Des yeux ronds qui sauvent des vies

October 23, 2019 texte de Sharon Adams

Le respirateur Macpherson fut conçu par le médecin et capitaine Cluny Macpherson du Newfoundland Regiment. [Musée des soins de santé/169.177.7]

Le premier masque à gaz utilisé par les soldats canadiens fut conçu par un Terre-Neuvien

Le premier masque à gaz donné aux soldats britanniques après que les Allemands déchainèrent une nouvelle arme diabolique, en 1915, fut mis au point par un médecin de Terre-Neuve.

Le 22 avril 1915, les troupes allemandes larguèrent 160 tonnes de chlore gazeux au front occidental. Le gaz forma un nuage jaune-verdâtre de six kilomètres de longueur et d’un demi-kilomètre de largeur, qui dériva avec le vent au-dessus les lignes canadiennes et françaises. Étant plus lourd que l’air, il s’installa dans les zones basses, transformant les tranchées en pièges mortels.

Lorsque le chlore entre en contact avec l’humidité des yeux, du nez et des poumons, il se transforme en acide qui aveugle, brule et cause des ampoules. Il détruit la muqueuse pulmonaire; les victimes se noient dans leurs propres sécrétions ou meurent asphyxiées. Il n’existe pas d’antidote.

À l’époque, personne n’y était préparé. Les hommes toussaient horriblement quand ils respiraient ce gaz à l’odeur d’eau de javel. Beaucoup en moururent, d’autres furent aveuglés et brulés; la plupart des survivants eurent des problèmes pulmonaires durant le reste de leur vie.

Le médecin et lieutenant-colonel canadien Edward Morrison fut horrifié de voir les hommes « cracher leurs poumons, vraiment » puis, « à l’agonie, se rouler par terre comme des chiens enragés. »

Un soldat (à droite) porte un des premiers masques à gaz pour se protéger des nuages de chlore. [Archives de la revue Légion/19700140-077]

Lors de la deuxième attaque, deux jours plus tard, on dit aux troupes canadiennes de tenir un mouchoir ou une chaussette trempée d’eau ou d’urine contre leur nez; le chlore se cristalliserait avant d’atteindre leurs poumons.

Le 3 mai, les Britanniques fournirent 30 000 tampons de coton enveloppé de gaze, qui étaient trempés dans du bicarbonate de soude, puis tenus contre le nez et la bouche. Des lunettes furent distribuées pour protéger les yeux. Ce dispositif de fortune fut remplacé par le respirateur Black Veil (voile noir, NDT), qui était muni d’une ficelle pour tenir le tampon en place.

Cela ne suffisait pas. Le 6 juin, les soldats britanniques et canadiens reçurent le premier masque à gaz – un capuchon, en réalité – conçu par le capitaine Cluny Macpherson, médecin du 1st Newfoundland Regiment.

Macpherson suggéra de couvrir toute la tête dans un sac en flanelle trempée dans un mélange chimique le rendant étanche au gaz. Le casque Hypo, surnommé British Smoke Hood (capuchon antifumée britannique, NDT), avait une visière de mica ou d’acétate de cellulose. Il était fragile et engendrait des maux de tête, probablement à cause de l’accumulation de dioxyde de carbone, mais c’était un début.

Il fut suivi par un capuchon muni d’oculaires et d’une valve permettant au soldat d’expirer. Il fut sur-nommé « goggle-eyed bugger with the tit (bougre aux yeux ronds avec le nichon, NDT) ». Macpherson améliora ses prototypes sans cesse, même après son retour chez lui, quand il porta son attention sur les problèmes pulmonaires des mineurs, dit Maureen Peters, conservatrice de The Rooms à St. John’s.

Deux ans après le début de la guerre, des obus d’artillerie conte-nant du gaz étaient utilisés de part et d’autre de la ligne de front, et des masques à gaz de plus en plus sophistiqués furent conçus pour répondre au développement continu des menaces vaporeuses mortelles.

À la fin de la guerre, les soldats recevaient le petit respirateur en boite (en regard) qui décontaminait l’air. [MCG/ 19720102-061]

Le 12 juillet 1917, les Allemands utilisèrent le gaz moutarde pour la première fois, qui était mortel même sans être inhalé : cette vapeur incolore et huileuse pouvait être absorbée par la peau, et attaquait la muqueuse des poumons et de l’estomac, ce qui provoquait des hémorragies internes. Sa pollution tenace du sol, de la boue, de l’eau et des vêtements continuait de faire des victimes par empoisonnement secondaire pendant des semaines après les attaques.

En 1917, le respirateur en boite fut distribué aux soldats britanniques et canadiens. L’air était aspiré à travers un filtre et décontaminé avant de passer dans le masque.

Les hommes maudissaient les masques à gaz. Quelle qu’en soit la conception, ils étaient inconfortables et encombrants. Mais ils étaient aussi plus que ravis qu’ils existent.

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