Échoués sur la grève

March 3, 2019 texte de Sharon Adams

Des Banshee de la MRC en vol. [MDN]

Un pilote de la marine canadienne s’écrase au large de la Floride en 1958. En 2017, une partie de son équipement s’échoue sur une plage après le passage de l’ouragan Irma.

Quelque part au large de la côte de la Floride, le 25 février 1958, le lieutenant Barry Troy de Campbellton, Nouveau-Brunswick, âgé de 29 ans, dis-parut en mer.

Il faisait partie de l’Escadron 871 de la base NCSM Shearwater, qui était alors la base de l’aviation navale en Nouvelle-Écosse. Il avait décollé avec trois autres pilotes de la Naval Station Mayport près de Jacksonville, en Floride, aux commandes d’un McDonnell F2H Banshee. Leur objectif était d’apponter sur le porte-avions canadien NCSM Bonaventure, à environ 64 km au large.

« Beaucoup de bénévoles du musée connaissaient Barry Troy. Il fait toujours partie de notre communauté; il est toujours dans nos souvenirs. » — Christine Hines (ci-dessous), conservatrice, Musée de l’aviation de Shearwater. [Joanna Calder/ARC]

Les quatre pilotes furent surpris par un banc de brouillard; trois pilotes virèrent à droite et en ressortirent sains et saufs. Le lieutenant Troy, qui volait à quelque 150 mètres d’altitude seulement, vira à gauche, sans doute pour éviter d’entrer en collision avec ses camarades. Pilotant à l’aveugle, il interpréta peut-être mal les indications de ses instruments et s’écrasa en mer. Quelques débris furent récupérés peu après, mais les recherches n’aboutirent à rien de plus. Sa dépouille ne fut jamais retrouvée.

Le Bonaventure participait à des exercices d’entrainement naval conjoints Canada-États-Unis, au cours desquels les pilotes apprenaient à se poser sur le porte-avions, compétence essentielle pour les pilotes de la marine. Troy venait toute juste de réussir le 1000e appontage sur le Bonaventure, en service canadien depuis un an.

Un gilet de sauvetage font partie des artéfacts récupérés sur une plage de Floride, en 2017. [Joanna Calder/ARC]

Les deux premiers porte-avions du Canada furent mis en service au cours de la Seconde Guerre mondiale en tant que navires de la Royal Navy, et les pilotes de la Marine canadienne servaient sous les couleurs du Royal Navy Fleet Air Arm. En 1946, la MRC créa sa propre force aéronavale, mit en service le porte-avions NCSM Warrior, et forma deux escadrons aériens. Un an plus tard, la force fut rebaptisée Service aéronaval de la Marine royale du Canada (RCNAS). C’est au sein de ce RCNAS, qui a presque été relégué aux oubliettes de l’histoire, que servait Troy.

Après la seconde Guerre mondiale, le Service exploitait trois porte-avions, deux escadrons de chasse et un escadron d’hélicoptères anti-sous-marins, qui fut le premier au monde à apponter sur de petits navires de surface : des contretorpilleurs modernisés dans les années 1960 à l’aide de plateformes d’atterrissage pour hélicoptère. Les aéronefs utilisés par le RCNAS comprenaient le Hawker Sea Fury, le Firefly Fairey, l’Avenger Grumman, le Sikorsky Sea King et le Banshee.

Le lieutenant Barry Troy, pilote de la Marine canadienne (droite), avait accompli le 1000e appontage sur le porte-avions NCSM Bonaventure peu de temps avant sa disparition lors d’un vol d’entrainement. [Corps des cadets de la ligue navale de Chambly]

Le NCSM Shearwater à Dartmouth, Nouvelle-Écosse, servit de base jusqu’à ce que le Service aéronaval disparaisse à la faveur de l’unification des Forces armées canadiennes, en 1968. Le Bonaventure, dernier porte-avions du Canada, fut démobilisé en 1970.

Les ouragans qui ravagèrent la côte de la Floride en 2017 ramenèrent à la surface un parachute et d’autres articles appartenant au lieutenant, qui furent retrouvés sur une plage. Soixante ans et un jour après sa disparition, les objets sauvés des eaux – des morceaux de longeron d’aile de la taille d’un clavier d’ordinateur et quelques articles personnel, dont un gilet de sauvetage, des restes de parachute, et une sangle de harnais portant le nom du lieutenant – furent remis à l’Armée de l’air canadienne.

Un harnais portant le nom de Troy. [Joanna Calder/ARC]

« Il est toujours considéré comme l’un des nôtres », a déclaré Christine Hines, conservatrice du Musée de l’aviation de Shearwater, où certains des objets seront exposés après avoir été nettoyés, restaurés et stabilisés. « Il avait une équipe qui travaillait avec lui, qui s’entrainait avec lui, des camarades. Beaucoup de bénévoles du musée connaissaient Barry Troy. Il fait toujours partie de notre communauté; il est toujours dans nos souvenirs. »

Au parc Point Pleasant à Halifax, l’ancre et le câble du Bonaventure font partie d’un monument commémoratif où le nom de Troy figure parmi ceux des hommes et des femmes de la marine qui sont morts en temps de paix.

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