Des esprits en conflit: Blessures de stress opérationnel

. [ILLUSTRATION : FRED SEBASTIAN]

Le sergent Shawn Clarke sait à quel point les Forces canadiennes ont progressé au chapitre des traumatismes de stress opérationnel. S’il s’était connu il y a 10 ans tel qu’il est aujourd’hui — un vétéran de la guerre d’Afghanistan souffrant du trouble de stress post-traumatique — il se serait dit « arrête de te plaindre, espèce de lavette! C’est ce que j’aurais dit à un gars comme moi. »

Mais les choses ont changé en dix ans, presque du tout au tout.

Clarke fait partie d’un nombre croissant de militaires et d’anciens combattants qui récupèrent après un traumatisme de stress opérationnel (TSO) et, comme beaucoup d’entre eux, il n’a pas peur de défier les gens — même les hauts gradés — qui n’ont pas de tact ou de respect pour ceux qui souffrent d’un TSO. « Si j’entends un commentaire, je réponds, “Arrêtez-vous!” Et ça m’est égal qui c’est. Je dis : “Écoutez, j’ai entendu ce que vous venez de dire. Croyez-le ou non, mais c’est ça la politique, alors vous allez vous y conformer ou bien je vais pousser plus avant”. »

Autrefois, cela aurait été une entrave à la carrière; aujourd’hui, on reconnait qu’il est nécessaire de créer une « culture d’acceptation » en ce qui a trait aux pro­blèmes de santé mentale.

« La conscientisation, surmonter l’infamie causée par les problèmes de santé mentale, rien n’est plus important pour moi », dit le général Walter Natynczyk en lançant une campagne de sensibilisation qu’il espère va changer sérieusement l’attitude liée aux traumatismes concernant la psyché, pour qu’elle soit comparable à celle qui concerne les blessures physiques. « Nous avons tous la même responsabilité, quel que soit notre grade; de s’entraider, d’aider les gens dans le besoin. »

Les gens qui sont chargés du bien-être des militaires et des anciens combattants ont fait des progrès remarquables au chapitre des TSO, ces 10 dernières années. Les Forces ont fait des efforts pour diminuer les TSO grâce au criblage, à l’éducation, à la formation et au traitement. Anciens combattants Canada (ACC) octroie de l’aide psychosociale et des avantages aux anciens combattants diagnostiqués comme souffrant de TSO; dont certains qui en souffrent depuis plus de 60 ans. Les officiers d’entraide de la Légion royale canadienne s’efforcent d’identifier les anciens combattants — jeunes ou vieux — qui présentent des symptômes de TSO, s’occupent de leur traitement et leur offrent leur appui.

En règle générale, c’est l’histoire d’un succès, mais il y a eu des rebondissements tragiques. Cependant, ce n’est pas de la fiction. Quand on appelle à l’aide en vain, les résultats sont catastrophiques pour les souffrants et leurs familles.

L’épouse d’un certain officier des Forces canadiennes d’une ville des Prairies a passé le printemps et l’automne à voir son mari, Philip, s’effondrer. Sa spécialité est rare et il a le sens du devoir, alors après son retour d’Afghanistan, ayant eu des traitements pour un TSPT, il a repris le travail, lequel devait être à temps partiel. « On ne sait trop comment, le temps partiel est devenu du temps plein », dit l’épouse, Caitlyn (ils nous ont demandé de ne pas dévoiler leur identité). Philip a pris part à un exercice malgré le fait que cela déclenchait ses symptômes; bien qu’il soit incapable de rester assis le temps d’un film; bien que son humeur soit devenue instable.

C’est sa décision de demander la libération tout de suite après l’exercice qui lui a permis de continuer. Philip « s’efforçait d’être à la hauteur » de l’uniforme jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que pour sa santé et pour celle de sa famille, il lui faudrait enlever cet uniforme à tout jamais.

Pendant que Philip s’écroulait, les Forces lançaient leur campagne sur la santé mentale et exhortaient leurs membres à combattre l’infamie, à s’appuyer les uns les autres; et à faire preuve de vigilance pour remarquer quand ceux qu’ils commandaient, leur copains ou eux-mêmes avaient besoin d’aide.

Mais combattre l’infamie ou prendre garde à sa propre santé n’ont rien de facile. « Pour susciter un changement culturel, il va nous falloir des années », dit Shawn Hearn, coordinateur du Canada atlantique et directeur du soutien et de l’administration des blessés pour le réseau de Soutien social aux blessures de stress opérationnel (SSBSO). Survivant d’une BSO lui-même, Hearn sait que les guerriers sont formés pour penser à la mission d’abord, à leurs pairs en deu­xième lieu et à eux-mêmes bien après.

Dans la culture militaire, depuis très longtemps, la faiblesse équivaut à l’échec et craquer mentalement équivaut à une faiblesse de la personnalité. Les symptômes du traumatisme causé par le combat ont été remarqués depuis des milliers d’années, et principalement répudiés en tant que lâcheté. À la Première Guerre mondiale, nombre de victimes de ce qu’on appelait des « traumatismes dus aux bombardements » étaient passés en jugement et puis exécutés pour des crimes allant de la lâcheté jusqu’à la désertion, en passant par l’insubordination.

Au Canada, les changements ont accéléré. « Il y a quand même beaucoup d’améliorations à faire », dit Hearn. En 2008, une étude au Centre de recherche de l’Hôpital Douglas a indiqué qu’un tiers des membres des Forces n’essaieraient pas d’obtenir de traitements pour la santé mentale parce qu’ils avaient peur de se faire qualifier de façon négative.

Pendant longtemps, les gradés « étaient très réticents quand il s’agissait d’admettre qu’il y avait un problème », dit le Dr Greg Passey, psychiatre et militaire pendant 22 ans. Quand ses recherches, en 1993, ont indiqué qu’il y avait un taux de SSPT de 15 p. 100 et un taux de dépression de 13 p. 100 parmi deux unités de maintien de la paix revenant au pays, « ils ont dit que mes statistiques étaient incorrectes ».

ACC a fait les frais d’une vague d’anciens combattants souffrant de BSO peu de temps après. « Au milieu des années 90, il y a beaucoup plus d’anciens combattants qui sont venus nous voir à cause de pro­blèmes de santé mentale car (les missions militaires du Canada) à l’étranger leur avaient fait changer de rôle », dit Raymond Lalonde, directeur du Centre national pour traumatismes liés au stress opérationnel de l’Hôpital Ste-Anne à Montréal. « En 2001, on a conclu un accord avec le minis­tère de la Défense nationale pour essayer de travailler ensemble. »

Il y a eu plusieurs évènements qui ont amené beaucoup de progrès. Le général à la retraite et sénateur Roméo Dallaire, qui a dirigé une mission de maintien de la paix en 1994 au Rwanda, a dévoilé qu’il souffre de SSPT et qu’il a essayé de se suicider en 2000. ACC a sondé 2 700 clients en 2000 et découvert que 15 p. 100 souffraient de SSPT et 28 p. 100 souffraient de dépression majeure. En 2003, l’année où sortait le livre de Dallaire J’ai serré la main du diable, 25 soldats et anciens combattants souffrant de SSPT ont engagé un procès demandant 60 millions de dollars en dommages pour traitement présumé inadéquat. En 2002, le protecteur du citoyen du MDN a rapporté que les traitements pour les gens souffrant de BSO étaient inadéquats.

Dans un tel contexte, ACC et le MDN se sont associés. La motivation est économique, en plus d’être humanitaire. Étant donné que les BSO sont plus difficiles et plus couteuses à traiter quand on attend avant de les diagnostiquer, les deux ministères peuvent faire des économies, à la longue, grâce à un système qui permette d’identifier rapidement les BSO et de les traiter efficacement.

Ils ont institué le Centre pour le soutien des militaires blessés ou retraités et de leurs familles du MDN et d’ACC, et édifié un réseau national de cliniques de traitement et de programmes de soutien pour les traumatismes de stress opérationnel à l’échelle du pays afin de servir les militaires, les anciens combattants et les membres de la Gendarmerie royale du Canada. « Nous avions l’intention de créer une suite de services et de politiques, indépendamment de l’endroit où habite le militaire ou l’ancien combattant », nous explique Lalonde.

Les Forces ont ajouté un procédé de criblage précédant le déploiement, en 2003, quand les hauts gradés militaires dirent s’inquiéter du fait qu’on déployait des soldats ayant des problèmes de santé mentale. Une pause de cinq jours de détente était prévue à la fin des déploiements opérationnels, pour permettre aux professionnels de la santé mentale de dépister les problèmes chez les soldats avant leur retour au Canada.

Le programme d’éducation et de formation des Forces sur les BSO devrait avoir touché environ 15 000 militaires à la fin de l’année. « Plus de 80 p. 100 de ceux qui pourraient bénéficier d’une aide en santé mentale ne savent pas qu’ils en ont besoin », dit le sergent Doug Brown à une vingtaine de jeunes officiers lors d’une classe sur les BSO dans le cadre de leur premier programme de formation officiel. Les cours sur les BSO sont donnés par le Bureau des conférenciers conjoints de la Santé mentale et des Blessures de stress opérationnel, un organisme créé en 2007 par les Forces et ACC. Les cours sont donnés par des équipes de militaires et d’anciens combattants souffrant de BSO. Le personnel militaire de tous les grades apprend à déceler les BSO, à supporter le stress, à aider les autres à supporter un évènement traumatique, à combattre l’infamie. On lui raconte aussi l’histoire d’un soldat ou d’un ancien combattant qui a eu une BSO.

« Cette campagne éducative est le fondement », dit le lieutenant-colonel Stéphane Grenier, un conseiller spécial des Forces sur les BSO chargé d’élaborer une stratégie d’éducation nationale. À la fin de l’année, dit-il, la formation pré- et post-déploiement comprendra une composante sur la santé mentale.

Combattre l’idée fausse comme quoi tous ceux qui souffrent d’un traumatisme lors d’une affectation opérationnelle vont souffrir de BSO est encore une bataille. « Déploiement n’égale pas traumatisme. Le déploiement est une bonne chose pour un militaire, qui a été bien préparé et entrainé », dit Grenier.

Les préparatifs et l’entrainement concernant les BSO n’existaient pas au début de sa carrière, dit le lieutenant-colonel Rakesh Jetly, psychiatre et conseiller en santé mentale chargé de surveiller les problèmes cliniques des BSO. Il n’y avait « pratiquement aucun (soutien) au chapitre de la santé mentale. Après le Rwanda […] de retour à Ottawa, on nous remettait notre trousse et on nous donnait congé en moins de 20 heures. […] Il y a des gens qui tombaient malades; il y a des gens qui se suicidaient. » Les recherches sur les gens souffrant de BSO indiquent que presque la moitié pensent au suicide et qu’environ 19 p. 100 s’y essaient. Maintenant, il y a une formation pré-déploiement et « des services de santé mentale énergiques dans le théâtre […]. La moitié (de ceux qui sont affectés par un traumatisme) se font déjà soigner » lorsqu’ils reviennent, dit-il. Cela va être payant : une étude des victimes de la guerre du Liban de 1982 indique que, même 20 ans après, les taux de SSPT et de symptômes psychiatriques sont inférieurs chez ceux qui se sont fait soigner au front. Ils sont aussi moins seuls et fonctionnent mieux en société.

L’éducation aussi donne des résultats. « Autrefois, les gens attendaient entre quatre et sept ans après le commencement des symptômes, quand leur vie commençait à être ruinée, avant de demander des traitements, dit Grenier. Maintenant, ils se font soigner plus vite. »

« C’est pas du tout vrai qu’on est libéré si on a été diagnostiqué », dit Jetly. Grenier a été promu plusieurs fois malgré le fait qu’il souffre d’une BSO lui-même. Souffrir d’une BSO ne signifie pas nécessairement qu’on est renvoyé au Canada pendant une mission. « Dans le théâtre, si quelqu’un a des difficultés, il peut se faire évaluer et commencer à se faire soigner […] il ne retourne pas obligatoirement chez lui. La grande majorité d’entre eux continuent leur affectation. C’est un message important pour les soldats », ajoute Jetly.

Le sergent Douglas Brown en est un exemple. Il lui a fallu 10 ans avant de demander de l’aide, et il a continué de travailler pendant cinq années de traitements. Au début, les séances de thérapie avaient lieu une fois par semaine, et puis une fois par mois et ensuite tous les deux mois, et il lui arrive encore de demander de l’aide à l’occasion. « On a des hauts et des bas », nous explique-t-il. Quand on obtient de l’aide au bon moment, cela empêche les petits problèmes de devenir des gros problèmes. « Le fait est que quand on souffre de SSPT, c’est pour la vie, dit Passey. Il y a des gens qui ont eu une rémission et qui ont été envoyé en mission, mais c’est comme le diabète. Quand on l’a, il est toujours en arrière-plan même si on ne ressent pas les symptômes. Je vais toujours avoir besoin de l’aide de quelqu’un pour rester stable, dit Brown. Quand on a un bas […] c’est soit qu’on oublie quelque chose qu’on nous a enseigné, soit qu’on n’a pas l’aptitude nécessaire, alors on a besoin d’aide. »

Toutefois, si à la fin du traitement, la BSO empêche quelqu’un de se conformer à la stipulation concernant l’universalité de service — une politique des Forces qui exige que les membres soient « physiquement en forme, employables et déployables pour les fonctions opérationnelles » — il pourrait être libéré pour raison médicale. Clarke risquait de l’être. Heureusement, il a obtenu un poste de SSBSO à Terre-Neuve, alors ses compétences et son expérience ne seront pas entièrement perdues pour les militaires en service.

Oui, les Forces vont mieux, dit Dallaire. « Mais nos systèmes ne sont pas aussi sophistiqués qu’ils devraient l’être. » Les soldats continuent de souffrir de BSO et ceux qui « passent entre les mailles du filet » sont souvent dans l’esprit du public; en partie, dit Jetly, parce que ceux qui se font soigner et continuent de travailler ne se font guère remarquer. Non seulement l’anonymat est-il maintenu, mais « nous n’exploitons pas nos patients » pour des interviews médiatiques.

Les gens ayant eu des mauvaises expériences qui acceptent de parler ne manquent pas. Même en continuant les améliorations, il y a des gens qui passent entre les mailles du filet et les condamnations se poursuivent. En 2007, le Vérificateur général du Canada a rapporté que, dans les Forces, « la demande de soins de santé mentale dépasse les ressources courantes ». Il était déclaré dans ce même rapport du Vérificateur général que le MDN « n’avait pas de cadre de mesure du rendement capable de donner des renseignements fiables à savoir comment le système de soins de santé fonctionne ».

Le système de santé des Forces, ajoutait le rapport, « utilise encore des dossiers médicaux sur papier. Par conséquent, à moins que le Ministère ne déploie des efforts considérables pour recueillir des données dossier par dossier, il s’avère très difficile de fournir à la direction de l’information générale sur la santé pour fins d’analyse ou de contrôle ».

Le protecteur du citoyen du MDN et le Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes se sont dits frustrés que les Forces ne puissent donner des chiffres exacts sur le SSPT. En 2008, le protecteur du citoyen du MDN déplorait l’absence d’une base de données nationale permettant de jauger l’importance du problème, d’établir les besoins de services et de mesurer l’efficacité des programmes. Le Système d’information de santé des Forces canadiennes, un projet qui a débuté en 1999, ne doit être en ligne qu’en 2011, l’année où l’engagement en Afghanistan touchera à sa fin.

Le comité permanent a extrapolé la fréquence de SSPT en se fondant sur 8 200 questionnaires remplis par des soldats dans les six mois après leur retour d’Afghanistan. Les chiffres indiquent que 27 p. 100 sont revenus avec des pr­o­blèmes, y compris le SSPT, la dépression et la consommation abusive d’alcool. Étant donné que 27 000 militaires ont déjà servi en Afghanistan, il se pourrait que quelque 3 640 d’entre eux souffrent de troubles mentaux.

Le nombre de BSO qui ne sont pas liées à la mission afghane pourraient vraiment gonfler ce chiffre, comme celles qui ont eu lieu en service aux Balkans, en Somalie ou au Rwanda, ou bien celles qui sont dues à des traumatismes causés en service au Canada. Les chiffres ne comprennent pas non plus ceux dont les symptômes ne se manifestent pas (ou qui sont cachés) pendant le service. ACC a actuellement quelque 12 000 clients qui ont une invalidité mentale, dont plus de 60 p. 100 souffrent de SSPT, dit Lalonde. Les Forces avaient en tout 4 917 cas liés à la santé mentale le 31 janvier 2008.

Les anciens combattants de la génération à qui on disait « d’arrêter de se plaindre » viennent encore demander des traitements pour les blessures qu’ils ont subies il y a 60 ans, dit Gerry Finlay, un agent du bureau d’entraide de la Division de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest. « Il y a ce facteur de fierté chez les anciens combattants les plus vieux. “Je faisais mon travail, pas plus que mes camarades.” Ils ne se plaignent pas ». Quand il leur parle à l’occasion d’une demande qu’ils font à ACC, Finlay écoute leurs histoires; comme celle d’un ancien combattant de 82 ans qui a passé la Seconde Guerre mondiale à s’occuper de déminage, de bombes qui n’avaient pas explosé et de pièges. Une évaluation psychiatrique que la Légion avait arrangée a indiqué que ce sapeur souffrait de SSPT depuis lors, et qu’il avait droit à une pension pour invalidité. Imaginez le soulagement, à 82 ans », dit Finlay.

Étant donné les décennies d’arriérés, l’apparition tardive des symptômes et les gens qui ne savent pas qu’ils ont besoin d’aide, il est difficile de connaitre l’étendue du problème. Un rapport de 2008 pour le directeur parlementaire du budget évalue les couts d’invalidité et de santé de la mission afghane à entre 476 millions et 1,7 milliard de dollars, dépendant des effectifs de l’année.

Le manque de données est une des raisons pour lesquelles des gens « passent à travers les mailles du filet », une expression qu’on entend si souvent lors des audiences qu’elle « en a perdu sa notoriété », remarquait le comité permanent dans son rapport de 2009 inti­tulé Pour de meilleurs soins : services de santé offerts au personnel des Forces canadiennes, en particulier dans le cas des SSPT. « Si les Canadiens s’attendent à ce que nos soldats fassent ce qu’on leur demande, ce n’est que justice que ces mêmes soldats puissent avoir con­fiance qu’on s’occupera d’eux s’ils se font blesser en service. »

Bien que les services de santé des Forces soient parmi les meilleurs au monde, dit le rapport du comité, il y a « des militaires ou des membres de leur famille qui n’ont pas reçu de soins adéquats ». Trois causes principales y sont distinguées : une brèche entre la politique et la mise en application, un manque chronique de professionnels de la santé, et l’infamie.

Dallaire dit que le rythme opérationnel est une cause importante de la brèche liée à la mise en application. Il n’y a tout simplement pas assez de personnel, dit-il. L’effectif de la force régulière est d’environ 66 000 personnes aujourd’hui, qui était de presque 90 000 au début des années 1990. Un rapport fait par le protecteur du citoyen du MDN en décembre 2008 déclarait que les Forces et ses membres « sont stressés au point de rompre » à cause de l’augmentation importante de l’intensité des opérations de combat. (Les Forces sont en train de recruter, dont l’objectif est un effectif de 100 000 personnes, 70 000 réguliers et 30 000 réservistes, en 2027.)

« Il y a actuellement des soldats canadiens qui ont plus d’expérience du combat que les vétérans de la Seconde Guerre mondiale », dit Dallaire. Quand les garnisons n’ont pas suffisamment de personnel, le roulement des membres est plus rapide et ceux qui sont laissés derrière « font le travail de deux, trois, ou même quatre personnes ». Étant donné la nature de la guerre et des ennemis d’aujourd’hui, les soldats sont constamment en état d’alerte lorsqu’en opération et ils sont incessamment sous les projecteurs des médias.

Quand on demande si le niveau des effectifs est suffisant pour accomplir les missions aisément, on nous répond que les Forces procèdent à une vérification avant les opérations pour s’assurer que « le personnel, l’équipement et les ressources requis sont en place pour la durée de la mission. Bien que nous ayons ressenti de la tension en ce qui a trait à certaines professions et à certaines capa­cités, nous nous sommes acquittés de nos obligations avec notre personnel actuel ».

D’après la politique actuelle, un membre des Forces qui revient d’une affectation de 180 jours ou plus ne peut pas être sujet à une autre affectation semblable avant un an; on donne un répit de 60 jours aux membres qui ont été déployés pendant au moins six mois. Pendant ce temps-là, ils sont exemptés de poste, d’exercice, de cours ou de devoirs temporaires qui les obligeraient à s’éloigner de chez eux pendant plus d’une journée. Le taux de SSPT et de stress dû à un incident grave commence à grimper en flèche au bout de 210 jours à l’extérieur de chez soi. « Les membres qui passent plus de temps à l’extérieur risquent davantage de souffrir de SSPT », est-il dit dans l’étude PERSTEMPO de 2007, laquelle sert à analyser les facteurs qui affectent le moral des troupes.

« Normalement, on ne demande pas aux membres des Forces d’accepter un déploiement à une affectation opérationnelle de six ou 12 mois plus d’une fois en trois ans, poursuivait la réponse des Forces. Cependant, quand on tient compte des exigences opérationnelles et de la capacité de roulement de l’unité, cet objectif n’est pas toujours atteignable. »

Les commandants peuvent « déroger aux intervalles de déploiement s’il y a un besoin opérationnel ». Depuis 2006, les Forces ont un système qui sert à tenir compte du temps que les militaires passent loin de chez eux, une information qui sert à identifier les professions trop chargées et à partager la charge des déploiements de manière équitable. Les Forces « sont décidées à équilibrer le rythme opérationnel actuel d’après les besoins de leurs membres et de leurs familles », en reconnaissant que les déploiements, l’entrainement, les cours et les fonctions temporaires impliquent de lourdes charges pour les familles.

La politique semble avoir bonne allure sur le papier, mais il est dit dans le rapport Pour de meilleurs soins que « le problème principal des Forces est le manque de personnel, presque partout, presque toujours ». Il décrivait l’expé­rience d’une unité pendant une affectation de sept mois, en 2007. Certains sont tombés malades de retour chez eux, en congé, et ils ne l’ont pas rapporté quand ils ont repris le service; et puis ils sont retournés à un moment où l’on a demandé aux sous-officiers de suppléer aux postes d’entrainement d’officiers affectés outre-mer, pendant la saison des affectations, quand les leaders étaient assignés à de nouveaux postes, à divers endroits. Juste quand on a le plus besoin de superviseurs pour déceler et traiter les BSO, dit le rapport, leurs rangs sont « dispersés à cause des charges et des postes ».

Le sergent Ted Peacock du 1er Régiment du génie de combat d’Edmonton, qui a été sujet à cinq affectations — au Kuwait, en Iraq, en Croatie/Bosnie et en Afghanistan — en 2004-2005 et en 2006-2007, a été victime du rythme. Il avait déjà demandé un emploi moins mouvementé, en 2007, après le congé subséquent à son tour en Afghanistan, mais on lui répondit qu’il serait parti pendant le mois de juin. Pendant les trois semaines du mois de mai passées au travail, il était parti huit jours. Ensuite, son congé d’été a été annulé et ce fut plus qu’il ne pouvait supporter. Un jour, il a demandé à son épouse de ne pas ramener leurs petits garçons à la maison parce qu’il ne voulait pas qu’ils le voient dans l’état où il se trouvait. Il avait détruit son atelier, auquel il tenait tant et il ne pouvait s’empêcher de pleu­rer. Ensuite, il s’est mis à passer des journées entières au lit.

Son épouse Angelle a été surprise d’apprendre qu’on l’avait diagnostiqué deux ans auparavant comme souffrant d’un trouble d’adaptation. « Je comprends que tout le monde est surmené, mais il avait été diagnostiqué il y avait deux ans […] et qu’ont-ils fait? Ils l’ont envoyé prendre un cours et puis ils l’ont envoyé à l’entrainement. » Il n’a pas été soigné à ce moment-là. « Je ne tiens pas l’armée entièrement responsable », dit-elle. Pour Ted, le devoir passait toujours en premier. « Une grande partie est due aux affectations, au rythme, à la vie. » Cet été, on l’a envoyé à une thérapie de patient hospitalisé pour dépression, trouble d’adaptation et SSPT.

Les soldats comme Philip et Ted ne pensaient pas à l’autonomie en matière de santé comme étant une partie de leurs fonctions. Cela ne faisait simplement pas partie de leur culture militaire. « Sans une direction forte et engagée, les modifications à la culture sont bien plus difficiles à effectuer et elles prennent plus longtemps, dit la protectrice du citoyen par intérim du MDN d’alors Mary McFadyen. « Le leadership mitigé a des conséquences réelles, des fois dévastatrices, pour les particuliers. »

Un rapport récent du Comité de la défense de la Chambre des communes a exalté le progrès identifié dans un sondage des Forces, mené de 2006 à 2008, qui indiquait que 80 p. 100 des sondés n’étaient pas d’accord avec « l’infamie stéréotypée ». Le sondage a aussi montré que la plupart des militaires ne croient pas que les gens qui souffrent de troubles de santé mentale sont faibles ou que leur carrière sera affectée. Il s’agit de tout un contraste par rapport au sondage de 8 441 soldats, mené en 2002, où quatre sur 10 de ceux qui avaient besoin d’aide psychologique refusaient d’en demander.

Mais, remarquant que « les attitudes concernant les problèmes de santé mentale dans les Forces sont toujours principalement mauvaises », le comité a recommandé au ministre de la Défense et au chef d’état-major de la défense de faire ensemble une annonce publique à tous les membres des Forces canadiennes, afin de décrire les efforts importants qui sont faits pour vaincre l’infamie.

La semaine suivante, Natynczyk lançait la campagne de conscientisation sur la santé mentale. Dans un vidéo, sur le site Web forces.gc.ca, il s’adresse au personnel des Forces. « Ce sont ceux qui ont eu de l’aide des collègues et des leaders de leur unité qui ont les meilleures chances de reprendre du service. Je m’attends à ce que les leaders de tous les niveaux créent une atmosphère de compréhension, d’acceptation et de soutien […]. »

Le Bureau des conférenciers conjoints et le SSVSO sont considérés comme les piliers de la campagne Soyez la différence. En même temps, l’unité interarmées de soutien au personnel (UISP), qui a été conçue pour rapetisser certaines des mailles du filet, offre des avantages et du soutien au personnel militaire malade ou blessé et à leurs familles. Grâce à ses 19 Centres intégrés de soutien au personnel (CISP) à travers le pays, l’UISP permet aux militaires d’avoir accès aux mêmes normes de soins, sans tenir compte du service ou du lieu.

Les CISP sont une immense amélioration par rapport à l’ancien système, dit le lieutenant-colonel Joe Pollock, commandant du CISP pour la région de l’Alberta et du Nord du Canada. Le premier CISP a été établi à la BFC Edmonton, en mars. « C’est un progrès révolutionnaire en ce qui a trait au soutien qu’on leur procure », dit-il. L’ancien système était compliqué et désordonné, ajoute-t-il, et « maintenant, il est coordonné et les programmes et les services des Forces et d’ACC sont sous un même toit : les travailleurs sociaux, les thérapeutes, les gestionnaires de cas, le SSVSO et le Centre de ressources pour les familles des militaires […]. Il y a aussi 14 employés d’ACC, un aumônier — et la Légion royale canadienne. Autrefois, tous ces experts étaient dispersés de tous côtés. » Maintenant, quand quelqu’un est affecté à un CISP, une équipe s’occupe du dossier ensemble, qui décide qui va faire quoi et quand.

On espère que ces services vont les aider à conserver le personnel. Par exemple, la formation d’un fantassin coute environ 315 000 $ : un investissement qui pourrait être gaspillé s’il perd confiance et quitte le service. Il y avait un simple soldat de 23 ans, blessé sérieusement à la tête lors d’un accident véhiculaire en Afghanistan, qui a été ramené chez lui. On lui a diagnostiqué un syndrome post-commotion cérébrale et un trouble anxieux. Pendant qu’il récupérait, son unité a aussi été ramenée au Canada, mais les formalités administratives ont retardé le dossier qui l’aurait ramené à son unité. Il a été affecté à la section des « “débiles”, avec les autres personnes brisées ». Ensuite, il a eu une expérience humiliante, quand il est passé à côté de ses amis qui se mettaient en ligne au peloton alors que, lui, il servait du café et des pâtisseries à des officiers. « C’est pas pour ça que je me suis engagé. »

Il décida de démissionner, bien qu’il restait encore neuf mois à son contrat. « Qu’est-ce qui arriverait si j’étais blessé encore? Où est-ce qu’on m’enverrait… à la section des débiles encore? »

Les soldats blessés, affectés idéalement à un CISP près de leur famille, ont dorénavant l’appui d’une unité traditionnelle pendant qu’ils guérissent et qu’ils reprennent des forces, ainsi que l’accès aux programmes et aux avantages des partenaires des services, dont les servi­ces de transition et des clients d’ACC, le régime d’assurance-revenu militaire (RARM), les centres de ressources pour les familles des militaires. Les CISP leur offrent une transition vers leur unité régulière ou vers la vie civile.

Peacock, par exemple, a été affecté au CISP d’Edmonton, qui avait déjà servi en ce qui a trait aux formalités administratives et à la réduction du nombre de déplacements à la base. Quand il sera prêt, le programme de travail intégré l’aidera à retourner à l’école ou à se préparer à travailler : « on est encore venu à mon secours tant qu’on a pu ».

« La grande différence entre les années 1990 et cette décennie, c’est le soutien, dit Passey. Le manque de soutien peut être tout aussi traumatisant que l’évènement lui-même », dit-il. Le soutien est très important pour l’endurance, ce qui est crucial quand il s’agit de se protéger des BSO. « Je pense que les Forces vont bien mieux. »

BESOIN D’AIDE?

Le Programme d’aide aux membres des Forces canadiennes et la ligne d’écoute 24 heures par jour d’Anciens combattants Canada : les deux offrent de l’aide psychosociale 24 heures par jour, à longueur d’année. 1-800-268-7708.

Centres de soutien pour traumatisme et stress opérationnel des Forces canadiennes : Ces centres sont situés partout au Canada et les informations pour communiquer avec eux se trouvent en passant par le lien des services de santé mentale des Forces canadiennes à http://www.forces.gc.ca/health-sante/ps/mh-sm/otssc-cstso/default-fra.asp

Centre pour le soutien des militaires blessés ou retraités et de leurs familles, du ministère de la Défense nationale : Il offre des renseignements et des services aux militaires et aux anciens combattants malades ou blessés et à leurs familles. 1-800-883-6094

Soutien social aux victimes de stress opérationnel (SSVSO) : Ce réseau de services est offert aux membres en service et aux anciens combattants (ainsi qu’à la Gendarmerie royale du Canada) et à leurs familles. Il offre un soutien aux pairs, aux familles et de deuil. www.osiss.ca

Cliniques de traumatismes de stress opérationnel d’Anciens combattants Canada : Les renseignements pour communiquer avec les cliniques se trouvent à l’en-tête Santé mentale à www.vac-acc.gc.ca/clientele 

Légion royale canadienne : La plus grande organisation de service au Canada, elle a des officiers d’entraide dans tous les coins du pays. Ils se trouvent aux filiales et aux bureaux divisionnaires de la Légion d’un océan à l’autre, ainsi qu’au quartier général, à Kanata (Ont.). Appelez sans frais au 1-877-534-4666 ou consultez www.legion.ca et passez par Bureau d’entraide. Les traumatismes de stress opérationnel, comme par exemple la dépression et le trouble de stress post-traumatique, peuvent donner droit à des avantages d’invalidité ou à une pension. Les agents d’entraide des divisions ou de la direction nationale assistent et représentent les anciens combattants en ce qui a trait à la procédure des demandes. Point n’est besoin d’être membre de la Légion pour obtenir de l’aide.

Pèlerins à l’ombre de la guerre

Pèlerins et autres voyageurs visitent le Monument commémoratif du Canada à Vimy. [PHOTO : SHARON ADAMS]

À 5 h 20, le 16 juillet 2009, sur une plage rocailleuse de France, un groupe de 30 Canadiens lèvent leur verre solennellement, lors d’une cérémonie improvisée, en l’honneur d’un sacrifice fait par leurs concitoyens il y a 67 ans. Le raid du 19 aout 1942 à Dieppe a été le jour le plus couteux pour les Canadiens à la Seconde guerre mondiale : presque 5 000 membres de la 2e Division d’infanterie canadienne y ont débarqué, dans le cadre de l’opération Jubilee. Plus de 3 300 d’entre eux en ont été victimes, dont 913 qui ont perdu la vie. Mille-neuf-cent-quarante-six autres ont été faits prisonniers.

« Nous nous souviendrons d’eux », promettent les membres du Pèlerinage de 2009 des leaders de la jeunesse de la Légion royale canadienne. Aucun d’entre eux ne se souvient des évènements horribles de ce jour-là; bientôt, personne, nulle part, ne pourra témoigner du courage et des sacrifices pendant les heures effroyables passées sur cette plage abandonnée par Dieu. Mais nous — NOUS — nous souviendrons d’eux, affirme le groupe lors d’une promesse répétée dans les cimetières mi-litaires et devant les mémoriaux dédiés aux morts canadiens de la guerre. Cet engagement envers le passé, le présent et l’avenir est renforcé quand ils marchent le long des plages, à travers les vergers et les bois, et le long des champs, dans les sillons desquels les Canadiens ont versé leur sang à la Seconde Guerre mondiale et à la Grande Guerre. En marchant de par les terres, ils ont l’occasion de voir l’histoire dans la bonne perspective et de comprendre les couts humains de la guerre. Ils pensent aux gens qui sont connus ici-bas, et à ceux que Dieu seul connait, et ils pleurent. Et ils font d’étonnantes découvertes.

Ed Fewer de GrandFalls/Windsor (T.-N.) en visite au Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel (France). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Au Bois des cuisiniers, au nord d’Ypres (Belgique), les pèlerins sont surpris de trouver un crâne et des morceaux d’os d’un bras. Dans cette même région — à la crête de Gravenstafel — ils trouvent une côte et une hanche. Ces découvertes, à ce qu’on appelait le saillant d’Ypres, sont soigneusement marquées et puis rapportées à la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, qui les recueille et essaie d’identifier les individus pour leur faire des obsèques convenables. Personne n’est encore sûr quand nous allons sous presse, mais il est probable que les restes sont ceux d’un Canadien. C’est dans ce secteur que les Allemands ont utilisé le gaz toxique pour la première fois, le 22 avril 1915. Les nuages de chlore ont décimé les forces françaises et créé une brèche. De plus, ces derniers ont lancé une contre-attaque pour forcer l’ennemi à s’enfuir du Bois des cuisiniers. Le 24 avril a eu lieu une attaque de l’ennemi, qui comprenait un bombardement sauvage, suivi par une attaque au gaz visant la ligne canadienne. Les Canadiens, frappés encore et encore par les éclats d’obus et le feu des mitrailleuses — et haletant à travers leurs mouchoirs — ont résisté jusqu’à l’arrivée des renforts.

À un autre moment pendant le pèlerinage, le légionnaire, leader et guide John Goheen a marché accidentellement sur ce qui s’est avéré un obus non explosé. C’était sur une piste qui serpente jusqu’à un cimetière, dans un champ de bataille qui a changé de mains à plusieurs repri­ses pendant la guerre. « Plus de 90 ans, et l’ombre de la guerre nous envahit », dit Goheen, un directeur d’école de Port Coquitlam (C.-B.) qui a guidé sept pèlerinages de la Légion.

Les participants sont d’accord. Ils di­sent que découvrir de tels objets va les aider à comprendre les conséquences de la guerre. Cela les aidera aussi à passer le flambeau du souvenir à une génération qui n’a jamais été touchée personnellement par les vieilles guerres. Les pèlerins peuvent recueillir des faits en lisant, en regardant des films et en prenant des cours, dit Goheen, mais c’est quand on se trouve sur place qu’on assimile vraiment les connaissances et qu’on les grave, avec les émotions, dans ce qu’il appelle « la mémoire informée ».

Le guide John Goheen fait remarquer un obus inexplosé de la Première Guerre mondiale. [PHOTO : SHARON ADAMS]

L’expérience émouvante des pèlerinages accroit notre respect envers les anciens combattants, dit la participante Ena Newman de Trenton (Ont.). « J’aimerais amener mes enfants (à un pèlerinage comme celui-ci). Pour que les jeunes puissent faire une telle expérience […]. »

C’est un outil précieux pour la Légion en ce qui concerne la perpétuation du souvenir — dans un monde affecté par les inserts sonores, les jeux vidéos, le gazouillage et des champs de l’attention qui se mesurent en nanosecondes. « Grâce à votre propre perspective sur ce que vous allez voir et apprendre […] rares sont les gens qui réussiront comme vous à promouvoir le souvenir », dit aux pèlerins le vice-président de la Direction nationale Gordon Moore.

Moore et son épouse Kathryn, d’Elmira (Ont.), sont à la tête du groupe, lequel comprend des pèlerins, de toutes les directions divisionnaires, qui ont été parrainés. Il y a des enseignants, des leaders de cadets… Il y en a aussi 16 autres, qui se sont joints à eux afin de faire cette expé-rience. Stephen Lemarec de la Colombie-Britannique/Yukon, Stephanie Farrer de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest, Brenda Fredrickson de la Saskatchewan, Myles Penny du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, Mary Van Ruyven de l’Ontario, Daniel Demers du Québec, Brian Vessey du Nouveau-Brunswick, David Andrews de la Nouvelle-Écosse/Nunavut et Jeffrey Noye de l’Île-du-Prince-Édouard ont été choisis par leurs divisions, mais ils sont parrainés par la Direction nationale. Le représentant de Terre-Neuve-et-Labrador, Leslie Forward, a été obligé de se retirer.

La première partie du voyage, lequel a eu lieu du 11 au 25 juillet, était concentrée sur la Seconde Guerre mondiale, et c’est alors que Dieppe s’est polarisé.

Le chagrin s’abat sur le groupe comme une vague, qui le noie dans l’émotion. Richard Thomas, un aviateur à la retraite âgé de 78 ans, pleure en marchant sur la plage où le meilleur ami de son père a été capturé, et qui est mort par la suite dans un camp. « Une partie de mon cœur reste à Dieppe et les esprits de Dieppe vont me suivre à tout jamais », dit Fredrickson d’Elrose (Sask.). Comme les autres pèlerins, l’ancien enseignant a lu, consulté des cartes et a écouté des conférences expliquant les plans de l’attaque. Ils savaient que les choses avaient mal tourné, que le secret et la couverture de la noirceur s’étaient éclipsés, que la puissance de feu de renfort avait été réduite; et les chances de réussir aussi.

À un abri fortifié allemand perché sur les falaises qui surplombent la vieille commune, les pèlerins finissent par comprendre combien visibles — combien vulnérables — étaient les alliés, même avant d’atteindre la plage. Ils trébuchent sous les falaises, à Puys, où le Royal Regiment of Canada a perdu 96 p. 100 de ses membres et ils comprennent combien il a dû être difficile de se mettre à couvert ou de s’avancer après le débarquement, en portant un sac et un fusil lourds, sous le feu provenant des falaises. Les membres du voyage voient bien que les pierres sont devenues mortelles quand elles étaient frappées par les obus. En regardant les vagues déferler, ils comprennent que les hommes blessés se noyaient dans la fureur d’une telle marée.

Jacob Durocher se recueille à la tombe d’un parent au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize (Normandie). [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Mon oncle dit que les cadavres étaient empilés comme du bois de corde”, dit Van Ruyven, un enseignant de Port Colborne (Ont.), en se rappelant les mots du survivant John Whitehead, qui a servi dans la Royal Hamilton Light Infantry. « L’eau était rouge de sang », et l’écume était rose.

Les visites aux tombes de leurs proches sont parmi les choses les plus importantes du programme pour nombre de participants, comme l’aviateur à la retraite Gary Newman et son épouse Ena, membre actuel de la Marine, et comme l’ami de la famille Perry Holland, tous trois de Trenton (Ont.). C’est important également pour Jacob Durocher, âgé de 16 ans, pour son grand-père Robert Peters, tous deux de Salaberry de Valleyfield (Qc), et pour son grand-oncle Stuart Peters de Morrisburg (Ont.). Le groupe agrandi comprend Annetta Lozo de Medicine Hat (Alb.), Ed Fewer de Grand Falls/Windsor (T.-N.), Richard Thomas de London (Ont.) et son fils James de Lucan, Ken Plourde d’Athabasca (Alb.), Sam Newman de London, le trésorier de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut Jack Hatcher et son épouse Cornelia de Lower Sackville (N.-É.), ainsi que des membres des familles de pèlerins parrainés, comme les conjoints de Mary et de Daniel, Josef Van Ruyven et Marie-Christine Monty, et Donnalee Noye, la mère de Jeffrey.

Les voyageurs quittent Dieppe et passent par d’autres champs de bataille et cimetières de la Seconde Guerre mondiale, ils retracent la géographie des grandes batailles de la Première Guerre mondiale — Ypres, la Somme et la crête de Vimy — et puis ils font une course aux endroits de la libération de la Belgique et des Pays-Bas. En chemin, ils passent par les autoroutes, les routes détournées et les sentiers boueux à travers les champs de fermes, pour participer à 15 cérémonies et visiter des cimetières et des champs de bataille. Ils déposent des centaines de drapeaux canadiens : un simple geste qui leur met souvent les larmes aux yeux.

Personne n’est prêt pour l’impact de ces expériences qui s’accumulent. Andrews de Stewiacke (N.-É.) est saisi d’une profonde émotion à la plage Juno. Son grand-oncle, le caporal Kenneth G. Andrews des North Nova Scotia Highlanders a atterri le 6 juin 1944 et il est mort trois jours après, lors des violents combats pour la libération de l’aéroport de Carpiquet et de ses environs. « J’étais à la plage Juno quand John (Goheen) m’a dit : “C’est ici que ton oncle a débarqué”. J’étais à Hell’s Corner et John m’a dit “C’est ici que ton oncle est mort”. J’étais au cimetière et je lui ai dit : “C’est ici que mon oncle repose.” »

Au cimetière de Beny-sur-Mer, Andrews dépose une couronne au mo­nument, et un drapeau et une photo de sa famille sur la tombe de son grand-oncle. Là, et à d’autres cimetières militaires, il dépose des drapeaux canadiens sur les tombes de ceux dont le nom est écrit sur le cénotaphe de Stewiacke.

Le sergent d’armes Brian Vessey au salut, au cimetière canadien de la guerre de Holten, (Pays-Bas). [PHOTO : SHARON ADAMS]

L’ingénieur de l’armée à la retraite Vessey s’est chargé d’apprendre les histoires de ceux dont les noms se trouvent au cénotaphe d’Oromocto. « J’ai été frappé par une épitaphe qui disait “Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur que vous ne m’oubliiez”. Il a fait huit estampages de pierres tombales, dont il se servira quand il parlera aux élèves et aux cadets, et pour en donner aux membres des familles. Cela, en plus des pierres de Dieppe, va animer ses présentations. « Une petite partie de l’histoire d’une vie rend cela réel (pour les jeunes gens). Cela le rend personnel […] cela va les toucher, leur ouvrir les yeux. Ici, les enfants voient les rappels [les champs de bataille, les monuments, les musées] mais nos enfants ne peuvent pas les voir. »

« J’ai appris il y a longtemps, à propos des enfants, dit Goheen, que cela ne sert à rien de leur rabâcher des faits. Il leur faut du contexte. Les enfants n’ont pas le sens du temps, alors les évènements lointains n’ont pas la signification qu’ils ont pour les plus vieux. Mais ils peuvent certainement sentir les choses. » Il a appris qu’il peut communiquer ses émotions en ce qui a trait aux évènements et aux endroits historiques « qui me font froid dans le dos et me mettent la larme à l’œil ». Maintenant, étant donné qu’il sait que les pèlerins pourront se servir de la même technique, il lie leurs intérêts personnels aux expériences de soldats, de marins ou d’aviateurs particuliers, et il tisse le tout dans ses orientations, aux lieux historiques.

Une de ces histoires va être transmise à l’Université Queen’s de Kingston (Ont.) cette année, où William Van Ruyven, fils de Mary et Josef, a remporté le prix commémoratif Reg Barker. Barker, qui a joué au football pour l’Université Queen’s et dans la Ligue canadienne de football, a été capturé au combat après le jour J. Il faisait partie de 40 prisonniers canadiens assassinés dans un champ près de la route de Caen-Fontenay-le-Pesnil. La colonne de prisonniers avait été interceptée pendant le transfert par un officier SS qui se mit à crier des ordres furieusement. Quelques minutes après, un convoi s’arrêtait et les fusils des gardes furent échangés contre des armes automatiques.

Comme Barker, le fils de Mary joue au football. « Je me suis sentie appelée ici, […] Reg Barker, même mort, est encore un leader pour les jeunes hommes », dit-elle. Elle a communiqué avec la famille de Barker et a parlé à sa nièce. « Elle dit que Reg […] avait dit aux autres que si les Allemands commençaient à tirer, de s’enfuir à toute jambe ». Il y en a cinq qui ont réussi à se libérer; Barker n’était pas du nombre.

Les repas en soirée sont un contrepoint aux émotions sombres ressenties pendant la journée. Après s’être présentés au cours du souper le premier soir à Caen, les pèlerins ont écouté la première des histoires divertissantes « Et maintenant, le reste de l’histoire » racontées par Sam Newman. C’étaient des petits plaisirs qui allaient des insignifiances jusqu’aux renseignements historiques et aux anecdotes fascinants, souvent sui-vis par des divertissements comme les chansons de groupe orchestrées par Fredrickson, avec à l’occasion un solo de Noye ou une présentation comique de Stephen Lemarec. Par la suite, les pèlerins se sont rassemblés dans un parc pour les répétitions des cérémonies à venir. Pendant tout le voyage, des camarades de la Légion en uniforme déposent tout à tour des couronnes, récitent l’Acte du souvenir et portent les drapeaux.

Cérémonies au cimetière militaire canadien de Groesbeek (Pays-Bas). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Ceux qui déposent les couronnes ou qui lisent l’Acte du souvenir ont souvent des raisons personnelles de le faire à un endroit en particulier. « C’est le jour où j’ai ressenti le plus de fierté, dit Moore, qui a déposé une couronne à la Porte de Menin, à Ypres, de la part de la Légion royale canadienne. À la Porte de Menin, un monument aux soldats du Commonwealth sans tombe connue, la circulation s’arrête à 20 h tous les jours pour une cérémonie où les pompiers jouent la dernière sonnerie et le réveil avec leurs clairons. Le jour le plus émotif du voyage, pour Moore, a lieu par la suite, quand il dépose la couronne à la cérémonie du cimetière militaire canadien de Bergen-op-Zoom (Pays-Bas). C’est là qu’il va voir la tombe de son grand-oncle, W.E.C. Stewart de la Royal Hamilton Light Infantry, tué à l’âge de 29 ans, le 17 octobre 1944. Stewart n’a jamais eu l’occasion de voir son fils Ken, qui est né six mois après son départ pour l’Europe.

Pour Ena Newman et Ed Fewer, c’est la cérémonie au Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel qui est la plus émouvante. Ils refoulent leurs larmes pendant la cérémonie qui a lieu sous le grand caribou en bronze, devant les plaques où sont inscrits les noms de plus de 800 Terre-Neuviens morts à la Première Guerre mondiale et dont la tombe est inconnue. La tradition militaire est res­pectable à Terre-Neuve, et Newman et Fewer viennent tous deux de familles à tradition solide. Un oncle de Newman était canonnier à bord d’un destroyer, à la Seconde Guerre mondiale. Il a été gravement blessé et a passé 18 mois dans une unité de soins aux brulés. Plusieurs parents de Fewer sont morts à la bataille de la Somme, en 1916. Il a déposé une couronne en l’honneur de son grand-oncle, mort le 1er juillet 1916 : le premier jour de la bataille de la Somme.

Pendant la Première Guerre mondiale, Terre-Neuve ne faisait pas encore partie du Canada et « roi et patrie » voulait tout dire, dit Fewer. C’est la deuxième fois qu’il se rend au mémorial. La première fois « m’a pas mal ébranlé. Je n’arrivais pas à comprendre […]. Tant de morts.» Le chagrin nouveau, d’après lui, est une bonne prévention pour les combats à venir. « Qui peut se passionner pour la guerre de 1812? demande-t-il. Venir ici, voir son propre nom, quelqu’un de sa propre famille […] ça c’est émouvant. » C’est pas important combien de temps a passé.

C’est vrai aussi pour ceux qui ont tiré parti des sacrifices des Canadiens. « Nous avons rencontré beaucoup de gens extra en France, en Belgique et en Hollande qui travaillent dur jour après jour pour garder les souvenirs de nos morts, dit Moore, et ils s’adressent à quiconque accepte de les écouter. »

David Andrews dépose un drapeau provincial sur la tombe d’un concitoyen néo-écossais au cimetière militaire canadien de Beny-sur-mer (Normandie). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Parmi ces passeurs de flambeau se trouve Jean Gosselin, âgé de 86 ans — qui commémore personnellement chaque année les Canadiens du raid de Dieppe — un des civils de la localité qui avait reçu l’ordre de ramasser les Canadiens morts. Gérard Livry-Level, propriétaire du château d’Audrieu, offre des visites de sa terre, en Normandie, où 26 soldats canadiens ont été assassinés, et sa sœur Monique Corblet de Fallerans dit avoir vu les Allemands emmener les Canadiens se faire tuer, en juin 1944. Ces soldats faisaient partie des 156 prisonniers canadiens envoyés dans la campagne normande, pendant les semaines qui ont suivi le jour J, par la « division des assassins » comme les Français appelaient la 12e Division de Panzer (jeunesse hitlérienne).

Ben Zonnenberg, la force motrice de la fondation de la filiale de la LRC Liberation of the Netherlands à Apeldoorn (Hollande), est infatigable quand il s’agit de promouvoir le souvenir de la libération.  Les pèlerins l’honorent en chantant quelques chansons apprises à la hâte. Et il y a Iris de Pover, qui s’efforce de graver les souvenirs chez les enfants en les aidant à ramasser des feuilles des érables du cimetière de Adegem, qu’ils utilisent pour faire des cartes de souhait.

Sam Newman (à g.) et le vice-président national Gordon Moore, quelques secondes après avoir déposé une couronne au Monument commémoratif de la Porte de Menin à Ypres (Belgique). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Pendant les semaines suivant le voya­ge, les pèlerins s’envoient des courriels pour s’offrir des trucs, pour ajouter des renseignements à ce qu’ils ont appris en Europe. Ils demandent aussi des conseils pour la préparation de leurs présentations, dont la première devait avoir lieu en septembre. « Nos jeunes n’apprennent pas cette histoire, car lorsque les soldats revenaient de la guerre, ils ne voulaient pas en parler, dit Josef. Il ne faut pas qu’on fasse la même erreur. Nous sommes responsables de la propagation de cette leçon. »

La responsabilité est plus facile grâce à la mémoire informée.

Gary Newman et Brenda Fredrickson au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Le secrétaire national Brad White se sent prêt

Brad White est le nouveau secrétaire national de la Légion royale canadienne depuis le 12 septembre 2009.

White désire rendre la Légion plus pertinente, plus active sous tous les aspects. Vétéran des Forces canadiennes, White est habitué à un rôle de chef et il est prêt à prendre des risques pour que le travail soit fait. Il s’est positionné fermement pour une lutte coriace : augmenter l’adhésion et façonner l’unité et la sensibilisation du public. C’est grâce à cela, croit-il, que naitra une Légion plus moderne, une Légion encore plus capable d’appuyer les anciens combattants.

Le secrétaire national a des raisons personnelles d’épauler les anciens combattants : en tant que militaire de troisième génération, il sait fort bien quels sacrifices leurs familles et eux-mêmes, ont faits. L’histoire militaire de sa famille commence du temps de son grand-père paternel, « Lefty » (gaucher) White, qui était enseignant et major réserviste, dans le South Saskatchewan Regiment. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le régiment a été mobilisé et envoyé en Angleterre, et puis il a participé au raid de Dieppe. « Ils ont débarqué sur une plage appelée Green, à Pourville », nous explique White.  Quelques mois plus tard, sa grand-mère recevait un télégramme de la Croix-Rouge lui annonçant que son mari était prisonnier de guerre, mais vivant. Lefty a été libéré à la fin des hostilités et, ironiquement, l’avion qui le ramenait en Angleterre s’est écrasé. Il s’est rétabli dans un hôpital anglais jusqu’à ce qu’il guérisse assez pour pouvoir rentrer chez lui.

Le père de White, Trevor, était pilote de Sabre F-86 à réaction. Brad est né en 1956, quand son père était en poste en Allemagne. Son enfance s’est passée dans plusieurs bases militaires et il s’est engagé à 19 ans. Quand il a obtenu sa commission, il a été affecté aux 8th Canadian Hussars (Princess Louise’s). Il a servi au Canada, en Allemagne et, avec les Nations Unies, à Chypre. Pendant sa carrière, il a été en service à l’état-major des plans nationaux et conjoints et à la Direction de l’Analyse de défense. Il était lieutenant-colonel quand il a pris sa retraite, en 1998, et il a été engagé en tant qu’officier d’administration et puis, ensuite, directeur d’administration à la Direction nationale.

L’expérience de ces années a servi à circonscrire les idées de White et l’ont préparé à s’attaquer aux pro­-blèmes cruciaux auxquels la Légion est actuellement confrontée. « Nous parlons de l’adhésion depuis toujours, dit-il. Mais je pense que nos autres problèmes fondamentaux sont notre visibilité auprès des Canadiens. C’est inouï : quand on parle aux gens de tous les coins du pays, “la Légion royale cana- dienne?” ils demandent, médusés, “Êtes-vous barman?” Alors je réponds : “Non; pas tout à fait”. Et puis je leur explique les programmes, comment nous apportons notre aide aux collectivités, ce que nous faisons pour les anciens combattants, toutes les bonnes œuvres qui nous occupent. Ils sont époustouflés d’apprendre tout ce que nous faisons. »

White va se concentrer sur la propagation d’informations, non seulement en améliorant la conscience du public à propos de la Légion, mais en améliorant la communication à l’intérieur même de l’organisation. Il croit que la compréhension suit la communication et, peut-être ensuite, le désir d’adhérer. En plus d’une campagne d’adhésion publique, il veut cibler ceux qui la délaissent.

En plus de s’attaquer aux problèmes de l’adhésion, il a l’intention de renforcer l’organisation en faisant disparaitre la perception du « nous » et du « eux » qui persiste à l’intérieur de la Légion, et introduire l’ère de la transparence. « Si on comprend que l’on fait partie d’une grande organisation, on sait où se placer et à quel point c’est important; c’est vraiment ça le fondement de ce que nous sommes. Une bonne dizaine d’organisations, de toutes les régions du pays, se sont assemblées, en 1925, pour former la Légion. »

Le nouveau secrétaire national devait rencontrer des gens d’autres associations d’anciens combattants à la fin octobre, pour discuter d’unité parmi les groupes d’anciens combattants.

La Légion a déjà les gens et l’infrastructure qu’il faut pour défendre les anciens combattants, et en démontrant cette capacité aux autres groupes d’anciens combattants, il espère les encou­rager à s’y rallier. Notre organisation est la seule organisation d’anciens combattants qui a un bureau d’entraide où l’on offre gratuitement une assistance aux gens qui s’y présentent. Nous avons une infrastructure qui s’étend d’un côté du pays à l’autre, ainsi qu’aux États-Unis et en Europe. »

White est heureux que le Conseil exécutif national ait épousé la nouvelle devise de la Légion « On se soucie ». « C’est important, parce que ça nous permet d’être flexibles auprès de ceux à qui nous parlons. On se soucie du militaire. On se soucie de notre nation. On se soucie de notre collectivité.

« Les anciens combattants ont cons­truit un pays après la guerre. On ne peut pas dire qu’ils ne se souciaient pas de leur nation. Ils étaient prêts à se sacrifier pour elle. C’est ce sur quoi on doit bâtir. »

Bien que White soit confiant que les anciens combattants modernes sont bien en train de se faire servir, tout comme ceux des guerres mondiales et de celle de Corée, il comprend aussi que l’avenir est semé d’embuches. Néanmoins, confronté à ces problèmes compliqués, il montre son optimisme : « Je pense que nous pouvons analyser les problèmes et nous en occuper, mieux qu’avant ».

Il a commencé son mandat avec éner­gie et enthousiasme, et il a l’intention de faire une différence. « Je ne veux pas être le fossoyeur, et je ne veux pas n’être que le gardien non plus. Je voudrais être le preneur de risques. »

Il est marié et a deux enfants. Il a rencontré son épouse, Thérèse, dans les Forces, où elle était travailleuse sociale. Leurs enfants Jonathan et Erik, qui servent actuellement dans la Gendarmerie royale du Canada, continuent la tradition de service.

Le 79e Congrès De La Division Due Nouveau-Brunswick

L’Importance De L’État Financier Du Nouveau-Brunswick

Cette année, seules les affaires comptaient au Nouveau-Brunswick. Il n’a fallu que deux jours et une élection rapide pour mettre la division sur la voie qu’elle va emprunter au cours des deux prochaines années.

Il s’agissait du 79e Congrès de la Division du Nouveau-Brunswick, lequel avait lieu, du 4 au 6 septembre, à la filiale Herman Good VC de Bathurst.

Bathurst est une ville pittoresque d’environ 13 000 habitants, sur la côte intérieure de la baie des Chaleurs, du côté atlantique du Canada.

Après une réception de peu de durée, mais où il y avait foule, donnée vendredi soir par la présidente de la Division Mavis Cooper, le congrès a commencé pour de bon à la filiale, samedi, par une salutation du représentant de la Direction nationale et grand président honoraire Charles Belzile, qui a déclaré : « de la part du président national Wilf Edmond, de toute la Direction nationale, je vous souhaite tout le succès possible ».

Peu après, Belzile déclarait le congrès officiellement ouvert et la secrétaire, Cindy Saunders, faisait le premier des rapports des délégués, dont le nombre était de 82 accrédités détenant 41 procurations, ce qui donnait 123 votes en tout. Il finirait par y avoir 101 délégués sur place détenant 60 procurations, ce qui donnait 161 votes en tout.

Avant le début de la procédure des élections, la chef de l’adhésion de la Direction nationale Maureen Thompson a prononcé un petit discours, remarquant que les effectifs sont toujours à la baisse en règle générale, et que les problèmes de la conservation coutent presque autant que ceux de l’attraction.

L’appel aux candidats a été rapide mais sérieux. Le seul nommé au poste de président honoraire a été Leo Johnson de la filiale Richibucto et il n’y a également eu qu’un seul candidat au poste de premier vice-président : Paul Poirier de la filiale Herman Good VC. Il y a eu trois nominations au poste de président : Clayton Saunders de la filiale Petitcodiac, Mavis Cooper de la filiale Chatham et l’ancien président de la division Dennis Driscoll de la filiale Portland de Saint John, mais les deux derniers ont opposé un refus.

La seule confrontation importante du congrès a eu lieu pour le poste de deu-xième vice-président, où Rick Love de la filiale Southampton, Theresa Gogan de la filiale Salisbury, Don Clark de la filiale Moncton et Egan Eggert de la filiale Passamaquoddy de St. Andrews ont accepté leur nomination. Love a remporté l’élection au premier scrutin.

Il n’y a eu qu’une seule nomination au poste de trésorier, celle de Gary McDade, de la filiale Fredericton, et bien que l’ancien président Tom Eagles de la fi­liale Marble Arch ait été nommé au poste de président des débats, il refusa de se présenter, ce qui permit à Harold Harper de la filiale Havelock de conti-nuer dans ce rôle-là.

Après les nominations est arrivé le moment du rapport de la présidente Cooper. « Pendant mon mandat, certaines de nos filiales ont eu des pro­blèmes, dit-elle. Les décisions que j’ai dû prendre l’ont été d’après les arrêtés de la Légion. J’ai passé nombre de nuits blanches, mais quand j’avais pris une décision, je m’y tenais. »

Tout n’était pas que mauvaises nouvelles, toutefois, et elle a poursuivi en mettant en évidence plusieurs de ses succès, notamment le soutien financier ininterrompu au Centre de ressources pour les familles des militaires, à Oromocto et le succès financier de la plaquette de reconnaissance de service militaire.

Le trésorier Gary McDade a aussi commencé son rapport en donnant des bonnes nouvelles sur les finances. Pendant les deux dernières années, les investissements de la division ont augmenté de 350 599 $ à plus de 540 000 $. Et la valeur nette de la division avait augmenté de 538 527 $ à 666 183 $.

Étant donné la santé des finances de la division, le nombre de bourses offertes aux étudiants a été doublé, de 25 à 50 et les dons aux anciens combattants, aux ainés et aux groupes de jeunes et de cadets ont été augmentés.

McDade a aussi parlé de ce qu’il a appelé « le marteau ». Il s’agissait du problème comme quoi toutes les filiales doivent soumettre leurs déclarations financières au bureau de la division dans les 90 jours suivant le 31 mars. Le pro­blème a empiré à cause des nouvelles normes internationales d’information financière, adoptées conséquemment à la crise financière des États-Unis.

Belzile a expliqué le point de vue d’Ottawa, se concentrant sur l’idée que bien que les temps soient durs, la meilleure chose pour le succès de l’organisation, c’est l’unité.

« Personne n’a jamais dit que ce serait simple d’être légionnaire, et c’est évident que ce ne l’est pas. Notre économie ne va pas bien, nos soldats continuent leur mission dangereuse outre-mer avec l’équipement que notre gouvernement peut se permettre et nos anciens combattants se tournent toujours vers nous quand ils ont besoin d’aide, mais nous continuons à nous chamailler à propos de boutons et de révérences plutôt que des problèmes importants », dit Belzile.

Il a ensuite expliqué que la Légion dépense à peu près 200 000 $ par année pour appuyer les militaires et les projets des Forces canadiennes, dont le Fonds de moral des troupes, les cadeaux de Noël pour les troupes déployées et le soutien des marcheurs de Nimègue.

« Notre collectivité d’anciens combattants est plus fragmentée que jamais […] tout le monde essayant de piger dans le même groupe quand il s’agit de recruter des membres. Nous avons communiqué avec les groupes principaux pour s’unir sous le drapeau de la Légion royale canadienne et, bien qu’aucun des groupes n’ait encore accepté, une douzaine des plus important d’entre eux ont accepté de poursuivre les discussions, afin que nous soyons tous sur la même longueur d’onde ».

« Sommes-nous toujours pertinents pour les soldats en devoir? a-t-il demandé. Je crois que oui, bien que beaucoup d’entre nous ne soient peut-être pas d’accord. […] mais il va falloir se dévouer et accepter de changer pour l’assurer. »

Le ministre d’Anciens combattants Canada Greg Thompson a prononcé un discours sur les efforts ininterrompus de son ministère, ce qui a été une belle complémentation pour la session de questions et réponses dirigée par la directrice régionale de l’Atlantique d’ACC, Krista Locke.

L’horaire après le dîner devait comprendre une petite session d’affaires avant de fermer pour la journée afin de régler le défilé et le service commémoratif traditionnels.

Cependant, auparavant, Jack Clayton a lu le rapport relativement morose sur l’adhésion. « Nous sommes les pires au Canada quand il s’agit de renouveler, dit-il pour commencer, et il a poursuivi en disant « Nous sommes aussi la pire des divisions à la campagne des lève-tôt, alors c’est nous le top. »

« Il est évident que la tendance à la baisse s’est transformée en plongeon dans notre sociétariat », a-t-il dit en conclusion.

Ensuite, les brèves salutations du président de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut Les Nash, de celui de l’Île-du-Prince-Édouard Jim Ross et de celui de l’Ontario Ed Pigeau ont précédé le rapport de Saunders sur le tirage de sweepstakes. Saunders a déconseillé de poursuivre cette activité car elle est déjà dans le rouge de 35 000 $ en commençant et qu’il n’est pas sûr qu’elle apportera des bénéfices. La recommandation ayant été approuvée par l’assemblée, le sweepstakes n’est plus.

À 15 h, le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick Herménégilde Chiasson a pris la parole brièvement, se lamentant qu’une autre filiale de la Légion venait de fermer ses portes, car les filiales sont une partie fondamentale de la vie au Canada et une force vitale du souvenir. Mavis Cooper lui a ensuite remis le prix de l’amitié de la Légion.

Le défilé et la cérémonie ont eu lieu au cénotaphe, au centre-ville de Bathurst, devant le vieux palais de justice en pierre. La manifestation s’est bien déroulée, qui s’est terminée lorsque Chiasson, Belzile, Cooper et le ministre Thompson sont montés sur une petite estrade où ils se sont fait saluer.

Belzile a commencé, dimanche matin, en lançant l’appel traditionnel relatif aux donations pour la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, qui se sont élevées à tout juste au-dessus de 4 000 $.

Le rapport sur les résolutions, lu par Saunders, est passé rapidement, sous une rafale d’accords, et toutes les motions — qui dans l’ensemble concernaient des problèmes de service aux anciens combattants plutôt techniques — ont été adoptées sans vraiment être débattues.

Après les rapports des commanders de district, il y a eu une demande de dons pour le Fonds de moral des troupes. Une motion a été proposée, pendant que les dignitaires en visite circulaient avec les paniers, pour que la Division du Nouveau-Brunswick fasse aussi un don au fonds. Après un petit conciliabule sur scène, Cooper a pris le microphone et déclaré que la fondation de la division pouvait donner 5 000 $. L’assemblée l’a approuvée, ce qui a donné une donation totale de presque 5 300 $.

Toutes les affaires ayant été réglées, le moment de l’installation des nouveaux officiers était venu, qui s’est terminé par le discours traditionnel du nouveau président.

« Merci de me faire confiance, dit Saunders à la foule. Quand je suis entré à la Légion, à 19 ans, je ne pensais pas du tout qu’un jour je serais président de division. »

Il a ensuite parlé de ce qu’il a l’intention de faire pendant son mandat.

« Nos anciens combattants sont notre priorité absolue, et nous devons faire en sorte que tous les anciens combattants, ceux à venir inclus, obtiennent les soins et l’attention qu’il leur faut. »

« Les filiales ont de la difficulté, a-t-il remarqué, mais qu’est-ce qu’on y peut? » Le fait que « les filiales admettent rarement qu’elles sont en difficulté est un problème. […] La Division du Nouveau-Brunswick est prête à vous donner un coup de main comme elle pourra. […] Nous faisons tous partie de la même organisation et nous devons nous serrer les coudes. »

Il a continué en parlant de ce qui, croit-il, est une des raisons principales pour lesquelles les filiales sont en difficulté. « La diminution du leadership et des connaissances concernant les moyens de la Légion est un problème important. Alors on va créer un comité du développement organisationnel. […] Je suis sûr qu’avec une nouvelle formation, certains des problèmes actuels des filiales seront soulagés, sinon éliminés. »

Le prochain congrès aura lieu la fin de semaine de la fête du Travail, à la filiale Fredericton, en 2011.

Les Jeunes Athlètes Font De Leur Mieux

Les championnats nationaux d’athlétisme de la Légion royale canadienne de cette année, qui ont eu lieu du 5 au 11 aout, à Sherbrooke (Qc) à nouveau, ont été un vrai raz de marée de records pulvérisés et de rendements incroyables : les athlètes de partout au Canada s’efforçant de se surpasser les uns les autres pour devenir champions nationaux.

Au bout de deux jours d’entrainement, la manifestation a commencé par une cérémonie d’ouverture par une soirée fraiche, le vendredi, au stade de Sherbrooke. Pendant que les quelques centaines de jeunes s’asseyaient simplement sur la piste, la première vice-présidente Pat Varga dirigeait la cérémonie d’ouverture, lisant gravement l’Acte du Souvenir.

Cette manifestation annuelle, organi­sée de concert avec Athlétisme Canada, était la deuxième où des athlètes de l’extérieur du système de la Légion avaient le droit de participer. Et cette année, on n’en sera pas surpris, il y a eu un très grand nombre d’athlètes de clubs privés de tous les coins du pays, comme les Lions d’Ottawa et la Phoenix Athletic Association de la région torontoise.

L’adjonction à la manifestation de ce qu’on appelle les athlètes « ouverts » a non seulement augmenté les revenus, mais a amélioré encore plus la portée de cette rencontre autorisée nationalement. Quelque 80 p. 100 de l’équipe nationale d’athlétisme canadienne ont participé au concours de la Légion.

C’est le samedi matin qu’ont débuté les compétitions elles-mêmes. Un des premiers bris de records a eu lieu quand l’Ontarienne Sarah Moss a fixé un nouveau record de la Légion chez les filles de moins de 16 ans, en lançant un disque à 39,01 mètres : un mètre de plus que l’ancien record. Elle a brisé un autre record de la Légion peu après, celui du poids, grâce à un lancer de 13,72 mètres. Ce n’est pas surprenant qu’étant donné ces deux performances, elle allait être choisie meilleure athlète des championnats.

Ensuite, ce fut le tour de la Britanno-Colombienne Katie Reid de fixer un nouveau record, à la course de 400 mètres chez les filles de moins de 18 ans cette fois-ci, avec un chrono de 54,90 et, mentionnons-le, Carly Paracholski du Manitoba a aussi brisé le record en 55,19.

Mais un des rendements de la journée les plus fascinants a sans nul doute été celui où, bien qu’aucun record n’ait été brisé, il y eut un rétablissement specta­cu­laire. C’était au steeple-chase des filles de moins de 18 ans, une longue épreuve de course où les compétitrices devaient sauter plusieurs obstacles, dont une rivière. La Britanno-Colombienne Alycia Butterworth avait participé aux championnats de la Légion l’an dernier et, bien que sa course avait été superbe, elle n’avait pas gagné. Ce ne serait pas pareil cette année, mais il allait lui falloir se battre.

À son deuxième passage de la rivière, la fille de 16 ans a fait une petite erreur et s’est étalée dans l’eau, complètement submergée.

Quand elle a surgi de l’eau, plusieurs filles l’avaient dépassée. Où d’autres auraient sans doute abandonné, elle n’a même pas hésité : elle s’est élancée à toute vitesse et a rejoint les autres, terminant en première place et inscrivant un meilleur chrono personnel en même temps.

Quand elle était sortie de l’eau et qu’elle avait repris la course, on voyait bien que Butterworth était en train de crier. De quoi s’agissait-il? Elle s’était écriée : « Encore? Vraiment ».

Elle était déjà tombée sur la piste de Sherbrooke, quand elle s’entrainait en vue de l’épreuve de cette année. « Quand j’ai plongé dans l’eau, je me suis dit : “C’est pas croyable, je suis encore tombée”. » Là-dessus, elle dit en riant qu’elle cherche le bon côté des choses.

« Super, je me suis rafraichie, ça va m’aider », se souvient-elle d’avoir pensé.

L’autre chose à laquelle elle pensait aussi, c’est que les gens dans les tribu­nes allaient rire d’elle parce qu’elle était tombée. « Je me suis dit : “Il faut absolument que je me relève et que j’essaie”. Je me suis concentrée plus que jamais parce que j’allais vraiment devoir me battre et prouver à tous ceux qui me regardaient et qui riaient peut-être de moi, que je suis vraiment une coureuse. »

Elle l’a prouvé, que c’est une coureuse. Elle a fini par battre son meilleur chrono personnel d’environ quatre secondes, un rendement qu’il faut bien qualifier de spectaculaire.

Comme si cette victoire ne suffisait pas, peu de temps après, elle remportait l’or au relais 4×400 mètres avec ses coéquipières de C.-B./Yn Haleigh Lloyd, Devan Wiebe et Katie Reid.

Samedi, en fin d’après-midi, chez les Albertaines de moins de 16 ans, l’équipe de relais quatre courses fixait un nouveau record de la Légion. L’ancien était de 4 min 6,4 s et l’équipe de Sage Watson, Jazmine Grannum, Shamelle Pless et Jenna Westaway réussit à couvrir la longueur en 4 min l,26 s.

Le dernier rendement extraordinaire de la journée est celui de Aaron Brown du Phoenix Athletic Club. Il a brisé le record de la Légion chez les garçons de moins de 18 ans aux 100 mètres en 10,9 s, mais son chrono n’a pas été officiel en tant que record parce qu’il faisait partie de la classe « ouverte » des athlètes. Il a aussi remporté la course de 200 mètres chez les moins de 18 ans.

Les prouesses n’ont pas manqué le dimanche non plus.

En plus des nombreux records de la Légion brisés ce jour-là, il y a eu l’histoire d’un jeune Saskatchewannais. Tyler Young, âgé de 14 ans, a réussi à remporter la médaille d’or chez les garçons de moins de 16 ans aux 300 mètres haies. Il n’a pas battu de record mondial, ni même celui de la Légion, avec son chrono de 40,12 s, mais il a certainement battu celui de la Saskatchewan. Et il s’agissait d’un record très important pour lui et pour son entraineur Jason Reindle, car c’était le record que Reindle lui-même avait fixé quand il était jeune.

« Ça fait longtemps qu’il dit qu’il m’entrainait pour battre son record, dit Young. À l’entrainement, j’étais proche, mais je l’avais jamais battu. Il arrêtait pas de m’achaler, de me dire qu’il fallait que je le brise. »

Dans le véritable esprit de cette ma­ni­festation, Young a relevé le défi de son entraineur et, non seulement a-t-il brisé son record, mais il a aussi inscrit son meilleur chrono personnel pour ce faire.

Après les épreuves, tout ce qu’il restait à faire, c’était la cérémonie de fermeture, aller danser et prendre une journée de congé; journée où les athlè­tes sont allés visiter les attractions touristiques de la localité.

À la cérémonie de fermeture, qui a eu lieu dans l’enceinte du manège militaire de Sherbrooke, Varga était sur place pour présenter l’orateur principal, le caporal-chef Jody Mitic, un tireur d’élite des Forces canadiennes qui a perdu les deux jambes lors d’une explosion en Afghanistan, en 2006.

« Le caporal-chef Mitic aurait très bien pu abandonner, dit Varga. Mais il ne l’a pas fait. C’est ça l’engagement. »

Mitic a prononcé un discours électrisant à la foule des jeunes athlètes sur leur trente-et-un, leur parlant de sa blessure et son rétablissement, y compris le fait assez surprenant qu’il était en train de s’entrainer pour courir un semi-marathon cet automne, et qu’il avait l’intention d’en courir un entier l’an prochain.

Après son discours, un groupe de jeu­nes athlètes, avides d’en savoir plus sur son histoire, ont entouré Mitic et lui ont même demandé avec bravache de leur permettre d’examiner ses prothèses, ce à quoi il a acquiescé gracieusement.

Comme dernière affaire à la cérémonie de fermeture, les deux athlètes de l’année de l’évènement ont reçu leur prix. Sarah Moss a gagné pour son rendement au disque et au poids et l’Ontarien Stephen Ajayi pour sa médaille d’or chez les garçons de moins de 16 ans aux courses de 100 et de 200 mètres.

Les prochains championnats d’athlé­tisme de la Légion auront lieu à Ottawa, en aout 2010.

La Légion collabore avec l’Unité interarmées de soutien au personnel

Des discussions ont actuellement lieu à propos d’un projet pilote qui concerne la Division de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest et son Bureau d’entraide à Edmonton. L’objet de l’initiative est d’ins­taller un officier d’entraide de la direction au Centre intégré de soutien au personnel (CISP), à la garnison militaire d’Edmonton.

La correspondance continuelle entre l’UISP et la Division de l’Alberta– Territoires du Nord-Ouest nous a permis de savoir où notre Bureau d’entraide aurait probablement la meilleure influence. Une des entreprises les plus prometteuses concernait l’assistance de poursuivre les demandes concernant l’invalidité faites à ACC.

D’habitude, le Bureau d’entraide travaillait indirectement avec le personnel du service de Soutien aux blessés et administration, situé à la garnison, ainsi qu’avec les fournisseurs médicaux militaires de la 4e Escadre de Cold Lake et de la BFC  Wainwright. Les cas étaient portés de façon sporadique à l’attention des agents d’entraide d’Edmonton où l’on pouvait faire les demandes liées à l’invalidité pour les soldats blessés à l’entrainement qui précède le déploiement ou dans le théâtre. Les soldats sujets à une libération médicale dont les blessures n’étaient pas nécessairement reliées à une blessure de déploiement, étaient également envoyés au Bureau d’entraide par le personnel de la clinique. L’avantage d’un représentant sur les lieux c’est que cela permet une communication plus rapide entre les intéressés.

Cette association devrait être bénéfique pour tous les gens concernés car, traditionnellement, nous nous rendons à ces lieux quatre fois par année.

L’intervention liée au Fonds du coquelicot a aussi été sujet à discussion. On sait que les soldats libérés ne demeurent pas tous dans les grands centres urbains. Les officiers d’entraide des directions ont les relations nécessaires — par l’entre­mise des filiales — pour savoir s’il y a possibilité d’assistance dans les régions éloignées et si c’est le cas, est-ce qu’on peut s’y occuper des besoins spécifiques des soldats ou de leurs familles. Notre capacité d’enquêter sur les cas et de déterminer quelle est la meilleure marche à suivre pourrait aider ces particuliers à combler un vide entre les programmes de ressources et soulager pendant un certain temps les causes de stress.

De plus, cette entreprise et ses relations potentielles pourraient nous donner l’occasion de jouer d’autres rôles de soutien. Cela donnera à notre organisation un profil du soldat blessé en Afghanistan. L’usage est habituellement d’augmenter les postes de chaque force opérationnelle avec des soldats réguliers et réservistes de tous les coins du pays. L’identification de ces personnes par le Bureau d’entraide et notre liaison avec nos collègues du pays ne peuvent que servir pendant le processus de transition et de réintégration. Que le soldat et sa famille reviennent au Manitoba, en Ontario ou en Nouvelle-Écosse, notre réseau de soutien est disponible.

Cette relation fournira au Bureau d’entraide et à la Légion la visibilité en ce qui a trait aux rouages internes du Programme du départ dans la dignité :  un programme administré par l’UISP qui offre l’adhésion gratuite à la Légion pendant un an au personnel libéré.

L’assistance a toujours été un mandat prioritaire du Bureau d’entraide. Nous croyons que la publicité obtenue grâce à cette entreprise mettra en valeur notre image.

Dans le cadre de ce programme d’essai, le Bureau d’entraide d’Edmonton appuiera cette place une fois par semaine. On reverra le calendrier au besoin.

 À votre service est rédigé par les officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec l’un d’eux, composer, sans frais, le 1-877-534-4666, ou consulter le site Web d’une direction. Les archives de 3 années se trouvent à www.legionmagazine.com

Un partenaire coloré adhère au Programme de bénéfices pour membres

Les bonnes nouvelles se succèdent. Encore une fois, la Légion royale canadienne est fière de présenter un nouveau partenaire du Programme de bénéfices pour membres (PBM). ICI Paints et les magasins Bétonel, leader canadien des peintures décoratives, offrent 25 p. 100 de rabais aux membres de la Légion dans les magasins ICI Paints et Bétonel (anciennement Color Your World) à travers le Canada. Les légionnaires n’auront qu’à présenter leur carte de membre et mentionner le numéro de compte 2834448-7 au commis du magasin où ils achètent leur peinture pour tirer profit de ce rabais formidable.

ICI Paints et Bétonel offrent une ligne complète de produits de peinture à valeur ajoutée dans leurs 210 magasins, dont les marques Dulux, Glidden et Bétonel. ICI Paints est une division de AkzoNobel, qui emploie presque 1 800 personnes au pays au service des marchés du consommateur et du professionnel de la rénovation et de la construction. Pour plus de renseignements, allez à la page 6.

La Légion s’efforce de rendre ce programme mutuellement bénéfique à ses membres et à chaque partenaire du programme de BPM. Les partenaires comme MBNA MasterCard ont grandement contribué à la Légion alors que d’autres, comme Travelodge, Philips Lifeline Canada et Relocation Canada n’offrent des bénéfices qu’aux membres. Pour démontrer son engagement, Medipac Travel Insurance partage son appui avec la filiale du membre de la Légion qui achète de l’assurance chez elle et, maintenant, ICI Paints fait aussi partie du programme. Son rabais de 25 p. 100 entraine de grandes économies pour les membres ainsi que pour les filiales.

La LRC travaille dur pour bâtir un programme diversifié et vigoureux pour tous ses membres et aujourd’hui le PBM a une valeur suffisante pour compenser les frais d’adhésion à la Légion. Le PBM ne peut que s’améliorer avec votre appui, et tout le monde y gagne.

Chère maman, de « Quelque part » en France

On ne sait trop comment, on l’a trouvé dans un fossé le long de ce qui était une section d’autoroute nouvellement construite : l’autoroute ontarienne 401. C’était en 1967 et le paquet contenait 172 cartes postales écrites à sa petite amie, pendant la Première Guerre mondiale, par un jeune simple soldat canadien. Personne ne sait comment les cartes se sont trouvées là. Elles sont peut-être tombées — par accident — d’un camion ou d’une remorque. Heureusement que quelqu’un l’a remarqué et a décidé d’aller voir ce que c’était. Aujourd’hui, les cartes sont conservées en sécurité, au Musée canadien de la guerre.

La valeur des lettres et autres documents personnels du temps de la guerre est incalculable, et l’histoire intarissable qu’est le Canada dépend sérieusement de la manière dont de tels documents historiques sont conservés. À ce propos, c’est la profondeur de la compréhension des gens concernant l’importance de ce qu’ils trouvent que tout commence; dans une vieille boite de chaussures, au grenier… Journaux, lettres, cartes postales, vieilles photos, livres de paie, documents d’enrôlement, médailles, souvenirs : tous révèlent quelque chose de personnel à propos des hommes et des femmes qui ont servi. Ils sont partie intégrante du passé de notre patrie, et de son avenir; ils font partie de notre expérience commune et de notre caractère vital.

Il est plus difficile chaque jour de reconnaitre leur valeur, car nous sommes nombreux qui sommes fort éloignés des temps et des lieux que connaissaient nos grands-parents et nos arrière-grands-parents. Les gens qui ne connaissent presque rien des guerres mondiales et de la guerre de Corée peuvent — sans y penser — jeter à la poubelle une partie importante de l’histoire de famille.

Les documents qui sont sauvegardés — ceux qui sont gardés minutieusement et transférés parmi les branches des arbres généalogiques qui s’étalent ou emballés et envoyés à un musée ou à une archive — survivent habituellement grâce à des gens qui sont conscients non seulement de l’importance du souvenir, mais du besoin de sauvegarder l’histoire telle que l’ont écrite les participants de la guerre. Bien entendu, pour en arriver là il faut que la société comprenne l’importance d’enseigner l’histoire et de transmettre les histoires personnelles qui s’y rapportent.

Dans ce numéro-ci, nous présentons une collection de lettres des temps des guerres, de la Grande Guerre à la guerre d’Afghanistan (non traduit). C’est une tranche relativement infime de ce qui se trouve au Musée canadien de la guerre et aux musées, archives et sites Web du pays. C’est typique des collections perdues, ou qu’on n’a pas encore découvertes parce qu’elles sont encore rangées dans les greniers et les sous-sols où elles attendent leur sort.

Là-dessus, nous encourageons nos lecteurs à maintenir la tradition en utili­sant les cartes postales déjà adressées qui se trouvent dans ces pages. On ne saurait nier que les soldats canadiens en service à Kandahar (Afghanistan) apprécieront les souhaits chaleureux du front intérieur, surtout en ce temps-ci de l’année.

La voix d’une génération

Les écrits de Douglas Fisher sont la voix de sa génération. Son point de vue sur les gens et la politique du Canada était le point de départ de sa chronique, intitu­lée Between Ourselves (entre nous), que nous avons publiée de 1975 à 2005. C’est avec regret que nous rapportons son décès, lequel a eu lieu, en septembre, à l’âge de 89 ans (non traduit).

Sa chronique concernait principalement la politique de son temps ou quelque nouvelle perception de notre passé à laquelle il venait d’être sujet en lisant un des nombreux livres qu’il consultait chaque année. Douglas Fisher était surtout la voix des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. La guerre l’a formé de bien des façons. Il avait ressenti le patriotisme qui pousse un jeune homme à s’engager dans les 12th Manitoba Dragoons, et la discipline du soldat. Pendant la guerre, il a vu les horreurs du combat et le gaspillage que l’occupation cause.

Après la guerre, il a tiré profit des avantages offerts aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui a permis d’aller à l’université et puis ensuite de devenir enseignant ainsi que bibliothécaire au Nord-Ouest de l’Ontario. Ces avantages existaient parce que les vétérans de la Première Guerre mondiale avaient fait pression pour les obtenir, par l’entremise d’organisations comme la Légion royale canadienne. Désireux de faire sa part pour améliorer la vie des Canadiens, Fisher a servi à la Chambre des communes en tant que député, entre 1957 et 1965.

Quand il s’est mis à écrire à temps plein, il argumentait encore en faveur de meilleurs avantages pour les citoyens, l’unification du pays et du sens commun chez nos élus.

Sa génération a changé ce pays et a produit les enfants du baby boom. C’est parce qu’il pouvait refléter cette génération qu’il a trouvé un écho chez nos lecteurs.