Probablement peu de gens savent que deux grandes batailles eurent lieu sur les plaines d’Abraham, aux portes de Québec, pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). La victoire des Britanniques à la bataille du 13 septembre 1759 avait certes scellé le destin de la Nouvelle-France, mais rien n’était alors évident. Les hostilités reprirent à peine sept mois plus tard, le 28 avril 1760, et se soldèrent par une éclatante victoire des Français.
La plupart des soldats français et canadiens s’étaient retirés à Montréal après les combats de 1759. Leur commandant, le lieutenant-général Louis-Joseph de Montcalm, avait été tué. Le maréchal de camp François-Gaston de Lévis l’avait remplacé. Le commandant britannique, le major-général James Wolfe avait lui aussi péri. Le colonel James Murray, son successeur, occupait Québec.
La plus grande partie de la flotte britannique quitta cependant la ville en octobre 1759 et, cet hiver-là, la garnison de Murray souffrit du froid glacial. La faim, le scorbut et la dysenterie faisaient des ravages dans les rangs. Le soldat britannique James Miller raconta plus tard que « l’épuisement face à l’hiver [était] si terrible que les vivants en [venaient] presque à envier les morts ».
Au mois d’octobre, Murray disposait de 5 077 fantassins et artilleurs, mais en avril, 667 soldats britanniques ayant péri, il ne lui restait que 2 829 hommes en mesure de combattre. Il leur fallait survivre jusqu’au retour de la Marine royale.
Pendant ce temps, à Montréal, Lévis rassemblait des forces de réguliers venant d’ailleurs en Nouvelle-France et levait pratiquement toute la milice canadienne. Il espérait reprendre Québec et y attendre des renforts de France. Il en allait de l’avenir du Canada, et il savait que ce serait probablement sa seule chance de le sauver.
Il avait sous ses ordres 6 970 hommes en santé et expérimen-tés : 3 950 soldats réguliers français, 2 750 miliciens canadiens et 270 alliés membres de Premières Nations. Mais, pas plus de 5 000 de ces hommes prirent part à la bataille.
Les forces françaises et canadiennes descendirent le fleuve en bateau le 20 avril 1760. Le 26, elles débarquèrent à Saint-Augustin, à 22 kilomètres au sud-ouest de Québec. Le lendemain, la plus grande partie des forces avança jusqu’à la paroisse de Sainte-Foy à quelques kilomètres à l’ouest de la ville. Après une échauffourée, les Britanniques se retirèrent de leurs avant-postes.
Murray décida, à l’instar de Montcalm au mois de septembre précédent, de quitter la protection des remparts de Québec pour combattre sur les plaines. Le matin du 28 avril, les forces britanniques occupaient la Butte-à-Neveu de 15 mètres de hauteur, le lieu le plus élevé des plaines, situé à quelques centaines de mètres à l’ouest des murs de la ville. Le temps était frais et ensoleillé, et la terre était couverte d’une épaisse couche de neige, de gadoue et d’eau.
Murray commandait 3369 hommes, certains tirés des hôpitaux. Il fit rapidement installer ses 22 canons sur la butte et déploya ses fantassins. Le sergent John Johnson écrivit que bien des soldats britanniques étaient des « squelettes scorbutiques affamés ».
La bataille de Sainte-Foy fut l’une des plus sanglantes livrées sur le territoire canadien.
Murray lança effrontément une attaque préventive contre les Français avant qu’ils n’aient pris position. Le pari fut tout d’abord gagnant : l’artillerie britannique infligea de lourdes pertes aux Français et força leur flanc de gauche (au nord) à battre en retraite. Mais, à la suite d’une puissante contrattaque des Français contre son propre flanc gauche (au sud), au bout de deux heures de combats rapprochés, Murray se mit à craindre que ses forces ne soient coupées de Québec. Il donna l’ordre de se replier derrière les murs de la ville, laissant à Lévis la maitrise des plaines.
L’armée britannique recensa 1 182 victimes : 292 morts, 837 blessés et 53 capturés. Il y avait eu 266 morts et 733 blessés parmi les forces françaises, canadiennes et autochtones. La bataille de Sainte-Foy fut l’une des plus sanglantes livrées sur le territoire canadien.
Les deux côtés attendirent alors les premiers navires remontant le fleuve. James Johnstone, qui avait fait partie de l’état-major de Montcalm, remarqua que « les Canadiens […] étaient résolus à sauver leur pays et ne perdirent jamais espoir… ». Mais, il n’allait pas en être ainsi.
Le HMS Lowestoft contourna l’ile d’Orléans le 9 mai. C’était le premier de nombreux bâtiments britanniques, et Lévis se replia de nouveau à Montréal, qui capitula en septembre 1760. Le Canada était désormais aux mains des Britanniques.

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