Des promesses à tenir

C’est plutôt encourageant que les Canadiens prêtent davantage attention aux enjeux de défense et de sécurité », a déclaré la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major de la défense, aux membres de la direction de la Légion royale canadienne lors d’une réunion organisée fin avril, deux jours avant les élections fédérales (cf. page 20).

Sans doute en grande partie, sinon entièrement, à cause du président améri-cain Donald Trump, qui a maintes fois fait référence au Canada en tant que « 51e état » des États-Unis, et à l’insensée politique tarifaire de son gouvernement, les Canadiens manifestent apparemment un regain d’intérêt pour la souveraineté du pays. Ainsi, la défense nationale s’est illustrée en tant que principal enjeu de campagne.

Les libéraux, qui ont remporté les élections avec un gouvernement minoritaire, et les conservateurs, l’opposition qui a perdu de peu, ont fait plusieurs promesses liées à l’investissement militaire pendant les élections. Et « les analystes ne voient pas beaucoup de différence entre les plateformes des deux principaux partis sur le sujet de la défense », a écrit Chris Lambie du National Post le 26 avril.

À titre de référence pratique, voici un bref résumé de ce que les libéraux du premier ministre Mark Carney ont promis :

une augmentation de 18 milliards de dollars sur quatre ans dans les dépenses pour la défense afin d’atteindre l’objectif de l’OTAN d’y consacrer 2 % du PIB;

la création d’une agence qui gèrerait l’approvisionnement militaire (le parti a fait la même promesse lors de la campagne de 2019);

des hausses de salaire pour les militaires, et « augmenter rapidement la réserve de logements de grande qualité sur les bases de tout le pays, et assurer l’accès à des garderies et à des soins de santé primaires, y compris des services de soutien en santé mentale, pour les militaires actifs et leurs familles »;

la modernisation du processus de recrutement « notamment en simplifiant l’obtention des cotes de sécurité et en soumettant des demandes en ligne afin de former plus vite davantage de candidats »;

l’intégration de la Garde côtière canadienne aux capacités de défense de l’OTAN afin de « dépasser notre engagement de consacrer au moins 2 % du PIB à la défense ».

« Je crois que nous devons nous attendre à être déçus de l’ampleur des changements au cours des quatre prochaines années, a déclaré David Perry, président de l’Institut canadien des affaires mondiales, au National Post. Le cycle actuel d’approvisionnement en matière de défense, par exemple, dure environ 15 ans entre le début des projets et leur achèvement. »

M. Perry a ajouté que, malgré les promesses, il ne s’attendait pas à de gros changements.

Ken Hansen, analyste militaire et ancien commandant de la marine, est d’accord sur le fond. « Lorsque l’argent fait défaut en raison de choses comme la COVID ou les guerres commerciales, a-t-il dit dans l’article du Post, il faut s’attendre à ce qu’on vide certaines caisses pour mettre l’argent ailleurs. »

Les données préliminaires d’Élections Canada indiquent que le taux de participation a été de 68,66 %, soit une augmentation de six pour cent par rapport à 2021. C’est le plus haut taux de participation depuis 1993. De toute évidence, quelque chose a fait venir les Canadiens aux urnes. Et il est difficile d’imaginer que Trump n’en ait pas été en grande partie responsable.

« Il y a ce nouveau gouvernement américain qui adopte désormais une attitude complètement différente, a prévenu la générale Carignan face aux dirigeants de la Légion en avril dernier, et on doit s’adapter. »

Alors, les Canadiens qui restent cons-ternés par Trump, passionnés par la souveraineté du pays et investis dans l’armée canadienne, voudront peut-être écouter la cheffe d’état-major et insister également pour que leurs députés nouvellement élus tiennent leurs promesses.

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