L’exercice, l’IA et le bienêtre des femmes à l’honneur au dernier forum sur la santé des militaires et des anciens combattants

Sommes-nous en train de fortifier nos soldats ou de les casser? », a demandé Éric Robitaille, l’un des premiers orateurs de la conférence de 2024 de l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des anciens combattants (ICRSMV) à Winnipeg.

La question du physiothérapeute au ministère de la Défense et professeur adjoint à l’Université de Toronto était évidemment rhétorique. Mais, au fil des données sur les blessures musculo-squelettiques (BMS) du personnel militaire, des dommages aux os, aux articulations et aux muscles causés par un stress soudain ou répétitif, il est rapidement apparu que ses mots étaient un appel à agir. 

« Les soldats sont essentiellement entrainés pour continuer, même lorsque leur corps leur dit d’arrêter », a poursuivi M. Robitaille, rejoint sur scène par son collègue cher-cheur Hans Christian Tingelstad, à l’occasion du 14e évènement annuel du CIMVHR qui a eu lieu du 20 au 23 octobre 2024.

Ensemble, ils ont donné des preuves stupéfiantes qui indiquent que les BMS représentent 45 % des rendez-vous médicaux d’urgence pour le personnel en garnison et jusqu’à 43 % pour les militaires en mission. Ils ont également signalé que les BMS étaient la principale cause des libérations pour raisons médicales, avec environ 53 % des cas. 

Les physiothérapeutes ont donc créé un programme d’exercices mo-difié pour tenir compte des effets de la formation sur de tels incidents, en plus de facteurs tels que la capa-cité physique globale et l’historique de santé. Le programme « génération de la résilience aux blessures par la formation » (GRBF) pourrait faire une nette différence. Parmi les recommandations, a expliqué M. Robitaille, figurent « des séances d’entrainement musculaire individuelles avec des charges externes, de la course sur une distance limitée et une diminution du nombre de marches avec une charge de plus en plus lourde ou une distance de plus en plus grande ». De même, le duo a plaidé en faveur de groupes de compétences permettant au personnel de progresser dans certains aspects de la formation de manière individualisée tout en limitant les risques de telles blessures. 

Le résultat? Au bout d’une pé-riode de quatre ans (2019-2023), les participants ont signalé que l’utilisation du programme GRBF au lieu de la routine militaire, généralement non normalisée, avait permis « une diminution des BMS de 65 %, 611 jours de service restreint en moins et 22 attritions en moins ».

« Les stratégies intégrées de prévention des BMS ont non seulement minimisé les risques de BMS et leurs fardeaux, a conclu M. Robitaille, elles ont contribué de manière holistique à la santé de chaque soldat en leur offrant une voie claire pour remplir leur mandat. »

L’exploration des mérites de la GRBF n’était que le début d’un grand échange d’idées au Centre des congrès RBC, situé à quelques pas du boulevard Memorial où se trouve le cénotaphe de Winnipeg, près de l’édifice de l’Assemblée législative du Manitoba. Dans une ville regorgeant d’un riche patrimoine militaire, scientifiques, chercheurs universitaires, entrepreneurs, anciens militaires ou personnel en service et autres personnes ont compris que leur présence même, sans parler de leurs efforts de réseautage et de leurs présentations, pourrait mener à l’amélioration de la santé et du bienêtre des anciens combattants.

Plus de 500 délégués du monde entier étaient présents. Les conférenciers et invités des pays de partage du renseignement, ceux du Groupe des cinq (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et États-Unis), étaient particulièrement bien représentés, car bon nombre offrait des informations pouvant se transmettre à l’échelle internationale.

Le discours liminaire du deu-xième jour n’en était qu’un exemple. Jaques Reifman, chercheur principal du ministère de la Défense des États-Unis, a présenté son étude des applications de l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer la préparation médicale militaire.

« Évidemment, si nous pouvons faire des prévisions, nous pouvons peut-être prévenir des blessures et des maladies », a déclaré M. Reifman. En expliquant le fonctionnement du logiciel basé sur l’IA de son équipe – seul programme autorisé par la U.S. Food and Drug Administration (secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques, NDT) pour le triage des victimes de traumatismes à risque d’hémorragie –, il a fait remarquer que cet objectif était désormais réalisable.

« Environ 90 % de nos militaires qui meurent au champ de bataille meurent de saignement incontrôlé », a déclaré M. Reifman. L’outil d’analyse de l’IA peut évaluer les signes vitaux pour prédire la probabilité d’hémorragie, offrant aux infirmiers militaires la possibilité d’« optimiser les soins » et ainsi « sauver des vies ».

Quant à la troisième et dernière plénière, celle du 23 octobre, elle semble avoir conclu l’évènement de manière appropriée.

« Invisibles, a souligné la Dre Cyd Courchesne, médecin-chef d’Anciens Combattants Canada. C’est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche des anciennes combattantes depuis l’organisation du premier forum des anciennes combattantes d’ACC en 2019. »

Bourses d’études en santé des anciens combattants de la LRC

La conférence de l’ICRSMV de cette année a marqué l’attribution inaugurale de la bourse de doctorat en recherche sur la santé des militaires et des anciens combattants octroyée par la Légion royale canadienne. Lors de la deuxième journée du forum, le président national, Berkley Lawrence, a remis une bourse de 50 000 $ à Raphaëlle Merlo de l’Université Laval du Québec, dont le projet de recherche de doctorat évalue notamment des effets de l’autotraitement sur les symptômes du TSPT. Mme Merlo nous a déclaré qu’elle était très heureuse de recevoir les fonds, en ajoutant que cela l’encourageait «  que d’autres personnes s’intéressent à ce qui [l’]intéresse  ».

Parallèlement, cette année, la bourse de maitrise de 30 000 $ pour les recherches sur la santé des anciens combattants, établie par la LRC et désormais administrée par la Fondation nationale Légion (FNL), a été remise le troisième jour de la conférence à SueEllen MacGowan, capitaine à la retraite.

«  Ses recherches pourraient renforcer notre compréhension des régions du cerveau impliquées dans le trouble de stress posttraumatique, surtout pour déterminer l’efficacité de la formation et du traitement par rétroaction neurologique, en particulier pour les personnes souffrant de TSPT qui résistent aux traitements pharmaceutiques et autres traitements des traumatismes  », a déclaré Larry Murray, grand président de la LRC et membre du conseil d’administration de la FNL.

En présentant le conférencier principal de la troisième journée, la Dre Courchesne est allée jusqu’à reconnaitre qu’il existe une pénurie fondamentale de recherche en santé axée sur le personnel militaire féminin, notamment au Canada. « Malgré certains progrès récents, a-t-elle poursuivi, ces anciennes combattantes ont majoritairement le sentiment que les programmes d’ACC n’ont pas suffisamment tenu compte de leurs besoins et préoccupations propres. »

Cela n’a pas échappé à Dawne Vogt, la présentatrice du National Center for PTSD (centre national pour le TSPT, NDT) des États-Unis. Elle a mené des recherches approfondies sur les besoins et les préoccupations des femmes en matière de santé et a mis en évidence les difficultés auxquelles les ancien-nes combattantes en particulier sont confrontées, l’importance de contextualiser les problèmes et les manières de veiller à ce qu’un soutien adéquat leur soit apporté.    

« Une partie de notre objectif à ce sujet était de fournir un vrai cadre qui nous aiderait à comprendre les facteurs les plus pertinents pour les populations minoritaires, et en particulier les anciennes combattantes », a déclaré Mme Vogt en expliquant ses conclusions « généralisables » aux États-Unis.

Cependant, ses recherches ont été plus loin : elle s’est aussi penchée sur le harcèlement de nature non sexuelle « visant [les femmes militaires] en raison de leur identité de femme ». Le stress familial pendant les missions et la santé mentale après le retour au civil figurent parmi les autres gros problèmes qui ont une incidence disproportionnée sur les anciennes combattantes, a déclaré Mme Vogt qui, en recommandant des solutions individualisées, a déclaré que le soutien par les pairs « était très prometteur ».

Et, de manière générale, le forum aussi. De discours concernant les groupes méritant l’équité aux propositions visant à permettre aux anciens combattants de vieillir chez eux, la conférence était un engagement qui se résumait le mieux par sa propre devise : « Servir ceux qui nous servent ».

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