Un club dont personne n’espère faire partie

August 22, 2017 texte de Sharon Adams

Le capitaine Brian Bews s’éjecta de son CF-18 Hornet quelques instants avant qu’il n’explose. [THE CANADIAN PRESS, LETHBRIDGE HERALD, IAN MARTENS]

Le capitaine Brian Bews, pilote de chasse, s’exerçait en vue d’un spectacle aérien à Lethbridge, Alberta, le 24 juillet 2010, lorsqu’un moteur de son CF-18 Hornet tomba en panne. Il s’éjecta à 90 mètres seulement du sol; deux secondes après, son avion était une boule de feu et lui, flottait vers le sol.

Le capitaine venait d’obtenir son droit d’entrée au Caterpillar Club, cercle exclusif auquel personne n’aspire appartenir : celui des gens qui ont survécu en sautant en parachute d’un appareil qui s’est ensuite écrasé.

Franz Reichelt, pionnier du parachutisme, avant sa chute fatale du haut de la tour Eiffel, en 1912. [Wikimedia]

Personne ne sait exactement combien de personnes ont eu la vie sauve grâce à un parachute, mais on sait que ceux de l’Air Chute Company (Irvin Aerospace par la suite et actuellement Airborne Systems) en ont sauvé plus de 100 000 à eux seuls.

Les parachutes étaient rares pendant la Première Guerre mondiale, et habituellement rangés de façon peu pratique à bord de ballons d’observation et d’avions. L’inventeur du parachute portable, le tailleur Franz Reichelt, trouva la mort lors d’une démonstration de saut du haut de la tour Eiffel en 1912. En 1919, Leslie Irvin, que l’on surnommait Sky-Hi Irvin, mit à l’essai le parachute portable à câble d’ouverture conçu par la U.S. Army Parachute Section et décida de les fabriquer.

Une carte de membre du Caterpillar Club. [archives du National Air and Space Museum 80-2393]

Irvin créa le Caterpillar Club en 1922 pour distinguer les survivants d’un écrasement qui s’étaient servi d’un de ses parachutes. Le cercle, dont le nom évoque le ver à soie qui fournit le textile utilisé pour fabriquer les premiers parachutes, remettait à ses membres des cartes et des épinglettes à chenille en or et aux yeux de rubis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nouvelles chenilles étaient dorées et leurs yeux faits de grenats, puis on les fabriqua en or 10 carats avec des yeux en émail. « Le nombre de demandes que nous recevons actuellement, et j’en suis très heureuse, est très petit : deux ou trois par année, » dit Maureen Udy de l’entreprise anglaise Airborne Systems Limited.

D’autres entreprises se sont vite mises à distribuer des souvenirs aussi : la Pioneer Parachute Company, remet des plaques; le Roo Club d’Australie, des épinglettes à kangourou; la Switlik Parachute Co., qui a équipé l’amiral Richard Byrd et Amelia Earhart, des épinglettes en or et en argent. Earhart sauta en parachute en public pour la première fois de la tour d’entrainement des parachutistes de 50 mètres appartenant à l’entreprise. Elle dit à propos de la descente que c’était « très amusant! »,opinion qu’ont encore aujourd’hui beaucoup de parachutistes sportifs.

Leslie Irvin (à d.), inventeur du Irvin Air Chute, regarde le sergent-maitre Ralph Bottriell de l’U.S. Army Air Corps (au c.) se préparer à faire un saut d’essai, accompagné du pilote James Ray. [Wikimedia]

Le premier membre du Caterpillar Club, admis le 20 octobre 1922, fut le lieutenant Harold Harris, pilote d’essai de l’Ohio. Selon Harold Skaarup, auteur de Canadian Warplanes (avions militaires canadiens, NDT), le premier membre canadien fut Jack Caldwell qui sauta de la Vedette qu’il mettait à l’essai au-dessus de l’usine canadienne Vickers, le 17 mai 1919, à cause d’une panne de moteur. L’aviateur renommé Charles Lindbergh et l’astronaute John Glenn en ont aussi été membres.

Plus de 13 000 aviateurs de la Royal Air Force et de l’ARC ont demandé à en être membre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ceux qui sont admissibles n’en font pas tous la demande, y compris des aviateurs de la Luftwaffe qui portaient un parachute conçu par Irvin provenant d’une usine achetée par les nazis en 1936.

Aucune demande accompagnée de preuves n’est refusée. Le critère clé, c’est le sort de l’aéronef. Les sauts volontaires ne sont pas permis : un parachutiste sportif dont l’avion s’écrase plus tard n’est pas admissible, mais le pilote de l’avion qui saute juste avant l’écrasement, si.

Ironie du sort, Sky-Hi Irvin, qui a effectué plus de 300 sauts en parachute, n’a jamais été admissible au club qu’il a fondé.

Le 9 avril 1958
Date du plus haut saut d’urgence en parachute, selon le Livre des records Guinness, à l’occasion du vol d’essai funeste d’un bombardier à réaction English Electric Canberra de la Royal Air Force.

3 048 mètres
Hauteur à laquelle le pilote de Canberra John de Salis et son navigateur Patrick Lowe déployèrent leur parachute.

17 070 mètres
Altitude à laquelle leur Canberra explosa.

8 848 mètres
Hauteur du mont Everest.

Le 26 juillet 1959
Date à laquelle le lieutenant-colonel William Rankin de l’U.S. Marine Corps abandonna son chasseur F-8 Crusader.

14 326 mètres
Hauteur à laquelle le moteur du chasseur de Rankin tomba en panne.

40 minutes
Le temps qu’il fallut à Rankin pour descendre, à cause des courants d’air ascendants d’un orage.

11 minutes
Durée d’une descente normale.

Les Canadiens peuvent encore adhérer au Caterpillar club.

Les formulaires de demande sont disponibles auprès de Yvonne.wade@airborne-sys.com.

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