
Le sergent Frederick Bettle a gardé cette carte postale du maire du Cap en souvenir de son service pendant la guerre des Boers. – Musée du Nouveau-Brunswick/X 12029
Le Cap se joint à l’Empire avec de sincères remerciements pour les services de transmission que les citoyens soldats de Sa Majesté ont rendu en soutenant l’autorité impériale en Afrique du Sud », lit-on sur la carte postale offerte au sergent Frederick Bettle du Canadian Mounted Rifles (bataillon canadien de fusiliers à cheval [devenu ensuite le Royal Canadian Dragoons]).
La guerre des Boers, conflit colonial dont Sa Majesté la reine Victoria n’a jamais vu l’épilogue et qui s’est conclu lors du règne de son fils, le roi Édouard VII, n’avait alors pas encore pris fin. Néanmoins, les batailles qui ornent le souvenir de Bettle laissent à penser que « l’autorité impériale » était effectivement maintenue contre la République du Transvaal et l’État libre d’Orange.

Le sergent Frederick Bettle. – Musée du Nouveau-Brunswick/1963.16.3.1
« La guerre d’Afrique du Sud a eu en gros deux phases : tout ce qui a eu lieu avant la bataille de Paardeberg et tout ce qui a eu lieu après Paardeberg, explique David Hughes, capitaine à la retraite et directeur administratif du Musée d’histoire militaire du Nouveau-Brunswick. Cette victoire est devenue un tournant décisif attribué en grande partie aux efforts de Canadiens. »
Bettle n’y avait toutefois pas pris part, même si, de manière générale, ses efforts pour amener les Boers de langue afrikaans, descendants des colons hollandais, à joindre l’Empire britannique justifiaient évidemment la gratitude des citoyens du Cap.
« Le Cap se trouvait au cap de Bonne Espérance, autre colo-nie britannique à la pointe sud de l’Afrique, note M. Hughes. Contrairement à ceux des républiques des Boers, les habitants du Cap, patriotes, étaient en grande partie ralliés à la cause de la Grande-Bretagne. C’étaient de vrais fidèles. »

Des prisonniers de guerre boers après la victoire impériale décisive lors de la bataille de Paardeberg, dans laquelle les troupes canadiennes jouèrent un rôle crucial. – Musée du Nouveau-Brunswick/FE-F4-2
C’est cette même loyauté qui animait Bettle, venu de Saint John, au Nouveau-Brunswick, et qu’on retrouvait chez de nombreux Néo-Brunswickois. Les volontaires de la province s’étaient enrôlés en masse après l’éclatement de la guerre le 11 octobre 1899, remplissant régulièrement les quotas et complétant d’autres contingents confrontés
à une pénurie de recrues.
Le conflit était en train de changer de nature quand Bettle arriva avec le deuxième contingent du Canada. Les leçons apprises à Paardeberg avaient amené les Boers à éviter les batailles rangées pour privilégier une guérilla qui pourrait contrecarrer les incursions britanniques. Et pour contrer cette stratégie, il n’y avait rien de mieux que des soldats à cheval, comme Bettle.
Le rôle précis de Bettle reste un mystère dans la guerre d’Afrique du Sud et ses aspects les plus controversés, de la tactique de la terre brulée des Britanniques à l’emprisonnement de la population locale. Il se battait probablement pour les mêmes idéaux d’impérialisme qui prévalaient dans une grande partie de la sphère anglophone, ici illustrés sur la carte de remerciement le félicitant pour un service rendu à la « mère patrie » qui avait contribué à la « consolidation de l’Empire ».
Signé par le maire du Cap,
Thomas O’Reilly, ce souvenir de 11,6 cm x 17 cm suinte l’idéalisme. La représentation artistique de la baie de la Table en Afrique du Sud dépeint un combat perçu comme juste sur des rivages lointains, avec une typographie et un bandeau richement décorés, en décalage complet avec la mort et la maladie qui pesaient sur le veldt.
C’est pourtant, reconnait M. Hughes, un article de son époque, et c’est peut-être sous cet angle qu’on peut mieux appréhender l’artéfact de Bettle, ainsi que la guerre des Boers dans sa totalité.
« Les cartes postales patriotiques étaient alors monnaie courante.
Évidemment, les temps changent, et nous voyons l’impérialisme différemment aujourd’hui, mais j’estime toujours qu’il est important de contextualiser l’histoire. »
LES CHIFFRES
- 7 380 Soldats canadiens et infirmières qui ont servi pendant la guerre des Boers
- Plus de 560 Néo-Brunswickois au combat en Afrique du Sud
- 270 Nombre approximatif de Canadiens tués ou morts d’autres causes pendant le conflit
- 70 Pourcentage de volontaires canadiens de la guerre des Boers nés dans le dominion
- 750 Soldats à cheval dans le deuxième contingent de 1 289 hommes
La relique présente donc une dualité complexe : elle capture le rôle du Canada au début d’un conflit colonial génocidaire, mais elle offre également l’occasion de réfléchir à l’évolu-tion morale qui a pris place au cours du siècle suivant.
