Première Guerre mondiale

La bataille de la Somme faisait rage depuis plus de trois mois en ce jour du 8 octobre 1916 où les forces alliées effectuaient leur dernière poussée contre les Allemands ; ceux-ci s’acharnaient à défendre la tranchée Regina dans les hauteurs dominant la vallée de l’Ancre.

Le 16e Bataillon (Canadian Scottish) traversa plus de 600 mètres de terrain neutre jusqu’à son objectif une heure avant l’aube, avançant en « longues lignes serpentines […] à la lumière d’explosions d’obus », comme le décrivit un officier. Mais soudain, les hommes furent brusquement arrêtés dans leur élan.

« J’ai couru devant quand j’ai discerné des barbelés, et j’ai été stupéfait de voir qu’il n’y avait pas de brèche, s’est souvenu par la suite le sergent-major Arden Mackie, qui se trouvait alors au centre des assaillants. J’ai cherché un moyen de les traverser, mais je n’ai pas trouvé.

« Quand la compagnie est arrivée, l’ennemi s’est mis à nous lancer des bombes et à faire feu de ses fusils. »

Mackie s’en alla dire au commandant de sa compagnie, le major George David Lynch de Winnipeg, de se mettre à l’abri dans un trou d’obus à proximité jusqu’à ce qu’il trouve une pince coupante. Mais, le major, qui avait déjà été blessé en mai, avait été touché à la poitrine. Il mourut avant que Mackie ne puisse lui prodiguer les premiers soins.

L’attaque était brisée dans son élan. Les Écossais se terraient. Ils ne semblaient pas pouvoir progresser.

« Jimmy Richardson, le joueur de cornemuse, est venu m’offrir son l’aide à ce moment-là, mais je lui ai dit que le commandant de notre compagnie était déjà mort, avoua Mackie, qui était né en Écosse. Les choses semblaient aller très mal, et c’est alors que le cornemuseur a proposé, dans un fort accent écossais, de jouer de la cornemuse.

« Je lui ai dit de jouer, et dès qu’il a commencé, j’ai rassemblé autant d’hommes que je pouvais, nous avons traversé les barbelés et nous nous sommes mis à nettoyer la tranchée. »

La cornemuse et l’armée vont de pair au combat ou ailleurs, depuis plus de 400 ans, a fait remarquer Tim Stewart, historien, dans un article de 2000 intitulé « Canadian Pipers at War, 1914-1918: An Inspired Tradition » (Les joueurs de cornemuse canadiens dans la guerre de 1914-1918 : une tradition inspirée, NDT).

Les gens qui ne sont pas écossais, a-t-il écrit, ont peut-être eu du mal à un moment donné à s’imaginer l’importance de la cornemuse à la guerre, mais « ils ont changé d’idée après avoir été témoins du pouvoir de la cornemuse pour motiver et inspirer les soldats sur le champ de bataille ».

Les Anglais tentèrent d’interdire pratiquement tous les éléments de la culture écossaise, notamment la cornemuse, après avoir vaincu l’Écossais Charles Edward Stuart (surnommé Bonnie Prince Charlie) à Culloden, en 1746.

Avec l’aimable autorisation du Comité législatif de la Colombie-Britannique/Visions West

Richardson fut décoré de la Croix de Victoria à titre posthume le 8 octobre 1916. On a cru sa cornemuse perdue pendant 86 ans, jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée en Écosse. – BAC/3192331

La plus ancienne photographie connue de Richardson (ci-haut), alors cadet. – Avec l’aimable autorisation du commandant/Seaforth Highlanders of Canada

Richardson ne fut pas le premier ni le dernier des cornemuseurs du  16e Bataillon à se démarquer et à inspirer les soldats sur le champ de bataille.

Lors de son procès pour trahison, l’un des nombreux qui eurent lieu après la bataille, l’accusé John Reid affirma qu’en tant que cornemuseur, il n’était pas combattant, et donc non coupable. Toutefois, le juge anglais statua que, comme les régiments des hautes terres ne marchaient jamais sans cornemuseur, la cornemuse était un outil militaire. Il conclut que Reid avait porté les armes contre le roi et devait être pendu.

C’est à la suite de cette bataille et de jugements si rigides que des dizaines de milliers d’Écossais déracinés s’établirent, avec leur culture, dans l’Est de ce qui allait s’appeler le Canada. En Écosse, les régiments loyaux des hauts pays réprimaient la rébellion.

Deux de ces régiments, le Montgomery’s Highlanders (77e) et le Fraser’s Highlanders (78e), ainsi que le Black Watch (42e), ont servi en Amérique du Nord : le Fraser’s Highlanders exclusivement au Canada, jouant de la « great war pipe of the north » (grand tuyau militaire du nord, NDT) lors de certaines des batailles les plus importantes de l’histoire du pays, notamment les sièges et captures de Louisbourg en 1758 et de Québec l’année suivante.

Quelques officiers des hautes terres se virent offrir des terres au Canada à la fin de la guerre de Sept Ans, en 1763. Et pendant la Révolution américaine de 1775-1783, Londres donna l’ordre de lever un régiment écossais au Canada : le Royal Highland Emigrants.

Des détachements étaient en garnison à Québec, à Saint John (Nouveau-Brunswick), à Annapolis (Nouvelle-Écosse) et à Halifax, où la bruyère écossaise poussait spontanément, car les soldats des hautes terres firent tomber des graines de leur lit-sac dans ce qui est aujourd’hui le parc Point Pleasant.

Les cornemuses étaient une partie intégrante d’eux.

« C’est cette tradition séculaire inculquée aux descendants des premiers colons écossais, combinée à un sens du devoir envers la patrie, qui poussa les Canadiens écossais à répondre à l’appel aux armes au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, a écrit M. Stewart.

Les cornemuses ont une fois de plus été appelées à leur ancien et fier poste de devoir et d’honneur sur le front des combats. »

Le moment où le soldat James (« Jimmy ») Cleland Richardson, un homme de 20 ans originaire de Bellshill, en Écosse, a commencé à jouer marqua un instant « terriblement critique », est-il dit dans l’histoire du bataillon. Le major Lynch lui avait dit de garder le silence jusqu’à nouvel ordre.

« Pas un homme du 16e n’avait franchi les barbelés, est-il dit dans le récit publié en 1932. Les deux vagues avaient alors fusionné.

« Certains des hommes bombardaient la tranchée allemande depuis l’imbroglio; d’autres essayaient de se frayer un passage en abattant les pieux en bois qui soutenaient les barbelés à coups de crosse de fusil et en piétinant le fil de fer. »

Les coups de feu de la tranchée ennemie étaient « d’une précision mortelle. On aurait dit que les soldats qui attaquaient en seraient sans exception victimes. »

C’est à ce moment-là que Richardson, âgé de 18 ans, qui avait quitté son emploi de foreur pour s’enrôler six semaines seulement après l’entrée en guerre de l’Empire britannique contre l’Allemagne, se mit à jouer, marchant complètement à découvert et longeant les barbelés pendant 10 minutes.

Il ne mesurait que cinq pieds et sept pouces et ne pesait que 137 livres, mais il avait de toute évidence de puissants poumons.

« Au début, il n’était pas affecté à l’attaque. Il a demandé à défiler devant le commandant, et là, il a imploré si sincèrement l’autorisation de passer à l’action que le colonel [Robert] Leckie a fini par exaucer son souhait. »

La Croix de Victoria sera décernée à Richardson, à titre posthume, pour ses actes de ce jour-là. Sa citation de VC, pu-bliée deux ans plus tard dans The London Gazette, note que la compagnie était déjà démoralisée au vu des lourdes pertes.

« Comprenant la situation, le cornemuseur Richardson a fait des allées et venues derrière les barbelés en jouant de sa cornemuse avec le plus grand sang-froid, fut-il écrit. L’effet a été immédiat. Inspirée par son formidable exemple, la compagnie s’est précipitée vers les barbelés avec une telle furie et détermination que l’obstacle a été surmonté et la position, capturée. »

Un cornemuseur du 7e bataillon, Seaforth Highlanders (en regard), mène les hommes de la 26e brigade lors de la bataille de la Somme. – Lieutenant John Warwick/IWM/Q4012

Par la suite, après avoir participé à des « opérations de bombardement » (attaque à la grenade) au cours desquelles Mackie et lui capturèrent deux Allemands, Richardson fut chargé d’escorter leurs prisonniers et le sergent-major blessé derrière la ligne canadienne.

« Après avoir parcouru environ 200 mètres, le cornemuseur Richardson s’est aperçu qu’il avait oublié sa cornemuse. Bien que vivement exhorté à ne pas le faire, il a insisté pour retourner la chercher. Il a disparu à jamais. »

Ce fut l’un des deux cornemuseurs du 16e Bataillon morts ce jour-là, avec le caporal John Park. La dépouille de Richardson ne fut retrouvée qu’en 1920. Il fut enterré au cimetière militaire d’Adanac (« Canada » à l’envers) au nord-est d’Albert, en France.

Sa cornemuse, abandonnée dans la boue de la Somme, resta perdue pendant 86 ans, jusqu’en 2002, lorsque le cornemuseur-major du Canadian Scottish Regiment (Princess Mary’s) découvrit que l’école Ardvreck de Crieff, en Écosse, possédait une cornemuse à tartan Lennox distinctif, rouge, vert et or, dont on se servait pour les cornemuses du bataillon de Richardson.

Un aumônier de l’Armée britannique avait trouvé la cornemuse en 1917 et l’avait rapportée à l’école où il enseignait. Pendant des décennies, cassée, tachée et couverte de boue, elle a servi de souvenir d’un cornemuseur inconnu de la Grande Guerre.

Andrew Winstanley du Canadian Club et le cornemuseur-major Roger McGuire menèrent leur enquête et confirmèrent qu’il s’agissait de l’instrument de Richardson. Un donateur anonyme l’a par la suite achetée au nom des citoyens du Canada, et elle est publiquement exposée en Colombie-Britannique depuis 2006.

Richardson et sa famille s’étaient établis à Chilliwack avant la guerre. David, son père, était chef de la police locale. Richardson prenait souvent part à des compétitions de cornemuse dans le circuit des jeux des hauts pays en Colombie-Britannique : il s’était produit à Vancouver, à North Vancouver et à Victoria. Lorsque son fils fut tué au combat, Richardson père avait trois des médailles d’or qu’il avait rapportées.

Richardson ne fut pas le premier ni le dernier des cornemuseurs du 16e Bataillon à se démarquer et à inspirer les soldats sur le champ de bataille.

La reconnaissance aérienne montre des réseaux de tranchées sur le front occidental. – RFC/IWM/BOX 357-993-16AC-36C-1917

Le passé du bataillon est riche d’histoires avec la cornemuse en toile de fond. Au cours de la deuxième bataille d’Ypres, en avril 1915, James Thomson et William McIvor, cornemuseurs du 16e bataillon, furent grièvement blessés alors qu’ils jouaient en avançant avec les soldats après l’attaque au gaz des Allemands à Saint Julien. Tous deux moururent peu après.

Moins d’un mois plus tard, lors d’un audacieux assaut en plein jour à Festubert, les cornemuseurs George Birnie et Angus Morrison jouaient au sommet des ruines d’une ferme alors que le 16e avançait sous une grêle de tirs de mitrailleuses. Ils furent atteints tous les deux.

« Le son de leurs bourdons s’est évanoui lorsqu’ils sont tombés, et les bruits des combats étaient partout une fois encore », a écrit M. Stewart.

Lors de la deuxième bataille d’Arras, en septembre 1918, James Groat, cornemuseur-major, mena les troupes hors des tranchées et à travers les barbelés sous un feu nourri de mitrailleuses et au cours de combats au corps à corps jusqu’à ce qu’il soit blessé par des éclats d’obus.

C’était la cinquième fois qu’il était à la tête du bataillon au combat, et il termina la guerre décoré d’une Médaille de conduite distinguée (DCM) et de deux Médailles militaires (MM).

« Groat était l’âme de nos cornemuseurs, déclara son commandant, le lieutenant-colonel Cyrus Peck, plein de ferveur pour la musique; un homme maussade, au visage sombre, silencieux et avec un cœur courageux. »

Dans les chapitres du bataillon, on raconte l’histoire émouvante du caporal Alex MacGillivray qui se fraya un chemin dans la légende sur la cote 70, dans le nord de la France, le 16 aout 1917.

Alors que le 16e se préparait à sortir de ses tranchées devant les soldats allemands bien retranchés dans les hauteurs tristement célèbres au nord de Lens, l’Écossais transplanté déclara au sergent-major de sa compagnie qu’il se sentait « anxieux ».

Il lui confia que, chargé comme il l’était avec sa cornemuse et son équipement, il craignait que les hommes de la compagnie le dépassent et fassent « honte à un cornemuseur des hauts pays ».

« Eh bien, si c’est ce que vous croyez, lui répondit son sous-officier, demandez au commandant de la compagnie la permission de sortir avant nous. »

C’est ce qu’il fit et, lorsque le tir de barrage s’ouvrit, MacGillivray jouait de la cornemuse bien en avant de la vague offensive. Sa « bravoure », est-il dit dans l’histoire du bataillon, n’a pas inspiré que son propre 16e.

Sur ce qu’on appelait la « ligne bleue », où l’attaque de la brigade se rassemblait sous les coups de feu avant de reprendre son avance, MacGillivray continua de faire les cent pas en jouant devant les compagnies du 16e. Il se dirigea ensuite vers le 13e bataillon (Royal Highlanders of Canada) avoisi-nant, à qui il fit une « forte impression ».

« Juste à ce moment-là, est-il écrit, alors que les rangs ressentaient la pression de l’inactivité sous un feu exaspérant, et que le nombre des pertes s’élevait à plus de cent, on a entendu le son de la cornemuse et, le long du front du 13e est venu un cornemuseur du 16e Canadian Scottish.

« Cet individu inspiré, aux yeux brillant d’enthousiasme et en kilt, marchait fièrement en maintenant la cadence, longeant la ligne et jouant comme seul un vrai Highlander peut le faire lorsque des hommes meurent tout autour de lui.

« La pluie d’obus semblait redoubler au fur et à mesure que le joueur de cornemuse progressait et, plus d’une fois, il semblait qu’il était à terre, mais le dieu des hommes courageux était avec lui à cette heure-là, et il disparut, indemne, sur le flanc d’où il avait surgi. »

C’était complètement stupide […]. Des hommes tombaient tout autour de moi, tombaient morts […] c’était vraiment horrible, [mais] entendre les cornemuses encourageait les troupes.

Le dossier de service du joueur de cornemuse Richardson relate sa disparition et la remise subséquente de la Croix de Victoria. – BAC

MacGillivray est l’un des hommes qui finirent par dépasser l’objectif. Bien en avance sur les autres, il fut attaqué par un soldat allemand. Il laissa tomber sa cornemuse et envoya son assaillant ad patres. Par la suite, il ne put retrouver l’instrument convoité que le juge du tribunal du 18e siècle mentionné plus haut avait déclaré être un outil militaire.

Il éprouvait de la réticence à retourner au quartier général du bataillon comme on le lui avait ordonné avant que son sergent-major ne lui promette d’aller chercher lui-même l’instrument aux bourdons en bois noir et à accessoires en ivoire, et de bien s’en occuper.

« Le sergent-major trouva la cornemuse le lendemain matin à quarante ou cinquante mètres devant l’objectif final, est-il dit dans l’histoire du bataillon. Il la rapporta, mais Alec McGillivray n’était pas là pour réclamer son instrument bienaimé.

« [On] l’a vu partir du front lors de son trajet de retour, avant de disparaitre complètement, probablement victime d’un obus. »

MacGillivray reçut la Médaille militaire à titre posthume pour « actes de bravoure et dévouement au devoir sous les coups de feu ». Sa citation dit qu’il jouait devant sa compagnie jusqu’à l’objectif final, « en respectant les plus belles traditions de courage des Highlanders ».

« Son mépris absolu du danger fut sans aucun doute la plus grande source d’inspiration pour ses camarades. »

La dépouille de MacGillivray ne fut jamais identifiée. Son nom figure sur le Mémorial national du Canada à Vimy, aux côtés de ceux de 11 284 autres soldats canadiens tués en France à la Première Guerre mondiale, et dont le lieu de l’ultime repos est inconnu.

Les cornemuseurs du 16e totalisèrent une DCM, neuf MM et une VC pour avoir joué de leur instrument au combat pendant la Grande Guerre.

Selon M. Stewart, plus de 50 autres bataillons canadiens de toutes les pro-vinces, sauf l’Ile-du-Prince-Édouard, ont compté des cornemuseurs et des tambours, et ils n’étaient pas tous Highlanders.

Il y avait des cornemuseurs dans des unités autres que celles de Highlanders telles que le 107e Bataillon (Canadian Pioneer), les 1er et 4e bataillons canadiens de fusiliers à cheval, le 224e Bataillon (Corps forestier canadien), les 3e, 5e et 6e (Canadian Railway Troops), le 208e Bataillon (Canadian Irish) de Toronto, et le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry qui s’avança avec neuf cornemuseurs à la crête de Vimy.

Deux cornemuseurs du 25e Bataillon (Nova Scotia Rifles), William Brand et Walter Telfer, obtinrent des médailles militaires pour avoir pris la tête de leurs compagnies à la bataille de Vimy. Telfer perdit une jambe lors des combats d’avril 1917.

En effet, pratiquement tous les bataillons où il y avait des cornemuses subirent des pertes de cornemuseurs.

 On avait peur, mais il fallait le faire, les autres dépendaient de nous », a déclaré Harry Lunan du Gordon Highlanders, considéré comme étant le dernier cornemuseur de la Première Guerre mondiale encore en vie en 1993, au journal britannique Sunday Express. « Lors du premier assaut [à High Wood], j’ai joué la musique de Cock o’ the North. J’ai joué pour faire sortir ma compagnie hors des tranchées, jusqu’à celles des maudits Allemands.

« C’était complètement stupide […]. Des hommes tombaient tout autour de moi, tombaient morts […] c’était vraiment horrible, [mais] entendre les cornemuses encourageait les troupes. »

La famille de Richardson devant sa tombe au cimetière militaire d’Adanac, en France. – David Boulding

La cornemuse qui accompagnait les hommes au combat est devenue moins répandue avec l’augmentation des victimes de la Première Guerre mondiale (sur quelque 2 500 cornemuseurs en temps de guerre dans l’Empire britannique, plus de 500 furent tués et 600 autres blessés; il n’existe pas de chiffre précis pour les Canadiens).

L’une des dernières grandes batailles de toutes les guerres où les cornemuses ont joué un rôle important eut lieu lors de l’assaut d’ouverture de la 51e Highland Division britannique, à la deuxième bataille d’El Alamein, en Afrique du Nord, le 23 octobre 1942.

Un cornemuseur était en tête de chaque compagnie attaquante, jouant un morceau qui permettait aux autres unités de savoir à quel régiment de Highlanders il appartenait. L’attaque fut fructueuse, mais les pertes humaines chez les cornemuseurs élevées. Cela pourrait être la dernière fois qu’il y en eut dans une unité britannique de Highlanders pendant la Seconde Guerre mondiale.

William Millin (« Piper Bill »), Canadien de naissance, était le cornemuseur personnel de Simon Fraser, 15e lord Lovat. Il était présent lors du débarquement de la 1re brigade de services spéciaux britannique à la plage Sword, en Normandie. À la demande de Lovat, il arpenta la plage en jouant, sous les coups de feu.

L’armée britannique restreignait les cornemuseurs aux zones arrière pendant la Seconde Guerre mondiale. Lovat ne tint cependant pas compte de cet ordre, et ordonna à Millin, âgé de 21 ans, de jouer. Lorsque son soldat lui opposa un refus, citant le règlement, lord Lovat lui dit : « Ah, mais il s’agit du ministère de la guerre anglais. Toi et moi, nous sommes écossais, alors il ne s’applique pas à nous. »

Millin joua Highland LaddieThe Road to the Isles et All the Blue Bonnets Are Over the Border alors que ses camarades tombaient autour de lui sur la plage. Millin raconta par la suite qu’il avait parlé à des tireurs d’élite allemands capturés, qui clamèrent ne pas lui avoir tiré dessus, car ils croyaient le jeune homme fou.

Les cornemuseurs de compagnie du Calgary Highlanders ont également joué lors de la première bataille de l’unité en Normandie, en juillet 1944, la dernière fois qu’ils ont participé à un assaut pendant la Seconde Guerre mondiale.

La dernière fois que des cornemuseurs ont été à la tête d’une unité au combat aurait été lors de la situation d’urgence d’Aden, au Yémen, en 1967, quand le 1er bataillon, le Argyll and Sutherland Highlanders est allé dans le district de Crater occupé par les rebelles, et que le cornemuseur-major a joué des marches régimentaires.

Plus récemment, l’Américain Lyle Walker, vétéran de la 43rd Army Band de la Nebraska National Guard, nous a raconté l’histoire de la demande de la mère d’un soldat en Arabie saoudite. C’était quelques mois avant l’opération Tempête du désert, en 1991.

« Son fils, commandant de char, voulait que de la musique de cornemuse soit diffusée sur les hautparleurs du véhicule », a raconté Walker sur un site de clavardage sur les cornemuses.

Le groupe, basé à Omaha, a enregistré une cassette et la lui a envoyée.

« Quelques années plus tard, lors des derniers préparatifs d’un défilé, un jeune homme s’est manifesté et nous a confié qu’il était le commandant du char à qui nous avions envoyé l’enregistrement. Il nous a dit que son équipage avait voté pour jouer la cassette du groupe d’Omaha, et que quand les combats avaient commencé, il avait passé notre cassette à plein volume. Il nous a raconté pas mal d’histoires concernant cette cassette autour de quelques verres après le défilé. »

Walker a ajouté : « Je n’ai jamais mené qui que soit au combat, mais ma musique, si. »

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