Le Canada annonce une refonte de sa politique étrangère pour l’Arctique

En 1984, des soldats canadiens se sont rendus sur une petite ile désertique au milieu du passage Kennedy, entre le Groenland et l’ile d’Ellesmere.

La juridiction sur l’ile Hans était au cœur d’un petit différend entre le Canada et le Danemark depuis 1973, lorsque les deux pays avaient convenu de redéfinir les limites de leurs fonds marins qui se chevauchaient dans la région. La question de la propriété de ce caillou de 1,2 kilomètre carré était alors restée en suspens.

Les soldats ont planté un drapeau à feuille d’érable et laissé une bouteille de whisky canadien, une affirmation sur une note légère de la souveraineté canadienne.

Le ministre danois des Affaires groenlandaises a répliqué sur le même ton : quelques mois plus tard, il a fait hisser un drapeau danois et laissé une bouteille de schnaps avec une lettre où il était écrit « Bienvenue sur l’ile danoise ».

Ainsi commença la « guerre du whisky », au cours de laquelle ces amis membres de l’OTAN laissaient des bouteilles d’alcool associées à leur patrie à tour de rôle.

Ce différend frontalier fantaisiste et 17 ans de négociations ont pris fin le 14 juin 2022, lorsque des responsables canadiens, danois et groenlandais ont signé un traité divisant l’ile en deux, créant ainsi une frontière terrestre entre le Canada et le Danemark.

Cela a également permis aux Inuits des deux pays de se déplacer librement sur l’ile et dans les glaces et eaux environnantes.

« Je crois que c’était la plus amicale de toutes les guerres », a déclaré Mélanie Joly, alors ministre des Affaires étrangères. Le traité, a-t-elle ajouté, est « une victoire pour le Canada, une victoire pour le Danemark et le Groenland et une victoire pour les peuples autochtones ».

Mais, alors que le parlement danois a ratifié le traité en décembre 2023, celui du Canada ne l’a pas encore fait.

Dans une nouvelle stratégie de politique étrangère pour l’Arctique annoncée le 6 décembre 2024, le gouvernement fédéral promet de finaliser « la mise en œuvre de l’accord frontalier entre le Canada et le Royaume du Danemark concernant Tartupaluk (l’ile Hans) ».

C’est l’une des solutions les plus simples que le document apporte. Le contraste est saisissant avec son intention de lancer des négociations avec les États-Unis sur la mer de Beaufort, potentiellement riche en ressources, que le président américain Donald Trump convoite
apparemment (tout comme le Canada et le Groenland).

La stratégie vise à résoudre des problèmes plus graves, en grande partie causés par l’invasion continue de l’Ukraine par la Russie et le changement climatique, qui devrait faire de l’océan Arctique « une route maritime de plus en plus viable entre l’Europe et l’Asie » d’ici 2050. Les États non arctiques, en particulier la Chine, montrent un intérêt et une présence en Arctique croissants.

Comme le souligne la stratégie, « l’Arctique nord-américain n’est plus à l’abri des tensions. Le Canada doit travailler encore plus étroitement avec son plus proche allié, les États-Unis, afin de maintenir la sécurité du territoire nord-américain que nous partageons. Le Canada doit également être plus proche que jamais de ses alliés nordiques. »

Elle note qu’une diplomatie efficace est « indispensable pour façonner l’environnement international afin de défendre […] les intérêts […] du Canada […] et de désamorcer toute crise avant qu’elle ne devienne un conflit. »

Ottawa devait nommer un ambassadeur de l’Arctique pour bien représenter les intérêts du Canada. Le gouvernement a également l’intention d’établir de nouveaux consulats en Alaska et au Groenland et de soutenir davantage les recherches liées à la sécurité et à la science dans l’Arctique.

En attendant, la stratégie explique que le Canada investit pour que ses militaires aient le nécessaire pour opérer dans ce « contexte géopolitique en évolution ». D’ici 2030, précise-t-elle le Canada aura presque triplé ses dépenses en matière de défense par rapport à 2015.

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