Guerre — Neutralité — Canada

Le spectre de la guerre obscurcit l’horizon sur la scène mondiale. Quelle est la position du Canada?

Aucun Canadien ne veut la guerre; ou du moins, aucun Canadien doté de bon sens. C’est là un fait incontestable. En tant que nation, le Canada ne fera jamais rien en connaissance de cause pour provoquer une guerre. Nous désirons vivre en paix. Mais, dans ce monde où les puissants ne sont pas toujours dotés de nobles idéaux, la tragédie et l’extinction semblent inévitablement frapper les nations sans défense.

Ce paiement serait soit l’annexion du Canada, soit, à tout le moins, d’une énorme partie de notre territoire.

Dans quelle mesure une nation qui a des liens économiques avec presque tous les autres pays du monde et dont les intérêts sont, en grande partie, en conflit avec les leurs peut-elle s’attendre à une paix perpétuelle? Comme les autres pays, le Canada se lance résolument dans une guerre économique. C’est, dit-on, inévitablement le prélude à un conflit armé. 

J’ai souvent lu et entendu que « même si la marine britannique ne peut pas protéger le Canada, les États-Unis ne laisseront pas le Canada être envahi ou le commerce canadien détruit ». Cette doctrine est le conseil du faible, le produit d’un lamentable complexe d’infériorité. Outre le mépris qu’elle inspire aux Canadiens qui se respectent, c’est un jeu de dupes.

En premier lieu, le Canada ne se prédispose pas à ce que les États-Unis agissent de la sorte. Un sentiment national prédomine chez les Étatsuniens. Si les États-Unis ne sont pas prêts à heurter ce sentiment, l’homme qui s’imagine qu’ils se mettraient en péril pour le bien du Canada doit être fou.

Mais, supposons, par un effort d’ima-gination surhumain, que les États-Unis deviennent follement altruistes et décident de « protéger le Canada ». Ce service serait-il rendu gratuitement? Il faut se rappeler que nous nous vantons beaucoup de nos ressources inépuisables et des grandes richesses qui se trouvent dans notre sol. Les services coutant des vies américaines, des navires américains et de l’argent américain devraient être payés. Ce paiement serait soit l’annexion du Canada, soit, à tout le moins, d’une énorme partie de notre territoire. Nous devrions toujours garder à l’esprit cette histoire inestimable dans les Écritures de l’homme qui chassa un diable et en accueillit sept.

Nous ne rendons aucun service, ni à nous-mêmes ni à notre pays, en fermant les yeux sur ces faits déplaisants. Nous sommes entièrement et absolument sans défense. Au cours des 15 dernières années, quiconque a osé dire un mot encourageant la sécurité nationale s’est fait attaquer par des pacifistes professionnels ou amateurs qui le qualifiaient de « militariste » et d’« ennemi de la paix ». C’est à la mode de courtiser l’illusion d’une paix perpétuelle, d’oublier les leçons d’histoire et de proclamer qu’une nation désarmée, en raison de son impuissance et des principes moraux intègres qu’elle incorpore, est bien plus à l’abri de l’agression qu’une nation non désarmée. 

Cet éditorial est un extrait d’un article publié dans l’édition de septembre 1935 de la revue The Legionary, prédécesseure de la présente publication.

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