Quel qu’en soit le prix

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Juste après un tir ami ayant fait plusieurs victimes le 4 septembre 2006. [MND]

Le récit sans concession par les officiers
qui l’ont dirigée de l’opération Méduse,
la plus grande bataille de l’histoire militaire
canadienne des 60 dernières années,
à l’occasion de son dixième anniversaire.


Un jour, on fera un film sur les premières heures
de cette bataille : l’atmosphère est lourde. Un convoi de véhicules canadiens franchit un cours d’eau et traverse un champ. Les soldats sont inquiets, leurs commandants incertains de ce qui les attend. Puis soudain, le feu des mitrailleuses, des grenades tirées au lance-roquettes, et pire encore.

En quelques secondes, des Canadiens gisent morts sur le champ de bataille. De nombreux autres sont blessés.

Les premiers coups de feu de la plus importante bataille du Canada en Afghanistan viennent d’être tirés.

Les États-Unis viennent de quitter le Kandahar, laissant le soin à l’OTAN de sécuriser et de reconstruire un endroit relativement tranquille, jusque-là.

Mais l’ennemi, lui, n’est pas de cet avis. À ses yeux, la superpuissance américaine a battu en retraite et l’OTAN est faible. Ses rangs sont presque aussi nombreux que lors de l’invasion initiale de l’Afghanistan, en 2001. Il entend faire la preuve de l’impuissance de l’OTAN et reprendre Kandahar.

La riposte fut l’opération Méduse.

L’ennemi massé finit par livrer combat au groupement tactique canadien presque au grand complet, soit quelque 2 800 militaires : trois compagnies d’infanterie, mais aussi l’escadron de reconnaissance, un escadron du génie de combat, des soldats de la Force opérationnelle internationale 2, des Américains, des Danois et beaucoup d’appui aérien.

L’ennemi ne l’emporta pas, mais il connut plusieurs petites victoires. Comme cette première bataille, lorsque les Canadiens furent massivement et dramatiquement repoussés après avoir franchi l’Arghandab dans l’intention de prendre l’objectif Rugby.

Le repli de la compagnie Charles sous le feu de l’ennemi le 3 septembre 2006 fut l’un des moments les plus noirs de l’opération. Quatre hommes y trouvèrent la mort : Frank Mellish, Shane Stachnik, William Cushley et Rick Noland.

Le lendemain matin, ce fut encore pire. La compagnie Charles fut accidentellement prise pour cible par un avion de combat américain. Il y eut un mort, Mark Graham, et tant de blessés que la compagnie entière dut être retirée de l’ordre de bataille. La compagnie Charles était anéantie.

Il y aurait beaucoup plus à en dire, mais en fait, il n’est pas vraiment possible de raconter toute l’histoire.

Même aujourd’hui, l’opération Méduse reste une énigme. S’ils devaient livrer la bataille à nouveau, compte tenu de ce qu’ils savent maintenant, aucun des commandants ne ferait la même chose. D’un autre côté, ils n’y changeraient pas grand-chose non plus.

Ce fut l’assaut le plus marquant des 60 dernières années de l’histoire militaire canadienne.

Pensez à ce que cela signifie : entre la guerre de Corée et Méduse, des générations d’officiers et de soldats ont engagé leur vie pour le Canada sans vraiment avoir à se battre. Après l’opération, même chose.

Mais les gars de l’opération Méduse, eux, ont dû se battre. Ils se sont avancés en territoire ennemi par le sud, puis par le nord, dans une zone de feu à volonté. Ils ont utilisé toutes les armes qu’ils avaient. Ils se sont battus, et ils sont morts. Jusqu’à la victoire. Ils n’ont pas abandonné.

Il y avait des ennemis par centaines (peut-être par milliers), retranchés dans leurs cachettes et dans leur aveuglement extrémiste, prêts à détruire les agresseurs canadiens en se servant de toutes les armes qu’ils réussissaient à passer en contrebande du Pakistan.

Mais les choses n’ont pas tourné en leur faveur. Leurs croyances ne leur ont pas suffi pour gagner ce combat.

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Des soldats attendent près de la rivière Arghandab pendant l’opération Méduse. [MDN]

Major-GÉneral Omer Lavoie

Si l’on demande au major-général Omer Lavoie, qui commandait le groupement tactique pendant la bataille, qui a gagné et si l’opération a réussi, il répond franchement, comme on pouvait le prévoir, que l’opération Méduse fut un succès.

Cela ne signifie pas qu’aucune erreur n’ait été commise, mais ces erreurs n’ont pas modifié l’issue
de la bataille.

En 2006, il était lieutenant-colonel, et il commandait le groupement tactique canadien sous les ordres du brigadier-général David Fraser.

« C’était au moment où le commandement passait des Américains à l’OTAN, dit-il. Les talibans étaient convaincus que l’OTAN hésiterait à se battre. Nous, on y va, on reprend cette région. Et c’était une région d’importance emblématique pour les talibans. Alors d’après ces critères, on peut dire que c’était un énorme succès, parce que tout ce qu’on a demandé à mes troupes, elles l’ont fait.

« Est-ce qu’on a libéré les districts de Zhari et de Panjwai des talibans? Bien sûr que non, dit-il. Mais la raison pour laquelle nous sommes allés là-bas, c’est que les talibans menaçaient Kandahar. Il fallait faire quelque chose pour que la ville ne tombe pas. Et mes soldats ont de quoi être fiers d’avoir accompli cela.

« Professionnellement, ça m’a changé. Ça me sert d’azimut quand je commande. Nous avons perdu notre sergent-major régimentaire [l’adjudant-chef Robert Girouard]. Nous avons perdu 19 gars. Alors c’est difficile de ne pas penser à ça tous les jours. C’est ce qu’il y a de plus difficile quand on commande.

« Mais notre unité est la seule à qui on a décerné la citation du gouverneur général pour une opération, et cet honneur est ce qui importe le plus, c’est ce qui nous unit en tant que frères d’armes. »

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Vue de l’objectif principal, le 3 septembre 2006. [MDN]

Major Trevor Norton

Pendant l’opération Méduse, le major Norton était capitaine de véhicule blindé léger de la compagnie Charles; il était l’un des surveillants de la bataille le 3 septembre.

« D’une certaine façon, c’était un moment décisif pour moi. Quand j’y pense, c’était le seul moment de l’engagement du Canada en Afghanistan où les talibans se sont vraiment massés et ont cherché un combat traditionnel. Et nous leur en avons livré un, dit-il. Mais à l’époque, ce n’était pas un évènement majeur à mes yeux. Maintenant, je sais que c’était vraiment remarquable, mais à ce moment-là c’était juste une partie de la mission. C’était juste une autre journée au Kandahar. »

Un aspect de la première bataille de l’opération le fait encore réfléchir, dix ans après.

« Avant le 3 septembre, on se tenait d’un côté de la rivière et on essayait de ronger l’ennemi de l’autre côté de la rivière par des tirs directs. J’avais mis en place une ligne de tir et on tirait à chaque fois que l’ennemi s’exposait. Je disais à mes gars “Ceux que nous éliminons aujourd’hui, on ne leur fera pas face demain.” Le lendemain, nous avons traversé la rivière; on ne savait pas trop où on allait faire une brèche dans les défenses de l’ennemi. Mais on ne tirait pas, et ça a permis à l’ennemi de nous surprendre.

« Depuis, j’ai essayé de faire comprendre à mes gars à l’entrainement qu’il faut absolument se fier aux tactiques traditionnelles. Si tu penses à quelque chose, dis-le. Si ça te semble mal ficelé, dis-le aussi. Je m’en sers comme exemple d’initiative. [Quelqu’un aurait dû] nous recommander de continuer à tirer, parce que [ne pas le faire] a vraiment donné un avantage aux talibans. »

Major Jeremy Hiltz

En 2006, le major Hiltz commandait le peloton 8 de la compagnie Charles. Il a franchi la rivière le 3 septembre, au cœur des combats.

« Pour moi, et pour beaucoup de soldats avec lesquels je garde le contact, je crois que les souvenirs, bons ou mauvais, de notre participation à l’opération Méduse demeurent une source de grande fierté, dit-il. Aujourd’hui encore, je me souviens des 3 et 4 septembre comme si c’était hier. Sur le coup, on ne pensait pas beaucoup aux conséquences à long terme, ni pour les Afghans, ni pour l’OTAN.

« Quant à moi, je vois l’opération dans son ensemble comme un moment très important, où le Canada a accompli quelque chose qui n’avait pas été fait depuis un bon bout de temps. Pour la compagnie Charles, pour le rôle que nous y avons eu, en dépit des conséquences de ces jours-là pour beaucoup, nous avons été cimentés davantage en tant que compagnons d’armes. La détermination des soldats de mon peloton après avoir perdu Frank Mellish et vu un grand nombre de nos frères blessés était incroyable. Quel que soit le danger, ils étaient toujours prêts à reprendre le combat. Et même après les tirs de l’A-10 américain sur notre position, ils ont continué.

« Je me souviens d’avoir entendu dire que le haut commandement ne pensait pas que la ville de Pashmul et le district de Panjwai pouvaient être pris. Nous avons fait quelque chose que beaucoup de nations ont essayé de faire sur un terrain semblable. Nous avons battu un ennemi redoutable, retranché et préparé, sur son propre terrain. En tant que 8e Peloton, nous avons relevé le défi, nous avons été renversés, mais nous nous sommes relevés tout de suite. »

Lieutenant-Colonel Mark Gasparotto

En 2006, le lieutenant-colonel Gasparotto était commandant du 23e Escadron de campagne du 2e Régiment de génie d’assaut.

« Je savais qu’il s’agissait de la plus grande opération de l’histoire de l’OTAN. Une certaine mythologie entoure encore Méduse, à cause du nom lui-même ou à cause de la violence de l’engagement. Il est certain qu’aux yeux des ingénieurs, ce qu’a fait le 23e Escadron de campagne mérite d’être remarqué. Je sais que ça a représenté un sérieux défi pour l’escadron dans toutes ses capacités. Quant à notre adaptation et à notre improvisation, nous avons fourni au groupement tactique l’appui dont il avait besoin malgré le matériel restreint dont nous disposions. À cet égard, Méduse nous a donné l’occasion de démontrer à quel point les ingénieurs sont créatifs quand il s’agit de résoudre les problèmes dans un champ de bataille.

« Le degré de violence qui a suivi Méduse était parlant, en termes de feu direct. Mais je ne sais pas vraiment à quel point cela a influencé les combats suivants par rapport à ceux de 2006. Et si les combats ont été moins sévères cette année-là, qu’en était-il des années qui ont suivi? Alors, est-ce que nous avons empêché l’ennemi de prendre Kandahar? Je ne sais pas. Et je ne le savais pas vraiment à l’époque, même si c’était ce qu’on se disait. Nous l’avons au moins retardé. Les talibans faisaient un effort concerté à l’époque. Aurions-nous pu en tuer beaucoup plus? Prendre plus de leurs dirigeants, ce que nous n’avons pas fait à cause de la manière dont l’attaque s’est déroulée, qui a permis à beaucoup de s’enfuir?

« Je me souviens certainement de ce que nous avions esquissé sur la carte. Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, j’aurais fait attention à d’autres choses ce jour-là. Je pense que nous nous sommes fait prendre à notre propre cycle décisionnel en essayant d’éclaircir les ordres, parce que les choses n’allaient pas dans le sens du plan de manœuvre qui nous semblait le plus logique. Il y avait bien un groupement tactique, mais l’attaque du 3 septembre n’a pas été une attaque de groupement tactique.

« Il n’en reste pas beaucoup. À la fin de la période d’affectation, il y avait à peu près 130 soldats dans l’escadron, qui est assez grand. Mais en ce qui concerne ceux qui sont encore dans les forces : les officiers sont encore là, mais le nombre de sous-officiers a vraiment baissé. Il y en a beaucoup qui ont servi une fois ou deux de plus en Afghanistan, et je pense que leur service leur a couté cher, qu’ils ont des difficultés à surmonter aujourd’hui. »

En effet, selon les chiffres officiels d’Anciens combattants, presque 10 % des 39 000 Canadiens qui ont servi en Afghanistan ont reçu un diagnostic de TSPT. Ce chiffre comprend des milliers de militaires des groupes professionnels qui n’ont jamais pris part aux combats; le pourcentage de soldats ayant combattu atteints d’un TSPT est donc probablement beaucoup plus élevé.

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L’objectif Rugby, principal objet des opérations du 3 septembre 2006. [MND]

Major Edward Stewart

Pendant l’opération, le major Stewart était officier des affaires publiques. Il était alors capitaine, chargé de l’attention médiatique que la bataille suscitait dans le monde.

« Méduse est la plus grande opération à laquelle j’ai été attaché et à laquelle je serai probablement jamais attaché, dit-il. Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à penser à un autre cas où tous les gens que je connaissais s’occupaient de la même chose. Je me sens véritablement privilégié d’avoir eu l’occasion de jouer un petit rôle dans quelque chose d’aussi grand, et aussi d’avoir travaillé à côté de quelques personnes assez impressionnantes.

« Je dirais que c’était l’apogée d’un énorme changement concernant la manière dont l’Armée canadienne était perçue. Je pense que Méduse a confirmé que oui, les soldats canadiens étaient encore des combattants lorsqu’il le fallait.

« L’opération a été un succès, je pense qu’on peut le dire sans porter à controverse. Mais il est important de remettre ce succès dans son contexte, comme pour toutes choses. Par exemple, je ne pense pas qu’on puisse prétendre que Méduse ait “gagné la guerre” ni quoi que ce soit de semblable, parce que les huit groupements tactiques suivants ont tous fait face à des défis, à des épreuves et à des pertes considérables, mais c’était un moment d’une grande portée dans l’ensemble de la campagne.

« Les raisons pour lesquelles on a déclenché Méduse quand Kandahar risquait d’être perdue ont été suffisamment établies, alors pas besoin de les répéter. Ce que je peux dire, d’après ma propre expérience, c’est que lorsque le groupe dont je faisais partie est allé sur le terrain, le 30 août, notre convoi a traversé une ville fantôme. Kandahar avait l’air abandonnée. Sur le chemin du retour, après Méduse, même pas quatre semaines après, notre convoi était constamment coincé en raison du nombre de personnes qui étaient rentrées en ville.

« Qu’est-ce que tout cela voulait dire? Je ne sais pas vraiment, car j’avais un tout petit rôle parmi des milliers. Tous les gens que je connais pensaient avoir pris part à quelque chose d’assez important, et avoir fait quelque chose de vraiment bien, et ils en éprouvaient une certaine satisfaction. Pourtant, le groupement tactique a perdu 12 de ses 19 morts après Méduse, alors on pourrait peut-être dire que l’opération montre à quel point, à la guerre, l’euphorie est éphémère… En fin de compte, le temps des célébrations a été étonnamment court, puis on est passé à autre chose. »

« Nous défendrons notre île, quel qu’en soit le prix.
Nous nous battrons sur les plages.
Nous nous battrons sur les terrains de débarquement.
Nous nous battrons dans les champs, et dans les rues.
Nous nous battrons dans les montagnes.
Nous ne nous rendrons jamais! »

– Winston Churchill

Ne jamais se rendre

À l’issue de l’opération, le groupement tactique canadien a atteint tous ses objectifs. Il lui a fallu plus longtemps que prévu, et cela a été bien plus difficile que ce qu’on espérait; mais les yeux du monde étaient tournés vers eux, et il était hors de question que les Canadiens perdent ce combat.

Il est probable que les civils ne comprendront jamais vraiment ce que la guerre coute. Sacrifier des vies pour un bout de terrain est incompréhensible, voire même odieux. Mais c’est pour cela que nous avons des armées, et c’est ce que les soldats canadiens ont fait durant l’opération Méduse.

Avancer vers l’ennemi. Avancer jusqu’à la mort. C’est ça, la guerre.

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Face à face

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La mission du Canada à Kandahar a été un succès parce que l’Armée canadienne et les civils en fonction à ses côtés ont atteint leurs objectifs.

Lorsque les Forces armées du Canada sont allées au Kandahar en 2005, elles devaient accomplir trois missions connexes : instituer une équipe provinciale de reconstruction (ÉPR), former les forces de sécurité afghanes grâce à des équipes de liaison et de mentorat opérationnels (ÉLMO), et assurer la sécurité des équipes susmentionnées et empêcher les insurgés talibans de reprendre la province ou ses villes principales, surtout Kandahar. Ce dernier point devait être assuré par un groupement tactique canadien (remplacé tous les six mois) qui devait opérer à partir de l’aérodrome de Kandahar et établir des bases de patrouille et des bases d’opérations avancées dans la partie nord de la province, et défendre les routes et les voies principales.

La mission de l’ÉPR était de renforcer l’administration civile locale par le biais de mentorat et de fournir des services médicaux, une formation pour la police et une infrastructure de soutien pour la population de la province.

En bref, les objectifs officiels du Canada étaient de sécuriser la province pour le gouvernement de Kaboul, de réprimer la résurgence des talibans, de jouer son rôle dans la Force internationale d’assistance à la sécurité dirigée par l’OTAN (FIAS) qui devait diminuer les talibans et donner les moyens à Kaboul d’exercer un contrôle effectif sur l’ensemble du pays. Son but officieux – qui était peut-être son objectif le plus important – était de remplacer les forces américaines qui quittaient Kandahar à l’été 2006 pour aller en Iraq.

Son but officieux
– qui était peut-être son objectif
le plus important – était de remplacer les forces
américaines qui quittaient Kandahar
à l’été 2006 pour aller en Iraq.

Le Canada n’a jamais déployé suffisamment de personnel militaire pour sécuriser l’ensemble de la province en tout temps. Au début, il n’avait pas assez d’hélicoptères pour le réapprovisionnement ni pour aider les soldats sur le terrain, et l’effort fourni dépendait donc étroitement des routes. La force de frappe du VBL III (véhicule blindé principal utilisé pour le transport des troupes) dont étaient équipés les groupements tactiques canadiens était vulnérable aux gros dispositifs explosifs improvisés, et sa mitrailleuse à chaine de 25 mm était incapable de pénétrer les murs de boue épais. Heureusement, des chars d’assaut ont été envoyés en renfort. Par la suite, des hélicoptères Chinook américains ont été obtenus, et des Griffon canadiens armés ont été dépêchés au Kandahar pour escorter les Chinook.

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[Adam Day]

Le Canada est parti de Kandahar en 2011 à cause du compromis politique auquel étaient parvenus le parti conservateur au pouvoir et l’opposition libérale en 2008. Il est vrai que le Canada n’est pas resté jusqu’à la « victoire » contre les talibans au Kandahar ou en Afghanistan en général. Mais la petite armée du Canada, épaulée par l’Aviation et la Marine, a tenu les parties principales du Kandahar hors des mains des talibans et a réussi à maintenir les routes ouvertes en général.

La guerre n’est pas encore finie, mais la plupart des combats avec les talibans sont actuellement menés par les militaires afghans avec l’aide des États-Unis. La guerre se poursuivra peut-être pendant des années. Mais le Canada ne s’est jamais engagé à rester au Kandahar jusqu’à ce que l’ennemi dépose les armes, tout comme, en tant que membre de l’ONU, il n’a pas obtenu de « victoire » contre les forces communistes, en Corée, en 1953. Cela ne signifie pas que le Canada n’a pas mené à bien la mission qui lui avait été confiée au Kandahar en 2005. Aujourd’hui comme alors, il n’y a pas de victoire possible, au sens habituel, contre les talibans. Mais les objectifs du Canada ont bel et bien été atteints.

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La majorité des Canadiens ont appuyé leurs soldats durant leur déploiement en Afghanistan, mais on ne peut pas en dire autant de leur mission. Les doutes des Canadiens sur la mission en Afghanistan augmentaient au fur et à mesure que son cout humain et financier grimpait. Elle s’est terminée par un épuisement économique, politique et moral qui a tempéré l’exubérance des interventionnistes. La mission était schizophrénique dès le début : visait-elle simplement à contenir une menace ou à faire de l’Afghanistan un endroit meilleur? Dans le premier cas, la plupart des citoyens alliés n’ont jamais accepté l’idée que l’Afghanistan représentait un véritable danger, et dans le deuxième, nous avons appris à la dure que le militaire n’est certainement pas le meilleur instrument. Les soldats se sont trouvés au milieu d’une mission peu enviable avec des objectifs en évolution constante et sans fin de partie évidente.

Entre 2005 et 2011, le porte-étendard de la mission militaire du Canada, c’était l’équipe de reconstruction provinciale (ÉRP) dont le mandat était d’aider à la sécurité, au développement et à la gouvernance. Le Kandahar a toujours été problématique : ç’a toujours été la région la plus dangereuse du sud de l’Afghanistan.

Le rapport Manley, produit par un groupe d’experts indépendant en 2008, a fourni des conseils au Parlement au sujet du rôle du Canada en Afghanistan. Il y était recommandé que le Canada prenne part aux « démarches énergiques auprès des pays voisins de l’Afghanistan, notamment le Pakistan, afin de réduire les risques rattachés à la stabilité et à la sécurité régionales au lendemain des événements survenus récemment dans ce dernier pays ». Bien que les militaires canadiens ou alliés s’efforcent de décapiter le serpent proverbial, la sécurité en Afghanistan est depuis longtemps compromise par les talibans et les réseaux de terroristes affiliés à Al Qaïda.

Les soldats canadiens se sont trouvés au milieu
d’une mission peu enviable avec des objectifs
en évolution constante et sans fin de partie évidente.

La mission de développement de l’ÉRP a été entravée par le manque de collaboration entre les chargés de la défense, de la diplomatie et du développement. Le barrage du Dahla, qui a coûté plus de 50 millions de dollars au Canada et qui reste inachevé, en est un exemple éloquent. L’Agence canadienne de développement international a accordé le contrat à un conglomérat canadien (SNC-Lavalin) qui a engagé une firme locale de sécurité. Cette dernière aurait apparemment acheté les talibans pour assurer la protection du site.

Une des responsabilités essentielles de l’ÉRP était de faciliter la gouvernance en maintenant la sécurité. La Gendarmerie royale canadienne (GRC) et Services correctionnels Canada (SCC) ont été chargés d’y former la police et d’y superviser les prisons. Cependant, le rapport Manley a constaté que « des lacunes persistent généralement dans les secteurs de la sécurité et de la justice ». Les talibans ont fait une incursion dans la prison de Sarposa, un des plus grands établissements de la région, en juin 2008, presque six mois après la publication du rapport. Quelque 1 000 détenus s’en sont évadés, dont 400 talibans. Il est évident que les recommandations prémonitoires du rapport Manley n’ont pas été suivies.

L’ironie liée au fait que des fonds provenant des contribuables canadiens aient servi à acheter les talibans qui poursuivaient leurs opérations n’a pas échappé aux Afghans. Il semblerait que ni le Canada ni ses Alliés ne se risqueront de sitôt à une telle entreprise; cela en dit long sur leur mission en Afghanistan.

La crise d’octobre

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Journaliste Tim Ralfe question Premier Ministre Pierre Trudeau sur la Loi sur les mesures de guerre et Trudeau avait dit “Just watch me”, Oct. 13, 1970. [PHOTO: PETER BREGG, THE CANADIAN PRESS]

Le Canada a évolué rapi-dement au cours des années 1960. Le Québec en particulier a fait l’objet d’une vague de changements lors de l’élection du Parti libéral du Québec, en 1960. La Révolution tranquille, comme on a appelé cette mutation sociale, a fleuri partout au Québec. Des groupes socialistes, notamment le Parti québécois, sont apparus dans toute la province, dont ils cherchaient à obtenir l’indépendance.

Le Front de libération du Québec était un de ces groupes. Il avait pour objectif de parvenir à l’indépendance du Québec par tous les moyens. Conformément à son approche des plus radicales, le FLQ a célébré son inauguration, en février 1963, en jetant un cocktail Molotov dans une fenêtre de CKGM, une station de radio anglaise à Montréal.

Pendant le reste des années soixante, le FLQ a commis des braquages de banque, des cambriolages, et plus de 200 attentats à la bombe, dont celui de la Tour de la Bourse de Montréal en 1969. Dès 1970, de nombreux membres avaient été arrêtés et emprisonnés pour ces actes de terrorisme, le plus notable étant Pierre-Paul Geoffroy, qui a plaidé coupable à plusieurs chefs d’accusation d’attentat à la bombe (y compris celui de la Bourse), et qui a reçu 124 peines d’emprisonnement à perpétuité, la sentence la plus lourde jamais prononcée dans le Commonwealth britannique.

Le 5 octobre 1970, deux hommes se sont présentés à la résidence du délégué commercial britannique à Montréal, James Cross, et dit à la domestique qui leur a répondu qu’ils avaient un cadeau d’anniversaire pour M. Cross. Les deux hommes ont alors obligé M. Cross à monter dans une voiture qui est partie en direction du centre-ville. C’était le début de la crise d’octobre.

Cinq jours après, le 10 octobre, Pierre Laporte, ministre québécois du Travail, jouait au ballon devant chez lui à Montréal avec sa famille lorsque des membres d’une autre cellule du FLQ l’ont obligé à monter dans une voiture.

Ces otages devaient servir d’échange pour la libération de membres du FLQ qui étaient derrière les barreaux.

Est-ce que
la Loi sur les mesures de guerre
était la bonne réponse aux
attaques terroristes du FLQ?

 

Le premier ministre du Canada, Pierre Trudeau et celui du Québec, Robert Bourassa, ont vite pris la situation en main. La police a organisé une des plus grandes chasses à l’homme de l’histoire du Canada. À Ottawa, l’armée a été déployée pour protéger les maisons de politiciens et des bâtiments importants. Le 15 octobre, M. Bourassa et le maire de Montréal, Jean Drapeau, ont demandé que des soldats patrouillent dans les rues de Montréal.

Le 16 octobre, à 4 h du matin, le gouvernement fédéral a décrété un état d’« insurrection appréhendée » et proclamé la Loi sur les mesures de guerre. La police de Montréal a immédiatement mené des perquisitions sans mandat et arrêté des gens sans porter d’accusation. En vertu des règles d’urgence, le FLQ a été déclaré association illégale. Au total, 497 personnes ont été arrêtées et plus de 3 000 perquisitions ont eu lieu.

Le lendemain, le FLQ a révélé où se trouvait le corps de M. Laporte. Le cadavre a été trouvé dans le coffre d’une voiture près de l’aéroport de Saint-Hubert.

La police a trouvé la cachette des assassins le 6 novembre. Les policiers ont appréhendé Bernard Lortie, mais trois hommes ont réussi à s’enfuir. Ces derniers,
Paul Rose, Jacques Rose, et Francis Simard, ont été retrouvés dans le tunnel d’une ferme et arrêtés à la fin du mois de décembre. Paul Rose et Francis Simard, trouvés coupables de l’assassinat, ont écopé des peines les plus sévères; Lortie a été jugé coupable d’enlèvement et Jacques Rose de complicité.

À la fin du mois de novembre, des policiers avaient retrouvé M. Cross et ses ravisseurs. Ils ont décidé de négocier pour prévenir la violence. La libération de James Cross a eu lieu le 3 décembre, et ses ravisseurs se sont exilés à Cuba. Un sixième ravisseur, resté à Montréal, a été arrêté en 1980 et condamné pour enlèvement. Tous les ravisseurs ont fini par revenir au Canada, et ils ont été reconnus coupables de leurs crimes. Le FLQ a cessé ses activités en 1971.

Est-ce que la Loi sur les mesures de guerre était la bonne réponse aux attaques terroristes du FLQ? Pendant la crise d’octobre, plus de 85 % des Canadiens anglais et français ont donné raison au gouvernement de l’avoir appliquée.