À votre serviceLa nouvelle Charte des anciens combattants est mise en vigueur

Depuis que la nouvelle Charte des anciens combattants est entrée en vigueur, le 1er avril, Anciens combattants Canada collabore étroitement avec des clients des Forces canadiennes et leur famille pour s’assurer qu’ils obtiennent un soutien opportun et des renseignements sur les services et les avantages qui leur sont disponibles.

Durant les quatre derniers mois, le nombre de clients des Forces canadiennes revendiquant des avantages et des services a sans cesse augmenté. Le personnel d’ACC, qui a été instruit entièrement dans les nouveaux programmes et services bien avant le lancement du 1er avril, est bien préparé à les soutenir. La gestion de cas reste l’important afin de s’assurer qu’il y ait un soutien équilibré pour les anciens combattants traditionnels ainsi que pour ceux des temps modernes.

ACC rapporte que, depuis le lancement de la nouvelle charte, il y a eu une augmentation constante du nombre d’individus cherchant à obtenir de l’aide dans le cadre du programme de réadaptation professionnelle et des programmes d’avantages financiers qui y sont reliés. Les gens ont été tardifs à profiter du programme de placement mais, au cours des mois à venir, le ministère va promouvoir les services disponibles de façon proactive. On continue de recevoir des demandes d’assurance de santé de groupe de la part de particuliers qui n’ont pas pu obtenir ce genre de couverture pour eux-mêmes et pour leur famille. Le programme de compensation pour invalidité est disponible aux particuliers et, dans un certain nombre de cas de décès, le montant forfaitaire de l’avantage de prestation de décès a été versé à un conjoint ou une personne à charge.

Un nouvel ensemble de 19 documents ont été élaborés qui servent à renseigner les membres des Forces canadiennes et leur famille sur les avantages qu’ils peuvent obtenir dans le cadre de la nouvelle Charte des anciens combattants. Deux numéros spéciaux du bulletin Salut! d’ACC qui est envoyé à plus de 260 000 lecteurs à travers le monde ont été publiés. Le dernier numéro a été distribué en août 2006. Durant la dernière année, plus de 40 sessions d’information ont été organisées dans les bases et les escadres des Forces canadiennes à travers le pays. On en a planifié d’autres pour cet automne.

ACC continue de se servir de son site de la toile comme source principale d’information sur la nouvelle charte. La circulation au site de la charte est impressionnante. En tout, il y a eu plus de 49 000 visites au site Web de la nouvelle Charte des anciens combattants et plus de 9 400 téléchargements. Un outil de passage au crible en ligne pour la nouvelle charte a aussi été créé. Depuis qu’il a été lancé à la mi-mars, il y a eu plus de 7 000 visites à cet outil de passage au crible, et plus de 700 téléchargements de la version à imprimer. De plus, des articles sur le service d’approche ont été offerts à tous les journaux des bases des Forces canadiennes. La nouvelle Charte des anciens combattants a aussi été placée dans la revue Légion et tous les journaux de base du MDN pour aviser les anciens combattants et les membres de l’existence de la nouvelle charte.

Le site Web de la Légion a aussi publié des renseignements contextuels sur la charte et les délégués au congrès de Calgary ont approuvé quelques résolutions qui ont pour objet d’améliorer certains avantages disponibles dans le cadre de la charte. Si vous avez besoin d’aide en ce qui concerne une demande ou des avantages d’invalidité, veuillez prendre contact soit avec ACC au 1-888-522-2122 (anglais) / 1-888-522-2022 (français) ou avec la Légion au 1-888-453-4466.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

Colloques sur la déclaration des droits de l’ancien combattant

Parmi les questions et les débats énergiques durant une série de réunions de comités parlementaires, la Légion royale canadienne a expliqué son point de vue en ce qui concerne la déclaration des droits de l’ancien combattant, modéré sa position sur l’institution d’un ombudsman des anciens combattants et préconisé des améliorations au Programme d’autonomie des anciens combattants.Au mois de juin, la présidente nationale d’alors Mary Ann Burdett et le directeur du Bureau des services de la Direction nationale Pierre Allard se sont présentés devant le Comité permanent des affaires des anciens combattants de la Chambre des communes et le Sous-comité des anciens combattants du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense.

Le ministre des anciens combattants Greg Thompson s’est aussi présenté devant les comités à l’occasion d’autres réunions.

Nombre de questions ont été posées à la Légion et à Thompson par des membres de comité. Le président du comité des Communes, Rob Anders, député conservateur de Calgary-Ouest, dit que le comité se penche sur trois questions : une déclaration des droits de l’ancien combattant, l’institution d’un ombudsman des anciens combattants et le PAAC. Le comité sénatorial, quant à lui, se penchait sur les services et les avantages offerts aux membres des Forces canadiennes, aux vétérans des guerres et des missions de maintien de la paix et aux membres de leur famille.

Burdett a remarqué que la Légion avait affiché une ébauche de déclaration des droits à son site Web, www.legion.ca, et que l’organisation travaillait avec d’autres grandes organisations d’anciens combattants et Anciens combattants Canada pour trouver la bonne formulation qui est si importante. “Je crois que nous nous sommes entendus”, disait-elle, et elle ajoutait que la dernière rédaction serait bientôt faite.

Burdett dit que la Légion s’inquiétait de ce que la première version de la déclaration des droits rédigée par ACC l’avait été en termes de buts de prestation de services, comme la promesse d’écouter attentivement et de traiter les demandes de manière opportune. La Légion, toutefois, désirait voir des phrases comme “les anciens combattants ont le droit aux mêmes avantages quel que soit l’endroit du pays où les personnes à leur charge et eux habitent” et “les anciens combattants ont le droit d’être entièrement renseignés sur les programmes et les avantages qui leur sont disponibles”. Burdett insistait que “toute promesse de service exemplaire devrait découler de la déclaration des droits, et non pas le contraire”.

Elle s’est aussi penchée sur la suggestion que les responsabilités des anciens combattants devraient être expliquées bien clairement. “J’aimerais apaiser vos inquiétudes à ce propos. Les responsabilités des membres des Forces canadiennes sont très claires. Ils sont là pour servir les intérêts de la nation au risque du sacrifice ultime.”

Les efforts que fait le gouvernement actuel en vue d’établir un ombudsman des anciens combattants a donné lieu à quelques-unes des discussions les plus vives. Une bonne partie concernait le fait que l’an dernier, alors que le gouvernement de Paul Martin était encore au pouvoir et qu’on discutait de la nouvelle Charte des anciens combattants, la Légion s’opposait à l’établissement d’un tel poste.

De dire Burdett, “la Légion est toujours convaincue qu’un ombudsman n’a pas de rôle à jouer dans le processus actuel de pensions et d’octrois d’invalidité légiféré. Toutefois, dit-elle, “un ombudsman pourrait intervenir en dernier ressort dans les décisions d’Anciens combattants Canada, pour confirmer l’admissibilité aux programmes non économiques de la nouvelle Charte des anciens combattants (comme la rééducation) […] et pourrait aussi s’occuper des questions de soins de longue durée. Si l’on croit vraiment à Anciens combattants Canada qu’un ombudsman est nécessaire, on devrait expliquer clairement la sorte qu’on veut mettre en place”. En fin de compte, dit-elle, “il faudrait que l’on comprenne bien quels seraient le rôle et le mandat précis d’un ombudsman”.

Plusieurs membres des deux comités, surtout la députée conservatrice Betty Hinton, Gilles Perron du Bloc Québécois et le sénateur libéral Colin Kenny, ont demandé à la Légion d’expliquer pourquoi elle est revenue sur sa position. Hinton faisait remarquer que l’idée d’un ombudsman a été soulevée en partie parce que les anciens combattants des temps modernes ne sont “pas aussi confortables que les anciens combattants traditionnels avec l’atmosphère de la Légion”.

De répondre Burdett, “la Légion […] est progressive. Elle doit changer. La société change. Nous essayons de rendre notre organisation plus utile à notre personnel militaire plus jeune, et s’il se sent mieux avec un ombudsman, nous allons nous pencher sur l’ombudsman”.

Kenny insista auprès de Burdett et d’Allard pour savoir comment la Légion voyait le rôle de l’ombudsman. “Quelle serait votre description de son travail?” demanda Kenny. “Vous dites que vous ne voulez pas approuver quelque chose avant de savoir ce que ça va être. Je suggère que si vous décriviez comment vous aimeriez qu’il soit (le poste d’ombudsman), il se pourrait fort bien qu’il finisse par ressembler plus à ça qu’à autre chose.”

Burdett répondit que le Conseil exécutif national de la Légion allait discuter de la question, à son congrès, à la fin du mois de juin. “Permettez-moi de ne pas en parler tant que les membres de l’exécutif ne sont pas au courant des propositions et qu’ils n’ont pas eu l’occasion de donner leur avis.”

Ceci dit, Allard a offert quelques suggestions aux deux comités. “Nous croyons que l’ombudsman des anciens combattants devrait être libre; tout comme il y a un comité permanent séparé et un ministère des anciens combattants séparé”, dit-il. “Nous donnons notre appui à un ombudsman ou un inspecteur général pour les questions de soins de longue durée.” Il ajouta que l’ombudsman pourrait avoir un conseil consultatif aussi. “Nous serions désireux de siéger à un tel conseil consultatif.”

Les comités ont aussi demandé à la Légion de parler du Programme d’autonomie des anciens combattants. Burdett a reconnu qu’il y a eu des améliorations au PAAC ces dernières années, augmentant l’admissibilité pour les anciens combattants et leur épouse. “Toutefois, nous croyons qu’il faut le réviser. L’accès au PAAC est trop complexe et limitatif; pourtant, des fois, les règlements concernant l’admissibilité ne sont pas formulés selon le contexte de vieillir dans (sa résidence).”

Allard ajouta que l’admissibilité au PAAC était encore plus compliquée du fait que la résidence est désignée comme étant une maison plutôt qu’un condominium ou un appartement. Si un client déménage à un condo, les avantages du PAAC ne le suivent pas nécessairement. “C’est pour ça que nous disons ici, dans notre présentation, que vous devriez peut-être vous pencher sur ce que sont les besoins d’un individu désirant l’accès au PAAC […] de manière plus flexible.”

Quand le ministre des anciens combattants a été questionné par le comité sénatorial à propos d’agrandir le PAAC, le président conservateur Michael Meighen a remarqué que le système actuel n’a pas de disposition pour le survivant dont le mari ou la femme n’a pas fait de demande concernant le programme avant son décès. Bien que le PAAC n’ait pas été nécessaire avant, dit Meighen, “les circonstances changent avec le temps”.

De répondre Thompson, “quand on étudie le service pour l’améliorer et l’agrandir, il y a une question que les gouvernements se posent toujours, c’est-à-dire, ‘jusqu’où peut-on aller'”? Le ministre fit remarquer que l’offre du PAAC aux conjoints survivants qui n’y sont pas inscrits coûterait plus de 300 millions de dollars. Toutefois, il n’a pas rendu l’élargissement de l’admissibilité au PAAC impossible. “Il n’est pas dit que ces choses ne vont jamais arriver.”

Le comité sénatorial a aussi questionné le ministre sur les dispositions de la nouvelle Charte des anciens combattants, et donné à la Légion l’occasion de faire des commentaires. En particulier, les versements de soutien du revenu ont été étudiés. Quand le sénateur Kenny a identifié ces versements (équivalents à 75 pour cent du salaire du membre des Forces canadiennes avant son retour à la vie civile) comme étant imposables, il a observé que “l’on devrait considérer rendre ces versements non imposables […] ou, s’ils sont imposables, verser à l’individu son salaire au complet”. Tout en acceptant que la charte offre un octroi d’invalidité en une somme globale pouvant aller jusqu’à 250 000 $, Kenny dit qu’il “envisage qu’une famille, maintenant, qui demande comment on fait pour vivre avec 25 pour cent de moins que ce qu’elle avait avant”.

La présentation de la Légion lui servit aussi de munitions. Allard remarqua que les versements bruts du revenu ne comprennent pas les allocations militaires. Le niveau de base des paiements–75 pour cent du salaire d’un simple soldat senior–n’est pas suffisant pour maintenir une norme de vie convenable, dit Allard, surtout si le membre des Forces canadiennes a des enfants à sa charge. “Il serait plus logique d’ajouter les allocations militaires au salaire du simple soldat.”

La Légion demande aussi qu’on améliore les soins aux anciens combattants qui souffrent de maux de stress opérationnel, et que tous les anciens combattants soient admissibles aux services de funérailles et d’enterrement du Fonds du Souvenir.

L’engagement de l’organisation à l’endroit des questions soulevées par Burdett et Allard auprès des parlementaires ont été affirmées au congrès, où plus de 50 résolutions reliées aux affaires des anciens combattants ont été prises.

L’état du monde selon Amnistie internationale

Dès la seconde année de son existence, Amnistie internationale a publié son premier rapport annuel faisant état de ses activités, mais dressant surtout un “bilan de santé” du monde en ce qui regarde les droits humains. Aussi, le rapport annuel de 2006 s’inscrit-il dans la continuité de cette tradition. À cet égard, un fait demeure récurrent et consternant. Depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, soit depuis près de soixante ans, l’application et l’observation de ces droits restent encore à faire et à justifier dans un grand nombre d’États, parmi lesquels se trouvent des signataires de divers accords portant sur la défense des droits fondamentaux et de la paix. Dans cette perspective, le rapport de 2006 d’Amnistie internationale se veut donc à la fois dénonciateur de cet état de fait, mais aussi porteur d’espoir.

Ce texte n’entend pas présenter une analyse en profondeur du contenu du rapport. Il vise surtout à poser un regard sur celui-ci en insistant sur certains de ces thèmes, soit la guerre au terrorisme, les conflits dans le monde et leurs conséquences, ainsi que la question du contrôle des armes. Ce choix repose sur le rôle et l’influence de ces facteurs dans les reculs qu’accusent les droits fondamentaux de la personne, particulièrement dans les zones où ces situations particulières se manifestent. Dans un premier temps, un bref portrait historique d’Amnistie internationale sera dressé, puis un second volet sera consacré au rapport de 2006 en soi, pour ensuite développer les thèmes retenus.

Amnistie internationale

Organisme mondial à but non lucratif et indépendant, Amnistie internationale a vu le jour en 1961 à l’initiative de l’avocat britannique Peter Benenson, spécialiste en droit international. L’organisme s’érige sur les principes d’impartialité et d’indépendance et axe ses activités sur la promotion et la protection internationale des droits de la personne et de l’aide aux victimes de persécution, d’oppression ou de restrictions liées à l’expression de ces droits et libertés. Amnistie internationale agit en sorte comme le chien de garde de l’application de ces droits en regard des règles de l’ONU, des conventions de Genève et d’un ensemble de traités ratifiés par presque la totalité des États du monde sur les droits et obligations des personnes, combattantes ou non, notamment en temps de guerre. Amnistie internationale a son siège social à Londres et compte des sections dans plus de 50 pays. Elle est financée par la contribution d’environ 1,8 million de membres à laquelle s’ajoutent les dons versés. En plus de bénéficier d’un statut de consultant ou d’observateur auprès de l’ONU, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe, de l’Organisation des États américains et de l’Union africaine, l’organisme a également mis sur pied des réseaux constitués de spécialistes dans plusieurs domaines, ce qui lui permet d’atteindre ou de faire progresser ses nombreux objectifs.

Comme principales missions, Amnistie internationale se voue au soutien des victimes du non-respect des droits humains et des défenseurs de ceux-ci. L’organisme fait également les pressions nécessaires auprès des autorités internationales, des instances gouvernementales ou des individus qui sont en mesure d’exercer une influence sur la communauté internationale ou auprès des responsables des délits commis à l’endroit des droits fondamentaux. Aussi, toutes les démarches et les activités qu’entreprend Amnistie internationale n’ont-elles qu’un seul principe, participer de manière impartiale à la protection des droits humains de manière à ce qu’ils soient protégés par un État de droit pour empêcher que toute situation conflictuelle ne se résolve par la violence ou la répression. “Son ambition est de faire progresser l’idée d’une mondialisation éthique afin de consolider les forces de la justice–ces forces qui sont une source d’espoir pour les innombrables personnes dont les droits sont bafoués.”

Ces énoncés expliquent les raisons pour lesquelles l’organisme s’acharne de manière répétitive à dénoncer les conflits armés, l’absence de contrôle du commerce des armes et, particulièrement depuis 2001, la “guerre au terrorisme”. Ce sont surtout ces contextes qui sont les plus favorables au recul du respect des droits humains et qui ont des conséquences néfastes sur les libertés individuelles ainsi que sur les conditions de vie des victimes combattantes ou civiles de ces situations conflictuelles, en plus d’aggraver la répression, brimer la liberté d’opinion ou de croyance, et toutes sortes de discrimination, que ce soit au niveau du sexe, de la race ou à caractère social.

Dans la réalisation de sa mission, Amnistie internationale s’est fixé des objectifs dont les principaux concernent la nécessité d’un renforcement de l’encadrement juridique afin de promouvoir la résolution des conflits en fonction d’un État de droit et non par la voie des armes, et de faire en sorte que les crimes ou violations envers les droits de la personne soient sanctionnés et ne bénéficient plus de l’impunité que certains États accordent trop souvent à leurs responsables.

Le rapport

Le rapport de 2006 constate l’état des reculs, des progrès et des espoirs qui ont marqué l’année 2005 en fonction des objectifs de l’organisme. Les 420 pages que totalise le bilan se composent de résumés sur les grandes régions du monde (Afrique, Amériques, Asie et Océanie, Europe et Asie centrale, Moyen-Orient et Afrique du Nord), suivis d’une analyse détaillée de chacun des pays liés à ces territoires. La dernière section présente les activités de l’organisme ayant permis d’amorcer ou de réaliser des progrès, et conclut avec des annexes faisant état de la ratification de traités internationaux et régionaux, liés aux droits humains.

En posant un regard critique sur les cas de violations des droits humains qui se sont révélés au cours de la dernière année, Amnistie établit un constat à la fois inquiétant et rassurant. Aux dires d’Irène Khan, secrétaire générale, la lutte au terrorisme est devenue un prétexte, voire un argument valable pour mettre en application de nouvelles lois, imposer de nouvelles restrictions afin de contrôler ou oppresser, tout en bafouant régulièrement les droits fondamentaux. À cet égard, l’organisme international reproche, entre autres aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, de n’avoir pas tenu leurs engagements, de ne pas avoir fait preuve de transparence et de s’être montrés irresponsables. “Le paysage des droits humains est jonché de manquements et de promesses non tenues. Des gouvernements se posent en défenseurs des droits fondamentaux, mais se replient sur la répression dès que leurs intérêts ou leurs politiques sont en jeu.”

Amnistie internationale rappelle l’importance d’une volonté politique nécessaire au respect des droits humains et que trop souvent les intérêts économiques ou politiques conduisent à la manipulation de l’ONU ou des instances liées à la défense des droits fondamentaux au détriment du respect de ceux-ci et des victimes. Selon l’organisme, un tel contexte ne contribue qu’à accroître le climat d’insécurité humaine et les risques d’injustice et de violence. “Pour Amnistie internationale, la sécurité humaine n’existe véritablement que si chaque individu jouit de tous ses droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux. Ces droits sont liés entre eux et forment un tout indivisible : aucune politique en matière de sécurité ne doit faire l’impasse sur l’un d’entre eux. Les êtres humains ne peuvent s’épanouir et réaliser leur potentiel que s’ils se sentent en sécurité dans tous les domaines de leur vie. La sécurité humaine suppose par conséquent de protéger et respecter la totalité de ces droits interdépendants.”

Bien que le rapport de 2006 fasse état de ces nombreuses inquiétudes, il laisse paraître une part d’espoir, par la conscientisation de certains gouvernements, dont les plus puissants de la planète, à l’effet qu’il est dangereux de négliger les droits de la personne au sein de leur politique nationale ou internationale. Ces espoirs se fondent aussi sur la décroissance du nombre de conflits armés, par la ratification du Statut de Rome, visant l’instauration d’une Cour pénale internationale, qui comptait 139 signataires en 2005, lequel par contre les États-Unis et Israël n’ont pas l’intention de reconnaître. À souligner également l’amorce de la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et aussi la décision de la Cour suprême des États-Unis, déclarant inconstitutionnelle la peine de mort pour les mineurs. Malgré tout ce progrès, force est de constater que la sécurité humaine a été lourdement sacrifiée tout au long de l’année 2005.

La guerre au terrorisme

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les droits de la personne ont connu de nombreuses violations au nom de la menace terroriste. Selon Amnistie internationale, l’année 2005 marque à cet égard un signe de changement positif. Cela ne signifie pas pour autant que les droits humains aient cessé d’être bafoués au nom de cette cause. En Afghanistan et en Irak, par exemple, le mépris des droits humains est monnaie courante. Ces manquements sont aussi perceptibles sur les territoires où il n’y a pas de conflits comme tels. À cet effet, l’organisme dénonce fortement les gestes des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui, depuis les attentats respectifs de 2001 et de juillet 2005, ne cessent de vouloir accentuer leurs mesures de répression sous prétexte d’assurer la sécurité nationale. Même si ces intentions ont trouvé, tant aux États-Unis qu’en Grande-Bretagne, de vives oppositions, il reste que des dispositions abusives ont été appliquées à toute personne suspecte ou arrêtée, le plus souvent sans motif d’inculpation, ni jugement ou droit d’appel. En Grande-Bretagne, ces mesures restreignaient les fréquentations de la personne, ses déplacements et même l’accès au réseau Internet. La limite de garde à vue a également été portée de 14 à 28 jours. Selon Amnistie, ces atteintes aux droits et libertés de la personne constituent des affronts au droit international.

L’organisme ajoute que ces violations ne sont pas typiques à la Grande-Bretagne. Elles s’étendent largement à l’extérieur du territoire britannique en plus de déborder des domaines légal ou juridique. Les États-Unis sont également désignés par Amnistie internationale comme étant tout aussi méprisants à l’endroit des droits humains et ce, particulièrement dans le cadre de la menace terroriste. Ainsi, sous le couvert de cette guerre qu’ils qualifient de “juste”, les États-Unis n’ont cessé d’accentuer les mesures restrictives contre les personnes suspectées ou arrêtées. Comme en Grande-Bretagne, le gouvernement Bush a dû faire face à une certaine opposition lorsqu’il a été question de “s’affranchir de l’interdiction de la torture et des mauvais traitements” infligés aux personnes détenues. Malgré tout, le ministre de la Justice persiste en affirmant “que les États-Unis sont habilités à exercer des mauvais traitements sur les détenus à l’étranger, du moment qu’il ne s’agit pas de citoyens américains”. Les débats concernant les conditions de détention ont conduit à l’adoption d’une disposition enlevant aux détenus de Guantanamo tout droit d’être jugés devant un tribunal comme le stipulent les conventions internationales. Aussi, le recours à la torture est-il toujours considéré comme “légitime”, malgré les pressions faites à l’endroit du gouvernement Bush, ce que déplore Amnistie internationale. “Les États-Unis n’ont pas renoncé catégoriquement à l’utilisation de certaines formes de torture ou de mauvais traitements. Ils n’ont pas non plus ouvert d’enquête indépendante sur le rôle de certains responsables américains dans les violations connues en Irak, à la prison d’Abou Ghraib et ailleurs, malgré un nombre croissant d’éléments tendant à démontrer l’existence de leur implication.”

En 2005, des milliers de personnes étaient toujours détenues sans inculpation au nom de cette guerre, que ce soit en Irak, en Afghanistan ou à Cuba (Guantanamo). Elles se comptent également dans des prisons clandestines sous la gouverne des États-Unis et administrées par la CIA. Certains de ces centres se situent non seulement en Afghanistan, en Jordanie, en Irak, en Palestine et en Thaïlande, mais aussi en Europe. Des milliers de prisonniers transitent secrètement par les aéroports des pays européens, africains et asiatiques pour se retrouver dans l’un de ces centres. Or, pour que ces innombrables transferts puissent s’effectuer, il est nécessaire que les territoires et les États impliqués y participent. Parmi ces États collaborateurs, plusieurs sont signataires de traités et de conventions allant à l’encontre de telles procédures, ils violent par le fait même ces pactes internationaux. Amnistie internationale dénonce le fait que certains de ces pays aient consenti au déplacement de prisonniers sous la simple assurance diplomatique qu’ils seraient bien traités, sachant que la torture pouvait être exercée sur le territoire de destination. La Grande-Bretagne a ainsi conclu des accords avec la Libye, l’Algérie et l’Égypte afin de déplacer tout suspect en marge de la lutte au terrorisme. Les États alliés ont pu de la sorte justifier la délocalisation, mais également bafoué les droits humains et leurs propres engagements et responsabilités dans le cadre des conventions internationales.

D’autres pays comme la Chine, la Malaisie ou encore le Kenya, ont profité de l’étendue de cette lutte au terrorisme pour accroître leurs mesures répressives sur leur propre territoire. Invoquant la guerre au terrorisme, plusieurs États du monde ont ainsi exprimé un mépris à l’endroit des droits fondamentaux, ce qui, dans bien des cas, a contribué à accentuer le climat de tensions, voire à intensifier la violence ou les conflits déjàexistants. Dans cette perspective, les conflits armés sont révélateurs des reculs effectués relativement au respect des droits humains, ils en sont parfois la cause, parfois la conséquence. Leur ampleur et leur persistance ont des incidences directes sur le statut de l’ensemble des droits et libertés, qu’ils soient d’ordre économique, politique, social ou culturel.

Les conflits armés

Ici encore, Amnistie internationale déplore le grand nombre de conflits armés qui sévissent dans le monde. Si leur nombre tend à diminuer, le degré de violence, lui, ne semble pas s’essouffler. L’organisme reproche particulièrement à certains États leurs intérêts à tirer profit des conflits ou à ne pas respecter leur engagement international, comme ce fut le cas au Soudan et en Côte d’Ivoire. En Irak, la situation montre que des forces multinationales soutenues par les États-Unis, ainsi que des groupes armés et le gouvernement de transition ont bafoué les droits des civils. “Dans leur quête de profit politique ou économique, les forces gouvernementales et les groupes armés faisaient souvent preuve d’un mépris total pour les populations civiles qui se trouvaient sur leur chemin : leur stratégie militaire consistant même parfois à prendre spécifiquement pour cible les civils.” Amnistie signale que la majorité des victimes des conflits en 2005 étaient des civils, plus particulièrement des personnes de sexe féminin, comme démontré en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en République démocratique du Congo et au Burundi. Alors que les regards du monde sont le plus souvent dirigés vers l’Irak, le Darfour ou Israël, des conflits dans le nord de l’Ouganda, en Tchétchénie, en Afghanistan et au Népal faisaient des milliers de victimes sans que le reste du monde semble s’en inquiéter. Malgré les dénonciations faites par le Secrétaire général et les différentes instances de l’ONU, les conflits armés du monde ne cessent d’accroître le mépris envers les droits humains, en plus de provoquer un nombre croissant de délocalisations de populations et de réfugiés.

Que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe, en Asie ou dans les Amériques, les conflits armés ne cessent de mettre à jour l’importance de l’établissement d’un État de droit, de l’instauration de cadres juridiques forts et de la nécessité de l’appui de la communauté internationale afin d’assurer la sécurité humaine et le respect des droits fondamentaux tout en ayant le pouvoir de sanctionner les délits commis en ce domaine. “Dans de nombreux pays qui tentaient de sortir d’un conflit, l’incapacité à remédier aux injustices flagrantes, à combattre l’impunité et à maîtriser la prolifération des armes se traduisait par la persistance d’un climat d’insécurité et de violence. Même quand les parties en présence avaient convenu de s’acheminer vers une solution pacifique, les accords n’étaient souvent pas respectés et pleinement appliqués, faute d’une volonté politique et d’une rigueur suffisantes.” Pour Amnistie internationale, l’équation est simple : la plupart des conflits éclatent à la suite d’injustices, de répression ou de discriminations qui traduisent un manquement à l’égard des droits fondamentaux. D’autre part, ces mêmes conflits armés peuvent engendrer à leur tour de l’oppression et du mépris.

Mais si un encadrement juridique fort fait partie de la solution, il ne suffit pas en lui-même à contenir toute cette violence et les glissements en matière de droits humains. Au coeur de ces situations conflictuelles apparaît la facilité d’obtenir des armes pour tous ceux qui entendent prendre cette voie. Ainsi, si d’un côté le règlement des conflits passe par le respect du droit international ou régional, et des lois et normes qui en découlent, il réside également dans une législation et un contrôle plus sévères et rigoureux de l’acquisition et du commerce des armes. Or, à ce sujet, Amnistie internationale critique la participation de puissants États au commerce des armes légères comme à celui de l’équipement militaire, facilitant et supportant de la sorte les conflits armés dans le monde.

Le contrôle des armes

La lutte contre la prolifération et l’utilisation croissante des armes demeure au centre des préoccupations d’Amnistie internationale. Bien qu’à la fin de 2005 plus de 50 États, dont la Finlande, la Grande-Bretagne et le Kenya, aient assuré l’organisme de leur soutien concernant l’adoption d’un traité international limitant le commerce des armes, il reste que la plupart des équipements militaires qui circulaient au cours de 2005 provenaient de 35 pays et que plus de 68 % des exportations en armes se destinaient à des pays de l’hémisphère sud. Des pays comme les États-Unis en ont ravitaillé d’autres, dont la Colombie, en armes et en équipements militaires. Plus accablant encore, les huit pays membres du G8 vendaient des armes aux pays en voie de développement et six d’entre eux s’inscrivaient au nombre des plus gros exportateurs d’armes au monde. Selon Amnistie, cette situation compromet grandement les engagements pris par ces mêmes pays en matière de respect des droits humains, de l’appauvrissement des populations et des conditions de vie, en plus d’aider à la poursuite des conflits en cours.

Amnistie internationale signale qu’au cours de 2005 une importante quantité d’armes en provenance de l’Europe orientale a alimenté des régions d’Afrique où sévissaient des conflits. L’organisme rappelle que l’acquisition d’armes par certains groupes sert à la répression, à la violence et à l’agression, sans compter le grand nombre de meurtres commis. Des centaines de milliers de personnes ont été tuées avec des armes rien qu’en 2005. L’organisme a ainsi mené une campagne en Afrique du Sud, en Allemagne, en Belgique, en France et auprès des gouvernements britannique, indien et américain, principaux fournisseurs au Népal, afin que les violations aux droits humains par la voie des armes puissent cesser, du moins dans ce dernier pays. La Chine, quant à elle, a maintenu l’approvisionnement du Népal en armes et en munitions.

Tous ces appels répétés montrent à quel point plusieurs États, parmi les plus puissants de la planète, continuent de bafouer les droits humains afin de servir d’abord leurs intérêts financiers, économiques et politiques. Il est donc impératif pour Amnistie internationale de faire reculer la tendance à la militarisation et de conclure des accords ou traités afin de restreindre davantage le commerce des armes et de mieux le contrôler à défaut de pouvoir l’abolir.

Bien qu’Amnistie internationale puisse parler d’espoir et laisser paraître un certain optimisme quant à l’avenir des droits humains, son rapport de 2006 dévoile l’étendue de la tâche à effectuer et qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. Mais, de plus en plus, affirme Amnistie, il est possible de compter sur les pressions sociales, sur l’opinion publique et aussi sur la libre circulation de l’information afin de contrer ces manquements aux droits fondamentaux. Pour l’organisme, il importe de ne pas baisser les bras, de faire en sorte que les efforts passés, qu’ils aient été accomplis par la force des armes ou non, n’aient pas été vains et que tous ceux qui ont revendiqué un droit ou contribué au progrès des libertés fondamentales, parfois au risque de leur vie, puissent toujours croire qu’ils l’ont fait pour une noble cause. Parmi eux, Peter Benenson (1921-2005) dont les propos traduisent bien l’ampleur de l’oeuvre à accomplir. “Lorsque le dernier prisonnier d’opinion aura été libéré, lorsque la dernière salle de torture aura été fermée et lorsque la Déclaration universelle des droits de l’homme sera devenue une réalité concrète pour tous à travers le monde, alors seulement pourrons-nous dire que notre mission est achevée.”

S’inspirer d’une enfance en Corée du Sud

“Ça me dit quelque chose.” Quand l’ado Jung-Min Shin parle de la guerre, elle ne parle pas de quelque chose dont elle ne sait rien. Shin vient d’obtenir un diplôme à l’école secondaire Ballenas de Parksville (C.-B.), mais elle est originaire de la Corée du Sud. “Mon propre pays a été en guerre et, quand j’étais petite, j’en ai beaucoup entendu parler. On nous enseignait la guerre à l’école.”

L’an dernier, cette fille de 17 ans s’est inspirée de ce qu’elle a appris et de vieilles photographies pour concevoir une affiche pour les concours annuels littéraires et d’affiches de la Légion royale canadienne. Son dessin au crayon évocateur, qui représente les divers côtés de la guerre, lui a mérité le premier prix dans la catégorie des affiches en noir et blanc.

“Je voulais représenter diverses personnes, des bébés, des soldats et des femmes laissées en arrière, qui sont affectées par la guerre de manières différentes.” En plus d’utiliser la collection de photos de son enseignant, elle est allée prendre des photos de coquelicots pour en avoir qui soient exactement comme elle les voulait. Quand même, malgré ses efforts et la grande qualité de son travail, Shin dit qu’elle a été surprise quand elle a appris qu’elle avait gagné. “C’est un concours national (et) j’ai entendu dire que beaucoup de gens envoient leur dessin. J’espérais, mais je ne m’attendais pas à gagner.”

Cette étudiante accomplie, qui parle comme n’importe quelle ado canadienne malgré le fait qu’elle n’ait appris l’anglais que lorsqu’elle est arrivée au Canada, il y a trois ans et demi, étudie maintenant à l’Université Queen’s de Kingston (Ont.). Sa spécialité? Les beaux-arts, bien sûr. “J’aime dessiner depuis que je suis toute petite, et depuis l’an dernier je suis beaucoup plus sérieuse en ce qui concerne l’art comme carrière.”

Shin a hâte à son premier voyage à Ottawa, en novembre, quand les autres gagnants des concours seniors et elle vont déposer une couronne de la part de la jeunesse du Canada à la cérémonie nationale du souvenir. Elle sera accompagnée par Crystal Huang (affiche en couleurs), Maxime Turgeon (composition) et Rachel Bueckert (poème Only Sixteen (seize ans seulement)). Les quatre vont aussi avoir l’occasion d’aller voir la Gouverneure générale Michaëlle Jean.

Incroyablement, Shin n’est pas la seule élève de l’école secondaire Ballenas qui ait remporté un premier prix dans le cadre du concours annuel de la Légion, lequel existe depuis bien longtemps. Leah Prier, âgée de 15 ans, qui est actuellement en 10e année, a impressionné les juges grâce à son affiche en couleurs et a mérité le premier prix dans la catégorie intermédiaire. Bien que seuls les gagnants seniors aillent à Ottawa, le travail de Prier, comme celui de tous les gagnants de concours, va être exposé au Musée canadien de la guerre, à la capitale nationale, durant la période du souvenir.

Prier dit qu’elle était “très excitée” quand elle a su qu’elle avait gagné cette année. Comme Shin, elle ne s’y attendait pas. Musicienne en plus d’être artiste, l’ado a accepté de faire partie du concours quand son enseignant a encouragé toute la classe à y participer. Prier s’est inspiré de ce que son grand-père lui a appris, qui a grandi durant la Seconde Guerre mondiale. “Il était trop jeune pour servir, mais il m’apprend beaucoup à propos (de la guerre).”

Le gagnant de la composition senior Maxime Turgeon de Magog (Qc) a fait lui-même une grande partie de la recherche pour la rédaction qu’il a présentée au concours. Turgeon, faisant parler le maréchal Ferdinand Foch, le commandant suprême des alliés à la fin de la Première Guerre mondiale, exprimait les pensées et les souvenirs qui tourbillonnaient dans la tête du Français quand il réfléchissait à la reddition allemande du 11 novembre 1918.

Quand il décrit la deuxième bataille de la Somme (1918), Turgeon écrit : “à l’aube du premier jour du printemps, le brouillard recouvrait les rives de la Somme où nos frères, nos compatriotes, sont tombés en été 1916. Ainsi, c’est d’un coeur lourd que je participe à ce que l’avenir appellera ma première offensive majeure contre l’armée du général (Erich) Ludendorff […]. Au bout de quelques minutes, la terreur nous prend à la gorge. L’ennemi, invisible, avance silencieusement et assassine subrepticement les soldats français et anglais de notre flanc gauche. Les sons et les images des cinq heures suivantes seront gravées dans notre mémoire.”

Turgeon, avide de nage, d’études et d’écriture, vient de commencer des études préuniversitaires à Sherbrooke après avoir obtenu un diplôme de l’école secondaire La Ruche. Il a l’intention d’étudier les lettres à la Sorbonne, à Paris, l’année suivante, et il continue d’écrire, “que ce soit pour le plaisir ou pour ma carrière”.

La gagnante du concours de poésie senior Rachel Bueckert a écrit son poème Only Sixteen dans un “accès d’inspiration”. L’an dernier, son professeur a donné le choix aux élèves de produire un poème, une affiche ou une composition en classe. Bien que Bueckert peint et dessine à temps perdu, elle pensa : “je n’ai pas beaucoup de temps pour faire une affiche, et un poème serait plus vite”.

Elle ajoute : “j’ai essayé de trouver une façon différente de voir […] les genres de personnes qui sont allées à la guerre. Je n’avais pas vu beaucoup de gens écrire un poème à propos des jeunes qui y sont allés même s’ils n’auraient pas dû”. Dans son poème, elle écrit :

“Ce n’était pas l’aventure

Qu’il croyait que ce serait

Il n’était pas si courageux

Il voulait simplement partir

Mais il s’est battu avec les autres

Jour après jour

A vu ses amis mourir

Les a vus disparaître

Et puis un jour il a vu

Encore une bombe tomber

Cette fois-ci près de lui

Il a entendu quelqu’un l’appeler

C’est la dernière chose qu’il ait entendue

C’est la dernière chose qu’il ait vue

Il n’aurait pas dû mourir

Il n’avait que seize ans.”

Quand on lui demande comment elle a fait pour trouver les images, elle répond : “J’ai simplement essayé d’imaginer comment c’était, et grâce à ce que j’ai vu et entendu dans les films entre autres.” Bueckert, qui va maintenant à l’école biblique, pense étudier la communication à l’Université de la Saskatchewan en septembre prochain.

Les jeunes participants ont aussi donné des prestations impressionnantes. Dans la catégorie de poésie junior (pour les élèves des 4e, 5e et 6e années), Sarah-Anne Jozsa de l’école St. Mary’s de Wrentham (Alb.) écrivait I Will Never Know (je ne saurai jamais), un poème qui dément son jeune âge.

Je ne connaîtrai jamais la douleur que vous avez ressentie

Quand vous avez regardé la mort dans les yeux

Je ne saurai jamais à quel point c’était difficile,

Quand vous avez dit adieu.

Je ne saurai jamais ce que vous avez subi

Pour libérer notre pays.

Mais ce que je sais, je ne l’oublierai pas

Que vous êtes mort pour moi.”

Rachelle Block, âgée de 12 ans, de l’école Leroy de Leroy (Sask.), a remporté le premier prix grâce à sa composition dans la catégorie junior, laquelle est intitulée Do You Listen To The Song Of The Trumpet? (Écoutez-vous le son de la trompette?) “J’ai toujours pensé que notre maître, M. Bans, était fou”, écrit-elle. “Un jour, il nous a même demandé si nous écoutions la chanson de la trompette le jour du Souvenir.” Quand la classe est restée perplexe à propos de ce que le maître voulait dire, il expliqua, “la trompette fait des sons, mais elle fait aussi quelque chose qu’on ne peut pas entendre. Il s’agit de l’amour, du bonheur, de la liberté, de la tristesse, de l’espoir et de la sympathie”.

Block dit qu’elle est “très honorée et fière” de recevoir le prix national de la Légion. “Tout le monde à mon école et à ma collectivité est très excité pour moi.”

Quelques mois ont passé depuis que ces élèves talentueux ont appris leur réussite au concours national de la Légion et, bientôt, Turgeon et les autres gagnants seniors vont aller à Ottawa présenter leurs respects au cénotaphe. Il remarque, “je ne pensais pas à (gagner) une grande partie du temps mais, après, j’ai réalisé qu’il s’agit d’un prix important”.

Résultats nationaux de 2005-2006

Seniors

Composition–premier : Maxime Turgeon de Magog (Qc); seconde : Adeline Krasniqi de Sarnia (Ont.); mention honorable : Jacques Gallant de Summerside (Î.-P.-É.) et Carolyn Mouland de Deer Lake (T.-N.).

Poésie–première : Rachel Bueckert d’Eyebrow (Sask.); second : Jake Shepherd de Ladysmith (C.-B.); mention honorable : Reegan Anstey de Twillingate (T.-N.).

Affiches en couleurs–première : Crystal Huang de Burnaby (C.-B.); second : Taylor Sato de Canmore (Alb.); mention honorable : Josh Steven de Shortdale (Man.).

Affiches en noir et blanc–première : Jung-Min Shin de Parksville (C.-B.); seconde : Alison Maga de Swan River (Man.); mention honorable : Daniel Shen de Toronto.

Intermédiaires

Compositions–première : Alexandra Roston de Vancouver-Ouest; seconde : Adrienne Teitsma de Winnipeg; mention honorable : Wes Dunham de Bethany (Ont.).

Poésie–première : Janelle Kuhn de Reward (Sask.); seconde : Michelle Parent d’Antigonish (N.-É.); mention honorable : Hannah Dyckerhoff de Beaumont (Alb.).

Affiches en couleurs–première : Leah Prier de Parksville (C.-B.); seconde : Rebecca Clark de Wolseley (Sask.); mention honorable : Miranda Barringer de Winnipeg.

Affiches en noir et blanc–première : MacKenzie Buzash de Regina; seconde : Sofia Hou de Nepean (Ont.); mention honorable : Kenzie Jones de Dorion (Ont.).

Juniors

Composition–première : Rachelle Block de Leroy (Sask.); second : Jordan Walsh de Shalloway Cove (T.-N.); mention honorable : Amanda Lorbetski de Barry’s Bay (Ont.).

Poésie–première : Sarah-Anne Jozsa de Wrentham (Alb.); seconde : Victoria Vienneau de Beaverbrook (N.-B.); mention honorable : Anna Ratuski de Clearwater Bay (Ont.).

Affiches en couleurs–première : Karolane McGrail de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot (Qc); seconde : Monica Mazur de Kitchener (Ont.); mention honorable : Sterling Smith de Champion (Alb.).

Affiches en noir et blanc–premier : Levi Hayworth de Youngstown (Alb.); seconde : Michaela Shea de O’Leary (Î.-P.-É.); mention honorable : Dustin Valikoski de Cowichan Bay (C.-B.).

Affiches primaires

Affiches en couleurs–première : Kayla Niro de Cold Lake (Alb.); seconde : Abigail Nanquil de Scarborough (Ont.); mention honorable : Jordan Reid de Pugwash (N.-É.).

Affiches en noir et blanc–première : Jessie Benson de Hazlet (Sask.); seconde : Caylib Micklich de Vegreville (Alb.); mention honorable : Freya Kellet de Kelowna (C.-B.).

Retombées à Gagetown

“Jimmy était comme moi là-bas : un marcheur. Nous étions exposés à la boue et à la merde. Il s’est fait asperger directement.”

Grant Payne, un ancien fantassin du Black Watch, regarde Jim Burke, de l’autre côté de la table, en parlant de leur service à la Base des Forces canadiennes Gagetown, au Nouveau-Brunswick, durant le milieu des années 1960. La “merde” dont il parle n’a rien à voir avec les résidus organiques.

Quand Burke conduisait une des trois jeeps en manoeuvre à Gagetown, c’était en 1966 ou 1967, cela fait si longtemps qu’il ne peut s’en souvenir exactement, un aéronef à voilure fixe est passé au-dessus de la formation, pulvérisant un liquide blanc grisâtre qui “nous a laissés dans ce qu’on aurait dit était un brouillard”, dit Burke, qui aujourd’hui réside à Saint John. “Notre peau et nos vêtements en ont été mouillés”. Au cours des trois semaines suivantes, les buissons et les arbres sont devenus rouges orangés, et puis bruns et “toutes les herbes dans la zone pulvérisée étaient mortes”.

Ce vétéran des Forces canadiennes souffre actuellement d’un tas de problèmes de santé qui vont de l’affection du coeur à la dépression, en passant par l’insuffisance pulmonaire globale. Il dit que ses supérieurs ne lui ont jamais dit avec quoi il a été aspergé. En ce temps-là, il ne savait rien du produit Orange.

Il y a un an, le gouvernement du Canada a reconnu que le défoliant mortel, dont l’utilisation était si notoire à la guerre du Vietnam, a été pulvérisé à la base d’entraînement lors de tests menés avec le militaire états-unien en 1966 et 1967. En juin dernier, le gouvernement confirmait que le programme de pulvérisation d’herbicide à Gagetown durant les cinq dernières décennies a été bien plus important.

La longue histoire dont l’épicentre est dans la petite ville d’Oromocto, tout à côté de la base, est en train de devenir un fatras de plus en plus complexe de faits et de beaucoup d’émotions.

D’abord, voici quelques faits : La BFC Gagetown, une institution d’entraînement militaire de calibre mondiale, s’étend sur 1 100 kilomètres carrés, y compris 65 lacs et 251 ruisseaux. On y a utilisé un vrai cocktail de produits chimiques, dont l’agent Orange, l’agent Pourpre et l’agent Blanc, au cours de quelques décennies pour dégager la forêt luxuriante renommée du Nouveau-Brunswick. Et c’était tout un cocktail. Rien qu’entre 1956 et 1984, 1,3 million de litres d’agents Orange, Pourpre et Blanc sous forme liquide et 2 millions de livres d’agent Blanc sec ont été utilisés pour nettoyer plus de 181 000 acres.

Les produits Orange et Pourpre contenaient des dioxines, une sorte de produits chimiques extrêmement toxiques produits involontairement durant la fabrication. Certains types de dioxine sont aussi produits naturellement dans l’environnement, bien qu’à des concentrations bien moins fortes. Ces perturbateurs hormonaux ont été reliés à des cancers rares chez l’être humain, à des problèmes respiratoires, à l’impotence, à la chloracné, aux troubles des systèmes immunitaire et de croissance, ainsi qu’à des anomalies congénitales, entre autres. Des quantités infimes, calculées en parties par billion, peuvent causer des dommages.

L’agent Blanc, connu aussi sous le nom Tordon, contenait une impureté de fabrication d’une autre sorte : l’hexachlorure de benzène (HCB). Comme les dioxines, l’HCB est un composé toxique bioaccumulatif, c’est-à-dire qu’il s’accumule dans l’environnement et se dégrade très lentement. La U.S. Environmental Protection Agency l’a inscrit à la liste des carcinogènes humains probables, et des études faites sur des animaux ont prouvé que des quantités infimes endommagent le foie, les reins, le système immunitaire et le sang.

On connaît bien mieux les effets du produit Orange grâce aux études qui ont été faites sur la population vietnamienne et les soldats américains qui y ont été exposés. Toutefois, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, d’établir un lien causal entre l’exposition à un produit chimique particulier et une maladie particulière.

Tous les deux ans, The National Academy of Sciences’ Institute of Medicine des États-unis met à jour sa catégorisation de maladies reliées à l’exposition au produit Orange; le ministère des anciens combattants états-unien s’en sert pour prendre des décisions sur les pensions.

Ici, au Canada, le gouvernement est en train de créer un ensemble d’indemnités pour les anciens combattants et les civils qui ont été affectés par les herbicides à Gagetown. C’est au ministre des Anciens combattants Greg Thompson, le député du Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, que cette tâche a été donnée. “Il nous faut un ensemble d’indemnités qu’on puisse utiliser pour s’occuper d’eux à un degré humain, et il faut comprendre qu’il s’agit d’une équation complexe”, dit-il lors d’une interview au téléphone. “Certains des morceaux ont disparu depuis 50 ans. C’est le premier gouvernement qui dit ‘Non, nous n’allons pas passer cela sous silence pour qu’un autre gouvernement s’en occupe.'”

Simultanément, un groupe d’enquête factuelle, nommé par le ministère de la Défense nationale, entreprend des études sur l’environnement et la santé humaine à la base et aux alentours. D’aucuns ont loué le Projet d’établissement des faits à la base Gagetown et les environs, lequel doit être terminé en été 2007, et d’autres l’ont reçu avec scepticisme. Ses conclusions ont donné lieu à une restriction de l’accès à trois zones de la base. Plusieurs autres zones ont été désignées ‘points chauds’ et les risques pour la santé vont y être évalués.

Dix pour cent des 1 200 échantillons de terre, de sédiment et de la nappe souterraine prélevés dans les zones de tir et d’entraînement indiquent des niveaux élevés de dioxines ou d’hexachlorure de benzène. Ces chiffres sont basés sur des niveaux actuels, pas historiques. Le coordinateur de la recherche factuelle Dennis Furlong, un ancien ministre néo-brunswickois de la santé et médecin de famille pratiquant, dit que l’extrapolation rétrograde n’a pas encore été faite. “La question a été soulevée… ‘si ces niveaux en sont là maintenant, où en étaient-ils il y a 50 ans?’ Je ne peux que répondre ‘je ne sais pas, mais je suis certain (qu’ils étaient) plus élevés.'”

Le chef d’état-major de la BFC Gagetown, le lieutenant-colonel Paul Kearney, insiste que le commandant de la base Ryan Jestin et lui sont “engagés complètement pour s’assurer que cette base soit un endroit sécuritaire où travailler, habiter, s’entraîner et jouer”. Ils assistent les enquêteurs factuels de toutes les manières possibles, qu’il s’agisse de l’accès aux dossiers (maintenus méticuleusement par un employé durant plusieurs décennies) ou du nettoyage des zones dangereuses.

Mais les vétérans de Gagetown comme Burke ne savent où donner de la tête. Le temps file, et dans certains cas il arrive à sa fin.

Bien plus de 150 000 personnes ont travaillé à Gagetown depuis 1952. Dans la plupart des cas c’étaient des soldats canadiens, mais il y avait aussi les visiteurs militaires internationaux, dont des Américains et des Britanniques. La création d’une base de données sur les gens qui ont travaillé à la base fait partie de l’enquête factuelle. Toutefois, nombreux sont ceux qui n’habitent plus dans la région et il se peut fort bien qu’ils ne soient pas au courant de ce qui se passe. Une grande partie de l’attention médiatique est restée au Nouveau-Brunswick.

“Ces gens étaient de bons et forts soldats”, dit Payne, un membre de la filiale Oromocto de la Légion royale canadienne ainsi que de la Black Watch Association. “Ils ont obéi aux ordres et maintenant ils sont malades. Ils ont été empoisonnés par leur environnement.”

De plus, dit-il, Anciens combattants Canada place une charge déraisonnablement lourde de preuve sur les anciens combattants qui font une demande de pension. “Ils ont servi leur pays et maintenant, quand c’est le tour de leur pays de s’occuper d’eux, on le leur refuse parce que les systèmes de soutien dont ils ont besoin n’ont pas été mis en place.” À propos de Burke, il dit que “Jimmy a fait une demande (de pension) pour sa maladie pulmonaire et d’autres difficultés auprès du ministère des anciens combattants. (On la lui a) refusée”.

De dire Burke, “J’ai toujours été en santé. Ce n’est qu’il y a trois ou quatre ans que ceci m’a affecté. Depuis lors j’ai eu (deux) infarctus du myocarde, des troubles pulmonaires congestifs et je commence à avoir des protubérances et des bosses partout sur le corps. Je suis du genre de personne qui travaille toujours […] tout à coup mon univers s’est anéanti”.

Payne et ses camarades du Black Watch et du Corps royal canadien des transmissions aident les anciens combattants à remplir les formulaires d’ACC. Le réseau du bureau des services de la Légion également, qui comprend des bénévoles et des agents des services rémunérés aux niveaux de la filiale, de la division et de la nation. Payne dit que l’agent des services Kelly Newstead de la Division du Nouveau-Brunswick a beaucoup coopéré avec lui. L’agent des services de la filiale Oromocto John Perry remarque que sa filiale a fait quelque 115 demandes.

“La majorité des clients (de la Légion) sont venus à la Division du Nouveau-Brunswick pour obtenir leurs services”, dit le directeur Pierre Allard du Bureau national des services de la Légion et il ajoute que l’organisation a aussi écrit des lettres et participé à des discussions avec ACC. Allard reconnaît que les anciens combattants “ont été très frustrés”, et il dit que le réseau du bureau des services de la Légion suggère que les clients qui auraient essuyé un refus de la part d’ACC lors de la première demande devraient attendre que les rapports d’enquête factuelle aient été faits avant de lancer le processus de révision et appel. “On est un peu attrapé ici. L’opportunité est vraiment essentielle.”

Sur les 1 100 demandes reliées aux herbicides reçues à ACC avant le mois de juillet, il n’y a que celles de quatre vétérans de Gagetown qui ont abouti à une pension. Une de ces dernières était celle de feu le brigadier-général Gordon Sellar, le soldat décoré de la Seconde Guerre mondiale qui a commandé le Black Watch à Gagetown, quand il était colonel, durant les années 1960; il a développé une leucémie lymphoïde chronique presque trente ans après. Son épouse, Gloria, a réussi la campagne qu’elle a faite pour obtenir une pension pour lui, mais il lui a fallu plus de dix ans pour convaincre ACC du lien entre les tonneaux d’herbicide étiquetés distinctement, le service de son mari et la maladie de ce dernier. “J’étais absolument résolue à découvrir quelque chose à propos de ceci, parce qu’il y avait tant de gens du Black Watch mourants et extrêmement malades”, dit cette vive dame de 79 ans. Heureusement que, vu son grade, Sellar a pu démontrer où se trouvait son époux à tel ou tel moment donné. Ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres gens.

Anciens combattants Canada a octroyé une pension à Gordon Sellar en 2004; il est mort quelques semaines après. Gloria a fait part de son histoire aux médias en mai 2005, devenant le catalysant d’un torrent d’activités. Depuis lors, elle est devenue une des voix les plus célèbres pour les vétérans de Gagetown et leur veuve. Une fois par mois, elle prend le train de Kingston (Ont.) à Oromocto pour s’acquitter de ses devoirs, lesquels comprennent siéger au comité consultatif indépendant du projet d’enquête factuelle et aider les anciens combattants par l’entremise de la Black Watch Association.

Bien que Sellar constate qu’il existe une perception selon laquelle le grade de son époux aurait contribué à ce qu’il obtienne une pension, elle a beaucoup fait pour aider d’autres soldats. Parmi eux se trouve le chauffeur et radio de Gordon, Chester Harding, qui était constamment avec lui sur le terrain à Gagetown; Harding aussi est devenu gravement malade. Gloria l’a aidé à remplir sa demande pour ACC, mais pour l’instant il n’a pas réussi. De dire Sellar, “Pourquoi il n’a rien reçu, je ne sais pas. Je pense qu’il y a un bâillon sur tout ceci. ”

Deux autres défenseurs se sont mis de la partie quand le ministère de la Défense nationale a déclaré, en juin 2005, que 21/2 tonneaux seulement de produit Orange ont été pulvérisés à la BFC Gagetown en 1966 et 1967. Kenneth Dobbie et Art Connolly, des ‘gosses de militaire’ de Gagetown, ont formé l’Agent Orange Association et se sont servi de l’Accès à l’information pour découvrir l’importance de la pulvérisation d’herbicide à la base une année après l’autre. Ils maintiennent que le gouvernement continue de se concentrer sur les tests américains de 1966 et 1967, négligeant les autres années, entre 1956 et 1984, où le militaire canadien se servait de produits chimiques toxiques. “En l’occurrence, nous avions un programme 12 ans avant que les Américains viennent pulvériser l’agent Orange”, dit Dobbie. “Il s’agissait d’une pratique continue de défoliation délibérée.”

La question les touche profondément tous les deux. Ils ont tous deux perdu leur père (et Connolly, d’autres membres de sa famille) des suites de maladies qu’ils imputent à habiter et travailler à la base durant les années 1960. Dobbie lui-même a souffert d’une variété d’affections, y compris l’atrophie cérébrale et le diabète non insulino-dépendant, depuis l’été 1966 quand, adolescent, il a travaillé à Gagetown au nettoyage de feuillage trempé d’herbicides.

Dobbie et Connolly ont affiché les documents révélateurs du MDN sur leur site Web populaire www.agentorangealert.com et ils continuent d’exiger une enquête publique complète. “Il ne s’agit pas d’argent, ce dont il s’agit c’est que le gouvernement doit accepter ses responsabilités”, dit Connolly.

Alors que la saga des herbicides se dévoilait sous le gouvernement de Martin, les voix de Thompson et de son homologue provincial Jody Carr, député d’Oromocto-Gagetown, étaient parmi les plus fortes qui posaient des questions et exigeaient qu’on passe aux actes. En tant que ministre d’Anciens combattants Canada actuel, Thompson a déclaré qu’il allait proposer son ensemble d’indemnités au cabinet “à la fin de l’automne ou au début de l’an prochain” et qu’il s’agirait probablement d’un paiement à titre gracieux.

Le député libéral Robert Thibault remarque que Thompson “avait suscité de grands espoirs en tant que critique […] comme quoi il allait donner de l’argent immédiatement”, mais que telle allocation ne se trouvait pas dans le premier budget des Conservateurs. Il dit qu’ACC va se servir d’une “épreuve plutôt décisive” pour prendre des décisions sur les demandes de pension des anciens combattants.

À Oromocto, Carr répond que “Greg Thompson a toujours dit, et moi aussi, qu’on ne peut pas écrire des chèques en blanc. Ce que nous avons réussi à faire c’est d’ajuster les lettres (d’ACC) pour qu’on y lise “C’est refusé pour l’instant. Il y a un processus en cours, et au fur et à mesure que ce processus va servir à obtenir davantage de renseignements, votre dossier sera révisé.”

Avant, dit Carr, “le gouvernement fédéral mettait des limites (à sa couverture de pensions) à sept jours de pulvérisation d’agent Orange. Collectivement, tout le monde a dû les convaincre à Ottawa que ce n’était pas seulement ça. Finalement, nous avons réussi à le faire”.

Thompson reconnaît que la charge de la preuve est “difficile” pour les anciens combattants qui demandent une pension. “Si nous voulons suivre le processus des pensions, nous parlerons probablement encore de ceci dans 10 ans, parce qu’il n’y aura probablement pas du tout de résolution favorable pour tous ces soldats.” Toutefois, dit-il, les difficultés pour obtenir l’ensemble d’indemnités seront amoindries.

Mais les indemnités ne viendront probablement pas avant la fin 2007, dit Thompson, car le gouvernement attend les résultats du projet d’enquête factuelle. “Ce n’est que lorsqu’on a obtenu les faits”, dit le ministre, “qu’on peut résoudre un problème.”

L’Agent Orange Association n’est pas très convaincue du projet d’enquête factuelle, que Dobbie appelle un exercice de relations publiques. “Ils n’ont pas du tout de vrai pouvoir, car tout ce qu’ils vont faire c’est recueillir des faits et […] (les) remettre au gouvernement. Nous nous inscrivons en faux contre ça parce que nous connaissons déjà les faits.” Il demande réparation par l’entremise d’une action collective intentée en juillet 2005 par le Merchant Law Group, une société d’avocats nationale.

Le projet d’enquête factuelle de plus de 800 000 $ a commencé en août 2005. Son coordinateur initial, Vaughan Blaney, est tombé malade et a été remplacé par Furlong en novembre dernier. Alors que le docteur Furlong ne passe que deux ou trois jours par semaine au bureau du projet à Oromocto, il y a un personnel de quatre personnes ainsi que des entrepreneurs privés qui s’occupent des études de l’enquête factuelle.

Jusqu’à présent, Furlong a interrogé quelque 500 ou 600 anciens combattants et civils de la région. Il va se servir de ces renseignements ainsi que des études environnementales et de santé pour assembler un rapport déterminant pour le gouvernement. “Je ne crois pas qu’il y ait quelque culpabilité dans ceci”, dit Furlong. “Ce qui a été fait l’a été quand on ne savait pas tout ce qu’on sait aujourd’hui à propos des produits chimiques […]. Nous vivons dans un environnement chimique. “Mais, ajoute-t-il, “le gouvernement veut la responsabilité.”

Les deux tâches terminées dernièrement concernant la détermination de l’utilisation historique d’herbicides à Gagetown, en plus de l’évaluation environnementale préliminaire, sont des “étapes décisives” vers l’achèvement du projet dit-il. “Le gouvernement du Canada ne peut pas être tenu responsable d’après (des conjectures). Il doit avoir des données et des faits pour représenter l’argent du peuple du Canada comme il se doit.”

Bien que Sellar croie que Furlong fait un “travail formidable”, elle a hâte que le gouvernement “s’y mette”.

Furlong reconnaît qu’il est nécessaire d’agir vite. “Comme je l’ai dit aux gens qui disent que ‘ça prend trop de temps’, j’ai dit ‘Eh bien, ça dure depuis il y a 50 ans… Dix-huit mois (à partir de novembre 2005) ne me semblent pas trop long pour bien faire. Nous allons aussi vite que possible.”

Quant aux critiques de l’Agent Orange Association, Furlong répond calmement : “On fait ce qu’on a à faire, ils font ce qu’ils ont à faire. Rien de ce qu’ils font ne va affecter ce qu’on fait ici. ”

Kearney, le chef d’état-major de la BFC Gagetown, remarque que Furlong a le truc pour séparer les faits et les émotions. “(Il) n’est pas là pour faire l’intéressant. Il est là pour obtenir les faits et les faire parvenir au ministre. Il ne s’agit pas du tout d’un exercice de relations publiques.”

Quelques points méritent qu’on y fasse attention maintenant que le projet arrive à terme. Bien que Thompson ait dit que les gens qui habitent, ou qui ont habité, dans les collectivités entourant Gagetown allaient être pris en considération en ce qui concerne les indemnités, ils ne font pas partie du mandat de Furlong. ” (Mon) mandat comprend les anciens combattants–je présume que cela comprend les épouses des anciens combattants décédés–les employés du gouvernement du Canada et les entrepreneurs privés à la base. C’est mon mandat actuellement.”

Deux résidents de Hoyt, que la rivière Oromocto sépare de la BFC Gagetown, observent les événements de près. Gloria Paul, une infirmière à la retraite qui a déménagé d’Angleterre au Nouveau-Brunswick en 1977, inquiète des effets des opérations de la base sur l’environnement, a écrit d’innombrables lettres à des ministres du gouvernement et au personnel de la base. “On ne vous dit jamais rien. Il faut le découvrir et leur montrer, et à ce moment-là ils disent : ‘Oui, c’est bien ça.'”

Sa voisine, Suzanne McCann, s’est fait inscrire dans l’action collective de Dobbie. Pendant 40 ans elle a habité à Enniskillen, une collectivité à côté des zones d’entraînement qui sont devenues infertiles à cause des nombreuses pulvérisations. Sa santé s’est améliorée depuis qu’elle est partie, en 1997. “Dans cette petite collectivité où j’habitais, sur huit maisonnées, 25 personnes sont mortes du cancer.” Son fils travaille à la base et il a fait un rapport aux enquêteurs factuels, mais elle ne sait que penser du projet, dit-elle.

Quant à l’évaluation environnementale faite par la société d’experts-conseils Jacques Whitford, une révision interne a servi à en identifier les points faibles. D’abord, il n’y avait pas assez d’information sur les procédés de l’analyse qu’ont utilisé les laboratoires qui se sont occupés des échantillons. Sans ces informations, écrivaient les scientifiques, il est difficile, même impossible, de fournir une assurance et un contrôle de la qualité.

Les scientifiques indiquaient que les échantillons auraient dû être pris plus profondément que les premiers 10 centimètres de terre superficielle, et lors de l’analyse de la terre, on aurait dû se pencher sur “les paramètres essentiels comme le contenu de matières organiques total”. Il y a également eu “un défaut d’inclusion des zones d’échantillonnage de comparaison à l’extérieur de la zone de tir et d’entraînement”. Ceci aurait donné une base pour qu’on puisse faire les comparaisons et aurait permis à Jacques Whitford de caractériser “les sources régionales des produits chimiques dont il s’agit”.

Thompson fait remarquer qu’il y a d’autres essais environnementaux à faire. “J’ai offert quelques suggestions. Je crois que quelques essais vont traiter […] de la proximité de la base. Certaines de ces collectivités auraient été affectées rien qu’à cause de la direction des vents et de leur proximité. Non seulement j’ai pour mandat d’étudier les militaires et les civils de base, mais ceux de l’extérieur de la base aussi. C’est exactement ce qu’on fait. ”

Alors que les camarades de Payne attendent la décision sur leur demande de pension, l’ancien combattant au parler franc remarque : “Il ne s’agit pas de quelque chose d’aussi simple que d’acheter une nouvelle voiture. Le problème, ici, dans les cas de lésions reliées aux herbicides, c’est qui va s’occuper de nous?”

Ils étaient jeunes comme nous

Il était évident que le pèlerinage qu’Anciens combattants Canada avait organisé en l’honneur du 90e anniversaire des batailles de Beaumont Hamel et de la Somme en serait un auquel ne participerait aucun vétéran de la Première Guerre mondiale, mais il concernerait certainement la commémoration et le maître mot en serait la jeunesse d’aujourd’hui.

Aucun vétéran de la Première Guerre mondiale ne pourrait participer au voyage qui allait avoir lieu du 27 juin au 5 juillet, mais des groupes d’anciens combattants, y compris la Légion royale canadienne et 10 autres organismes, seraient représentés et il y aurait cinq vétérans de la Seconde Guerre mondiale et six vétérans des Forces canadiennes. La Légion serait représentée par le président national nouvellement élu Jack Frost qui allait en France après le Congrès national qui avait eu lieu, du 25 au 28 juin, à Calgary.

Le plus grand contingent, toutefois, serait celui des 39 jeunes choisis dans toutes les provinces et territoires par diverses organisations, y compris Scouts Canada, Rencontres avec le Canada et les Amputés de guerre du Canada. Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador avait choisi quelques jeunes gens en l’honneur de son éminente histoire et des liens émotifs avec Beaumont Hamel, où a eu lieu le premier engagement du Newfoundland Regiment en France, et le plus coûteux de la guerre, le premier jour de la bataille de la Somme.

Il était vraiment approprié que le pèlerinage commence par des commémorations à St. John’s où le premier ministre Danny Williams a appelé la bataille de Beaumont Hamel “le jour le plus sombre de Terre-Neuve”.

Le 1er juillet 1916, le Newfoundland Regiment reçut l’ordre de sortir de ses tranchées pour attaquer un ennemi bien retranché de l’autre côté d’un terrain neutre. Une demi-heure après, le régiment avait été décimé. Chaque officier qui s’était avancé avait été tué ou blessé et sur les 801 soldats originaires, seuls 68 répondaient à l’appel le lendemain matin. Terre-Neuve ne s’était pas encore unie au Canada, alors les jeunes hommes du “Rocher” se battaient pour l’armée britannique.

Les soldats canadiens sont arrivés au champ de bataille de la Somme à la fin du mois d’août, quand la bataille avait deux mois. De juillet à la fin de la bataille, à la mi-novembre 1916, le front des alliés n’avait avancé que de 10 kilomètres à l’intérieur du territoire défendu par les Allemands. Le nombre total des victimes alliées s’élevait à environ 620 000, dont 24 000 à peu près étaient canadiennes.

Avant de quitter St. John’s, la délégation a entr’aperçu la vie militaire du XVIIIe siècle grâce à une présentation d’exercices de tattoo exécutés par le Royal Newfoundland Regt. of Foot et la 27e Compagnie du Régiment royal de l’Artillerie. Le Royal Newfoundland Regt. actuel remonte au groupe rassemblé en 1795 pour les postes de garnison qui a participé à la plupart des batailles de la guerre de 1812 et a été dispersé en 1816.

Chaque été depuis 1967, de jeunes Canadiens sont engagés par la Signal Hill Tattoo Association et Parcs Canada pour exemplifier la vie et l’entraînement d’un soldat de garnison au jour le jour.

La prochaine halte de la délégation a eu lieu à la mairie où la ville de St. John’s lui a offert un dîner spécial. Le député Fabian Manning, membre de la délégation, a parlé de l’objet du voyage. “En politique, un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale m’a appris que la seule chose qui aide à survivre à toutes les batailles auxquelles on doit faire face, c’est qu’il faut danser avec celui qui vous a amené. Bientôt nous serons en France et nous devrons nous tenir aux côtés de ceux qui nous ont donné ce pays.”

La première cérémonie de commémoration a eu lieu au parc Bowring de St. John’s où un groupe s’est rassemblé autour de la statue du fier caribou, l’emblème du Royal Newfoundland Regt. Il s’agit d’une des six statues identiques créées par le sculpteur anglais Basil Gotto. C’est la seule qu’il y a au Canada. Les cinq autres sont en Europe, où elles marquent les endroits où les Terre-Neuviens se sont battus et sont tombés. Ici, des couronnes ont été déposées par Manning et les représentants des organisations d’anciens combattants. La Légion royale canadienne était représentée à ce moment-là par Eugene Breen, le second vice-président de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador.

Les jeunes eurent l’occasion d’apprendre à se connaître les uns les autres à l’aéroport de St. John’s où la délégation est montée à bord d’un vol de nuit d’un airbus des Forces canadiennes en direction de Lille (France). De dire Adam Fedyk de Kelowna (C.-B.) : “je pense que la plupart d’entre nous étions en état de choc. Au pays, je suis président du conseil des étudiants et la plupart d’entre nous étions angoissés à propos de la remise des diplômes. Certains des jeunes ont même laissé passer la remise des diplômes pour participer à ce voyage.”

Le ministre des anciens combattants Gregory Thompson, accompagné par le ministre des Pêches et Océans et du ministre régional de Terre-Neuve Loyola Hearn, menait la délégation. La princesse Anne a participé aux cérémonies à Beaumont Hamel, tout comme le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Danny Williams, qui a assisté à plusieurs manifestations.

Deux bataillons du Royal Newfoundland Regt. d’aujourd’hui ont aussi donné énormément de sens et de couleurs aux cérémonies du pèlerinage.

Le groupe a commencé la partie européenne du pèlerinage par une cérémonie en l’honneur de l’implication du Newfoundland Regiment aux combats qui ont suivi la bataille de la Somme, au petit village de Monchy-le-Preux, situé à environ à neuf kilomètres à l’est d’Arras (France). Le 14 avril 1917, le Newfoundland Regt. faisait partie d’un front de 22 kilomètres qui repoussait les lignes allemandes. Les hommes n’ont atteint leur objectif, une position élevée fortifiée près du village, qu’après de durs combats. Les Terre-Neuviens survivants avaient été blessés jusqu’au dernier quand on apprit qu’une force de 200 ou 300 Allemands s’apprêtait à contre-attaquer. Le lieutenant-colonel James Forbes-Robertson rassembla les 10 hommes qui restaient et réussit à stopper l’ennemi pendant quatre heures, jusqu’à l’arrivée des renforts.

Le groupe vit une statue de caribou européenne pour la première fois à Monchy-le-Preux. Il se tient férocement debout en haut d’un mur de brique médiéval. Le colonel honoraire du régiment, Ed Roberts, qui est aussi lieutenant-gouverneur de Terre-Neuve-et-Labrador, y a parlé de l’implacabilité des contre-attaques allemandes quand le régiment était réduit à une unité de 10 hommes.

Le lendemain, la délégation est allée voir le mémorial de Courcelette qui honore l’implication du Corps d’armée canadien aux batailles de la Somme entre le 3 septembre et le 18 novembre 1916. “Nous nous souvenons durant notre hommage des gens de Courcelette. Ce petit village tient une place si grande dans l’histoire du Canada et on y voit encore les marques des grandes batailles mortelles qui ont eu lieu ici”, dit Thompson. “Et mortelles, elles l’étaient : 8 000 Canadiens sont morts entre la mi-septembre et la mi-novembre 1916. Plus de 16 000 autres ont été blessés. Les chiffres nous stupéfient encore aujourd’hui.

“Si nous ne faisions pas l’effort de nous souvenir d’eux, de comprendre l’importance de leur sacrifice et la dette que nous avons envers eux, nous leur ferions du tort, mais nous ferions du tort aussi au Canada et à nous-mêmes. Ils ont fait ce qu’ils devaient faire et, aujourd’hui, nous faisons ce que nous devons faire : les honorer, les remercier de leurs sacrifices et célébrer leurs accomplissements.”

Tout en contemplant l’envergure du combat, le vétéran de l’Aviation Bill Brown de Winnipeg remarquait : “j’imagine que je me suis engagé pour l’aventure, tout comme ces gars. Je n’ai jamais fait face à quoi que ce soit de semblable”.

Au fur et à mesure que le pèlerinage allait de l’avant, les leçons de service et de sacrifice se clarifiaient, surtout aux yeux des jeunes. C’était bien évident quand les jeunes gens sont arrivés à un cimetière au nord d’Albert (France), le 30 juin, la veille de l’anniversaire de Beaumont Hamel.

Au coucher du soleil, les jeunes et leurs leaders se tenaient silencieusement debout à un endroit qu’on appelle le second cimetière canadien de Sunken Road. On y trouve la tombe de 44 Canadiens, tous du 22e Bataillon, qui se sont battus avec beaucoup de distinction à Courcelette. Un représentant de la jeunesse se tenait devant chaque pierre tombale quand le reste de la délégation est arrivé, à pied, des autocars qui avaient été stationnés hors de vue.

Chaque jeune avait une petite chandelle éteinte dans un bocal quand il regardait la pierre tombale et le nom et l’âge de la personne enterrée là. Deux jeunes maîtres de cérémonies ont annoncé que ce serait une cérémonie pour se souvenir des gens qui se sont battus durant la guerre, et malgré la présence de politiciens, il n’y a pas eu de discours.

Le service commémoratif solennel a commencé par la dernière sonnerie, jouée par un clairon qui se tenait à côté d’un cornemuseur, près du mur bas du cimetière. Ensuite il y a eu un silence de deux minutes et puis le réveil et la lecture de l’Acte du Souvenir. Les jeunes ont aussi lu la Promesse du souvenir, une promesse qui allait devenir bien familière à tous les gens du voyage.

Ils étaient jeunes comme nous,

Ils ont servi leur pays en faisant preuve d’abnégation,

Nous leur promettons, malgré le temps qui passe, de porter le flambeau et de ne jamais oublier.

Nous nous souviendrons d’eux.

Seul Thompson a déposé une couronne. Ensuite les jeunes se sont mis en cercle à nouveau et leurs chandelles ont été allumées. Chacun d’eux est ensuite retourné à une pierre tombale et y a déposé son bocal avec la chandelle allumée dessus. Ils ont ensuite passé quelques minutes en silence devant les tombes. Il y avait de la tension à la fin de la cérémonie et les gens se mirent à déambuler à travers le cimetière. On n’entendait que les sanglots assourdis provenant des jeunes. Une fille, ayant commencé à pleurer ouvertement, se tourna vers le garçon derrière elle et sanglota dans ses bras. Cette image en déclencha d’autres et les jeunes gens cherchaient à se réconforter les uns les autres alors que les adultes observaient inconfortablement. “Nous regardions simplement chacun une des 44 tombes. Des messages avaient été écrits dessus par des gens qui étaient passés par là”, dit Megan Welsh, âgée de 16 ans, de Yellowknife (T. N.-O.). “C’était très émouvant; tout le monde qui pleurait. On ne sait pas comment on se sentirait en pleurant devant tout le monde de sa classe, mais nous pleurions tous, toute la classe.”

Bert Lafond des Anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada dit qu’il était vraiment content de voir un si grand nombre de jeunes gens participer au voyage. “Je pense que c’est la jeunesse qui va faire que le voyage aura valu la peine”, dit ce résident de Moose Jaw (Sask.) qui a passé nombre d’années dans les Forces canadiennes. “Ce sont les jeunes qui doivent continuer de transmettre le message.”

Les émotions ressenties durant la visite au petit cimetière n’allaient avoir d’égales que celles qui furent ressenties à Beaumont Hamel le lendemain, en présence du régiment et de sa colonelle en chef, la princesse Anne.

Environ 2 000 personnes se sont rassemblées à ce qui est actuellement un champ de bataille historique où le terrain est resté criblé des trous faits par les obus de l’artillerie qui y ont explosé. Le paysage boueux de 1916 a disparu, remplacé par un champ vert luxuriant qui est tondu par des moutons qui paissent à cause du risque de la mise au jour de bombes qui n’ont pas explosé. Les vieilles lignes de tranchées sont encore là, ainsi que d’autres restes de la bataille. Thompson dit que les hommes du 1st Newfoundland Regt. ont avancé sur un terrain à découvert malgré un barrage implacable d’artillerie et de feu de mitrailleuses. Le massacre était énorme et Thompson racontait qu’il allait falloir deux semaines avant que la nouvelle du désastre parvienne à Terre-Neuve. “Nous ne pouvons qu’imaginer la détresse qui s’est étendue sur l’île ce jour-là. Sur à peine un quart de million d’habitants, la tragédie a épargné bien peu de familles et encore moins de collectivités. Pères, fils, frères, amis, voisins, une génération de leaders à venir : perdus en 30 minutes.”

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador a aussi parlé des pertes et de la bravoure des jeunes Terre-Neuviens ce jour-là. “C’était un étalage magnifique de vaillance entraînée et disciplinée et l’assaut n’a failli que parce que les hommes morts ne peuvent plus avancer; ou tout du moins c’est ce qu’écrivait leur commandant par la suite. Nous, à Terre-Neuve et au Canada ne devons pas oublier.”

La princesse Anne n’a pris la parole qu’un court instant. “C’est ici à Beaumont Hamel que nous voyons les grands courage et souffrance du régiment qui ont fait que mon arrière-grand-père George V lui a conféré le titre ‘royal’. Le seul régiment qui ait été honoré ainsi durant la guerre”, dit-elle.

La princesse allait assister par la suite à une réception donnée par le ministre pour l’occasion, sous une tente près du centre interprétatif de l’endroit. Elle y saluerait les anciens combattants et les dignitaires locaux avant de faire son tour privé des lieux.

Le lendemain, la délégation est allée à Ypres, en Belgique. Elle a fait le tour des champs de bataille et a fait une halte au poste de secours d’Essex Farm. C’est dans ces quartiers exigus que les médecins canadiens, y compris John McCrae, qui était alors major, soignaient les blessés arrivant des champs de bataille.

Le 2 mai 1915, McCrae allait présider à l’enterrement de son ami, le lieutenant Alexis Helmer. Peu de temps après, McCrae écrivait le poème In Flanders Fields qui allait tellement servir à démystifier la guerre.

La raison principale du voyage à Ypres était d’assister au rituel de soirée de la dernière sonnerie au monument restoré de la porte de Menin, un grand arc impressionnant qui sert à commémorer les presque 55 000 morts des armées du Commonwealth qui sont tombés en Belgique, la plupart au saillant d’Ypres, et dont la tombe n’est pas connue. Sept mille des noms qui y ont été inscrits sont ceux de Canadiens.

Chaque soir, au coucher du soleil, la circulation sous l’arc s’arrête et les accents tristes de la dernière sonnerie et du réveil sont joués par des membres de la Société de la dernière sonnerie. La manifestation a été exaltée grâce aux délégations qui y assistaient, venant du Canada et de Grande-Bretagne, mais sa simplicité était sobre alors que les clairons jouaient la dernière sonnerie durant la courte cérémonie de commémoration.

Jim Fisher de Dawson (Yukon), qui a servi dans les Canadian Guards et le Royal Canadian Regt. en Égypte et à Chypre, dit de la cérémonie que c’était une des plus émotionnelles du voyage. “J’ai été très ému par tous les noms et j’espère que les jeunes pourront faire part de leurs expériences à leurs collègues. La porte de Menin m’a vraiment touché. Il fallait que je m’en aille.”

La visite suivante du groupe a eu lieu au monument national canadien de Vimy, où vont avoir lieu en avril prochain les grandes commémorations en l’honneur du 90e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy, une bataille qui, d’après certains, a donné au Canada son statut de nation. La visite commença par une cérémonie autochtone informelle à un des cimetières non loin de là. Ed Borchert, président de la National Métis Veterans Association, a dirigé ce qu’on appelle une “cérémonie de purification”. Il a montré sa pipe et expliqué comment la cérémonie marche et quel est son objet. “Cette pipe n’appartient à personne. Elle est prêtée à une génération après l’autre. Quand j’allume la pipe, je la lève vers le Créateur. Ensuite je l’offre à la mère Terre qui a fait un bel oreiller pour que ces garçons dorment jusqu’à ce qu’ils empruntent le chemin du retour au foyer.”

Borchert expliqua que lorsque la pipe est allumée il inspire la fumée pour la prendre dans son coeur. Il a alors passé la pipe à sa droite, à Gabe Cameron de la Première nation Crie de Duck Lake (Sask.), qui l’a ensuite passée au suivant. “Je connais bien la cérémonie de purification”, dit Cameron. “Je participe à beaucoup de cérémonies chez nous, comme les assemblées et les cérémonies du calumet. Je voulais faire quelque chose pour que les soldats et les jeunes se sentent reliés davantage, plus à l’aise.”

Cameron dit qu’il compatis grandement avec les soldats qui sont allés à la guerre. “Je vois tellement de tombes de ceux qui sont allés se battre, et j’y fais face à mon âge. C’est quelque chose de voir le respect qu’ont les gens pour les Canadiens et les Terre-Neuviens.”

Le groupe est allé voir le mémorial, mais il ne l’a pas vraiment vu car il était entouré d’échafaudages, à cause d’un grand projet de réfection. Le groupe a été reçu par Hélène Robichaud, la directrice du Projet de restauration des monuments commémoratifs des champs de bataille. En mai 2001, ACC annonçait un octroi de 30 millions de dollars pour la restauration des mémoriaux canadiens en France et en Belgique. Les sites ont en moyenne 75 ans et ils ont été exposés aux intempéries.

Le jeune Adam Fedyk a résumé ce qu’il a ressenti durant le voyage. “Nous nous attendions à certaines choses, mais ça s’est avéré une production épique. Nous avons vraiment appris à connaître les anciens combattants de bien des manières, grâce au bavardage agréable et aux entretiens individuels plus significatifs. On ne peut vraiment comprendre qu’en venant ici.”

Il dit qu’il va se servir des photographies qu’il a prises pour illustrer les discours qu’il a l’intention de faire quand il sera rentré au Canada. “Je vais faire ce que je pourrai pour la cause du souvenir.”

Le président national Jack Frost a félicité Anciens combattants Canada d’avoir organisé un excellent voyage et il a reconnu l’impact qu’il a eu sur les jeunes gens. “Ce fut une expérience formidable. Je pense que le programme Le Canada se souvient touche vraiment les jeunes. J’espère qu’ils vont en parler de retour chez eux.”

Gaston Garceau — 1920-2006

L’ancien président national et vétéran de la Seconde Guerre mondiale Gaston Garceau est décédé suite à une courte maladie, le 10 juin, à 86 ans.

Garceau, à la Seconde Guerre mondiale, a servi dans l’Aviation royale du Canada en tant qu’instructeur d’équipe au sol, dans la section à l’armement des écoles d’entraînement et il a aussi travaillé dans la police du service. Il a quitté le militaire après plus de quatre ans, en 1944.

Garceau a adhéré pour la première fois à la filiale Hull (Qc) tout de suite après avoir quitté le militaire. C’était un légionnaire extrêmement dévoué à partir du tout début. Il est devenu président de la filiale et puis a ensuite obtenu plusieurs postes de la Division du Québec, où il a été élu président deux fois. Il a été élu quatre fois, de 1978 à 1986, en tant que vice-président national avant de l’être au poste de premier vice-président, en 1986. Il a été élu président national au Congrès national de 1988 à Ottawa.

Garceau était membre à vie de la filiale Hull et récipiendaire de la palme et de la médaille du service méritoire. Il a présidé plusieurs comités nationaux, dont ceux des leadership et développement, du coquelicot, des sports de participation des membres, des honneurs et récompenses, des cérémonies nationales et des préparatifs de congrès. Il a siégé au comité de la Ligue des anciens combattants du Commonwealth britannique (Canada), à celui de la Défense et à un comité spécial.

Dans le civil, Garceau a occupé plusieurs postes, en particulier celui d’huissier pour le ministère québécois de la justice. Il a travaillé pendant un certain temps pour la Sûreté du Québec. Il a été nommé au Tribunal d’appel des anciens combattants en 1990.

“C’était un vraiment bon gars”, dit l’ancien secrétaire national Fred Hannington, qui a travaillé de près avec Garceau pendant quelques années. “Où qu’il aille, on aurait dit que quelqu’un allait venir qui connaissait Garceau; il était connu partout.”

Durant les années où il a travaillé pour la Légion, Garceau s’est fait une réputation de preneur de décisions assuré et il avait une perspicacité innée qui lui a servi durant des temps difficiles.

“C’était quelqu’un avec qui il était fort bien de travailler”, dit Hannington. “Il écoutait ce que les gens avaient à dire et bien qu’à l’occasion il maintenait sa position à propos de telle ou telle chose; il n’était pas autoritaire ni rien, mais s’il croyait avoir raison, il tenait bon.”

Portent son deuil son épouse Rita, son fils Murray et sa fille Marlene, ainsi que ses petits-enfants Geoffrey, Tracey et Laura et son arrière-petit-fils Benoît. Ses funérailles ont eu lieu à l’église Saint-Joseph de Hull à Gatineau (Qc).

Gordon O’Connor : ministre de la Défense nationale

Juste à côté de la cour, dans la tanière de l’édifice de l’Est de la Colline parlementaire, se trouve le bureau à plafond élevé du brigadier-général à la retraite Gordon O’Connor qui est ministre de la Défense nationale du Canada.

M. O’Connor n’a pourtant pas l’occasion d’y passer beaucoup de temps. Cet homme de 67 ans, voyez-vous, est le premier ministre de la Défense nationale à superviser un conflit armé soutenu depuis la guerre de Corée. Il est aussi en train de dépenser plus de 17 milliards de dollars en achetant de nouveaux bateaux, aéronefs et camions, alors rien de surprenant qu’il se présente en retard à l’interview qu’il nous a accordée et qu’il soit obligé de partir en avance.

Pendant l’interview, O’Connor est aimable et d’un sourire facile, mais il n’est pas imperturbable. Il parle avec la cadence saccadée commune aux officiers des Forces canadiennes et, pendant qu’il répond aux questions, il jette fréquemment des coups d’oeil à un aide qui tourne près de lui. Il semble être sous pression.

Bien sûr, en tant qu’ancien officier de blindés qui a fait baisser les yeux aux soviétiques en Europe centrale, il a un peu l’habitude de la pression. C’est en Allemagne de l’Ouest, après tout, qu’il a été commandant des Royal Canadian Dragoons de 1978 à 1980, en plein milieu de la guerre froide. Il y a un officier subalterne du nom de Rick Hillier qui travaillait alors pour lui, et qui est maintenant chef d’état-major de la défense.

D’Allemagne, O’Connor est passé au quartier général de la Défense nationale à Ottawa où il a eu divers rôles à l’état-major. Ayant pris sa retraite en 1994, il a travaillé aux relations publiques pour Hill & Knowlton Canada et a été lobbyiste pour plusieurs sociétés de l’industrie de la défense, y compris General Dynamics et Airbus Military. Il a continué son travail de lobbyiste jusqu’en 2004, quand il a décidé de changer de carrière à nouveau. “J’ai décidé de devenir politicien à cause de l’état où se trouvait le militaire. Je n’étais pas du tout sérieusement intéressé à me lancer en politique jusqu’à il y a environ quatre ans. Mais j’avais vu l’aviation, l’armée et la marine décliner, alors j’ai décidé de réagir. J’ai adhéré à un parti politique.

“On m’a encouragé à poser ma candidature et j’ai été élu en 2004, et puis à nouveau en 2006. En 2004, j’étais critique officiel de l’Opposition en ce qui concerne la défense et en 2006 je suis ministre de la défense : on ne peut pas aller plus vite que ça.”

Depuis qu’il a été nommé au poste ministériel, en début 2006, O’Connor ne perd pas de temps à tenir sa promesse de reconstruire les forces. Lors d’une série de déclarations qui a fait le bonheur des militaires partout, O’Connor a révélé que le gouvernement a l’intention de dépenser 17,1 milliards de dollars pour de nouveaux équipement et services, y compris de nouveaux aéronefs de transport lourd de longue portée, de nouveaux navires de soutien, de nouveaux hélicoptères et de nouveaux camions. En plus, O’Connor a l’intention d’augmenter le nombre de soldats réguliers d’environ 13 000 et celui des réservistes d’au moins 10 000.

O’Connor apporte une nouvelle politique et un nouvel ensemble de priorités. La nouvelle politique, surnommée Le Canada d’abord, est basée principalement sur le maintien de la souveraineté du Canada et sert à renforcer la défense et la surveillance de l’Arctique, tout en coopérant considérablement avec les États-Unis à la défense continentale.

Les éléments principaux de ce plan ont été annoncés durant la campagne électorale. Ils comprennent : trois nouveaux brise-glaces avec environ 500 membres d’équipage qui doivent être basés à une nouvelle installation de radoubage en eau profonde, militaire et civile, près d’Iqaluit (Nunavut); un régiment aéroporté reconstitué qui doit être basé à la BFC Trenton et qui doit servir de force d’intervention d’urgence à travers l’Arctique; un centre hivernal de formation militaire dans le passage du Nord-Ouest ou près de là; et de nouveaux aéronefs de recherche et sauvetage à voilure fixe pour le 440e Escadron à Yellowknife. “Notre souveraineté est un des objectifs dont je désire m’occuper. Pour moi, c’est assez important et c’est pourquoi notre politique insiste beaucoup sur notre souveraineté dans le Nord. La glace fond dans le Nord et le passage du Nord-Ouest devient de plus en plus libre de glace chaque année, et bientôt il va y avoir des différends justiciables car les navires vont pouvoir emprunter le passage du Nord-Ouest pour aller d’Asie en Europe ou en Amérique du Nord”, dit O’Connor.

Le point central de la question dans le Nord ne concerne pas seulement la souveraineté territoriale, bien que ce soit là un problème également. Il s’agit plutôt de protéger le droit du Canada de faire valoir son contrôle juridique au passage du Nord-Ouest, qui pourrait être ouvert au transport maritime dans une vingtaine d’années. D’après des experts juridiques, chaque fois qu’un navire passe par le passage du Nord-Ouest sans demander la permission au Canada, nos droits juridiques sont érodés. Si nous n’avons pas de moyen de faire respecter l’acquiescement, cela affaiblit aussi notre position juridique. “Nous devons imposer notre souveraineté afin que les gens reconnaissent que lorsqu’ils arrivent dans le passage du Nord-Ouest, ils doivent nous demander la permission. Nous n’allons jamais refuser à qui que ce soit mais ils doivent obéir à nos lois”, dit O’Connor.

Depuis qu’il est devenu ministre, il y a des rumeurs de différends, à propos des points de vue et des priorités, entre son bureau et le chef d’état-major de la défense Rick Hillier. Il est tout à fait possible que le problème ait été exagéré, mais il semble qu’il y ait une divergence d’opinions et de priorités entre les deux vieux collègues.

Presque à partir du moment où Hillier est devenu chef d’état-major, en 2004, il essaie d’établir un nouveau rôle pour les Forces canadiennes en se basant sur une sorte de grande stratégie contemporaine qui cherche à limiter les dangers que pose le terrorisme international.

Ce nouveau rôle stratégique résulte d’un tas d’idées simples mais de grande portée : les militaires ne peuvent pas défendre leur nation contre les attaques de terroristes rien qu’en érigeant des barrières et en augmentant la sécurité transitaire. À la place, la prévention d’un autre 11 septembre va nécessiter des efforts concertés, dont le travail policier, la collecte de renseignements et, surtout, refuser aux terroristes l’utilisation d’états en déroute comme endroit où s’entraîner et comme zones de sécurité. C’est sur cette dernière tactique, l’apport de la loi et de la stabilité aux endroits désordonnés du monde, argumente Hillier, que devraient se concentrer les Forces canadiennes. Une grande partie des efforts actuels de transformation des forces est faite dans ce sens.

Bien qu’O’Connor louange quelque peu la vision d’Hillier, remarquant qu’il n’est pas en désaccord avec lui, il est clair que cette grande stratégie expéditionnaire n’est pas une priorité du nouveau gouvernement. “J’imagine que notre politique et notre approche englobent plus que ça. Je ne suis pas en désaccord avec quoi que ce soit qu’ait dit Hillier parce que, oui, ça fait partie de ce que nous voulons faire. Mais notre orientation est double : ici au pays et à l’étranger. Nous voulons bâtir nos capacités de protection de notre souveraineté et de notre sécurité ici au pays, mais nous voulons que les atouts que nous bâtissons soient assez flexibles pour qu’on puisse les utiliser à l’étranger, pour aider le monde quand il y a des états en déroute ou des désastres humanitaires, et ainsi de suite”, dit O’Connor. “Mais notre politique s’appelle Le Canada d’abord, et c’est bien de cela dont il s’agit : le Canada d’abord.”

D’après le professeur Douglas Bland, la lutte apparente entre les priorités fait simplement partie de la transition à un nouveau gouvernement. “Dans toutes mes études de tous les chefs, c’est une caractéristique commune, que les nouveaux ministres de la défense et les nouveaux chefs d’état-major de la défense passent une période où ils doivent délibérer pour arriver à un consensus à propos de ce qu’ils vont faire avec les ressources qu’ils ont à leur disposition. Et souvent cela va donner lieu à des étincelles et à de la friction, et même à une certaine acrimonie, mais en fin de compte c’est le son des rouages des affaires normales”, dit Bland, qui a servi dans les Forces canadiennes avec O’Connor avant d’occuper la chaire des études de la gestion de la défense à l’Université Queen’s de Kingston (Ont.).

Bien que la question ne soit pas résolue, à savoir s’il va y avoir assez de ressources et de soutien public pour développer le militaire autant que l’indiquent les promesses du début, il existe la possibilité que le gouvernement du Premier ministre Stephen Harper finance le militaire à un niveau qu’on ne connaît pas au Canada depuis plusieurs décennies. “Voici un point auquel les gens ne pensent pas. Les militaires au Canada sont tellement habitués aux contributions parcimonieuses des politiciens que quand un gouvernement dit que nous allons prendre une nouvelle voie, tout ce à quoi ils peuvent penser c’est qu’on va déconsidérer ce qu’ils ont fait auparavant. Ce qui surprend tout le monde, y compris le chef d’état-major de la défense, c’est que le gouvernement ait dit qu’on va entreprendre de nouvelles tâches et qu’il va y octroyer de nouveaux fonds. Alors tout à coup l’équation est chambardée”, dit Bland. “En fin de compte, ce que suggère O’Connor pour la défense du Canada ce sont des trucs plutôt minimes. Ça ne risque pas d’ôter à cette nation-ci la capacité de faire autre chose.”

Quant à lui, O’Connor n’a certainement pas oublié que les Forces canadiennes sont actuellement en train de faire autre chose, de se battre en Afghanistan, et que les troupiers canadiens sont constamment en danger. “Cela m’oriente certainement : ce dont les troupes ont besoin, là-bas, sur le terrain, je vais me battre pour le leur donner. Si elles ont besoin d’une formation spéciale, elles vont l’obtenir. Si elles ont besoin de davantage de protection, elles vont l’obtenir. Peu importe combien de millions cela va me coûter; si je peux protéger nos soldats pour qu’ils ne deviennent pas des victimes, je vais le faire.”

Bien qu’O’Connor préfère ne pas appeler l’opération en Afghanistan une ‘guerre’, disant plutôt que les batailles continues constituent un ‘conflit armé’, il est tout à fait conscient de l’enjeu de cette mission. “Le plan ultime de l’OTAN est de bâtir l’armée et la police afin qu’elles puissent fournir leur propre sécurité et, quand il y aura un gouvernement assez stable pour le faire, on plie bagage. Je veux dire, nous n’avons pas envie de rester là-bas à jamais.”

Bien qu’ O’Connor soit un des anciens soldats les plus hauts gradés à obtenir le poste de ministre de la défense, il n’est pas sûr que cela soit un avantage pour lui. En fait, il est difficile de savoir quoi penser d’O’Connor, qui est assailli par les critiques pratiquement de tous les côtés. Et cela n’arrive pas seulement à cause des politiciens et des médias, il y en a qui viennent de l’intérieur de la collectivité de la défense elle-même.

Depuis qu’O’Connor a obtenu son poste, les politiciens de l’opposition demandent comment quelqu’un aux antécédents de lobbyiste récents peut éviter les conflits d’intérêt en supervisant l’acquisition militaire. “Presque tous ces achats vont être octroyés à des sociétés qui ont payé le ministre pour qu’il les représente, ou elles vont y faire des offres, présentant bien clairement l’apparence de nombreux conflits potentiels”, dit le député libéral Denis Coderre lors d’un article du 27 juin 2006 qui a paru dans le site Web du Parti libéral. Coderre remarque qu’O’Connor a des liens avec au moins deux des premiers candidats aux contrats annoncés dernièrement à propos des navires d’approvisionnement et des camions. “Le refus du ministre de s’écarter risque de donner lieu à des années de retard et à des actions en justice de millions de dollars si les compagnies décident de s’adresser aux tribunaux à propos de la manière dont ces acquisitions sont structurées et dont les décisions sont prises.”

D’autres ont déclaré que le style technocratique d’O’Connor, et ses commentaires des fois présomptueux aliènent et insultent même les gens qui font partie de la collectivité de la défense.

O’Connor s’est rendu tristement célèbre pour la première fois suite à des commentaires qu’il a faits lorsqu’il était critique de la défense. Une de ses gaffes les plus mémorables est une déclaration à propos des dangers potentiels quand on continue de baser une escouade antiterroriste de la Force opérationnelle interarmées 2 à Dwyer Hill, juste à l’extérieur d’Ottawa. “Ce sont des gens grandement entraînés et cet entraînement concerne des aptitudes anti-sociales, dirais-je; ils sont entraînés à tuer de diverses manières”, dit O’Connor au comité de rédaction du journal Ottawa Citizen. “Je préfèrerais qu’ils soient sous une discipline de fer, dans une base militaire.”

Bien qu’O’Connor ait dit que les citations comme celle-là déforment son point de vue, une grande partie de la collectivité militaire s’est sentie insultée par ce commentaire qui semble sous-entendre que les membres de l’équipe ‘des étoiles’ des Forces canadiennes les plus rigoureusement sélectionnés et les plus entraînés sont un danger pour la collectivité qui les environne.

Des commentaires comme celui-là, et d’autres, ont donné lieu à des critiques plutôt âpres dans des endroits comme www.army.ca, un site virtuel pour les membres actuels et anciens des Forces canadiennes qui a plus de 10 000 membres enregistrés. On y présente généralement une gamme d’opinions ‘pour la défense’ et ses membres sont fréquemment cités dans les journaux comme le National Post. Lors d’une déclaration de 2005, un comité de rédaction formé de membres seniors du site décriait “les idées monumentalement bêtes d’O’Connor.”

D’un autre côté, il y a des gens qui croient qu’O’Connor convient vraiment très bien au poste de ministre. “Je pense qu’il y a un différend pour certaines personnes qui aimeraient que Gord se décrispe un peu, voyez-vous, qu’il raconte des histoires drôles ou quelque chose comme ça. Eh bien, Gord ne raconte pas d’histoire drôle, il est occupé”, dit Bland. “Alors il existe une certaine difficulté à propos de son style et de ses manières que d’autres officiers aux styles et manières différentes n’aiment pas. Mais il existe aussi un ressentiment chez des officiers supérieurs qui ont toujours soupçonné les officiers qui sont des penseurs plus ou moins indépendants, qui ne se sont pas mis au pas, qui parlent ouvertement de problèmes et d’idées. Gord est quelqu’un de ce genre.”

Le général des Forces canadiennes à la retraite Lou Cuppens, président du Comité de la défense de la Légion, reconnaît aussi qu’il y a eu des critiques à propos d’O’Connor, mais il insiste qu’en fin de compte les bonnes l’emportent sur les mauvaises. “À la Légion, notre point de vue est que tout ce qui nous intéresse vraiment c’est que les forces soient bien structurées, bien équipées et bien rémunérées. Et tout cela a été fait.”

“Le gars est très intellectuel, c’est quelqu’un de très attentionné, et tous les gens qui le connaissent se joindraient certainement à moi pour applaudir le Premier ministre Harper d’avoir choisi un individu si expérimenté et si dévoué pour occuper le poste de ministre de la défense.”

En fin de compte, le grand défi d’O’Connor pourrait ne pas être aussi simple que de reconstruire les Forces canadiennes ou défendre le passage du Nord-Ouest, bien que ces deux choses n’aient rien de facile. Il semble qu’on ait imposé à O’Connor la tâche de rapprocher deux rôles quelque peu distincts pour les Forces canadiennes : la vision expéditionnaire d’Hillier et les priorités du Canada d’abord du gouvernement Harper.

La réussite d’O’Connor dans cette mission dépendra de sa capacité à maintenir le flux d’argent et de ressources. Pour l’instant, il a réussi de manière exceptionnelle et s’il peut continuer, peut-être qu’à la fin tout le monde sera content. “J’ai toujours soutenu qu’il y a deux forces. Il y a la force actuelle et puis il y a la force à venir. Le chef d’état-major dirige principalement la force actuelle et la force à venir rapprochée de quelques années seulement. Le ministre, s’il n’est pas tout à fait étourdi, comme O’Connor, dirige la politique de défense du Canada et la force à venir”, dit Bland. “Alors il va très bien en tant que politicien car il réussit en ce qui concerne la reconstruction difficile et dispendieuse des forces armées malgré les objections d’autres personnes au cabinet.”

Éditorial Au nom du caractère sacré

Le Monument commémoratif de guerre du Canada et la Tombe du Soldat inconnu sont les deux symboles principaux de la grandeur du Canada et de son engagement éternel envers la liberté. Situé place de la Confédération, un des lieux les plus insignes de la capitale nationale, le monument et la tombe sont des rappels journaliers du courage et du sacrifice de tous ces jeunes gens qui sont morts pour nous, au service de notre pays. C’est donc difficile de comprendre pourquoi le gouvernement fédéral n’a pas encore agit pour sauvegarder ces symboles nationaux en établissant une garde de cérémonie et quelque sorte de sécurité nocturne.

Nous aurions cru que la tempête d’indignation publique à propos de la profanation honteuse du monument le jour de la fête du Canada en juillet dernier aurait donné lieu à quelque mesure collective.

Dans une lettre récente au ministre de la Défense Gordon O’Connor, le président national Jack Frost explique que la Légion a approché le chef d’état-major en juillet 2000 avec une proposition pour améliorer la sécurité au monument. La réponse du chef d’état-major d’alors fut qu’il n’avait pas les ressources nécessaires pour ce faire. “Il semble que le public est tout à fait conscient de la signification du monument et, en particulier, du caractère sacré de la Tombe du Soldat inconnu”, déclare le président national. “Néanmoins, il y en a quand même beaucoup qui n’apprécient pas le fait que la tombe est une sépulture et qui la traitent en tant qu’attraction touristique où prendre des photos de leurs enfants ou qui s’en servent d’endroit de repos. Il y a même des jeunes Canadiens qui continuent à abîmer la structure qui l’entoure avec leur planche à roulettes et leur bicyclettes.”

Il est dit dans la lettre que “chaque craquelure, éraflure et trou est une autre insulte à la mémoire de nos anciens combattants et leur sacrifice ultime”. La Légion reconnaît qu’une garde de cérémonie ne peut pas fournir une sécurité efficace toute seule. Elle accepte aussi le fait que le nécessaire pour la sécurité est bien moindre durant les mois d’hiver. Mais la Légion croit aussi que l’affectation d’une garde de cérémonie militaire durant les heures diurnes entre le 1er mai et le 30 novembre augmenterait grandement la dignité et la conscience publique de l’endroit du monument, et un commissionnaire, affecté durant les heures creuses, fournirait de la sécurité.

Il y aurait, bien sûr, un coût en faisant ainsi, mais quel honneur ce serait pour un jeune réserviste de la marine, de l’armée ou de l’aviation d’être choisi pour un tel devoir. En fait, ce serait un honneur qui égaliserait une affectation à la garde de cérémonie de la résidence du Gouverneur général. “Le besoin de sécurité au Monument commémoratif de guerre du Canada et à la Tombe du Soldat inconnu est évident et il a le plein soutien du public”, conclut la lettre du président national, qui remarque que la Légion serait heureuse de participer à des discussions en vue de trouver l’option la plus pratique à mettre en place.

Ainsi, sauvegarder le monument national et la tombe en agissant doit être une priorité. Nous le devons à nos anciens combattants et aux nombreux Canadiens qui se souviennent et honorent assidûment la longue histoire personnelle de service militaire et de sacrifice de notre pays.

Le défi d’une nouvelle génération

Le pèlerinage récent d’Anciens combattants Canada en France et en Belgique en l’honneur du 90e anniversaire des batailles de Beaumont Hamel et de la Somme ne ressemblait guère aux pèlerinages d’il y a 10 ou 20 ans. La délégation n’avait pas de vétéran de la Première Guerre mondiale ayant vécu durant les événements d’il y a 90 ans. Il y avait à la place quelques anciens combattants et représentants de groupes d’anciens combattants qui ont continué les traditions des actes passés de ceux dont on se souvenait. Parmi eux se trouvait Jack Frost, le président national nouvellement élu de la Légion royale canadienne.

Les autres visages qui se détachaient le plus étaient ceux de 39 jeunes représentants choisis par la direction du Canada se souvient d’ACC à travers le Canada. Ils ont participé à des cérémonies comme le service poignant du 1er juillet à Beaumont Hamel auquel assistait la princesse Anne et qui servait à commémorer le sacrifice qui a tant d’importance pour les Terre-Neuviens.

Seuls en petits groupes, les représentants de la jeunesse ont visité les tombes de nos morts de guerre où ils lisaient les inscriptions obsédantes des vies vécues et ultimement perdues à la guerre. Dans bien des cas, ils ont trouvé la tombe de jeunes soldats qui n’étaient pas plus vieux qu’eux quand ils sont morts.

Ce dont ces jeunes gens ont été témoins durant ce voyage remarquable exprime la nécessité des vivants à relever le défi et à se souvenir à jamais des sacrifices faits sur ces champs de bataille. Ainsi, c’est à eux de transmettre ce message à leurs pairs et, quand ce sera fait, ACC aura réussi à atteindre une nouvelle génération.

Il est résolu

LÉGENDE

Abréviation de comités : C & L–constitution et lois; DÉF–défense; L, D & J–leadership, développement et jeunesse; ADH–adhésions; C & S–coquelicot et souvenir; R & I–rituel et insignes; SE–sous-exécutif; SSCT–Section des anciens combattants tuberculeux; ACAS–anciens combattants, aînés, service.

Abréviation d’administrations gouvernementales : FC–Forces canadiennes; MDN–ministère de la Défense nationale; ACC–Anciens combattants Canada.

Législation : Nouvelle Charte des anciens combattants–un plan de loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes.

* Dénote une résolution non ratifiée rapportée à l’auditoire et approuvée par le congrès.

SOUS-EXÉCUTIF

1. (SE-C.-B./YUKON-QC)–Demande que la Direction nationale adresse une pétition au gouvernement pour que le 9 août soit déclaré jour du maintien de la paix.

4. (N.-B.)–Exhorte la Direction nationale d’adresser une pétition au ministre responsable de l’agence du Revenu du Canada pour qu’on fournisse une exemption personnelle graduée pour les bénévoles de la Légion royale canadienne et d’autres organisations de bienfaisance.

5. (ONT.)–Ordonne à la Légion de demander au gouvernement fédéral d’éliminer la TPS sur les repas servis par la Légion ou toute autre organisation d’anciens combattants.

GÉNÉRAL

6. (ACAS)–Demande que la législation et les règlements du gouvernement soient modifiés pour donner la priorité aux anciens combattants et aux personnes à leur charge quand il s’agit de l’accès aux soins de santé au Canada.

7. (ACAS)–Demande qu’ACC et la Société canadienne d’hypothèques et de logement instaurent un fonds renouvelable pour le manque de capitaux propres qui fournirait des prêts remboursables, avec intérêts, afin de compenser partiellement les prescriptions relatives aux capitaux propres pour les projets de logement abordable.

8. (ACAS)–Demande qu’ACC s’engage à créer, avec les autorités provinciales et la fonction publique, un processus de prestations de soins dans le cadre duquel le statut d’ancien combattant de la personne est vérifié lors de la première intervention.

9. (ACAS)–Exhorte ACC de simplifier la prestation d’avantages de soins de santé et d’éclaircir les exigences d’admissibilité pour ses clients.

10. (ACAS-QC)–Demande qu’ACC modifie sa politique et institue un remboursement complet des courses en taxi pour les anciens combattants allant se faire soigner.

11. (C.-B./YUKON-T.-N./LAB.)–Demande au gouvernement fédéral de réinstituer le droit aux avantages d’ACC pour les vétérans de la Seconde Guerre mondiale alliés qui sont citoyens canadiens, habitent au Canada depuis au moins 10 ans et peuvent prouver qu’ils ont servi dans les forces armées d’un allié. Bien que ces anciens combattants soient admissibles aux soins de longue durée, il se pourrait qu’ils aient besoin de soins d’assistance avant qu’il ne leur reste que les soins de longue durée comme option.

12. (MAN/N.-O. O.)–Ordonne que les filiales soient encouragées à rendre prioritaire le rôle de leurs agents des services afin de rechercher des anciens combattants dans le besoin et les aider à obtenir des avantages.

13. (N.-É./NUN.)–Demande qu’ACC augmente son personnel afin de subvenir aux besoins des anciens combattants et des autres clients.

14. (ONT.)–Exhorte la Légion pour qu’elle proteste contre la modification récente de la politique de citoyenneté du gouvernement fédéral selon laquelle les enfants des membres des FC nés outre-mer et à qui l’on a émis un certificat de naissance canadien sont obligés de faire une demande de citoyenneté. Demande aussi que le gouvernement fasse des excuses et rétablisse la citoyenneté de cette progéniture des FC sans l’obliger à passer par le processus long et coûteux d’en faire la demande.

PENSIONS

15. (ACAS-SASK.)–Demande à ACC d’étudier son système de pensions d’invalidité en consultant la Légion et de développer un système plus équitable qui soit basé davantage sur les besoins, surtout pour les survivants.

16. (ACAS-N.-B.-Ont.)–Demande au ministre des anciens combattants de se servir des niveaux des salaires des Forces canadiennes et de la GRC pour décider des pensions d’après la Loi sur les pensions et des octrois d’invalidité d’après la nouvelle Charte des anciens combattants, plutôt que d’utiliserla moyenne annuelle brute des salaires des catégories de fonctionnaires non spécialisés selon la pratique actuelle.

17. (ACAS)–Recommande que les FC et ACC fassent concorder leurs paramètres de diagnostics concernant la perte de l’ouïe, afin d’éviter la confusion lorsqu’on donne des soins et qu’on fournit des avantages.

18. (ACAS)–Exhorte le Tribunal des anciens combattants (révision et appel) de faire en sorte que la disposition du “bénéfice du doute” soit appliquée aux invalidités de perte d’ouïe, comme elle l’est dans le cas des autres invalidités.

19. (ACAS)–Recommande que le TAC(RA) annule sa décision sur l’interprétation de l’audition concernant la diligence raisonnable, afin que les clients d’ACC ne soient plus obligés de confirmer les raisons pour lesquelles ils apportent de nouvelles preuves aux audiences de reconsidération.

20. (ACAS)–Demande que la nouvelle Charte des anciens combattants soit modifiée afin de permettre le transfert d’une portion des avantages de manque à gagner (considérés des revenus) dans un régime enregistré d’épargne-retraite pour subvenir aux besoins après 65 ans.

21. (ACAS)–Recommande que la nouvelle Charte des anciens combattants incluse les allocations militaires lors de la détermination du “salaire militaire mensuel”.

22. (ACAS)–Demande que les octrois et les pensions d’invalidité concernant les évaluations de moins de cinq pour cent (versements de classe 21) soient révisés pour qu’ils correspondent mieux aux minima des versements de classe 20 (pour les évaluations de cinq à sept pour cent) d’après la Loi sur les pensions ainsi que la nouvelle Charte des anciens combattants.

23. (ACAS)–Exhorte le Comité des ACAS de demander au gouvernement de légiférer une augmentation considérable de la pension de base des anciens combattants, afin qu’ils puissent vivre confortablement en vieillissant. Demande aussi que les députés déclarent leur position, par écrit, aux filiales de leur circonscription.

PROGRAMME D’AUTONOMIE DES ANCIENS COMBATTANTS

24. (ACAS)–Recommande que le Programme d’autonomie des anciens combattants soit disponible aux membres de la GRC de la même manière qu’il l’est à ceux des FC, et que les fonds nécessaires soient prélevés au budget du solliciteur général.

25. (ACAS)–Demande que si un ancien combattant meurt avant que sa demande d’avantages du PAAC soit jugée finalement, le principe du « bénéfice du doute » soit appliqué et que la conjointe survivante obtienne les avantages du PAAC appropriés.

26. (ACAS-MAN./N.-O. O.-T-N./LAB.-ONT.)–Demande que les avantages du PAAC au conjoint survivant soient allongés pour inclure les avantages médicaux et l’accès aux soins de longue durée tant que le besoin existe.

27. (ACAS)–Demande qu’ACC fasse des versements mensuels ou annuels pour l’entretien du terrain aux anciens combattants inscrits au PAAC qui vivent dans un condominium ou un foyer de retraite du genre coopérative. Demande aussi que la conjointe survivante continue de recevoir ces versements après le décès de l’ancien combattant.

28. (C.-B./YUKON)–Demande que la Direction nationale essaie de faire modifier la politique d’ACC afin que tous les vétérans des forces régulières inscrits au PAAC aient droit à la protection médicale en tant que partie de leurs services. Actuellement, seuls ceux qui ont servi dans les zones de service spécial ont droit à la protection médicale.

29. (N.-B.)–Recommande que les anciens combattants canadiens et alliés qui ont 80 ans ou plus aient automatiquement droit aux avantages du PAAC, sans faire de test sur les besoins.

30. (N.-É./NUN.)–Demande à la Direction nationale d’adresser une pétition à ACC pour obtenir des avantages d’escorte pour les épouses, les conjoints de fait et les gens de la maisonnée.

SOINS DE LONGUE DURÉE

31. (ACAS)–Recommande la promulgation par ACC d’une déclaration des droits des anciens combattants résidant dans les institutions de soins de longue durée.

32. (ACAS)–Demande à ACC de financer en priorité les programmes de soins au foyer, afin d’éviter l’institutionnalisation prématurée des clients.

33. (ACAS)–Demande qu’on développe des directives nationales pour l’utilisation des restreintes chimiques dans les institutions de soins de longue durée.

34. (ACAS)–Recommande qu’ACC travaille de près avec les organisations d’anciens combattants et avec les autorités provinciales et municipales pour déterminer l’affectation appropriée des lits de soins de longue durée aux anciens combattants et, quand c’est approprié, à leur conjointe.

35. (ACAS)–Demande à ACC de mettre en place un programme de soins transitoires pour les anciens combattants qui se rendent à des soins actifs ou qui les quittent, afin de maintenir leur sécurité et leur dignité.

36. (ACAS)–Demande à ACC de fournir aux anciens combattants des services de soins palliatifs dans la collectivité, et de faire en sorte que ces services soient connus par l’entremise d’une campagne de communication proactive.

37. (ACAS)–Demande que le ministre des anciens combattants affirme la responsabilité du ministère concernant les soins de longue durée des anciens combattants, et qu’ACC établisse une norme nationale. Demande aussi une mise à jour sur les 25 recommandations faites par le Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants en 2003 à propos des soins de longue durée.

38. (ACAS)–Exhorte les institutions de soins de longue durée qui offrent des services aux anciens combattants à engager suffisamment d’employés et qu’ACC les encourage à le faire.

39. (ACAS)–Demande la Légion préconise auprès des gouvernements provinciaux, par l’entremise d’ACC, qu’ils modifient leurs politiques afin que les anciens combattants puissent rester chez eux et soient soignés par la famille jusqu’à ce qu’ils aient une place dans l’établissement de soins de longue durée de leur choix. Demande aussi que les anciens combattants ne soient pas pénalisés, en étant enlevés de la liste d’attente, s’ils décident d’attendre jusqu’à ce qu’ils aient une place à l’établissement de leur choix. Demande à ACC et aux gouvernements provinciaux de s’assurer que les anciens combattants continuent d’obtenir les services dont ils ont besoin.

40. (ACAS)–Demande à la Légion de préconiser le droit aux lits d’accès prioritaire administrés par ACC dans les institutions de soins de longue durée pour les vétérans des services du Canada ayant servi 365 jours.

41. (ACAS)–Demande à la Légion d’adresser une pétition à ACC pour que les vétérans des FC aient aussi droit aux lits prioritaires dans les institutions de soins de longue durée.

42. (ACAS)–Demande que la Légion adresse une pétition à ACC pour modifier les critères d’admission à l’Hôpital Sainte-Anne de Sainte-Anne-de-Bellevue (Qc) afin que tout Canadien qui a servi soit admissible, y compris ceux qui ont été instructeurs experts au Canada durant la Seconde Guerre mondiale et ceux qui ont enduré des expériences d’armes chimiques.

43. (SASK.)–Recommande qu’ACC annule les réductions dans la Saskatoon Health Region pour les anciens combattants qui sont ou qui vont être logés dans le Veterans Village du Sherbrooke Community Centre de Saskatoon.

FUNÉRAILLES ET ENTERREMENTS

44. (ACAS-SASK.)–Demande que les avantages de funérailles et d’enterrement du Fonds du Souvenir soient mis à la disposition de tous les membres et vétérans des FC qui n’ont pas suffisamment de moyens, sans les exigences d’admissibilité complexes qui sont contraires aux “principes du besoin” enchâssés dans la nouvelle Charte des anciens combattants.

45. (ACAS)–Demande que la famille des anciens combattants soit exempte de la TPS sur les dépenses de funérailles.

46. (ACAS)–Recommande qu’ACC réinstitue les avantages de funérailles et d’enterrement pour les anciens combattants alliés.

47. (ONT.)–Demande à ACC que tous les anciens combattants aient automatiquement droit à une stèle funéraire lors de leur décès, et qu’on annule le test sur les moyens que doivent passer leurs survivants.

FORCES CANADIENNES/GRC

48. (ACAS)–Demande au ministre de la Défense de nommer un représentant de la Légion au Comité consultatif des pensions des Forces canadiennes.

49. (ACAS)–Recommande que les allocations de survivant payées d’après la Loi sur la pension de retraite des Forces canadiennes (LPRFC) soient augmentées, du niveau actuel de 50 pour cent, à 66 pour cent de la pension du membre.

50. (ACAS)–Recommande que les membres des FC soient exempts des contributions à l’assurance-emploi, ou au moins qu’on leur donne des avantages d’emploi augmentés semblables à ceux qu’on donne aux enseignants et autres groupes qui n’ont pas accès aux avantages de l’assurance-emploi.

51. (ACAS-N.-É./NUN.)–Demande l’élimination de la récupération concernant la LPRFC qui a lieu à l’âge de 65 ans, quand les membres des FC ont droit aux avantages du Régime de pensions du Canada.

MÉDECINE/SANTÉ MENTALE

52. (ACAS)–Demande qu’un plan d’action soit institué par toutes les provinces, avec l’aide des autorités appropriées, pour promouvoir et faciliter la certification des praticiens formés à l’étranger, afin de remédier au manque de professionnels de la santé au Canada.

53. (ACAS)–Exhorte ACC d’établir des installations pour patients hospitalisés spécialisées dans les maladies de stress opérationnel dévouées au personnel militaire afin de compléter les installations insuffisantes disponibles à l’Hôpital Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-Bellevue (Qc). Demande aussi à ACC et aux FC de négocier des accords avec le Department of Veterans Affairs des États-Unis pour utiliser ses établissements jusqu’à ce que de tels services soient disponibles au Canada.

54. (ACAS)–Demande à ACC et au MDN de couvrir les coûts de transport des clients qui se rendent aux réunions organisées par les coordinateurs de soutien par les pairs, du Soutien social aux victimes de stress opérationnel (SSVSO), si ces réunions sont recommandées par les autorités médicales comme étant essentielles au traitement.

55. (ACAS)–Recommande que, dans le but de préserver l’anonymat des anciens combattants, les coordinateurs du soutien par les pairs du SSVSO soient établis aux mêmes endroits que les cliniques du Centre de soutien pour trauma et stress opérationnels plutôt qu’aux sites d’ACC et du MDN.

56. (ACAS)–Demande qu’ACC et les FC fassent concorder la prestation des soins de santé mentale aux membres et aux vétérans des FC.

AÎNÉS

57. (ACAS)–Demande que le gouvernement fédéral donne suite à la recommandation de la Légion, adoptée par le groupe de travail sur les aînés du Premier ministre, d’établir un programme d’autonomie des aînés semblable au Programme d’autonomie des anciens combattants.

58. (ACAS)–Exhorte la promulgation d’une déclaration des droits des aînés nationale.

59. (ACAS)–Exhorte que les règlements de l’impôt sur le revenu soient modifiés afin de permettre le partage du revenu de pension aux couples aînés mariés (ou équivalents).

COQUELICOT ET SOUVENIR

60. (N.-É./NUN.)–Recommande que les fonds du Fonds de fiducie du coquelicot soient utilisés par les filiales, avec l’approbation de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, pour le programme Call to Remembrance (appel au souvenir). Le montant ne doit pas dépasser 10 pour cent du solde qu’a le compte de fiducie du coquelicot le 30 septembre de l’année précédant la dépense.

ADHÉSIONS

61. (ONT.-SASK.-C.-B./YUKON)–Demande que l’article 208 des Arrêtés généraux soit modifié pour donner le statut de membre affilié votant à tout citoyen canadien ou sujet du Commonwealth qui a l’âge de vote fédéral et qui n’est pas admissible à l’adhésion ordinaire ou associée. Ordonne que tous les membres affiliés non votants obtiennent les mêmes droits et privilèges que les membres affiliés votants.

62. (SASK.)–Demande à la Direction nationale de s’occuper davantage du recrutement des membres non militaires par l’entremise des médias et des établissements d’enseignement, et d’insister que ce n’est pas nécessaire d’avoir un lien militaire pour adhérer.

63. (MAN./N.-O. O.)–Modifie les Arrêtés généraux afin que, dans des cas extraordinaires, une filiale puisse obtenir l’approbation de sa direction divisionnaire pour renouveler un membre en déchéance.

64. (ONT.)–Fournit le statut d’adhérant non votant aux citoyens non canadiens de pays alliés. Ces membres ont les mêmes droits que tous les autres membres sauf le droit de vote et celui d’occuper un poste.

65. (N.-B.)–Donne la permission au comité exécutif des filiales d’approuver les demandes d’adhésion quand elle n’a pas d’assemblée générale mensuelle régulièrement.

*314. (C.-B./YUKON)–Demande que les Jeunes auxiliaires soient reconnus nationalement en tant qu’entité de la Légion, au même titre que les Dames auxiliaires. Ordonne que les Jeunes auxiliaires soient casés dans la juridiction des directions divisionnaires et des filiales. Demande aussi la conception d’un emblème national et la création d’insignes ou d’épingles qui seraient distribuées à travers le pays.

SPORTS

67. (C.-B./YUKON)–Ordonne à la Direction nationale de chercher un sponsor pour les Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion, à partir des championnats de 2007. Le sponsor travaillera avec la Direction nationale à la promotion du programme et à sa continuation.

RITUEL ET INSIGNES

68. (ALB./T. N.-O.)–Recommande que la marche Unity soit reconsidérée pour être choisie comme marche officielle de la Légion.

69. (SASK.)–Notifie que toutes les médailles de la Légion qui ont été obtenues puissent être portées. Ces médailles devraient être montées et se chevaucher correctement.

70. (Î.-P.-É.-C.-B./YUKON)–Recommande que les membres pouvant obtenir un insigne à revers pour 55 années d’adhésion continuelle reçoivent également une barre pour la médaille de 50 ans de service indiquant ce jalon. Il est aussi résolu qu’une barre soit frappée pour commémorer ce jalon.

SECTION DES ANCIENS COMBATTANTS DES FORCES IMPÉRIALES

72. (SACT)–Recommande la dissolution de la Section des anciens combattants des forces impériales, pourvu que la Légion continue de se souvenir du sacrifice des anciens combattants des forces impériales et leur vienne en aide en cas de besoin.