Une ère touche à sa fin quand s’éteint le dernier vétéran de la Première Guerre mondiale

Les Canadiens de partout ont pris le temps d’envoyer des messages par Internet et de signer des Recueils de pensées en l’honneur de la dernière connexion vivante à la Grande Guerre, qui a rendu l’âme. John Babcock, âgé de 109 ans, le dernier vétéran canadien de cette guerre, est mort paisiblement le 18 février.

« La Première Guerre mondiale représente une partie importante du Canada d’aujourd’hui et il faut en préserver l’héritage pour les générations futures, dit le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn. […] nous n’arrêterons pas pour autant d’encourager les jeunes du pays à se souvenir ».

Blackburn a annoncé les évènements qui auraient lieu, le 9 avril, en l’honneur de tous ceux qui ont servi à la Grande Guerre. Les cérémonies se sont déroulées au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa, au Monument commémoratif du Canada à Vimy, en France et au Mémorial du Canada à Londres. Des Recueils de pensées ont aussi été placés au Musée de la guerre, à Rideau Hall et dans les capitales des provinces. Anciens Combattants Canada a établi une connexion Internet à www.vac-acc.gc.ca/souvenir pour qu’on présente ses condoléances.

Né le 23 juillet 1900, Babcock était le huitième de 10 enfants dans une ferme près de Sydenham (Ont.). Un de ses frères ainés et lui se sont fait recruter en 1915. Bien qu’il ait indiqué sa vraie date de naissance quand il a signé les documents d’enrôlement, le 4 février 1916, son « âge apparent » y est indiqué comme étant celui de 18 ans. Il avait les cheveux blonds et mesurait cinq pieds, quatre pouces et demi. Il fut affecté au 146e Bataillon d’outre-mer et envoyé à Halifax en train.

À Halifax, il devint débardeur jusqu’à ce qu’on demande 50 hommes pour le Royal Canadian Regiment. Il se porta volontaire, disant qu’il avait 18 ans, et fut stationné à Sussex, où son âge réel fut découvert à nouveau. Il s’entraina au combat aux côtés des autres soldats canadiens trop jeunes jusqu’à ce qu’arrive la nouvelle de l’armistice.

De retour au Canada, il eut de la difficulté à trouver un emploi régulier et, peu après, s’en alla aux États-Unis. C’est là qu’il a rencontré Elsie, qui fut sa première épouse. Le couple déménagea à Spokane en 1932 et y eut un garçon et une fille.

Il avait obtenu la citoyenneté américaine en 1946. Cependant, son pays d’origine lui a manqué vers la fin de sa vie. On lui a porté de plus en plus d’attention au fur et à mesure que le nombre de vétérans de la Première Guerre mondiale diminuait. Le ministre des Anciens Combattants d’alors, Greg Thompson, est allé à Spokane lui remettre la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants le 19 avril 2008.

C’est durant cette visite que Babcock a dit vouloir recouvrer sa citoyenneté canadienne. Thompson lui suggéra d’écrire au premier ministre. Babcock prit une feuille de papier et écrivit sur le coup : « Cher PM, pourrais-je ravoir ma citoyenneté canadienne? Je vous serais reconnaissant de votre aide. Merci, John Babcock. »

Thompson a remis le message au premier ministre Harper à l’occasion d’une réunion du Cabinet et Harper s’y est employé tout de suite. « Je pense que tout le monde s’est concentré sur le fait qu’il y avait une certaine urgence, étant donné son âge, et voulait le faire le plus vite possible », dit Thompson au Canwest News Service.

La Légion royale canadienne l’a honoré d’une carte à vie. En octobre 2008, le président national, Wilf Edmond, et l’agent d’administration de la Direction nationale, Danny Martin, sont allés à Spokane la lui remettre. Profitant de l’occasion, ils ont filmé Babcock passant un flambeau.

La vidéo a été montrée à la cérémonie du jour du Souvenir tenue au Monument commémoratif de guerre du Canada le 11 novembre de la même année. Babcock y disait : « Il ne faut jamais oublier nos camarades disparus au champ d’honneur. Je passe ce flambeau du souvenir à mes camarades. Tenez-le bien haut. »

À la base du monument se trouvaient quatre hommes : un représentant des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, un de la guerre de Corée, un des déploiements au plateau du Golan et au désert du Sinaï et un des opérations actuelles du Canada en Afghanistan.

« Je n’ai participé à aucun maudit combat. Je me suis enrôlé et je serais allé en France si j’avais pu, mais on m’a mis dans un bataillon de jeunes soldats où on nous a entrainés sans arrêt. On s’est fait entrainer huit heures par jour; du vrai entrainement », a-t-il dit à Edmond.

Il s’exprimait clairement et a conservé la santé jusqu’à l’automne dernier, quand il a contracté une pneumonie et que son canal cholédoque s’est bloqué. Il a passé quelques semaines dans un hôpital pour anciens combattants et il est ensuite rentré chez lui où Dorothy, sa seconde épouse, a pris soin de lui.

Babcock a refusé une offre du gouvernement canadien pour des funérailles d’État, disant qu’il ne pensait pas les mériter car il n’avait pas combattu. Les funérailles privées ont eu lieu à Spokane le 27 février.

Blackburn a remis à Dorothy le drapeau unifolié qui flottait au-dessus de la Tour de la Paix le jour de sa mort.

Elle dit que ses cendres seraient dispersées dans les montagnes du Pacific Northwest.

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