était si vieux qu’il avait vu Sir John A. Macdonald faire des discours électoraux dans des trains”, dit Macdonald.

Lepage avait été employé comme garde-feu par le gouvernement de l’Ontario au début du 20e siècle et il connaissait bien le pays autour du lac dans la partie nord-ouest du district que les Anishinawbegs appelaient Shonj-a-waw-gaming Saw-gi-hay-gun-ning, ou lac aux eaux calmes. Il a donné des renseignements sur les portages et présenté Macdonald à une femme appelée Angélique Misabi, qui avait dans les 90 ans et qui quand elle était enfant et jeune adulte avait vécu à des camps d’hiver à un lac avoisinant. “Elle pouvait vous raconter tout ce que vous vouliez savoir à propos de la vie dans les bois”, dit Macdonald. “Elle avait beaucoup d’histoires à propos des temps anciens et comment c’était quand on voyageait en canoë d’écorce.”

Misabi a répondu à une question qui avait laissé Macdonald perplexe pendant longtemps. Durant ses propres voyages, il avait souvent vu de magnifiques pins blancs imposants marqués d’encoches carrées profondes que quelqu’un avait certainement fait avec une hache. “J’avais vu ces choses-là pendant 10 ou 15 ans, toujours du côté sud des arbres. Elle me dit que c’étaient des postes à résine. La résine de pin était cueillie par les Indiens qui s’en servaient pour réparer leurs canoës. Certaines de ces encoches avaient peut-être 150 ans.”

Macdonald a interviewé des centaines de personnes qui n’étaient pas des autochtones : des trappeurs, des guides, des bûcherons et bien d’autres, n’importe qui qui puisse lui donner des renseignements, aussi fragmentaires soient-ils, sur la géographie autochtone de Temagami. Il a étudié d’innombrables vieilles cartes et rapports d’arpenteurs à la recherche des noms autochtones des caractéristiques géographiques qui auraient pu avoir changé au fil du temps. Il a aussi lu les histoires locales et les journaux des commerçants de fourrure, des missionnaires et des pionniers, bref, tout ce qui pouvait lui donner des renseignements utiles.

Ses recherches lui ont donné une idée inhabituelle du monde des Anishinawbegs, une grande compréhension de leur langue et une appréciation durable de leur utilisation du territoire et des ressources. “Leur capacité à survivre dans cet environnement était le résultat des connaissances expertes des ressources et des systèmes de sentiers. Ils avaient des territoires familiaux pour la trappe et la chasse qui étaient aussi clairement définis qu’une ligne de piégeage moderne enregistrée auprès du gouvernement.”

Le nom des endroits et des caractéristiques géographiques étaient très importants et souvent il était choisi d’après la nourriture ou la ressource qu’on pouvait obtenir à la rivière, au lac ou à l’autre cours d’eau. Par exemple, sur la carte de Macdonald il y a un long lac mince appelé Kee-chim Ma-ko-bing Saw-gi-hay-gun-ning, soit où l’ours va à l’eau. En d’autres mots, c’était un croisement d’ours. D’une façon semblable, il y a une bouche à un des bras du sud du lac Temagami que les Anishinawbegs appelaient Ma-kwaw na-gwaw-awk-shing Saw-gi-hay-gun-ning ou l’endroit du piégeage des ours.

Les Indiens savaient que les ours traversaient fréquemment cette bouche alors ils construisaient des pièges en rondins bâtis comme des appentis mais lestés avec d’énormes charges de pierres. Ils mettaient un morceau de viande ou autre appât sous les rondins. Quand l’ours tirait sur l’appât, les rondins et les pierres tombaient et soient qu’ils écrasaient l’animal, soit qu’ils l’étouffaient.

Les Anishinawbegs appelaient une de leurs rivières Wu-num-man Zipi ou la rivière à vase rouge. Ils s’y rendaient pour ramasser un matériel de couleur rouge, en fait un oxyde de fer, parmi les pierres dont ils se servaient comme peinture ou teinture.

Ils se servaient des noms comme aides au déplacement. Macdonald dit que dans tout territoire indien il y avait nombre de lacs qui étaient identifiés par leur forme ou quelque autre caractéristique physique pour aider les gens qui allaient d’un endroit à un autre. Ainsi, il y avait des lacs ronds, des lacs longs et des lacs aux pins, ainsi que des lacs qui étaient clairs, sales, herbeux, vaseux ou brûlés, c’est-à-dire entourés par des forêts qui avaient passé au feu.

Les autochtones donnaient aussi un nom aux points de repère, pour servir d’aide à la navigation aussi. Il y a un plan d’eau long et étroit à Temagami que les Anishinawbegs appelaient Waw-bos Nah-mat-ta-bee Saw-gi-hay-gun-ning ou lac au lapin, parce qu’on peut y voir un gros rocher qui ressemble à un lapin accroupi.

À Temagami, comme dans la plupart des endroits au Canada, il y a nombre de caractéristiques physiques qui ont encore le nom indien ou une corruption de ce nom. Le lac Wanapitei sur les cartes contemporaines vient du nom anishinawbeg Wawn-a bitay-bing Saw-gi-hay-gun-ning ou lac de la dent creuse, une description si vieille que même les plus vieux informateurs de Macdonald ne pouvaient pas l’expliquer. La rivière Sturgeon (esturgeon) est une traduction du nom anishinawbeg, Nah-may Zipi, et appelée ainsi parce qu’elle contenait tant d’esturgeons.

Nombre de noms autochtones ont toutefois disparu, parce que des fois les gens non autochtones préfèrent donner le nom de quelqu’un aux endroits. Sur n’importe quelle carte de Temagami officielle il y a des lacs auxquels on a donné le nom d’arpenteurs, de politiciens et, dans un cas, un jeune qui avait été à un camp d’été et nommé campeur de l’année.

Un des plus grands lacs à Temagami s’appelait, dans le temps des Indiens, Mons-kaw naw-ning Saw-gi-hay-gun-ning ou lac repaire de l’orignal. Durant les années 1880, Robert Bell de la Commission géologique du Canada lui donna le nom de lac Lady Evelyn en l’honneur de la fille d’un aristocrate irlandais de ses relations. On a aussi donné le nom de femmes aristocrates à deux autres lacs : Lady Dufferin et Lady Sydney. “Nombre de ces gens n’ont même jamais vu les lacs et ils n’avaient aucun lien avec les terres”, dit Macdonald.

La carte de Macdonald est précise d’une autre manière, que seules les personnes qui connaissent très bien le Temagami ne remarqueraient. Il note que 36 lacs dans le district ont été changés par des barrages hydro-électriques. Dans la plupart des cas, ils sont plus grands qu’autrefois parce que les barrages ont inondé des terres limitrophes. Les lacs sur sa carte semblent être comme ils l’étaient avant la construction des barrages. C’est un petit détail mais une de ces choses qui font que sa carte est tellement précieuse, et qui ont tellement impressionné les gens qui ont transformé son manuscrit en produit fini.

Pour de plus amples renseignements sur la carte historique de Temagami, veuillez prendre contact avec Craig Macdonald à RR 1 Dwight ON P0A 1H0, 1-705-635-3416.

La nécessité d’une déclaration des droits de l’ancien combattant significative

La nouvelle Charte des anciens combattants est actuellement en vigueur, et la Légion royale canadienne, qui a participé à sa formulation, observe la manière dont on est en train de la mettre en application à travers le pays. Elle désire s’assurer que les membres en service, les anciens combattants et les personnes à leur charge obtiennent le soutien qu’ils méritent.

Sachant cela, la Légion a formulé un exposé de principes sur la charte qui sert à identifier, entre autres, le fait que la charte ne confirme pas la disponibilité de lits à accès prioritaire pour les anciens combattants modernes dans les institutions de soins de longue durée. De plus, à la Légion on croit que vu qu’ACC est en train de prendre de l’expérience en s’occupant des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants qui ont des besoins pressants, il va falloir offrir comme option une pension d’invalidité mensuelle à la place d’une somme unique de prestation d’invalidité.

La Légion a aussi rédigé une déclaration des droits de l’ancien combattant dont une copie a été envoyés à ACC pour voir ce qu’on en pense. Ceci s’est passé tout de suite après qu’ACC ait rédigé une déclaration des droits que la Légion ne trouve guère acceptable. En fait, l’ébauche d’ACC a été rédigée comme une liste de buts concernant les prestations de services plutôt qu’une déclaration de droits. À la Légion, on croit que toute déclaration de droits devrait être assise sur les droits des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants et non pas seulement comme un ensemble de buts de prestations. “Les anciens combattants canadiens qui ont offert leur vie et leur service pour les libertés dont profitent les Canadiens aujourd’hui sont des citoyens à part”, est-il écrit dans l’ébauche de la Légion. “Ils méritent de la reconnaissance, des avantages et des services pour maintenir une qualité de vie appropriée durant tous les stades de leur vie […].”

Les autres droits expliqués bien clairement dans le document de la Légion comprennent celui qu’a chaque ancien combattant d’être traité avec courtoisie, respect et opportunément lors de tous ses contacts avec ACC, et que cela soit “démontré à leur famille et aux personnes à leur charge”.

On croit à la Légion que les anciens combattants ont le droit d’être renseignés sur tous les programmes et avantages auxquels ils ont droit, et qu’ACC a la responsabilité d’informer les clients actuels et d’en chercher de nouveaux.

De plus, toute déclaration des droits de l’ancien combattant devrait comprendre celui d’être traité de manière juste et égalitaire dans la langue officielle qu’il aura choisi, quel que soit l’endroit où il habite, son grade, son poste ou sa situation, et qu’il devrait aussi prendre part à toute décision qui affecte les soins qui lui sont attribués.

À la Légion, on a toujours compris l’importance de la protection des droits des anciens combattants. Aujourd’hui, alors que nous passons de la vieille à la nouvelle charte, à la Légion on désire s’assurer que ces droits soient identifiés et compris par tous les Canadiens. Protéger ces droits, c’est plus qu’un but. C’est une mission sacrée.