À votre service Avis important aux vétérans de la MRC

Avez-vous servi à bord d’un navire de la Marine royale du Canada entre la Seconde Guerre mondiale et 1970?

Si c’est le cas, vous faites partie des quelque 18 000 personnes des services qui risquent d’avoir été exposées à des doses d’amiante exceptionnellement élevées. L’amiante, en n’importe quelle quantité, peut être une cause de cancer pulmonaire ou contribuer à son développement des années plus tard.

Saviez-vous qu’Anciens combattants Canada peut offrir des avantages aux anciens des services qui actuellement souffrent de cancer pulmonaire à cause d’une exposition à l’amiante si on peut établir un lien avec le service militaire?

Il se peut que vous ayez droit à une allocation d’invalidité d’un montant pouvant s’élever jusqu’à 250 000 $. Vous pourriez aussi avoir droit à des soins de santé et d’autres avantages prolongés.

Vous devriez prendre les précautions suivantes :

· Prenez contact avec votre médecin immédiatement et dites-lui qu’il se peut que vous ayez été exposé à de l’amiante.

· Racontez soigneusement votre passé à votre médecin, y compris l’essoufflement.

· S’il y a lieu demandez un examen complet; assurez-vous que votre médecin évalue vos poumons et cherche des signes d’hernie.

· Prenez des dispositions pour évaluer la fonction de vos poumons.

· Exigez un rayon X pour déterminer s’il existe quelque indication de maladie reliée à l’amiante.

Si le rayon X indique des anomalies, il y a plusieurs procédés qui peuvent suivre pour établir un diagnostic. Si le rayon X des poumons est net, il devrait être répété tous les ans, pour dépister tout changement qu’il pourrait y avoir.

Prenez contact avec un agent des services d’une direction de la Légion royale canadienne (voir les inscriptions sous Bureau des services / Agents des services, ou appelez sans frais au 1-877-534-4666 ou appelez sans frais Anciens combattants Canada au 1-866-522-2122.

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Ce qui suit est l’extrait d’une lettre de remerciement écrite par Carol Werner d’Ottawa.

J’aimerais profiter de l’occasion pour remercier la Légion de son soutien formidable à propos de ma demande pour invalidité. Mon cas en est un qui a causé nombre de difficultés. Pourtant, l’agent des services de la Légion s’est occupé facilement de chacune d’entre elles, à façon experte, comme un professionnel expérimenté. Il a réussi à analyser précisément les questions principales, de les mettre dans leur contexte et d’y répondre. De plus, il a fourni d’excellentes synthèses de cas et de preuves au Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Le soutien que m’a donné l’agent des services de la Légion a été exceptionnel.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

Le chemin à venir

La Légion royale canadienne s’est embarquée dans une mission de débat intérieur dont l’objet ultime est de recommander de meilleures façons de se structurer et de se gouverner. Le travail a commencé en février quand le Conseil exécutif national a approuvé fortement la création de la Commission de la LRC sur la gestion, la représentation et la structure directionnelle (Période de transition prévue à la Légion, mai/juin).

La tâche à laquelle la commission s’est attelée est intimidante, mais son mandat d’un an est une occasion excitante pour que la Légion puisse trouver des idées nouvelles en ce moment crucial. “La question de la gestion et de la structure […] va continuer à croître en tant que problème important”, dit le président national Jack Frost pour expliquer les raisons de la création de la commission. “Notre sociétariat continue de diminuer à une vitesse alarmante, mais notre grandeur et notre degré de gestion ne changent pas, alors ils demeurent une grande dépense à travers la Légion”, remarquait-il.

Le président national dit que la sorte de gestion et de structure qu’a la Légion n’a pas été révisée sérieusement depuis que l’organisation a été fondée, il y a 81 ans. Les membres du CEN et lui croient qu’il est temps de bien réfléchir, de repartir à zéro, et de ne pas seulement réviser la structure régionale, divisionnaire et nationale actuelle, mais de recommander des modifications avec responsabilités définies, amélioration de la gestion en général et représentation plus équilibrée à coût moins élevé.

La commission comprend cinq représentants, et le président Jim Rycroft du Comité des constitution et loi de la Légion y sert de conseiller. Le comité doit travailler indépendamment du personnel de la Direction nationale et des directions divisionnaires.

Les cinq sont le président Steve Wessel de la Nouvelle-Écosse, Andy Phillips de la Colombie-Britannique/Yukon, Frank Simpson de la Saskatchewan, Gordon Moore de l’Ontario et Tom Eagles du Nouveau-Brunswick. Tous ces gens sont des légionnaires bien connus et très respectés.

Durant des visites antérieures aux directions divisionnaires, le président national avait soulevé la question de la restructuration, surtout le besoin de fusionner les directions. D’après la structure actuelle, la Légion a quelques directions qui sont très petites et qui n’ont pas les ressources nécessaires à une bonne administration et au soutien des membres et des filiales comme en ont les directions plus grandes. “La possibilité que nous soyons sur-administrés, car nous aurions trop de directions, de districts, de zones et d’agents à différents échelons, a aussi été suggérée lors de discussions avec les exécutifs divisionnaires”, dit-il. En plus, la structure actuelle de 10 directions divisionnaires est bien mal équilibrée car certaines directions ont des dizaines de milliers de membres alors que d’autres, comme par exemple celle de l’Île-du-Prince-Édouard, sont très petites. “Cela donne un processus de prise de décisions au Congrès national qui est injuste car la direction la plus grande peut influencer indûment les décisions du congrès.

Une des tâches de la commission est de recommander la grandeur minimale d’une direction par rapport à un nombre minimal de membres. Il va aussi prendre en considération le nombre minimal de directions qui seraient nécessaires au soutien des filiales tout en offrant un degré d’administration adéquat et équilibré. Il a aussi comme tâche de suggérer s’il devrait y avoir des frais d’adhésion minimaux, ou pas, pour chaque direction qu’il propose.

De plus, il va considérer les besoins minimaux en personnel au quartier général d’une direction, et le nombre d’élus nécessaire au niveau de la direction pour soutenir la division, et puis suggérer une façon d’organiser et administrer les filiales dans le cadre d’une division, c’est-à-dire par l’entremise des districts, des zones ou des deux, et la grosseur minimale de chacun. Il va aussi considérer le nombre de représentants qui siégeraient au CEN.

Le groupe doit faire son rapport au CEN en février 2008.

Comme on l’a déjà remarqué, c’est un gros travail, mais le temps et les efforts que cela va prendre valent vraiment la peine. Les organisations doivent, de temps en temps, se regarder de près dans un miroir. Elles ne doivent pas avoir peur de questionner le statu quo ou de critiquer les usages établis. Elles doivent chercher les meilleurs usages tout en maintenant les intérêts des gens qu’ils représentent. Ainsi, cet exercice ne concerne pas seulement le maintien de la santé, il concerne aussi l’augmentation de la puissance et de la sagesse, et il mérite le soutien des légionnaires de partout.

Munir en conforts domestiques

Quand la Légion royale canadienne a été instituée, ce fut dans le but de s’occuper du personnel des forces armées revenant du service outre-mer. Cette obligation sacrée envers nos anciens combattants continue aujourd’hui, mais la Légion a aussi une longue et fière histoire de s’occuper des gens en uniforme qui sont encore en service dans les zones de guerre et autres régions dangereuses.

Les vétérans de la Première Guerre mondiale savaient à quel point les évocations de chez soi importent quand on est en service, mais en ce temps-là il n’existait aucune grande organisation qui s’occupa spécifiquement de leur confort. Alors, quand la Seconde Guerre est arrivée, la Légion était là pour parrainer les spectacles sur scène et les services éducationnels, et pour fournir des articles dont les combattants avaient grandement besoin, comme la papeterie et les cigarettes.

Le Fonds de moral des troupes de la LRC est un exemple moderne de ces soins de chez nous. Cet effort de financement, fait de concert avec Tim Hortons et l’Agence de soutien du personnel des Forces canadiennes (ASPFC) sert à s’assurer que chaque soldat canadien puisse avoir un café et un beigne, au stand de Tim Hortons situé à la piste d’atterrissage de Kandahar, durant son temps libre. En fait, chaque fois que le fond atteint 6 000 $ US, la Légion achète une grande quantité de bons-cadeaux qui sont distribués aux troupiers par l’ASPFC.

Les filiales et les directions de la Légion, ainsi que des organisations communautaires, soutiennent fortement le fond. Le grand nombre de donations qui viennent de partout au pays en est la preuve. Dans son premier mois d’opération, le fond a ramassé plus de 20 000 $.

Le président national Jack Frost espère que la distribution des bons-cadeaux aux troupiers va devenir une activité hebdomadaire.

Le soutien de la Légion pour les gens qui servent en Afghanistan va plus loin encore. Au mois de mai, le président national remettait 20 000 $, prélevés au Fonds du coquelicot de la Direction nationale, aux maisons Fisher de Landstuhl (Allemagne). Ces maisons sont situées en face du Landstuhl Regional Medical Centre, l’Hôpital militaire états-unien où l’on soigne les soldats américains déployés outre-mer. Le Canada aussi se sert de l’hôpital et l’on y transfère des soldats blessés en Afghanistan pendant qu’ils récupèrent ou qu’ils sont évalués avant de retourner au Canada pour leur réhabilitation.

Les maisons offrent un gîte à la famille des soldats qui récupèrent pendant qu’elle les visite et lui offrent du soutien, et la famille est sûrement la plus importante évocation de chez soi qui existe.

Ce soutien venant d’ici est grandement apprécié par les troupes, et cela encouragera peut-être les soldats qui reviennent à adhérer à la Légion, grâce à quoi on pourra continuer l’usage de la Légion qui est de soutenir le moral de nos troupes où qu’elles soient.

Les militaires débarquent : quelques conséquences du programme d’instruction élémentaire au Québec durant la Seconde Guerre mondiale

Ainsi que nous l’avons déjà présenté au cours d’un article précédemment paru dans les pages de la revue Légion, l’instruction militaire élémentaire au Canada durant la Seconde Guerre mondiale a été un processus d’une grande ampleur. Plusieurs dizaines de milliers de Canadiens ont reçu une formation militaire de base prodiguée dans différents camps de l’armée ouverts spécialement dans ce but. L’autre dimension de ce programme d’instruction, d’ailleurs tout aussi méconnue, concerne les conséquences économiques et sociales de ce vaste programme. En effet, les centres d’instruction, souvent ouverts près de petites villes, pouvaient parfois recevoir jusqu’à un millier d’individus. On se doute bien qu’une augmentation aussi subite de la population n’allait pas sans quelques conséquences, heureuses et malheureuses.

À la fin de l’été 1940, les nouvelles n’étaient pas très bonnes pour les Alliés. La défaite catastrophique de la France, aussi rapide qu’imprévue, l’occupation des pays du Benelux, du Danemark et de la Norvège, la bataille d’Angleterre et la menace d’invasion pesant sur ce pays offraient un portrait bien sombre. En outre, à la suite de cette transformation radicale de la situation stratégique européenne, le Canada s’est retrouvé parmi les alliés les plus importants des Britanniques et il a fallu se préparer à tout ce que l’avenir pouvait réserver. Si la puissante armée française avait été vaincue en six semaines, rien n’empêchait désormais de penser que la Grande-Bretagne pourrait l’être également.

Parmi les décisions canadiennes pour s’ajuster à ces nouvelles perspectives figure celle d’élargir le réseau d’instruction afin de préparer un nombre croissant de citoyens au métier des armes. On a commencé par prévoir un programme d’entraînement de trente jours, lequel est ensuite passé à quatre mois, puis à une période indéterminée, jusqu’à la fin de la guerre. Cela eut pour conséquence l’ouverture d’une quarantaine de centres d’instruction élémentaire un peu partout au pays, dont neuf au Québec.

Cette décision prise, il a fallu construire ces camps, embaucher de nombreux travailleurs pour construire les huttes devant servir à abriter les troupes, aménager les terrains, y installer des aqueducs et brancher des raccords électriques. Il fallait aussi passer des commandes souvent assez volumineuses auprès de fournisseurs locaux, que ce soit pour l’obtention de combustibles, de denrées alimentaires et ou de divers biens et services. Tout cela représentait un impact économique énorme pour les petites localités où les centres ont été ouverts. La ville de Red Deer, par exemple, comptait une population d’environ deux mille cinq cents âmes en 1940, et on y embauche deux cents travailleurs pour effectuer les travaux nécessaires à la mise sur pied d’un centre d’instruction. La population de la ville de Huntingdon, à la même époque, n’atteignait pas deux mille personnes, alors que le centre que l’on y ouvre est prévu pour recevoir des groupes de mille recrues! Celles-ci remplissaient les restaurants, peuplaient les bars, se rendaient au cinéma, faisaient nettoyer leurs uniformes et représentaient une clientèle nombreuse et quelques fois prodigue. Le Huntingdon Gleaner, à la une du 20 novembre 1940, rappelle d’ailleurs à ses lecteurs que les recrues représentent un potentiel économique hebdomadaire de huit mille cinq cents dollars.

Cependant, si les retombées économiques de la présence militaire étaient effectivement nombreuses, elles entraînaient aussi des problèmes dans leur sillage. L’influx massif de militaires entraînait parfois certains désagréments pour les civils qui ne se sentaient plus tout à fait chez eux, tandis que les agriculteurs se voyaient privés de main-d’oeuvre quand ce n’était pas un problème d’accès aux pièces de rechange pour la machinerie lourde. Les transports suscitaient aussi certains problèmes, puisque les militaires en permission n’étaient pas toujours des plus dociles. On ne compte plus les rappels dans les ordres du jour à l’effet que la population civile et la propriété publique doivent être respectées. D’autres problèmes moins courants, mais plus dangereux pouvaient également se poser, comme à Huntingdon où, en raison de contraintes d’espaces, on doit aménager un champ de tir à plus d’une dizaine de kilomètres du centre, et où il faut quelques fois interrompre les séances de tir parce que des civils ramassent du bois juste derrière les cibles!

Au-delà des stricts échanges économiques, militaires et civils collaboraient régulièrement, et cette collaboration s’exprimait par des services rendus de part et d’autre. L’exemple le plus connu est peut-être celui des militaires détachés auprès de fermiers pour les assister dans leurs récoltes, mais d’autres formes de collaboration sont aussi courantes. Au début de l’année 1941, une corvée réunissant civils et militaires visant à construire une patinoire est tenue au camp de Joliette. Plus tard, le rouleau compresseur de la municipalité est mis à contribution pour préparer le terrain de parade. En mai de la même année, un centre culturel met sa cour de récréation à la disposition du camp pour la tenue de diverses compétitions sportives organisées par l’une des compagnies. À d’autres moments, des échanges “économiques” sont en fait des visites sociales dissimulées. Lorsque des femmes de Huntingdon se présentent au centre une fois par semaine pour montrer aux recrues comment repriser leurs chaussettes, on peut supposer que cette initiative est davantage appréciée en raison du contact social qu’elle représente. De leur côté, les militaires se mettent surtout à la disposition des autorités civiles lorsqu’il faut faire face à des urgences extraordinaires ou pour donner un coup de main. En mars 1941, des membres du 7e Régiment de reconnaissance alors en formation au centre de Huntingdon passent l’après-midi à combattre l’incendie d’une résidence proche. Une partie de hockey entre l’équipe du centre et celle de Leach Textile a lieu cinq jours plus tard, et les profits amassés sont remis aux victimes de l’incendie. À Joliette, ce sont des centaines d’hommes qui combattent les nombreux feux de forêts qui caractérisent la fin de l’été 1941.

Les contacts sociaux, mondanités et festivités de tous ordres étaient aussi monnaie courante. Il pouvait s’agir d’événements servant au financement de l’effort de guerre ou simplement pour améliorer les équipements du centre, tandis que des événements à caractères purement festifs visaient à rendre le passage des recrues plus agréable, une fonction importante dans un milieu où le service militaire n’était pas toujours très populaire. Ainsi, les centres de Joliette et de Huntingdon ne lésinent pas sur les moyens pour distraire leurs populations. On organise par exemple à Joliette un grand concert commandité par la station de radio CKAC et le journal La Presse. Le spectacle est radiodiffusé sur le réseau de la station et le commandant du centre ne rate pas l’occasion d’y faire un discours visant à inciter les jeunes à joindre les rangs de l’armée. De leur côté, les troupes de divertissement telles les Fusiliers de la Gaieté, Tambour Major, Thumbs Ups et autres sillonnant le Canada et le Québec pour égayer les militaires viennent et reviennent au centre plusieurs fois par année. Les militaires organisent aussi des danses, lesquelles sont apparemment toujours très populaires. Ils y invitent la population civile, majoritairement, on s’en doute, la gent féminine. De leur côté, les civils organisent foires et rassemblements auxquels sont conviés les militaires. En avril 1941, des citoyennes de Huntingdon tiennent un bingo à la cantine du centre et distribuent des confiseries en guise de prix. De son côté, la Légion canadienne tient une danse en novembre. L’organisation, qui ne manque pas d’initiative, s’assure de la présence de quelques dames supplémentaires, afin que tous les militaires puissent avoir une partenaire. Le mois suivant, les caporaux organisent une autre danse, cette fois au profit de l’achat de cadeaux pour d’anciens membres du centre déployés outre-mer. Un millier de personnes y sont accueillies. En plus de représenter une opération lucrative, de telles initiatives servent à consolider les liens entre les deux communautés en témoignant du soutien des civils pour l’effort militaire. Les militaires encourageront d’ailleurs ces événements, puisqu’ils aident à maintenir un bon esprit et favorisent les relations entre les soldats et les civils des environs.

De leur côté, les officiers des centres se font un devoir d’assister aux événements locaux. Le 30 septembre 1940, le commandant du centre de Joliette et son adjoint font une visite de courtoisie à l’évêque et au maire de Joliette, tandis qu’au début du mois de décembre, monseigneur Papineau procède à la bénédiction du centre. Une grande parade est alors organisée pour l’après-midi. Les militaires, précédés par la fanfare de Joliette, sillonnent les principales artères de la ville et passent devant le palais de l’évêque où ce dernier, accompagné du commandant du centre, reçoit le salut de la troupe. D’après madame St-Aubin de la Société d’histoire de Joliette, les habitants de la ville jugeaient ces manifestations très impressionnantes et se déplaçaient souvent en grand nombre pour voir “les gars de l’Armée”.

Plusieurs événements sportifs réunissent également civils et militaires. Outre le fait que l’armée ait reconnu l’utilité des sports d’équipe pour le développement des qualités martiales des recrues, un autre impact bien réel a été de développer et, surtout, soutenir durablement les relations entre civils et militaires par le biais d’une activité compétitive suscitant parfois de vives passions. Chacun pouvait assister aux matches et soutenir son équipe dans une atmosphère quelquesfois survoltée. Cela contribuait à banaliser la présence de l’armée tout en illustrant avec éclat que le service militaire n’était pas qu’une affaire de discipline et de marche au pas.

Enfin, bien sûr, les militaires et les civils se rencontraient lors des nombreuses activités de recrutement. L’une des techniques adressées aux deux publics consistait en jours et en semaines de l’armée, une tradition que l’on retrouve encore parfois de nos jours. Lors de la semaine de l’armée de l’été 1942, une grande réception est organisée au camp de Joliette. De deux à quatre mille personnes, incluant le maire, les membres du conseil de ville, les représentants du clergé et de la chambre de commerce, ainsi que les Chevaliers de Colomb assistent à un concert et un grand feu au milieu de décorations installées spécialement pour l’occasion. Les moyens plus traditionnels de recrutement sont également courants. Tout le mois de juillet de 1941 est occupé à Joliette à de telles activités. Le 29, une colonne motorisée de près de cinquante véhicules, après avoir paradé dans les rues de la ville, s’arrête au camp où se presse une foule de plus de huit mille personnes! Il n’est malheureusement pas possible de se faire une idée précise de l’efficacité de ces initiatives, mais il semble qu’elles n’obtenaient pas toujours les résultats escomptés.

Un aspect un peu plus délicat des contacts entre civils et militaires concerne l’aspect moral du service militaire. Les jeunes recrues quittaient le domicile familial pour un nouveau milieu, parfois fort éloigné de celui auquel ils étaient habitués, loin de la supervision des parents. Or, cet éloignement s’accompagnait d’une liberté que les jeunes gens ne savaient pas toujours assumer. C’est d’ailleurs une image courante que celle des militaires “se laissant aller” en permission. Que ce soit pour évacuer l’intense pression de l’entraînement ou pour profiter pleinement de ce maigre temps libre, il pouvait effectivement arriver que certains militaires se retrouvent dans le pétrin. Pourtant, on aurait tort de percevoir le milieu militaire comme une porte ouverte sur le vice, en dépit de la mobilité accrue des populations. Ainsi que le soulignait une jeune femme s’étant enrôlée, “la vie militaire, ce n’était pas le bordel que s’imaginaient les âmes pieuses restées à l’arrière. C’était très strict et très surveillé.”

Le capitaine J.G. Leblanc, aumônier du centre de Huntingdon, a exprimé les préoccupations des autorités militaires à ce sujet dans un pamphlet publié en 1942. Son livret, La vraie victoire, distribué aux soldats du centre, se voulait un guide “d’instruction morale”. L’auteur y invite les lecteurs à méditer sur certains des risques moins évidents de leur nouvel engagement : “Dès les premières heures de ton séjour au camp,” écrit-il, “la désinvolture de quelques camarades choque souvent ta dignité humaine et chrétienne. C’est le signe imminent de la “blitzkrieg” satanique qui débute ainsi autour de toi. La guerre éclair dans le domaine moral a devancé notre siècle. Il se produit ce qui, malheureusement, arrive presque toujours : les timides se taisent, les lâches sourient, les évaporés renchérissent; puis la rigolade commence autour de la fonction la plus belle de l’organisme humain : la fonction procréatrice.” En fait, l’ouvrage de Leblanc est un réquisitoire visant à encourager la chasteté au sein des troupes et les tenir loin des maladies vénériennes. D’ailleurs, les ordres du jour des camps ne cessent d’appeler les recrues à la prudence, et on organise plus d’une séance de dépistage surprise lors du retour des permissionnaires.

Ainsi, l’histoire de la présence militaire au Québec lors de la guerre, si elle est aujourd’hui oubliée, n’est pas marginale. Les civils et les militaires ont constamment été en contact, et de ces contacts sont nées de nombreuses initiatives économiques et sociales qui se sont avérées la plupart du temps bénéfiques pour les deux parties tout en altérant–souvent temporairement–le paysage économique et social des régions où les centres d’instruction furent ouverts.

Compétition de fléchettes serrée

La compétition des équipes s’est terminée par un match de barrage tendu entre le Québec et l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest mais l’important, aux Championnats nationaux de 2007 qui ont eu lieu du 18 au 20 mai à la filiale Miscouche (Î.-P.-É.), c’était de s’amuser avec les camarades.

Les équipes des 10 directions divisionnaires se sont rendu, vendredi après-midi, à cette collectivité agricole, très petite mais hospitalière, qui se trouve dans les environs de Summerside, dans la province jardinière du Canada. Le Comité des préparatifs locaux a accueilli les équipes, et puis les tableaux de fléchettes d’entraînement ont beaucoup servi avant l’inscription de 20 h et la soirée qui l’a suivie.

Le représentant Dave Paterson du Comité national des sports, un grand connaisseur des sports de la Légion (surtout les fléchettes) et le président du CPL Duane Phelan ont tout fait pour s’assurer que tout soit à sa place pour la fin de semaine. Paterson, qui s’est inscrit à la Légion en 1955, fait partie du Comité national depuis 14 ans.

Il y a eu un spectacle sur scène donné par Country Roots et des tirages où l’on pouvait gagner des homards cuits, et puis les équipes sont rentrées à leurs chambres avoisinantes pour se préparer à la journée affairée qu’allait être samedi.

Le samedi commença par un déjeuner et ensuite eurent lieu les cérémonies d’ouverture durant lesquelles le président de la filiale Miscouche Danny Gaudet souhaitait la bienvenue à toutes les équipes; et on pouvait lire sur le visage des joueurs qu’ils étaient prêts à passer aux choses sérieuses.

Paterson a comparé le tournoi à une loterie. “À ce niveau-ci, tout le monde est à égalité”, dit Paterson, et il ajoutait que n’importe qui pouvait gagner, dépendant du jour. “Certains de ces gars peuvent terminer en neuf lancers”, dit-il. Paterson, qui aime venir aux nationaux et qui connaît nombre de joueurs, dit que “ils sont sérieux quand il s’agit des fléchettes, mais ça ne les empêche pas de s’amuser beaucoup et il y a beaucoup d’amitié à ces manifestations.”

Le jeu était organisé en poule. Les joueurs comptaient à rebours jusqu’à zéro à partir de 701 chez les équipes, de 501 chez les doubles et de 301 chez les simples. Il y avait trois manches contre chaque division et un point était inscrit à chaque manche gagnée. Toutes les parties devaient commencer et finir par un double.

Tony Holyoake et Howard Brazil, de la filiale Ogden de Calgary, s’étaient inscrits chez les doubles. Ce duo est pratiquement indissociable des fléchettes et leur nom à tous les deux avaient été inscrits sur les trophées pour lesquels on jouait cette fin de semaine-là. Holyoake, qui a des fléchettes Helix, faites spécialement pour lui, depuis qu’il a représenté le Canada à une compétition mondiale, dit qu’il “ne joue plus qu’aux compétitions de la Légion, il n’y avait que les fléchettes dans (sa) vie auparavant, mais (il devient). (Il veut) avoir du temps libre pour passer du temps avec (ses) petits-enfants.”

C’est à peu près pareil pour Brazil, qui ajoute qu’il “adore aller aux compétitions de la Légion; on s’y amuse et si on gagne c’est tant mieux. Sinon, il y aura toujours la prochaine fois.”

Les joueurs ont renouvelé leurs relations, et ils se respectent mutuellement.

Les parties ont commencé par l’épreuve des doubles, où on ne pardonne pas. Ne pas inscrire le double du départ presque tout de suite ou en manquer un pour sortir quand l’occasion se présente, signifiait presque certainement une perte. Comme le disait Lloyd Windsor de l’Alberta, “à ce genre de compétition, il faut profiter de l’occasion quand quelqu’un manque son coup”.

Il faut, bien sûr, être bon pour être chanceux, et vice-versa. Le tireur d’élite Carol Brassard du Québec leva les yeux au ciel et dit “merci mon Dieu” quand sa fléchette effleura quelque chose et défléchit jusqu’au double, ce qui lui donnait la partie contre l’Alberta.

La compétition n’a cessé d’être féroce avec le duo de Terre-Neuve-et-Labrador Richard Leriche et Glenn Carter, de la filiale Channel de Port aux Basques, qui étaient en tête du peloton à 16 points, deux points devant Brassard et Claude Séguin de la filiale Terrebonne Heights de Mascouche Heights. Le Manitoba et l’Alberta les talonnaient de près. Toutefois, Leriche et Carter n’ont pas flanché sous la pression et ils ont gagné la neuvième et dernière partie avec deux points d’avance sur le Québec. Il leur fallait gagner deux parties contre le Nouveau-Brunswick et, bien que ce dernier ait failli les battre à la dernière partie, ils les gagnèrent. Brassard et Séguin firent tout leur possible, marquant trois points lors de leur dernier match, et ils durent se contenter de la deuxième position.

Leriche, qui avait gagné le titre des doubles il y a deux ans avec Guy Bobbett, avait presque annulé son voyage. Le jeudi où il prenait le départ de l’Île-du-Prince-Édouard, il apprit la nouvelle que la grand-mère de son amie était morte, alors il allait annuler son voyage. “La famille endeuillée me dit d’y aller et de faire en sorte qu’elle puisse être fière de moi, alors celle-ci, c’était pour elle”, dit Leriche. C’était la troisième fois qu’il allait aux nationaux; il a gagné aux doubles deux fois et à l’épreuve des équipes une fois. Quand on lui demanda s’il savait qu’il leur fallait gagner deux parties contre leur dernier adversaire, Leriche dit qu’il “ne regarde jamais le tableau des scores, (il) essaie simplement et (se) concentre sur chaque partie, et arrive que pourra au tableau des scores”.

Carter, qui atteignait l’échelon national pour la première fois, dit “c’est extra d’avoir pu venir jusqu’ici”.

Des scores parfaits, de 180, ont été inscrits par William Cyr de la Nouvelle-Écosse, Bob Cool de la Colombie-Britannique et deux fois par Brassard.

Les parties des simples commencèrent peu après les doubles car on avait un peu de retard à l’horaire, mais les joueurs étaient prêts et on visait souvent juste car certaines parties se terminaient en pas plus de huit lancers. Il y eut quatre lancers parfaits de 180 à cette épreuve : un par le Néo-Écossais Dave Fralic, un par l’Ontarien John Verwey et deux autres par Brassard. Verwey prit de l’avance au début mais Fralic et le Québécois Martin Tremblay le talonnaient. Toutefois, Verwey maintint son calme et remporta le titre avec 21 points, quatre devant Tremblay, et le Terre-Neuvien Bobbett terminait avec 16.

Verwey, d’une petite ville ontarienne du nom de Blyth aux 950 habitants, était arrivé en deuxième place il y a 14 ans à peu près, et il a été professionnel pendant un certain temps, représentant le Canada en 2004, quand il a fini dans les 32 premiers au monde en Angleterre. Il ne fait plus que les compétitions de la Légion, et il dit : “je travaille environ 60 heures par semaine, alors je n’ai plus le temps”. Verwey est un électricien chez Bruce Nuclear et il est membre de la filiale Blyth depuis 20 ans à peu près. Il se dit chanceux que la petite filiale ait défrayé ses dépenses aux provinciaux. “Les filiales et les entreprises de la région ont participé avec des cadeaux à remettre et je dois remercier Andy Lubbers qui a assemblé tous les forfaits”, dit Verwey et puis il déclarait “quel honneur de représenter la Légion”.

Un banquet a eu lieu en soirée où a été servi un souper au rôti de boeuf qui avait été préparé par Robert Gallant et son personnel cuisinier. Après le repas, le personnel cuisinier a été applaudi pour ses efforts savoureux. Une danse a eu lieu par la suite ce soir-là.

Dimanche, c’était le tour des équipes après lequel les gagnants sont partis chez eux fièrement. Un spectateur, faisant un commentaire à propos de la qualité, dit “joueurs extraordinaires” quand le jeu devenait de plus en plus captivant. L’équipe néo-brunswickoise, de la filiale Carleton de Saint John, qui comprenait Richard Kirkpatrick, Thomas Vaughn, Jeffery Smith et Freddie McKinnon était en avant à égalité avec l’équipe albertaine formée par Tony Holyoake, Howard Brazil, Garth Lamb et Lloyd Windsor de la filiale Ogden, mais les deux équipes ont toutes deux perdu un peu de terrain, laissant le champ libre aux autres équipes, et celle du Québec, talonnée par le Nouveau-Brunswick, s’est élancée soudainement à la dernière partie.

Le Québec n’a réussi à gagner que deux manches contre l’équipe de la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick en a perdu deux contre le Manitoba. L’Alberta, quant à lui, gagna trois manches contre la Saskatchewan, et il finit donc à égalité avec le Québec en première place.

Cela a donné lieu à une belle entre ces deux divisions. Le Québec, dont l’équipe de Terrebonne Heights était formée par Jean Filiatrault, Claude Séguin, Martin Tremblay et Carol Brassard, a obtenu le double d’accès immédiatement, ce qui a fait toute la différence. La même chose arriva à la manche suivante. Quand l’Alberta obtint son double d’accès, il était trop tard pour le rattraper. Le Québec ne laissa pas la victoire lui glisser entre les mains. Le Québécois Filiatrault disait après la partie que “obtenir le double d’accès immédiatement était le plus important, mais il a aussi fallu qu’on travaille en équipe. Ce qui compte c’est l’équipe.”

Il a annoncé au public que l’ancien joueur québécois Dave Bicknell, qui était membre de l’équipe la première année des fléchettes nationales et qui a joué dans les années 1970, était gravement malade. “Nous avons joué en l’honneur de Dave”, dit-il d’une voix rauque. Il dit qu’il ne joue aux fléchettes qu’environ deux fois par semaine, à la petite filiale Terrebonne Heights, mais on y joue dans des épreuves de fléchettes six soirs par semaine. “Les fléchettes permettent à notre Légion de survivre, c’est sûr”, dit-il.

McKinnon, Lamb, Tremblay et Jeff Smith du Nouveau-Brunswick ont tous obtenu des 180.

Le président du CPL Phalen dit que le travail avait été dur mais qu’il a valu la peine. “Nous avons accéléré l’organisation à partir de décembre et nous avons été occupés à maintenir le contact avec les directions divisionnaires”, et qu’il a fallu beaucoup de travail et de dévouement. “Les bénévoles ont été fantastiques et tout a été fait à temps”, dit Phelan.

La responsable du placement Phyllis Phelan a renouvelé une connaissance. Elle venait de Port aux Basques et, quand elle a parlé avec les membres de l’équipe de Port aux Basques, elle a réalisé qu’ils se sont connus quand ils étaient enfants. “J’ai eu des nouvelles et j’ai quelques adresses de courriel maintenant […]. “Ça a beaucoup amélioré ma fin de semaine,” dit-elle avec enthousiasme.

S’il y avait un prix du dévouement, il devrait être décerné à Rod Blais qui jouait dans l’équipe colombienne-britannique de la filiale White Rock de Surrey. Il n’avait pas pu aller en avion à l’Île-du-Prince-Édouard pour des raisons personnelles, alors il s’est rendu à Edmonton où il a pris le train pour Moncton (N.-B.), et puis ensuite il a pris un autocar jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard, ce qui lui a pris quatre jours en tout.

RÉSULTATS

Équipes : Qc (fil. Terrebonne Heights de Mascouche Heights), 19 (gagne au barrage); Alb./T. N.-O. (fil. Ogden de Calgary), 19; N.-B. (fil. Carleton de Saint John) et Man./N.-O. O. (fil. Selkirk), 17; T.-N.-et-Lab. (fil. Channel de Port aux Basques), 16; C.-B./Yukon (fil. Cranbrook), 13; Ont. (fil. West Ferris de North Bay), 12; N.-É./Nun. (fil. Stellarton), 11; Sask. (fil. Nipawin), 6; Î.-P.-É. (fil. St. Anthony), 5.

Doubles : T.-N.-et-Lab. (Richard Leriche et Glen Carter, fil. Channel), 21; Qc (Claude Séguin et Carol Brassard, fil. Terrebonne Heights,) 20; Alb./T. N.-O. (Howard Brazil et Tony Holyoake, fil. Ogden) et Man./N.-O. O. (Cory Tkach et Roy Loe, fil. West Kildonan de Winnipeg), 16; Ont. (Jim Long et Joe Clements, fil. Newbury) et N.-É./Nun. (John Beaton et William Cyr, fil. Stellarton), 14; N.-B. (Freddie McKinnon et Richard Kirkpatrick, fil. Carleton), 13; C.-B./Yukon (Bob Cool et Rob Cool, fil. White Rock de Surrey), 10; Sask. (Earl Sterling-Brown et Dave Propp, fil. Nipawin), 7; Î.-P.-É. (Albert Milligan et Rodney Arsenault, fil. Miscouche), 4.

Simples : 1. Ont. (John Verwey, fil. Blyth), 21; Qc (Martin Tremblay, fil. Terrebonne Heights) 17; T.-N.-et-Lab. (Guy Bobbett, fil. Channel), 16; N.S./Nunavut (Dave Fralic, fil. Earl Francis Spryfield Memorial), 15; C.-B./Yukon (John Markham, fil. White Rock), N.-B. (Freddie McKinnon, fil. Carleton) et Man./N.-O. O. (Cory Tkach, fil. West Kildonan), 13 ; Alb./T. N.-O. (Lloyd Windsor, fil. Ogden), 11; Sask. (Earl Sterling-Brown, fil. Nipawin), 10; Î.-P.-É. (Perry Morell, fil. St. Anthony), 6.

Les premiers au tableau de cribbage

Les 48 joueurs de cribbage chevronnés qui se sont assemblés à Halifax, à l’occasion des Championnats nationaux de cribbage de la Légion royale canadienne, entre le 27 et le 29 avril n’avaient pas besoin de prétexte pour passer quelques jours à taper les cartes à la filiale Fairview, mais ils en ont eu un quand même. Le temps n’était pas assez beau pour les occupations ailleurs qu’en salle.Quels que soient les efforts du Comité des préparatifs locaux, la mousson des Maritimes n’a pas pu être renvoyée. Toutefois, la présidente du CPL Judy Merlin et son équipe dévouée ont réussi à rendre le reste de l’expérience aussi plaisant que possible, et les légionnaires qui ont obtenu le titre chez les simples, chez les doubles et chez les équipes étaient heureux de leur périple à partir de différents coins du Canada. Les trophées ont été décernés à des joueurs des Prairies, de l’Ouest et des Maritimes.

Le champion des simples, Wade Cunningham de la filiale Gen. Alex Ross de Yorkton (Sask.), a mâchouillé nombre de cure-dents pendant qu’il jouait ses mains jusqu’à la victoire. “Je ne pense pas que je vais vraiment assimiler ça avant d’arriver chez moi”, dit-il quand tout fut joué.

Les membres du quatuor de la filiale Lake Cowichan (C.-B.) étaient spécialement heureux parce qu’ils ne sont allés aux championnats nationaux que par pur hasard. “L’équipe qui avait gagné les provinciaux (n’a pas pu) venir”, dit Wilma Rowbottom, la présidente de la filiale Lake Cowichan. Elle s’est fait accompagner par son époux George Rowbottom, ainsi que par Suzanne Jones et Andrea Bates.

Sur le chemin de la victoire, lors de l’épreuve de neuf matches, quand il ne restait qu’un seul match, ils expliquaient la formation de leur équipe. “Je joue avec Wilma et George joue avec Andrea”, dit Jones, et elle remarquait que c’est un arrangement qu’ils ont depuis des années.

“Mari et femme ne peuvent pas jouer ensemble”, dit Bates, et de lancer George Rowbottom : “Vous savez quand vous n’avez pas joué la bonne carte?”

Il n’avait pas besoin de finir sa pensée. De dire Wilma pour rire : “je finirais par le tuer”. Ils rirent tous.

Ils rirent à nouveau un peu plus tard, quand ils apprirent qu’ils avaient gagné le championnat, ayant inscrit 29 points le dernier jour de la compétition. Le double ‘skunk’ que Jones et Wilma Rowbottom avaient marqué lors de leur match de la quatrième partie contre Terre-Neuve-et-Labrador avait donné une avance aux Occidentaux; une avance qu’ils ont maintenu tout le temps malgré une compétition serrée de la part de Roy Anderson, Rita Read, Dixon Robertson et Fred Crocker de la filiale West Kildonan de Winnipeg.

La victoire n’était pas moins douce pour l’équipe des doubles formée par Jeanie Jorgensen et Gary McPhee de la filiale Petitcodiac (N.-B.). “C’est incroyable. Je suis si excitée”, dit Jorgensen quand elle jetait finalement un coup d’oeil au tableau, après que tous les matches aient été joués. Tout au long de l’épreuve, elle s’était gardé de contempler le tableau blanc qui magnétisait les autres compétiteurs. “J’avais peur qu’on allait être à court”, dit-elle.

Son partenaire, un petit peu plus calme, garda joyeusement le silence alors qu’ils dépassaient leurs adversaires durant les derniers matches. “Elle ne veut pas savoir (le score)”, dit McPhee quand il ne leur restait qu’un seul match à jouer, “et je ne vais pas lui dire.” C’était probablement une bonne décision, car ils allaient jouer contre Gail et Leon Mattatall de la filiale Elmsdale (N.-É.) au 9e match. Les Mattatall, dont le comportement jovial déguisait une compétitivité féroce, étaient à ce moment-là ex-aequo en deuxième place avec Dave Fall et André Bégin de la filiale Red Rock (Ont.). Fall et Bégin, qui n’avaient pas moins d’un siècle d’expérience au cribbage en tout, n’étaient pas non plus des traîne-savates.

À la fin, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse ont gagné une partie chacun, ce qui laissait le Nouveau-Brunswick trop loin avec ses 14 points. Les Mattatall ont obtenu la deuxième position avec 12. Quatre équipes étaient ex-aequo en troisième place avec 11 points chacune : l’Île-du-Prince-Édouard, le Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario et la Colombie-Britannique.

Malgré le temps maussade, une atmosphère enjouée était en évidence durant toute la fin de semaine à la filiale Fairview. Les championnats ont commencé par une soirée bien approvisionnée le vendredi. Les joueurs ont été accueillis par Merlin, Fred Mombourquette, le président des sports de la Nouvelle-Écosse/Nunavut et le représentant du Comité national des sports et président sortant de la Division de l’Île-du-Prince-Édouard, Jack MacEachern.

Kenneth Borton de la filiale Cremona (Alb.), producteur de céréales toute sa vie et arrière-grand-père de 80 ans qui joue au cribbage depuis 75 ans, dit en riant que sa filiale avait gardé son équipe pour les championnats nationaux; c’était la première fois que ses coéquipiers, Diane Davies et William et Donna Kidd, et lui s’y rendaient. “Si nous ne remportons pas un trophée, il se pourrait que nous restions ici”, dit Borton en souriant. “On nous a dit de ne pas retourner sans trophée.”

Donna Kidd était une des rares compétitrices qui n’ont pas commencé à jouer au cribbage étant enfant. “Ma mère disait que les cartes sont le travail du diable, et que quand on joue aux cartes, c’est évidemment qu’on n’a pas suffisamment de choses à faire.”

Il est évident que ni elle ni les autres participants ne sont d’accord avec cette opinion.

Les joueurs et leurs compagnons étaient un assortiment vraiment intéressant, qui venaient de tous les milieux et dont l’âge allait de la trentaine à plus de quatre-vingts ans. Certains, comme Jones, Rowbottom et leur compagnon de la Colombie-Britannique Kim Herzig, étaient des employés ou des bénévoles de la Légion; d’autres, comme Michael Tagg de la filiale Ellerslie (Î.-P.-É.), étaient des vétérans des Forces armées. Ce dernier, un Britannique, a servi dans la Royal Navy et a été mercenaire pendant neuf mois au Congo britannique avant de venir au Canada, il y a 40 ans.

Samedi matin, quand tous avaient eu l’occasion de se présenter les uns aux autres et de prendre un peu de repos, ils étaient de retour à la filiale où un déjeuner les attendait. À neuf heures exactement, la garde du drapeau apportait les drapeaux et Merlin dirigeait une cérémonie commémorative solennelle.

La présidente Joan Aalders de la filiale Fairview et le député provincial Graham Steele se sont joints à MacEachern pour ouvrir officiellement le tournoi. “De la part du président du Comité national des sports John Alger, je voudrais tous vous souhaiter la bienvenue ici”, dit MacEachern. “Vous avez eu de bons résultats dans vos divisions et espérons que tout le monde va se plaire ici.” De dire Steele : “je vous offre trois voeux. Que vous trouviez le 29 parfait, que vous ne soyez jamais la victime d’un ‘skunk’ et que vous profitiez de l’amitié et de la compagnie de la Légion de Fairview cette fin de semaine”.

Les deux premiers voeux n’ont pas été réalisés; mais au moins le plus important l’a été.

L’organisateur du tournoi, Frank Fraser, a expliqué les règles avant que les cartes aient été coupées pour la première fois. Il y aurait deux parties par match et neuf matches par épreuve, alors chaque simple, double ou équipe avait l’occasion de se mesurer à tous les autres. Une partie gagnée donnait un point, avec un autre point si les gagnants réussissaient à battre l’adversaire par un ‘skunk’. Un ‘skunk’ voulait dire que le côté perdant avait inscrit moins de 91 points sur les 121, et un ‘skunk’ double, lorsque le côté perdant avait moins de 61, valait deux points.

L’épreuve des doubles débuta sans plus tarder, et les jeux étaient sans pitié, des ‘skunks’ étant inscrits de tous côtés. Le couple néo-écossais, les Mattatall, et les frères saskatchewanais Darren et Darwin Anderson de la filiale Big River ont gagné par un ‘skunk’ contre leurs adversaires respectifs au premier match; les deux Québécois, Madonna Bloch et Bernard Éthier de la filiale Hon. John Diefenbaker de Laval se méritèrent un ‘skunk’ au cinquième match; le double de la Colombie-Britannique formé par Kim Herzig et Ron White de la filiale George Pearkes de Princeton, qui méritaient le titre de “joueurs de cribbage les plus rapides de l’Ouest” grâce à leur façon véloce et fonctionnelle, a aussi inscrit un point supplémentaire à son cinquième match.

Les choses ne se sont pas passées aussi bien pour certaines équipes. Après les quelques premiers matches, l’Albertain William Kidd disait pour rire “c’est le moment de mettre mes lunettes de tricheur”. Cela dit, il sortit une paire de lunettes de soleil sur lesquelles des yeux avaient été peints. Il semble qu’elles aient marché. Kidd et son épouse ont réussi à remonter jusqu’à la quatrième position à la fin des neuf matches. Mike Fedechko et Ira Kraynyk de la filiale New Liskeard (Ont.) ont passé de mauvais moments mais leur chance a tourné le lendemain.

Quant aux joueurs des simples, ils étaient impatients de commencer leur épreuve. Michael Tagg a passé une grande partie de la matinée à jouer au cribbage avec son épouse Sheila alors que Darlene Luniw de la filiale Collingwood de Vancouver enseignait aux “Orientaux” le jeu de cartes dont la popularité à l’Ouest augmente vite : le cribbage à 10 cartes.

L’ancien président de la Division de l’Île-du-Prince-Édouard Carman Phillips, en Nouvelle-Écosse chez des amis, a fait une visite surprise pour saluer les membres de sa filiale : la filiale Ellerslie. Quand il commit “l’erreur” de souhaiter bonne chance à Edna Dennis, elle s’écria “Ne me souhaitez pas bonne chance. C’est de la mauvaise chance!”

La fortune a certainement privilégié Jorgensen et McPhee, qui ont maintenu leur avance à partir du septième match. Il y a eu des embrassades et des poignées de main générales quand ils ont gagné. “Je m’amuse beaucoup”, dit Jorgensen, qui a eu une transplantation cardiaque il y a quelques années à peine. “C’est un privilège de me trouver ici.”

L’épreuve des simples a semblé un jeu d’enfant pour le Saskatchewanais Wade Cunningham qui a inscrit 17 points en neuf matches. Alors qu’il dit se servir d’un petit peu de stratégie; “je me plais à jouer mal au début d’une partie, pour voir si l’autre côté sait ce qu’il faut faire”, dit ce joueur avide de pêche qui reconnaît que la chance est très importante, et qu’elle lui a permis d’inscrire quatre points au troisième match, contre Borton de l’Alberta, et ainsi de remporter facilement l’épreuve. “Si on n’a pas les cartes, on ne peut pas les compter, qu’importe à quel point on est bon.”

La course pour la deuxième place entre Ron Sutton de la filiale Red Rock (Ont.) et le Québécois Robert Michaud était si serrée qu’ils ont dû faire une belle. Ils avaient tous deux 13 points à la fin des jeux réguliers, et Sutton a été le vainqueur. “J’ai été chanceux”, disait-il par la suite. Le lendemain, pendant l’épreuve des équipes, Sutton était de retour à la filiale et il demandait si on pouvait lui prêter un tableau de cribbage.

Lors du banquet dansant de fermeture, où un dîner au rôti de boeuf était servi, Mombourquette implorait les joueurs de faire savoir à leur filiale que le programme des sports de la Légion leur importe. “Retournez à votre filiale et faites qu’on entende votre voix.”

La présidente du CPL Merlin n’avait que de gentils mots à dire aux joueurs. “La camaraderie que j’ai vue tout au long du tournoi était fantastique.” MacEachern était du même avis, louangeant surtout Merlin, son “homme de confiance” Maurice Hatch et l’équipe qui a organisé le tournoi. “Cette filiale a un système de bénévoles fantastique.”

De forts applaudissements conclurent ce qui avait été une bien belle fin de semaine.

RÉSULTATS

Équipes : C.-B. (fil. Lake Cowichan), 29; Man.-N.-O. O. (fil. West Kildonan de Winnipeg), 27; Qc (fil. Hon. John Diefenbaker de Laval), 24; N.-É./Nunavut (fil. Elmsdale), 22; Î.-P.-É. (fil. Ellerslie), 21; Ont. (fil. New Liskeard), 21; T.-N.-Lab. (fil. Pleasantville de St. John’s), 20; Sask. (fil. Coleville), 18; Alb.-T. N.-O. (fil. Cremona), 18; N.-B. (fil. Petitcodiac), 16.

Doubles : N.-B., Jeanie Jorgensen et Gary McPhee (fil. Petitcodiac), 14; N.-É., Gail et Leon Mattatall (fil. Elmsdale), 12; Î.-P.-É., Edna Dennis et Doneta Folland (fil. Ellerslie), 11; Qc, Madonna Bloch et Bernard Éthier (fil. Hon. John Diefenbaker de Laval), 11; Man.-N.-O. O., Dave Fall et André Bégin (fil. Red Rock), 11; C.-B., Kim Herzig et Ron White (fil. George Pearkes de Princeton), 11; Sask., Darwin et Darren Anderson (fil. Big River), 10; Alb.-T. N.-O., William et Donna Kidd (fil. Cremona), 10; T.-N.-Lab., Ruth Hickey et Shirley Wells (fil. Pleasantville), 9; Ont., Ira Kraynyk et Mike Fedechko (fil. New Liskeard), 4.

Simples : Sask., Wade Cunningham (fil. Gen. Alex Ross de Saskatoon), 17; Man.-N.-O. O., Ron Sutton (fil. Red Rock), 14; Qc, Robert Michaud (fil. Hon. John Diefenbaker de Laval), 13; Ont., Cathy Waters (fil. New Liskeard), 10; Alb., Kenneth Borton (fil. Cremona), 10; C.-B., Darlene Luniw (fil. Collingwood de Vancouver), 10; N.-É., Keith Greeno (fil. Elmsdale), 9; T.-N.-Lab., Patrick Peddle (fil. Pleasantville de St. John’s), 8; Î.-P.-É., Michael Tagg (fil. Ellerslie), 8; N.-B., Aura Bannister (fil. Petitcodiac), 6.

Une sécurité secrète

Ce printemps, à Norman Wells (T. N.-O.), un peu au sud du cercle arctique, un petit groupe d’activistes islamiques inspirés par al-Qaïda sont passés à l’attaque. Ils voulaient saboter l’approvisionnement pétrolier de l’Amérique du Nord, et la GRC et les Forces canadiennes voulaient les arrêter la main dans le sac. Bien qu’il ne s’agissait que d’un exercice, le scénario avait été conçu soigneusement pour représenter la sorte d’attaque qui, d’après beaucoup d’experts, est inévitable.

La cible en est l’infrastructure cruciale du Canada : les composantes de base, mais cruciales, de la société, soit la production d’énergie, la gouvernance, l’approvisionnement en eau, le transport, et les systèmes d’éducation et financier. Dans le scénario de Norman Wells, les résultats d’une attaque réussie étaient clairs; un coup bien placé contre l’approvisionnement pétrolier pourrait avoir des conséquences majeures sur l’économie nord-américaine.

Presque six ans après les attaques du 11 septembre, le Canada, comme la plupart des pays occidentaux, s’occupe de cette sorte de sécurité nationale de manière bien plus sérieuse qu’auparavant. Ces cibles potentielles sont plus larges et plus stratégiques que le terrorisme d’autrefois (caractérisé par les détournements d’avion et les prises d’otages relativement directs) parce que les attaques contre l’infrastructure cruciale n’ont pas simplement pour objet d’attirer l’attention sur une cause politique, elles ont pour objet d’ébranler la puissance d’un pays. Dans ce sens, cette nouvelle forme de conflit est un peu comme une guerre lente, une guerre combattue non pas contre une armée rivale, mais contre un réseau fluide auto-générateur de combattants qui s’inspirent d’al-Qaïda et de l’idéologie de l’islam activiste.

Dans ce conflit, la stratégie de la sécurité nationale du Canada a plusieurs couches. La première, celle sur laquelle on attire le plus l’attention, c’est le travail que les Forces canadiennes et d’autres gens dans des pays lointains font pour créer la paix et la stabilité. Ce n’est pas seulement en Afghanistan que ce travail de stabilisation a lieu; il a aussi lieu dans des endroits comme la Jordanie, où des entraîneurs de la GRC travaillent avec des recrues de la police iraquienne, et partout en Afrique et au Moyen-Orient, où de petits détachements de mainteneurs de la paix travaillent pour la stabilité. Ces activités représentent toutes un bout de la gamme, la vieille doctrine militaire qu’est la défense avancée : arrêtons-les là-bas pour ne pas être obligés de nous battre ici.

De bien des façons, le scénario réalisé à Norman Wells représente l’autre bout de la gamme car il sert à tester la capacité du Canada à répondre à une attaque de terroristes réussie. Entre ces extrêmes de défense avancée et de réponse, on trouve tout un monde d’activités qui sont d’habitude dissimulées au public et qu’on fait glisser sous le radar. C’est le monde des agents de renseignement mystérieux, des interceptions électroniques et de la surveillance ininterrompue; c’est le monde des espions.

Presque tout le monde a entendu parler de la CIA et du MI6, mais la version canadienne n’est pas aussi célèbre. Au Canada, les deux agences du renseignement sont le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Leur mandat n’est pas de répondre aux attaques des terroristes, comme celle qui a été mise en scène à Norman Wells, c’est d’empêcher ce genre d’attaques avant qu’elles n’arrivent. Leur tâche est immense, et même eux admettent qu’ils vont manquer quelque chose tôt ou tard, mais ils sont aux premières lignes de l’effort qui a pour but de garder les Canadiens en sécurité.

Dans l’est d’Ottawa, dissimulé derrière une petite forêt et prudemment défendu, se trouve le siège social du SCRS, l’épicentre du système de sécurité et de renseignement du Canada. L’édifice est grandiose malgré son air bureaucratique, sa structure imposante en pierre et en verre se cache tactiquement derrière une façade fausse, éloigné prudemment du parc de stationnement à cause des risques d’autos piégées.

Et le risque existe vraiment. Bien que le SCRS essaie d’être discret, il a inévitablement attiré l’attention de certains. Quand le groupe de 18 présumés terroristes a été arrêté en juin 2006 dans la banlieue de Toronto, une des cibles qui, dit-on, ils menaçaient d’attaquer, en plus de faire un raid dans les édifices du Parlement pour couper la tête au Premier ministre Stephen Harper, était le SCRS.

“L’objectif de n’importe quel groupe de terroristes serait de s’attaquer à une institution ou à un symbole, c’est en partie ça”, dit Barbara Campion, une agente du renseignement du SCRS qui s’occupe actuellement de communication. “Mais notre enquête était très affairée. Ils se sont sentis ciblés. Leur attaque aurait détruit le SCRS à Toronto, probablement notre plus grand bureau régional. À certains moments, presque tout le bureau s’occupait de ce cas-là.”

Bien que le cas passe encore par le système judiciaire, l’audace du prétendu complot, ainsi que le fait qu’on pensait que 18 Canadiens étaient impliqués et que des accusations reliées au terrorisme ont été portées contre au moins 12 d’entre eux, a annoncé aux Canadiens que les risques de terrorisme existent encore. Suite aux attaques du 11 septembre, il y a eu un réexamen approfondi de la manière dont les services de sécurité et de renseignement travaillaient et coopéraient les uns avec les autres. Comme l’ont indiqué les résultats de l’enquête américaine des attaques, la 9/11 Commission, durant les mois qui ont précédé les attaques, on ne manquait pas d’indices concernant ce qui allait arriver. Chacune des principales organisations de sécurité et de renseignement, la CIA, le Federal Bureau of Investigation, la National Security Agency et le Pentagone, avaient trouvé les morceaux du casse-tête, mais il n’existait pas de département qui eut spécifiquement pour tâche d’assembler ces morceaux. Donc, pour les Américains, une des leçons les plus claires du 11 septembre fut que ses départements ne coopéraient pas suffisamment, ou pas de la bonne façon.

Le Canada a appris sa leçon de ce qui est arrivé aux États-Unis. En 2004, le gouvernement de Paul Martin a délivré Protéger une société ouverte : la politique canadienne de sécurité nationale. Parmi plusieurs changements importants au système de sécurité nationale du Canada, y compris la nomination d’un Conseiller à la sécurité nationale, il y avait la création d’une nouvelle organisation qui avait pour but de servir de point central pour la collecte de renseignements concernant les menaces contre le Canada. Et on lui donna le nom de Centre intégré d’évaluation des menaces (CIEM).

“La complexité grandissante des menaces auxquelles le Canada fait face nécessite un réseau de sécurité nationale intégré”, avait-on écrit dans le document. “Il est crucial que nos principaux mécanismes de sécurité travaillent ensemble d’une manière entièrement intégrée pour s’occuper des intérêts des Canadiens concernant la sécurité. Le manque d’intégration dans notre système actuel est une brèche importante.”

Le CIEM comprend des représentants de tous les services principaux, dont le ministère de la Défense nationale, le SCRS, le CST, l’Agence des services frontaliers du Canada, les Affaires extérieures, la GRC, la police provinciale de l’Ontario, Sécurité publique et Protection civile Canada, le Bureau du Conseil privé et bien d’autres. Chaque représentant apporte l’accès à la base de données de sa propre organisation, de sorte que tous les renseignements qui y sont obtenus peuvent servir au CIEM.

Bien que le CIEM soit logé dans le siège social du SCRS, les deux sont distincts l’un de l’autre et l’arrangement en est plutôt un de commodité bureaucratique qu’autre chose. Comme le fait remarquer Campion, quand le CIEM a été créé, c’était simplement plus facile de le placer sous le parapluie du SCRS que de passer à travers la bureaucratie législative et organisationnelle pour créer un tout nouveau service.

Le centre fonctionne actuellement à toute vitesse. Son directeur, un vétéran du monde de la sécurité et du renseignement du Canada, Daniel Giasson, nous a accordé une interview concernant une grande gamme de sujets concernant la sécurité nationale. “Quand le 11 septembre est arrivé, il y a essentiellement eu un retournement dans ma vie et dans la vie de bien d’autres gens. Nous avons commencé à dialoguer avec le gouvernement au jour le jour, où il devait prendre des décisions d’importance de plusieurs fronts, le front opérationnel, les fronts budgétaires, les fronts politiques. En fait, le 11 septembre devint la priorité absolue du gouvernement par rapport à la sécurité et aux relations extérieures.

“Le CIEM est le principal propagateur et analyste du terrorisme au Canada”, dit Giasson. “Son seul objectif est de faire attention sans arrêt au phénomène qu’est le terrorisme au Canada, je dirais même du phénomène du terrorisme autour du monde, et à ses répercussions au Canada. C’est le seul mandat qu’il ait.”

Le centre produit en moyenne sept évaluations de danger par mois, lesquelles sont distribuées aux preneurs de décisions gouvernementaux et aux premiers intervenants comme les forces policières, les services des incendies et les dispositifs de mesures d’urgence.

Le CIEM est situé dans une aile brillante et bien éclairée de l’édifice du SCRS. Les analystes travaillent dans un poste de travail modulaire, à un grand bureau où se trouvent plusieurs récepteurs et écrans de télévision. La plupart des analystes ont une réception ininterrompue de nouvelles, la BBC World étant la plus populaire.

“Les informations et les renseignements sur le terrorisme en général que nous recevons sont de source soit libre, soit classifiée. Il se peut que ce soit un événement, ou une méthodologie”, dit Giasson. “À partir de ça, nous essayons de brosser un tableau en y ajoutant des renseignements d’autres sources. L’avantage inégalé au CIEM, c’est que nous avons l’accès à un certain nombre de sources de renseignements, alors nous utilisons ces renseignements et les assemblons avec les autres sources de renseignements pour brosser un tableau global et évaluer le degré de danger dont il peut s’agir.”

Giasson est dans un poste intéressant car, en fin de compte, bien qu’il soit responsable de l’identification et de la prévention des attaques terroristes contre le Canada, il croit aussi que, de toute façon, une telle attaque est inévitable.

“Le risque augmente. Les activités de terrorisme autour du monde, eh bien, on le voit tous les jours et d’après moi le risque augmente. Le Canada, bien que ciblé, n’a pas encore subi d’attaque terroriste sur son territoire. Ce n’est pas une question de si ça va arriver, mais bien de quand ça va arriver.”

Malgré la place du CIEM en tant qu’autorité centrale, pratiquement, en ce qui concerne les activités de terrorisme, il ne peut pas contrôler directement la collecte des renseignements.

“Nous essayons de faire remarquer ce que nous recherchons. C’est un processus de concessions mutuelles. Nous soulignons les brèches dans les renseignements. Ce que nous ne savons pas, par exemple. Mais le mandat de collecte du SCRS pourrait ne pas s’ajuster au mandat analytique du CIEM”, dit Giasson. “Je crois que lorsqu’on nous connaîtra mieux, quand notre produit sera meilleur, notre influence va grossir de sorte que nous pourrons vraiment influencer ce système de collecte.”

Alors bien que le rôle du CIEM, le dépôt central des renseignements et des informations, soit indéniablement crucial, ce sont toujours les fidèles du dispositif de sécurité qui ont pour tâche de ramasser ces renseignements et, au Canada, il n’existe pas de ramasseur de renseignements de contre-terrorisme autre que le SCRS lui-même. Institué en 1984, le SCRS a environ 2 600 employés à travers le Canada et outre-mer dans au moins 30 pays.

En avril 2006, le directeur du SCRS Jim Judd a témoigné devant un comité sénatorial sur la défense et la sécurité nationales, où il a donné un aperçu d’un monde qui est normalement fermé à la plupart des Canadiens.

Le SCRS, dit Judd, “est un service national de renseignement de sécurité qui s’occupe surtout sur les dangers à la sécurité du Canada et des Canadiens, où qu’ils soient. Le mandat de l’organisation est de rassembler des renseignements et de conseiller le gouvernement en ce qui concerne les menaces à la sécurité du Canada et des Canadiens, et nous faisons ça en rassemblant des renseignements et des informations par l’entremise de différents dispositifs.

“Certaines des questions dont nous nous occupons et qui touchent directement à la sécurité nationale seraient la prolifération des armes de destruction massive, le soutien étatique du terrorisme, ou tout au moins le soutien qui est évidemment ce qui a lieu en ce qui concerne soit l’ingérence étrangère au Canada, soit les activités de renseignement étrangères au Canada […] actuellement, la prévalence de nos activités d’investigation sont reliées au terrorisme”, dit Judd.

Judd, comme Giasson, croit que la menace d’une attaque de terrorisme est toujours présente.

“Comme vous le savez, al-Qaïda nous a mis plusieurs fois sur sa liste de cibles. Il y a eu des cas; au moins deux cas sont par devant les tribunaux actuellement, à propos desquels je ne peux pas faire de commentaire, où les activités de terrorisme ont été un problème. On est toujours en train d’enquêter sur certains particuliers, qu’il s’agisse de Canadiens, de visiteurs ou de résidents étrangers, pour des raisons reliées au terrorisme. En général, pour nous et pour la plupart des gouvernements occidentaux, la menace du terrorisme est toujours la menace à la sécurité principale, aujourd’hui et peut-être dans un avenir prévisible.

“Ceci dit, en général, j’essaie d’être modéré quand je décris le risque, parce que je ne crois pas qu’on ait grand-chose à gagner en effrayant les gens par rapport à ces choses-là. J’ai toujours l’espoir que nous nous occupions des menaces aussi efficacement que possible et, dans un monde parfait, que nous les empêchions de se réaliser. Malheureusement, le passé a prouvé que ce n’est pas toujours le cas.”

Bien que des fois le SCRS envoie des agents canadiens opérer clandestinement, la plupart des fois, l’identité des agents du SCRS est dévoilée aux gouvernements hôtes. Vu qu’il se concentre sur les questions intérieures, le SCRS n’a pas de mandat pour obtenir secrètement des renseignements à l’encontre de gouvernements étrangers. Toutefois, un autre service, le Centre de la sécurité des télécommunications (CST), a un tel mandat.

John Adams, le directeur du CST, qui est encore plus secret, a aussi témoigné devant le Sénat en avril. Il dit que, contrairement au SCRS “nous ne dirigeons pas d’agents. C’est une opération fondamentalement différente de la nôtre, l’affaire du renseignement humain. Nous nous occupons d’électrons, ils s’occupent d’humains. Il s’agit d’exigences tout à fait différentes du point de vue de l’expertise à l’intérieur du centre lui-même.

“Conformément à la Loi sur la Défense nationale, le CST s’occupe de trois grands domaines d’activités : La collecte de renseignements étrangers; la protection des renseignements et des réseaux électroniques cruciaux pour le gouvernement du Canada, ce que nous appelons la technologie de l’information; et l’assistance aux services de l’application des lois fédérales et de sécurité”, dit Adams.

Principalement, le CST s’occupe des renseignements d’origine électromagnétique. Il intercepte des communications, il écoute aux portes essentiellement, qu’il s’agisse d’établir des postes d’écoute dans des villes étrangères ou de parcourir les courriels à la recherche d’activités dangereuses.

“Le volume et le genre de communications est littéralement infini. Cette combinaison est le défi que nous avons à relever. Notre vision, c’est la sécurité grâce à la supériorité dans le renseignement. Nous désirons maîtriser Internet. C’est un défi qu’aucune institution ne peut relever toute seule”, dit Adams. “En même temps, il existe un danger qui est très divers, distribué partout à travers le monde; c’est comme des aiguilles dans une botte de foin. Il existe une telle combinaison de technologie et de menace qu’il est pratiquement impossible qu’une organisation réussisse toute seule.”

Bien que le mandat du CST ne lui permette pas d’épier les Canadiens, il y a un avertissement en vigueur, un résultat de la Loi antiterroriste, qui donne au CST bien plus de latitude à propos de qui et quoi il écoute.

La Loi antiterroriste a colmaté une brèche de l’autorité pour permettre au CST de mieux répondre aux priorités de sécurité du gouvernement, surtout le terrorisme”, dit Adams. “Spécifiquement, avant 2001, le Code criminel interdisait au CST d’intercepter des communications privées, c’est-à-dire des communications qui avaient leur origine ou qui arrivaient au Canada et dont l’expéditeur avait des attentes en matière de vie privée.

“Pratiquement, cela voulait dire que le CST ne pouvait pas intercepter de communication sans savoir au préalable si les deux bouts étaient étrangers, une tâche impossible dans un environnement où les communications sont acheminées de manière imprévisible. La Loi antiterroriste a résolu ce problème en créant un dispositif, une autorisation du ministre de la Défense nationale, qui permet au CST d’intercepter des communications privées durant des activités de sécurité concernant les renseignements étrangers ou la technologie de l’information.

Suite à ces autorisations spéciales, que le CST doit renouveler constamment, toute communication qui a une composante étrangère peut être une cible pour la surveillance, qu’il s’agisse d’un appel de Toronto au Moyen-Orient ou d’un courriel envoyé de Vancouver à Paris.

Bien entendu, comme de telles mesures interceptent inévitablement des communications qui n’ont rien à voir avec le terrorisme ni avec la sécurité nationale, il existe une possibilité que les droits de citoyens canadiens soient en danger. Que ce risque soit acceptable ou non, il est à remarquer qu’assurer une société démocratique contre le terrorisme est un équilibre délicat à trouver. Si les agences deviennent trop agressives en ce qui concerne leurs activités de surveillance et de collecte de renseignements, elles risquent de saper les libertés mêmes qu’elles essaient de protéger. Mais si elles ne sont pas assez agressives, elles risquent de ne pas découvrir les terroristes et leurs complots avant qu’il ne soit trop tard. La liberté et la sécurité sont en jeu toutes les deux. Dans le cas des suspects arrêtés à Toronto, la vigilance vigoureuse a peut-être empêché quelque chose d’arriver. Toutefois, comme le remarque Campion, il est indubitable que, n’importe à quel point la surveillance est intense, elle n’est pas parfaite.

“Le danger peut venir de gars qui ne sont pas dans le collimateur de la collectivité du renseignement. Et cela pourrait arriver. Sans vouloir négocier avec la peur, les ressources de la collectivité du renseignement ne sont pas sans limite. Nous avons reconnu publiquement qu’à n’importe quel moment nous enquêtons sur des centaines de particuliers au Canada, mais je suis presque certaine que nous ne découvrons pas tout le monde, nous ne le pouvons simplement pas, nous ne connaissons simplement pas tout le monde.”

Leurs soldats

Des noms froids et silencieux, inscrits sur de la pierre ensoleillée, font face à une congrégation de jeunes prometteurs à travers une crête temporelle. On ne peut demander mieux comme rencontre du passé et du présent : la jeunesse du Canada d’aujourd’hui qui lie connaissance avec les spectres et les souvenirs lointains d’une bataille historique.

Entre 4 000 et 5 000 élèves des écoles de toutes les provinces et de tous les territoires sont venus à la fameuse crête qui surplombe la plaine de Douai, au Nord de la France, où ils se sont tenus côte à côte sur un champ de bataille ensoleillé devant le grand monument qu’ils ne connaissaient auparavant que par leurs lectures.

Mais se trouver là en ce 9 avril 2007, à absorber la cérémonie du 90e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy ainsi que la grandeur du mémorial superbe de Walter S. Allward, ne suffisait pas à bien de ces jeunes car ils s’étaient aussi lancés dans une quête personnelle que leur enseignant leur avait confiée, non seulement d’apprendre ce que la bataille signifiait pour le Canada, mais de trouver, commémorer et représenter un Canadien qui a servi à Vimy.

Les recherches concernant “leur soldat” avaient commencé quelques mois avant, dans les salles de classe et les bibliothèques, ainsi que chez eux à l’ordinateur. Ils sont allés aux archives publiques, ont parlé de “leur soldat” à leurs parents et se sont sentis comme s’ils avaient découvert le filon quand ils ont trouvé des lettres, des journaux, des feuilles d’engagement et des rapports médicaux anciens. Il y a une fille qui était spécialement fière du fait que son soldat avait une tache de naissance. Certains ont eu la chance de trouver une vieille adresse et ont pu aller voir la maison où le soldat était né.

D’autres ont ressenti la frustration du chercheur qui se frotte à la bureaucratie ou qui “arrive au bout du rouleau”. Certains ont simplement dû accepter le fait que leur biographie demeurerait éparse, sans les morceaux de choix qu’ils avaient espéré trouver en ce qui concerne les renseignements personnels. Avait-il une petite amie? Faisait-il du sport? Quels étaient ses rêves et ses passions? De quelle couleur étaient ses cheveux?

Nombre d’élèves ont obvié à cela en se concentrant sur l’étendue des émotions que “leur soldat” a peut-être ressenties en s’en allant à la guerre, à l’idée de laisser les êtres chers derrière lui, à se demander s’il allait survivre ou s’il allait être blessé gravement. Ceux qui ont choisi cette voie ont exprimé leur point de vue d’une autre manière : par l’art, la poésie ou la chanson.

“Mon soldat s’appelait Rob Alexander”, dit l’élève de 10e année Sarah Mueller de Port Perry (Ont.). “Je n’ai pas pu découvrir d’où il venait, mais j’ai appris qu’il est mort à Vimy. J’ai écrit un poème en son honneur parce que j’ai pensé que ce serait chic comme épitaphe. Le poème concerne moins la bravoure, et la célébration de la guerre, que combien ça a dû être horrible, la douleur qu’il a dû ressentir.”

“Toutes ces choses conséquentes ont grandement aidé les élèves à comprendre le soldat qu’ils représentaient”, dit Dave Robinson, l’organisateur national et dirigeant du voyage Retour à Vimy, le plus grand des plus de douze groupes d’élèves à la cérémonie. “Leurs recherches ont donné vie à l’histoire, elles ont ajouté cette autre dimension, si importante, qu’on ne trouve pas toujours dans les livres d’histoire. Ils ont appris à connaître leur soldat en tant que personne vivante, qui aimait et qui était aimée, et qui était prête à mourir pour son pays, loin de chez elle.”

L’enseignant David Fletcher de Lethbridge (Alb.) est d’accord que les liens entre les élèves et “leur soldat” étaient personnels et étroits. “Pendant un petit instant, les trois mille cinq cents hommes qui ont donné leur vie à Vimy ont été ressuscités grâce à la jeunesse de notre pays. C’était comme si les jeunes contenaient les émotions et l’énergie des âmes qui reposent depuis 90 ans.”

Les vies données représentées comprenaient aussi celles de certains qui se sont battus à d’autres batailles durant la guerre, bien que Robinson aurait voulu qu’il y ait 3 598 élèves, un pour chaque Canadien tué durant la bataille de quatre jours, son groupe comprenait presque 1 700 élèves venant de plus de 80 écoles, plus un grand nombre d’adultes : des leaders de groupes, des parents et le personnel médical.

L’enseignante en histoire de l’école secondaire Port Hope, Nancy Hamer Strahl et le participant au Programme d’enseignement coopératif Ryan Gilmour se sont partagé la tâche de créer une base de données avec les noms des soldats qui leur avaient été remis par Gary Roncetti, un vétéran de la guerre de Corée qui aime beaucoup l’histoire militaire. Sa raison d’être était de permettre à chaque école du Canada de choisir les noms de soldats de leur région qui ont servi et d’assigner un soldat à chaque élève allant à Vimy. “Il y avait une liste de contrôle et les élèves avaient le choix entre faire des recherches sur quelqu’un de cette liste et le représenter, ou bien de faire des recherches et représenter un parent qui est allé à la guerre.”

Le jeune Patrick Baird représentait son arrière-grand-oncle, Amos Stone, qui a été enterré non loin de Vimy, à Monchy-le-Preux. “Il travaillait souvent à la ferme. Il est allé en France et, eh bien, nous avons toutes les lettres et les journaux. La première écriture dans le journal remonte à 1917 et il est mort le 13 septembre 1918. Il a été atteint par un morceau d’obus et j’ai une lettre qui l’explique en détail. Il était brancardier et un de ses amis est tombé. Il connaissait les premiers soins, alors il a décidé d’aller aider son ami. Il aurait dû rester par terre pour sa propre sécurité, mais il s’est levé et a couru à lui; c’est à ce moment-là qu’il a été atteint et tué sur le coup. Il n’avait que 17 ou 18 ans.”

Lors d’un court arrêt au cimetière, le jeune homme de Port Perry a enterré un objet que sa mère lui avait donné, un petit ange gardien, à la tombe de son arrière-grand-oncle. “J’étais vraiment heureux de pouvoir le faire”, dit-il. “Maintenant, je me sens heureux et fier.”

Quelle que soit leur forme, les recherches ont été cimentées à la crête et les milliers de personnes présentes l’ont vu dans le très grand engagement mouvementé envers le souvenir. Avant la principale cérémonie de l’anniversaire à laquelle allaient participer Sa Majesté la reine, le prince Philip, le Premier ministre Stephen Harper et le Premier ministre français Dominique de Villepin, les élèves se sont assemblés au Cimetière No 2, non loin du monument. Là, chacun d’eux s’est tenu debout en silence derrière la tombe d’un soldat. Et sur chaque pierre tombale blanche ils ont déposé un coquelicot. “J’ai été stupéfaite du nombre d’élèves qui étaient là”, dit Deneige Nadeau de Lethbridge. “Nombre des tombes derrière lesquelles nous nous sommes tenus étaient celles de soldats qui n’ont jamais été identifiés. De voir tous les coquelicots en partant […] j’ai réalisé combien de personnes nous avons perdu […] et que ces soldats n’étaient pas bien plus âgés que nous.”

Les élèves, parmi qui il y en avait qui avaient des larmes aux yeux et qui tremblaient d’émotion, ont écouté les hommages écrits par certains de leurs pairs. L’événement principal au cimetière, toutefois, a été le dévoilement d’une capsule-mémorial remplie de tous leurs poèmes, histoires, chansons et oeuvres d’art. Construite par la classe de fabrication de l’école secondaire Port Perry sous la direction de Bob Porter, la capsule va rester à Vimy où elle sera exposée à tous les regards.

Il s’agissait d’une importante contribution de la jeunesse du Canada et même avant la cérémonie du dévoilement, à laquelle assistait le ministre des Anciens combattants Greg Thompson, les élèves promettaient de retourner à Vimy dans 10 ans, à l’occasion du 100e anniversaire, pour relire leur contribution à la capsule.

Le ministre d’Anciens combattants Canada a fait ses hommages aux Canadiens qui sont morts durant la bataille, et aux milliers d’autres Canadiens qui ont été tués durant la guerre, y compris ceux dont la tombe n’est pas connue. “De si grands chiffres sont presque impossible à comprendre”, dit-il aux élèves. “Pourtant, nous savons à quel point leur perte a été terrible pour le Canada. À quel point notre pays serait-il différent si ces 66 000 Canadiens avaient survécu? Qu’auraient-ils accompli? Comment auraient-ils changé notre pays? Et en même temps, il faut se demander à quel point notre pays serait différent aujourd’hui, à quel point notre monde serait différent si ces […] Canadiens ne s’étaient pas sacrifiés pour la paix, pour la liberté, pour vous et moi?”

Thompson dit que ce sont là des questions que les Canadiens devraient se poser chaque fois qu’ils marchent sur les pas de ceux qui ont servi. “Quand on fait cela”, dit-il, “on comprend l’énormité de la dette que nous avons envers eux. Vous, toutefois, avez fait un pas de plus en ce qui concerne la commémoration. Vous avez porté votre regard au-delà des chiffres et découvert les particuliers, les Canadiens ordinaires, dont beaucoup n’étaient guère plus vieux que vous…”

Hamer Strahl dit qu’elle a ressenti une grande fierté quand elle a regardé autour d’elle et vu tous les élèves qui se tenaient derrière une pierre tombale, et qui tous portaient une reproduction de la tunique de la Première Guerre mondiale où le nom de “leur soldat” était écrit sur la poche avant gauche. “Cela démontre vraiment que les jeunes Canadiens sont tout à fait capables de se souvenir, et qu’ils font encore plus que cela pour accomplir quelque chose de très symbolique… Je pense que cela indique qu’ils sont disposés à en accepter la responsabilité, à s’occuper de ces soldats […] et qu’avec ça, une affinité s’est développée entre les élèves. Ils sont tous venus ici pour avoir la même expérience et en vieillissant ils pourront dire : j’y étais.”

Pour Robinson, le moment le plus mémorable est arrivé plus tard cette journée-là, quand il s’est retourné pour regarder les milliers d’élèves qui défilaient en une longue colonne, au moins 10 de large, le long de la route qui aboutissait devant le mémorial où ils ont été acclamés par la foule qui les attendait. “Le sentiment que j’ai ressenti en voyant cela est à jamais gravé dans ma mémoire.”

La veille, Robinson disait qu’en éducation chaque enseignant vit pour ce qu’on appelle des moments “enseignables”. “Lors d’un voyage comme celui-ci, ils arrivent quand on voit que les élèves comprennent. On le voit dans leurs yeux, la lumière dans leurs yeux, le scintillement de leurs larmes. Je vis pour ces moments-là parce qu’ils me disent, à moi enseignant, qu’ils n’oublieront jamais ce qu’ils ont appris.”

Les commentaires des élèves le confirment. “Le voyage au mémorial de Vimy et assister aux cérémonies du 90e anniversaire m’ont donné un nouveau respect stupéfiant pour tous les soldats : les anciens comme les présents, les tombés comme ceux qui se battent encore”, dit Lisa Mitschke de Langenburg (Sask.).

“Avoir l’occasion de venir voir où tout a commencé pour le Canada, c’était vraiment extraordinaire”, dit Katie Bergman, de Langenburg aussi. “Bien que je me trouvais à des milliers de milles de chez moi, je me suis sentie plus Canadienne que jamais à la crête de Vimy. Me trouver a côté de 3 600 élèves de mon pays, devant un monument à faire frissonner, cela m’a permis de renouveler mon patriotisme, cette fois-ci en sachant ce que cela veut vraiment dire d’être Canadienne.”

L’élève Garrett Yeske, de Langenburg aussi, dit qu’il va se souvenir de l’expérience le reste de sa vie. “Tous les Canadiens devraient être extrêmement fiers de ce que ces braves jeunes hommes ont sacrifié pour ce pays.”

“Je pense qu’il est vraiment important pour nous de nous rappeler ce qui est arrivé et ce que des gens ont dû endurer pour que nous ayons la paix au Canada aujourd’hui”, dit l’élève Rebecca Jensen de Port Perry, qui avait l’honneur de réciter l’Engagement au Souvenir durant la cérémonie qui a été télévisée à travers la nation.

L’élève Danielle Bourgon de Lethbridge (Alb.) dit que beaucoup de choses lui passaient par l’esprit pendant que l’autocar où elle se trouvait se dirigeait vers Vimy ce matin-là. Elle dit qu’elle se demandait si les autres élèves allaient être aussi excités qu’elle et si sa famille et elle-même seraient fières de comment elle aurait agi. Mais, encore plus important, elle se demandait si elle serait capable d’agir de manière que le soldat George Browne en ressente de la fierté. “Je savais que la raison pour laquelle je me trouvais à Vimy, ce n’était que pour le représenter de mon mieux. C’était ce privilège et cette responsabilité qui m’effrayaient et m’excitaient le plus. Au fur et à mesure que les heures s’écoulaient, la peur commença à dominer l’excitation, au point où je doutais sérieusement de pouvoir me tenir debout, encore moins représenter un soldat de la Première Guerre mondiale incroyablement brave.”

Sa peur s’est estompée quand un des surveillants de l’autocar a simplement rappelé à tout le monde que, quand ils passeraient par la crête de Vimy, ils ne seraient plus les mêmes. À la place, ils seraient les soldats qu’ils étaient venus représenter.

“Quand ils vont défiler, ce ne seront plus nos élèves”, disait Robinson quelques instants avant le grand défilé. “Les élèves seront les soldats qu’ils représentent. Nous (les adultes du voyage) serons là pour eux, en cas de besoin, mais le moment appartient aux soldats, et c’est ce que les élèves apportent à cet anniversaire.”

Robinson dit qu’il avait entendu quelqu’un dire que le pèlerinage des élèves allait marquer un tournant décisif de l’histoire canadienne. “C’est peut-être exagéré, mais c’est certainement une occasion pour le Canada de réaliser que l’histoire canadienne est bien à découvert, partagée par beaucoup, beaucoup de jeunes gens qui honorent l’engagement envers le souvenir.”

“C’est un très grand honneur d’être ici”, dit Heather Shearer de Cannington (Ont.). “C’est important que, de retour au pays, nous transmettions ce que nous avons appris à nos amis et à nos propres enfants quand nous serons plus vieux.”

“On ressent tellement d’honneur et de fierté quand on voit où ils se son battus”, dit Derrick Cochrane de Port Perry, qui avait fait des recherches sur sont arrière-arrière-grand-père Henry Robert Brown. “Je suis impressionné par la beauté du monument aussi.”

Vanessa Poitevien d’Ottawa représentait un soldat du nom d’Eric B. Eden, qui est mort au champ de bataille non loin d’où elle se tenait lors de la cérémonie d’anniversaire. “Il n’avait que 18 ans.”

Gayane Panosian, d’Ottawa également, est née en Iran et, comme beaucoup de ses amis, elle a découvert pourquoi il est si important d’apprécier les contributions des militaires. “Bien peu de gens obtiennent une formation à propos de ça. En venant ici, je pense que nous resserrons vraiment nos liens avec le passé et, ce qui est encore plus important, avec les gens qui ont servi.”

Le jeune Brody Levant dit que les liens qu’il a créés vont lui rester toute sa vie. Au cimetière militaire britannique de Bois-Carré qui se trouve près du village de Thélus, sur la pente sud de la crête, il s’est tenu devant la tombe d’un soldat qui s’appelait William Albert Foord. Il a lu à voix haute une lettre de la cadette du soldat, Alice, qui a 97 ans. Il l’a aussi saupoudrée d’une petite quantité de terre canadienne prélevée à un jardin qui appartient à la fille d’Alice, Linda. “Cher Bill”, débutait la lettre, “la dernière fois que je t’ai écris, tu étais en France. Je viens de me souvenir que tu aurais 110 ans si tu étais encore vivant. Je ne ressemble plus du tout à ce que j’étais quand tu m’a vue à la gare, quand nous nous sommes dits au-revoir, en 1914.

J’avais cinq ans et tu en avais 18.

Tout le monde pleurait quand le train a démarré.” Dans la lettre, Alice dit qu’elle n’a jamais oublié son frère. “Quand la guerre a été déclarée, tu as cru devoir partir te battre pour le roi et pour la patrie, et faire ta part pour sauver le monde. Le coût a été très élevé. C’était une guerre pour sauver le monde mais, Bill, elle ne l’a pas sauvé.

Tu as pris cette crête à Vimy, mais il a fallu presque 4 000 vies pour le faire : chacune d’elles était précieuse pour sa famille au Canada.”

Elle avait écrit que son frère ne reconnaîtrait pas le monde d’aujourd’hui. “Les bombes existaient en 1914, mais celles d’aujourd’hui sont bien plus destructrices. Il y a aussi la télévision et on peut y voir la guerre en direct.”

Avant de terminer sa lettre, Alice dit à son frère qu’elle a un fils qui a été baptisé en son honneur et elle désirait que la terre soit saupoudrée sur sa tombe afin qu’il y ait “un tout petit peu de Canada pour te couvrir”.

Levant, qui n’a que 12 ans, dit que c’était un honneur de réaliser les voeux d’Alice. “Maintenant que je suis allé à la tombe, je sens que son frère fait partie de moi.

Je sens que son frère est un de mes meilleurs amis maintenant.”

L’organisation de voyages de cette ampleur n’a rien de nouveau pour Robinson et son équipe de bénévoles qui ont déjà obtenu beaucoup de succès lors de voyages pédagogiques. En 2004, il a dirigé un voyage à la plage Juno, à l’occasion du 60e anniversaire du débarquement du jour J. Il y a un an et demi, il a mené un grand contingent d’élèves à Hong-Kong pour commémorer le 60e anniversaire de la libération des prisonniers canadiens qui avaient été dans les camps de prisonniers japonais. En 2008, il a l’intention d’emmener des milliers d’élèves à Ortona (Italie), en l’honneur des contributions que les soldats canadiens y ont mises en 1943.

Pour les voyages les plus récents il a compté sur la compagnie de voyages Explorica.

Le grand nombre d’élèves et d’autres pèlerins se rendant à Vimy a été tout un défi en ce qui concerne le transport, lequel a impliqué diverses correspondances. Beaucoup ont pris l’avion jusqu’à Paris ou jusqu’à Londres et puis ensuite ils ont pris divers chemins jusqu’à la crête, faisant nombre de visites à des sites du temps de la guerre. C’était la première fois que beaucoup de ces élèves allaient en Europe, sans parler de leur première visite à un champ de bataille.

Robinson dit que la participation des élèves à Vimy va rester gravée dans son esprit. “J’ai dit qu’ils viendraient il y a plusieurs mois, et ils sont venus. Je suis très fier de la manière dont ils ont représenté leur école, leur collectivité et leur pays. Et quand ils seront de retour chez eux, je suis sûr que le monde va leur sembler un peu différent. J’imagine que lorsque je serai rentré chez moi, je vais recevoir des courriels de leurs parents où ils vont me demander : qu’avez-vous fait à mon enfant?”

Le Fonds de moral de la LRC pourvoit les troupes

Vu le grand nombre de déploiements dont font l’effet les Forces canadiennes en Afghanistan, il est crucial de maintenir leur moral. C’est pourquoi c’est le bon moment pour le Fonds de moral des troupes de la Légion royale canadienne de s’élancer et prendre de la vitesse.

Cela fait plus de six ans que le Canada s’est engagé à propos de l’effort des Nations unies et de l’OTAN, et rares sont les officiers de l’armée qui ne sont pas encore allés en Afghanistan. Il y en a beaucoup qui y sont allés deux ou même trois fois au cours des années.

Le fonds, qui a pour objet de s’assurer que les troupiers canadiens obtiennent un café et un beigne de chez Tim Hortons aussi souvent que possible, a déjà ramassé plus de 20 000 $ au cours de son premier mois d’opérations, presque assez pour offrir un café et un beigne par semaine à chacun d’entre eux.

Pour marquer le succès de la campagne, le président national Jack Frost a remis des bons-cadeaux d’une valeur de 6 000 $ US au lieutenant-général Michel Gauthier, le commandant du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada. Tous les achats aux bases militaires en Afghanistan se font en devises américaines.

“Nous voulons envoyer ce montant de certificats chaque semaine”, dit Frost, “et nos filiales vont faire le nécessaire. Il y en a beaucoup qui ont trouvé des idées pour ramasser des fonds et qui les mettent en pratique. Nos troupes méritent ce genre de soutien et elles vont l’obtenir grâce aux membres de la Légion royale canadienne.”

Ce paquet de 3 000 coupons, chacun échangeable contre un café et un beigne, n’a pas été laissé végéter à Ottawa avec le reste du courrier et des fournitures en partance pour l’Afghanistan. À la place, les coupons ont été livrés personnellement à la piste d’atterrissage de Kandahar, comme pour des personnages de marque, par Jim Peverly, le directeur des opérations déployées de l’Agence de soutien du personnel des Forces canadiennes (ASPFC).

Il n’y a probablement pas d’organisation qui convienne mieux à un partenariat avec la Légion par rapport à la question du moral des troupes que l’ASPFC. La Légion a une longue et remarquable histoire quand il s’agit de s’occuper du bien-être des militaires déployés et l’ASPFC a exactement le même mandat, ce qu’elle fait avec beaucoup de sérieux.

“L’ASPFC dirige des programmes de bien-être concernant les opérations déployées”, dit Peverly, qui est allé en Afghanistan plusieurs fois. “J’ai vu et entendu l’appréciation qu’ont les soldats pour ce programme de moral.”

La Légion parraine les programmes des Forces canadiennes par l’entremise de l’ASPFC grâce à des dons en argent ou en ressources se chiffrant à 90 000 $ par année sur le plan national. L’argent sert aussi à soutenir des tournées de spectacles et des programmes sportifs des Forces canadiennes.

“Elle nous aide à faire tout cela”, dit Frost. “Ce programme donne au membre de la Légion, et même au donneur public, l’occasion de faire quelque chose de palpable pour nos troupiers”, dit-il.

Bien que Perverly eut dit qu’il avait hâte à son voyage à Kandahar, il remarquait qu’il était tout à fait conscient du danger. “C’est très austère. Il y a toujours un risque, même pour ceux qui ne quittent pas le périmètre.”

Néanmoins, dit Perverly, “il y a toujours un lien serré entre les militaires en service et la Légion, et ceci rappelle ce lien aux soldats. Tim Hortons leur procure un goût de chez eux.”

C’était la deuxième fois que des bons-cadeaux étaient achetés, et d’autres vont l’être aussi souvent que possible. Une fois achetés, les bons sont affranchis par la Direction nationale pour que les troupiers sachent qui est responsable de la donation.

“De la part de nos hommes et de nos femmes qui servent leur pays en Afghanistan, je désire remercier la Légion royale canadienne de leur soutien exceptionnel,” dit Gauthier. “Ces bons-cadeaux vont avoir beaucoup d’effet sur nos soldats qui sont en danger et si loin du Canada en leur donnant un vrai goût de chez eux.”

La question des adhésions domine le Congrès du Québec

Le 52e Congrès de la Division du Québec a été l’un des plus controversés de ces derniers temps. Quand 146 délégués accrédités se sont assemblés à Saint-Jean-sur-Richelieu, du 18 au 20 mai, ils n’ont pas perdu de temps pour porter à l’attention des membres du congrès ce qui les inquiétait, dont l’image de la Légion royale canadienne et les relations françaises-anglaises.

Le président national Jack Frost a fait directement face à leurs questions quand il est arrivé, le deuxième jour, pour diriger un forum. “Je suis prêt à entendre vos questions. C’est votre réunion, et je ne suis ici que pour vous aider par rapport à tout problème que vous puissiez avoir, afin d’essayer d’atteindre nos objectifs”, dit-il.

Il félicita la Division du Québec de son succès dans les adhésions. La division a mérité deux prix nationaux en 2006 : le prix d’accomplissement du sociétariat et le prix du renouvellement. Toutefois, dit-il, “je vous demande de faire encore mieux. Le sociétariat est à la baisse. Il a baissé de 602 000 (membres à travers la nation) en 1984, le chiffre maximum jamais atteint, à 333 000, j’ai jeté un coup d’oeil aux statistiques la semaine dernière. C’est effrayant.”

Frost dit aussi qu’il allait y avoir des initiatives de recrutement comme une campagne publicitaire nationale et, peut-être, un an d’adhésion offert gratuitement aux membres des Forces canadiennes qui prennent leur retraite.

“Il faut que l’on sache que la LRC s’occupe des nouveaux anciens combattants tout autant que des vieux […]. Il y a de nouveaux groupes qui se forment tous les jours. Ces groupes sont tous bons […] mais nous avons besoin de ces gens à la Légion. Je vais recommander que nous les laissions garder leur identité, garder leur béret régimentaire […] et peut-être les insignes régimentaires sur leur veston, quelque chose qui les identifie et les garde dans notre grande famille.”

Les délégués l’applaudirent. Et ensuite ils ont parlé franchement.

D’observer un légionnaire : “quand j’étais jeune soldat au nord du Manitoba, on nous a convaincus de nous inscrire à la Légion en disant ‘les bars sont ouverts’. Malheureusement, aujourd’hui, les gens pensent que la Légion c’est un endroit où de vieux soldats sont devant un bar, saouls”. Il dit aussi que le public est souvent surpris d’apprendre l’étendue des oeuvres communautaires de l’organisation. “Il faut faire quelque chose pour l’image de la Légion.”

Frost répondit qu’il était tout à fait d’accord. “Je pense que nous allons de l’avant, mais nous sommes toujours vus comme une (opération) de bière et de bingo.” En même temps, il encourageait les divisions et les filiales à se servir d’une présentation multimédia de 20 minutes que la Direction nationale a créée pour renseigner les gens sur la Légion. “Il s’agit tout bonnement des relations publiques.”

La tension a monté quand des délégués francophones ont posé des questions à propos du respect de la Légion pour les Canadiens français. Certains ont demandé pourquoi le commentateur de hockey de la CBC Don Cherry, qui a fait des commentaires prêtant à la controverse à propos de joueurs de hockey francophones de par le passé, avait été honoré par une carte de membre à vie de la Légion.

Frost répondit que Cherry est un grand soutien des troupes canadiennes et des anciens combattants. “Je ne veux pas débattre à propos de si c’est un partisan du français […] mais la raison (de l’honneur) c’est tout le travail qu’il a fait pour les troupes outre-mer et les organisations d’anciens combattants.”

Pierre Laterrière de la filiale Citadelle de Québec a ensuite demandé au président de mettre ses écouteurs “parce que je vais parler en français. Vous avez parlé des façons qu’on peut améliorer le recrutement. La Légion doit se moderniser. Nous avons de jeunes membres des Forces canadiennes dans la région qui pensent que l’organisation est rétrograde, avec ses uniformes et ses autres traditions. C’est très difficile pour nous de les recruter. Pour y réussir, il faudrait une réforme radicale, pas ces demi-mesures”. De plus, dit-il, recruter des membres au Québec était entravé par “le fait français”.

Il se plaint aussi des publications qui sortent de la Direction nationale. “Elles sont pleines de fautes. C’est inadmissible. Si vous ne respectez pas les Canadiens français, ce ne sera pas facile de les recruter.”

La moitié du public applaudit.

De répliquer Frost, “je suis très désappointé s’il y a des documents qui sortent de la Direction nationale qui ont des fautes de français”. Il ajouta qu’il y a un personnel francophone au siège social pour traduire les documents, “alors je ne comprends pas qu’il y ait des fautes”. Il demanda aux délégués de faire part des fautes au secrétaire provincial qui en parlerait à la Direction nationale.

Le Congrès de Saint-Jean-sur-Richelieu commença sur une note plus collégiale vendredi soir à l’hôtel Relais Gouverneur. La présidente de la Division du Québec Paulette Cook accueillit les délégués, et puis le grand président honoraire et représentant national Charles Belzile déclara la manifestation officiellement ouverte. La présentation spéciale d’Un soldat à Vimy, organisée par Anciens combattants Canada et l’acteur Sylvain Hamel, a grandement amusé les auditeurs.

Le lendemain, les affaires commençaient par un rapport de Cook. “Je suis heureuse de rapporter que nous sommes restés dans les limites de notre budget et qu’il a même été excédentaire en 2006; pas de beaucoup, mais excédentaire tout de même. Elle remercia le trésorier Francis Baddeley et le personnel de la direction pour cet accomplissement car la division avait été déficitaire pendant quelques années auparavant.

Cook a aussi encouragé les filiales à redoubler leurs efforts de recrutement. Le sociétariat des 126 filiales québécoises a diminué, de 17 933 en 2005 à 17 421 en 2006. “Ceux qui parmi vous habitez près d’une base des Forces canadiennes, c’est le moment d’organiser un comité de bienvenue pour ces hommes et femmes. Invitez-les à vos filiales. Faites-leur voir ce que ça signifie de faire partie de la Légion royale canadienne.”

Le défilé au milieu de la matinée attira jeunes et vieux. Les délégués se sont assemblés à la garnison de Saint-Jean et se sont mis en formation avec plus de 100 recrues des FC qui y obtenaient leur entraînement. Ils ont défilé jusqu’au cénotaphe où, à l’occasion d’une cérémonie commémorative émouvante, le commandant de l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes, le lieutenant-colonel Christian Mercier, a demandé aux délégués de se tenir face aux jeunes soldats. “Aujourd’hui, chers anciens combattants, je désire vous dire que nous sommes fiers de vous. Votre courage, votre dévotion et vos sacrifices ont fait du Canada une des nations les plus respectées au monde.”

Des couronnes ont été déposées, pendant que la musique des FC jouait, par la présidente Cook, Belzile, la mère de la Croix d’argent Louisa Lanteigne Robichaud, Mercier, la directrice régionale d’ACC Charlotte Bastien et un représentant du maire Gilles Dolbec.

Les affaires ont repris après le dîner.

La représentante d’ACC, Bastien, a informé les délégués des différentes initiatives sur lesquelles son ministère est en train de se pencher, y compris la mise en place des droits de l’ancien combattant et du bureau de l’ombudsman des anciens combattants, l’amélioration du Programme d’autonomie des anciens combattants et le raffinement de la nouvelle Charte des anciens combattants. “Un de nos objectifs principaux […] est de trouver des manières de fournir aux anciens combattants davantage d’options dans le cadre du système de santé, ainsi que des services et des avantages plus flexibles.” Bastien a reconnu le rôle important de la Légion quand il s’agit d’aider le ministère à s’acquitter de son mandat.

Belzile a beaucoup donné à réfléchir quand il s’est adressé aux délégués. À propos du fait que 40 pour cent seulement des membres ont servi, il avertit que “notre crédibilité en tant qu’organisation d’anciens combattants est en danger. Pour remédier à cette situation, il faut trouver et prendre contact avec les membres des FC locaux à la retraite et les encourager à s’inscrire.”

Il demanda aux légionnaires qu’en plus de leur offrir des encouragements comme l’adhésion d’un an gratuite, ils s’assurent que l’environnement soit agréable pour tous les anciens combattants. “Nous ne désirons pas d’histoires à propos d’une filiale et de ses membres qui ne croient pas qu’une personne ayant 30 ans de service n’est pas un ancien combattant”, dit-il.

Belzile insistait aussi sur le besoin de vivre avec son temps. “Camarades, il nous faut changer. Il y a tout simplement trop de gens dans la gouvernance et c’est bien trop dispendieux.” À propos de la Commission de la LRC sur la gestion que Frost a organisée, il dit : “nous faisons notre part à la Direction nationale, mais c’est aux membres que revient la tâche d’entériner ces procédés”.

Bien qu’il y ait eu quelques surprises durant le processus d’élection, les délégués ont choisi un exécutif expérimenté. Comme lors du Congrès de 2005, où le premier vice-président fut défié pour la présidence, la première vice-présidente Annette Arsenault de la filiale Duvernay de Laval s’est portée candidate en même temps que Jean Thériault de la filiale Joseph Kaeble VC de Rimouski. Ironiquement, c’est Thériault qui avait été premier vice-président en 2005; cette année-là, il perdit contre Cook. Cette fois-ci, c’est Arsenault qui a gagné.

Fille d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Arsenault a deux filles, Karine et Stéfanie, et un petit-fils, Brandon. Bien que son expérience soit en comptabilité, elle travaille au département des télécommunications de l’Hôpital général de Montréal. Membre associée depuis 16 ans, elle s’était engagée à la Légion même avant ça. Quand elle était dans la vingtaine, Arsenault apportait sa guitare à l’Hôpital Ste-Anne et chantait pour les anciens combattants.

Le dévouement envers les anciens combattants est commun chez les membres de sa famille. La soeur d’Arsenault, Margot, de la filiale Frontenac de Montréal, a aussi été réélue à un poste de vice-présidente de la Division du Québec.

Toutes les tentatives faites par Thériault pour retourner à l’exécutif divisionnaire ont échoué. Dans la course à la première vice-présidence, Robert Groulx de la filiale St. Francis d’East Angus a battu plusieurs candidats, y compris l’ancien président Norm Shelton de la filiale Terrebonne Heights de Mascouche Heights. Shelton, ne se laissant pas dissuader, offrit sa candidature à un poste de vice-président et l’obtint. Jean-Robert Pépin, de la filiale Citadelle de Québec, entra dans les rangs à la vice-présidence.

Le président des débats Bill Allan de la filiale Montcalm Memorial de Rawdon a eu un vote de confiance de l’audience quand il a été réélu. Il remercia sa coprésidente, la vice-présidente sortante Susan Donnelly, de son bon travail. Donnelly, les larmes aux yeux, refusa de poser sa candidature à nouveau pour des raisons de santé.

Le seul poste qui ait été voté par acclamation est celui de trésorier. Francis Baddeley de la filiale Pointe Saint-Charles de Montréal a accepté le renouvellement de son mandat avec assurance. “Je pense que j’ai la sécurité à vie à cet emploi”, dit Baddeley pour rire.

Toutefois, il ne riait pas quand il s’est dit déçu à propos du manque de réponse à son initiative ayant pour but de ramasser 650 000 $ en cinq ans pour le petit hôtel de la Légion royale canadienne à l’Hôpital de Sainte-Anne. Le petit hôtel offrirait un gîte temporaire aux visiteurs.

Baddeley fit remarquer que, malgré le soutien prédominant exprimé au Congrès de 2005 quand il a annoncé le plan, 71 000 $ seulement avaient été ramassés. “La seule chose qui est arrivée (depuis) c’est que nous n’avons pas ramassé beaucoup de fonds.” Il conseilla de ne pas demander le soutien du public et des entreprises. “Quand cette motion a été déposée, nous avons dit que (la Légion) allait le faire.”

Le trésorier exhorta les filiales d’utiliser le reste de leurs fonds du coquelicot pour ce projet. “Je sais qu’il y a des filiales qui n’utilisent pas leurs fonds.”

Sur les 20 motions dont on a discuté, quelques-unes concernaient des problèmes d’anciens combattants. L’assemblée a voté de préconiser une augmentation du personnel d’ACC dans le but d’obtenir de meilleurs services pour les conjoints et les veuves des anciens combattants. De plus, les membres ont décidé de demander à ACC de ne pas continuer d’exiger que les anciens combattants qui ont une carte de la Croix bleue signent un formulaire “qui justifie l’achat de médicaments ou des couches pour (leur) propre utilisation”. Ils ont aussi donné leur accord pour que la Division du Québec augmente le prix des plaques d’immatriculation des anciens combattants de 5 $ à 10 $.

À propos du français, les délégués ont demandé à leur direction de faire pression au siège social pour s’assurer que “les services de traduction soient professionnels et convenables pour toutes les communications écrites”.

Après un long débat, les délégués ont voté de décerner la médaille d’excellence des cadets à un membre de chaque peloton de cadets au Québec plutôt qu’à 50 pour cent d’entre eux seulement. Un groupe de travail va décider comment financer la distribution de la médaille.

Finalement, l’assemblée a demandé que les directions nationale et provinciale remettent les budgets, par écrit, à toutes les filiales trois mois avant un congrès.

La présidente Arsenault nouvellement élue a accepté toutes ces questions sérieusement. Après son installation, dirigée par Belzile, elle remarquait que “on a eu beaucoup d’idées à ce congrès. Nous devons nous renouveler, sans oublier que cette organisation a les anciens combattants comme raison d’être.”

Le prochain congrès aura lieu à Granby, en 2009.