Les meilleurs membres d’équipage de char d’assaut
Le Three Rivers Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale
Le Three Rivers Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale
COMMENT LES BRITANNIQUES ET LEURS SUJETS CANADIENS ONT REPOUSSÉ L’ATTAQUE DE 1775-1776 CONTRE LA PROVINCE DE QUÉBEC
Le raid de St. Albans de 1864, pendant la guerre civile américaine, fut lancé au nord de la frontière

Le pape Pie IX (à g.) avait besoin d’aide militaire pour se défendre contre une révolution et des milliers de catholiques des quatre coins du monde se sont faits zouaves pontificaux.[Library of Congress/2003679782]
On appelait zouaves les fantassins des régiments français levés en Afrique du Nord dans les années 1830. En 1861, des volontaires français organisèrent une force internationale de milliers de zouaves pontificaux pour protéger les États pontificaux, territoires administrés par le Vatican en Italie. Ils étaient alors menacés par les forces révolutionnaires qui vou-laient unifier toute l’Italie. Le pape Pie IX avait besoin d’aide militaire, et des centaines de catholiques ca-nadiens, surtout des francophones du Québec, se portèrent volontaires.
Benjamin-Antoine Testard de Montigny fut le premier Canadien à endosser l’uniforme en février 1861. Hugh Murray, journaliste catholique anglophone dont l’oncle était évêque de Kingston, le rejoignit. Murray servit pendant neuf ans, plus longtemps que tout autre Canadien. Lors de son retour, en 1861, de Montigny déclara qu’il aurait été fier de « mourir pour la cause catholique ».

catholiques des quatre coins du monde se sont faits zouaves pontificaux.[Wikimedia]
Alfred Larocque se joignit aux zouaves en février 1867. Il fut blessé le mois de novembre suivant aux abords de Rome, à la bataille de Mentana où l’armée papale stoppa les forces de l’unification. La presse francophone du Québec rapporta avec enthousiasme la bravoure de Larocque, ce qui suscita chez les lecteurs un intérêt accru pour les zouaves.
Monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal, était soucieux de brider l’essor du libéralisme et même de l’anticléricalisme, et il souhaitait montrer que le Canada français acceptait la primauté du pape dans tous les domaines. Il encouragea le recrutement d’un bataillon de zouaves canadiens tout au long des années 1860.
En 1867, les fonds collectés au Québec furent suffisants pour équiper et déplacer une force de catholiques canadiens en Italie. Lors d’un sermon du 17 novembre 1867, monseigneur Bourget tint ces mots aux fidèles : « Il y a, nous le savons, dans cette ville et dans toute l’étendue du pays, beaucoup de jeunes gens qui brûlent du désir d’aller […] s’immoler pour la défense […] de l’immortel Pie IX. »
Bourget voulait que les soldats catholiques représentent l’élite sociale, et il y avait parmi les recrues 11 avocats, quatre notaires, plusieurs enseignants et fonctionnaires, ainsi que de nombreux étudiants souvent âgés de 18 ou de 19 ans. Ils étaient issus des familles bien connues de la bourgeoisie de Montréal, et beaucoup d’entre eux avaient des liens avec diverses unités de milice ou de corps de cadets de collège. Il y avait aussi bien sûr des volontaires de petites villes, et une poignée venant de l’extérieur du Québec.

L’évêque de Montréal, Ignace Bourget a concouru au recrutement de Canadiens.[BAC/2908064]
Le premier contingent, qui comptait 135 zouaves et auquel des milliers de sympathisants et de spectateurs dirent au revoir, quitta Montréal en février 1868. Le 9 mars, les Canadiens, bien équipés, atterrirent au port de Civitavecchia, dans les États papaux, où ils reçurent le drapeau papal sous lequel ils allaient servir.
Charles-Edmond Rouleau, un zouave qui arriva à Rome au mois de mai en tant que membre du deuxième contingent de Canadiens, mentionna par la suite : « Le 18 mai nous sommes les plus heureux des mortels. Nous avons signé notre engagement comme Zouaves pour deux années […]. Pie IX sera désormais notre roi. » Les Canadiens formaient le seul groupe de zouaves qui ne venaient pas d’Europe.
De plus petits groupes de Canadiens arrivèrent en Italie en 1868 et en 1869, et certains servirent dans des bataillons autres que canadiens. Le dernier contingent, formé de 114 hommes, débarqua en France en septembre 1870. Il était encore là lors de la capitulation du pape. En tout, 507 Canadiens s’étaient portés volontaires pour la défense de la papauté.

Charles-Edmond Rouleau était unCanadien parmi des centaines qui ont servi en tant que zouaves pontificaux.[Wikimedia/BAnQ]
Les Canadiens avaient servi principalement comme soldats de garnison et ne s’étaient presque pas battus. Aucun d’entre eux n’était mort au combat, et trois seulement y avaient été blessés. Neuf étaient morts de maladie ou lors d’accidents.
Les zouaves pontificaux du Canada furent acclamés comme des héros à leur retour au Québec. En 1871, 14 anciens zouaves fondèrent la municipalité de Piopolis, nommée en l’honneur de Pie IX, au bord du lac Mégantic, dans les Cantons de l’Est du Québec. La municipalité évoque aujourd’hui le souvenir de cette période où certains des catholiques québécois les plus fervents se firent soldats du pape.
La bataille de Châteauguay ne fut qu’un petit combat de la guerre de 1812 qui se joua entre les États-Unis et la Grande-Bretagne à 45 kilomètres au sud-ouest de Montréal. Mais, il est possible que la survie même du Canada ait reposé sur son issue.
N’étant pas parvenus à occuper le Haut-Canada (l’Ontario d’aujourd’hui) en 1812, l’année suivante, les États-Unis tentèrent de couper la voie d’approvisionnement qui y menait en s’emparant de Montréal et en contrôlant le Saint-Laurent.
Une force d’invasion américaine venant de l’ouest se dirigea vers Montréal, tandis qu’une autre, commandée par le général Wade Hampton, se déploya du sud.
Comme les fortifications le long de la rivière Richelieu lui semblaient considérables, Hampton se dirigea d’abord vers l’ouest avant de longer la rivière Châteauguay vers le nord. Le 21 octobre, l’armée de Hampton constituée de 2 600 fantassins, 200 cavaliers et dix canons franchit la frontière du Bas-Canada (le Québec d’aujourd’hui).
Une force entièrement canadienne rassemblée hâtivement qui était formée de 1 500 réguliers, miliciens et volontaires, principalement originaires des collectivités francophones et anglophones de la région de Montréal, barra la route aux envahisseurs avec l’aide d’environ 150 guerriers mohawks. Cette force était commandée par le lieutenant-colonel Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry, officier canadien-français de 34 ans aguerri et bien connu qui servait dans l’armée britannique depuis 20 ans.
Les Canadiens avaient dressé cinq barricades solides et bien situées qui s’étendaient sur environ trois kilomètres de la rive nord de la rivière Châteauguay. Ces épaulements, des abattis, étaient principalement constitués d’arbres coupés. Ils étaient érigés à des intersections de ravins le long de la voie accidentée que les Américains devaient emprunter. La première ligne de défense cruciale comprenait 100 hommes de l’unité de Salaberry, les Voltigeurs canadiens aguerris en uniforme gris, flanqués des détachements de Fencibles canadiens, de miliciens de Beauharnois, ainsi que d’environ 25 guerriers autochtones. Le corps s’élevait à 300 hommes.
Pendant la nuit du 25 au 26 octobre, Hampton envoya quelques 1 000 hommes avancer sur un kilomètre et demi le long de la rive sud, à la recherche d’un gué derrière le premier abattis de la milice canadienne-française. Les hommes ainsi positionnés, il comptait pendant ce temps lancer une attaque contre cette même barricade et prendre son adversaire en tenaille.
La bataille commença le 26 octobre en fin de matinée, alors que la force américaine de la rive sud émergeait épuisée de l’épaisse forêt marécageuse. Elle affronta pendant plusieurs heures et de manière peu concluante les nombreux défenseurs canadiens que Salaberry avait dépêchés par prudence de l’autre côté de la rivière pour empêcher le passage.
Les Canadiens accusèrent lA perte de deux hommes, 16 blessés et quatre disparus.
Bien qu’ils aient vu leurs compatriotes se faire repousser, les membres du reste de la force américaine du côté nord avancèrent tout de même vers l’abattis canadien. Toutefois, les salves répétées des attaquants furent inefficaces et la riposte des Canadiens les arrêta avant qu’ils ne l’atteignent. Le lieutenant Charles Pinquet des Fencibles canadiens raconta par la suite que ses « hommes [avaient] chacun tiré de 35 à 40 balles […] à hauteur de tête ou de poitrine d’homme. [Sa] compagnie a été engagée pendant à peu près trois-quarts d’heure avant l’arrivée de renforts. »
Hampton, qui hésitait, finit par se replier de l’autre côté de la frontière. La bataille avait duré cinq heures. Les États-Unis admirent que leurs pertes s’étaient élevées à 23 morts, 33 blessés et 29 disparus, dont 16 prisonniers. Les Canadiens accusèrent la perte de deux hommes, 16 blessés et quatre disparus.
Trois jours après la bataille, de Salaberry écrivit à son père : « Le 26 a été une journée glorieuse […]. L’armée américaine […] a été repoussée par une petite bande – tous Canadiens – et […] j’étais aux premières lignes durant tous les combats […]. » Il écrivit à son épouse qu’ils avaient « sauvé Montréal pour cette année […]. »
Grâce à cette victoire, et à une autre qui eut lieu à la ferme de Crysler, à l’ouest de Montréal, le Canada était sauvé. La bataille de Châteauguay, les Voltigeurs canadiens et de Salaberry entrèrent dans l’histoire.
Le champ de bataille fut déclaré lieu historique national en 1920. Parcs Canada gère un musée et un centre d’interprétation à Allan’s Corner, près de l’endroit où se sont déroulés les combats.

L’U-517 plonge lorsque le lieutenant d’aviation Maurice J. Bélanger l’attaque,
le 29 septembre 1942 Bélanger (à d.) et son équipage attaquèrent le sous-marin trois fois ce mois-là..[DND/PMR 77-178]
En septembre 1942,le lieutenant d’aviation Maurice J. Bélanger attaqua l’U-517 allemandau large de la côte estdu Canada.
La guerre avait gagné les côtes du Canada. Entre mai et octobre 1942, les U-boot allemands s’étaient livrés à une brutale offensive contre le Canada dans le golfe du Saint-Laurent et dans le fleuve Saint-Laurent. Ils avaient coulé 21 navires et causé la mort de 300 personnes. Un U-boot en particulier était responsable d’une grande partie du carnage.
Le 26 aout 1942, l’U-517 que commandait Paul Hartwig, Kapitänleutnant (lieutenant de vaisseau) âgé de 27 ans, se faufila dans le détroit de Belle-Isle jusqu’au golfe du Saint-Laurent. Il s’agissait de la première opération qu’Hartwig commandait, et le sous-marinier se révéla aussi agressif que doué. L’U-517 envoya neuf bâtiments par le fond en moins d’un mois, dont la corvette NCSM Charlottetown. Il fallait faire quelque chose.
Le Commandement aérien de l’Est de l’Aviation royale canadienne affecta 35 aéronefs supplémentaires aux opérations dans la région, et établit un « détachement de chasseurs de sous-marins » spécial avec six bombardiers de patrouille Lockheed Hudson du 113e Escadron (bombardement-reconnaissance) basé à Chatham, N.-B. Chaque avion avait quatre membres d’équipage.
Les pilotes et l’équipage du 113e comprirent vite à qui ils avaient affaire : en seulement 24 heures, les 24 et 25 septembre, ils repérèrent l’U-517 sept fois et lancèrent trois attaques. Deux de ces attaques furent menées par le lieutenant d’aviation Maurice J. Bélanger, 23 ans, ancien instructeur de vol né au Québec qui avait grandi à Vancouver.
Le 24 septembre, vers 22 h 30, Bélanger attaqua l’U-517 au clair de lune près de l’ile d’Anticosti. Il était à 12 mètres au-dessus de lui. Deux grenades sous-marines tombèrent près de la poupe du submersible et le secouèrent fortement. Les Canadiens mitraillèrent aussi le sous-marin, mais sans effet. « Deux explosions puissantes vers la poupe. Trois bombes larguées; la troisième juste à côté du navire », écrivit Hartwig dans son journal de bord. Ils l’avaient presque eu. Réglées pour détoner à faible profondeur, les grenades sous-marines perdaient toute efficacité dès que le sous-marin plongeait, même à quelques secondes près.
Le lendemain matin, le 113e obligea l’U-boot à plonger à deux reprises. Dans l’après-midi, Bélanger décela à nouveau sa cible, qui suivait un convoi. Il passa à l’attaque, mais ses grenades sous-marines manquèrent de peu la cible, et Hartwig parvint à s’esquiver en plongeant. Les patrouilles aériennes réussirent tout de même à obliger l’U-517 à rester submergé : limité par sa vitesse sous l’eau, il ne pouvait plus suivre ses cibles potentielles.
Les chasseurs comprirent vite à qui ils avaient affaire.
Hartwig décida de tenter sa chance vers Gaspé. Il ne put cependant pas échapper au 113e. L’après-midi du 29 septembre, à l’issue d’une longue patrouille, Bélanger et son équipage aperçurent l’U-517 à 37 kilomètres au large de Gaspé. Le pilote descendit en piqué de 1 500 mètres à 18 mètres et largua quatre grenades sous-marines sur le submersi-ble qui naviguait à la surface.
Voici ce qu’il écrivit plus tard : « Les grenades ont explosé tout autour de la coque, légèrement à l’avant du kiosque. Une grosse déflagration a entouré la coque […]. La proue du sous-marin est sortie de l’eau et tout mouvement vers l’avant s’est arrêté. Le sous-marin a semblé ensuite se diriger droit vers le fond […] on n’a observé aucune trace de débris, de bulles d’air ou de carburant ». Hartwig admit que les grenades sous-marines de Bélanger avaient été « bien placées », mais son U-boot ne subit que des dégâts mineurs.
La Croix du service distingué dans l’Aviation fut décernée à Bélanger en reconnaissance des trois attaques qu’il avait menées avec détermination contre l’U-517. Il reçut une barrette à cette décoration en 1944 alors qu’il servait outre-mer comme pilote de bombardier.
Hartwig quitta les eaux canadiennes au début du mois d’octobre. La Marine royale britannique coula l’U-517 le mois suivant au large de la France. Les personnes qui interrogèrent Hartwig après sa capture notèrent que c’était un « jeune nazi froid et calculateur […] dévoué à son führer ». Dans les années 1950, il finit par rejoindre la marine de la République fédérale d’Allemagne, où il acquit le grade de vice-amiral.

Le lieutenant-colonel Dollard Ménard des Fusiliers Mont-Royal. il fut représenté par la suite dans cet affiche de propagande[Reginald Rogers/MCG/19920142-003]
Créé en 1869, le Fusiliers Mont-Royal (FMR) est l’un des plus anciens régiments de Montréal. L’unité de réservistes fut mobilisée pour le service actif dès le début de la Seconde Guerre mondiale. D’abord en garnison en Islande en juillet, il arriva en Angleterre en octobre 1940. Le FMR servit dans la 6e Brigade d’infanterie de la 2e Division d’infan-terie canadienne. Au bout de deux ans d’entrainement, il affronta la pire épreuve qu’il devait connaitre pendant la guerre : le célèbre raid de Dieppe du 19 aout 1942.
Nous savions que nous tenions dans nos mains l’honneur du Canada.
Le FMR avait été désigné comme force de réserve pour le raid : il devait débarquer pour asseoir le succès ou protéger les forces alliées lors d’un repli. Les troupes canadiennes prirent les plages d’assaut à 5 h, mais ils n’avancèrent pas beaucoup devant la résistance allemande. Le nombre de victimes s’accumula rapidement, et le chaos régnait. Le major-général John Roberts, commandant de division à bord du NSM Calpe, ignorait ce qu’il se passait à terre : les communications étaient mauvaises et une épaisse fumée occultait la situation.

Le lieutenant-colonel Dollard Ménard des Fusiliers Mont-Royal (insigne de casquette pour chapeau en encart)
Roberts reçut un message à 6 h 10 et crut malencontreusement à l’annonce d’un progrès favora-ble des Canadiens. Il donna donc l’ordre au FMR de se joindre aux combats. Les 584 soldats du FMR, en grande partie des francophones commandés par Dollard Ménard, un lieutenant-colonel de 29 ans, sautèrent dans 26 péniches de débarquement rapides en bois.
Les hommes débarquèrent à 7 h 10 le long de la côte devant Dieppe, plus dispersés et plus à l’ouest que prévu. Le FMR vit nombre de morts et de blessés, ainsi que des chars détruits. Les Allemands attaquèrent immédiatement les embarcations à l’aide de mitrailleuses et de mortiers, infligeant de lourdes pertes avant même que les hommes ne mettent pied à terre.
Le FMR fut confronté à la même chose que les unités qui l’avaient précédé : une plage de cailloux donnant sur un haut brise-lames, et derrière un terrain à découvert, zone mortelle pour quiconque s’y aventurerait.
L’ennemi retranché concentrait son feu sur ces nouvelles cibles canadiennes. La plus grande partie de la compagnie « D » gagna le rivage en arrivant sous de hautes falaises du côté ouest de la zone de débarquement. On ne pouvait ni avancer ni reculer. « Cloués sur place, les survivants ne songent plus qu’à s’abriter », rapporte l’histoire régimentaire du FMR.
Des hommes se collèrent aux falaises alors que les Allemands leur lançaient des grenades. Peu après, un tir en enfilade venant de l’est prit pour cible des hommes qui s’étaient abrités derrière des rochers. Plus à l’est, un groupe de 12 hommes commandé par le sergent Pierre Dubuc réussit à pénétrer dans la ville et à détruire quelques positions allemandes. Ce fut la plus grande percée du FMR ce jour-là.
Il était évident que le raid avait échoué et, à 11 h, Roberts donna l’ordre du repli. Les
Allemands furent sans merci
pendant la manœuvre. À 13 h, le combat avait pris fin : les Canadiens s’étaient rendus.
Blessé cinq fois, Ménard fut sauvé par ses hommes qui le portèrent jusqu’à un embarcation d’évacuation. L’Ordre du service distingué lui fut décerné pour son commandement. En octobre 1942, il déclara à Montréal devant une grande foule : « Nous savions que nous tenions dans nos mains l’honneur du Canada ». Fier du courage de ses hommes, il dit : « Comme on dit chez nous, du cœur au ventre, ils en avaient ».
Le FMR fut décimé à Dieppe : seuls 125 hommes retournèrent en Angleterre, pas moins de 105 avaient été tués. Quatre autres devaient décéder en Angleterre des suites de leurs blessures et 10 dans des camps de prisonniers de guerre, 344 avaient été capturés, dont 111 blessés. En tout, 916 Canadiens périrent et 1 946 furent faits prisonniers.
Le 21 aout 1942, Le Devoir écrit ceci : « À Dieppe, les Fusiliers n’ont pas déçu les espoirs qu’on avait mis en eux ». Ils étaient restés fidèles à leur devise, « Nunquam Retrorsum » (Ne jamais reculer).

Un monument en l’honneur du Fusiliers a été dressé sur les lieux.[Serge Durflinger]

l’Escadron 425 dont l’insigne comporte une alouette réalisée par le capitaine d’aviation Paul Goranson. [Capt avn Paul Goranson/Musée canadien de la guerre/19710261-3230]
La formation du 425e Escadron « Les Alouettes », premier escadron canadien français de l’ARC
L’Aviation royale canadienne était une institution de langue anglaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Les escadrons devaient être interopérables et agir avec ceux de la Royal Air Force. En effet, beaucoup d’aviateurs canadiens faisaient partie d’escadrons britanniques.
Cela n’aidait pas franchement l’aviation à recruter des Canadiens français, même si on leur promettait une formation linguistique. L’ARC n’avait tout simplement pas l’équivalent des bataillons francophones de l’armée de terre, où les soldats pouvaient fonctionner en français et ne parler anglais que pour communiquer avec d’autres unités. Mais, tout cela changea il y a 80 ans, en 1942.
Charles Gavan Power, mi-nistre de la Défense nationale pour l’air, venait de Québec. Il était bien décidé à « cana-
dianiser » l’ARC. Il voulait que, dans la mesure du possible, les Canadiens servent dans des esca-drons canadiens, même si cela voulait dire faire revenir ceux qui étaient dans la RAF. L’exemple parfait? Des Canadiens français furent regroupés pour former un escadron distinct.

La représentation de l’Escadron 425 [Jacques Morin]
Quelques officiers de l’ARC en service outre-mer estimaient que l’idée était peu réaliste. Harold Edwards, vice-maréchal de l’Air, avança que les Canadiens français ne comprendraient pas l’accent des Britanniques pendant les opérations, car la difficulté se posait même pour les Canadiens anglais. Leslie Hollinghurst, vice-maréchal de l’Air britannique, s’inquiétait du fait que les Canadiens français « ne parlent qu’en français entre eux, et finissent par oublier l’anglais ».
Mais, Power n’en démordait pas et Edwards se fit à l’idée, tout comme la RAF.
« Pour le francophone du Canada, c’était une barrière qui cédait. »
Le 425e Escadron (canadien français) fut formé en juin 1942, à l’aérodrome de la RAF, à Dishforth, au nord du Yorkshire anglais. Il fut doté de bombardiers bimoteurs Vickers Wellington. Le 425e, commandé par le lieutenant-colonel d’aviation Joseph Saint-Pierre, eut des effectifs initiaux de 20 avions et de plus de 100 aviateurs, et servit dans le No. 4 Group du Bomber Command de la RAF. La devise de l’escadron, surnommé « Les Alouettes », était « Je te plumerai », tirée du refrain de la célèbre comptine canadienne-française.
Les fiers membres du seul escadron canadien-français du Bomber Command étaient très liés. L’un des vétérans les plus célèbres de l’escadron, Gilles Lamontagne, qui devint plus tard maire de Québec, ministre canadien de la Défense nationale et lieutenant-gouverneur du Québec, déclara que « pour le francophone du Canada, c’était une barrière qui cédait. » C’est cet obstacle linguistique que Power avait voulu abattre.
L’escadron Les Alouettes accomplit sa première mission dans la nuit du 5 au 6 octobre 1942 avec le bombardement d’Aachen, en Allemagne. Le 1er janvier 1943, le 425e fut transféré au No. 6 Group de l’ARC, basé en Grande-Bretagne. L’escadron vint s’établir en Tunisie en mai, où il mena des opérations contre l’Italie. Après son retour à Dishforth en novembre, il fut équipé du bombardier quadrimoteur lourd Handley Page Halifax et il s’établit à la RAF Tholthorpe, aussi située au nord du Yorkshire, en Angleterre.
Maintenir le caractère
canadien-français de l’esca-dron devint difficile avec les pertes qui s’alourdissaient et le manque de remplaçants. Bien que plus de 4 000 francophones aient servi dans d’autres escadrons de l’ARC outre-mer, il ne restait que 53 % d’aviateurs franco-
phones dans le 425e en décembre 1943.
La dernière opération de l’escadron Les Alouettes eut lieu le 25 avril 1945 : le bombardement des îles Frisonnes allemandes en mer du Nord. À la fin de la guerre en Europe, le 425e échangea ses Halifax contre des Avro Lancaster Mark X et retourna au Canada pour rejoindre la « Tiger Force ». Il devait se battre contre le Japon, mais le conflit prit fin après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, et l’escadron fut dissout.

Le lieutenant-colonel du 425e, Joseph Saint-Pierre discute de plans avec des collègues en 1943. [BAC/3263255]
Le 425e fit 3 694 sorties dans le cadre de 328 missions, et il largua 8 300 tonnes de bombes. Ses aviateurs reçurent au moins 94 déco-rations. L’escadron perdit 66 appareils au combat ou lors d’accidents, et recensa 254 morts et 91 prisonniers. On ne s’étonnera pas qu’un journal de Montréal, Le Devoir, ait rapporté à la fin de la guerre que « L’escadrille Alouette a accompli un travail gigantesque outre-mer et elle est reconnue comme une des plus effectives [sic]. […] Les Canadiens d’expression française se sont illustrés dans les rangs de cette merveilleuse escadrille dont les faits d’armes ont été rapportés par tous les correspondants. » Pour l’ancien combattant Lamontagne, dont l’avion fut abattu en 1943 et qui fut capturé par les Allemands, l’impact était plus personnel. « Je n’oublierai jamais ce sentiment d’exaltation et de fierté que j’ai connu au sein de l’escadrille 425, non plus que l’esprit de camaraderie qui y régnait. Ce fut l’un des grands moments de ma vie. »

Des membres de l’Escadron 425 posent pour une photo de groupe le 14 juillet 1944. [Collection Réal st-Amour]