L’heure est à l’armée

Indépendamment des débats politiques, le gouvernement du premier ministre Mark Carney a apparemment tenu sa promesse électorale formulée il y a un peu plus d’un an concernant l’« accélération sans précédent des investissements » dans les forces armées canadiennes. Les initiatives en faveur de l’armée, qu’il s’agisse de l’importante hausse des dépenses de défense ou de la mise en place de nouvelles alliances de sécurité, sont nombreuses et variées.

En effet, à peine un mois après son élection en avril 2025, M. Carney a annoncé que le Canada atteindrait d’ici la fin de l’année l’objectif de financement de l’OTAN, fixé à 2 % du produit intérieur brut (PIB). Il a ainsi promis plus de 9 milliards de dollars de dépenses de défense supplémentaires pour l’exercice. L’année précédente, le gouvernement libéral prévoyait plutôt de porter les dépenses de défense à 1,37 % du PIB et d’atteindre l’objectif de l’alliance d’ici 2032. Dans son budget d’automne, M. Carney a ensuite précisé les dépenses militaires nécessaires pour atteindre le nouvel objectif de l’OTAN, soit 5 % du PIB d’ici 2035.   

Un mois avant, les autorités fédérales avaient lancé la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense afin de remplacer le système d’approvisionnement qui, selon elles, était « fragmenté  entre plusieurs ministères, lent à consulter l’industrie et trop complexe pour répondre aux besoins militaires en constante évolution, ce qui fait que les Forces armées canadiennes doivent attendre des années, parfois des décennies, pour obtenir le matériel qui leur est indispensable ». M. Carney a nommé à la tête de l’Agence M. Doug Guzman, ancien cadre du secteur bancaire avec trente ans d’expérience dans l’investissement et la finance, une décision jugée prometteuse pour la révision et la rationalisation de l’approvisionnement.

Notamment, le gouvernement a également déclaré que la nouvelle agence « permettra au Canada de mieux harmoniser ses relations avec des partenaires comme le Royaume-Uni, l’Australie et la France, qui comptent déjà des organismes d’approvisionnement spécialisés, ce qui facilitera et optimisera les acquisitions et l’établissement de partenariats communs en matière de défense ».

De nouvelles alliances de sécurité ont également émergé. Au début de 2026, le Canada a rejoint officiellement l’initia-tive « Agir pour la sécurité de l’Europe », renforçant officiellement la coopération en matière de défense avec l’Union européenne. Cette initiative offre aux fabricants canadiens de nouvelles occasions d’accéder aux marchés européens de la défense et de collaborer avec leurs homologues, alors que les États membres de l’UE augmentent leurs dépenses militaires.

À ce propos, le Canada a annoncé un partenariat stratégique avec la Suède à l’été 2025, illustré notamment par des discussions de collaboration dans l’industrie aéronautique entre Bombardier et Saab autour du chasseur à réaction Gripen. Le Canada a également annoncé un pacte avec la Finlande et les États-Unis pour « améliorer […] les capacités collectives de production de navires brise-glaces de classe mondiale nécessaires pour affirmer […] la souveraineté polaire et arctique » en novembre et un accord de défense avec la Corée du Sud en février 2026 pour réaffirmer l’« engagement  commun à renforcer la coopération à une époque marquée par une concurrence stratégique accrue, une évolution rapide des technologies et une pression croissante sur les sociétés ouvertes et démocratiques ».

Le même mois, M. Carney a dévoilé la première stratégie industrielle de défense du Canada, qui vise à « transformer  nos industries de la défense en accordant la priorité aux fournisseurs et aux matériaux canadiens, en investissant dans l’innovation et la commercialisation canadiennes, et en rationalisant le processus d’approvisionnement afin d’assurer une demande constante et prévisible aux entreprises ».

Bien d’autres mesures ont été prises au cours de l’année, dont l’intégration de la Garde côtière à la Défense nationale, de nouveaux investissements dans la sécurité de l’Arctique et du Nord, ainsi que la création de nouveaux centres de recherche consacrés à l’innovation en matière de drones et de défense maritime.

« Défendre le Canada, c’est bâtir le Canada, a déclaré M. Carney en lançant la stratégie industrielle de défense. La sécurité et la prospérité sont les fondements complémentaires d’un Nord authentique, fort et libre. »

À tout le moins, il est encourageant de voir l’armée canadienne revenir une fois de plus au premier plan.

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