La Fondation nationale de la Légion instituée

Le logo de la Fondation nationale de la Légion représente le souvenir, l’honneur et l’assistance.

La Légion a mis sur pied la Fondation nationale de la Légion, œuvre de bienfaisance dont la mission est d’appuyer les anciens combattants et d’instruire le public au sujet du souvenir.

La fondation est une entité distincte de la Légion et se voue à commémorer, à honorer et à assister ceux qui ont servi ou qui servent dans les Forces armées canadiennes ou dans la Gendarmerie royale canadienne. Elle appuiera financièrement des programmes et de bonnes œuvres qui promeuvent le souvenir, et contribuera à l’éducation des proches des membres des FAC et de la GRC.

« Cela nous permettra aussi d’aider davantage de gens. Nous voulons pouvoir aider les premiers intervenants parce qu’ils souffrent aussi, dit le directeur exécutif national, Brad White. Je pense que c’est une façon de plus de soutenir nos héros. »

Beaucoup de programmes de la Légion concernant l’éducation passeront à la fondation, y compris le pèlerinage du souvenir, les bourses, le guide pédagogique du souvenir et les concours littéraires et d’affiches.

La Légion cherchait à établir une fondation depuis plusieurs années. La fondation a été constituée en tant que personne morale en 2016, et l’Agence du revenu du Canada lui a conféré le statut d’organisme de bienfaisance enregistré en 2017. Le programme devait être annoncé lors de la réunion d’avril du Conseil exécutif national.

L’ancien président national, Tom Eagles, de Plaster Rock, N.-B., a été nommé président des débats de la fondation et d’autres directeurs ont été choisis parmi d’anciens directeurs de la Direction nationale et du monde des affaires. M. White est directeur général de la fondation.

« Je pense que c’est une façon
de plus de soutenir nos héros. »

« Ce sera un moyen pour les sociétés de faire des dons aux œuvres de la Légion et d’en obtenir tout de suite la reconnaissance et des reçus pour don de charité, dit M. White. Jusqu’à présent, quand des sociétés nous offraient un don, nous devions le refuser parce que nous ne pouvions pas émettre de reçu. Nous leur suggérions de faire leur don au Fonds pour les familles des militaires ou à quelque autre organisation. »

Maintenant, la fondation peut recevoir les dons de sociétés et de particuliers, ainsi que les legs personnels. « La fondation travaillera en association avec le fonds du coquelicot », dit M. White. Le fonds du coquelicot sert à aider directement des anciens combattants; la fondation, elle, tend la main au grand public.

Une entente sera signée entre la fondation et la Légion selon laquelle cette dernière administrera à titre temporaire les programmes de la fondation. « Avec le temps, nous espérons que la fondation deviendra autonome et qu’elle administrera elle-même ses programmes », ajoute M. White.

Un nouveau logo distinct aux couleurs du coquelicot représente les trois piliers de la fondation que sont le souvenir, l’honneur et l’assistance.

Obus perforants

Le Projector, Infantry, Anti-Tank (PIAT) frappait dur, mais il fallait être près de la cible pour réussir son coup. [MCG/19900076-675]

Au moment où l’infanterie avait besoin d’un meilleur lanceur antichar, elle fut dotée du PIAT.

Tous les panzers  neutralisés pendant la Deuxième Guerre mondiale ne furent pas victimes d’autres chars ou de tirs d’artillerie. En fait, un grand nombre d’entre eux furent mis hors d’état de nuire par des fantassins.

L’exploit qui valut la Croix de Victoria à Ernest Smith, surnommé « Smokey », dans la vallée du Savio (Italie du Nord), en octobre 1944, commença quand il immobilisa un panzer à une distance de neuf mètres à l’aide d’un PIAT (Projector, Infantry, Anti-Tank [lance-bombes antichar d’infanterie, NDT]).

« Le PIAT était très prisé par les officiers, » dit Robert Engel dans Canadians Under Fire (Les Canadiens sous le feu de l’ennemi, NDT). Bien qu’il fût encombrant, il était pratique et se chargeait rapidement, il ne produisait pas de fumée et ne faisait pas beaucoup de bruit risquant d’indiquer sa position. Les fantassins bien équipés étaient très dangereux pour les chars. « Les assauts de fantassins, ironie de la chose, étaient souvent nécessaires pour nettoyer les armes antichar afin de permettre aux blindés d’attaquer. »

Le soldat L.H. Johnson (à g.) et le sergent D. R. Fairborn du 1er Bataillon canadien de parachutistes se préparent à tirer près de Lembeck, Allemagne, en mars 1945. [Lt Charles H. Richer/MDN/BAC/PA-114595]

Les Canadiens virent les PIAT pour la première fois en Sicile, en 1943, et ils les utilisèrent avec succès en Normandie après le jour J. Sept pour cent des chars allemands détruits par les troupes britanniques en Normandie furent frappés par des PIAT (un pour cent de plus que le nombre de chars neutralisés par les roquettes de l’aviation).

Joseph Lapointe, du Regina Rifles, utilisa un PIAT pour détruire un char juste à côté du quartier général du bataillon à Bretteville-l’Orgueilleuse, en France, pendant la nuit du 8 au 9 juin 1944. Non loin de là, le sergent-major Basil Currie « fit feu, tirant aussi vite que je pouvais recharger les munitions. Il fit ricocher des bombes sur les deux chars, et il immobilisa le plus près avec notre dernière bombe », rapporta le sergent carabinier Irwin Wood, cité par Marc Milner dans Stopping the Panzers : The Untold Story of D-Day (Arrêter les panzers : l’histoire inédite du jour J, NDT).

À mesure que le blindage des chars s’épaississait, les lance-bombes antichar devenaient plus grands et moins faciles à porter. Un progrès dans les munitions donna lieu à l’élaboration d’une arme suffisamment puissante pour percer le blindage et qui pouvait quand même être portée par un soldat.

Le carabinier Joseph Lapointe (à g.) arrêta ce char panzer allemand à coups de PIAT à quelques mètres du quartier général du régiment Regina Rifles près de Bretteville-l’Orgueilleuse, France, en juin 1944. [Lt Donald I. Grant/MDN/BAC/PA-116529]

Les Américains utilisaient le bazooka (lance-fusées antichar sans recul), les Allemands, le panzerschreck (peur blindée) et le panzerfaust (poing blindé). Le PIAT, au nom moins romantique, était simplement un tube contenant un énorme ressort, avec un plateau avant où se logeait une charge creuse en forme de cône qui explosait lors de l’impact, concentrant la force de l’explosion sur un tout petit point pour pénétrer un blindage de 75 millimètres, « et l’enflammer, le plus souvent », dit le caporal Colin Francis Fleiger de Miramichi, N.-B., lors d’une entrevue réalisée dans le cadre du Projet Mémoire.

Il fallait deux soldats pour utiliser le PIAT; un pour charger les munitions et l’autre pour l’armer, debout, et appuyer sur l’énorme gâchette, couché pour pouvoir l’agripper fermement en prévision du recul important. Le percuteur amorçait la charge propulsive de la bombe, qui explosait à l’impact. La cible devait être proche, car la portée efficace maximale du PIAT était d’à peu près 100 mètres. Ceux dont la vie en dépendait préféraient être bien plus près pour augmenter les chances de succès.

Le PIAT était censé se réarmer automatiquement, mais, comble de la frustration, cela n’était pas souvent le cas. En outre, la bombe rebondissait souvent sur le char, mais quand elle atteignait son but, elle était assez puissante pour détruire un char ennemi.

Ne me laisse pas

Des membres du Royal 22e Régiment montent attentivement une côte. [BAC/PA-213643]

Le 65e anniversaire de l’armistice qui mit un terme à la guerre de Corée a lieu cette année. Les soldats canadiens ont accompli de nombreux actes d’héroïsme et de sacrifice pendant ce conflit, qui dura du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953. Dans l’article biographique qui suit, Guy Régimbald de Rawdon, au Québec, qui a servi en Corée dans la Compagnie « A » du Royal 22e Régiment, raconte comment il a frôlé la mort pendant une patrouille à la côte 227, près de la côte 355 et à environ 40 kilomètres au nord de Séoul, en mai 1952.

Le 27 mai 1952, à 21 h, une section de 30 hommes commandée par le lieutenant Carpenter, assisté par le sergent Genevir Olivieri, s’apprête à traverser une rivière d’une quarantaine de pieds de large.

Cette formation temporaire, organisée par le peloton de la Compagnie « A » à la demande du major Létourneau, a pour mission de faire des prisonniers pour obtenir des renseignements sur l’ennemi.

Contrairement à l’habitude, les soldats prenant part à cette patrouille ne se connaissent pas très bien.

Nous traversons la rivière aussi prudemment que possible et nous avançons de 300 pieds dans les terres de l’autre rive, toujours à l’affût du moindre mouvement de l’ennemi, mais tout semble calme.

Sur le chemin du retour, au milieu de la vallée et à environ 2 kilomètres de nos propres lignes, nous nous trouvons encerclés par l’ennemi.

Nous sommes aussitôt la cible d’une volée de grenades, et les explosions déclenchent des rafales de coups de feu.

Au cours de cette attaque-surprise, une grenade me blesse aux jambes et à la fesse, et je suis propulsé à plusieurs pieds de ma position. J’apprendrai par la suite que mon « envolée » n’est pas sans témoins.

Abasourdi par la déflagration, je suis catapulté dans un fossé sur un camarade gémissant. En me dégageant de lui, je prends conscience que je ne suis pas très loin de ma section. Je vois des camarades qui ouvrent le feu sur l’ennemi situé à 20 ou 30 pieds de notre position. La bataille bat son plein.

L’ennemi nous a tendu tout un piège! Des grenades passent au-dessus de ma tête, je vois des éclairs d’explosion de tous côtés, et des fusées éclairantes à parachute illuminent le secteur.

Pendant ce temps, un camarade s’agrippe à la jambe de mon pantalon; je me penche vers lui : « ne me laisse pas, ne me laisse pas », me dit-il.

Je lui demande pourquoi il ne prend pas part au combat, puis je m’aperçois qu’il a peine à respirer. Je lui demande comment il s’appelle, et il me semble entendre « Labrosse ». « Ne me laisse pas, me répète-t-il,  je suis blessé. »

Nous sommes avertis que l’artillerie se prépare à nous venir en aide. Sans nous donner le temps de nous abriter, les obus de l’artillerie sifflent au-dessus de nos têtes, et tombent à 30 pieds devant notre position. Le bruit infernal des tirs se poursuit durant les deux plus longues minutes de ma vie, puis c’est le silence presque total.

À ce moment-là, nous recevons l’ordre de nous replier sans coup férir.

« On m’avait dit que vous étiez
mort au début de l’attaque. »

J’informe Labrosse de l’ordre de se retirer au plus vite. Je l’aide à se lever, le soutenant au mieux, mais il hurle de douleur. Dès que nous sommes debout pour quitter le fossé, je me rends compte que le reste de notre section a déguerpi.

Peu de temps après, il sont loin devant et je ne les entends plus. Un grand silence envahit la nuit et, tentant d’aider un camarade blessé, bien que blessé moi-même, je me sens terriblement seul.

À ce moment-là, j’estime qu’il est environ 2 heures du matin. Labrosse et moi marchons sur une centaine de verges, puis ce dernier me fait savoir qu’il ne tient plus sur ses jambes, précisant que le projectile qui lui a traversé le bras gauche a aussi atteint son poumon. Quelques secondes plus tard, il ne me répond plus… Ne sachant pas si l’ennemi est encore présent, je reprends tant bien que mal la route avec mon compagnon d’infortune, le supportant au mieux.

Je tente d’appeler la patrouille située loin, loin devant mon camarade et moi, mais en vain. En raison de mes propres blessures je tombe à plusieurs reprises et tout à coup, en me relevant — toujours avec mon camarade — j’entends la voix du sergent Olivieri près de moi qui me dit : « mais que faites-vous à trainer en arrière? »

Je lui réponds : « Je suis blessé, et j’essaie de soutenir un autre blessé! »

Le sergent Olivieri réplique, « très bien, passe-le-moi, et toi, tu vois les deux pignons de montagne? Engage-toi dans cette direction et tu arriveras à notre position ». Là-dessus, Olivieri s’éloigne de moi avec Labrosse, et je les perds bientôt de vue.

Après quelque temps, je trébuche et finis par m’écrouler au sol où je perds connaissance.

Je me réveille tout confus, sous la pluie, et je vois qu’il fait jour. Je mets du temps à reprendre mes esprits. Pourquoi suis-je ici? Que s’est-il passé? Où sont les autres?

Je finis par me rappeler mes blessures. Mes pantalons me collent à la peau. Je m’accroupis de peur d’être repéré par l’ennemi.

J’inspecte les environs durant quelques minutes, mais je ne décèle aucune présence. Je vérifie ce qu’il me reste d’équipement : j’ai la sangle d’une Sten automatique au cou. Je m’aventure à me lever et une de mes jambes ne répond pas très bien. Chaque pas provoque d’intenses douleurs, mais je n’ai pas le choix, et je repars en direction du peloton dont la position (par chance) n’est qu’à une centaine de mètres.

Environ 24 heures après le début de la mission, je m’approche de la position de ma section et je gesticule en hurlant, en français, afin de ne pas être pris pour un ennemi, car vu mes vêtements souillés je risque d’être méconnaissable : « C’est moi! C’est moi! »

Quelques camarades s’approchent de moi et les pre-miers mots que j’entends sont : « Comment, t’est pas mort, toi, Régimbald? » Ils m’accompagnent jusqu’à notre position et j’entends d’autres camarades me poser la même question : « t’es pas mort, toi, Régimbald? ».

Le lieutenant Carpenter, stupéfié, me fait entrer dans sa tranchée et me dit pour s’excuser : « On m’avait dit que vous étiez mort au début de l’attaque ».

Je lui raconte que j’ai aidé le soldat Labrosse, et que je l’ai remis au sergent Olivieri, mais que ce dernier ne me connait pas.

Ne pouvant discerner l’ampleur de mes blessures, le lieutenant Ronald Michaud me donne une once de rhum et deux aspirines avec l’ordre d’aller me reposer pendant trois heures. Je l’informe donc à nouveau que je suis blessé, baissant mon pantalon afin de lui montrer ma blessure, et les infirmiers sont convoqués immédiatement pour s’occuper de moi.

Après l’examen médical, je suis transporté en ambulance vers l’une des unités M.A.S.H. derrière les lignes américaines. Après un séjour de convalescence de 10 semaines à Kure, au Japon, je retourne à mon unité, prêt à reprendre du service.

Je repense alors à la veste pare-balle obligatoire de quelque 30 livres qui m’a très probablement sauvé la vie en protégeant le haut de mon corps des éclats de grenade qui m’avaient blessé aux jambes.

La situation est grave

Beechwood Cemetery

Ya-t-il quelque chose de plus vénérable que la tombe d’un soldat?

Donner sa vie pour son pays, c’est le sacrifice suprême, et cela mérite la reconnaissance la plus respectueuse. Au Canada, et presque partout ailleurs, le gouvernement se charge des funérailles et de l’enterrement de ceux et celles qui sont tombés au combat et des anciens combattants admissibles, ainsi que du maintien à perpétuité de leurs tombes et de leurs pierres tombales.

C’est Anciens combattants Canada qui administre cette tâche solennelle, et son programme d’entretien se charge de tombes situées dans des milliers de cimetières aux quatre coins du pays. Son budget, avant 2003, était de 5 millions de dollars par année environ. Le gouvernement décida alors que, puisque ACC ne connaissait pas le nombre exact de tombes dont il avait la charge, le budget serait réduit. En 2004, ACC a institué le Système de suivi des tombes Le Canada se souvient (SSTCS), mais malgré cela, le budget est demeuré à un million de dollars pendant les quinze dernières années.

Selon une vérification interne publiée en 2017, environ 45 000 des 207 525 sépultures militaires du Canada ont besoin de réparations, y compris pour le nettoyage, la restauration ou le remplacement de pierres tombales. Le budget de 2018 du gouvernement, annoncé le 27 février, remédie enfin à l’insuffisance de longue date en rétablissant le financement à 5 millions de dollars par année pendant les cinq prochaines années. Il aurait fallu 17 ans pour venir à bout de toutes les réparations en attente; maintenant, il n’en faudra que cinq.

Le programme doit se perpétuer, remarque ACC, parce qu’une fois les réparations à jour, il faudra s’occuper de l’entretien régulier. Les tombes sont inspectées selon un cycle de 12 ans. Plus de 1 000 anciens combattants bénéficient du Programme de frais de funérailles et d’inhumation d’ACC chaque année, soit autant de nouvelles tombes à prévoir.

Les tombes et monuments honorant les 110 364 Canadiens et Canadiennes morts à l’étranger pendant la Première Guerre mondiale (du 4 aout 1914 au 31 aout 1921) ou pendant la Seconde Guerre mondiale (du 3 septembre 1939 au 31 décembre 1945) ne sont pas compris dans ce poste du budget. Ces sépultures, situées dans plus de 70 pays, sont entretenues par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC). Six pays du Commonwealth, dont le Canada, partagent les couts proportionnellement au nombre de leurs morts. L’apport du Canada s’élève à environ 10 millions de dollars par année, à savoir 10 % du budget de fonctionnement de la CSGC, qui s’élève à 61 millions de livres.

Presque toutes les tombes et tous les monuments de la CSGC, dans quelque 23 000 cimetières de l’Albanie au Zimbabwe, sont entretenus systématiquement et avec respect. Quiconque a pris part à un pèlerinage du Souvenir de la Légion royale canadienne peut en témoigner. Nous ne pouvons évidemment pas dire la même chose des 45 000 tombes situées à l’intérieur de nos frontières, ce qui est scandaleux.

Le budget comprend d’autres dépenses, dont certaines sont d’un montant plus élevé, pour les anciens combattants, mais aucun poste n’est aussi fondamental que celui de l’entretien des sépultures de nos soldats. Le mandat d’ACC de « veiller à ce que les Canadiens puissent avoir accès à ces symboles du Souvenir et en soient fiers » est sous-financé et sapé depuis trop longtemps. Il était grand temps de faire quelque chose.

Si vous souhaitez signaler une tombe militaire nécessitant un entretien, communiquez avec ACC à cm-mc@vac-acc.gc.ca ou au 902-626-2440.