Le Coquelicot éternel

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Le terrain boueux d’Europe de l’Ouest, un lieu lugubre, était sillonné de tranchées, balafré, bombardé et couvert de cratères pendant la Grande Guerre. Les vagues de batailles se succédaient, et la végétation était brulée par les explosions d’obus, empoisonnée par les gaz. Des soldats et des chevaux pourrissaient dans la gadoue, pertes irrémédiables. On aurait dit que rien ne pouvait exister là, sauf la mort.

Mais, au milieu du chaos et du carnage, des coquelicots rouge vif germaient et fleurissaient dans les terrains neutres et parmi les tombes des soldats morts au combat. Ces têtues fleurs sauvages étaient des lueurs d’espoir pour les soldats : si elles pouvaient percer à travers le marasme, il en serait de même pour eux.

Un soldat en particulier, le médecin canadien John McCrae qui servait dans la région de Flandre en 1915, fut tellement ému par la mort d’un ami sur le champ de bataille qu’il exprima ce qu’il ressentait dans un poème : « Au champ d’honneur, les coquelicots/Sont parsemés de lot en lot/Auprès des croix […]. » Après avoir été publié, le poème fit le tour des soldats, et le concept du coquelicot en tant que symbole du souvenir prit racine.

En 1918, l’Américaine Moina Michael répondit à McCrae dans son propre poème, We Shall Keep The Faith (Nous garderons la foi, NDT). « We cherish too, the Poppy red, That grows on fields where valour led, It seems to signal to the skies, That blood of heroes never dies » (Nous chérissons aussi le coquelicot rouge/ Qui pousse au champ où la valeur a conduit/ Il semble dire aux cieux/ Que le sang des héros ne meurt jamais, NDT). Anne Guérin, son homologue française, et elle encouragèrent le port du coquelicot artificiel pour commémorer l’Armistice.

La fleur rouge est synonyme de souvenir.

En 1921, la Great War Veterans Association of Canada, prédécesseure de la Légion royale canadienne, décida que le coquelicot serait porté au Canada tous les 11 novembre, jour de l’Armistice. Dans la foulée, elle lança le premier appel du coquelicot servant à appuyer les vétérans de la guerre.

 

L’adoption des fleurs comme emblèmes n’est pas rare : le trillium de l’Ontario, la rose sauvage de l’Alberta, la tulipe de la Hollande. Mais, peu portent le poids symbolique du coquelicot. 

La fleur rouge est synonyme de souvenir au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Le bleuet de France, appelé communément œillet d’amour ou bleuet, est la fleur du souvenir en France. En Belgique, on utilise un coquelicot ou une marguerite blanche. Les Terre-Neuviens portent des myosotis. Mais, c’est habituellement le coquelicot qui l’emporte.

Au fil de la plus grande partie du siècle dernier, la Légion a trouvé de multiples façons de se servir du coquelicot pour encourager le souvenir et appuyer les anciens combattants et leur famille. Elle distribue quelque 20 millions d’épingles à coquelicot grâce aux troncs classiques et, dernière nouveauté, aux troncs sans contact. Elle est propriétaire de la marque déposée qu’est l’image du coquelicot, vend des produits sur le thème du coquelicot, projette des images de coquelicots sur les murs de la Tour de la Paix et désormais, en l’honneur du 100e anniversaire, propose le coquelicot immortel, une œuvre d’art numérique en nombre limité avec un vrai coquelicot de Flandre reconstitué en 3D et « gravé » des noms des morts de guerre canadiens.

Cette tenace fleur sauvage rouge-sang a fait bien du chemin depuis le ravage des champs de bataille en Flandre. Mais, elle perdure pour nous rappeler les nombreux sacrifices de guerre, dont nous nous souviendrons. 

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