Une guerre mondiale au Saguenay

Le 10 septembre 1939, le Canada déclare la guerre à l’Allemagne, soit sept jours seulement après la Grande-Bretagne, la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Dès lors, ce qui deviendra le plus grand conflit armé de l’histoire se passe aussi au Saguenay. Au milieu de ses montagnes, outre-Atlantique, c’était pourtant avec recul, presque détachement, que la région avait suivi les tensions européennes, en ignorant le rôle primordial qu’elle serait appelée à jouer dans la victoire des Alliés.

Si son industrie lourde et ses ressources hydroélectriques, moteurs de son développement économique, furent à la base de la participation du Saguenay au plus grand conflit de l’histoire, elles ne sauraient résumer à elles seules tous les retentissements du conflit sur la vie de ses habitants. Propagande et censure, mariages précipités, départ des volontaires, mort d’un fils, d’un frère, rationnement, etc. La liste est longue de ce qui viendra concrétiser ce drame pourtant distant de milliers de kilomètres. Cet article se veut donc un survol des conséquences de la Guerre de 39 sur la région saguenéenne.

Recrutement et conscription

Par l’intermédiaire du Régiment du Saguenay, plusieurs jeunes hommes s’enrôlent librement pour le service outre-mer dès le début du conflit, en 1939. En juillet 1940 et 1941, à l’occasion des campagnes de recrutement volontaire menées par le gouvernement fédéral, les candidats se présentent sur les terrains du Port de Chicoutimi, où se trouve le camp militaire du Royal 22e Régiment. C’est là qu’ils subissent un examen médical et signent leur engagement. Les recrues y suivent ensuite un entraînement de base de trente jours avant d’être transférées à Valcartier (près de Québec) ou en Ontario pour parfaire leur formation.

Le nombre d’enrôlés saguenéens demeure néanmoins modeste. L’institution militaire et l’industrie lourde, toutes deux en expansion, s’arrachent le peu d’hommes disponibles. N’atteignant pas un effectif satisfaisant, le Régiment demeure réserviste durant toute la durée de la guerre. En outre, la condition physique supérieure de ces hommes ne compense pas leur peu d’habileté dans le maniement des armes et dans l’exécution des man?uvres, conséquence d’un manque de manuels d’entraînement et d’instructeurs qualifiés. Les installations appropriées (baraquements et champs de tir, notamment) font également défaut.

En juin 1940, l’état d’urgence en Europe amène le gouvernement à voter la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, laquelle prévoit le service obligatoire pour la défense territoriale. S’ensuit l’annonce de la mobilisation prioritaire des hommes célibataires dans un délai de trois jours. Comme tous les Canadiens, les Saguenéens apprennent ainsi que les hommes qui se marieront le 15 juillet 1940 ou après, seront considérés comme célibataires par le service de recrutement. Le 14 juillet, comme partout au Québec, le nombre de mariages pulvérise les statistiques. Les célibataires enrôlés ne font pas le poids et le nombre de volontaires est faible, l’effectif des recrues demeure insuffisant.

À l’approche du plébiscite national prévu pour le 27 avril 1942 et portant sur l’élargissement de l’enrôlement obligatoire au service outre-mer, tous les conseils municipaux du Saguenay incitent leurs citoyens à voter négativement. Les nombreux immigrants anglophones, cadres dans l’aluminerie, emmènent celui d’Arvida à faire exception. À l’opposé, les cultivateurs, qui souffrent plus particulièrement de la pénurie de main-d’?uvre, craignent de voir leurs fils être appelés sous les drapeaux. Sensibles à ce problème, leurs élus municipaux recherchent auprès du gouvernement des exemptions pour les fils d’agriculteurs. Peine perdue. Or, le Canada se prononce majoritairement en faveur de la conscription. Des étudiants du Séminaire de Chicoutimi réagissent en escaladant le bureau de poste pour arracher et déchirer l’Union Jack. Plusieurs jeunes hommes désertent, trouvant refuge dans les vastes et denses forêts de la région. D’autres utilisent des stratagèmes, tels l’ingestion de pilules pour accélérer le rythme cardiaque à l’examen. Désertions et stratagèmes ne sont pas particuliers au Saguenay. Nombre de Québécois ont ainsi voulu échapper à cet enfer…

Économie et industrie de guerre

La guerre exige une hausse de la production industrielle, particulièrement de l’aluminium utilisé entre autres dans la fabrication des avions. Comme le marché intérieur de la Grande-Bretagne, théâtre d’une bataille aérienne ininterrompue, ne peut combler la demande, de nombreuses commandes sont passées au Canada et forcent l’agrandissement, en plusieurs étapes, de l’usine Alcan d’Arvida. La construction de nouvelles centrales hydroélectriques–dont celle de Shipshaw, l’une des plus puissantes de l’époque–assure l’approvisionnement énergétique. De plus, le Saguenay est drainé et canalisé, et des centaines de kilomètres de route sont construits pour relier les infrastructures. Entre 1939 et 1942, ces travaux ont coûté 150 millions de dollars. En raison du rationnement, l’approvisionnement en matériaux, outillages et vivres constitue un défi colossal.

Pendant la seule année 1943, quelque 23 000 ouvriers, surtout canadiens-français, travaillent dans les chantiers, alors que les femmes, une centaine tout au plus, sont employées dans les cafétérias. Avec ses 10 000 travailleurs, le chantier de Shipshaw est le plus grand de son époque. La moitié des effectifs est composée de simples manoeuvres qui reçoivent le salaire minimum, bloqué pour trois ans.

La propagande presse les ouvriers : de leurs efforts dépend la production industrielle de guerre, peut-être même l’issue du conflit. Pour protéger les travaux d’éventuels saboteurs, des soldats sillonnent les chantiers jour et nuit.

Les conditions de travail sont pénibles, voire dangereuses : une rumeur, étouffée par la censure, répand que la centrale contient les corps de travailleurs tombés dans le béton de ses fondations. Personne n’oubliera, non plus, ce qu’on appela “l’hécatombe du Saguenay”, survenue le samedi 11 janvier 1942. Bien que 47 personnes aient pu fuir, l’incendie d’un dortoir pour ouvriers a alors tué 15 hommes et en a blessé 30 autres. Une cigarette est à l’origine du brasier.

De 30 000 tonnes de métal, à sa fondation en 1927, la production à l’usine d’Arvida est passée à 100 000 au début de la guerre, puis à 360 000 à son apogée, en 1943. L’apport énergétique, d’environ 850 000 chevaux-vapeur en 1932, augmente jusqu’à 2 millions en 1943. En contrepartie, les bateaux de minerai destinés à la région sont redirigés vers les États-Unis depuis 1943, après plusieurs torpillages. Pour résoudre le problème, des centaines de trains marchands monopolisent l’unique voie Montréal-Arvida du Canadian National Railway (CNR).

De 1 790 employés, en 1939, les effectifs passent à 12 000 au plus fort de la production, en 1943, résorbant ainsi le chômage qui sévissait dans la région. En 1944, l’usine emploie 9 400 travailleurs pour n’en plus compter que de 3 000 en 1946. Pour leur part, les profits de la société passent de 2,3 millions de dollars en 1929, à 15 millions entre 1939 et 1942, mais reculent à 12 millions, en 1946. La stabilité des salaires, au cours des trois premières années du conflit, a favorisé la fondation de plus d’une vingtaine de caisses populaires.

Physiquement exigeant, le travail en usine décourage plusieurs ouvriers qui démissionnent parfois même après seulement un ou deux quarts. De plus, la paye, dont le tiers est basé sur un calcul complexe et imprévisible, est amputée par de nombreux prélèvements, tels assurances, caisse de retraite, dîme retenue à la source, et impôt. L’inflation vient aussi diminuer le pouvoir d’achat réel.

Fin juillet 1941, la canicule rend insoutenable la température déjà très élevée des salles de cuves. Des travailleurs s’évanouissent. Un travailleur manquant à l’appel, la besogne est divisée entre les autres, sous les railleries d’un supérieur abusif. Le jeudi 24 juillet 1941, lors du changement de quart de 16 h, les cuvistes quittent le travail et exigent la révision des salaires et l’amélioration des conditions. L’affaire est grave : si le métal refroidit et durcit dans les cuves, il faudra démonter ces dernières au prix d’une perte de plusieurs mois d’activité. Le ministre des Munitions et Approvisionnement, C.D. Howe, accuse les ouvriers de sabotage et de trahison et, sur cette base, refuse les pourparlers. Les notables et la population de la région supportent leurs travailleurs en débrayage, lesquels sont passés de 150 à 8 000 en trois jours seulement.

C’est l’impasse. Dimanche matin, l’armée intervient pour faire évacuer l’usine, mais le Régiment du Saguenay n’est pas sollicité. Les grévistes cessent l’occupation, l’affrontement n’aura pas lieu. D’intenses discussions permettent un retour au travail progressif, les grévistes réintègrent les salles de cuves le mardi au quart de 16 h. La reprise est ardue, une partie du métal s’est figée dans les cuves; 10 000 tonnes ont été perdues. Avec l’arbitrage, le débrayage a finalement porté fruit. Le calcul du salaire s’est simplifié en faveur des travailleurs. La cohésion sociale régionale est renforcée par le front commun des élites et des travailleurs, et le syndicat est confirmé dans son rôle de représentant institutionnel. Cependant, un décret permet désormais l’intervention rapide de l’armée en cas de sabotage dans une usine de guerre. La censure levée et les récents événements dévoilés, des journaux anglophones, outrés de l’atteinte à l’effort de guerre, fustigent les grévistes, lesquels sont défendus notamment par Le Devoir. La Commission royale d’enquête Létourneau-Bond blanchira ces derniers de tout soupçon.

Infanterie, canons antiaériens et avions de chasse

Il devient vital, pour le Canada et le Commonwealth, de protéger les zones stratégiques telles que le complexe industriel d’Arvida. Dès 1940, l’usine est ceinturée de canons antiaériens légers. Puis, le 12 juin 1941, la 14e Batterie antiaérienne de l’Artillerie royale du Canada s’y installe et monte ses pièces lourdes.

En 1943, on compte plus de 3 000 militaires dans la ville. Outre leur participation à l’économie, les militaires servent la propagande, notamment lors de la parade pour l’emprunt de la victoire, en novembre 1943. Pour conscientiser la population, des cours sur les gaz de guerre sont aussi donnés dans les écoles protestantes d’Arvida à partir de janvier 1942.

De plus, dans le cadre du PEACB (Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique), on construit un aéroport militaire à Bagotville, où l’entraînement débute en juillet 1942. L’Escadron 130 Panthère–dont la devise est “Défendez le Saguenay”–est responsable de la défense aérienne régionale, relevé en octobre 1943 par l’Escadron 129 (C). L’apparente protection apportée par la présence des avions de chasse n’empêche pas le conseil municipal de Jonquière de faire pression, le 31 septembre 1942, pour que cessent les vols au-dessus des églises, le dimanche, parce qu’ils perturbent les célébrations liturgiques. Les opérations d’entraînement à la base de Bagotville se poursuivent jusqu’en octobre 1944, presqu’à l’issue du conflit, au moment où le besoin en pilotes est résorbé. Venus de partout, 940 pilotes y ont obtenu leur diplôme, mais 41 aviateurs ont perdu la vie durant leur entraînement.

À cause des incursions répétées des sous-marins allemands dans le fleuve, le Régiment du Saguenay est chargé dès mai 1943 d’en surveiller la côte, à l’est de l’embouchure du Saguenay. En octobre de la même année, le Régiment relève la 14e Batterie dans son rôle antiaérien : il devient bientôt évident que l’Allemagne représente de moins en moins une menace pour le pays. Si la présence militaire a été bien acceptée, et même souhaitée, plusieurs civils furent surpris, voire insultés, qu’en pleine région francophone, les commandements militaires soient donnés en anglais.

Logement et rationnement

L’immigration massive de chercheurs d’emplois provoque une crise du logement. Pour résoudre le problème, la compagnie Alcan et la société Wartime Housing Incorporated, font construire en un temps record des centaines de maisons, quelques modèles produits en série. Elles sont ensuite louées aux ouvriers. Les militaires anglophones souffrant eux aussi de la pénurie, un petit village où l’on vit dans la langue et les coutumes anglaises est rapidement érigé à Chicoutimi.

Le rationnement amène aussi son lot de difficultés. En mai 1943, répondant à l’appel du gouvernement fédéral, un comité de citoyens d’Arvida met sur pied la campagne des Jardins de la Victoire. Le produit de près de mille jardins nourrit alors Arvida durant toute une année. De plus, en réponse au rationnement de l’essence et du caoutchouc, un plus grand nombre de trains est réservé au transport des ouvriers entre les municipalités saguenéennes par la CNR.

L’après-conflit

Le 8 juin 1945, tous les clochers de la région résonnent en choeur et les drapeaux sont hissés sur tous les bâtiments importants. Une journée de congé générale est décrétée pour fêter la fin de la guerre sur le sol européen. Ainsi prend fin l’engagement du Saguenay dans la Seconde Guerre mondiale.

Le conflit a principalement profité à l’aluminerie, car il a financé son agrandissement et sa visibilité tout en contribuant à sa prospérité. Par ailleurs, la baisse de la production a laissé un surplus énergétique exportable en plus d’attirer de nouvelles entreprises.

À l’époque, la ville d’Arvida a tiré elle aussi de nombreux avantages. À la suite des passions engendrées par la grève de 1941, la ville a acquis une réputation internationale. En quinze ans, le dortoir de l’usine a vu sa population et sa superficie se multiplier. On retrouve encore aujourd’hui, dans la paroisse Saint-Mathias, quelques maisons de la Wartime Housing. Au sud-est de Jonquière, le Quartier des Vétérans fut réservé à l’établissement des anciens combattants. Le caractère purement canadien-français de la région a progressivement repris le dessus après son anglicisation par les cadres de l’aluminerie et les militaires.

La présence militaire, pour sa part, laisse encore des traces. Certains manèges militaires ont été convertis en écoles. La base de Bagotville fut rouverte pour les avions de l’OTAN. Convertie ensuite en aéroport civil, elle donne place, régulièrement, à des spectacles aériens. En quelques endroits, des batteries antiaériennes continuent, encore aujourd’hui, d’attendre des avions qui ne viendront plus.

À Chicoutimi, en 1959, est inauguré un monument aux morts, création de l’artiste Armand Vaillancourt. En 1964, dans le Quartier des Vétérans, est érigé un monument aux morts des deux guerres mondiales. En 1969, un autre monument du même type, mais constitué exclusivement d’aluminium, sera construit au centre du Carré Davis, à Arvida.

Conclusion

En conclusion, le Saguenay aura donc été particulièrement impliqué dans la Deuxième Guerre mondiale. Propagande, censure, économie de guerre, présence militaire, restrictions des libertés civiles, rationnement et même des victimes, lors de l’incendie de 1942, permettront l’entretien d’une vision concrète de la guerre. Par son implication industrielle, la région saguenéenne a su se démarquer dans l’effort de guerre des Alliés. De plus, la population a démontré ferveur et solidarité pendant toute la durée du conflit.

Finalement, il serait impossible de dénombrer toutes les retombées de la Seconde Guerre mondiale au Saguenay, particulièrement dans le cadre d’un article aussi court. Un travail assidu en archives permettrait certainement de dévoiler de nombreux secrets encore bien gardés, surtout que nonobstant le travail de quelques chercheurs, le plus gros reste encore à faire. Quoi qu’il en soit, si les lieux communs sauront perpétuer le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, même au Saguenay, c’est au niveau des acteurs sociaux de l’époque, qui disparaissent rapidement, qu’on devrait maintenant s’intéresser.

Daniel Pomerleau est un étudiant à la maîtrise en histoire, UQAM.

Lancement des compétitions pour les bourses

Le jour de la remise des diplômes arrive bientôt, alors c’est à nouveau le moment pour les enfants et les petits-enfants des légionnaires de faire la demande d’une bourse Lombard-LRC. Les deux candidats choisis (un garçon et une fille) recevront 5 000 $ chacun pour leur première année d’enseignement postsecondaire.

C’est la troisième fois que la bourse annuelle est offerte par le groupe d’assurances Lombard Canada, un des partenaires de l’Ensemble d’avantages aux membres de la Légion.

Comme l’ont démontré les récipiendaires précédents, la chance n’a rien à voir avec qui finit par être sélectionné. Les demandeurs doivent avoir une moyenne minimale de 75 pour cent dans leur dernière année de cours, et avoir démontré qu’ils ont une vie bien remplie à l’extérieur des études, y compris une participation à des activités sportives ou récréatives, de l’expérience dans le bénévolat et des qualités de commandement.

Jason Bednarz, directeur-adjoint de l’expansion de l’entreprise chez Lombard, offre les conseils suivants : “la bourse n’est pas toujours donnée à la personne qui a les meilleures notes, alors faites bien attention d’inclure toutes vos activités extrascolaires, tout travail bénévole, des choses comme ça.”

Il est important aussi que la demande que le candidat envoie soit entièrement remplie. “Il faut que vous ayez un parent ou un grand-parent qui est membre de la Légion et vous devez donner des renseignements sur eux dans la demande.” Les formulaires de demande et d’autres renseignements sont disponibles par Internet à http://www.lombard.ca/rcl/ scholarship.html.

Les élèves doivent faire la demande de bourse au plus tard un an après avoir terminé l’école secondaire ou le cégep, et s’engager à aller à temps plein à un établissement agréé qui offre des diplômes universitaires. Il n’existe aucune restriction à propos du programme d’études choisi. L’admissibilité est limitée aux enfants ou petits-enfants à charge, y compris les enfants adoptifs et les beaux-fils/ belles-filles de membres de la Légion royale canadienne.

Les demandeurs doivent être citoyens canadiens. En plus du formulaire rempli, ils doivent envoyer un relevé officiel du dossier de la dernière année complète et de l’année courante avec le sceau de l’école et la signature du registraire, une courte composition, et deux lettres de référence (une scolaire et l’autre non scolaire). Le tout doit être posté à Bourses Lombard-LRC, case postale 440, succursale A, Toronto (Ont.) M5W 1C2. La date d’échéance est le vendredi 2 juin.

L’Année de l’ancien combattant a été célébrée de bien des façons

Ça a commencé tout doucement, une idée pour une année spéciale, mais quand elle est arrivée à la fin, l’Année de l’ancien combattant avait vraiment été quelque chose. Dans tous les coins du pays, d’Inuvik à Corner Brook, en passant par Comox, les Canadiens se sont présentés en nombre record pour soutenir leurs anciens combattants durant 2005. Qu’il s’agisse des foules immenses de Canadiens respectueux qui les acclamaient ou d’un jeune scout qui distribuait des timbres, les anciens combattants qui participaient à ces manifestations ne pouvaient faire autrement que de s’apercevoir que les Canadiens se souviennent de ce qu’ils ont fait, et ils sont reconnaissants.

L’année 2005 ne pouvait être qu’importante. C’est durant cette année-là qu’allait avoir lieu le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le nouveau Musée canadien de la guerre allait ouvrir ses portes. Un nouveau Livre du Souvenir allait être dédié. En Europe, les Hollandais préparaient une dernière grosse célébration pour recevoir leurs libérateurs. Mais, grâce surtout à la Légion royale canadienne, 2005 est devenue davantage qu’une simple année pleine de moments historiques, elle est devenue l’Année de l’ancien combattant.

“L’Année de l’ancien combattant est une idée de la Légion qui a prospéré jusqu’à devenir une année de célébrations et de commémoration après avoir été proclamée par le gouvernement du Canada”, dit la présidente nationale Mary Ann Burdett.

C’est en novembre 2004, que la ministre des anciens combattants Albina Guarnieri a fait l’annonce officielle que 2005 allait être dédiée à tous les hommes et femmes militaires du Canada qui ont servi leur pays à la guerre, aux conflits militaires et en temps de paix. C’était évidemment une bonne cause, et les filiales de la Légion ont partout répondu en organisant des manifestations et en participant de toutes les manières qu’elles l’ont pu.

“C’était l’année parfaite pour le faire et les filiales de la Légion ont vraiment relevé le défi en célébrant les gens les plus chéris au Canada, ceux qui ont fait de cette démocratie ce qu’elle est aujourd’hui : nos anciens combattants”, dit Burdett.

La première manifestation importante de l’année a aussi été une des plus grandes. Le 8 mai, le jour de la victoire en Europe, quelque 100 000 personnes se sont rendues au centre-ville d’Ottawa pour voir des milliers d’anciens combattants défiler du Monument commémoratif de guerre du Canada, en passant devant les édifices du Parlement, jusqu’au Musée canadien de la guerre qui ouvrait officiellement ses portes pour la première fois. Qu’ils fussent sur des chars d’assaut de la Seconde Guerre mondiale, qu’ils défilent en formation, ou même qu’ils aillent en autobus, les anciens combattants présents ce jour-là étaient traités comme des vedettes, et beaucoup ont été approchés par des Canadiens, jeunes ou vieux, qui désiraient les remercier de ce qu’ils ont fait.

Trois mois après, le 14 août, des anciens combattants, les membres de leur famille et des Canadiens s’assemblaient à nouveau, cette fois-là pour commémorer le 60e anniversaire de la victoire en Extrême-Orient et la fin de la Seconde Guerre mondiale. À peine quelques jours avant ça, le 9 août, des centaines de personnes s’étaient assemblées au parc Buffalo, à Calgary, pour commémorer la Journée des gardiens de la paix relativement nouvelle. C’est un signe des temps qui courent, vu que les vétérans de la Seconde Guerre mondiale sont moins nombreux chaque année, que notre attention se porte davantage sur les gardiens de la paix et sur les vétérans de la guerre froide.

“Lors de toutes ces activités, nous nous sommes toujours assurés d’être des représentants. Nous nous sommes toujours assurés d’inclure des bérets bleus et des membres actuels des Forces canadiennes, car ce sont les anciens combattants de demain”, dit Suzanne Sarault, la coordinatrice exécutive de l’Année de l’ancien combattant à Anciens combattants Canada.

Il est possible que l’événement de l’Année de l’ancien combattant qui a eu le plus d’importance soit l’adoption de la nouvelle Charte de l’ancien combattant. Ce fut certainement le bon moment pour voter une législation si importante.

“Une des manifestations les plus caractéristiques, du point de vue du service, a été l’adoption de la Charte de l’ancien combattant”, dit Sarault. “C’est une très bonne coïncidence que ce soit arrivé durant l’Année de l’ancien combattant. En fin de compte, l’adoption de la législation a eu lieu très rapidement. D’après moi, c’est très significatif, à mes yeux c’est la reconnaissance de leur contribution et c’est dire aux anciens combattants encore en service que le pays reconnaît aussi leur contribution.”

Par la suite, en automne, juste avant le jour du Souvenir, il y a eu un voyage exceptionnel de retour aux champs de bataille européens qui a donné l’occasion aux Canadiens d’apprendre les sacrifices et les accomplissements des peuples autochtones à la guerre. Le voyage spirituel autochtone en Belgique et en France a honoré les membres des Premières Nations, Métis et Inuits qui ont donné leur vie à la guerre et il a été très remarqué partout au pays.

En plus des grandes manifestations historiques, il y a aussi eu des efforts plus petits mais tout aussi importants durant toute l’année. À partir du 22 mars, Scouts Canada a commencé son projet Invitation au Souvenir, dans le cadre duquel 150 000 timbres où était inscrit Merci ont été distribué aux anciens combattants à travers le Canada. Les timbres ont été distribués individuellement aux anciens combattants par les jeunes scouts.

Le but de ce programme allait toutefois plus loin que le remerciement aux anciens combattants, il faisait partie d’un effort plus global ayant pour objet d’éduquer la jeunesse canadienne en les exposant aux anciens combattants et en leur donnant l’occasion d’écouter des histoires sur la vraie histoire vivante.

“Il existe un but plus important, de rappeler à la nation que nous avons encore une dette envers une génération de Canadiens désintéressés”, dit Guarnieri durant la cérémonie du lancement du projet. “C’est une dette que nous ne pouvons pas rembourser, alors on ne peut que rendre la pareille à quelqu’un d’autre.”

L’archive vidéo Des héros se racontent créée et publiée par Anciens combattants est aussi un projet de l’Année de l’ancien combattant qui va durer. Dans ces interviews, des vétérans de toutes les guerres du Canada décrivent leurs expériences en détail, offrant ainsi le patrimoine militaire du Canada à toute personne qui ait accès à la toile. Des héros se racontent se trouvent en cliquant le lien Le Canada se souvient au site d’ACC www.vac-acc.gc.ca.

La Monnaie royale canadienne aussi a joué un rôle, émettant plusieurs pièces commémoratives, dont une pièce de 25 cents de l’Année de l’ancien combattant qui a été émise peu de temps avant le jour du Souvenir. Auparavant, la Monnaie avait émis une nouvelle pièce de cinq cents en commémoration du 60e anniversaire du jour de la victoire en Europe. Les Forces canadiennes et la Gendarmerie royale du Canada se sont aussi mises de la partie, portant une épingle à insigne spéciale en 2005.

L’Année de l’ancien combattant ne s’est toutefois pas passée sans des moments de tristesse. Le dernier récipiendaire vivant de la Croix de Victoria, Smokey Smith, a trépassé en août. Après les funérailles que méritait ce héros national, on lui a rendu les honneurs funèbres en mer, comme il le désirait.

De plus, plusieurs autres des derniers vétérans de la Première Guerre mondiale du Canada sont morts en 2005, ne laissant que bien peu de survivants canadiens de cette guerre.

Quand on pense à toute l’année, ce ne sont pas les cérémonies particulières qui semblent si importantes, mais plutôt la synthèse de tous les efforts qui ont été faits pour organiser des centaines, peut-être même des milliers de manifestations.

“On aurait pu avoir un pique-nique, on aurait pu avoir une petite cérémonie musicale. Ce sont tous ces milliers d’activités qui sont mémorables, pas une seulement. Mais c’est ce qui a fait de l’Année de l’ancien combattant une année spéciale”, dit Sarault. “D’après mois, c’est de ça que je vais me souvenir, que tout le monde s’est rassemblé pour célébrer les anciens combattants.”

Bien que l’Année de l’ancien combattant ait inévitablement eu un terme, on n’est pas près d’en oublier l’esprit. Elle fait maintenant partie de notre patrimoine, tout comme les anciens combattants eux-mêmes.

2005 : L’année en résumé Une année spéciale pour les anciens combattants canadiens

L’année 2005 a été proclamée au pays en tant que “Année de l’ancien combattant”. Une idée que la Légion a proposée au gouvernement fédéral en 2004, l’Année de l’ancien combattant a été proclamée à la toute fin de 2004. Alors 2005, l’année du 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, a été pleine d’hommages parrainés par le gouvernement et des groupes d’anciens combattants en l’honneur de tous nos anciens combattants.

La Légion a fait la proposition, le gouvernement l’a faite sienne et les filiales de la Légion ont relevé le défi pour saluer nos anciens combattants. Aucune manifestation de la Direction nationale n’a eu lieu sans que l’importance de l’année spéciale ne fusse mentionnée. Cela comprenait les événements sportifs tout comme les cérémonies. En février, le Conseil exécutif national a aussi ajouté le Red Ensign canadien aux drapeaux officiels de la Légion en marque de respect envers ceux qui ont servi sous lui.

Les autres manifestations approuvées par la Légion comprenaient les suivantes : le dévoilement du septième Livre du Souvenir dans la chapelle du Souvenir à la Tour de la paix, à Ottawa; l’ouverture du nouveau Musée canadien de la guerre; le train du Souvenir qui a fait le trajet d’Halifax à Ottawa; le dévoilement d’une pièce des anciens combattants spéciale par la Monnaie royale du Canada; les célébrations à Ottawa du jour de la victoire en Europe; et les nombreux pèlerinages qui ont eu lieu. Les activités habituelles ont continué à la Direction nationale, même avec cette augmentation des activités, mais quelques préoccupations ont dû y être associées.

La première de ces préoccupations était un nouveau système de logiciels qui allait donner au siège social un programme de planification de ressources électronique (PRÉ) ayant pour but de subvenir aux besoins de tous les départements grâce à une base de données unique. Le programme, nommé Great Plains (grandes plaines), a été conçu de manière à augmenter les efficacités et économiser de l’argent. À la fin de l’année, l’analyse des systèmes était presque terminée et on se préparait à mettre finalement le logiciel en application en 2006.

La deuxième était la pelletée cérémonielle, le 30 septembre, pour le nouvel édifice qui doit être construit en tant que quartier général à Kanata. La nouvelle structure, approuvée par le Conseil exécutif national en février, devrait être occupée en septembre 2006.

C’est un comité ad hoc présidé par le président sortant Allan Parks qui s’est occupé du programme de construction. Ce n’était que l’un des nombreux comités qui se sont réunis au quartier général, ou par téléconférence, au cours de l’année. Afin de réduire les coûts d’opération au quartier général, les comités comme ceux des relations publiques, des anciens combattants, des services et des aînés (ACSA), des adhésions et des sports ont été réduits par Mary Ann Burdett, la présidente de la Direction nationale. D’autres méthodes de communication avec les représentants divisionnaires ont été utilisées afin de ne pas affecter l’efficacité des comités. Le Comité des relations publiques, présidé par le vice-président national John Alger a même réussi à réviser les détails du plan des relations publiques pour les années 2006 à 2008 par téléconférence après que le document principal ait été envoyé à tous les présidents divisionnaires des relations publiques.

Le service des relations publiques a continué de soutenir les autres comités en créant des manuels et des catalogues, en commençant une mise à jour du site de la toile, en fournissant des discours et en répondant à plus de 5 000 demandes envoyées par courriel durant l’année. Il a opéré le système interne de courriel e-legion et affiché les messages provenant de la Direction nationale dans un nouveau panneau d’affichage auquel tous les légionnaires ont accès. Son soutien des autres comités a compris un travail très détaillé pour les gens qui servaient au Comité des adhésions.

Le Comité des adhésions, présidé par le vice-président Bob Gray, a révisé ses philosophie et programme stratégique pour deux ans à partir de 2006. Un nouveau plan concentré sur le recrutement et la réintégration ont été proposés en vue d’essayer de maintenir le nombre de membres car on est en droit de conclure d’après les indicateurs actuels que le nombre des membres de l’organisation pourrait diminuer d’un tiers, à cause des décès, rien qu’au cours des prochains cinq à dix ans.

On a discuté du lancement d’une nouvelle campagne de conscientisation concernant la croyance générale chez le public qu’il faut avoir fait son service militaire, ou être parent de quelqu’un qui l’a fait, pour être membre de la Légion. Une campagne de publicité variée a été élaborée pour s’occuper de cette question, en tant que partie d’une stratégie majeure, avec l’aide du Comité des relations publiques.

Afin d’assister les filiales pour ce qui a trait aux questions administratives concernant le sociétariat, le service, dirigé par Karen Mackarous, a affiché dans sa section du site web de la Légion www.legion.ca un avis électronique du genre facture visant les frais d’adhésion. Il a été conçu afin de permettre le fusionnement des avis de frais d’adhésion avec les fichiers du sociétariat afin d’envoyer des annonces personnalisées concernant les frais d’adhésion aux membres plutôt que des avis de rappel ou des appels téléphoniques.

Les prix des adhésions pour 2005 ont aussi été remis en 2006 aux divisions pour les meilleures performances globales, pour le meilleur résultat dans les renouvellements et pour celles qui ont obtenu une augmentation dans le cadre de leur Campagne de renouvellement lève-tôt. En 2005 les prix de 2004 avaient été remis à la Division du Québec dans les deux premières catégories alors que la Division de la Colombie-Britannique/ Yukon avait obtenu le trophée pour la troisième grâce à une augmentation de presque neuf pour cent.

Le département s’est aussi trouvé au milieu d’importants changements quand on a installé de nouveaux logiciels. Les défis étaient nombreux et excitants, car les résultats concernant le sociétariat affectent les opérations globales de la finance et de l’approvisionnement, ainsi que Canvet Publications Ltd.

Durant l’année, la voie stratégique qu’avait conçue le directeur du département de l’approvisionnement Peter Underhill est entrée en jeu et au département on a vu la quantité de commandes augmenter de 8 400 commandes en 2004 à 14 600 en 2005. Plus de 200 nouveaux produits ont été présentés par l’entremise d’un nouveau système de catalogue dynamique et des plans ont été mis en place afin d’inaugurer une nouvelle boutique web en 2006. L’acceptation des cartes de crédit comme mode de paiement a été étudiée et ce sera chose faite en 2006; et on a aussi remarqué une augmentation de 5 pour cent en ce qui concerne le matériel du coquelicot durant l’Année de l’ancien combattant, une indication que 2005 a été une année importante au Canada en ce qui a trait au souvenir.

Le Comité du coquelicot et du souvenir, sous la direction du premier vice-président national Jack Frost a été un intervenant important dans le succès de cette année spéciale, surtout en informant la jeunesse du Canada des sacrifices de nos anciens combattants et de nos héros tombés au champ d’honneur. Le comité a entrepris un projet avec Anciens combattants Canada qui a pour but de produire une brochure pédagogique intitulée Heroes And Poppies (Héros et coquelicots), laquelle a été postée à toutes les filiales de la Légion et écoles du Canada. Le comité a aussi renouvelé sa promesse de continuer à promouvoir le poème Au champ d’honneur en tant qu’outil d’importance.

Plus de 25 000 personnes ont assisté à la cérémonie nationale du Souvenir de 2005 à Ottawa, la plus grande foule qu’on y ait vu depuis plusieurs dizaines d’années. La Gouverneure générale, Michaëlle Jean, nouvellement nommée commandante en chef et patronne de la Légion, a déposé une couronne au mémorial et puis elle a visiblement réconforté la mère de la Croix d’argent nationale Claire Léger de Stittsville (Ont.), après qu’elle ait déposé une couronne de la part de toutes les mères au Canada qui ont perdu un fils ou une fille au service de la nation. Léger, accompagnée par son mari Richard, est la mère de feu le sergent Marc Léger qui a été tué en Afghanistan en 2002. La Légion lui avait demandé d’accepter cette nomination plus tôt que d’habitude à cause du nombre de manifestations qui allaient avoir lieu en 2005.

Les gagnants senior des concours littéraires et d’affiches annuels de la Légion étaient aussi devant le monument. Ils avaient été choisis parmi les 75 000 élèves qui avaient envoyé leur soumission dans toutes les catégories. La couronne a été déposée de la part de la jeunesse du Canada par Nathan MacLeod de Pugwash Junction (N.-É.) (affiche en couleurs), Mari Sakamoto de Banff (Alb.) (affiche en noir et blanc), Angela Malec de Dartmouth (N.-É.) (composition) et Melanie de Andrades de Brossard (Qc) (poésie). Le groupe de personnalités et eux étaient accompagnés en tant que porteurs de couronnes par les cadets exceptionnels de la marine, de l’armée et de l’air du Canada que leur propre ligue avait choisis.

L’année a aussi été marquée par un Pèlerinage national du souvenir des leaders de la jeunesse en Europe dirigé par la Légion. Il y avait 19 pèlerins représentant les 10 divisions qui ont participé à ce retour aux champs de bataille et aux cimetières européens. Le voyage, mené par la vice-présidente nationale Pat Varga leur a servi à mieux comprendre ce que c’est que le souvenir, en se concentrant surtout sur les jeunes et leur compréhension des sacrifices de nos anciens combattants.

Le Comité du souvenir et du coquelicot a aussi été content de l’importance que les grandes sociétés comme Tim Hortons et McDonald’s Canada ont mis sur le souvenir, ces deux dernières ayant fait des efforts pour promouvoir la campagne du coquelicot annuelle dans leurs points de vente. Le comité a aussi publié un manuel du coquelicot mis à jour durant l’année, dans lequel avaient été inclus toutes les modifications approuvées par le Congrès de 2004 à London (Ont.).

Les Canadiens ont aussi été portés à se souvenir en 2005 quand, au mois d’août, ils ont appris le décès du dernier récipiendaire de la Croix de Victoria, supporter de longue date de la Légion et promoteur infatigable du Souvenir, le sergent (à la retraite) Ernest Alvia Smith, V.C., “surnommé Smokey”. C’était le seul simple soldat du Canada à avoir obtenu cette décoration durant la Seconde Guerre mondiale.

On demanda à la présidente Mary Ann Burdett d’être porteuse de cercueil honoraire à ses funérailles à Vancouver et de faire le panégyrique de cet homme qui était devenu une icône dans les rangs de ceux avec qui il avait servi. Les gens qui l’ont rencontré vont se souvenir de lui à jamais en tant que personne qui exemplifiait la raison d’être de l’Année de l’ancien combattant. Le bureau des services de la Légion, quant à lui, s’est toutefois concentré sur les besoins des anciens combattants encore vivants.

On a été des plus heureux à la Légion quand le gouvernement fédéral a annoncé, en avril, la nouvelle Charte des anciens combattants du Canada. L’adoption de la nouvelle législation au mois de mai a été considérée comme une préparation du terrain pour la transmission du flambeau par nos plus vieux anciens combattants en ce qui concerne le soutien auquel ils peuvent s’attendre de la part du gouvernement en reconnaissance de leur service à la nation. La présidente du Comité des ACSA, la présidente nationale Mary Ann Burdett, s’est entretenue sur la question avec la ministre des anciens combattants Albina Guarnieri, en janvier 2005, et elle a témoigné au mois de mai devant le comité du Sénat sur la finance nationale où elle confirmait que la Légion soutiendrait le projet de loi C-45. Les règlements proposés ont été publiés en décembre pour obtenir les réactions du public.

La présidente nationale a aussi fait des présentations au sous-comité des affaires des anciens combattants, en février, sur le réseau du bureau des services et elle a assisté à des réunions régulières avec le sous-ministre des services aux anciens combattants à Charlottetown et à Ottawa. Ces dernières avaient lieu dans le but de discuter des changements de politiques et de processus. Elle a assisté à la réunion générale annuelle de l’Union des employés d’Anciens combattants Canada en octobre où elle s’est adressée aux délégués et elle a aussi siégé à des tables rondes à Ottawa, en novembre, sur la question de la préférence concernant les emplois dans la fonction publique.

Le bureau des services, dirigé par Pierre Allard, a organisé des sessions à Winnipeg, au mois de septembre, et à Ottawa, au mois d’octobre, dans le but de tenir au courant les agents des services des directions. Le bureau a aussi pris part à des sessions de formation à Montréal, en septembre, et à Charlottetown, en novembre. La fermeture du bureau de la Légion à Charlottetown a aussi donné lieu au transfert des pouvoirs au bureau national où les premiers ont été apportés au Tribunal des anciens combattants (révision et appel) au mois d’août. Le bureau a aussi organisé des sessions de formation pour nouveaux agents des services.

Les sondeurs des soins de long durée de la Légion ont continué à visiter des anciens combattants dans les institutions, de la part d’ACC, pour remplir les questionnaires sur le degré de satisfaction. Les sondeurs apportent beaucoup d’échos sur les conditions de vie générales et ils peuvent recommander des améliorations pour le bien des anciens combattants et des aînés qui y habitent. Leurs travaux sont coordonnés dans deux endroits et bien qu’il ait eu une session de formation en 2005, on s’attend à ce qu’il faille en avoir de nouvelles et que le programme soit prolongé.

Le Legion Housing Centre for Excellence (centre d’excellence du logement de la Légion) est arrivé au bout de sa cinquième année d’opération en 2005. Le répertoire national de l’habitation a été mis à jour et des copies en ont été offertes aux directions divisionnaires alors que le centre continue de fournir une assistance et des conseils précieux aux filiales et aux directions de la Légion.

Le directeur Allard a aussi représenté la Légion au congrès de fin d’une vie/soins palliatifs à Vancouver au mois de juin, a renseigné une délégation chinoise sur son opération au mois d’août et a informé l’ombudsman sur le bureau et son modèle de prestation des services en décembre. Il s’est aussi adressé au TAC(RA) lors de sa réunion annuelle à Montréal, en octobre, sur les questions soulevées par les décisions aux audiences à propos de l’interprétation de la diligence raisonnable et de la perte de l’ouïe, qui, aucune des deux, ne favorisent les anciens combattants.

Le premier vice-président national et vice-président du Comité des ACSA Jack Frost a eu bien du pain sur la planche durant l’année quand il s’agissait des questions intéressant les anciens combattants et les aînés. À une table ronde du gouvernement, en novembre, à Ottawa, il a organisé une séance d’information officielle soulignant les résolutions de la Légion qui touchent aux programmes des aînés, comme un programme d’autonomie des aînés, un fonds renouvelable pour contrebalancer l’obligation de fournir une mise de fonds pour les projets de logement à prix abordable, l’adoption d’une déclaration des droits des aînés et le partage du revenu de pension entre les membres d’un couple d’aînés mariés qui servirait à égaliser l’impôt établi.

La gestion de la Légion par la Direction nationale en 2005 a compris les opérations sportives. Le vice-président des débats national Wilf Edmond et le Comité des sports ont mis à jour et réimprimé le Guide des sports et composé un questionnaire qui devait être distribué aux directions divisionnaires à propos de leurs programmes d’athlétisme. Les économies, toujours un problème, ont obligé le comité à chercher des manières de s’assurer que les participants aux sports de participation des membres ne soient remboursés que du prix économique annoncé lors de leur voyage. Ils se sont aussi penchés sur la possibilité de réduire les Championnats nationaux d’athlétisme d’un jour. Les décisions sur ces mesures seront prises en 2006.

Entre-temps, les Championnats d’athlétisme de 2005 ont eu lieu à Edmonton et plus de 350 athlètes, chaperons, entraîneurs, et donneurs d’ateliers provenant des 10 divisions et d’Athlétisme Canada y ont participé. Les divisions de l’Ontario et de la Colombie-Britannique/ Yukon ont pris la tête à la chasse aux médailles durant laquelle 50 d’entre elles ont été remises aux athlètes représentant chacune de ces deux divisions. La Division du Québec en a obtenu 31.

Le Comité des sports a aussi choisi Oromocto (N.-B.) comme site des championnats de 2007 et les épreuves de sports de participation des membres vont avoir lieu aux endroits suivants : curling régulier, filiale A.H. Foster MM Memorial de Kingston (N.-É.); curling senior, filiale Normandy de New Glasgow (N.-É.); cribbage, filiale Fairview d’Halifax; et fléchettes, filiale Miscouche (Î.-P.-É.).

Les épreuves de 2005 ont été bien couvertes par la revue Légion et les gagnants y ont été annoncés. Mais les prix nationaux décernés aux participants n’étaient pas ceux dont a discuté le Comité national des décorations et récompenses. Le nouveau comité, dirigé par Les Rowbottom, a été conçu de sorte à fonctionner comme centre d’excellence pour les soumissions au bureau du Gouverneur général pour les distinctions nationales et à ACC pour la Mention élogieuse du ministre. Suite à des réunions avec les principaux organismes gouvernementaux, les membres du comité se sont réunis avec ACC en 2005 et ils ont commencé sa consolidation de l’information tout en composant le manuel officiel. Ils ont aussi cherché des manières de mettre au point les stratégies de communication pour aviser les filiales de sa disponibilité.

Pendant son stade de mise au point, le Comité des décorations et récompenses a consulté le Comité des rituel et insignes de la Légion existant à propos de nombreuses questions, ce qui a fait augmenter la charge de travail de ce dernier. Néanmoins, le comité présidé par George O’Dair a fini son travail en 2005. Il a révisé 201 soumissions et décerné ou approuvé 74 MSM, 17 MSA, 34 palmes pour la MSM et 7 palmes pour la MSA. En plus, le comité a traité et décerné 24 récompenses de média et 23 récompenses de l’amitié.

Alors que les récompenses ont été jugées importantes pour le bien-être du sociétariat, le bien-être des troupes du Canada au pays et à l’étranger l’ont aussi été. Le Comité des relations publiques a continué ses programmes de soutien du militaire en 2005 grâce à des octrois servant à aider l’équipe de la marche Nimègue à visiter le plateau de Vimy en France. L’équipe a aussi été accompagnée lors de ses marches de quatre jours par le légionnaire Jack de Bruijne de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon.

La tournée de spectacles qui est allée visiter nos troupes en Afghanistan en octobre a été parrainée par la Légion et le trésorier national Mike Cook l’a accompagnée. Il est revenu avec un rapport élogieux sur son succès. La Légion a parrainé à nouveau les prix des sports militaires en 2005 et, par l’entremise de l’Opération père Noël, elle s’est assurée que nos troupes déployées reçoivent un cadeau de la Légion à la Noël. Juste avant le déploiement de la tournée de spectacles, la présidente nationale Burdett et le président national des débats Tom Irvine ont accompagné le chef d’état-major de la défense lors d’une visite en Afghanistan comme partie de l’approche de l’équipe du Canada pour renforcer le moral des troupes. Une fois de plus la Légion était aux premières lignes des opérations quand il s’agissait de soutenir les militaires alors qu’un autre comité à Ottawa s’efforçait d’assurer l’efficacité de nos troupes.

Le Comité de la défense, présidé par Lou Cuppens, a continué d’observer les développements concernant l’arrivée de la nouvelle Charte des anciens combattants tout en surveillant de près les développements dans la collectivité de la défense, surtout la vision militaire à venir. Il a témoigné devant le Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants du Sénat en juin et a maintenu des liens serrés avec les autres intervenants importants par l’entremise du Congrès des associations de la Défense. L’élection fédérale annoncée à la fin de l’année 2005 a aussi causé beaucoup d’intérêt, mais ce n’est pas la seule chose qui a attiré l’attention des légionnaires en 2005.

Les 10 directions divisionnaires ont changé de leaders en 2005 car il y a eu des congrès divisionnaires d’un océan à l’autre. Pendant ce temps, à Ottawa, le Comité national des congrès se préparait pour le Congrès de 2006 qui va avoir lieu à Calgary du 25 au 28 juin.

L’appel au congrès a été lancé et les comités à Ottawa sont en train de réviser les résolutions qui leur ont été envoyées. Le Comité des constitution et lois présidé par Jim Rycroft, pour se préparer au congrès, a révisé les arrêtés généraux reliés aux soumissions concernant les modifications et l’impact que l’article trois a sur les gens élus pour diriger les filiales. Une réunion du Comité de liaison des présidents divisionnaires, présidé par la vice-présidente nationale Pat Varga, a eu lieu durant laquelle on se penchait sur les problèmes des directions divisionnaires d’un point de vue national.

Une réunion antérieure du CEN, en février, avait pris des décisions sérieuses et bien réfléchies à propos du déménagement du quartier général et de l’adoption de frais d’adhésion unitaires pour assumer les dépenses encourues durant l’année. Mais le trésorier national Mike Cook a annoncé que la direction allait faire face à un revenu critique à l’avenir, malgré son serrement de ceinture, même si les objectifs étaient atteints. Il a aussi remarqué que les comités et le personnel avaient été réduits au strict minimum.

Le comité de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC) est un domaine où la réduction des coûts n’est pas un facteur important. Les membres qui ont assisté aux congrès divisionnaires en 2005 ont à nouveau donné généreusement et les fonds donnés pour maintenir les opérations dans la région des Antilles, qui sont des plus actives, étaient suffisants. Le financement assuré, et les besoins ayant diminué un petit peu parce que la population des vétérans de la Seconde Guerre mondiale a rapetissé, le comité a réussi à remplir tous ses engagements. Au mois de juin, la Légion s’est aussi faite l’hôtesse du Congrès triennal de la ligue, lequel avait l’Année de l’ancien combattant comme thème.

Des délégués de 54 pays ont assisté à Ottawa au congrès ouvert par la ministre des anciens combattants qui a profité de son calendrier d’allocutions auprès des délégués pour décerner par la suite une Mention élogieuse du ministre à la présidente nationale Burdett pour la féliciter de son dévouement concernant l’amélioration du sort des anciens combattants canadiens. La présidente nationale, qui avait été nommée auparavant présidente du congrès, a été émue.

Le congrès a eu comme événement marquant une cérémonie commémorative au Monument commémoratif de guerre du Canada, une visite par les délégués à la résidence du Gouverneur général où la Gouverneure générale Adrienne Clarkson les a reçus, et une visite au Musée canadien de la guerre qui venait d’ouvrir. L’avenir de la participation du Canada à la ligue est un sujet dont on va discuter en 2006 car la ligue est en train de penser à son avenir à la lumière de la diminution du nombre d’anciens combattants du Commonwealth qui ont besoin d’assistance. La Légion va toutefois maintenir son engagement envers les anciens combattants antillais qui ont besoin de notre aide.

L’année 2005 en a été une où la Direction nationale a été très occupée. En plus de ses devoirs habituels, la présidente nationale a dû participer à nombre de manifestations que personne ne pouvait prévoir. L’une de ces dernières était le mariage du filleul de la Légion, le prince Floris, en Hollande où elle a eu l’occasion de se joindre au voyage spirituel des Autochtones du Canada qui étaient allés chercher les esprits de ceux qui ont servi là-bas aux guerres du Canada pour les ramener chez eux. Elle a été l’une des invitées à l’installation de la nouvelle Gouverneure générale et, n’importe à quel point elle était occupée, elle a quand même assisté aux manifestations de filiales quand cela lui était possible.

Durant l’Année de l’ancien combattant, tous les légionnaires ont fait ce qu’ils ont pu pour faire de 2005 une année très spéciale, et ils ont réussi. L’an prochain, il va y avoir de nouveaux défis à relever, et une nouvelle garde va prendre la relève pour ce qui a trait aux responsabilités de diriger et maintenir la Légion royale canadienne. Eux aussi vont avoir de quoi s’occuper alors que la Légion continue de s’attaquer aux importants problèmes pour nos anciens combattants, à la perpétuation du Souvenir et à sa propre continuation en tant que principale organisation de soutien des anciens combattants qui a son port d’attache dans la localité.

À votre service – Programme d’approche pastorale

En automne 2003, Anciens combattants Canada et le ministère de la Défense nationale ont lancé un projet mixte ayant pour objet de coordonner plus systématiquement la prestation de soins pastoraux aux anciens combattants et à leur famille. Cette initiative reconnaissait entre autres que les aumôniers des Forces canadiennes n’ont pas de mandat, pas de responsabilité, pour secourir le personnel à la retraite. Bien que les aumôniers de la Légion aient toujours offert leur aide quand ils le pouvaient, ils ne peuvent pas subvenir aux besoins pastoraux de tous les anciens combattants et de leur famille partout au Canada.

Le mérite doit revenir aux deux groupes. Ils ont fait de leur mieux fidèlement dans les circonstances qui régnaient. Malheureusement, certains des membres du personnel à la retraite et de leur famille passent entre les mailles du filet et ils n’obtiennent pas de soin pastoral du tout, surtout quand ils ne sont pas membres d’une paroisse civile. Souvent, cela arrive durant les temps les plus difficiles de leur vie : quand ils doivent s’occuper de questions qui concernent la fin de la vie, comme lorsqu’ils sont à l’agonie, à l’occasion de la mort d’un être cher, des funérailles et de deuil. Le projet d’approche pastorale est une tentative de redresser cette situation.

Maintenant, après plus de deux ans d’essais et d’évaluation, cette initiative est sur le point de devenir un programme officiel. Il va être inclus dans la liste des programmes disponibles à notre personnel à la retraite et à leur famille dans le cadre du nouveau Programme de modernisation des anciens combattants. Ce programme va fonctionner grâce à un bureau national situé au Centre d’Ottawa, et il va profiter d’un réseau de clercs mandatés partout au Canada.

Ce réseau va consister principalement d’aumôniers des Forces canadiennes à la retraite, d’aumôniers de la Légion, et d’autres membres du clergé civils qui ont une certaine expérience et des connaissances directes du mode de vie militaire. À l’occasion, il faudra profiter du sacerdoce de clercs civils qui ne sont pas familiers avec les Forces canadiennes, surtout en cas d’urgence. Tous les membres du clergé, toutefois, seront approuvés et mandatés spécifiquement pour ce sacerdoce. Une fois qu’on leur aura demandé de donner des soins pastoraux, ils seront rémunérés pour leurs services et on leur remboursera ce qu’ils auront été obligés de dépenser.

Si vous êtes membre du clergé ordonné ou mandaté, de n’importe quel culte ou groupe confessionnel, et que vous êtes intéressé à devenir membre de ce réseau, on vous invite à en faire la demande. Les formulaires de demande et les brochures sont disponibles par l’entremise du site web http://www.forces.gc.ca/centre. Vous pouvez aussi écrire au gestionnaire du programme à : DDVPC 6, Quartier général de la Défense nationale, Édifice major-général G.R. Pearkes, 101, promenade Col. By, Ottawa (Ont.) K1A 0K2, ou composez le 1-800-883-6094. Vous pouvez aussi prendre contact avec la Légion par l’entremise du directeur Pierre Allard du Bureau des services de la Légion au (613) 235-4391 ou par courriel à pallard@legion.ca.

La Légion est fière de participer à ce programme et heureuse de la recommander aux aumôniers de la Légion.

Placement des nouveaux anciens combattants

Comme on en a discuté auparavant, un programme de placement va être mis en oeuvre pour les vétérans des Forces canadiennes en vue de les aider à rentrer dans la main-d’oeuvre civile par l’entremise d’une formation de recherche d’emploi, de l’amélioration des compétences, et de l’assistance pour trouver un emploi. La Légion royale canadienne est en train d’étudier la possibilité de jouer un rôle dans le programme de placement où, parmi d’autres responsabilités, des bénévoles entraînés ayant accès à une base de données numérique fournie par l’entrepreneur pourraient assister les vétérans des Forces canadiennes à trouver un emploi adéquat grâce à un matériel de marketing et à d’autres ressources.

Du point de vue de la Légion, cela pourrait servir à établir un bon rapport avec les vétérans des Forces canadiennes, la source logique de recrues. Ce programme pourrait fonctionner selon un processus semblable à l’étude des soins de longue durée si réussi qui a été mené par des bénévoles de la Légion. Si vous êtes intéressé à participer à un tel réseau, veuillez prendre contact avec Pierre Allard, le directeur du Bureau national des services de la Légion, au (613) 235-4391 ou par courriel à pallard@legion.ca. Des gens nous ont déjà avisé qu’ils ont l’intention de participer et nous serions heureux d’avoir d’autres bénévoles, y compris des membres d’autres organisations d’anciens combattants.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

Les morts de Grosse Île

Un grand nombre de personnes à la recherche d’une vie meilleure immigrent au Canada durant le 19e siècle. La plus grande partie l’ont trouvée. Mais pour certains, le voyage vers un nouveau début s’est terminé de manière brusque. Des milliers sont morts peu de temps après avoir quitté le pays natal, soit dans des bateaux bondés, soit dans des postes de quarantaine sordides. La cause de la plupart des morts était la maladie, surtout les grands niveleurs que sont le choléra et le typhus.

Aujourd’hui, la paix et la beauté d’une petite île située au milieu du fleuve St-Laurent, près de Québec, jurent avec la grande tragédie qui y a eu lieu il y a presque 160 ans. Les événements déchirants de la saison du transport maritime de 1847 font partie des plus tristes histoires du Canada, des événements qui font que l’île minuscule a été surnommée le cimetière irlandais le plus à l’ouest du monde.

Malgré ses petites dimensions, à peine un kilomètre de largeur et trois kilomètres de longueur, l’île porte le nom de Grosse Île. Au début, pendant une bonne partie de son existence, les collines de l’île couvertes d’épaisses forêts étaient pratiquement inhabitées. Ensuite, des événements ayant lieu en Europe ont concouru pour faire augmenter sa population de manière spectaculaire. À partir de 1815, après la fin des guerres napoléoniennes, de plus en plus d’immigrants quittaient les îles britanniques pour s’établir en Amérique du Nord britannique, comme on appelait alors le Canada. Beaucoup venaient des classes plébéiennes, désireux de fuir les conditions sordides des villes surpeuplées ou l’agriculture de subsistance. Les gens pauvres, sous-alimentés et chétifs, étaient prédisposés aux maladies, surtout les épidémies des maladies infectieuses mortelles répandues qui faisaient alors des ravages en Europe.

Après la grande éruption de choléra de 1831 en Grande-Bretagne, les autorités canadiennes avaient peur que les immigrants arrivant par la voie du St-Laurent l’année suivante allaient apporter la maladie au pays. En février 1832, l’Assemblée du Bas-Canada (Québec) décidait d’établir un poste de quarantaine à la Grosse Île. En ce temps-là, la plupart des immigrants qui venaient au Canada arrivaient au port de Québec. La Grosse Île était un endroit idéal pour les examiner parce qu’elle n’était qu’à 48 kilomètres de Québec, qu’elle se trouvait sur la voie maritime et qu’elle était à une assez grande distance de sécurité de la population locale.

Au printemps 1832, le personnel médical, les soldats et les ouvriers commençaient à arriver sur l’île pour construire le poste, y compris un hôpital et deux “hangars”, chacun pouvant abriter 300 personnes en santé. Les premiers cas de choléra étaient découverts cet été-là, et il fallut aux autorités médicales jusqu’au mois de novembre pour maîtriser la maladie. Le poste de quarantaine avait survécu à son premier test et, durant les 15 années suivantes, on réussit à s’y acquitter de ses responsabilités de manière relativement paisible, malgré une autre éruption de choléra en 1834. Mais rien n’aurait pu préparer le personnel aux événements de 1847.

*  *  *

On pourrait dire que l’humble patate en a été la cause. Durant l’occupation de l’Irlande par Oliver Cromwell au milieu du 17e siècle, les Irlandais avaient été poussés à l’Ouest de l’île, où il y avait trop d’humidité pour que le grain mûrisse. La patate était la solution. Elle permit aux Irlandais de survivre, mais les obligea à ne compter que pratiquement sur une seule récolte. La patate permit aussi à la population irlandaise de croître rapidement. En 1841, à plus de huit millions, elle avait triplé en moins de 100 ans. L’Irlande était devenue le pays le plus populeux d’Europe, les locations à ferme devenant si serrées qu’on ne pouvait les diviser davantage.

Malgré ses nombreux avantages, la patate avait un grand inconvénient : elle était sujette aux maladies. En 1845, le mildiou causa une récolte déficitaire presque totale. C’est l’Irlande qui souffrit le plus parce qu’elle dépendait plus de la patate que n’importe quel autre pays. Les propriétaires anglais et leurs agents impitoyables firent empirer la situation. Leur réponse, et celle du gouvernement, fut lente et insuffisante. En 1846, la récolte fit encore plus défaut que celle de l’année précédente, et elle fut suivie par le pire hiver de mémoire d’homme. Les gens mangeaient n’importe quoi, des patates pourries, des algues, des orties… et puis ils mouraient de faim. Le point de vue au gouvernement d’alors, impitoyable, était que l’Irlande devrait être autosuffisante, et l’approvisionnement de nourriture gratuite ou bon marché priverait le secteur privé des bénéfices auxquels il avait droit.

Les autorités finirent par organiser des soupes populaires, mais elles fournissaient de la soupe au prix le plus bas possible, sans s’occuper de la valeur nutritive. D’autres atrocités s’ensuivirent. Certains propriétaires expulsèrent les locataires afin de transformer la terre en pâturage. Des agents malhonnêtes escroquaient les pauvres fermiers. Pour ceux qui le pouvaient, la seule solution était de quitter l’Irlande. Beaucoup d’Irlandais choisirent le Canada, espérant se glisser aux États-Unis à la première occasion après qu’on y eut promulgué plusieurs règlements ayant pour but d’empêcher les navires d’immigrants britanniques d’entrer dans les ports américains.

Des milliers d’immigrants, qui étaient déjà affaiblis, tombèrent malades en attendant de s’embarquer ou dans les cales surpeuplées des bateaux, dont la plupart n’avaient pas suffisamment d’eau potable ou de nourriture comestible. Un navire transportant 400 passagers ou plus pouvait en avoir perdu 100 durant les six à neuf semaines qu’il fallait pour traverser l’Atlantique. La plupart des immigrants s’embarquaient dans des navires transporteurs de grumes, des vaisseaux qui apportaient du bois de sciage en Grande-Bretagne et qui normalement étaient vides au retour. Maintenant, ils transportaient du lest vivant qui avait payé, dans des cales de stockage qui n’étaient pas faites pour des humains.

Le récit d’un prêtre anonyme à la Grosse Île témoigne des conditions terribles dans les navires d’immigrants : “Il est impossible de décrire la saleté et la puanteur de ces porcheries. On peut trouver deux, trois, même quatre cents malades dans un seul navire, attaqués par la fièvre typhoïde et la dysenterie, la plupart couchés sur les ordures qui se sont accumulées sous eux au cours du voyage; en plus des malades et des mourants, il y avait les cadavres qui n’avaient pas encore été inhumés en mer. Sur les ponts, il y avait tellement de saleté qu’on pouvait facilement y voir les traces de pas. À tout ceci, ajoutons la mauvaise qualité de l’eau, la pénurie de nourriture et vous pourrez vous imaginer un peu les conditions où se trouvaient les gens durant le long et dur voyage.

À la Grosse Île, de nouveaux hôpitaux pouvaient recevoir jusqu’à 200 patients (il n’y en avait jamais eu plus de 100 à la fois auparavant), alors que d’autres hangars servaient à abriter 800 personnes. Le directeur médical était le docteur George Mellis Douglas. Son fils, le docteur Campbell Mellis Douglas, s’est engagé dans l’Armée britannique et on lui a décerné la Croix de Victoria en 1867, aux îles Andaman.

Le 14 mai 1847, le voilier Syria de Liverpool arrivait à la Grosse Île au bout d’un voyage de 46 jours. Neuf de ses 245 passagers étaient morts en route, et 52 autres souffraient de la dysenterie ou du typhus. Le 23 mai, il y avait 530 malades dans les hôpitaux de l’île, et on comptait 40 à 50 morts par jour. Au cours de l’été, un flot incessant d’immigrants continuait d’arriver, dont la plupart étaient affaiblis par la faim et ravagés par les maladies, surtout le typhus.

Quand la saison du transport maritime se terminait, six mois plus tard, plus de 440 vaisseaux avaient apporté presque 100 000 personnes au Canada. Six sur sept étaient irlandais. Le nombre des morts qui avaient eu lieu durant la traversée ou en quarantaine dans leurs navires s’élevait à 5 293, et 3 452 étaient morts au poste. Il y a eu aussi 8 732 qui sont morts dans les hôpitaux à travers le Québec et l’Ontario. Presque deux immigrants sur 10, la plupart étant des Irlandais, n’ont pas eu l’occasion de s’établir dans leur nouveau pays.

Alors que de plus en plus de bâtiments arrivaient avec de plus en plus de passagers, dont beaucoup étaient malades, le docteur Douglas, son personnel et les installations sur l’île se sont vite trouvés débordés. Durant l’été et le début de l’automne, les autorités ont essayé de s’en sortir en fournissant immédiatement des tentes, et puis d’autres hôpitaux et d’autres hangars. Malheureusement, il n’y avait pas assez de gens pour monter les tentes car nombreux étaient les travailleurs qui refusaient de s’approcher des hôpitaux.

Des centaines de patients attendaient sur l’île et il y en avait tout autant dans les navires à l’ancre. Des milliers d’autres étaient retenus, y compris, ce qui était le plus triste, des douzaines de nouveaux orphelins. Des familles de bons Canadiens français adoptèrent la plupart des orphelins, dont beaucoup purent garder leur nom de famille irlandais, comme Kelly, O’Connor et Ryan. Le nombre de morts qu’on ensevelissait chaque jour, de 50 à 60, s’éleva jusqu’à 85. Robert Whyte, un immigrant, décrivait ainsi la scène : “Une autre scène, encore plus affreuse, était celle où une ligne continue de bateaux faisait un cortège funèbre sans fin, chacun transportant sa cargaison de morts au cimetière.”

Il y a trois cimetières à la Grosse Île, où ont eu lieu 7 756 enterrements. Le plus grand, celui qu’on appelle le cimetière irlandais, est dans la partie ouest. Plus de 6 000 victimes y ont été ensevelies, y compris 5 424 rien qu’en 1847. Auparavant, les enterrements sur l’île se faisaient dans des tombes individuelles. Débordés par le nombre d’enterrements à faire en 1847, les autorités durent avoir recours aux fosses communes. Les corps étaient placés dans des cercueils, lesquels étaient alors empilés trois de haut dans la terre. Il y avait si peu de terre sur l’île pour couvrir les fosses communes que des bateaux durent en apporter du continent.

Le même prêtre anonyme qui décrivait les conditions dans les vaisseaux donnait des soins aux malheureux bourrés dans les tentes : “À côté de chaque tente se trouvent des ordures en fermentation que personne n’a le temps d’enlever et, à l’intérieur, en deux ou trois rangées, gisent des squelettes vivants; avec à peine assez de paille où étendre leurs membres, hommes, femmes et enfants pêle-mêle; et si serrés qu’il est presque impossible d’y faire un pas sans marcher sur quelque partie de la masse qui respire encore. Presque tous souffrent de la dysenterie ainsi que de la fièvre, et ils sont trop faibles pour se traîner dehors, alors ils ne peuvent faire autrement que de se vautrer dans leur propre crasse. Ajoutez à cela la saleté générale des malades, la puanteur des loques dont ils sont couverts, et vous aurez une petite idée de la contamination à l’intérieur de ces taudis.

Sa description était tout aussi horrible pour les pauvres gens dans les édifices : “Dans les hangars les conditions ne sont guère tolérables pour les malades; les fenêtres qui ont pour objet de laisser pénétrer l’air frais laissent aussi pénétrer la pluie et le vent; il m’est arrivé plusieurs fois de voir de l’eau tomber abondamment sur les malheureux à l’agonie. L’air infectieux contient une puanteur épaisse qui ébranlerait les esprits les plus robustes. Ces abris ont entre cent et deux cents pieds de longueur. Au centre se trouvent deux rangées de lits superposés, alors les matières fécales de celui qui est dans le lit du haut tombent sur celui qui est couché dans le lit du bas.”

D’autres médecins, travailleurs et ecclésiastiques continuaient à arriver dans le chaos, mais c’était souvent un cas de “trop peu et trop tard”. Quand le logement à terre ne suffisait pas, les gens en santé devaient rester à bord avec les malades et les morts jusqu’à ce qu’on les autorise à débarquer. Même les chapelles catholique et anglicane avaient été converties en hôpitaux. En juin, 91 navires faisaient escale à la Grosse Île, ce qui donnait 15 000 immigrants en quarantaine en même temps. Parmi eux, au moins 2 000 étaient malades. Le typhus si contagieux fit des victimes parmi le personnel alors que médecins, aide-infirmiers, infirmières, travailleurs, policiers et membres du clergé tombaient malades. Plusieurs en moururent. Quand on apprit quelles étaient les conditions sur l’île, il devint de plus en plus difficile de recruter un nouveau personnel.

D’autres bâtiments arrivèrent en juillet et en août; et encore d’autres immigrants malades. Le nombre dans les hôpitaux, d’environ 1 450 en juillet, s’élevait jusqu’à plus de 2 000 le mois suivant. Malgré des règlements de quarantaine de plus en plus stricts au milieu du mois de juillet, de nouvelles éruptions de typhus continuaient à avoir lieu, et 225 à 325 personnes mouraient chaque semaine durant le mois d’août. Finalement, en septembre, le nombre d’immigrants commença à baisser et la moyenne de malades dans les hôpitaux diminua à 1 330. Les chapelles reprenaient leur rôle d’origine et le nombre de membres du personnel médical était réduit. À l’approche de l’hiver et de la fin de la saison du transport maritime, les autorités évacuaient le reste des patients vers Montréal et Québec et la plus grande partie du personnel quittait l’île. La saison d’enfer à la Grosse Île était finie.

* * *

La Grosse Île est restée le lieu d’un poste de quarantaire jusqu’en 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale et après, c’est devenu l’endroit d’un établissement du Conseil de recherches pour la défense où l’on faisait des expériences de guerre biologique. En 1956, le ministère de l’Agriculture obtenait l’île pour s’en servir de poste de quarantaine pour les animaux importés.

Vu l’importance de la Grosse Île dans l’histoire de l’immigration canadienne, le gouvernement fédéral a recommandé en 1984 d’y établir un lieu historique national. La planification débuta de la façon la plus appropriée pour commémorer l’histoire de l’île autour du thème le Canada : terre d’accueil et d’espoir. Lors des consultations publiques qui allaient suivre, une grande partie de la collectivité irlandaise du Canada et d’autres gens ont exprimé leur colère à propos de ce qui à leurs yeux était une tentative d’atténuer les événements pénibles de 1847.

Leurs pétitions obtinrent du succès et aujourd’hui l’île, connue sous le nom de Lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais, sert à raconter toute l’histoire des événements qui s’y sont déroulés. Près de 30 000 personnes la visitent chaque année, voyageant par navette d’un bout de l’île à l’autre et s’arrêtant à plusieurs édifices qui y sont préservés, et dont plusieurs contiennent des artefacts et des expositions.

La partie la plus émouvante de l’île est peut-être celle de l’ouest, qui touche surtout aux événements de 1847. Le cimetière des Irlandais s’y trouve, lequel est marqué par quelques croix blanches désolées. Les tertres et les sillons longs et ondulants du cimetière témoignent des fosses communes. Non loin de là se trouve le Monument aux médecins, une petite stèle érigée par le docteur Douglas en l’honneur des six médecins qui sont morts entre 1832 et 1847. La croix celtique, un des plus importants symboles irlandais, érigée par l’Ancient Order of Hibernians en 1909 est un des monuments qu’on trouve sur l’île. Le monument en granite de 14 mètres érigé en haut de Telegraph Hill, l’endroit le plus élevé de l’île, sert à commémorer les gens qui ont fui la Grande Famine irlandaise. Le dernier honneur date de 1998, quand on a dévoilé un mémorial qui donne sur le cimetière. Il sert à honorer les immigrants, surtout irlandais, et les employés du poste qui ont été ensevelis dans l’île entre 1832 et 1847.

Grâce à l’engagement et au dévouement de plusieurs personnes, la Grosse Île aujourd’hui représente une des histoires les plus tristes de l’histoire canadienne, tout en commémorant respectueusement ceux qui sont morts à la recherche d’une meilleure vie dans une nouvelle terre.

Succès au Musée canadien de la guerre

Le nombre de visiteurs au nouveau Musée canadien de la guerre semble prendre exemple sur la ligne du toit qui va en s’élevant.

On s’attend à ce que le MCG aura enregistré son 575 000e visiteur avant le 31 mars. Cette étape dépassera de beaucoup le chiffre de 400 000 qu’on prévoyait en mai dernier comme total des visiteurs de la première année. “Nous avons dépassé cette prévision durant la semaine du Souvenir de 2005”, nous dit le président-directeur général du Musée Joe Geurts. “Par rapport aux quelques dernières années à l’ancien endroit, le nombre de visiteurs a plus que triplé…”

C’est une excellente nouvelle pour le musée et pour le Canada. La longue attente pour un meilleur établissement a porté fruits. Ici, finalement, nous avons enfin la preuve que les Canadiens s’intéressent beaucoup à l’histoire militaire de leur pays, et que si l’on bâti un édifice novateur avec l’espace qu’il faut, le public va s’y rendre. Et de plus, il va apprendre. “Nous sommes très heureux de ce succès”, dit M. Victor Rabinovitch, président-directeur général de la Société du Musée canadien des civilisations, laquelle comprend le MCG ainsi que le Musée canadien des civilisations. “Le nouveau musée sert à faire connaître aux visiteurs l’histoire militaire du Canada dans ses dimensions personnelle, nationale et internationale…

Un sondage des visiteurs du musée indique que les gens de tous les âges s’y intéressent beaucoup. Geurts dit que 42 pour cent des visiteurs avaient entre 39 et 58 ans, 28 pour cent avaient entre 12 et 27 ans, 21 pour cent avaient entre 28 et 38 ans et 9 pour cent avaient plus de 58 ans.

Geurts est bien content aussi du fait que le 31 janvier, le nombre d’élèves qui avaient visité le MCG s’élevait à plus de 65 000. Parmi les faits à remarquer : 30 pour cent des visiteurs sont venus en tant que partie d’une famille, et le musée attire plus de femmes que jamais auparavant.

Soit, l’importance du nombre de visiteurs de la première année a été en bonne partie causé par l’ouverture officielle, en mai dernier, mais le nombre d’élèves qui réservent entre avril et juin a augmenté et il y a nombre d’indications que le succès va se poursuivre.

Geurts dit que l’écho des visiteurs est très positif. Il dit que bien des gens ont identifié l’architecture inhabituelle de l’édifice, ainsi que ses expositions (le salon d’honneur de la Légion royale canadienne compris), comme raisons d’y retourner. De surcroît, le musée fonctionne bien aussi parce qu’il donne aux visiteurs un lien personnel avec le passé militaire du Canada.

Il y a aussi eu des visiteurs qui ont offert des critiques constructives. On a fait de efforts pour améliorer les services à la clientèle et les panneaux qui se trouvent dans l’édifice de 440 500 pi. ca. Mais la leçon qui est peut-être la plus importante a été apprise par Geurts, et par d’autres gens, le premier jour. “Il faut que nous soyons fidèles à notre mission. Nous devons soutenir nos efforts, et ne jamais oublier que ce que nous faisons marche vraiment. En même temps, nous devons maintenir la nouveauté et continuer de présenter l’aspect personnel de la guerre…

À l’avenir du MDG!

Éditorial – Comprendre la mission en Afghanistan

Les soldats canadiens savent pourquoi ils sont en Afghanistan. Ce qui n’est pas aussi clair, toutefois, c’est à quel point leur dernière mission est comprise par le public canadien. Malheureusement, beaucoup de Canadiens regardent encore ces soldats et leurs devoirs sous un jour périmé, un jour qui donne un sens classique aux mots maintien de la paix.

Le Canada et l’OTAN se sont engagés à stabiliser les états en déroute et à les aider à évoluer. La mission actuelle a deux composantes principales. D’abord il y a l’équipe de reconstruction provinciale (PRT). Son travail est de consolider l’autorité du gouvernement afghan à Kandahar et ses environs, dans le Sud-Afghanistan, et aider les autorités locales à stabiliser et reconstruire la région. Ensuite il y a la patrouille du Sud-Afghanistan, avec les troupes de l’OTAN, à la place des forces des États-Unis. En général, c’est une mission agressive et nos soldats vont certainement faire face aux Talibans et al-Qaïda.

On peut être sûr que cela va faire d’autres victimes. Les gradés et les soldats sur le terrain sont bien au courant de tout cela. En fait, le chef d’état-major de la défense, le général Rick Hillier, s’est entretenu à plusieurs reprises du danger auquel font face ses troupes pour dénicher et détruire les insurgés. Il croit que si nous n’exportons pas la stabilité, nous allons importer l’instabilité.

Ce qui est en jeu en Afghanistan, c’est le terrorisme et le totalitarisme qu’on doit y combattre. C’est un travail qui doit être fait et nos soldats ont été entraînés pour le faire. Pour parler franchement, le plan de l’OTAN est de neutraliser les méchants et pousser les militants de Kandahar vers la périphérie où on pourra les attaquer et les tuer. Le public doit réaliser que ce travail difficile et dangereux est celui qui offre la meilleure occasion d’apporter la démocratie à ce pays déchiré par la guerre qui espère la paix.

Nous nous devons de mieux comprendre, mais nous le devons surtout aux plus de 2 000 soldats canadiens et aux autres Canadiens qui mettent leur vie en danger là-bas.

La mission de l’ONU au Soudan

Sur un sentier défoncé à trois heures au nord-ouest de Juba, profondément dans l’intérieur du territoire soudanais encore livré à l’anarchie, le lieutenant-commander Hugh Son voit le premier groupe de guerriers dinkas de Bor. Ces membres de la tribu nomade Dinka, grands et débraillés, sont bien armés et imprévisibles. L’un d’eux porte un AK-47 à l’épaule et il tient une longue lance argentée, un autre a un AK-47 au dos et à la main une hache noircie, l’acier de la lame étant aiguisé et luisant.

Son, en tenue de corvée du désert des Forces canadiennes, conduit lentement le camion blanc des Nations unies. Les Dinkas s’arrêtent et le regardent fixement. Le navigateur de Son, le lieutenant-colonel Edwin Sanchez d’El Salvador, sourit aux terroristes. Ils restent de marbre. Tous dans le camion font silence. En tant qu’observateurs des Nations unies, ni Son ni Sanchez ne sont armés.

Quelque part, peut-être à deux minutes derrière le véhicule de Son, la force de sécurité bangladaise bien armée s’efforce de les rattraper.

Le gros tout-terrain de Son avance au ralenti devant le premier groupe. À droite il y a d’autres membres des tribus qui se tiennent quelque peu stratégiquement dans l’herbe haute à une certaine distance de la route. Personne ne bouge et il n’arrive rien.

Son a passé les premiers guerriers dinkas de Bor mais sa mission est loin d’être terminée. Il a encore deux heures de route à faire dans cette savane ondulante avant d’atteindre le village de Rokon qui se trouve en première ligne où il va discuter de l’avenir avec un colonel de l’armée soudanaise nommé Ali.

Il savait depuis le début que cette patrouille serait dangereuse. Les Dinkas de Bor, déplacés par la guerre, conduisaient quelque 1,5 million de bestiaux à travers le Sud du Soudan lors d’une longue marche jusqu’à chez eux. La veille de la patrouille, les Dinkas participaient à une fusillade durant laquelle plusieurs personnes de la localité ont été tuées. De plus, les routes sont minées et selon les rumeurs, le groupe rebelle terrifiant du nom d’Armée de résistance du Seigneur (ARS) serait dans les parages. Deux agents de police de l’ONU ont refusé d’accompagner la patrouille de Son, soutenant que le risque d’une attaque de l’ARS était trop grand.

Rien de simple au Soudan. Du Nord arabe poussiéreux au Sud luxuriant, le plus grand pays d’Afrique est déchiré par les tensions religieuses, ethniques et économiques. Un petit peu plus grand que le Québec, le Soudan a 40 millions d’habitants, 134 langues et des douzaines de tribus dont de nombreuses ont une longue histoire d’animosité. Non seulement le pays est-il vaste mais, situé en Afrique du Nord-Est, il chevauche la division entre l’Afrique du Nord islamique et le Sud tribal chrétien.

Toutefois, la tension entre le Nord et le Sud n’est pas seulement causée par la religion et l’ethnie. La découverte d’importants gisements pétroliers au Soudan, et les revenus générés par les pays voulant exploiter ces nouvelles ressources à n’importe quel prix, a jeté de l’huile sur le feu. Le gouvernement islamique de Khartoum, qui a appuyé l’Iraq à la première guerre du Golfe et donné asile à Oussama ben Laden durant les années 1990, a une longue histoire de marginalisation des régions isolées, comme le Sud, et il réserve les ressources nationales pour la population concentrée dans la capitale. La situation à Darfur, au Soudan de l’Ouest, où les conflits ont causé la mort de centaines de milliers de personnes ces dernières années, est la plus longue des guerres civiles brutales.

Il y a à peine plus d’un an qu’une paix fragile s’est installée au Sud-Soudan. Après presque 50 ans de guerre sporadique et plus de deux millions de morts, les combats entre le gouvernement du nord et les rebelles du sud ont quasiment arrêté. L’accord de paix signé en janvier 2005 est la raison pour laquelle des troupes canadiennes sont actuellement au Soudan.

En mars 2005 l’ONU acceptait d’envoyer 10 000 mainteneurs de la paix pour surveiller l’accord, faciliter la démobilisation paisible de soldats et aider des millions de personnes déplacées, comme les Dinkas de Bor, à retourner chez eux.

Lorsque le déploiement sera terminé, il y aura 750 observateurs militaires de l’ONU (OMONU) et une force de protection de quelque 4 500 soldats. Le reste des 10 000 font partie du personnel de soutien, logistique et civil.

L’ONU va être au Soudan au moins durant les prochains six ans. Actuellement, des soldats de plus de 50 pays sont déployés tranquillement à travers le Sud. Il y a des Mongols, des Égyptiens, des Boliviens, des Chinois, des Russes, des Grecs et beaucoup d’autres. Vers la fin de 2005, quand la première vague de soldats y sont allés, c’était clair aux yeux de beaucoup d’entre eux que la situation était encore instable. On a simplement un sentiment, tout au moins à Juba, la capitale du Sud, que le conflit n’est pas complètement terminé. Tous les jours les deux côtés apportent les mortiers, s’approchent de leurs canons et se préparent à défendre leur territoire. “Ils ont une longue histoire de guerre, c’est tout ce qu’ils savent”, dit le capitaine Sam Perreault, un OMONU d’Ottawa. “Ils sont armés et ils sont agressifs. Il ne manque qu’une étincelle.”

Son, Perreault et plus de 20 autres OMONU sont aux premières lignes de l’effort ayant pour but d’empêcher cette étincelle de rallumer le Sud-Soudan. Les OMONU, vivant en petits groupes parmi les Soudanais, sont les yeux et les oreilles du Conseil de sécurité de l’ONU. Les OMONU vérifient que les deux anciennes parties du conflit obéissent à l’accord de paix et que d’autres groupes armés, comme les Dinkas de Bor, ne causent pas trop de problèmes, en patrouillant, en parlant aux soldats locaux et en inspectant les sites militaires.

Mais les OMONU ont un autre rôle à jouer qui est peut-être plus important que la collecte de renseignements. Ils sont une indication pour les gens de la localité qui ont souffert si longtemps, rien que par leur présence, que la communauté internationale est vraiment là, qu’elle aide vraiment. “La situation est vraiment compliquée ici”, dit Alan Bones, un chargé d’affaires de l’ambassade canadienne à Khartoum. “La guerre civile vraiment horrible qui a eu des conséquences dévastatrices pour le Sud a duré longtemps. Il est dépourvu d’infrastructure et plusieurs générations ont perdu leurs moyens d’existence, leur éducation et leurs familles. Alors c’est vraiment important que la communauté internationale soit considérée comme servant à consolider la paix maintenant que les parties se sont mises d’accord de déposer les armes.

Malheureusement, le groupe le plus hostile au Sud-Soudan, l’ARS, n’a pas accepté de déposer les armes. Surnommé ‘tong-tong’ dans la région, l’ARS est un retour de souffle d’un ancien effort européen qui devait servir à stabiliser le Soudan. Leur leader, un sauvage messianique appelé Joseph Kony, croit qu’il est possédé par l’esprit d’un missionnaire italien qui a vécu dans la région. L’ARS, renommée pour son barbarisme incroyable (ses membres attaquent les bébés à la machette, sont cannibales et forcent des enfants à tuer leurs parents), est un résultat qu’aucun missionnaire n’aurait désiré.

Le but supposé de Kony est de renverser le gouvernement de l’Ouganda, le pays voisin, et d’y imposer une sorte de fondamentalisme chrétien. Kony, basé au Sud-Soudan depuis le début des années 1990, a formé une armée en kidnappant des milliers d’enfants et commencé à attaquer des cibles de l’ONU, ayant tué dernièrement un démineur suisse. “L’ARS est un élément dévoyé particulièrement brutal qui, d’après moi, devrait être supprimé”, dit le brigadier-général canadien Greg Mitchell, qui a passé six mois en 2005 au poste de commandant de la mission de l’ONU au Soudan. “Mais ce n’est pas facile à faire parce que le territoire est vaste, les capacités de l’ARS sont plutôt grandes et ses capacités de terrorisme sont encore plus grandes, alors ses membres ont une réputation qui fait que les gens en ont peur; même les militaires ont peur d’eux. Mais il faut qu’on s’en occupe, d’une façon ou d’une autre, et le plus vite possible.”

La mission de l’ONU au Soudan est essentiellement d’empêcher le chaos de gagner du terrain. Dans n’importe quelle situation d’après-conflit, il y a une période où l’espoir point et où la paix est possible. Si le progrès est lent ou irrégulier, l’espoir risque de disparaître et les nations de l’Ouest ne veulent absolument pas faire partie des hostilités au Soudan. C’est pour ça que le rôle des OMONU est si important. Ils sont, chichement éparpillés à travers toute la largeur du Soudan du Sud, des présages de paix sans armes qui se servent de raisonnement et de bienveillance pour amener les anciens combattants réticents et des fois méfiants à renoncer à se battre. Ses OMONU sans armes vont dans les endroits où les armées ont peur d’aller, littéralement. “Normalement, on voit les militaires comme des gens porteurs de fusils et tueurs, alors que quand on est OMONU, on n’a pas ce sentiment-là, on nous considère comme des gens qui essaient de leur apporter de l’aide”, dit Son, qui était officier naval de lutte au-dessus de la surface avant d’être muté au directorat de la politique d’instruction et d’éducation des Forces canadiennes à Ottawa.

“Nous sommes ici pour les aider à maintenir la paix. Nous ne les obligeons pas à faire quoi que ce soit. Nous voulons simplement les aider à rétablir leur pays, les aider s’il y a un désaccord entre deux factions, les aider à aplanir les difficultés, sinon ils recommencent la guerre.”

Ce n’est pas la première fois que les Canadiens ont montré le chemin au Soudan. Durant les années 1880, quand le Soudan était une frontière de l’empire britannique, un groupe de quelques centaines de voyageurs canadiens ont été engagés pour diriger une colonne le long du Nil dans le but de relever un général anglais du nom de Charles Gordon. Malheureusement, Gordon a été transpercé d’un coup de lance et décapité avant que les Canadiens n’arrivent pour lui sauver la mise. Les Britanniques se sont vengés quelques années plus tard quand ils ont repris Khartoum, cette fois-là avec l’aide de la nouvelle mitraillette Maxim et un jeune soldat de cavalerie du nom de Winston Churchill.

Il est clair que cette mission de l’ONU au Soudan n’est pas la première fois que des étrangers ont essayé de rétablir l’ordre dans cette partie de l’Afrique. Les Européens ont essayé de sauver le Soudan de temps en temps durant plus d’un siècle. Durant le règne britannique jusqu’en 1956, le Soudan était officiellement divisé en Nord et Sud. En conséquence, il y a eu une guerre périodique entre les deux moitiés du Soudan depuis que les Britanniques sont partis.

Mais maintenant l’ONU est arrivé à Khartoum et cette fois-ci on a l’intention de faire les choses comme il faut. Bien entendu, l’Afrique fait de drôles de choses aux meilleures intentions des étrangers.

Khartoum, où le Nil blanc et le Nil bleu se joignent, tout juste au sud du désert du Sahara, est une ville de 4,5 millions de personnes. Bien qu’elle soit loin de la guerre qu’il y a à Darfur, de l’agitation tribale du Sud et de la violence de l’Est, la tension est encore évidente. À l’extérieur des édifices du gouvernement il y a des camionnettes Toyota dans la benne desquelles une mitrailleuse lourde a été boulonnée. Il y a partout des gens mystérieux et pressés. C’est le genre d’endroit où les journalistes se font arrêter par la police secrète pour avoir photographié des arbres.

Dans la partie particulièrement ensablée de Khartoum absurdement appelée la ville jardin, la mission de l’ONU au Soudan (UNMIS) s’est installée et y a grandi jusqu’à devenir un enclos cerné de fil de fer barbelé et d’un mur très haut. Sous une tente à la cafétéria extérieure, des soldats et des employés de l’ONU venus du monde entier s’assemblent pour boire un thé laiteux et penser à leurs options. Le nombre de motifs de camouflage est déroutant. Indien, bangladais, australien, pakistanais, rwandais. Certains des dessins les plus intéressants semblent servir à se faire remarquer plutôt qu’à se cacher. Le bleu et le violet vifs des paramilitaires soudanais en sont un bon exemple. Au milieu de ce cirque multinational se trouvent les Canadiens, portant un uniforme conçu par ordinateur comparativement raisonnable.

Un réserviste aimable et énergétique du King’s Own Calgary Regiment, le major Joe Howard, au quartier général de l’UNMIS à Khartoum, travaille aux relations civiles-militaires. Tous les jours il marche 40 minutes à travers la circulation folle de la ville pour arriver à son bureau à air climatisé, dans un conteneur d’expédition, au milieu de l’enclos des Nations unies. Quand cela faisait deux ou trois mois qu’Howard était là, il a entrepris une nouvelle routine où il s’arrête prendre le thé avec une dame édentée, pourchassé par une meute de chiens et se fait souvent apostropher par un gars du coin qui crie “Yankee go home”.

“Il n’y a pas de problème au Soudan”, dit l’aimable Howard, qui n’a pas encore réussi à empêcher le servant de son propriétaire à utiliser sa salle de bain. “Tout est simplement ‘pas de problème’. Et on n’a qu’à adopter cette attitude parce qu’il se pourrait fort bien qu’on n’ait pas les moyens de résoudre le problème de toute façon.”

Le major-général bangladais Fazle Akbar est probablement d’accord avec Howard qu’il n’existe pratiquement rien de plus difficile qu’un problème soudanais. En tant que commandant de l’UNMIS, Akbar, en fin de compte, est responsable de toutes les opérations militaires de l’ONU au Soudan, y compris le déploiement des OMONU.

Vers la fin de 2005, l’UNMIS avait 60 pour cent de retard en ce qui concerne le déploiement et Akbar commençait à s’inquiéter que l’UNMIS perdait de sa crédibilité sur les lieux. Un des problèmes principaux était que l’équipement pour les milliers de soldats de l’ONU qui attendaient d’être déployés devait être transporté par voie terrestre du Kenya. Mais les routes sont minées et un vrai bouchon avait été créé à cause des attaques des démineurs par l’ARS. “C’est un effet séquentiel”, dit Akbar. “Si le déminage est arrêté, nous ne pouvons pas dégager la route, alors nous n’avons pas l’équipement, alors nous ne pouvons pas avoir les soldats. Actuellement, nous n’avons qu’une seule compagnie de soldats et nous devons nous occuper de la protection des démineurs, et bien entendu, celle des OMONU, vu qu’on ne peut pas les laisser aller n’importe où se faire attaquer ou tuer par l’ARS. Alors nous sommes plutôt handicapés.”

Effectivement, il y a toute une liste de problèmes dont Akbar a la responsabilité mais dont il n’a guère le contrôle. Il lui faut des hélicoptères, mais très peu sont disponibles. Il lui faut des fonds pour financer les nouvelles unités militaires mixtes, mais il n’y en a pas. Il lui faut se débarrasser de l’ARS, mais il ne peut trouver de façon de le faire. Parmi tous ces problèmes, toutefois, en l’occurrence, rien ne frustre Akbar davantage que l’inefficacité de l’ONU elle-même. “Le système de l’ONU a sa propre logistique, qui fait partie de la division du soutien des missions, et la responsabilité de déployer les gens sur le terrain lui appartient. Savez-vous, dans l’armée, tous les éléments sont sous un même commandement, et quand un commandant fait un plan, il s’assure qu’il y ait le soutien dont il a besoin et ensuite il peut réguler le plan. Mais ici je n’ai pas les services de soutien dont j’ai besoin sous mon commandement, alors il ne s’accorde ni ne fonctionne jamais en tandem. C’est ça qui m’a frustré le plus.”

Cette division de la logistique de l’ONU a eu une conséquence directe pour plusieurs OMONU canadiens, car Akbar a ordonné une modification de la procédure qui risque de s’avérer dangereuse à cause des retards constants. “D’après le concept opérationnel, les éléments de protection sont les premiers, les éléments médicaux suivent et les OMONU sont les derniers. Dans une telle situation, je ne pouvais pas attendre infiniment pour arriver sur le terrain, pour faire acte de présence”, dit Akbar. “Alors j’ai pris le risque de mettre les OMONU en premier, le médical ensuite et la force de protection en dernier. Si j’avais suivi le concept opérationnel, croyez-moi, nous ne comprendrions qu’un dixième de ce que nous comprenons maintenant en ce qui concerne la situation.”

Conséquemment, quand le capitaine Sam Perreault a été déployé en octobre à Maridi, à l’ouest de Juba, les autres OMONU et lui vivaient dans des huttes précaires sans force de protection ni de soutien médical rapproché.

Les gens de Maridi se sont révélés extrêmement aimables envers Perreault et les autres OMONU, et pas une seule fois n’a-t-il senti qu’ils étaient dangereux. Les mines, d’un autre côté, l’ont inquiété; mais même les mines n’étaient pas aussi mauvaises que la perspective d’une attaque de l’ARS. “Je ne pouvais faire autrement que d’y penser, à la situation concernant l’ARS, parce qu’elle a attaqué une ou deux fois pendant que j’étais à Maridi, à 20 ou 30 kilomètres de là-bas”, dit Perreault, qui vient de finir ses études de droit et pour qui c’était le premier déploiement dans les Forces canadiennes. “Pendant la journée, quand on était en patrouille, je n’y pensais pas beaucoup. Même si au fond de moi-même c’était comme, est-ce que c’est aujourd’hui mon dernier jour sur terre? La nuit, le seul temps où je pensais à l’ARS c’était quand toutes les lumières étaient éteintes et qu’on allait se coucher, et que la seule chose entre elle et nous c’était un mur en bambou.”

Avant d’être déployés au Soudan, les OMONU canadiens ont un mois de préparation intense au Centre de formation des Forces canadiennes pour le soutien de la paix à Kingston (Ont.). C’est là que Perreault a appris les trucs du métier : quoi dire pour traverser les postes de contrôle, désamorcer les situations hostiles, mériter la confiance des combattants locaux et des douzaines d’autres habiletés. “Je crois que tout pays qui désire la paix, mérite la paix. Nous sommes chanceux au Canada, alors il faut que les gens comme moi et tous mes collègues viennent le faire, quelqu’un doit le faire. Et si c’est la manière qu’il faut le faire, sans armes, eh bien c’est comme ça qu’on va le faire. C’est pour ça que je me suis engagé.”

Bien que l’idée d’envoyer des soldats en uniforme sans arme à des endroits comme le Soudan soit un peu étrange, il y a peut-être de bonnes raisons de le faire. D’après la théorie, tout au moins, donner des armes courtes ou des fusils aux OMONU ne ferait qu’augmenter les risques. Afin de les protéger vraiment contre une force armée hostile, il leur faudrait bien plus qu’une arme personnelle. “Les observateurs sont sans arme par exprès et militaires par exprès”, nous explique le brigadier-général Mitchell. “Il faut une expertise militaire, mais en étant sans arme, on ne constitue une menace pour personne. Quant aux individus eux-mêmes, leur protection c’est qu’ils ne sont pas une menace. C’est la théorie et ça marche dans bien des endroits et il y a des endroits où ça ne marche pas.”

Quant à la patrouille du lieutenant-commander Hugh Son devant les guerriers dinkas de Bor et jusqu’à Rokon, personne n’était désireux de tester la théorie selon laquelle être désarmé est une protection. À la place, deux camions de soldats bangladais avaient reçu l’ordre d’accompagner la patrouille. Chose inquiétante, ils avaient 40 minutes de retard au début de la patrouille. “Ce n’est pas la meilleure chose que d’avoir un contingent de la force de protection en retard”, dit Son, “car ce sont là les gens sur qui il faut compter. Alors le simple fait qu’ils ne pouvaient pas être à l’heure m’inquiétait; pouvons-nous compter sur ces gars au moment crucial?”

Après cinq heures de soubresauts le long des chemins de terre, Son a finit pas arriver à Rokon, un petit village qui est essentiellement une base de l’armée soudanaise. Là, après quelques civilités tendues, Son est allé faire une petite promenade avec le commandant de la base, le grand et énigmatique colonel Ali. Ils ont parlé de la force des troupes, des redéploiements et aussi de ce que l’avenir pouvait réserver à Ali. “Un des messages que j’espérais lui transmettre, et je le lui ais réellement dit, c’est qu’un jour lui et moi pourrions peut-être aller en mission pour l’ONU ensemble, qu’un jour le Soudan pourrait envoyer des troupes, tout comme le Rwanda envoie des troupes au Soudan”, dit Son.

Selon un autre exemple de procédures opérationnelles de l’ONU qui risquent d’être désastreuses, après être revenu de patrouille, Son est harangué dans la cafétéria par une Australienne véhémente du bureau de l’ONU qui s’occupe de l’alerte au danger des mines à Juba. Elle prétend que la route vers Rokon n’était pas déminée et que l’on y avait découvert des mines à peine quelques jours avant. Bien sûr, Son était passé par le bureau avant d’aller en patrouille, mais l’Australienne n’y était pas et il semblerait qu’elle n’avait dit à personne, pas même à son patron, qu’elle savait que la route de Rokon était dangereuse. Selon un hasard étrange, aucun des membres du personnel de l’alerte au danger des mines ne pouvait préciser où et pourquoi les communications avaient été interrompues, ni qui avait la responsabilité de faire en sorte que ça ne se renouvelle plus jamais. “Au moins maintenant nous savons que la route était dégagée jusqu’à Rokon, en ce jour particulier. Je ne sais pas si on peut dire la même chose pour demain, mais au moins nous savons qu’en ce jour-là il n’y avait pas de mines”, dit Son en grommelant, visiblement mécontent à propos de l’incident.

Ce n’est pas facile de s’imaginer le Soudan. Les mots nous font défaut pour décrire ce qui se passe aux abords d’un endroit comme Juba. Tout est bouleversé et raté. Il y a des ordures et des eaux-vannes partout, les maisons sont en boue, et beaucoup d’entre elles sont brisées. Les enfants, bien dans la troisième génération de guerre brutale, vous dévisagent avec un mélange d’incompréhension et d’émerveillement. “C’est tout à fait différent du Canada”, dit le lieutenant-colonel Michael Goodspeed, un OMONU de Kingston qui a un poste d’officier d’état-major au quartier général de l’ONU à Juba. “Le degré de souffrance et de douleur est incroyable. Je vois des gens qui ont évidemment très faim et qui sont malades.”

Goodspeed, comme nombre de soldats à Juba, est très dévoué quand il s’agit d’aider les enfants aux deux orphelinats locaux. Mais même maintenant, après toute l’assistance, ces gamins vivent encore dans des conditions sordides. Ils sont couverts de crasse et de mouches, ils n’ont que très peu de nourriture et la maladie est vraiment un problème. Goodspeed fait tout ce qu’il peut pour les aider, mais les fonds sont peu abondants. Au plus petit orphelinat, où les gamins font des sculptures pour le commerce touristique inexistant, Goodspeed a passé une grosse commande pour des sculptures servant de cadeaux officiels de l’ONU. “Ce sont certainement les populations les plus vulnérables. Ces enfants, pour diverses raisons, ont vécu des horreurs terribles et maintenant ils se retrouvent complètement seuls. Et on peut faire quelque chose durant nos heures libres, alors c’est ce qu’on fait. On est en train de réparer leur orphelinat”, dit Goodspeed.

Voir ces tout petits, des bébés avec le ventre gonflé et des petites filles en robes sales et déchirées, nous fait voir d’un autre oeil la réalité que sont les efforts du Canada en vue d’aider un endroit comme le Soudan. La nouvelle politique officielle d’Ottawa c’est que le Canada est responsable de la protection des innocents en danger. Elle est basée sur le principe que nous devons les aider parce que nous le pouvons. Quand on voit ces orphelins, il est clair que c’est une bonne idée, mais dans un cas comme à Darfur, où la protection des civils risque de vouloir dire qu’il faut se battre, les conséquences ont une grande portée. “Sans trop y réfléchir, j’ai beaucoup d’affinités avec la responsabilité concernant le projet, mais je pense que la guerre, comme le disait Lénine, est un pas dans la noirceur”, dit un Goodspeed pensif, qui a publié un livre sur la guerre moderne. “Quand on va en guerre, et admettons-le, quand on protège quelqu’un, il s’agit de combattre, on réalise à quel point la guerre est complexe, qu’on vient de multiplier toutes les variables et, sans mentionner spécifiquement le Soudan, je pense qu’il faut faire très très attention à la façon dont on choisit les combats où s’engager.

Au Sud-Soudan tout au moins, le combat a déjà commencé. Malgré la bureaucratie de l’ONU, il est tout à fait possible qu’avec l’aide des OMONU, le Sud finisse par passer à travers et devenir un endroit où un jour les touristes pourront aller faire un safari. Bien entendu, en premier lieu il faut s’occuper de l’ARS.

En plus des défis pratiques, toutefois, il y a aussi, en arrière-plan qui persiste, l’histoire des tentatives manquées de faire le bien au Soudan, et ailleurs en Afrique. Les problèmes dans ces endroits ont tendance à être tenaces et les meilleures intentions ne suffisent pas. “C’est un pays aux complexités infinies et subtiles”, dit Bones, le chef de l’ambassade du Canada au Soudan. “S’il existait des réponses faciles aux problèmes d’ici, on les aurait trouvées il y a longtemps. La raison pour laquelle le Soudan est toujours un problème à tous points de vue c’est parce qu’il n’existe pas de réponse facile. Ce qu’on doit faire c’est le mieux qu’on puisse dans les circonstances et espérer, comme les médecins, que ce qu’on fait n’empire pas les choses.”

Le Soudan soulève des questions importantes. Des millions de personnes y sont déjà mortes et la violence continue. Qu’est-ce que les Canadiens représentent? Pour quelles causent accepteraient-ils de se battre? Les Canadiens ont-ils la responsabilité de protéger les petites filles africaines du mal?

Pour les soldats canadiens au Soudan, ceux qui se sont portés volontaires et qui ont accepté de risquer leur vie, les réponses franches à ces grandes questions sont crues. “Dans ce monde”, dit Goodspeed, “dans ce monde globalisé où nous vivons, on ne peut pas se détourner en disant ‘Il y a un trou dans votre côté du bateau, qu’est-ce que vous allez faire?’ Nous sommes dans le même bateau.”

Aux yeux des soldats, il s’agit d’un devoir qui ressemble beaucoup au sauvetage de l’Europe contre les nazis ou de la Corée contre les communistes. Il s’agit de protéger l’innocent du mal et de le libérer de l’oppression, malgré les risques. Il s’agit d’un travail pour des soldats. “D’après mois, tout ceci fait partie de la mission des Forces canadiennes qui est d’apporter la paix et la sécurité dans le monde”, dit Son. “Si on ne s’en mêle pas, personne d’autre va le faire. C’est comme si vous voyez quelqu’un qui se fait attaquer et que vous ne fassiez rien, parce que vous ne voulez pas vous en mêler, parce que vous ne voulez pas vous faire faire mal. Voyez-vous, ces gens ont besoin d’aide et on doit contribuer, on ne peut pas en parler seulement, on doit vraiment faire quelque chose.”