A Terre-Neuve, n’importe quel type de politique peut susciter des débats aussi houleux que passionnés, et les participants, descendants de souche irlandaise, écossaise ou anglaise, intensément retranchés dans leurs diverses positions, créent un imbroglio d’errances oratoires d’une ampleur inégalée, le tout pouvant donner lieu à une passionnante étude en évolution de la linguistique.
Que l’on soit président parlementaire ou président d’assemblée, maintenir de l’ordre dans un tel fatras de jargons et d’opinions est, au mieux, difficile, au pire, inconcevable.
C’est dans cette ambiance habituelle que Gerald Budden, président sortant de la division de Terre-Neuve-et-Labrador de la Légion royale canadienne, a déclaré à 60 délégués votants qui participaient fin aout au 68e congrès biennal dans la bien nommée Happy Valley-Goose Bay que s’entendre était essentiel pour, comme le disent les Terre-Neuviens, « faire avancer les choses ».
« Nous pouvons tant accom-plir pour notre organisation et notre cause si nous nous comportons comme des amis et camarades », a-t-il noté au début de la réunion de trois jours.
Il n’avait pas besoin de s’inquiéter. La conférence s’est déroulée sans accroc dans un climat de convivialité, de coopération et d’humour omniprésent. Trois résolutions clés ont été adoptées sans prati-quement aucune résistance, des problèmes persistants ont été efficacement abordés sans détour, et une nouvelle direction a été installée en douceur avec brio, dont la moitié par acclamation.
Parmi les personnes acclamées figurait Janis Boone, de la filiale Botwood, à la bien nommée baie des Exploits. Elle succède à M. Budden à la présidence provinciale, et sa priorité reste l’objectif principal de la Légion : s’occuper des anciens combattants, et ici, précisément des anciens combattants sans abri.
« Pas seulement ceux dans la rue, mais aussi les anciens combattants qui errent d’un sofa à l’autre, séjournant chez des amis ou chez des proches, a-t-elle déclaré. Nous devons trouver des logements à ces gens.
« Parfois, ces anciens combattants sont trop fiers pour venir nous demander de l’aide. Nous devons trouver un moyen de les contacter et de les faire venir nous solliciter, car des aides existent pour eux. »
Elle appuie fermement l’éduca-tion des jeunes et le pèlerinage annuel de sa division au cours duquel 100 jeunes de la province visitent des sites liés à la guerre en Europe, notamment le Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel, en France, où le Newfoundland Regiment a été pratiquement anéanti le premier jour de la bataille de la Somme, en 1916.
Le pèlerinage des jeunes le long de ce que l’on appelle le sentier du Caribou (le caribou est l’emblème du Royal Newfoundland Regiment), qui a plus que décu-plé depuis ses débuts dans les années 1970, a reçu un énorme coup de pouce grâce au financement du gouvernement provincial.
Signe encourageant, plus d’un tiers des participants au congrès – au moins 22 sur 65 – étaient d’anciens combattants, principalement des Casques bleus et des vétérans d’Afghanistan.
Morgan Simmons, vétéran d’Afghanistan, de la filiale Pasadena, a été élu premier vice-président. William Morrison, de la filiale Pleasantville de St. John’s, a obtenu le poste de deuxième vice-président grâce à une présentation vidéo tournée lorsqu’il était en mission de maintien de la paix dans le Sinaï. Law Power, vétéran de la GRC de la filiale Botwood, a été élu président des débats de la province.
Shirley Hodder, de la filiale Burin, a obtenu le mandat de trésorière pour la quatrième fois.
Des représentants de seules 20 légions des 42 de la province ont assisté au congrès, dépassant à peine le minimum de 40 % nécessaire pour atteindre le quorum. Cela révèle plus un problème de capacités financières que d’apathie. Avec son 1,4 résident au kilomètre carré, Terre-Neuve-et-Labrador est la province la moins peuplée du Canada et l’une des plus isolées sur ses 405 720 kilomètres carrés.
Deux de ses six districts seulement ont obtenu des quorums pour pouvoir élire de nouveaux chefs, choisissant Petrina Smith, de la filiale Happy Valley dans le district 6, et le vétéran John Braye, de la filiale Springdale, dans le district 4. Les autres ont été invités à élire leurs nouveaux chefs le plus vite possible.
Les délégués ont adopté une résolution leur permettant de représenter des filiales autres que la leur pourvu qu’elles soient du même district, mais sans se prévaloir d’un vote par procuration. Une autre a abaissé le pourcentage de filiales requises pour atteindre un quorum au congrès de 40 à 30.
Bien que le nombre de membres dans la province soit généralement encourageant (la filiale St. Anthony, par exemple, est passée de 18 à 50 membres en 2024, soit une augmentation de 277,8 %), il y avait des sujets de préoccupation.
Le district 3, qui englobe les péninsules de Bonavista et de Burin, a perdu ou risquait de perdre trois de ses huit filiales, notamment Catalina, qui n’a que trois membres actifs, et Bonavista South de Lethbridge, où l’âge moyen de ses 13 membres est de 97 ans, où le trésorier a 94 ans et où le membre le plus jeune a 74 ans.
« Certaines de nos filiales sont en difficulté, a reconnu Mme Boone. Mais, ainsi vont les choses de nos jours, me semble-t-il. C’est difficile d’attirer des volontaires. Beaucoup de nos membres sont âgés, et les plus jeunes sont très occupés.
« En matière de finances, beaucoup de bâtiments sont plutôt vieux, il faudrait les réparer, et ainsi de suite. »
Dans son rapport financier de 2024, Mme Hodder, tréso-rière, a indiqué que les dépenses avaient monté à 392 466 $ par rapport à des revenus de 360 013 $ seulement, ce qui donne une perte nette de 32 453 $.
« On ne peut pas continuer ainsi, » dit-elle.
Et ce ne sera pas le cas, a déclaré Berkley Lawrence, président national, qui a fait deux jours de voyage en voiture et en traversier jusqu’à Goose Bay pour représenter sa filiale de Carbonear aux côtés de son épouse Sarah.
« Il y a des choses ici qui ne vont pas continuer, a-t-il expliqué. Le rapatriement de notre mémorial militaire [Soldat inconnu] a couté 7 484 $, et nous n’aurons plus jamais cette dépense. Donc, il faut l’enlever de notre perte de 32 000 $. »
Il a énuméré d’autres dépenses qui pourraient être réduites ou éliminées, notamment les couteuses visites spéciales des filia-les par le personnel de la direction divisionnaire et l’envoi de cadres pour résoudre des problè-mes qui, selon lui, pourraient et devraient être réglés par les fi-liales ou les districts eux-mêmes.
« Il y a des choses ici que nous pourrions éliminer en changeant un peu d’attitude », a-t-il conclu.
Malgré ces soucis, les délégués ont fait preuve d’une générosité incroya-ble, donnant 14 100 $ à la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth pour le soutien des anciens combattants et de leurs conjoints dans l’ancien Empire et le Commonwealth, 5 600 $ à un fonds pour les jeunes athlètes, et 21 000 $ à Heroes Mending on the Fly N.L., un programme de pêche à la mouche pour anciens combattants.
M. Budden a bouclé un mandat de président épique, lui qui a guidé la division pendant la pandémie de la COVID-19 tout en négociant et en supervisant l’installation d’un sixième monument commémoratif sur le sentier du Caribou, ce dernier à Gallipoli, en Turquie, où le Newfoundland Regiment a mené ses premières batailles lors de la Première Guerre mondiale. Il a également présidé à la restaura-tion du Monument commémoratif national de guerre de Terre-Neuve à St. John’s, ainsi qu’aux transfert et inhumation sur le site, en 2024, du soldat inconnu de l’ancien dominion.

Comments are closed.