Les enfants des anciens combattants blessés ont besoin d’aide en matière d’éducation

Plusieurs programmes financés publiquement et dans le privé offrent de l’aide pour l’éducation postsecondaire aux enfants des anciens combattants morts en service commandé. Cependant, il n’en va pas de même pour les enfants des soldats blessés qui ont subi des dommages catastrophiques en service.

Le Programme d’aide à l’éducation d’Anciens Combattants Canada vise à offrir une assistance financière, y compris les frais de scolarité et l’allocation de loyer, aux enfants des anciens combattants décédés en raison du service militaire.

Le Canada Company Scholarship Fund est administré par la Canada Company, société privée qui accorde des bourses pour les études post­secondaires aux enfants de combattants tués en service commandé. Le montant de chaque bourse, décernée à la suite des décès qui ont eu lieu après 2001, est de 4 000 $.

Project Hero est un programme pour les enfants des anciens combattants morts qui offre les frais de scolarité et, dans certains cas, la chambre et la pension pendant la première année, aux enfants du personnel des Forces canadiennes (FC) qui ont perdu la vie en service commandé. Ce programme a été mis sur pied dans un grand nombre d’universités et de collèges communautaires au Canada.

La Canadian Hero Foundation est une œuvre pour la jeunesse originaire de l’Université de Toronto qui ramasse des fonds pour offrir l’éducation postsecondaire aux enfants d’anciens combattants décédés.

Il est clair qu’il y a une insuffisance sur laquelle il faut se pencher afin d’aider les enfants d’anciens combattants qui ont subi des dommages catastrophiques. Leur besoin d’assistance financière est tout aussi important.

Le Bureau d’entraide de la Direction nationale a été invité à prendre part à une initiative en tant que partie prenante pour discuter du « soutien par des tiers du Programme des commandites et des dons des FC » administré par le directeur général des services de soutien du personnel et des familles des Forces.  L’objectif de ce groupe est de déterminer les priorités et de cerner les failles dans le programme afin d’assurer un programme de moral et de bien-être des Forces canadiennes entièrement harmonisé et intégré.

La Légion continue de faire d’importantes contributions quand il s’agit de s’occuper des anciens combattants de tous les âges et de leurs familles.

De petits pas positifs

Lors d’une conférence de presse convoquée à la hâte le 19 septembre, la veille de la rentrée du Parlement après le congé d’été, le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, et celui de la Défense, Peter MacKay, ont annoncé des mesures ayant pour but de réformer la nouvelle Charte des anciens combattants. Les modifications se traduiraient par des prestations aux anciens combattants s’élevant à 2 milliards de dollars, ont-ils dit.

La présidente de la Légion royale canadienne, Pat Varga, a bien accueilli la nouvelle, mais elle dit avec circonspection qu’elle considère « les améliorations annoncées comme des étapes graduelles de la mise en œuvre du plan qui a été présenté au ministre des Anciens Combattants […] ». Le plan susmentionné concerne les recommandations faites par le Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants et par le Comité permanent des anciens combattants.

Les ministres ont annoncé que les anciens combattants qui, ayant subi des blessures graves, sont incapables de travailler recevront 1 000 $ de plus par mois à perpétuité. Le montant est rajouté à ce qu’ils recevaient déjà, c’est-à-dire aux 75 p. 100 de leur salaire et à l’allocation mensuelle permanente d’entre 536 $ à 1 609 $. Le nombre d’anciens combattants qui auront droit à ces 1 000 $ supplémentaires pendant les cinq prochaines années — quelle que soit la longueur de leur service — est évalué à 500.

En outre, d’autres personnes auront droit à l’allocation mensuelle permanente. On s’attend à ce qu’environ 3 500 anciens combattants y aient droit au cours des cinq prochaines années.

Il y aura aussi une augmentation de la compensation pour perte de revenus à laquelle auront droit les anciens combattants en réadaptation et ceux qui ne peuvent pas retourner au travail. L’allocation est de 75 p. 100 du salaire d’avant la libération, ce qui pourrait être insuffisant pour ceux qui gagnaient les montants les moins élevés des Forces canadiennes. La modification proposée garantirait un revenu annuel minimal d’environ 40 000 $. Cette mesure augmentera le revenu de 2 320 anciens combattants en cinq ans.

Les deux ministres soutiennent que ces modifications ne sont qu’un début. Effectivement, d’autres améliorations ont été annoncées la semaine suivante, dont les 100 $ par jour pour le conjoint ou le soignant principal d’un ancien combattant lourdement handicapé.

Bien que nous soyions heureux de ces améliorations, la hâte avec laquelle la première nouvelle a été annoncée indique que le gouvernement ne voulait pas qu’on lui demande, à la rentrée au Parlement, pourquoi rien n’avait été modifié à la nouvelle Charte des anciens combattants depuis sa mise en application en 2006. Après tout, il avait promis en fanfare que non seulement la nouvelle Charte serait la législation la plus complète depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en ce qui concerne les anciens combattants, il s’agirait aussi d’un document « vivant » : un document qui serait modifié au fur et à mesure que les besoins des anciens combattants changeraient ou que des insuffisances y seraient observées.

Des insuffisances ont été découvertes et le gouvernement en a été averti par son propre Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants, et le récent rapport du Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes le lui a aussi fait remarquer (« Le Comité demande des modifications à la nouvelle Charte des anciens combattants », septembre/octobre 2010).

Nous espérons vivement que ces premiers pas signalent une nouvelle dynamique qui remédiera aux insuffisances graves dans une charte que les anciens combattants ont bien accueillie en 2006 comme un instrument qui serait continuellement amélioré.

Tous à bord du programme de bénéfices pour membres

La Légion royale canadienne (LRC) a travaillé dur à son Programme de bénéfices pour membres (PBM) et les légionnaires jetant un coup d’œil à la liste grandissante de partenaires disposés à leur accorder certains pri-vilèges pourraient s’en trouver d’humeur vacancière. Le tout dernier partenaire, Carlson Wagonlit Voyages, une des plus grandes agences de voyages du monde, s’est inscrit au PBM de la LRC assez longtemps avant les fêtes. Les bénéfices exclusifs qui sont offerts comprennent ce qui suit : des économies d’entre 50 $ et 100 $ par réservation chez Trafalgar Tours et Insight Vacations (s’applique aux voyages d’au moins 10 jours); 5 à 10 p. 100 d’économies additionnelles sur les réservations faites à l’avance pour les voyages guidés au Canada et aux États-Unis; 300 $ de rabais par couple sur les forfaits touristiques en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans le sud du Pacifique avec Anderson Vacations; et une remise pouvant s’élever à 25 p. 100 des meilleurs taux de location en louant une voiture chez National/Alamo. Et il y a bien plus encore. Pour se renseigner, il suffit de composer 1-800-CARLSON (227-5766) ou de consulter le site Web www.cwtvacationclub.ca/legion.

L’arrivée de ce neuvième partenaire au PBM signifie qu’aujourd’hui la va­leur inhérente au PBM suffit largement à compenser les frais d’adhésion à la Légion. Les nombreux bénéfices offerts dans le cadre de ce programme justifient l’adhésion à l’organisation. Les autres partenaires et bénéfices sont comme suit : Medipac Travel Insurance, qui donne son appui à la filiale d’un membre de la LRC chaque fois que ce dernier souscrit à une de ses assuran­ces de voyage; la CAA, qui offre des réductions de 12 à 25 p. 100 aux membres qui achètent une adhésion de base principale; Travelodge Canada, qui offre une réduction de 15 p. 100 dans ses propriétés canadiennes Travelodge et Thriftlodge aux membres et à leur famille; les magasins ICI Paints et Bétonel, qui offrent des remises de 25 p. 100 à l’achat de peinture dans un de leurs 210 magasins; Philips Lifeline Canada, qui offre aux membres et aux personnes à leur charge deux mois de service gratuit quand ils s’abonnent à leur service de réponse et d’appui personnel; MBNA Canada, dont l’engagement se convertit en appui financier pour les programmes nationaux de la Légion; Relocation Services Group, qui offre une remise en liquide allant jusqu’à 3,25 p. 1000 de la valeur de la maison à la vente ou à l’achat; Diageo Canada Inc., encore une autre fière partenaire qui s’est engagée à appuyer la Légion.

Tous ces partenaires se sont associés à la Légion pour participer à un avenir encore plus brillant.

Alors, soyez des nôtres.

La célébration du 65e anniversaire de la victoire au Japon

Le mauvais temps n’avait rien de nouveau pour les 100 anciens combattants et invités qui, le 15 aout à Ottawa, célébraient le 65e anniversaire du jour de la victoire au Japon.

Arthur Adams, vétéran du 436e Escadron, se rappelle avoir transporté des approvisionnements à la Seconde Guerre mondiale pour les troupes britanniques et indiennes qui retenaient les envahisseurs japonais. « Je me souviens qu’on nous avait dit que, quand la mousson arriverait, on ne devrait plus voler, mais notre commandant d’escadre, Ralph Gordon, nous dit qu’on volerait quand même. »

Adams est l’un des vétérans de l’Aviation royale du Canada qui sont venus à Ottawa lors d’une fin de semaine de commémoration. Des anciens du navire canadien de Sa Majesté Uganda et des survivants de la cruelle bataille de Hong Kong, où 290 Canadiens furent tués et les autres faits prisonniers, se sont joints à eux.

La cérémonie devait avoir lieu au Monument commémoratif de guerre du Canada, mais Anciens Combattants Canada a décidé d’avoir les activités au Centre de conférences du gouvernement (l’ancienne gare d’Ottawa) à cause des averses incessantes et, ce qui était bien plus dangereux, des éclairs. Là, les tables ont été déplacées pour faire la place à une petite cérémonie en l’honneur du 65e anniversaire du jour où l’empereur Hirohito a annoncé à la radio que le Japon se rendait, mettant ainsi fin à la Seconde Guerre mondiale.

Adams, âgé de 86 ans, de Greensville, en Ontario, est un des aviateurs qui furent envoyés à Gujrat, en Inde, pour renforcer l’armée britannique engagée dans de féroces combats avec les Japonais le long de la frontière monta­gneuse entre l’Inde et la Birmanie. Il n’y avait pratiquement pas de routes, alors il fallait approvisionner les soldats par la voie des airs.

Adams fut surnommé « le bombardier briques » à la suite d’un incident où il convainquit son pilote de voler à basse altitude au-dessus d’un avion japonais posé sur une plage. Adams ouvrit la trappe et largua la cargaison de briques que l’avion transportait sur l’avion ennemi, réduisant ce dernier en morceaux.

Le ministre d’Anciens Combattants Canada, Jean-Pierre Blackburn, était assis à la table d’honneur avec le chef d’état-major de la défense, le général Walter Natynczyk. La présidente nationale de la Légion, Pat Varga, et le secrétaire national, Brad White, avaient été invités en tant que représentants de la Légion royale canadienne.

L’acoustique dans la vieille gare a rendu la dernière sonnerie et la complainte encore plus lugubres que d’habitude.

L’Acte du Souvenir fut lu en français et en anglais. Francis Agnes, président de la filiale Eastern Ontario de la Burma Star Association, lut l’épitaphe de Kohima.

« Quand vous rentrerez chez vous,
Parlez-leur de nous et dites-leur
Pour vos lendemains
Nous avons donné notre aujourd’hui. »

L’épitaphe est inscrite, en Inde, sur le mémorial du cimetière militaire de Kohima qu’entretient la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth. Ces vers sont attribués au professeur d’anglais classique J.M. Edmonds, qui a traduit plusieurs épitaphes écrites en vers classiques, après la Première Guerre mondiale.

Ensuite, Blackburn et Natynczyk ont déposé une couronne, comme l’ont fait les représentants des escadrons de Birmanie et de Hong Kong et du NCSM Uganda.

L’interprète et compositrice Loreena McKennitt, colonel honoraire de l’incarnation moderne du 435e Escadron, le 435e Escadron de transport et de sauvetage, basé à Winnipeg, déposa une couronne de la part de ce dernier. McKennitt a fondé le Cook-Rees Memorial Fund for Water Search and Safety en 1998, à la suite de l’accident, à la baie Georgienne, où sont morts noyés son fiancé, le frère de ce dernier et leur ami. McKennitt, accompagnée par la Musique centrale des Forces canadiennes, chanta Amazing Grace en l’honneur des vétérans.

Il continua de pleuvoir pendant tout l’après-midi, ce qui obligea les organisateurs à annuler la deuxième cérémonie qui avait été planifiée au Mur commémoratif des vétérans de Hong Kong.

Certains s’y rendirent quand même, y compris la présidente nationale Varga, qui devait y déposer une couronne. « Il fallait que je vois le mur », dit-elle.

Le Mur commémoratif des vétérans de Hong Kong n’était pas encore fini lors de son dévoilement en aout 2009 (« Granite Memorial Recalls Hong Kong Sacrifices » [non traduit], novembre/décembre 2009). Carol Hadley de Winnipeg, présidente du comité du mur commémoratif, était ravie de voir que le monument et l’aménagement paysagé avaient été parachevés.

Hadley est l’un des premiers membres de la Hong Kong Veterans Commemorative Association, un groupe formé principalement d’enfants de vétérans de Hong Kong. « Il nous fallait faire quelque chose pour sauvegarder le souvenir de ce que ces hommes ont subi. »

Le monument, achevé, servira à cette fin.

Les futurs chefs de file brillent aux championnats d’athlétisme de la Légion

Que ce soit dans la chaleur et l’humidité, dans des conditions parfaites ou sous une pluie battante, les athlètes de tous les coins du Canada ont montré leurs qualités incontestables, du 5 au 9 aout 2010, aux Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes Canadiens organisés par la Légion. Ce faisant, ils ont battu 14 records de jeunes Canadiens et, en tout, 24 records de la Légion.

« C’est la troisième fois que cette compétition est le championnat officiel de la jeunesse canadienne », a dit le lieutenant-gouverneur de l’Ontario, David C. Onley, lors de la cérémonie d’ouverture. Bien que la Légion soit renommée pour son soutien aux anciens combattants, la commémoration et le service communautaire, sa « contribution la plus importante concerne l’éducation et les réalisations culturelles pour les jeunes », a-t-il dit, à propos de la compétition, seule en son genre pour les athlètes de 12 à 17 ans.

Huit-cent-trente-quatre athlètes, nombre record, ont participé aux épreuves de 2010 qui ont eu lieu à l’Installation d’athlétisme Terry-Fox remise à neuf récemment. Athlétisme Canada et le Club d’athlétisme Ottawa Lions ont aidé le Comité des préparatifs locaux de la Légion à mettre sur pied la rencontre. La Légion a patronné environ 335 athlètes qui représentaient ses 10 divisions; les autres faisaient partie de la catégorie d’athlètes autofinancés, de partout au pays également. Le gagnant de la médaille d’or au sprint de 200 mètres chez les moins de 18 ans s’est dit heureux d’avoir eu l’occasion d’y participer. « Si elle n’avait pas été ouverte à tous, je n’aurais pas pu participer à cette rencontre », a dit Toluwalop Makinde, coureur de 16 ans du Club d’athlétisme Ottawa Lions. Il avait des conseils à donner aux autres compétiteurs. « Si on veut, si on s’efforce vraiment, on peut y arriver. »

« Pas moins de 80 p. 100 des athlètes canadiens qui ont pris part aux Olympiques et aux épreuves internationales sont passés par les championnats de la Légion », a affirmé Onley.

D’ajouter ensuite la présidente nationale Pat Varga : « C’est la première étape de votre parcours et nous espérons que vous allez continuer sur cette voie. »

« La compétition serrée, parrainée par la Légion, sert à encourager les bons athlètes à suivre ce parcours », a dit Jordan Young, membre de l’équipe de la Légion ontarienne de Windsor, qui a établi un record des jeunes Canadiens chez les garçons de moins de 18 ans au lancer du disque, grâce à un lancer de 60,74 mètres, le vendredi après-midi, soit le premier des 2 jours et demi de compétitions. Il a finalement remporté trois médailles d’or, ayant aussi eu des performances gagnantes aux lancers du poids et du marteau.

« La compétition était géniale… c’est bien qu’il y ait des gens qui me poussent, ça m’aide à me pousser moi-même à faire mieux. C’était si serré dans toutes les épreuves. Rivaliser avec des gens de tous les coins du Canada, ça aide à comprendre le genre de performance qu’il faut avoir, ce qu’il faut faire pour se préparer, pour être prêt à se mesurer à des gens qui sont vraiment forts », a-t-il dit.

Frédéric Demers-Forgues de Gatineau (Qc), âgé de 17 ans, a vécu une expérience complètement différente. En participant pour la première fois à une compétition nationale de la Légion, il a gagné la marche de 3 000 mètres chez les garçons de moins de 18 ans et obtenu un meilleur résultat personnel, mais c’était une épreuve solo. « C’est un peu ennuyant pour les spectateurs, et il n’y a personne qui me pousse. » Sans compétiteurs, il est allé trop vite à ses deux premiers tours de piste, a-t-il dit, et il lui était difficile d’estimer sa vitesse.

Deux autres records de la jeunesse canadienne ont été éta-blis lors de la première demi-journée de compétitions, chez les moins de 18 ans, aux relais de 100 mètres. L’équipe masculine ontarienne, formée de Devon Rettinger, Brandon Mcbride, Nienkel Paljola et Marion Laidlaw-Allen, et l’équipe féminine albertaine, composée de Nicky Charlesworth, Jennifer Fetaz, Isatu Fofanah et Leah Walkeden, sont arrivées au premier rang.

Ce jour-là, deux compétitrices ont aussi battu le record de la Légion au lancer du disque chez les moins de 18 ans. Sarah Moss a effectué un lancer de 44,80 mètres et Rayann Chin, un de 43,52 mètres : deux athlètes ontariennes qui ont pulvérisé le record de 43,47 mètres. Chez les garçons, Adam Keennan de la Colombie-Britannique a battu un record de la Légion par plus de trois mètres grâce à un lancer du disque de 57,44 mètres.

Il y eut un revirement au deuxième jour des compétitions.

« Cette compétition m’a appris à ne jamais abandonner », a déclaré Sage Watson, une athlète de 16 ans de Medicine Hat (Alb.) qui a participé à trois championnats nationaux de la Légion.

« Hier, après la course des 400 mètres, j’ai perdu connaissance… et aujourd’hui, j’ai battu un record. » Son résultat aux 300 m haies était de 43,28 secondes. En 2009, elle a fait partie de l’équipe détenant un record de la Légion au relais combiné chez les filles de moins de 16 ans.

Les records à l’octathlon masculin et à l’heptathlon féminin chez les jeunes établis en 2005 ont aussi été battus. James Turner de la Colombie-Britannique a remporté l’or grâce à un total de 6 006 points (l’ancien record était de 5 848) et les gagnantes des médailles d’or et d’argent, l’Albertaine Nicki Oudenaarden et la Britanno-Colombienne Zarria Storm, ont battu l’ancien record de 4 928 grâce à des résultats respectifs de 5 124 et de 5 006.

De nombreux records de la Légion ont été battus le samedi. À la course des 3 000 m chez les garçons de moins de 18 ans, le Torontois médaillé d’or, Eamonn Kichuk, des Phoenix Athletics a battu Xavier King, aussi de Toronto; leurs résultats respectifs de 8 min 25,99 s et de 8 min 26,31 s furent tous deux en dessous de l’ancien record de 8 min 28,09 s. Au relais de 4 x 400 m chez les filles de moins de 16 ans, l’équipe ontarienne formée de Christian Brennan, Alexis Marsh, Ashley Taylor et Christina Kyritsis a obtenu l’or en 4 min 6,08 s, soit 18/100 s de moins que le record de 2009 qui était de 4 min 6,26 s; l’équipe ontarienne masculine, composée d’Aaron Stemmler, Joseph Yazin, Jordan Sherwood et Alex Freemantle, a atteint le poteau d’arrivée en 3 min 35,3 s, brisant le record de 3 min 36,69 s fixé en 1998.

Quatre records de la jeunesse canadiens ont été établis le dimanche, dernier jour des compétitions, à commencer par la victoire de Watson aux 300 m haies chez les filles de moins de 18 ans. En après-midi, l’Ontarienne Alysha Newman a fait un saut à la perche de 3,91 m chez les moins de 18 ans, battant le record de 3,90 m fixé en 2004.

Ensuite, les épreuves se sont poursuivies après une courte trombe. Malgré le terrain détrempé, des records canadiens ont été battus au relais de 400 m chez les moins de 18 ans par les équipes féminines britanno-colombienne, albertaine et manitobaine et par les équipes masculines britanno-colombienne, albertaine et ontarienne.

Plusieurs records de la Légion ont été pulvérisés le dimanche, dont ceux du steeple-chase de 2 000 m chez les garçons et chez les filles de moins de 18 ans. La Britanno-colombienne Katelyn Hayward s’est emparée de l’or en 7 min 1,37 s, presque deux secondes de mieux que le record de 7 min 2,91 s fixé en 2004. Chez les garçons, le médaillé d’or Xavier King et le médaillé d’argent Ryan Cassidy du Nouveau-Brunswick ont tous deux battu le record de 2007, 5 min 59,42 s, l’un en 5 min 53,17 s et l’autre en 5 min 53,57 s.

En plus des compétitions, les 320 athlètes parrainés par la Légion ont participé à des ateliers de sports et la commémoration. La veille du début des compétitions, le conférencier invité, le coureur Glenroy Gilbert, cinq fois participant aux Olympiques et médaillé d’or, a dit aux jeunes athlètes que le talent ne suffit pas. « L’éthique du travail l’emporte toujours sur le talent », a-t-il affirmé, en plus d’ajouter qu’il s’agit de l’un des cinq ingrédients du succès en athlétisme, les autres étant l’engagement, la persistance, la confiance en soit et la confiance en son entraineur et en son équipe de soutien.

Ensuite, en soirée, les athlètes ont pris part à une veillée funèbre à la chandelle au Monument commémoratif de guerre du Canada, accompagnés par la Musique centrale des Forces canadiennes et, pour finir, par un cornemuseur qui a joué l’hymne Amazing Grace au coucher du soleil.

Les 34es championnats nationaux de la Légion servaient à commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et le 65e anniversaire de la libération des Pays-Bas, a déclaré la présidente Varga aux athlètes. Erik Boer, chef de mission adjoint des Pays-Bas, et Bert Hilkes, expatrié hollandais, ont parlé des conditions terribles dans lesquelles les Hollandais ont vécu sous le joug allemand, pendant la Seconde Guerre mondiale, et ils affirmèrent qu’aujourd’hui encore, leur pays révère le Canada.

Des chandelles ont ensuite été allumées avec le flambeau du souvenir qui avait été transmis lors d’une cérémonie solennelle par le dernier vétéran canadien de la Première Guerre mondiale, John Babcock, à ses successeurs militaires, ainsi qu’à la jeunesse d’aujourd’hui. « Nous allumons le flambeau en souvenir de tous les Canadiens qui ont péri en défendant la liberté ici et à l’étranger », a déclaré Varga.

Puis les athlètes, les entraineurs, les chaperons et les représentants de la Légion ont marché en procession jusqu’au monument où Varga et John Ladouceur récitèrent l’Acte du Souvenir. Ensuite, les athlètes se sont rassemblés autour de l’aumônier honoraire de la Légion, le rabbin Reuven Bulka, qui fit le lien entre l’athlétisme et le sol sacré du monument aux morts. « Ils ont donné leur vie pour que leurs enfants et leurs petits-enfants puissent jouir des libertés pour lesquelles ils se battaient. Ils ne vous connaissaient pas et ça ne faisait rien : ils voulaient que leur pays en soit un où les gens seraient libres. »

Le même lien a été fait encore plus puissamment le lundi, dernier jour des activités pour les jeunes athlètes, à l’occasion d’une visite aux édifices du Parlement et à la Chapelle du Souvenir de la Tour de la Paix, où beaucoup se sont arrêtés pour réfléchir aux sept livres du Souvenir où sont inscrits les noms de plus de 100 000 Canadiens qui ont donné leur vie pour leur pays en service commandé à partir de 1884.

Le moral était bon au banquet de clôture, les athlètes ayant remplacé leur uniforme par leurs plus beaux vêtements en prévision de la danse de fin de soirée. Ils avaient tout à fait l’air des « chefs de file de demain », comme le dit la présidente Varga lors de ses dernières remarques. « La Légion royale canadienne se préoccupe des anciens combattants; elle se préoccupe des militaires en service; elle se préoccupe des collectivités; et elle se préoccupe de vous, les jeunes », a-t-elle affirmé.

Après avoir remercié les chaperons en chef Helen et John Ladouceur ainsi que tous les gens qui avaient aidé le président du Comité des préparatifs locaux, Barry Young, à organiser la manifestation sportive, elle a remercié les athlètes. « Rien qu’en venant ici, vous avez prouvé que vous êtes tous des gagnants. »

Le conférencier et adjudant, William MacDonald, détenteur de l’Étoile de la vaillance militaire et du prix Vimy de la Conférence des associations de la défense pour ses qualités de commandant en Afghanistan, a poursuivi dans la même veine. « L’important, ce n’est pas les médailles […], c’est de venir ici et de concourir. En fin de compte, tout le monde ne remporte pas une médaille, mais tout le monde fait partie de l’équipe. »

Le thème de son allocution était l’importance de la croyance. « Les gens qui sont partis en guerre […] croyaient qu’ils avaient le droit de leur côté. Ils croyaient en notre mode de vie et ils croyaient en la jeunesse de la nation. » Ceux qui servent actuellement en Afghanistan ont aussi cette croyance. « Je suis d’accord avec la présidente, comme quoi tous ici sont des gagnants.

Vous devez croire en vous-mêmes : c’est ce mot, croire, qui nous indique ce que nous devons faire et comment vivre notre vie.

« Quant à vous, futurs chefs de file […], la croyance, le respect, la décence, la loyauté et l’humilité vous guideront le reste de votre vie. »

Les deux athlètes de l’année de la Légion ont obtenu leur prix, lors de la cérémonie de clôture, des mains du représentant de Rencontres du Canada, Erik Saxton. L’Ontarien Xavier King, qui avait gagné l’or chez les garçons de moins de 18 ans au steeple-chase de 2 000 m et deux médailles d’argent aux 3 000 m et aux 1 500 m chez les moins de 18 ans, a été choisi meilleur athlète masculin de la Légion.

Christian Brennan, âgée de 15 ans, de l’équipe ontarienne, attribue le mérite de ses cinq médailles d’or — incroyable, mais vrai — obtenues aux deuxièmes cham­­p­ionnats nationaux de la Légion auxquels elle a participé, à la patience, bien que, « évidemment, faire de son mieux, ça aide aussi ». Dans la catégorie des moins de 16 ans, elle a gagné le sprint de 100 m en 11,88 s et celui de 300 m en 37,17 s, et elle a réalisé une performance au saut en longueur de 5,73 m. Elle a aussi partagé l’or avec ses coéquipières Ashley Taylor, Nicole Setterington et Alexis Marsh pour leur performance de 48,48 s au relais de 100 m chez les moins de 16 ans et avec ses coéquipières Marsh, Taylor et Christina Kyritsis, au sprint combiné de 1 600 m en 4 min, 6,08 s, un record de la Légion.

Les nationaux de la Légion auront de nouveau lieu à Ottawa en aout 2011.

Une nouvelle médaille pour les opérations à l’étranger

La gouverneure générale Michaëlle Jean a annoncé le 8 septembre que la reine a approuvé une nouvelle médaille servant à combler une lacune dans la reconnaissance du service à l’étranger.

La Médaille de service opérationnel (MSO), créée le 5 juillet 2010, sera décernée avec divers rubans, selon le théâtre d’opération ou le type de service, dont ceux d’Asie du Sud-Ouest, de la Sierra Leone, d’Haïti et du Soudan, ainsi qu’avec les rubans Humanitas et Expédition.

« Toutes sortes de gens auront droit à cette nouvelle médaille », a déclaré André Lévesque, directeur des distinctions honorifiques et de la reconnaissance au ministère de la Défense nationale (MDN). « Ce sont surtout des membres des Forces canadiennes qui les obtiendront, mais des policiers et des civils y auront aussi droit. »

Le MDN estime qu’il y aura 3 200 récipiendaires en tout, dont environ 50 poli-ciers, a dit Lévesque.

Étant donné qu’il y a six sortes de ruban, il y a six dates de commencement d’admissibilité. L’admissibilité au théâtre d’Asie du Sud-Ouest débute le 7 octobre 2001, à celui de la Sierra Leone, le 31 juillet 2002, à celui d’Haïti, le 6 mars 2004, et à celui du Soudan, le 15 septembre 2004.

Le ruban Humanitas, c’est-à-dire humanitaire, est un nouveau concept.

« La Médaille du service spécial avait une barre, mais elle ne pouvait servir qu’aux militaires alors que le Canada déploie des efforts humanitaires à l’aide des forces policières et d’autres organismes », a affirmé Lévesque.

L’Humanitas commence le 1er aout 2009. Les militaires et les policiers qui ont pris part à l’opération Hestia en Haïti ont donc droit à ce ruban.

L’admissibilité au ruban Expédition commence le 7 octobre 2001. Pour l’instant, il n’y a qu’une seule mission qui y donne droit, l’opération Proteus, à laquelle 18 militaires canadiens ont travaillé avec les Américains pour coordonner les questions de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne, à partir du 3 mai 2005.

« Nos soldats et nos policières et po­liciers méritent notre reconnaissance et notre gratitude », a déclaré la gouverneure générale.

La MSO, ronde, de couleur argent et d’un diamètre de 36 millimètres, est suspendue à une barrette droite. Une effigie de la reine Elizabeth II portant un diadème canadien de feuilles d’érable et de flocons de neige, entourée des inscriptions « Elizabeth II Dei Gratia Regina » et « CANADA », se trouve sur l’avers.

Sur le revers se trouve la couronne royale, encadrée de trois feuilles d’érable reliées par une tige de chaque côté et au centre de laquelle il y a un globe terrestre au-dessus de branches de laurier et de feuilles de chêne qui se croisent.

Les rubans ont 32 millimètres de largeur, la bande centrale représentant le théâtre ou la mission. Celle de l’Asie du Sud-Ouest est de la couleur du sable, celle de la Sierra Leone, vert clair, celle d’Haïti, bleu roi, celle du Soudan, vert foncé, celle d’Humanitas, blanche, et celle d’Expédition, gris clair. La couleur du milieu est bordée des deux côtés par des rayures rouges et blanches.
La médaille sera portée après la Médaille du service général et avant la Médaille du service spécial, selon l’ordre de préséance du Régime canadien de distinctions honorifiques.

« La carte du monde indique la mondialité; il pourrait donc s’agir de n’importe quel endroit au monde », a dit Lévesque. « Ce qui est intéressant à propos du ruban Expédition, c’est qu’il nous permet de reconnaitre les hommes et les femmes qui servent dans ces opérations sans qu’il soit nécessaire de créer une toute nouvelle médaille à chaque fois. »

Cette médaille peut aussi être accompagnée d’une barrette de rotation pour un service totalisant 210 jours.

La porte-parole de Rideau Hall, Marie-Pierre Bélanger, a expliqué qu’une fois la médaille achevée, le gouverneur général procèdera à une cérémonie de présentation inaugurale. « La date n’a pas encore été fixée, mais elle aura lieu pendant le mandat du prochain gouverneur général, et après la cérémonie inaugurale, elle sera remise selon la chaine de commandement habituelle », a-t-elle dit.

Les membres des Forces canadiennes et des forces de police ont déjà commencé à faire des demandes.

Le combat pour Salavat -Partie 5

Le 1er Peloton gravit Salavat Ghar au petit matin. [PHOTO : ADAM DAY]

Les villageois décident

Le présent fascicule est le dernier de notre série sur les efforts déployés par le 1er Peloton de la Compagnie Alpha du 1er Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI) dans le but de gagner la confiance des villageois de Salavat, une petite collectivité du district de Panjwai de la province de Kandahar, en Afghanistan. Tout ce qu’a fait le 1er Peloton au cours des semaines passées a donné lieu à une réunion de plus avec les ainés de la localité, au cours de laquelle les villageois devraient annoncer s’ils ont décidé de coopérer avec les Canadiens ou de fuir la région pour chercher la sécurité dans un endroit où il n’y aura pas de forces de la coalition.

XIe et XIIe jours : Les interminables patrouilles avant l’aube pendant que XIe et XIIe jours : Les interminablespatrouilles avant l’aube pendant que les villageois décident ce qu’ils vont faire

Lors de la choura tant attendue des ainés de Salavat, il y a quelques jours, le capitaine Bryce Talsma, commandant du 1er Peloton, a entendu les villageois dire plusieurs fois qu’ils n’étaient pas très contents que les Canadiens parcourent le village fréquemment avec leurs armes et leurs blindés, prêts au combat. Le point de vue des villageois n’est pas difficile à comprendre : la présence de tant d’étrangers casqués portant autant de fusils et de roquettes bouleverserait n’importe quel quartier au monde.

Talsma ne voulait quand même pas arrêter les patrouilles, de peur que l’ennemi crée du désordre pendant la période cruciale où les villageois allaient prendre leur décision. Ainsi, après avoir bien réfléchi au problème, il arriva à une solution : minimiser les perturbations en patrouillant Salavat avant l’aube, puis, au sud de la ville, passer à côté par Kharo Kala avant de retourner à la base.

Ces patrouilles devaient quitter la base vers 4 h et se poursuivre jusqu’à tout juste avant le diner. Dans le jargon des fantassins, ces sorties s’appellent des bag drive (battue de sac).

Toutefois, même les fantassins les plus bougonneurs de la PPCLI ne ronchonnaient pas beaucoup à la perspective de se lever à 3 h. Le temps ne semblait plus avoir grande importance. Ce n’est pas qu’il n’existait plus, mais les soldats ne pensaient plus à un avenir lointain. Il leur semblait contreproductif, peu judicieux de le faire, comme présumer qu’on va survivre au-delà des prochains instants porte malchance.

Ainsi, les soldats semblaient parvenus à un état rare, la paix que l’on ressent quand on vit au moment présent. Si l’on peut dire d’un groupe de biffins demeurant dans des conditions difficiles, dans un tout petit fort entouré par l’ennemi, qu’ils sont sereins — même s’il s’agit d’une sérénité de condamnés possibles — c’est quand même chouette. Les soldats dorment quand ils sont fatigués, ils mangent quand ils ont faim et ils s’occupent de ce qu’il se passe sur le moment. Les théories superficielles mises à part, cette sérénité apparente pourrait tout aussi bien être le résultat à la fois de l’adrénaline, du manque de sommeil et de la déshydratation chroniques. Difficile de savoir.

De toute façon, il se trouve que les longues marches à l’aube en Afghanistan sont bonnes pour le moral, bien qu’elles soient certainement inconfortables pour le corps. Le soleil s’y lève rapidement et de bonne heure, mais sa lumière est faible et il n’y a pas du tout de chaleur pendant plusieurs heures. Et puis tout à coup, on dirait qu’il s’allume : tout le monde arrête de greloter et se met à transpirer en quelques secondes.

Une des principales tâches des patrouilles du 1er Peloton était d’explorer les abords de leur nouveau domicile. Salavat Ghar est la ville adjacente, au sud. Il s’agit d’un ensemble de sommets découpés qui s’élèvent à plusieurs centaines de mètres et d’où l’on a une excellente vue non seulement de tout Salavat, mais également de Nakhonay, « l’antre de la chicane » comme dit Talsma, de l’autre côté d’un ruisseau tari.

Une de ces patrouilles doit se faire sur cette montagne, bien sûr. Après plusieurs heures passées à tituber dans le noir jusqu’à la montagne, personne ne se réjouit à la pensée de l’escalader. « Si je ne suis pas revenu dans 20 minutes », dit le caporal-chef Paul Guilmane en regardant vers le sommet, « attendez plus longtemps ».

Guilmane et un petit groupe de soldats finissent par gravir la montagne en serpentant. Or, d’après une histoire militaire très récente que j’appris par la suite, un soldat canadien a été tué au petit jour au sommet de Salavat Ghar quelques mois auparavant, en juillet. Le soldat Sébastien Courcy, membre du 22e, a mis le pied sur une mine près du sommet et l’explosion l’a propulsé dans le vide.

Toutefois, Guilmane et son équipe ne furent pas victimes de violence et, bien que souvent tendus, confus, éreintés, les patrouilleurs revinrent tous au camp en vie.

De retour à l’intérieur de l’enceinte de la petite école, le combat le plus féroce de la rotation du 1er Peloton a été celui où Talsma et ce qui était probablement un petit serpent extrêmement venimeux se sont mesurés sur la terrasse du poste de commandement. Au début, le serpent a pensé s’enfuir, mais il a vite changé d’idée; il a rebroussé chemin et a dressé une embuscade féroce. Talsma a poignardé le serpent qui grondait terriblement et essayait de le mordre. Le sergent C.J. Flach est arrivé par la suite avec un balai et en a donné de grands coups au serpent. Alors que les deux techniciennes médicales encourageaient les hommes, le caporal John Little, surnommé l’ambassadeur, trouvait que ce n’était pas le moment d’être héroïque : « Je n’aime pas les serpents, se lamentait-il à voix haute. Regardez-moi, ici, sur la boite. » En effet, il dansait et tressautait sans vergogne sur une boite en bois en espérant se faire épargner une morsure. Le serpent réussit à s’enfuir, bien que gravement blessé.

Le vendredi, à la veille du jour où les villageois devaient prendre leur décision, le vieux problème du lieutenant Saed réapparut quand le commandant de son bataillon ainsi que le commandant de l’ELMP — le major Steve Macbeth — arrivèrent pour essayer d’apporter de la clarté et de l’harmonie au conflit qui bouillonnait entre Talsma et Saed.

Bien que les détails de ce qui s’est passé à la réunion aient été gardés plutôt secrets, Talsma avait espoir, au moins un peu, que les choses allaient s’améliorer. « Saed a changé de ton, mais je pense que c’est parce qu’il reconnait que la dynamique de la collaboration avec la PPCLI n’est pas du tout la même que celle qui existait avec le 22e. Il est devenu bien plus accommodant.

« Toutefois, le sort en est jeté en ce qui me concerne, dit-il. Il y a de sérieux problèmes. Au début, je me le représentais comme s’il était Canadien, alors qu’il est évident que ses motivations et ses perceptions sont complètement différentes des miennes. »

La question de Saed, comme tant d’autres questions sur lesquelles bute le 1er Peloton, est emblématique de l’Afghanistan lui-même, où il semble qu’aucune crise n’est jamais réglée : elle est simplement remplacée par une autre.

Les ainés de Salvat considèrent leur sort à la choura. [PHOTO : ADAM DAY]

De toute façon, il se pourrait que la maison du peloton de Salavat ait été une ruse, un geste de contrinsurrection pour la forme, alors qu’en réalité, on avait l’intention de créer un désordre cinétique à Nakhonay. Des tireurs d’élite, qui étaient venus pour ce faire, avaient hâte de commencer à tirer. Quelques heures après leur arrivée au camp, l’un d’entre eux est venu me voir pour me demander si j’avais des photos « d’objectifs de grande importance ».

« Je suis un reporter », lui répondis-je.

« Oh », dit-il, et il partit rapidement.

En outre, le peloton de reconnaissance devait arriver. Et le 2e Peloton, le « peloton d’attaque », campait dans l’allée derrière l’école. Le commandant de la compagnie et l’équipe de son poste de commandement tactique étaient revenus aussi. La maison du peloton semblait être devenue une base de rassemblement pour l’invasion de Nakhonay.

En début de soirée, un message radio du haut commandement provenant du terrain d’aviation de Kandahar nous amusa. Lors des consignes semi-régulières passées à toutes les positions canadiennes, quelqu’un à Kandahar a cru bon — et peut-être avec raison — de rappeler à tout le monde que les communications par l’Internet pouvaient être surveillées par l’ennemi. Alors, à la tombée de la nuit, Talsma appela ses commandants pour leur lire la consigne selon laquelle tout le monde devait faire attention à ne pas compromettre la sécurité opérationnelle sur Facebook ou sur Twitter. Les soldats, perplexes, regardèrent tout autour. Il n’y avait la lumière qu’en quelques rares endroits à Salavat, la situation concernant l’eau était souvent désespérée et on faisait ses besoins dans des seaux. L’accès à l’Internet était inexistant.

XIIIe jour : Le jour de décision à Salavat

Le matin du jour de décision, le camp était frénétique, la cuisine était plus que bondée et les soldats avalaient les toutes dernières rations. « Dans l’armée, de toutes les habiletés, celle qu’on apprend le mieux, c’est comment souffrir », dit Talsma d’un air pi-teux alors qu’il se préparait à manger froide une omelette à la sauce aux champignons sortie d’un sac.

Juste avant la choura, alors que les ainés commençaient à arriver dans l’enceinte voisine, le major Ryan Jurkowski, commandant de la compagnie Alpha, prit quelques minutes pour penser tout haut à ce que tout cela signifiait.

La décision de ce jour-là était des plus importantes à presque tous les points de vue. Si les gens décidaient de partir, c’était une perte. Une perte presque totale. S’ils décidaient de rester, c’était une victoire. Le dénouement allait être à peu près aussi décisif que n’importe quelle bataille de contrinsurrection. « S’ils décident de partir, c’est symboliquement une motion de censure, dit Jurkowski. C’est un référendum sur notre capacité à les protéger. »

Et il était intéressant, pour une fois, de se trouver de l’autre côté d’une action pressante et probablement inutile. C’était normalement la coalition qui se trouvait dans cette position. Mais cette fois-ci, c’étaient les villageois qui n’étaient vraiment pas suffisamment renseignés pour faire un bon choix sur ce qu’ils devraient faire et, plutôt que d’essayer de se renseigner davantage, ils avaient simplement décidé d’agir. « Que les gens de la place s’en aillent ou qu’ils restent, cela ne change en rien ce que nous devons faire, dit Jurkowski. Même s’ils s’en vont, nous devons montrer que nous sommes résolus. Nous ne partirons pas de Salavat, quelle que soit leur décision.

« S’ils s’en vont, cela veut dire que nous avons mal évalué l’influence des talibans à Salavat, poursuivit-il. Mais c’est un monde ni blanc ni noir; rien n’a échoué, c’est ainsi qu’on résout les problèmes en Afghanistan : on s’en va. Et même s’ils s’en vont, ils finiront par revenir. C’est simplement une manière de survivre dans la région. Je ne considère pas ça comme un échec. Je considère que nous devons rajuster notre approche.

« L’état du village s’occupe de lui-même. Les étrangers — qu’ils viennent d’un autre pays ou d’une autre vallée — ne devraient pas lui donner un coup de main; et quand on admet qu’on a besoin d’aide, on est redevable envers la personne qui aide.

« Il y a autre chose d’intéressant. Il revient au dirigeant du district de faire le nécessaire pour que ses gens restent. Si c’est un jour si important pour Salavat, où est Hajji Baran? »

Le dirigeant du district était absent. À la place, quand les ainés du village s’assirent, c’est Saed qui se leva en premier à nouveau, offrit ses salutations et fit un (long) discours.

Même si c’était une petite victoire, une victoire compliquée étant donné la complexité de Saed, il était remarquable de finalement voir un membre de l’Armée nationale afghane (ANA) dans une position de chef.

Un des ainés se leva après le discours de Saed, durant lequel il promettait à nouveau aux villageois des panneaux solaires, des tapis pour leurs mosquées et d’autres choses sûrement difficiles à obtenir. « Je n’écouterais jamais le discours d’un diable; jamais », dit l’ainé, impassible, fort probablement à propos des Canadiens. « Mais je suis avec vous. »

Il était clair à ce moment-là que les villageois allaient rester.

Le caporal-chef Paul Guilmane à Salavat Ghar observe la ville de Nakhonay. [PHOTO : ADAM DAY]

Une autre chose était claire : Saed avait atteint son but apparent de devenir l’homme fort de la localité.

C’était donc le moment de négocier. Les villageois, puisqu’ils allaient rester, voulaient quelques concessions des Canadiens.

Ils voulaient une clinique médicale — et ils la voulaient dans l’école où étaient basés les Canadiens.

Cependant, plus que tout, ils voulaient que les forces afghanes et canadiennes arrêtent de s’introduire dans leurs enceintes et qu’elles arrêtent de patrouiller dans leur village.

Ils se levèrent un par un et dirent avoir peur que si les patrouilles n’arrêtaient pas de passer par le village, il finirait par y avoir de la violence. Ils ne s’inquiétaient pas outre mesure de savoir qui avait le contrôle de la région : tant qu’on ne tirait pas sur leur village, tant qu’il n’y avait pas d’explosions tuant leurs enfants, ils étaient satisfaits.

Le commandant de la compagnie Alpha interrompit la litanie de plaintes afin de se présenter.

« Je vous remercie de votre accueil, et je remercie Saed de m’avoir expliqué tant de problèmes. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis le major Jurkowski; je travaille avec le commandant de Saed. Je suis très heureux que nous soyons tous ici, que nous discutions de ce que nous devons faire ensemble, sous la direction de Saed de l’ANA. Il y a deux observations que j’aimerais faire, une sur le développement et l’autre sur la sécurité. Nous sommes la Force internationale d’assistance à la sécurité, nous travaillons pour l’ANA. Nous sommes venus maintenir la sécurité du village de Salavat. Et cela touche au développement, car la sécurité et le développement vont de pair. Quand je pourrai rapporter à mes chefs que Salavat est en sécurité, le développement suivra. Jusqu’alors, on ne peut travailler que sur de petits projets ici et là.

« On voudrait l’aide des gens d’ici pour nos petits projets. On a actuellement un projet de mettre du gravier dans le stationnement de l’école, mais aucun travailleur de Salavat n’est venu. Amenez-moi donc des travailleurs et j’annulerai ce projet-là pour les faire travailler à celui-ci. Il y a autre chose que je pourrais faire : vous aider à hiverniser votre village. »

Ensuite, Talsma se leva pour s’adresser aux ainés, dont il avait rencontré un bon nombre au cours des dernières semaines dans la ville et devant leurs enceintes. Il ne parla pas longtemps, mais il mentionna plusieurs points importants, disant aux villageois que « la peur, c’est la noirceur, et le mal triomphe dans le noir. Ensemble, nous pouvons repousser la noirceur et apporter de la lumière à Salavat ».

L’interprète, qui avait oisivement arraché des herbes pendant que Talsma parlait, attendit la fin du discours et en fit un résumé extrêmement bref. Talsma lui jeta un coup d’œil interrogateur.

On apprit par la suite que l’interprète avait fait un très mauvais travail en ce qui concernait les discours de Jurkowski et de Talsma. Il avait notamment dit aux villageois que Jurkowski voulait les aider à apporter l’hiver à leurs villages et que Talsma voulait apporter la lumière dans leurs foyers. Cela expliquait l’air quelque peu perplexe qu’on pouvait lire sur le visage des villageois.

Il faut le dire, l’incapacité des Canadiens de communiquer de manière fiable avec les villageois rend la tâche de gagner leur confiance bien difficile. La langue est une arme très puissante dans ce combat. Ce n’est pas que les atouts n’existent pas — il existe des interprètes assez habiles pour s’occuper de manifestations complexes comme les chouras et les négociations — mais il n’y en a pas suffisamment avec les soldats qui en ont besoin sur le terrain pour mener à bien leur mission. Que les soldats fussent envoyés à la guerre sans les outils dont ils ont besoin, ce n’avait rien de nouveau, mais ça fait toujours mal de voir une mission minée par quelque chose de si fondamental et de si prévisible que la langue.

Le major Ryan Jurkowski (à d.) et le lieutenant Saed (à g.) s’asseoient près des ainés de Salavat à la dernière choura. [PHOTO : ADAM DAY]

Immédiatement après la choura, Talsma envoya un détachement faire un grand arc dans Salavat et dans le village avoisi-nant de Khairo Kala, résolu à montrer aux villageois, ainsi qu’à l’ennemi, que le 1er Peloton était toujours actif.

Il y avait une différence remarquable dans les villages pendant cette patrouille. C’étaient les enfants; ils n’acceptaient plus nos bonbons. Chaque fois qu’on leur en offrait, ils gardaient les mains fermées et regardaient autour d’eux d’un air coupable, peu disposés à prendre le risque de se faire attraper par les gens — probablement des ennemis — qui les avaient avertis de ne pas s’approcher de nous.

La contrinsurrection, c’est un peu ça aussi : une tentative de leur faire manger des bonbons. Pour bien des raisons, c’est beaucoup plus difficile qu’on ne le croirait.

Finalement, la patrouille tourna le dernier coin en direction de la base —tout près du magasin où tant de bienveillance avait été engendrée lors de la frénésie d’achats du sergent Dwayne MacDougall quelques jours auparavant — et là se trouvait « la punition du nord », l’ainé intolérant du nord de Salavat qui avait fait tout ce qu’il pouvait pour éconduire le 1er Peloton au cours des deux dernières semaines. Il nous fixa d’un œil impassible lorsque nous nous approchâmes de lui. MacDougall lui cria gaiement « Manana », sa fameuse salutation et, incroyablement, le visage du vieux grincheux s’éclaira d’un large sourire. Il se leva, serra la main de MacDougall et lui offrit du thé.

Personne ne s’attendait à une si grande réussite.

Peu après, la patrouille fut de retour dans l’enceinte bondée, saine et sauve. Les tubes à pipi étaient surchargés, toutes les tasses avaient disparu et l’unique téléphone satellite était brisé.

Tout le monde s’assit par terre pour raconter des blagues.

XIVe jour : Le 1er Peloton se retire pour se reposer

Le dernier matin avant le repos et la remise à neuf de l’équipement, un hélicoptère américain Blackhawk survola la base à toute vitesse, à environ 30 pieds du sol, lançant des fusées éclairantes à profusion qui bien sûr frappèrent les tentes et les soldats à grande vitesse, toujours en feu. Un soldat du 2e Peloton fut atteint à la jambe, ce qui le rendit très mécontent. Des sacs de sable furent enflammés. C’était simplement un incident parmi d’autres.

Quand on pense au fâcheux passage du Blackhawk au-dessus de la maison du peloton, il est évident que le déploiement terrifiant des machines de guerre, sans raison, rend les villageois méfiants, pour ne pas dire farouches.

La violence, imprévisible, menace constamment.

Quant à Talsma, il comprend les problèmes des villageois clairement, mais pour lui, les résultats potentiels valent les risques. « D’après moi, nous déstabilisons la région où nous allons — avec les hélicoptères, les tirs d’éclairage, les soldats en patrouille, tout ça — de manière temporaire. Les villageois se disent : « vraiment, je ne me sens pas plus en sécurité » et ils n’ont peut-être pas tort. Cependant, tout irait mieux pour tout le monde à long terme, parce qu’il y aura des routes, des cliniques, bref une meilleure vie. Mais on ne va pas amorcer la construction avant que les combats ne soient finis. Et nous ne permettrons pas aux talibans de prendre le pouvoir. »

Talsma, assis, avait un large sourire, son fameux sourire. Il ne faisait que commencer. « Je suis un idéaliste. Je crois vraiment en la liberté; c’est une valeur que l’on devrait rendre universelle. Je ne blague pas quand je dis que la peur, c’est la noirceur, et que le mal triomphe dans le noir. Si on reste fidèle à cet idéal, je pense qu’on peut apporter des changements positifs; peut-être pas pour une nation, mais pour une personne ici et là. Je dois croire que c’est vrai. Et je pense que c’est une corruption de notre caractère national que d’avoir si peur d’imposer notre volonté à quelqu’un d’autre. Je pense que les talibans sont dans l’erreur et que chaque personne devrait être libre de vivre sa vie comme bon lui semble.

« Et, bien entendu, l’ironie, c’est qu’on les y oblige par la violence », ajouta Talsma.

« Mais c’est la nature de la guerre, j’imagine. On a une intention en arrivant : l’intention de fixer des limites, de dire non au terrorisme. Et maintenant, dit-il en regardant autour de lui, cet endroit n’est pas le meilleur pour l’entrainement et l’exportation du terrorisme. C’est donc une victoire.

Les résidants de Salavat observent le 1er Peloton en patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]

« Mais maintenant on doit faire face aux conséquences à la fois de nos actions, de n’avoir pas suffisamment de troupes pour commencer, et du fait que c’était un État en déroute au départ. Maintenant que le lait de Perrette est renversé, adieu veau, vache, cochon, couvée; personne ne pourra se tenir la tête haute si on ne va quelque part que pour rouer les gens de coups et repartir, car non seulement l’Afghanistan reviendrait au point de départ, il serait encore pire. »

Comme le chef militaire canadien en Afghanistan, le perspicace général Jonathan Vance, le fait remarquer, c’est « comme si on fabriquait un cube de Rubik et qu’on essayait de le résoudre en même temps ».

Sauf que ce n’est pas un jeu. C’est un conflit ethnique dont la violence empire, dans un pays qui semble fait pour la guerre civile, où nos bonnes intentions ne semblent vraiment pas être très bien traduites dans sa langue vernaculaire.

Seul l’avenir nous dira si la petite tête de pont prise par le peloton à Salavat donnera lieu à quelque chose de plus grand et de meilleur. Les chefs du 1er Peloton ont un rêve; c’est le rêve d’un Salavat prospère. Dans ce rêve, il y a une grosse génératrice d’électricité dont se charge un Afghan de la localité; il y a une école pleine d’enseignants et de petites filles; il y a une clinique médicale; il y a la confiance entre les gens de l’endroit et les forces de sécurité; il y a le bonheur.

Pendant quelques jours à la fin d’octobre 2009, le rêve ne paraissait pas complètement impossible.

C’était le premier stade de la bataille de Salavat et pas un coup de feu n’avait été tiré. Qui avait gagné? Le 1er Peloton.

Mission Afghanistan : Le combat pour Salavat – Les cinq articles de la série se trouvent à legionmagazine.com.