Les dépenses de défense du Canada, mesurées en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) du pays, ont stagné pendant des années entre 1 et 1,4 %. Cependant, Mark Carney, le nouveau premier ministre, a annoncé le 9 juin 2025 une importante augmentation des dépenses militaires de 9 milliards de dollars au cours de l’exercice 2025-2026, c’est-à-dire une augmentation de 15 % par rapport au budget initial de 53,4 milliards de dollars du ministère.
Ce n’est pas par hasard que le nouveau total (62,7 milliards de dollars) représentait à ce moment-là 2 % du PIB, l’objectif de l’OTAN en matière de dépenses pour ses membres. (Par la suite, au mois de juin, l’alliance de sécurité occidentale s’est fixé un nouvel objectif de 5 %.) La population canadienne a généralement applaudi l’augmentation au Canada, en particulier dans le contexte des tensions attisées par le président américain Donald Trump et de l’instabilité mondiale croissante (Lire « Russia-Ukraine and the Middle East », en anglais seulement).
Cependant, enfouie dans le décret de M. Carney, se cachait aussi la promesse de renforcer le soutien aux anciens combattants, sans que le montant soit précisé. Même s’il ne fait aucun doute que les Forces armées canadiennes aient besoin de la part du lion des fonds supplémentaires pour améliorer les capacités militaires existantes ou émergentes, renforcer l’industrie de la défense du pays et diversifier ses partenariats en matière de sécurité, les anciens combattants du Canada et leur famille ont de plus en plus besoin d’aide.
« J’aimerais bien savoir quoi faire », s’exclame David Doucette, le nouveau président de la division de l’Île-du-Prince-Édouard de la Légion royale canadienne au sujet des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes anciens combattants, comme son fils qui a servi en Afghanistan (voir page 64). « Ils ne sont pas enclins à se confier. Ils restent muets. »
En effet, dans le rapport annuel de 2025 de l’ombudsman des anciens combattants, la colonelle à la retraite Nishika Jardine a déterminé que la santé mentale serait l’un des principaux enjeux que son bureau tente d’aborder.
« L’épouse d’un vétéran, qui est devenue l’aidante familiale du vétéran grièvement blessé, a expliqué qu’elle avait besoin d’un traitement en santé mentale pour elle-même et ses enfants, au-delà de ce que le Service d’aide [d’Anciens combattants Canada] peut offrir, a écrit Mme Jardine. Notre recommandation de janvier 2021 au ministre à cet égard est toujours en suspens, et le problème est peut-être encore plus pressant. »
Ainsi, alors que le Canada renforce sa puissance militaire, n’oublions pas ceux qui ont déjà servi. Cinq ans se sont écoulés, et il est plus que temps d’aborder les mesures de suivi du rapport de l’ombudsman, « Rapport sur les avantages pour soins de santé mentale destinés aux membres des familles ». Il n’y avait que trois préconisations :
• veiller à ce que les membres des familles, y compris les anciens conjoints, les survivants et les enfants à charge, aient accès de plein droit à un traitement de santé mentale financé par le gouvernement fédéral lorsque le problème de santé mentale est associé aux conditions liées au service militaire;
• effectuer une analyse de l’accessibilité aux services et aux avantages pour soins de santé mentale pour les membres de la famille;
• faire preuve de souplesse pour répondre aux besoins urgents des membres de la famille en matière de santé mentale.
« Il est injuste que les membres de la famille se voient refuser l’accès à un traitement de santé mentale pour une maladie ou une blessure attribuable aux conditions et aux difficultés uniques liées au service militaire », conclut le rapport. Effectivement.
L’annonce de M. Carney en juin mentionnait 2,6 milliards de dollars pour soutenir le recrutement militaire et conserver le personnel actuel. Il a noté que les Forces armées canadiennes avaient besoin de 13 000 membres de plus pour atteindre leur effectif autorisé de 101 500 d’ici 2030. La tâche sera encore plus ardue si les familles de ceux qui ont servi ne sont pas prises en charge correctement. Ce genre de chose se sait.
Les fonds arrivent pour les militaires. Le moment est venu d’en mettre de côté pour relever ce défi de longue date.

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