Les championnats nationaux 2025 du jeu de la huit de la Légion

Russ Kelly ne sous-estime jamais l’importance d’un bon coup d’envoi; sur une table de billard ou ailleurs.

« J’allais souvent jouer [au jeu de la huit] à la succursale Jasper Place de la Légion, à Edmonton, entre 18 et 30 ans, et puis j’ai arrêté parce qu’il me fallait consacrer plus de temps à ma carrière. »

Désormais à la retraite, il joue à la filiale Mount Arrowsmith de Parksville, en Colombie-Britannique, où il n’a « recommencé à jouer qu’il y a environ deux ans et demi ». Ces deux années ont apparemment été amplement suffisantes pour remettre de la craie sur ses vieilles queues, car il a depuis remporté la couronne en simple aux championnats nationaux de la Légion royale canadienne du jeu de la huit qui ont été organisés les 24 et 25 mai 2025 à la filiale Fredericton du Nouveau-Brunswick.

M. Kelly n’est pas le seul vainqueur qui représentait la filiale Mount Arrowsmith : ses camarades Brad Uytterhagen et Dave Williams ont décroché le titre chez les doubles. Quant à l’équipe championne, qui a triomphé au bout des deux journées de matchs serrés, elle était formée de quatre légionnaires de la Division de la Nouvelle-Écosse–Nunavut.

« Notre salle est remplie de champions », a annoncé Harold Defazio, représentant de la Direction nationale, lors de la cérémonie d’ouverture, en notant que les 40 joueurs de neuf divisions provinciales/territoriales (le Québec étant absent) et une équipe hôtesse avaient obtenu leur place grâce aux compétences affichées chez eux. La cérémonie s’est déroulée au sein de la filiale Fredericton à cause du mauvais temps, mais la bruine n’a pas sapé le moral des participants qui se sont rassemblés pour les premiers matchs du tournoi à la ronde.

Le champion des simples à venir, Russ Kelly de la C.-B. se prépare à tirer. – Annie Bowers

Avec seulement trois tables, il a fallu se rendre à l’évidence : le temps risquait de constituer un défi important pour tenir l’horaire, car, même si plusieurs matchs n’ont duré qu’à peine quatre minutes, d’autres ont pris jusqu’à un quart d’heure. Peu importe. La filiale Fredericton, qui logeait jusqu’à récemment dans un local temporaire, a surmonté de nombreux obstacles non seulement pour accueillir les compétitions de cette année, mais tout bonnement pour rester ouverte.

En avril 2018 et de nouveau en 2019, la crue des eaux de la rivière Saint-Jean avoisinante a inondé ses locaux et obligé ses membres à chercher un autre endroit quelques semaines seulement avant le tournoi national du jeu de la huit de cette dernière année, qui s’est quand même très bien passé.

« Nous n’étions censés être là que pendant trois ans, nous a expliqué Joanne Gibson, présidente de la filiale à propos du local provisoire, mais nous y sommes restés pendant presque six ans ».

Les légionnaires eux-mêmes sont retournés début septembre 2024 à leur ancien bâtiment, rénové en un complexe de plusieurs étages à appartements et à usages multiples. La filiale Fredericton a accueilli les jeux nationaux de la huit trois fois, deux fois sous la présidence de Mme Gibson.

« Ça a été toute une épopée, croyez-moi, dit-elle, et nous nous y sommes dévoué cœur et âme. »

Peu ont résumé ce sentiment aussi bien qu’Ellen Whalley, présidente du Comité des préparatifs locaux, qui a gardé son sang-froid pour résoudre les problèmes qui se sont posés. Le café, les pâtisseries et les repas en quantité qu’ont fournis les dames auxiliaires ont sans doute contribué, malgré les contretemps, à maintenir l’énergie pendant la planification.

« Remercions Dieu pour les bénévoles », a conclu Mme Gibson.

Dave Williams et Brad Uytterhagen de la C.-B. prennent une pose avec l’organisatrice Ellen Whalley et Harold Defazio, représentant national, après avoir remporté le titre des doubles. – Annie Bowers
Bob Miklos, John Kynock, John Dugas et Lawrence Borden de la Nouvelle-Écosse—Nunavut arborent la plaque de l’équipe gagante. – Annie Bowers

Les participants ont joué pendant 12 bonnes heures le premier jour, terminant le sixième des neuf tours à 21 h. Le premier coup d’envoi, à 9 h, s’était fait dans la joie et la bonne humeur. Et le respect a perduré malgré la compétitivité, les compliments comme « joli jeu » échangés avec des poignées de main après chaque match.

Doucement, mais surement, la foule s’est rassemblée autour des tableaux d’affichage à mesure que les points y étaient inscrits. Néanmoins, vu que personne n’avait d’avantage important, la discussion s’est tournée vers les bris d’égalité, provoquant un débat passionné sur la meilleure façon de faire avancer les choses dans la contrainte temporelle. L’enjeu de conclure les matchs de la poule était le plus pressant.

La prudence régnait en maitre sur les trois tables à feutre bleu, et l’angoisse que le jeu risque de faire entrave au banquet de rôti de bœuf de la soirée montait. Des planches de cribbage ont été proposées pour occuper les concurrents en attente, alors que d’autres, comme les Albertains remarquablement joyeux, regardaient les Oilers d’Edmonton se mesurer aux Stars de Dallas à l’occasion du septième match des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

Au bout du compte, quatre finalistes ont émergé de quatre divisions distinctes : Brad Uytterhagen et Russ Kelly de la Colombie-Britannique des divisions 1 et 3, respectivement; John Dugas de la filiale Vimy d’Halifax, représen-tant la division 2; Fred Pebbles du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, de la filiale Norwood-St. Boniface de Winnipeg, le favori de la division 4. Ils étaient destinés à lutter pour le titre des simples.

« C’est ce qu’on fait faire à la bille blanche. Il faut savoir la contrôler. Savoir la positionner. Savoir la faire tourner. N’importe qui peut réussir le coup, » a expliqué M. Kelly, en réussissant les siens. En outre, a-t-il ajouté, la camaraderie dans sa filiale locale a joué un grand rôle : « Je suis très, très fier de notre Légion. C’est un bon cercle, avec du bon monde. »

Pendant ce temps, M. Uytterhagen et M. Williams se disputaient

le titre des doubles contre les Saskatchewanais Burt Blondeau et Steven Valentine, de la filiale Estevan. Bien que l’esprit sportif ait été, comme d’habitude, à l’honneur, il était évident que les deux paires de finalistes envisageaient le succès en leur for intérieur en affichant une concentration inébranlable.

« Deux sur trois sur la Dynamo; celui-ci pour le trophée », a dit M. Uytterhagen en parlant du mode éliminatoire convenu, de sa marque de table de billard préférée et des enjeux.

M. Williams et lui ont triomphé dans deux matchs consécutifs.

Les gagnants de l’équipe de la Nouvelle-Écosse–Nunavut Lawrence Borden, John Dugas, Bob Miklos et Jon Kynock de la filiale Vimy d’Halifax se sont joints à eux lors de la cérémonie de clôture grâce à leurs 47 victoires. L’équipe de la Saskatchewan s’est classée deuxième, ne les suivant que de trois victoires. Celle de la Colombie-Britannique a décroché la troisième place grâce à ses 43 points.

Lorsque nous lui avons demandé comment il prévoyait célébrer la bonne fortune de sa direction divisionnaire, M. Kelly a levé son verre de vin et a fait un geste vers la salle remplie de champions qui allaient bientôt manger. « Nous allons aussi prendre des petites vacances, a-t-il expliqué. Nous avons traversé le pays, alors nous avons pensé visiter l’Ile-du-Prince-Édouard et faire le tour du Nouveau-Brunswick.

« Ma femme est la coordina-
trice des voyages. Elle a une grande liste. »

La filiale Fredericton est déjà cochée; ses organisateurs de tournois, ses concurrents, ses observateurs, ses membres et ses bénévoles ont réussi leur coup.

Search
Connect
Listen to the Podcast

Comments are closed.