Explication de certains détails de la charte

Après six ans de développement et une année de formation intense du personnel, la nouvelle Charte de l’ancien combattant a été mise en vigueur le 1er avril 2006. Lors d’une séance d’information technique en avril, le personnel senior d’Anciens combattants Canada a expliqué les détails de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes.

La présidente nationale Mary Ann Burdett et le directeur du Bureau des services Pierre Allard y assistaient. Burdett a remarqué que le personnel d’ACC semblait très bien s’occuper de la mise en vigueur mémorable. “On ne peut trop se préparer, mais ils étaient prêts.”

Il y a eu plus de 25 000 jours de formation du personnel jusqu’à maintenant. Avec les nouveaux services comme le programme de placement, la réinsertion et les avantages aux anciens combattants et à leur famille, Anciens combattants Canada s’éloigne de l’approche unidimensionnelle selon laquelle on donnait une pension mensuelle pour l’invalidité encourue durant le service.

Darragh Mogan, le directeur exécutif du Groupe de travail sur la modernisation des services et des programmes d’ACC remarquait que “Nous sommes plutôt sûrs qu’à long terme les programmes de mieux-être (de la charte) vont nous permettre de moins dépenser en pensions d’invalidité. Certains ont parlé de ceci en tant que mesure de réduction des coûts. Ça ne l’est pas du tout. C’est une mesure servant à mieux dépenser.” Au cours des premiers six ans, ACC s’attend à dépenser 1 milliard de dollars pour les programmes de la nouvelle charte.

Bryson Guptill, le directeur général de la division de la politique des programmes et services, insiste que la charte a une approche à double indemnité. L’ancienne pension d’invalidité a été remplacée par un versement immédiat non imposable qui peut s’élever jusqu’à 250 000 $, et “qui permet aux gens d’être payés pour la douleur et la souffrance résultant de leur invalidité. L’autre aspect […] est un versement pour le manque à gagner.”

Ce montant mensuel s’élève à 75 pour cent du revenu que le membre des Forces canadiennes obtenait, pendant que l’ancien combattant participe à un programme de réinsertion. Ceux qui terminent le programme avec succès mais qui sont incapables de trouver un emploi pourraient être admissibles au soutien du revenu. Pour ceux qui sont gravement invalides, le paiement mensuel continue jusqu’à ce qu’ils aient 65 ans, avec d’autres avantages par la suite pour ceux qui en auront besoin.

Certains anciens combattants modernes critiquent la charte, disant qu’elle offre moins d’avantages que l’ancien système. Guptill répond que “leur caractérisation donne à penser qu’il faudrait choisir (le versement unique ou le versement mensuel). D’après la nouvelle façon de faire, nous offrons les deux”. De plus, dit-il, “la caractéristique la plus importante de la nouvelle Charte des anciens combattants est un assortiment complet de programmes de réinsertion”. Ces derniers comprennent la gestion de cas personnalisée, l’assistance de placement, et les interventions médicales et psychosociales.

Ce qui est le plus important, c’est que l’assistance de placement basée sur le modèle du ministère de la défense britannique va être disponible à tous les vétérans des Forces canadiennes. “Il y a une composante de formation de recherche d’emploi, l’orientation professionnelle et, comme le modèle britannique, il va y avoir une société qui va travailler avec l’ancien combattant pour l’aider à trouver un emploi.”

La directrice des services et de la mise en oeuvre nationale Diane Huard donne un exemple pour qu’on puisse comparer l’ancien système avec le nouveau. Marc, un officier marinier qui a un diplôme d’école secondaire et un salaire de 4 370 $ par mois, est réformé pour cause de santé car il souffre du syndrome de stress post-traumatique relié au service. Il a été dans les Forces pendant neuf ans et son incapacité permanente est évaluée comme étant totale, avec un niveau d’invalidité de 80 pour cent. Il ne peut pas travailler.

Avant le 1er avril, Marc aurait reçu une pension d’invalidité de 2 240 $ par mois et 1 040 $ pour invalidité de longue durée du Régime d’assurance-revenu militaire (ILD du RARM), et puis il aurait été couvert pour la réadaptation professionnelle et la santé familiale jusqu’à l’âge de 65 ans.

D’après la charte, il reçoit immédiatement un octroi d’invalidité de 200 000 $ (80 pour cent de 250 000 $), 3 280 $ par mois en versements de manque à gagner (par l’entremise de l’ILD RARM) jusqu’à l’âge de 65 ans, une prestation de retraite supplémentaire de 26 750 $ à son 65e anniversaire, une allocation d’altération permanente à vie de 1 000 $ par mois, et il a accès aux programmes de mieux-être, y compris l’assistance professionnelle pour son épouse et des avantages de santé familiaux à vie.

Mogan fait remarquer que la charte offre une meilleure position financière pour les anciens combattants gravement invalides, ainsi que la réinsertion. Pour ceux dont l’invalidité est mineure, il dit que les programmes de mieux-être offrent une meilleure qualité de vie. “Je dirais qu’au bout du compte ils iront mieux même s’ils n’obtiennent pas autant d’argent.”

Si l’invalidité d’un ancien combattant devait empirer, Guptill dit qu’il peut profiter des programmes de mieux-être n’importe quand. “Il n’y a pas de limite de temps dans notre législation.”

La charte sera toujours un document vivant, selon ce que dit le personnel d’ACC, et il va certainement y avoir des changements pour le mieux. La Légion s’est déjà penchée sur plusieurs secteurs qu’il faudra peut-être peaufiner. De dire Allard, “la mise en vigueur (de la charte) a été réussie. Toutefois, il y a des choses dont on doit s’occuper, comme la déclaration des droits de l’ancien combattant”.

Il remarque que les premières versions du projet de loi d’ACC ressemblaient plutôt à une liste de buts de prestation de services. Le ministère y promet de “offrir des avantages et services exemplaires centrés sur le client” et de, entre autres, écouter attentivement et traiter les demandes d’avantages à temps. Toutefois, “ce n’est pas vraiment une déclaration des droits”, dit Allard.

La Légion voudrait voir d’autres articles spécifiques, comme s’assurer que l’accès aux soins physiques et mentaux soit accordé aux anciens combattants et à leur famille selon les besoins, et s’assurer qu’ils aient accès en priorité aux soins de longue durée. Il dit que la charte n’offre pas cette dernière chose. “Et qu’en est-il de l’ancien combattant moderne? Il se pourrait que certains aient des besoins spéciaux pour se rendre aux institutions de soins de longue durée.”

Également, la Légion préconise que l’accès prioritaire aux lits dans les 17 grandes institutions à travers le Canada soit préservé pour ceux qui souffrent d’invalidité reliée à la santé mentale, comme les traumatismes liés au stress opérationnel. Allard dit qu’il faudrait améliorer cette partie.

Quant à la mise en place proposée par le gouvernement d’un ombudsman des anciens combattants, la Légion a modifié sa position quelque peu. Bien que l’organisation croit encore qu’un ombudsman ne devrait pas avoir de rôle à jouer dans la partie des octrois d’invalidité de la charte, Allard remarque qu’un tel rôle pourrait être utile pour les programmes qui comprennent un “processus de décisions administratives, comme ceux de réinsertion ou de placement”.

La Légion a l’intention de continuer à surveiller le progrès de la charte et de préconiser des améliorations. En règle générale, toutefois, l’organisation maintient que c’est un “premier pas positif pour répondre aux besoins spécifiques des anciens combattants modernes”.

Justice atermoyée

Pour l’ancien combattant naval Donald Wannamaker, le jour de la fête du Travail de cette année a vraiment été une cause de tourment.

C’est le 1er mai que ce vétéran des Forces canadiennes âgé de 74 ans a reçu la nouvelle, que lui donnaient ses avocats Jewitt-Morrison & Associates d’Ottawa, que sa bataille de 17 ans en vue d’obtenir une pension d’Anciens combattants Canada venait de s’allonger, et devenir plus dispendieuse.

Un mois auparavant, Wannamaker exultait quand un juge de la Cour fédérale non seulement ordonnait au Tribunal des anciens combattants (révisions et appels) de revoir sa demande pour blessures au dos, et rejetait les arguments du tribunal comme étant “manifestement déraisonnable” et contraire à l’esprit de la législation qui donne le bénéfice du doute à l’ancien combattant. Le tribunal, un organisme indépendant quasi- judiciaire, a été créé par une loi du Parlement en 1995 pour servir de possibilité d’appel aux demandeurs qui ne sont pas satisfaits des décisions d’ACC.

Le cas de Wannamaker est le deuxiè-me en quelques semaines où la cour a jugé que le TAC(RA) avait “commis une erreur de droit” et a abrogé sa décision, laquelle devait être revue par une autre formation de membres. Dans l’autre, l’ancien combattant manitobain Larry W. Nelson, âgé de 56 ans, demandait une indemnité pour une perte d’ouïe qu’il attribue à ses années dans l’infanterie.

Le directeur général du TAC(RA) Dale Sharkey dit que le tribunal “ne peut pas discuter (de ces cas) du tout” pendant qu’ils suivent la voie judiciaire. Toutefois, la prise de position du tribunal s’est clairement faite quand, le 1er mai, le dernier des 30 jours auxquels il avait droit, il a déposé un avis d’appel.

Quand on lui demanda comment il se sentait ce jour-là, Wannamaker répondit “très mal”. Pour ce résident d’Ottawa, légionnaire depuis longtemps, le finan-cement de sa bataille judiciaire a été difficile. Son cas ne se rendra pas à la Division d’appel de la Cour fédérale avant l’automne.

De plus, dit son avocate d’Ottawa Angela Habraken, “si M. Wannamaker finit par obtenir sa pension, elle ne sera pas rétroactive à la date dont il en a fait la demande (en 1989)”. La rétroactivité ne s’applique qu’à un maximum de trois ans à partir de la date de la décision favorable. Craig Morrison, qui plaide le cas de l’ancien combattant en Cour fédérale, dit que “il existe une motivation contrariante (chez le tribunal) de perdre du temps parce que cela diminue le montant qu’il faudra payer. J’espère que ce n’est pas un facteur. Mais quand on prend du recul et qu’on voit ça, on ne peut faire autrement que de s’en inquiéter.”

Wannamaker essaie d’obtenir une indemnité pour les blessures qu’il a subies lorsqu’il était mécanicien s’occupant de l’entretien d’avions pour la Marine royale du Canada entre 1952 et 1970. Après sa libération médicale, il a travaillé en tant qu’analyste en informatique au ministère de la Défense nationale.

La première blessure au dos de Wannamaker a eu lieu en 1959, quand il a glissé et qu’il est tombé sur la glace dans un stationnement de la Station de l’Aviation royale du Canada Downsview à Toronto, lorsqu’il se rendait au travail. La deuxième a eu lieu en 1961 quand il servait au Congo, une zone de service spécial. Il s’est donné un tour de reins en bougeant une caisse de 400 livres. Il n’y avait pas de personnel de soutien mé-dical, et l’incident ne fut pas documenté. “L’escadron avait […] bien peu de sou-tien”, dit-il. “Les autres faisaient d’autres choses.”

Cet homme, marié et père de trois enfants, qui souffre de la maladie du disque lombaire, prend constamment des Tylenol 3 et doit utiliser une canne pour marcher. Il va chez un chiropraticien depuis 1966.

Wannamaker a fait une demande de pension à l’origine avec l’aide de la Légion royale canadienne. Ce membre de 25 ans de la filiale Frankford (Ont.) a décidé de demander une indemnité après que ses trois fils eussent quitté le foyer; ce sont eux qui faisaient le jardinage et enlevaient la neige parce qu’il n’en était pas capable.

Quand ACC a refusé sa demande, Wannamaker a fait appel de la décision au comité d’examen (qui précédait le TAC(RA)). L’appel fut refusé. Un avocat de la Légion l’a ensuite représenté à une audience de révision auprès de l’ancien Tribunal des anciens combattants. Sa demande fut refusée cette fois-là aussi.

L’étape suivante était l’audition d’appel. Ces dernières ont lieu à Charlottetown, où le tribunal est basé. Encore une fois, le TAC(RA) soutint que la blessure de 1959 a eu lieu quand Wannamaker n’était pas en service. D’observer l’ancien combattant : “Ça m’a vraiment fait quelque chose, parce que dans le militaire, on est en service 24 heures par jour.”

Les audiences d’appel et les reconsi-dérations ne sont pas automatiques, il faut que l’appelant offre de nouvelles preuves, ou démontre qu’il y a eu une erreur de droit ou de fait.

Wannamaker a engagé des avocats vers la fin des années 1990. Il dit qu’il ne rejette pas la faute sur la Légion pour son manque de succès au début, mais il pensait qu’il lui fallait faire venir davantage de puissance juridique. “Je pense (qu’à la Légion) on fait de son mieux, mais on ne poursuit rien.”

Avec son équipe judiciaire, y compris Morrison, Habraken et David Jewitt, il a présenté son cas à la Cour fédérale pour une révision judiciaire. C’est le tribunal de la dernière chance quand toutes les voies de recours auprès du Tribunal des anciens combattants ont été épuisées.

Habraken, qui a fait une grande partie de la préparation, dit que l’équipe comptait sur des cas où la cour avait renvoyé la décision au tribunal, particulièrement ceux qui touchaient aux articles 3 et 39 de la Loi sur le Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Ces articles servent à charger le tribunal d’interpréter libéralement toute législation pertinente et de donner le bénéfice du doute à l’ancien combattant quand on considère les preuves.

La préparation a rapporté.

Lors de la décision du 30 mars, le juge de la Cour fédérale Pierre Blais n’a pas mâché ses mots, disant que plusieurs des arguments du tribunal étaient “manifestement déraisonnables”. Il écrivait : “Je crois que le demandeur a établi selon toute probabilité que sa blessure au dos a eu lieu durant son service militaire ou qu’elle y était reliée […]. Le tribunal aurait dû donner le bénéfice du doute au demandeur.

“De plus, les preuves médicales militaires documentées illustrant que le demandeur souffrait de maux de dos auraient dû être vues sous le meilleur jour possible. Le tribunal ne l’a pas fait et, à la place, il a invoqué des preuves contradictoires faibles qui, pensait-il, ne démontraient pas que le demandeur avait souffert d’un traumatisme lorsqu’il est tombé sur la glace.”

De dire Blais en conclusion : “la décision du tribunal devrait être mise de côté et la question renvoyée pour qu’on la révise”.

Par la suite, Morrison remarquait que “un des commentaires intéressants que le juge a faits était ‘Pouvons-nous en finir avec ceci, s’il-vous-plaît […]?’ Justice différée est justice refusée (et) le temps qu’elle a été différée dans ce cas-ci a été énormément injuste pour M. Wannamaker”.

En mai, après que l’avis d’appel ait été fait, Habraken dit, “évidemment, nous sommes contrariés et désappointés, mais ils ont le droit de faire appel”.

Ce n’est pas rare que le TAC(RA) interjette appel des décisions de la Cour fédérale, remarque le directeur du Bureau national des services Pierre Allard. De plus, “mon expérience me dit que […] dans la plupart des cas, le TAC(RA) ne casse pas sa décision”.

Dans l’autre cas à la Cour fédérale, le vétéran des FC Larry Nelson, qui vit près de Winnipeg, demandait une indemnité pour perte d’ouïe. Nelson a travaillé dans l’infanterie et conduisait un transport blindé de personnel durant son service, de 1970 à 1978.

Avant de s’engager, un examen médical a servi à établir qu’il n’avait pas de problème d’ouïe. Lors de sa libération honorable, en 1978, un audiogramme indiquait qu’il y avait une perte d’ouïe dans les hautes fréquences à l’oreille gauche. Au fil du temps, l’ouïe de Nelson a empiré. En 1991, on diagnostiquait une perte d’ouïe sensorineurale bilatérale dans les hautes fréquences modérément grave.

Cette année-là, il demanda une pension d’invalidité et on la lui refusa. Les essais subséquents de faire réviser sa demande furent aussi refusés, malgré le fait qu’il apporta de nouvelles preuves de spécialistes. Une lettre du TAC(RA) en date de novembre 2004 refusait la demande de Nelson de reconsidérer, et il demanda une révision judiciaire.

Le 15 mars, le juge de la Cour fédérale John A. O’Keefe décida en faveur de Nelson, déclarant que le tribunal “avait fait une erreur de droit” en n’appliquant pas la définition de ‘invalidité’ trouvée à l’article 3 de la Loi sur les pensions. Il y est dit qu’une “‘invalidité’ veut dire la perte ou la diminution du pouvoir de vouloir et de faire quelque acte normal mental ou physique”.

O’Keefe remarquait que le TAC(RA) avait permis au tableau d’invalidités établi par le ministre des anciens combattants de remplacer la législation ‘pa-rente’ qu’est la Loi sur les pensions. “Le TAC(RA) n’a pas contesté que le demandeur a souffert d’une perte d’ouïe […] qui a été causée au moins en partie par son exposition au bruit lors de son service militaire. Il n’y a pas de doute que le ministre peut établir et utiliser un tableau pour évaluer l’importance de l’invalidité, mais c’est l’article 3 de la Loi sur les pensions qu’il faut appliquer pour décider s’il y a invalidité ou non.”

Allard dit que “c’est une bonne décision en ce qu’elle sert à reconnaître que le tribunal ne devrait pas se concentrer strictement sur les directives d’admissibilité, lesquelles sont très mécaniques. Ce n’est pas leur rôle. Leur rôle est de se pencher sur le bénéfice du doute (et) ce qui représente une invalidité”.

Mais la décision a donné lieu à un appel. Dean Giles, un des avocats de Nelson de la firme Fillmore Riley, à Winnipeg, dit que le cas devrait aller à la Cour d’appel fédérale cet automne.

“Tous ces jugements (à la Cour fédérale), d’après moi, indiquent qu’il y a un problème”, dit Allard, “pas tellement dans les décisions antérieures du tribunal, mais dans le fait que le tribunal empire les difficultés qu’il y a au nouvel examen, le dernier niveau d’appel”. D’une certaine manière, le TAC(RA) a amélioré les choses en permettant à l’avocat de l’ancien combattant de faire une présentation verbale à la sélection qui précède les nouveaux examens. Ce n’était pas le cas autrefois, et la Légion a fait pression pour ceci.

Toutefois, continuait Allard, le tribunal a aussi institué l’exigence de ‘diligence raisonnable’ pour les nouvelles preuves, ce qui signifie que “l’on doit confirmer pourquoi, en tant qu’appelant, on apporte ces nouvelles preuves. (Le tribunal) essaie d’étendre la portée de la Loi sur le TAC(RA) sans avoir recours à la législation. D’après moi, cela rend plus difficile la demande de réparation”.

Avant d’aller sous presse, la Légion, le tribunal et d’autres parties intéressées attendaient une décision de la Cour fédérale concernant l’exigence de la diligence raisonnable. Le Bureau de services juridiques des pensions, une organisation d’avocats à l’intérieur d’ACC qui offre une assistance juridique gratuite aux anciens combattants, essayait de la faire annuler.

Alors qu’Allard dit que le tribunal a essayé d’être plus compatissant, parti-culièrement depuis que Victor Marchand est devenu président, en 2003, “le fait qu’il interjette appel de ces décisions de la Cour fédérale est un peu troublant”.

Pour répondre à la critique que le TAC(RA), dans certains cas, ne s’est pas conformé à l’esprit de la législation, comme de donner le bénéfice du doute, Marchand dit “je ne suis pas du tout d’accord avec ça […]. Le bénéfice du doute ne signifie pas que le jugement du droit à la pension peut se faire sans preuve. Il doit toujours y avoir une quantité minimale de preuve à fournir. Nous faisons de notre mieux, dans l’intérêt de l’ancien combattant”.

Marchand soutient que les taux de réponses favorables du TAC(RA) sont “excellents”, qu’entre 58 à 60 pour cent des demandes des anciens combattants sont acceptées lors de la révision et 30 pour cent lors de l’appel.

Actuellement, un des plus grands défis que le tribunal doit relever est le recrutement d’autres membres. Cette année, il y a eu une campagne nationale d’annonces pour trouver des professionnels qui accepteraient de devenir membres à temps plein. Le processus de sélection a été retapé en 2004 “pour être transparent, professionnel et basé sur les compétences”, d’après ce qu’on trouve au site Web du TAC(RA) www.vrab-tacra.gc.ca.

“Nous sommes encore sur la même voie, qu’il faut que le tribunal soit juste, rapide et aimable”, dit Marchand.

Allard dit qu’il va falloir du temps aux nouveaux membres pour être productifs. “La courbe d’apprentissage est raide. Mais je pense que le président travaille dur pour modifier la mentalité du tribunal.”

Alors que sa bataille de 17 ans pour l’obtention d’une pension d’invalidité se poursuit, Donald Wannamaker, quant à lui, espère que oui.

Le moment d’agir

Le nouveau ministre des anciens combattants canadiens a appris quand il était très jeune à naviguer parmi les gens aux convictions politiques et religieuses diverses. En fait, la ferme Blackland du Nouveau-Brunswick où Greg Thomson a grandi ressemblait à une mini-Chambre des communes. Ses parents étaient des loyaux libéraux, ses grands-parents étaient conservateurs, sa mère était une pieuse catholique, son père, un protestant dévot.

“Il m’est arrivé de dire que c’était un peu comme grandir en Irlande du Nord, que d’équilibrer ces deux forces qui riva-lisaient”, dit en riant Thompson, un homme dégingandé de 59 ans aux yeux bleus et au sourire facile. Il ne perd pas de temps avant de préciser que sa fratrie et lui ont eu une enfance heureuse, mais “si j’ai un peu d’habileté en politique, c’est peut-être à la ferme que je l’ai apprise”.

Thompson avait tendance à avoir le point de vue politique de ses grands-parents, bien sûr. Il a été député conservateur au Parlement pendant 14 des 18 dernières années. Durant ce temps-là, il s’est fait une réputation au Nouveau-Brunswick de gars aimable sur qui l’on peut compter, et de politicien capable de coopérer avec les gens des autres partis. Il l’a démontré quand il était coprésident du Groupe interparlementaire Canada-États-Unis et, il y a moins longtemps, lorsqu’il a engagé la députée du NPD Bev Desjarlais en tant qu’adjointe exécutive.

“Il est bien vu”, dit Don Desserud, un professeur de science politique de l’Université du Nouveau-Brunswick à Saint John. “Il y a des loyalistes de Greg Thompson qui risqueraient de voter pour les libéraux s’il n’était pas là la prochaine fois. Ce que, d’après moi, nous ne savons pas très bien, c’est quelle est la qualité de son travail au cabinet.” Ceci dit, Desserud remarque que la capacité qu’avait Thompson à écouter lui a été très utile, et “quand il parlait, les gens l’écoutaient bien”.

En tant qu’homme en charge du portefeuille des anciens combattants dans le cadre du gouvernement minoritaire de Stephen Harper, Thompson devra faire valoir toutes ses connaissances politiques, son affabilité et sa détermination. Là-dessus, il a deux défis d’importance. D’abord, il doit surveiller la mise en application de la nouvelle Charte des anciens combattants qui vient d’être déclenchée et que le gouvernement libéral avait votée. Ensuite, il doit livrer un système d’indemnité aux nombreuses personnes affectées par le produit Orange et les autres produits chimiques à la Base des Forces canadiennes Gagetown, dans sa province.

Quant à la charte, la Légion royale canadienne et d’autres groupes d’anciens combattants vont observer la manière dont Anciens combattants Canada va s’occuper des premiers cas. Pour l’ins-tant, Thompson a mérité du prestige quand il a fait un paiement ex gratia de 250 000 $ aux familles des quatre soldats tués en Afghanistan entre le jour où la charte a été votée, en mai 2005 et celui de sa mise en vigueur, le 1er avril 2006. Le paiement de 250 000 $, non imposable, est un des avantages de la nouvelle charte. “Quand on est appuyé par son Premier ministre et par son cabinet pour faire que cela se passe presque immédiatement, on se sent bien”, dit le ministre, “parce que cela démontre que nous désirons faire ce qu’il faut pour les hommes et les femmes qui portent l’uniforme.”

Thompson lui-même est le père d’un vétéran de la guerre du Golfe : son fils aîné, prénommé Greg aussi, a servi à l’opération Desert Storm avec la U.S. Army. (L’épouse de Thompson, Linda, est une citoyenne des États-Unis.) Et il déclare être engagé à faire de son mieux pour les anciens combattants canadiens. “Je suis vraiment fier d’être ici, sachant que les hommes et les femmes que vous servez sont ces mêmes hommes et femmes qui ont tout offert, leur vie comprise, pour la patrie.”

De dire la présidente nationale Mary Ann Burdett, Thompson est “très enthousiaste à propos de son portefeuille, et il semble désirer vraiment apprendre les tenants et les aboutissants d’Anciens combattants Canada”. Toutefois, il y a quelques parties de la charte sur lesquelles la plus grosse organisation d’anciens combattants voudrait se pencher, y compris les soins de longue durée et la déclaration des droits de l’ancien combattant. “Il va falloir suivre la charte pendant un bon bout de temps”, dit Burdett. “C’est ce qui nous intéresse tous le plus.”

Elle remarque que l’accès prioritaire aux soins de longue durée à partir du mois de mai n’a pas été écrit dans la législation. À la Légion, on voudrait que les institutions de soins de longue durée mises sur pied pour les vétérans des guerres traditionnelles soient préservées pour que les anciens combattants mo-dernes, dont certains souffrent d’invali-dité complexe reliée à la santé mentale, puissent s’en servir.

Le directeur du Bureau national des services Pierre Allard dit que les premières versions de la déclaration des droits d’ACC ont été écrites surtout comme des rôles concernant la prestation des services plutôt que comme une liste d’articles spécifiques, tel que l’accès aux soins physiques et mentaux basé sur les besoins. “Ce n’est pas vraiment une déclaration des droits”, dit-il.

Quand on lui demande de faire un commentaire, Thompson dit que ni la charte ni la déclaration des droits “n’ont été gravées dans la pierre” et le ministre s’engage à les améliorer. “La Légion va avoir une très grande contribution quand il s’agira de construire la déclaration des droits. Nous voulons être sensibles à tous les groupes d’anciens combattants, parce que nous comptons (sur eux) pour nous guider à travers ceci. Il n’y a pas de groupe plus important, d’après moi et Anciens combattants, que la Légion.

Quant au produit Orange, quand Thompson était à l’opposition l’an dernier, il a été très bruyant en parlant de la manière dont le dossier était travaillé par le gouvernement de Martin. Maintenant, le dossier est entre ses mains et on s’attend à beaucoup. Les anciens combattants, les civils et les groupes comme l’Agent Orange Association of Canada aimeraient vraiment obtenir une indemnité pour leurs problèmes de santé, mais ils veulent aussi une divulgation entière de la part du mi-nistère de la Défense nationale à propos de ce qui s’est passé à la base.

Le ministère de la Défense nationale a mené une mission d’information à Gagetown qui devrait être terminée vers la fin de 2007. Mais cet effort a été plein de controverses, et à l’Agent Orange Association, entre autres, on pense qu’il s’agit simplement d’une manoeuvre de relations publiques. On demande une enquête publique complète.

ACC est en train de travailler avec le MDN dans la mission d’information et, d’après Thompson, les résultats vont servir à la mise sur pied d’un modèle d’indemnité. “On ne peut résoudre un problème qu’en se basant sur les faits tels qu’ils sont. Alors ces missions d’information sont très importantes.”

Beaucoup de gens comptent sur Thompson pour passer à travers la bureaucratie afin d’arriver à une résolution satisfaisante en ce qui concerne cette histoire qui dure depuis des décennies. Art Connolly, le vice-président de l’Agent Orange Association, dit qu’il préfère Thompson au poste de ministre des anciens combattants plutôt que quelqu’un d’autre. “Il vient du Nouveau-Brunswick, il a grandi là-bas, et il connaît la situation. Je crois qu’il a bon coeur. La seule chose qui m’inquiète c’est s’il va se plier aux diktats de son parti.”

Harper, bien sûr, a maintenu une discipline de fer parmi les ministres de son cabinet, et tenu les médias à distance. Thompson maintient qu’il a “le soutien absolu du Premier ministre” et il dit que résoudre la question est une des priorités que Harper lui ait données. “Nous nous sommes engagés là-dessus.”

Mais le ministre d’ACC, qui a souvent été cité comme ayant dit qu’un régime d’indemnisation allait être présenté au cabinet cette année, dit maintenant que cela va se faire au début de l’année prochaine, et il garde le silence à propos de quand les indemnités vont être distribuées. “C’est un dossier très compliqué, comme vous le savez très bien, car il faut retourner à il y a 50 ans pour ramasser des morceaux d’un casse-tête très compliqué et essayer de les rassembler, afin de trouver une bonne approche qui donne un ensemble d’indemnités.”

Lors d’une interview au mois de mai, le député libéral et critique des affaires des anciens combattants, Robert Thibault, dit que Thompson avait suscité de grands espoirs en tant que critique… “comme quoi il allait donner de l’argent immédiatement. Cent jours ont passé et ça n’a toujours pas paru au budget”. Il ajoute qu’ACC continue de tenir les gens res-ponsables quand il s’agit de démontrer qu’ils ont été rendus malades par le produit Orange ou quelque autre produit chimique à Gagetown. “Dans ce dossier, il n’a pas encore fait ses preuves.”

S’il y a une chose où il pourrait briller, c’est bien celle-là : Thompson se prépare depuis longtemps pour obtenir une place au soleil politique. Dans son bureau austère, à l’édifice de l’Est du Parlement, Thompson fait tournoyer un stylo de temps en temps sur la table basse devant lui pendant qu’il raconte qu’il s’intéresse à la politique depuis toujours. Les choix de carrière qu’il a faits quand il était jeune, de l’enseignement à la vente de voitures, lui ont tous été utiles quand il s’est lancé en politique au niveau national.

Ce pragmatisme était même visible avant quand, en tant qu’ado, il a fait face à la dure réalité qu’il ne serait pas “le prochain Jean Béliveau du hockey”. Toutefois, il était déjà en train d’apprendre à aimer la politique, suivant avec beaucoup d’intérêt les années de Pearson et de Diefenbaker.

Thompson se passionnait un peu moins pour les études. Ce n’est que durant sa dernière année à l’école qu’il s’est vraiment efforcé d’étudier. Lors du jour de la remise des diplômes, en 1966, Thompson a choisi de travailler dans l’industrie des pâtes et papiers en tant que travailleur de quart.

Le jeune homme n’aimait pas beaucoup son travail, mais il était amoureux. À l’école secondaire, il avait rencontré Linda, la femme qu’il allait épouser. Elle a grandi à Calais (Maine) qu’une rivière séparait de sa ville natale de St. Stephen. Ils se sont rencontrés aux danses d’école secondaire et aux épreuves sportives. À l’automne 1968, de grosses noces fami-liales étaient prévues, mais le couple décida qu’il n’avait pas besoin de tout ce stress. “Nous nous sommes enfuis à Vancouver pour nous marier”, dit Thompson. Les jeunes époux ont pris l’avion, ont choisi deux étrangers au hasard pour leur servir de témoins et se sont mariés à la mairie de Vancouver.

Même s’il s’intéresse à la politique depuis toujours, c’est la famille qu’il a surtout dans son coeur. Les allusions à Linda parsèment sa conversation, et il dit que c’est grâce à elle qu’il a réussi à quitter une industrie des pâtes et papiers précaire pour se lancer sur la voie d’une carrière politique. “Nous étions heureux, nous avions un petit enfant, et elle a toujours su que je désirais aller à l’université.”

Alors, pendant que Linda travaillait et s’occupait de Greg fils, Thompson a terminé son baccalauréat ès arts et son baccalauréat en éducation à l’Université St. Thomas à Fredericton, se concentrant sur l’histoire et la politique. C’est cette dernière qui le préoccupait. “Je me demandais toujours si j’allais faire carrière en politique ou pas. Je savais que la clé en était de connaître beaucoup de gens.”

La première étape était d’enseigner l’histoire et la politique au niveau de l’école secondaire. Durant quatre ou cinq ans, il a rencontré nombre de jeunes et leurs parents. “Quand je rencontre des élèves à qui j’ai enseigné, ils me disent : ‘Nous savions que vous alliez faire de la politique parce que c’est la seule chose dont vous vouliez toujours parler.'”

L’étape suivante était de travailler chez son ami Ralph Moffit, un concessionnaire d’automobiles. (Ralph) m’a beaucoup appris. Je dis souvent que j’ai acquis plus d’habileté de vendeur là que n’importe où ailleurs.” Thompson a passé une grande partie de son temps à voyager à travers le Sud du Nouveau-Brunswick, où il a rencontré “énormément de gens”. En même temps, il s’est engagé dans des organisations politiques locales.

Les Thompson ont été heureux d’annoncer l’arriver de leur deuxième fils en 1980, et ils l’ont prénommé Christian parce qu’il est né si près de la Noël. Deux ans plus tard, Thompson a fait sa première tentative en vue d’obtenir un poste politique, quand il s’est présenté à une élection provinciale. “J’imagine que c’est une décision que seul un novice aurait pu prendre. J’ai été parachuté dans un autre district, contre un député vraiment populaire. Le jeune nouveau a perdu, mais par moins de 100 votes.

Thompson a changé de carrière à nouveau, allant travailler en tant que planificateur financier. Mais il ne s’était pas laissé détourner de son ambition longtemps. Il a eu l’occasion de se présenter à l’élection fédérale en 1988, quand le député progressiste conservateur local, Fred McCain, a pris sa retraite. Thompson a remporté la nomination, et il s’est mérité une place dans le gouvernement de Brian Mulroney. “C’était le début.”

À part de la fois où le parti progres-siste-conservateur s’est fait battre à plate couture lors de l’élection de 1993, dont Thompson a été une des victimes comme nombre de ses collègues, le député du Sud-Ouest du Nouveau-Brunswick a remporté son siège en 1997, 2000, 2004 et 2006, et il est sorti vainqueur de la fusion de la droite politique qui a donné naissance au nouveau parti conservateur.

Il n’a toujours pas digéré la défaite de 1993. “Ce n’est pas le meilleur des sentiments, parce qu’on laisse une carrière réussie derrière soi et on ne peut pas retourner facilement à son ancienne vie. En ce temps-là, le parti conservateur a été presque entièrement rejeté.”

Linda n’a pas perdu le sens des proportions. “Elle me disait souvent ‘Au bout du compte, quand tout sera fini, la seule chose qu’il va te rester, ce sera ta famille’. Nous nous sommes efforcés de reprendre une vie normale. Et nous avons réussi.”

Mais un autre défi, un défi vital, s’approchait. Thompson souffrait des premiers stades du lymphome non hodgkinien, une sorte de cancer lymphatique. “Ça s’est ajouté à la complexité de la défaite”, dit-il en riant doucement.

Il s’agissait-là d’un combat qu’il n’allait pas perdre. En 1996, ayant été l’objet d’une greffe de moelle osseuse et ayant passé une bonne partie de l’année à l’hôpital, Thompson profitait d’une rémission.

Il attribue le mérite d’avoir pu passer à travers à sa famille, aux médecins et aux infirmières. À ce moment-là, Linda dirigeait une maison de chambres d’hôtes appelée Along The Shore, au bord de la rivière St. Croix. Des gens de partout au pays lui envoyaient des messages disant qu’ils priaient pour lui. “On dit que la prière marche”, dit Thompson, un Chrétien dévot. “J’imagine que c’en est un bon exemple.”

En 1997, Thompson a retrouvé son siège au Parlement. En plus de représenter sa circonscription, le député a servi de plusieurs façons, y compris comme critique de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, de la santé, du développement régional, du Conseil du trésor et du Développement des ressources humaines. Il a aussi été membre de comités et sous-comités, notamment les suivants : les pêcheries et océans, les comptes publics et la consommation non médicale de drogues ou médicaments.

D’observer Kent Caldwell, un de ses électeurs et ancien président de la filiale St. Croix de St. Stephen, “Tout le monde connaît Greg assez bien, on le tutoie tous. Je dirais qu’il tient parole, chaque fois que j’ai eu affaire à lui. En tant que politicien, il est exceptionnel.”

Le ministre des affaires intergouvernementales du Nouveau-Brunswick, Percy Mockler, connaît la famille Thompson depuis les années 1980 et il a son propre surnom pour le député : Greg le conquérant. “Quand il s’attaque à une question, on voit que le gars est résolu. Je n’ai aucun doute qu’il va être énergique lors de la défense des questions touchant les anciens combattants au cabinet, au caucus et aussi auprès du Premier ministre.”

En janvier dernier, quand le Premier ministre nouvellement élu a invité Thompson à Ottawa, Linda a dit à son mari, “Tu vas être ministre des Anciens combattants”. L’engagement du député dans le dossier du produit Orange, et le fait qu’il était le député néo-brunswickois senior, lui ont valu cet important poste.

Bien que Thibault et Gilles Perron du Bloc québécois disent que le député néo-brunswickois est relativement inconnu, ils reconnaissent sa cordialité. Peter Stoffer du NPD, le député néo-écossais de Sackville-Eastern Shore, dit qu’il “ne sait pas si c’est parce que c’est un Canadien atlantique, mais on peut lui parler facilement et il accepte de nous rencontrer”. Une chose est sûre : les autres députés ont l’intention de lui donner nombre d’occasions de travailler avec eux.

Les joueurs de curling apportent l’esprit de compétition en Colombie-Britannique

Tout comme les montagnes qui les entouraient, les équipes qui ont gagné les championnats nationaux de curling régulier et senior à Surrey (C.-B.), du 18 au 24 mars, étaient solides et imposantes.

L’équipe d’Al Corbeil, de la filiale Alliston (Ont.), a obtenu la victoire grâce à huit conquêtes et un seul revers durant la poule de neuf parties. Bien que plus long, le chemin vers la victoire n’en a pas été moins doux pour l’équipe régulière de Duane Long, de la filiale Salmon Arm (C.-B.). Lors d’une belle serrée, l’équipe a vaincu ses dignes rivaux de la filiale Forest (Ont.), lesquels ont terminé en deuxième place pour la troisième année d’affilée.

La filiale hôtesse Cloverdale et la présidente Maria Thomsen du Comité des préparatifs locaux ont bien fait les choses en ce qui concerne l’hospitalité et l’organisation, et les épreuves régulières et seniors se sont déroulées sans heurt. L’activité a grouillé au Valley Curling Club durant toute la semaine alors que les réguliers et les seniors se partageaient les débuts à 8 h et les fins à 22 h. Le président du Comité national des sports Wilf Edmond a non seulement passé beaucoup de temps au stade, avec son épouse Annie il a donné un coup de main au CPL quand vint le moment de préparer les poissons et les crabes pour la soirée aux fruits de mer à la filiale Cloverdale.

Cette rivalité amicale entre la Colombie-Britannique et l’Ontario dure depuis les championnats nationaux réguliers de 2004 qui ont eu lieu à Saint John (N.-B.). Tout comme en 2005, aux championnats de Sarnia (Ont.), l’équipe ontarienne formée par le capitaine Dale Kelly, la troisième Julie Kelly, le deuxième Shawn Hartle et le premier Bill Smith a fini devant toutes les équipes sauf une. Et elle a eu un résultat parfait face à l’équipe de la Colombie-Britannique.

À la poule de cette année, Kelly et compagnie étaient les premiers, à la cinquième partie, a briser la série de victoires de l’équipe de Salmon Arm. À ce moment-là, Kelly avait dit “Il fallait que nous gagnions. Autrement la Colombie-Britannique allait l’emporter haut la main.”

En fait, le capitaine de la Colombie-Britannique Long, le troisième Gordon Duplisse, le second Cliff Davies (qui a été remplacé durant les quelques dernières parties par Bill Fisher) et le premier Dennis Robertson ont joué de façon solide durant toute la semaine et ils ont failli gagner le championnat durant la dernière partie des jeux réguliers. Toutefois, l’équipe de Bryan MacPherson, de la filiale Lancaster de Saint John (N.-B.), ne l’entendait pas ainsi. Au neuvième tour, les gens des Maritimes se sont acharnés en vue de battre les gens de l’Ouest 7-6 à l’occasion d’une partie de trois heures, forçant la dernière confrontation avec l’Ontario.

La Colombie-Britannique et l’Ontario avaient tous deux un record de sept victoires et deux défaites quand ils se présentaient au barrage, le vendredi après-midi. La Colombie-Britannique a inscrit un point à la première manche, sous le regard des proches. L’Ontario a manqué une occasion d’obtenir un triplé à la deuxième, et la Colombie-Britannique a continué sur son élan.

Alors l’Ontario s’est mis à l’attaque, obtenant un point à chacune des manches six et huit. Malgré le fait qu’il avait abandonné un point à la septième, il s’est repris à la neuvième, profitant d’une des rares fois où la Colombie-Britannique a manqué d’exécuter sa stratégie. Long rata son dernier lancer, abandonnant ainsi trois points, ce qui donnait une égalité de 6-6. À ce moment-là, les conjoints des deux côtés avaient commencé à quitter les estrades quand il leur était trop difficile d’observer.

L’Ontario prit un mauvais départ à la dixième, quand Smith monopolisa la première pierre. La Colombie-Britannique lança sa première pierre à travers. L’Ontario se mit alors à installer des gardes, que la Colombie-Britannique s’efforçait d’enlever. Lorsque Long lançait sa première pierre, il y avait deux pierres ontariennes devant la maison, à environ un demi-mètre d’écart. “J’ai choisi de lancer dans la maison et je me suis retrouvé à l’arrière (du cercle de) huit pieds, plutôt exposé”, dit le capitaine. “J’avais prévu que l’Ontario essaierait de se placer entre les deux gardes de devant, mais à la place il a essayé de frapper la mienne pour l’enlever de l’arrière des huit pieds. Heureusement pour nous qu’il l’a frappé en plein dans le mille, ce qui me donnait essentiellement le même coup que mon premier.” Long s’est préparé et à fait son lancer, et obtenu le point gagnant.

Le temps était au beau fixe quand le tournoi s’est terminé, comme il l’avait été au début. La province hôtesse n’a pas fait honneur à sa réputation pluvieuse. En fait, on n’aurait pas pu demander mieux comme climat pour le défilé d’ouverture le dimanche. Le vice-président national Edmond, accompagné par la garde du drapeau de la filiale Cloverdale, a mené les joueurs de curling et l’orchestre de cornemuses de Crescent Beach jusqu’au cénotaphe de Surrey où une couronne allait être déposée.

Au Valley Curling Club, 20 équipes de partout au Canada se sont rendues à la glace qu’elles allaient finir par très bien connaître durant les six jours suivants. Des dignitaires de la Légion et de la localité, dont le contingent de la Direction nationale, le président Gerry Vowles de la Division de la Colombie-Britannique/ Yukon et la mairesse par intérim de Surrey, Judy Villeneuve ont souhaité bonne chance et bon curling à tous. Edmond a lancé la première pierre avec enthousiasme, et la compétition commençait.

La veille, les joueurs de curling et leur entourage s’étaient assemblés à la filiale Cloverdale où a eu lieu la séance d’accueil habituelle.

La division senior a réussi à terminer la poule sans belle, le neuvième tour ayant été décisif et spectaculaire. Il était impossible, pendant une bonne partie du match, de prévoir comment se terminerait la dernière partie de l’Ontario et de l’équipe de Buckingham (Qc) dirigée par Grant MacLennan. Aucune des deux équipes ne s’est inscrite au tableau avant la quatrième manche, quand le Québec a obtenu un doublé. L’Ontario a riposté en inscrivant trois points à la cinquième, et les deux équipes ont échangé des points jusqu’à ce que, finalement, l’Ontario oblige le Québec à tenter un coup difficile pour rester dans le jeu. Il s’est effondré et l’Ontario a gagné 6-4.

Corbeil et son équipe, le troisième John Owen, le second Steve Elder, le premier Jim Shacklady et le cinquième Anthony Lawler, étaient heureux en prenant la pose pour les photos avec leur mascotte, un tigre en peluche.

Le capitaine n’a pas hésité à louer le Québec. “Ces gars-là ont joué extrêmement bien. Ils ont fait leur part en essayant de (nous) mettre en pièces pour qu’il y ait des barrages.” Son second, Elder, était d’accord : “Leur troisième, Jean-Jacques Lafontaine, a été remarquable. C’est le gars qui les a tirés d’affaire après toutes ces grosses manches.”

Il en allait de même pour l’Île-du-Prince-Édouard. L’équipe de la filiale George Pearkes VC de Summerside (Î.-P.-É.), dirigée par le vétéran du curling Mel Bernard, espérait que le Québec allait gagner. Cela aurait mis l’Ontario sur un pied d’égalité avec l’Île qui en était à 7-2. “Nous surveillions cette autre feuille”, dit Blair Jay, le troisième insulaire, qui a fait semblant de pleurer quand le résultat de l’Ontario a été annoncé. “Nous étions si près.” Il avait prédit que l’équipe de Corbeil serait une prétendante au début du tournoi, après que les seniors de l’Ontario aient battu l’Île-du-Prince-Édouard.

Corbeil, un ingénieur aérospatial qui a passé de nombreuses années dans les Forces canadiennes, avait connu les “gars de Summerside” quand il était aux Maritimes et avait joué avec eux lors de championnats passés. Si (l’Île) avait fait une remontée hier, nous ne serions pas en train de bavarder maintenant. Je serais en train de jouer (une belle). C’est tant pis; ce sont de bons gars.”

Au huitième tour, Corbeil avait regardé l’Île remonter d’une déroute de 0-8 à la fin des cinq premières manches jusqu’à un score 7-8 au début de la neuvième manche, avec l’équipe de Courtenay (C.-B.) dirigée par Chuck Kennedy. Toutefois, la Colombie-Britannique a fini par gagner 11-8, grâce à un triplé quand l’Île a manqué un lancer. Le membre Denis Viklund de la filiale Courtenay, qui a été remplacé par son fils Chris en tant que premier suite à une opération à coeur ouvert l’an dernier, remarquait d’un air désabusé, “c’était pas beau à voir”. Mais en fin de compte l’équipe avait obtenu la troisième place, et en dernière analyse elle avait empêché l’Île-du-Prince-Édouard de finir en première place.

Les résultats finals à la division senior étaient les suivants : Ontario (filiale Alliston) 8-1; Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside) 7-2; Colombie-Britannique/Yukon (filiale Courtenay) 5-4; Saskatchewan (filiale Meadow Lake), Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale River Hebert (N.-É.)), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville), Alberta/Territoires du Nord-Ouest, (filiale Kingsway d’Edmonton) et Manitoba/ Nord-Ouest de l’Ontario (filiale Lac du Bonnet (Man.)); ex aequo en quatrième place 4-5; Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John) 3-6; Québec (filiale Buckingham) 2-7.

Le tableau de la division régulière était comme suit : Colombie-Britannique/ Yukon (filiale Salmon Arm) 8-2, championne; Ontario (filiale Forest) 7-3, deuxième; Saskatchewan (filiale MacRorie) 6-3; Québec (filiale Buckingham) 5-4; Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario (filiale The Pas (Man.)) et Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John) ex aequo en cinquième place 4-5; et puis Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale F.E. Butler de Chester (N.-É.), Alberta-T.N.-O. (filiale Ogden de Calgary), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville) et Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside) ex aequo en sixième place à 3-6.

La joie régnait au banquet de fermeture, durant lequel les joueurs de curling ont fait, non pas une, mais plusieurs ovations debout au CPL de Cloverdale en l’honneur de son travail. De dire Edmond en conclusion : “Les nationaux de la Légion, (le curling) des réguliers et des seniors, sont les Olympiques de la Légion royale canadienne. On ne saurait trop dire à propos de l’hospitalité dont nous avons profité, non seulement moi-même, mais tous les joueurs de curling et les conjoints qui y ont assisté.” Il encourageait les joueurs à participer activement à leurs filiales et à maintenir les programmes des sports de membres. “Vous êtes joueurs de curling, mais vous êtes légionnaires d’abord. La camaraderie dont vous faites preuve aux championnats divisionnaires et nationaux sont la raison d’être de notre organisation.”

Les épouses de guerre célèbrent un anniversaire important

Les épouses de guerre qui sont venues au Canada il y a 60 ans sont en train de faire de cette année la leur. L’an dernier était l’Année de l’ancien combattant et, d’après les 48 000 femmes qui ont épousé des militaires et qui ont quitté leur foyer en Grande-Bretagne et en Europe, 2006 devrait être l’Année de l’épouse de guerre.

Des réunions, des expositions d’art et d’autres manifestations ont lieu à travers le Canada, mais il y a des provinces qui ont été plus rapides que d’autres en déclarant officiellement l’Année de l’épouse de guerre. À partir du mois de mars, le porte-parole Len Westerberg du ministère du Patrimoine canadien disait que ce dernier était encore en train de planifier comment commémorer ce groupe de femmes audacieuses. Toutefois, le gouvernement fédéral n’a pas encore fait de déclaration officielle. Le Conseil exécutif national de la Légion a décidé en février de ne pas faire sa propre annonce sans soutien officiel.

“J’aimerais que le gouvernement fédéral annonce que cette année est celle de l’épouse de guerre”, dit Eswyn Lyster, auteure élégante de 82 ans qui était une des premières épouses de guerre qui ont traversé l’Atlantique à bord du Mauretania, de Liverpool (Angleterre) à Halifax, en février 1946. La décision qu’avait prise son père durant la guerre, de déménager à la côte sud de l’Angleterre, lui a permis d’épouser un Calgary Highlander, William Lyster, en 1943. “Les fréquentations des épouses de guerre n’ont peut-être pas duré longtemps avant d’aboutir au mariage”, dit-elle, “mais notre génération ne prenait pas le mariage à la légère.” Le couple a duré 52 ans. Deux ans après la mort de William qui a eu lieu en 1996, Lyster a commencé à interviewer des centaines d’épouses de guerre pour le livre qu’elle est en train de finir.

La plupart des épouses de guerre de la Seconde Guerre mondiale ont traversé l’Atlantique en 1946; beaucoup venaient avec des enfants et toutes étaient prêtes à donner une chance à un nouveau pays. “Nous avons toutes la même expérience d’avoir quitté notre pays, notre famille, sans savoir si nous les reverrions”, dit Jean Fells, une femme originaire du Yorkshire qui est actuellement vice-présidente de la Saskatchewan War Brides Association (association des épouses de guerre de la Saskatchewan). Fells, quand elle était adolescente, a envoûté le soldat Bob Fells lorsqu’ils se sont rencontrés dans un parc d’attractions en 1943. En 1946 elle l’avait épousé et s’était installée à une ferme de Girvin (Sask.).

Quatre-vingt-treize pour cent des épouses de guerre étaient britanniques, ce qui n’est pas surprenant vu que les militaires canadiens ont passé plus de temps en Grande-Bretagne que toute autre force alliée durant la Seconde Guerre mondiale. Et, d’après l’historienne néo-brunswickoise Melynda Jarratt, les épouses de guerre formaient 60 pour cent des gens immigrant au Canada à l’époque et elles font partie de l’arbre généalogique de plus d’un million de Canadiens.

Depuis l’an dernier, Jarratt et Lyster, avec l’aide des associations des épouses de guerre du pays, font une campagne épistolaire pour qu’on déclare que 2006 est leur année. Fells, dont l’association va avoir une grande réunion en l’honneur du 60e anniversaire, du 5 au 7 mai, à Saskatoon, fait remarquer : “Nous sommes en train de nous faire reconnaître”.

Le Nouveau-Brunswick est la première province qui a déclaré que 2006 serait l’Année de l’épouse de guerre quand la motion présentée à l’Assemblée législative, au mois de décembre, par le député de Fredericton T.J. Burke, petit-fils de l’épouse de guerre Jean Paul et du soldat autochtone Charles Paul, surnommé Buck, a été adoptée. Elle fut adoptée à l’unanimité. “Je pense à ma propre grand-mère aujourd’hui, bien sûr”, dit Burke. “Ce n’est que justice de l’honorer, ainsi que les dizaines de milliers de femmes qui, en tant que jeunes épouses, ont tant contribué à notre nation.”

Le Manitoba a fait sa déclaration à propos de l’Année de l’épouse de guerre le 9 février, durant la célébration du 60e anniversaire de l’arrivée du Mauretania au quai 21 d’Halifax. Des douzaines d’épouses de guerre de tous les coins du pays sont retournées voir l’endroit, qui est maintenant un musée, où elles ont mis pied à terre au Canada. La manifestation, à laquelle assistaient des dignitaires comme la lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse Myra Freeman et le président George Aucoin de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, a attiré l’attention nationale. Robbie Shaw, président de la Pier 21 Society, dit aux épouses de guerre que “Enseigner aux jeunes Canadiens à propos de vous et de votre époux nous permet de démontrer qu’il est possible que des choses aussi merveilleuses que l’amour et le mariage ressortent de quelque chose d’aussi horrible qu’un monde en guerre”.

Lyster, qui a fait un discours durant la cérémonie, connaît certainement ces horreurs. Quand son garçon nouveau-né Terry et elle sont arrivés à Halifax, William était en train de récupérer dans un hôpital, en Alberta. Il avait été blessé quelques jours à peine avant la fin de la guerre.

Fells aussi a passé des temps difficiles. “Si je n’avais pas eu le meilleur des maris, je serais retournée en Grande-Bretagne sans coup férir”, dit-elle. Membre de longue date de la filiale Davidson de la Saskatchewan, elle est une des épouses de guerre dont les expériences aigres-douces ont été représentées par l’artiste Bev Tosh de Calgary dans One-Way Passage (allée simple), une exposition “initiatique aux points de vue physique, émotionnel et psychologique quand on quitte le foyer”.

Il a fallu cinq ans à Tosh, dont la mère, une Canadienne, a épousé un aviateur néo-zélandais, pour créer 48 portraits d’épouses de guerre lors de leurs noces. Les panneaux rugueux en bois d’une hauteur de quatre pieds, placés en zigzag, représentent 48 000 épouses de guerre. L’exposition One-Way Passage, qui se trouve actuellement au Diefenbaker Canada Centre de Saskatoon, et qui est prévue au programme de la réunion des épouses de guerre de la Saskatchewan, va faire son chemin jusqu’au quai 21 à la fin du mois de mai, et elle sera au Musée canadien de la guerre, à Ottawa, au mois de juillet.

Bien qu’il est indiqué dans l’exposition que les pleurs étaient courants chez les épouses de guerre, Fells et Lyster disent toutes deux qu’elles ne regrettent rien. “La vie n’a pas toujours été rose, mais elle a été pleine d’occasions, des occasions que je n’aurais jamais eues en Angleterre”, dit Lyster pour conclure. “Je ne trouve pas les mots pour vous dire à quel point je suis heureuse que les épouses de guerre soient reconnues 60 ans après qu’elles aient commencé leur nouvelle vie dans ce pays-ci.

Un retour spirituel au pays

photographies de Natalie Salat

Leur esprit égaré a finalement été rappelé chez eux. Leurs restes gisent peut-être encore en terre européenne mais, suite à une cérémonie spéciale sur la terre même où ils se sont battus, l’esprit de centaines de soldats aborigènes canadiens qui ont donné leur vie aux deux guerres mondiales est accueilli à leur foyer ancestral, au Canada.

Parmi ces âmes se trouve celle de grands-oncles de Dakota Brant, une jeune femme de 18 ans. L’adolescente au parler bien articulé, une descendante du chef mohawk du 18e siècle Joseph Brant qui s’est battu aux côtés des troupes britanniques à la guerre de sept ans, faisait partie des 13 jeunes Canadiens qui s’étaient joints à la délégation de 300 personnes lors d’un voyage spirituel en France et en Belgique, lequel a eu lieu du 26 octobre au 4 novembre. Pour Brant, qui étudie actuellement la langue mohawke et qui donne un coup de main à la Légion près de chez elle à Ohsweken (Ont.), c’était non seulement une occasion de rencontrer d’autres anciens combattants, mais de se rattacher à son passé. “Je veux demander à ma famille d’organiser un festin pour mes oncles. Dans la culture mohawke, on honore les morts par des festins. (Mes oncles) sont morts il y a plus de 60 ans, mais on n’en a peut-être jamais fait.”

Pendant bien des années, les peuples indigènes du Canada n’avaient pas les mêmes droits que la plupart des citoyens. Leurs cultures étaient aussi en danger à cause, entre autres, du pensionnat obligatoire décrété par le gouvernement. Ils n’avaient pas le droit de vote avant 1960 et, maintenant encore, ils continuent à chercher des règlements de revendications territoriales et à obtenir des indemnités suite aux injustices passées. Toutefois, quand les appels à la guerre ont été lancés, en 1914, 1939 et 1950, les Canadiens aborigènes ont répondu en grand nombre. À Anciens combattants Canada, on dit que plus de 7 000 personnes appartenant aux Premières Nations ont servi à la Première Guerre mondiale, à la Deuxième Guerre mondiale et à la guerre de Corée, et on ne sait combien d’Inuits et de Métis ont également servi. Un groupe d’anciens combattants autochtones estime à 12 000 le nombre des Canadiens aborigènes qui ont servi aux trois guerres. Parmi ceux qui sont allés outre-mer à la Première Guerre mondiale, 300 ne sont jamais revenus. Plus de 200 ont perdu la vie à la Deuxième Guerre mondiale.

C’est le sage spirituel Ed Borchert, un Métis qui a été major dans la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et qui est actuellement à la retraite, qui a eu la vision en 1998 concernant le rapatriement de ces âmes. “Cette vision m’est venue sur les ailes d’un aigle, un cri des ancêtres…qu’il fallait ramener les esprits de nos guerriers morts chez nous”, dit Borchert. L’aigle a une place spéciale dans nombre de cultures autochtones, où il est considéré comme étant le messager du Créateur.

“Aux deux guerres mondiales, il y avait des cérémonies quand on envoyait nos soldats à la guerre”, dit-il, “mais, ceux qui ne sont pas revenus chez nous, nous n’avons jamais eu l’occasion d’assembler leurs esprits et de les ramener chez nous. (La cérémonie) est une chose vraiment nécessaire. Elle va permettre à nos familles d’en finir avec leur deuil.”

Le voyage spirituel, financé par Anciens combattants Canada et organisé conjointement avec un groupe de travail aborigène et Affaires indiennes et du Nord Canada, comprenait des sages spirituels, des anciens combattants aborigènes, des soignants, des membres du personnel ministériel et des dignitaires comme la ministre Albina Guarnieri d’Anciens combattants Canada, la Gouverneure générale Michaëlle Jean et la présidente nationale Mary Ann Burdett. Nombre des 52 groupes culturels composant les Premières Nations du Canada étaient représentés, comme l’étaient les Inuits et les Métis.

À la mi-octobre, la première vague de participants, dont Borchert, arrivait en Belgique pour construire une longue maison et des tipis qui allaient servir de site cérémonial dans les bois du mont Kemmel. Situé au sud d’Ypres, l’endroit avait été une installation militaire auparavant, et il se trouve dans une région où ont eu lieu des combats parmi les plus importants de la Première Guerre mondiale : la Flandre.

Trevor Gladue, un Métis d’Edmonton qui a servi en tant que soutien cérémonial, croit mieux comprendre maintenant ce que les soldats canadiens doivent avoir enduré. “Quand je suis arrivé ici, il pleuvait, le temps était morne et humide; nous avons travaillé dans la boue pendant les 10 premiers jours. (Pour venir ici) il nous a fallu conduire à travers ces tombes (militaires) tous les jours. C’était vraiment difficile, et on sentait vraiment cet esprit de mort et de tristesse.”

Heureusement que les Belges ont ouvert leur coeur à la délégation, et qu’ils ont donné la permission de désigner le terrain du mont Kemmel territoire canadien pour la cérémonie, ainsi que fourni du matériel et un soutien logistique.

Bernard Heens, le maire de la ville avoisinante de Heuvelland, dit que c’était “un grand honneur” pour lui et ses concitoyens de participer à la préparation de la cérémonie et apprendre la culture des Premières Nations, des Métis et des Inuits.

Ce pèlerinage inédit a commencé officiellement à Ottawa lors d’une cérémonie de départ, à l’aube, à l’île de Victoria. L’île, située au pied de la chute des Chaudières, servait autrefois d’escale aux peuples indigènes. Après la cérémonie eut lieu un dîner au Rideau Hall auquel assistaient le Premier ministre Paul Martin et la nouvelle Gouverneure générale, laquelle venait d’être installée dans ses fonctions. Le lendemain, un aérobus des Forces canadiennes déposait la délégation à Lille (France) sur une piste ensoleillée. Le chant et le son du tambour de Sam Wolf Leg et d’Adrian Goulet, des aides de cérémonie des Premières Nations de l’Alberta, ont ravivé les voyageurs au moins pendant un certain temps.

L’occasion permit à Goulet d’avoir une réunion de famille à laquelle il ne s’attendait pas et il put refaire connaissance avec son oncle Leo, un vétéran du jour J qu’il avait perdu de vue des années auparavant. L’aîné Goulet, un Métis de l’Alberta, était l’un des deux douzaines de participants autochtones anciens combattants. Ce légionnaire de 81 ans n’a toutefois pas eu beaucoup de temps pour bavarder car il a vite été emmené à un point de presse pour les médias du Canada et de la Belgique.

La mairie magnifique où avait lieu le point de presse a rappelé de mauvais souvenirs à Goulet. Elle lui rappelait le château d’Audrieu en Normandie, où les Allemands ont exécuté un certain nombre de prisonniers de guerre peu de temps après le jour J, y compris 22 qui comme lui étaient membres des Royal Winnipeg Rifles. “Nous étions près (du château) quand nous avons été capturés. Je ne sais pourquoi, les Allemands ont décidé de ne pas nous exécuter.”

Goulet se rappelle de la situation désespérée dans laquelle son régiment s’est trouvé, le 8 juin 1944, à 15 kilomètres à peu près des plages où il avait atterri. “Nous nous sommes fait massacrer. Ils avaient des chars et nous n’en avions aucun. Nous avions un PIAT (lance-bombes anti-chars d’infanterie). (Notre homme qui avait le PIAT) démolit un char, mais il a été repéré par l’autre et il s’est fait descendre. Et c’en était fini de notre anti-char.” Goulet a passé 10 mois cauchemardesques en tant que prisonnier des Allemands avant que la guerre finisse.

Malgré les atrocités commises par les gens de l’autre côté, Borchert a remarqué que les anciens n’ont pas honoré que les soldats alliés. “Selon notre tradition […] nous honorons nos ennemis parce que ce sont des guerriers aussi. Il y a un (cimetière) un peu plus loin le long de la route, celui de Langemarck. Quand on y entre, les esprits hurlent pour se faire reconnaître. Nous les avons déjà honorés avec nos chansons, pour qu’ils puissent se reposer.” Quant à la manière dont on procède pour les ramener chez nous, dit Borchert, “nous allons chanter, nous allons les honorer. Nos pipes vont ramener ces esprits chez nous afin que nos collectivités puissent guérir.”

Les pipes, qui sont sacrées pour les cérémonies aborigènes, servent de récipient pour rassembler les esprits. Les médecines traditionnelles, la glycérie septentrionale, la sauge, le tabac et le cèdre, allaient être brûlées, et il y aurait des chansons, des danses, le son des tambours, des sueries et des prières en plusieurs langues.

Bien que la cérémonie spirituelle fut interdite aux médias, nous avons été invités au lieu de la cérémonie par la suite; il ne restait pas grand-chose à part quelques foyers et un ensemble coloré de drapeaux avec des offres de tabac.

D’après Borchert et les autres participants, la cérémonie a été réussie. Il reconnaît qu’il se peut que ce soit difficile pour des non-aborigènes de comprendre le concept du rappel chez soi. “Nous invitons les esprits à se joindre à nous et à voyager avec chaque transporteur de pipe jusqu’à chez lui, là où les esprits d’autres guerriers attendent pour les recevoir.”

Adrian Goulet dit que l’expérience était “extrême”, et qu’elle a servi à unir les participants. “Nous sommes tous pareils, qui que l’on soit. N’importe si l’on transporte la pipe ou pas.” Le plus jeune membre de la délégation, Richard Eagle, âgé de 12 ans, était plus succinct quand on lui a demandé de quoi avait l’air la cérémonie. “Longue” dit-il avec un sourire espiègle. Il avait aidé son grand-père, Tom, de Yellowknife, tout au long des quatre jours.

Nombre de membres de famille accompagnaient les anciens combattants et les anciens en tant que soignants ou aides. À la fin des 10 jours, le sentiment familial s’était répandu à travers toute la délégation. Les figures étaient devenues familières, on s’embrassait à la place de se serrer la main, et bien qu’il y ait eu beaucoup de larmes, les anciens combattants et les anciens ont aussi apporté de l’humour à l’événement avec leurs farces et leurs histoires. Non seulement les participants en ont-ils appris davantage sur leurs propres cultures, ils en ont aussi appris davantage sur l’éventail des langues et traditions que continuent de créer les peuples aborigènes du Canada.

Comme dans toutes les familles, toutefois, il y a eu des hauts et des bas. Des questions de longue date ont été soulevées, en particulier le traitement des peuples autochtones par le Canada et l’alcool, ainsi que le protocole de la cérémonie. Ces questions ont donné lieu à des discussions approfondies parmi les gens de la délégation. Certaines ont été réglées plus facilement que d’autres, comme l’ordre où l’on déposerait les couronnes. D’autres, comme l’indemnisation pour les 700 Métis à peu près qui vivent encore, ne sont pas encore réglées.

Les expériences des soldats aborigènes du Canada, parmi eux le tireur d’élite prolifique de la Première Guerre mondiale Henry Norwest, surnommé Ducky, et le héros de la Deuxième Guerre mondiale et de la guerre de Corée Tommy Prince, étaient nombreuses et variées pendant et après les guerres. Certains, comme le transmetteur de la Seconde Guerre mondiale Elmer Sinclair, un Cri originaire de Selkirk (Man.) qui habite actuellement en Colombie-Britannique, pensent qu’ils ont été traités de manière équitable, et ils se disaient chanceux d’avoir appris à quels avantages ils ont droit par l’entremise de la Légion. “Le problème, c’était que beaucoup (d’anciens combattants autochtones) vivaient dans des habitations lointaines où la Légion n’est pas et où il n’y a pas de communication”, dit Sinclair, un homme plein d’esprit qui appelle ses fils les Magnificent Seven (le titre anglais du film Les sept mercenaires n. d. t.).

Dans bien des cas, les agents des sauvages n’ont pas dévoilé aux anciens combattants les avantages qu’ils pouvaient obtenir dans le cadre de la Charte des anciens combattants. En 2002, le ministre d’Anciens combattants d’alors, Rey Pagtakhan, a annoncé un règlement de 39 millions de dollars aux anciens combattants des Premières Nations pour régler leurs vieux griefs.

Les sages spirituels eux-mêmes ont mis la politique de côté pour s’occuper de la cérémonie de rappel, et ils insistaient que l’on fasse la même chose à propos de l’alcool. D’observer Sam Adolph, un sage spirituel de Lillooet (C.-B.) : “J’en connais beaucoup sur l’alcool et les drogues, et ce qu’ils ont fait à notre peuple. Lors d’une cérémonie comme celle-ci, je me sens assez triste quand les gens ne peuvent les mettre de côté durant les 10 jours, que nous puissions faire notre travail. L’alcool et les drogues ne s’incorporent pas bien aux sacrements indiens.”

Alors qu’Adolph et les autres anciens s’isolaient au mont Kemmel, les trois autres groupes de la délégation, les anciens combattants, les jeunes et les interprètes, suivaient leur propre chemin. Des fois, ils se séparaient, comme lorsque les musiciens, les chanteurs et les danseurs ont donné des représentations follement populaires dans des écoles, des parcs et des mairies. À l’affiche se trouvaient des interprètes de chant gutural inuits, la Saskatchewan First Nations Drum and Dance Troupe, des danseurs métis de Duck Bay (Man.), et le guitariste Danny Flett accompagné par la violoniste de 15 ans Sierra Noble, qui ont envoûté les foules grâce à leur musique vive.

Les interprètes se sont joints aux anciens combattants et aux jeunes lors des cérémonies aux mémoriaux de la Première Guerre mondiale en Belgique (la Colline 62, Passchendaele et Saint-Julien) et aux sites importants de la Seconde Guerre mondiale en Normandie (le cimetière militaire canadien de Beny-sur-Mer et le Centre de la plage Juno à Courseulles-sur-Mer). Ces événements ont été mis en valeur grâce aux traditions aborigènes, y compris l’allumage de la lampe inuite et le son du sifflet de l’aigle.

La Gouverneure générale Michaëlle Jean a intensifié la compassion et le charisme durant les deux jours qu’elle a passés avec la délégation en Normandie. Il s’agissait de son premier voyage outre-mer en tant que représentante canadienne de Sa Majesté la reine. En plus d’assister à un dîner informel donné pour les anciens combattants, Jean a révisé son emploi du temps et passé davantage de temps avec les 13 délégués de la jeunesse lors d’une visite au Centre de la plage Juno et à la fameuse plage. Là, Brant lui a offert une plume d’aigle, un cadeau qu’elle a accepté avec une étreinte.

Le lendemain, Jean s’est jointe à la délégation et aux dignitaires français à deux cérémonies bien différentes. Dans la lumière du matin, entourée par les tombes bien entretenues de Beny-sur-Mer, Jean parla solennellement. “Je crois vraiment que la guérison a lieu quand on reconnaît et qu’on transcende notre chagrin et nos pertes, et quand on s’engage à faire triompher les forces créatrices contre les forces destructrices.”

Pour le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Howard Anderson, chef de longue date de la Première Nation Gordon en Saskatchewan, le point culminant a eu lieu quand il a trouvé la tombe de son neveu Kenneth Wilfred Pratt, qui est mort le 7 juin 1944.

En après-midi, au Centre de la plage Juno, Jean a dansé avec les danseurs métis à la suite d’une cérémonie pittoresque en l’honneur du dévoilement de l’inukshuk bâti par Peter Irniq, l’ancien commissaire du Nunavut. Irniq dit que le voyage a beaucoup servi à unifier les peuples aborigènes du Canada, et il expliqua que cet “inukshuk messager” aurait une fenêtre “à travers laquelle on peut regarder pour relier les tombes des guerriers qui gisent en Europe avec leurs parents, amis et compatriotes au Canada”.

Les jeunes délégués, pensant qu’il y avait eu moins d’occasions de spiritualité qu’ils n’en auraient aimé, réglèrent leur propre cérémonie matinière à l’extérieur de l’hôtel de Lille; ils avaient aussi demandé la permission de se joindre aux anciens combattants dans les autocars et aux repas.

Le lieutenant-gouverneur de l’Ontario James Bartleman, un membre de la Première Nation Mnjikaning, s’est adressé surtout aux jeunes au Mémorial de Saint-Julien. “Beaucoup de choses ont été accomplies mais il en reste encore plus à faire. Honorez ceux qui ont donné leur vie en acceptant le flambeau et en terminant le travail qui a été commencé par vos arrière-grands-pères, vos grands-pères, et vos pères. Vous avez le droit de vote, ce que les soldats (aborigènes) n’avaient pas. Servez-vous-en et défendez les droits des peuples aborigènes et de tous les Canadiens au Parlement.”

Les interprètes et la garde d’honneur aborigène–des membres des Forces canadiennes et de la GRC–commencèrent à former des cercles pour discuter de leurs expériences spirituelles, dont certaines étaient profondes et inhabituelles. “Il y en a qui sont venus ici en pensant que ce seraient des vacances”, dit Sherry Noble. “Mais cela les a changés.” Pour sa fille Sierra, comme pour bien d’autres, il n’y a pas eu d’événement plus accablant que la fameuse cérémonie de la sonnerie aux morts à la porte de Menin, à Ypres. Le monument comporte les noms de 54 896 soldats du Commonwealth qui sont morts au saillant d’Ypres durant la Première Guerre mondiale et dont la tombe n’est pas connue. Les habitants d’Ypres y règlent une cérémonie tous les couchers du soleil depuis le 11 novembre 1929 (sauf lors de l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale).

Jamais auparavant les Belges n’avaient-ils été témoins d’un contingent entièrement aborigène qui dansait, sous les arches colossales, au chant autochtone. Deux mille personnes se tenaient côte à côte et regardaient les interprétations dans un silence révérencieux. À la suite de la sonnerie aux morts, Sierra Noble a joué la complainte, Grandma Blanche, qu’elle avait composée pour feu son arrière-grand-mère. Ensuite, elle a été réconfortée quand sa mère l’a embrassée et que trois enfants belges lui ont montré spontanément leur affection.

Des centaines de coquelicots ont voleté jusqu’au sol depuis les ouvertures en haut du monument pendant que jouait la Musique centrale des Forces canadiennes. Lorsque après la cérémonie les gens s’entassaient de manière exubérante, la Belge Julie Hübrecht de 14 ans disait que “c’était spectaculaire. Ça vous prend au coeur.”

C’était aussi un moment spécial pour Dakota Brant. Au monument, elle a trouvé le nom de son grand-oncle, le lieutenant Cameron Brant. À 28 ans, il était commandant d’un peloton du 4e Bataillon d’infanterie du Canada et il perdit la vie en 1915, près d’Ypres, en contre-attaquant des tranchées ennemies à la tête de ses hommes. “Il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne rien ressentir”, dit-elle.

La cérémonie commémorative du lendemain, au cimetière canadien sur le terrain du Monument commémoratif de Vimy (qu’on est en train de restaurer), est celle qui a frappé le plus la présidente nationale Burdett. “On peut dire que ce sont les esprits, on peut dire que c’est l’énergie, on peut l’appeler comme on voudra, mais on ressentait quelque chose de spécial là-bas”, disait-elle par la suite. Burdett dit que le voyage a été une expérience très touchante, et que “le sentiment de spiritualité dans celui-ci, pour nous tous, autochtones et non-autochtones, était beaucoup plus fort que tous les autres voyages auxquels j’ai participé”.

Quand la délégation revenait à Ottawa, le 3 novembre, l’atmosphère était vraiment différente durant le vol : plus animée et plus cohésive. Le lendemain, les anciens combattants, les jeunes et les anciens se sont joints à Albina Guarnieri pour lancer la semaine de l’ancien combattant à la cérémonie annuelle du Sénat. Après que le parfum du foin d’odeur fumant et le retentissement des prières et des chansons aborigènes se soient estompés, Guarnieri, surnommée récemment Dame Wapiti, parla du voyage spirituel. “Ce qui m’a impressionnée le plus a été la générosité d’esprit de ces gens. Pour des gens à qui nous essayions de donner un soupçon de reconnaissance, qui leur était dû depuis fort longtemps et qu’ils avaient bien mérité, on dirait que ce sont eux qui ont nous fait des offrandes.”

Pour Brant, qui portait la robe de mariage en peau de daim de sa tante à la cérémonie du Sénat, il y avait un certain soulagement d’être de retour au Canada. Après tout, elle retournait chez elle pour s’assurer que les esprits ancestraux puissent enfin reposer avec la famille. “En (Europe), même quand je me trouvais dans une pièce vide, je sentais que (les esprits) se pressaient autour de moi. Maintenant que nous sommes de retour au Canada, je pense qu’une grande partie de ce sentiment accablant s’en va, et je vais être plus confortable. Mais il va encore me rester, parce que mon travail n’est pas fini tant que je ne serai pas chez moi.”