Ce scandaleux moral en berne

La force morale gagne les guerres et résout les crises et elle est une condition indispensable à une vie nationale dynamique et à la pleine réalisation des potentiels personnels. »

Ainsi le décrivait l’historien Arthur Upham Pope dans l’édition de décembre 1941 du Journal of Educational Sociology. Il poursuivait en rappelant le dicton de Napoléon, « à la guerre, le rapport entre la force morale et la force physique est de trois à un ».

Peu de choses semblent avoir changé. « Le maintien du moral dans les opérations militaires est un élément essentiel pour maintenir la résilience et la détermination des militaires », notait Mioara Serban dans l’édition de mars 2024 de Security & Defence Quarterly.

On entrevoit une lueur d’espoir, car les aumôniers militaires canadiens ont qualifié le moral des forces du pays de « mitigé » en 2024, une amélioration par rapport au « mitigé à faible » de l’année précédente. Toutefois, les fonctionnaires du ministère de la Défense devraient rester très préoccupés des problèmes qui continuent de miner l’esprit de corps des militaires canadiens.

Le 29 octobre 2024, une note de breffage présentée à la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major, expliquait que la charge de travail croissante, le manque de logements et les pénuries d’équipement continuaient à peser sur le moral. Dans certaines régions, le manque de services de garde d’enfants et les difficultés à trouver des médecins affectent également le moral. L’amélioration des salaires et les efforts de modernisation de l’armée auraient contribué à stimuler l’état d’esprit.

« Des aumôniers ont signalé que les membres éprouvaient de la lassitude et que le moral était bas en grande partie en raison de pénuries de personnel, expose la note de breffage, à laquelle le journal Ottawa Citizen a eu accès. Les membres disent souvent s’inquiéter de se voir confier des tâches ou responsabilités trop lourdes ou élevées pour leur grade. »

Tout cela intervient en pleine crise de recrutement, car il manque 14 600 membres à l’effectif autorisé des Forces armées canadiennes. Quelques semaines seulement après avoir pris le commandement des FAC, la générale Jennie Carignan faisait du recrutement et du maintien en poste du personnel sa priorité absolue. En aout 2024, la cheffe d’état major de la Défense a publié une déclaration commune sur la question avec l’adjudant-chef des FAC, Bob McCann.

« Nous avons eu le privilège de travailler aux côtés de plusieurs d’entre vous et d’être témoins de votre dévouement et de votre professionnalisme, a écrit le duo. C’est cet esprit qui caractérise les FAC et fait de nous une institution respectée au pays comme à l’étranger.

« Les capacités, la formation et les plans les plus sophistiqués ne mènent pas à grand-chose sans effectif solide et dévoué. »

Bien sûr, les deux enjeux, le moral et le recrutement couplé au maintien en poste sont intrinsèquement liés.

« La plus grande difficulté pour attirer des recrues pourrait précisément être les FAC », constatait le major Ian A. Creighton au fil de son étude rédigée en 2024 dans le cadre d’un cours du Collège des Forces canadiennes.

« Des années de désintérêt et de sous-financement chronique ont contribué à la détérioration des infrastructures, ce qui dégrade la capacité opérationnelle. Non seulement cela a terni l’image des FAC, mais cela a remis en question leur bien-fondé. »

On parle bien là des mêmes enjeux qui seraient à la source du fléchissement du moral.

À la revue Légion, nous appuyons une armée canadienne forte, que les Canadiens et le monde entier tiennent en grande estime. Cependant, aucune stratégie de recrutement ne fonctionnera tant que le moral du personnel subalterne des FAC ne sera pas meilleur.

Vous voulez renforcer le moral? Rien de plus simple. Écoutez ce qu’on vous dit. Ne les surchargez pas. Veillez à ce qu’ils aient un logement. Fournissez-leur un équipement fiable.

Si l’on renforce le moral, des recrues se présenteront.

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