Halte à la famine à Gaza

La faim tenaille Gaza, et il faut le dire haut et fort », a déclaré en juillet dernier Ohad Hemo, correspondant des affaires palestiniennes pour l’émission de nouvelles la plus regardée à Israël. « Je parle à des Gazaouis tous les jours. Certains n’ont pas mangé depuis plusieurs jours, a poursuivi M. Hemo. La responsabilité incombe non seulement au Hamas, mais aussi à Israël. »

Certes, la scène internationale au Moyen-Orient est depuis longtemps une poudrière. Cautionner une partie se fait à ses risques et périls, car l’autre ne manquera pas de fustiger ce soutien. Chacun s’accordera sur le fait que « c’est compliqué ».

Il était du plein droit d’Israël de répondre aux attaques terroristes meurtrières du 7 octobre 2023 menées par le Hamas, groupe nationaliste palestinien militant basé dans la bande de Gaza. Mais, en finissant par affamer en masse les civils de Gaza dans le cadre de sa réponse, Israël ne vaut pas mieux que ceux qui ont militarisé l’accès des civils à la nourriture à travers l’histoire. Et il ne s’agit pas d’une opinion antisémite ou pro-Hamas. Affamer les gens, quelle que soit leur religion, leur culture ou leur croyance, est tout simplement immoral.

Les Canadiens ne connaissent que trop bien l’hiver de la faim que les nazis ont imposé aux Pays-Bas en 1944-1945 : ce sont leurs soldats qui ont libéré le pays affamé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En mai 1945, quelque 20 000 Néerlandais n’avaient pas survécu à la famine. Ce n’est là qu’un des nombreux exemples de l’histoire.

« La nourriture a été utilisée comme arme de guerre à travers les cultures pendant des millénaires, depuis les sièges de l’Antiquité jusqu’au blocage de l’aide humanitaire des temps modernes », a écrit Maggie Michael, journaliste de Reuters dans un article de septembre 2023 sur la famine en tant que crime de guerre rédigé pour le Global Investigative Journalism Network.

La famine a été interdite comme méthode de guerre pour la première fois en 1977. Vingt ans après, la Cour pénale internationale a adopté une loi qui en fait un crime de guerre. Le droit international humanitaire définit la famine comme des actes qui privent les civils des biens indispensables à leur survie.

L’ONU a officiellement déclaré une famine à Gaza le 22 aout 2025, estimant que plus de 500 000 personnes étaient confrontées à « des conditions de faim catastrophiques, tandis que plus d’un million d’autres se trouvaient en situation d’urgence alimentaire ». L’ONU déclare la famine dans les cas de privation alimentaire extrême, de malnutrition aigüe et de décès liés à la faim.

Dans son rapport connexe, l’ONU a indiqué que 39 % des Gazaouis passaient des jours sans manger, et que des adultes sautaient régulièrement des repas pour nourrir des enfants. La malnutrition chez les enfants s’est néanmoins accélérée : en juillet, plus de 12 000 enfants ont été identifiés comme souffrant de malnutrition aigüe, soit six fois plus qu’en janvier. Un quart d’entre eux souffraient de malnutrition aigüe grave, le type le plus mortel. L’ONU a estimé qu’environ 43 000 enfants risquaient de mourir de malnutrition d’ici juin 2026.

M. Tom Fletcher, secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, a déclaré que la famine était une catastrophe évitable causée par l’homme. « La nourri-ture s’accumule aux frontières en raison de l’obstruction systématique faite par Israël, a-t-il déclaré. C’est la famine à quelques centaines de mètres de la nourriture des terres fertiles. »

Le Canada, quant à lui, a décrié la situation. « La population civile […] meurt parce qu’une aide humanitaire suffisante n’est pas autorisée à entrer à Gaza, a déclaré Randeep Sarai, secrétaire d’État. Israël […] manque aux obligations qui lui incombent en vertu du droit international humanitaire.

« Nous continuons d’appeler à un cessez-le-feu immédiat et permanent, a poursuivi M. Sarai. Le Hamas doit libérer sans délai tous les otages et déposer les armes. Cette guerre doit cesser immédiatement. »

En effet.

Search
Connect
Listen to the Podcast

Comments are closed.