{"id":90,"date":"2006-09-01T22:23:58","date_gmt":"2006-09-02T03:23:58","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=90"},"modified":"2008-01-27T22:28:48","modified_gmt":"2008-01-28T03:28:48","slug":"letat-du-monde-selon-amnistie-internationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/09\/letat-du-monde-selon-amnistie-internationale\/","title":{"rendered":"L&#8217;\u00e9tat du monde selon Amnistie internationale"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>D\u00e8s la seconde ann\u00e9e de son existence, Amnistie internationale a publi\u00e9 son premier rapport annuel faisant \u00e9tat de ses activit\u00e9s, mais dressant surtout un &#8220;bilan de sant\u00e9&#8221; du monde en ce qui regarde les droits humains. Aussi, le rapport annuel de 2006 s&#8217;inscrit-il dans la continuit\u00e9 de cette tradition. \u00c0 cet \u00e9gard, un fait demeure r\u00e9current et consternant. Depuis l&#8217;adoption de la D\u00e9claration universelle des droits de l&#8217;homme, soit depuis pr\u00e8s de soixante ans, l&#8217;application et l&#8217;observation de ces droits restent encore \u00e0 faire et \u00e0 justifier dans un grand nombre d&#8217;\u00c9tats, parmi lesquels se trouvent des signataires de divers accords portant sur la d\u00e9fense des droits fondamentaux et de la paix. Dans cette perspective, le rapport de 2006 d&#8217;Amnistie internationale se veut donc \u00e0 la fois d\u00e9nonciateur de cet \u00e9tat de fait, mais aussi porteur d&#8217;espoir.<\/p>\n<p>Ce texte n&#8217;entend pas pr\u00e9senter une analyse en profondeur du contenu du rapport. Il vise surtout \u00e0 poser un regard sur celui-ci en insistant sur certains de ces th\u00e8mes, soit la guerre au terrorisme, les conflits dans le monde et leurs cons\u00e9quences, ainsi que la question du contr\u00f4le des armes. Ce choix repose sur le r\u00f4le et l&#8217;influence de ces facteurs dans les reculs qu&#8217;accusent les droits fondamentaux de la personne, particuli\u00e8rement dans les zones o\u00f9 ces situations particuli\u00e8res se manifestent. Dans un premier temps, un bref portrait historique d&#8217;Amnistie internationale sera dress\u00e9, puis un second volet sera consacr\u00e9 au rapport de 2006 en soi, pour ensuite d\u00e9velopper les th\u00e8mes retenus.<\/p>\n<h2>Amnistie internationale<\/h2>\n<p>Organisme mondial \u00e0 but non lucratif et ind\u00e9pendant, Amnistie internationale a vu le jour en 1961 \u00e0 l&#8217;initiative de l&#8217;avocat britannique Peter Benenson, sp\u00e9cialiste en droit international. L&#8217;organisme s&#8217;\u00e9rige sur les principes d&#8217;impartialit\u00e9 et d&#8217;ind\u00e9pendance et axe ses activit\u00e9s sur la promotion et la protection internationale des droits de la personne et de l&#8217;aide aux victimes de pers\u00e9cution, d&#8217;oppression ou de restrictions li\u00e9es \u00e0 l&#8217;expression de ces droits et libert\u00e9s. Amnistie internationale agit en sorte comme le chien de garde de l&#8217;application de ces droits en regard des r\u00e8gles de l&#8217;ONU, des conventions de Gen\u00e8ve et d&#8217;un ensemble de trait\u00e9s ratifi\u00e9s par presque la totalit\u00e9 des \u00c9tats du monde sur les droits et obligations des personnes, combattantes ou non, notamment en temps de guerre. Amnistie internationale a son si\u00e8ge social \u00e0 Londres et compte des sections dans plus de 50 pays. Elle est financ\u00e9e par la contribution d&#8217;environ 1,8 million de membres \u00e0 laquelle s&#8217;ajoutent les dons vers\u00e9s. En plus de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un statut de consultant ou d&#8217;observateur aupr\u00e8s de l&#8217;ONU, de l&#8217;UNESCO, du Conseil de l&#8217;Europe, de l&#8217;Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains et de l&#8217;Union africaine, l&#8217;organisme a \u00e9galement mis sur pied des r\u00e9seaux constitu\u00e9s de sp\u00e9cialistes dans plusieurs domaines, ce qui lui permet d&#8217;atteindre ou de faire progresser ses nombreux objectifs.<\/p>\n<p>Comme principales missions, Amnistie internationale se voue au soutien des victimes du non-respect des droits humains et des d\u00e9fenseurs de ceux-ci. L&#8217;organisme fait \u00e9galement les pressions n\u00e9cessaires aupr\u00e8s des autorit\u00e9s internationales, des instances gouvernementales ou des individus qui sont en mesure d&#8217;exercer une influence sur la communaut\u00e9 internationale ou aupr\u00e8s des responsables des d\u00e9lits commis \u00e0 l&#8217;endroit des droits fondamentaux. Aussi, toutes les d\u00e9marches et les activit\u00e9s qu&#8217;entreprend Amnistie internationale n&#8217;ont-elles qu&#8217;un seul principe, participer de mani\u00e8re impartiale \u00e0 la protection des droits humains de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&#8217;ils soient prot\u00e9g\u00e9s par un \u00c9tat de droit pour emp\u00eacher que toute situation conflictuelle ne se r\u00e9solve par la violence ou la r\u00e9pression. &#8220;Son ambition est de faire progresser l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une mondialisation \u00e9thique afin de consolider les forces de la justice&#8211;ces forces qui sont une source d&#8217;espoir pour les innombrables personnes dont les droits sont bafou\u00e9s.&#8221;<\/p>\n<p>Ces \u00e9nonc\u00e9s expliquent les raisons pour lesquelles l&#8217;organisme s&#8217;acharne de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive \u00e0 d\u00e9noncer les conflits arm\u00e9s, l&#8217;absence de contr\u00f4le du commerce des armes et, particuli\u00e8rement depuis 2001, la &#8220;guerre au terrorisme&#8221;. Ce sont surtout ces contextes qui sont les plus favorables au recul du respect des droits humains et qui ont des cons\u00e9quences n\u00e9fastes sur les libert\u00e9s individuelles ainsi que sur les conditions de vie des victimes combattantes ou civiles de ces situations conflictuelles, en plus d&#8217;aggraver la r\u00e9pression, brimer la libert\u00e9 d&#8217;opinion ou de croyance, et toutes sortes de discrimination, que ce soit au niveau du sexe, de la race ou \u00e0 caract\u00e8re social.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alisation de sa mission, Amnistie internationale s&#8217;est fix\u00e9 des objectifs dont les principaux concernent la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un renforcement de l&#8217;encadrement juridique afin de promouvoir la r\u00e9solution des conflits en fonction d&#8217;un \u00c9tat de droit et non par la voie des armes, et de faire en sorte que les crimes ou violations envers les droits de la personne soient sanctionn\u00e9s et ne b\u00e9n\u00e9ficient plus de l&#8217;impunit\u00e9 que certains \u00c9tats accordent trop souvent \u00e0 leurs responsables.<\/p>\n<h2>Le rapport<\/h2>\n<p>Le rapport de 2006 constate l&#8217;\u00e9tat des reculs, des progr\u00e8s et des espoirs qui ont marqu\u00e9 l&#8217;ann\u00e9e 2005 en fonction des objectifs de l&#8217;organisme. Les 420 pages que totalise le bilan se composent de r\u00e9sum\u00e9s sur les grandes r\u00e9gions du monde (Afrique, Am\u00e9riques, Asie et Oc\u00e9anie, Europe et Asie centrale, Moyen-Orient et Afrique du Nord), suivis d&#8217;une analyse d\u00e9taill\u00e9e de chacun des pays li\u00e9s \u00e0 ces territoires. La derni\u00e8re section pr\u00e9sente les activit\u00e9s de l&#8217;organisme ayant permis d&#8217;amorcer ou de r\u00e9aliser des progr\u00e8s, et conclut avec des annexes faisant \u00e9tat de la ratification de trait\u00e9s internationaux et r\u00e9gionaux, li\u00e9s aux droits humains.<\/p>\n<p>En posant un regard critique sur les cas de violations des droits humains qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s au cours de la derni\u00e8re ann\u00e9e, Amnistie \u00e9tablit un constat \u00e0 la fois inqui\u00e9tant et rassurant. Aux dires d&#8217;Ir\u00e8ne Khan, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale, la lutte au terrorisme est devenue un pr\u00e9texte, voire un argument valable pour mettre en application de nouvelles lois, imposer de nouvelles restrictions afin de contr\u00f4ler ou oppresser, tout en bafouant r\u00e9guli\u00e8rement les droits fondamentaux. \u00c0 cet \u00e9gard, l&#8217;organisme international reproche, entre autres aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 la Grande-Bretagne, de n&#8217;avoir pas tenu leurs engagements, de ne pas avoir fait preuve de transparence et de s&#8217;\u00eatre montr\u00e9s irresponsables. &#8220;Le paysage des droits humains est jonch\u00e9 de manquements et de promesses non tenues. Des gouvernements se posent en d\u00e9fenseurs des droits fondamentaux, mais se replient sur la r\u00e9pression d\u00e8s que leurs int\u00e9r\u00eats ou leurs politiques sont en jeu.&#8221;<\/p>\n<p>Amnistie internationale rappelle l&#8217;importance d&#8217;une volont\u00e9 politique n\u00e9cessaire au respect des droits humains et que trop souvent les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques ou politiques conduisent \u00e0 la manipulation de l&#8217;ONU ou des instances li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9fense des droits fondamentaux au d\u00e9triment du respect de ceux-ci et des victimes. Selon l&#8217;organisme, un tel contexte ne contribue qu&#8217;\u00e0 accro\u00eetre le climat d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 humaine et les risques d&#8217;injustice et de violence. &#8220;Pour Amnistie internationale, la s\u00e9curit\u00e9 humaine n&#8217;existe v\u00e9ritablement que si chaque individu jouit de tous ses droits civils, culturels, \u00e9conomiques, politiques et sociaux. Ces droits sont li\u00e9s entre eux et forment un tout indivisible : aucune politique en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 ne doit faire l&#8217;impasse sur l&#8217;un d&#8217;entre eux. Les \u00eatres humains ne peuvent s&#8217;\u00e9panouir et r\u00e9aliser leur potentiel que s&#8217;ils se sentent en s\u00e9curit\u00e9 dans tous les domaines de leur vie. La s\u00e9curit\u00e9 humaine suppose par cons\u00e9quent de prot\u00e9ger et respecter la totalit\u00e9 de ces droits interd\u00e9pendants.&#8221;<\/p>\n<p>Bien que le rapport de 2006 fasse \u00e9tat de ces nombreuses inqui\u00e9tudes, il laisse para\u00eetre une part d&#8217;espoir, par la conscientisation de certains gouvernements, dont les plus puissants de la plan\u00e8te, \u00e0 l&#8217;effet qu&#8217;il est dangereux de n\u00e9gliger les droits de la personne au sein de leur politique nationale ou internationale. Ces espoirs se fondent aussi sur la d\u00e9croissance du nombre de conflits arm\u00e9s, par la ratification du Statut de Rome, visant l&#8217;instauration d&#8217;une Cour p\u00e9nale internationale, qui comptait 139 signataires en 2005, lequel par contre les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl n&#8217;ont pas l&#8217;intention de reconna\u00eetre. \u00c0 souligner \u00e9galement l&#8217;amorce de la r\u00e9forme du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies et aussi la d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis, d\u00e9clarant inconstitutionnelle la peine de mort pour les mineurs. Malgr\u00e9 tout ce progr\u00e8s, force est de constater que la s\u00e9curit\u00e9 humaine a \u00e9t\u00e9 lourdement sacrifi\u00e9e tout au long de l&#8217;ann\u00e9e 2005.<\/p>\n<h2>La guerre au terrorisme<\/h2>\n<p>Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les droits de la personne ont connu de nombreuses violations au nom de la menace terroriste. Selon Amnistie internationale, l&#8217;ann\u00e9e 2005 marque \u00e0 cet \u00e9gard un signe de changement positif. Cela ne signifie pas pour autant que les droits humains aient cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre bafou\u00e9s au nom de cette cause. En Afghanistan et en Irak, par exemple, le m\u00e9pris des droits humains est monnaie courante. Ces manquements sont aussi perceptibles sur les territoires o\u00f9 il n&#8217;y a pas de conflits comme tels. \u00c0 cet effet, l&#8217;organisme d\u00e9nonce fortement les gestes des \u00c9tats-Unis et de la Grande-Bretagne qui, depuis les attentats respectifs de 2001 et de juillet 2005, ne cessent de vouloir accentuer leurs mesures de r\u00e9pression sous pr\u00e9texte d&#8217;assurer la s\u00e9curit\u00e9 nationale. M\u00eame si ces intentions ont trouv\u00e9, tant aux \u00c9tats-Unis qu&#8217;en Grande-Bretagne, de vives oppositions, il reste que des dispositions abusives ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es \u00e0 toute personne suspecte ou arr\u00eat\u00e9e, le plus souvent sans motif d&#8217;inculpation, ni jugement ou droit d&#8217;appel. En Grande-Bretagne, ces mesures restreignaient les fr\u00e9quentations de la personne, ses d\u00e9placements et m\u00eame l&#8217;acc\u00e8s au r\u00e9seau Internet. La limite de garde \u00e0 vue a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 port\u00e9e de 14 \u00e0 28 jours. Selon Amnistie, ces atteintes aux droits et libert\u00e9s de la personne constituent des affronts au droit international.<\/p>\n<p>L&#8217;organisme ajoute que ces violations ne sont pas typiques \u00e0 la Grande-Bretagne. Elles s&#8217;\u00e9tendent largement \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur du territoire britannique en plus de d\u00e9border des domaines l\u00e9gal ou juridique. Les \u00c9tats-Unis sont \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9s par Amnistie internationale comme \u00e9tant tout aussi m\u00e9prisants \u00e0 l&#8217;endroit des droits humains et ce, particuli\u00e8rement dans le cadre de la menace terroriste. Ainsi, sous le couvert de cette guerre qu&#8217;ils qualifient de &#8220;juste&#8221;, les \u00c9tats-Unis n&#8217;ont cess\u00e9 d&#8217;accentuer les mesures restrictives contre les personnes suspect\u00e9es ou arr\u00eat\u00e9es. Comme en Grande-Bretagne, le gouvernement Bush a d\u00fb faire face \u00e0 une certaine opposition lorsqu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 question de &#8220;s&#8217;affranchir de l&#8217;interdiction de la torture et des mauvais traitements&#8221; inflig\u00e9s aux personnes d\u00e9tenues. Malgr\u00e9 tout, le ministre de la Justice persiste en affirmant &#8220;que les \u00c9tats-Unis sont habilit\u00e9s \u00e0 exercer des mauvais traitements sur les d\u00e9tenus \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, du moment qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de citoyens am\u00e9ricains&#8221;. Les d\u00e9bats concernant les conditions de d\u00e9tention ont conduit \u00e0 l&#8217;adoption d&#8217;une disposition enlevant aux d\u00e9tenus de Guantanamo tout droit d&#8217;\u00eatre jug\u00e9s devant un tribunal comme le stipulent les conventions internationales. Aussi, le recours \u00e0 la torture est-il toujours consid\u00e9r\u00e9 comme &#8220;l\u00e9gitime&#8221;, malgr\u00e9 les pressions faites \u00e0 l&#8217;endroit du gouvernement Bush, ce que d\u00e9plore Amnistie internationale. &#8220;Les \u00c9tats-Unis n&#8217;ont pas renonc\u00e9 cat\u00e9goriquement \u00e0 l&#8217;utilisation de certaines formes de torture ou de mauvais traitements. Ils n&#8217;ont pas non plus ouvert d&#8217;enqu\u00eate ind\u00e9pendante sur le r\u00f4le de certains responsables am\u00e9ricains dans les violations connues en Irak, \u00e0 la prison d&#8217;Abou Ghraib et ailleurs, malgr\u00e9 un nombre croissant d&#8217;\u00e9l\u00e9ments tendant \u00e0 d\u00e9montrer l&#8217;existence de leur implication.&#8221;<\/p>\n<p>En 2005, des milliers de personnes \u00e9taient toujours d\u00e9tenues sans inculpation au nom de cette guerre, que ce soit en Irak, en Afghanistan ou \u00e0 Cuba (Guantanamo). Elles se comptent \u00e9galement dans des prisons clandestines sous la gouverne des \u00c9tats-Unis et administr\u00e9es par la CIA. Certains de ces centres se situent non seulement en Afghanistan, en Jordanie, en Irak, en Palestine et en Tha\u00eflande, mais aussi en Europe. Des milliers de prisonniers transitent secr\u00e8tement par les a\u00e9roports des pays europ\u00e9ens, africains et asiatiques pour se retrouver dans l&#8217;un de ces centres. Or, pour que ces innombrables transferts puissent s&#8217;effectuer, il est n\u00e9cessaire que les territoires et les \u00c9tats impliqu\u00e9s y participent. Parmi ces \u00c9tats collaborateurs, plusieurs sont signataires de trait\u00e9s et de conventions allant \u00e0 l&#8217;encontre de telles proc\u00e9dures, ils violent par le fait m\u00eame ces pactes internationaux. Amnistie internationale d\u00e9nonce le fait que certains de ces pays aient consenti au d\u00e9placement de prisonniers sous la simple assurance diplomatique qu&#8217;ils seraient bien trait\u00e9s, sachant que la torture pouvait \u00eatre exerc\u00e9e sur le territoire de destination. La Grande-Bretagne a ainsi conclu des accords avec la Libye, l&#8217;Alg\u00e9rie et l&#8217;\u00c9gypte afin de d\u00e9placer tout suspect en marge de la lutte au terrorisme. Les \u00c9tats alli\u00e9s ont pu de la sorte justifier la d\u00e9localisation, mais \u00e9galement bafou\u00e9 les droits humains et leurs propres engagements et responsabilit\u00e9s dans le cadre des conventions internationales.<\/p>\n<p>D&#8217;autres pays comme la Chine, la Malaisie ou encore le Kenya, ont profit\u00e9 de l&#8217;\u00e9tendue de cette lutte au terrorisme pour accro\u00eetre leurs mesures r\u00e9pressives sur leur propre territoire. Invoquant la guerre au terrorisme, plusieurs \u00c9tats du monde ont ainsi exprim\u00e9 un m\u00e9pris \u00e0 l&#8217;endroit des droits fondamentaux, ce qui, dans bien des cas, a contribu\u00e9 \u00e0 accentuer le climat de tensions, voire \u00e0 intensifier la violence ou les conflits d\u00e9j\u00e0existants. Dans cette perspective, les conflits arm\u00e9s sont r\u00e9v\u00e9lateurs des reculs effectu\u00e9s relativement au respect des droits humains, ils en sont parfois la cause, parfois la cons\u00e9quence. Leur ampleur et leur persistance ont des incidences directes sur le statut de l&#8217;ensemble des droits et libert\u00e9s, qu&#8217;ils soient d&#8217;ordre \u00e9conomique, politique, social ou culturel.<\/p>\n<h2>Les conflits arm\u00e9s<\/h2>\n<p>Ici encore, Amnistie internationale d\u00e9plore le grand nombre de conflits arm\u00e9s qui s\u00e9vissent dans le monde. Si leur nombre tend \u00e0 diminuer, le degr\u00e9 de violence, lui, ne semble pas s&#8217;essouffler. L&#8217;organisme reproche particuli\u00e8rement \u00e0 certains \u00c9tats leurs int\u00e9r\u00eats \u00e0 tirer profit des conflits ou \u00e0 ne pas respecter leur engagement international, comme ce fut le cas au Soudan et en C\u00f4te d&#8217;Ivoire. En Irak, la situation montre que des forces multinationales soutenues par les \u00c9tats-Unis, ainsi que des groupes arm\u00e9s et le gouvernement de transition ont bafou\u00e9 les droits des civils. &#8220;Dans leur qu\u00eate de profit politique ou \u00e9conomique, les forces gouvernementales et les groupes arm\u00e9s faisaient souvent preuve d&#8217;un m\u00e9pris total pour les populations civiles qui se trouvaient sur leur chemin : leur strat\u00e9gie militaire consistant m\u00eame parfois \u00e0 prendre sp\u00e9cifiquement pour cible les civils.&#8221; Amnistie signale que la majorit\u00e9 des victimes des conflits en 2005 \u00e9taient des civils, plus particuli\u00e8rement des personnes de sexe f\u00e9minin, comme d\u00e9montr\u00e9 en Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et au Burundi. Alors que les regards du monde sont le plus souvent dirig\u00e9s vers l&#8217;Irak, le Darfour ou Isra\u00ebl, des conflits dans le nord de l&#8217;Ouganda, en Tch\u00e9tch\u00e9nie, en Afghanistan et au N\u00e9pal faisaient des milliers de victimes sans que le reste du monde semble s&#8217;en inqui\u00e9ter. Malgr\u00e9 les d\u00e9nonciations faites par le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et les diff\u00e9rentes instances de l&#8217;ONU, les conflits arm\u00e9s du monde ne cessent d&#8217;accro\u00eetre le m\u00e9pris envers les droits humains, en plus de provoquer un nombre croissant de d\u00e9localisations de populations et de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe, en Asie ou dans les Am\u00e9riques, les conflits arm\u00e9s ne cessent de mettre \u00e0 jour l&#8217;importance de l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un \u00c9tat de droit, de l&#8217;instauration de cadres juridiques forts et de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&#8217;appui de la communaut\u00e9 internationale afin d&#8217;assurer la s\u00e9curit\u00e9 humaine et le respect des droits fondamentaux tout en ayant le pouvoir de sanctionner les d\u00e9lits commis en ce domaine. &#8220;Dans de nombreux pays qui tentaient de sortir d&#8217;un conflit, l&#8217;incapacit\u00e9 \u00e0 rem\u00e9dier aux injustices flagrantes, \u00e0 combattre l&#8217;impunit\u00e9 et \u00e0 ma\u00eetriser la prolif\u00e9ration des armes se traduisait par la persistance d&#8217;un climat d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 et de violence. M\u00eame quand les parties en pr\u00e9sence avaient convenu de s&#8217;acheminer vers une solution pacifique, les accords n&#8217;\u00e9taient souvent pas respect\u00e9s et pleinement appliqu\u00e9s, faute d&#8217;une volont\u00e9 politique et d&#8217;une rigueur suffisantes.&#8221; Pour Amnistie internationale, l&#8217;\u00e9quation est simple : la plupart des conflits \u00e9clatent \u00e0 la suite d&#8217;injustices, de r\u00e9pression ou de discriminations qui traduisent un manquement \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des droits fondamentaux. D&#8217;autre part, ces m\u00eames conflits arm\u00e9s peuvent engendrer \u00e0 leur tour de l&#8217;oppression et du m\u00e9pris.<\/p>\n<p>Mais si un encadrement juridique fort fait partie de la solution, il ne suffit pas en lui-m\u00eame \u00e0 contenir toute cette violence et les glissements en mati\u00e8re de droits humains. Au coeur de ces situations conflictuelles appara\u00eet la facilit\u00e9 d&#8217;obtenir des armes pour tous ceux qui entendent prendre cette voie. Ainsi, si d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 le r\u00e8glement des conflits passe par le respect du droit international ou r\u00e9gional, et des lois et normes qui en d\u00e9coulent, il r\u00e9side \u00e9galement dans une l\u00e9gislation et un contr\u00f4le plus s\u00e9v\u00e8res et rigoureux de l&#8217;acquisition et du commerce des armes. Or, \u00e0 ce sujet, Amnistie internationale critique la participation de puissants \u00c9tats au commerce des armes l\u00e9g\u00e8res comme \u00e0 celui de l&#8217;\u00e9quipement militaire, facilitant et supportant de la sorte les conflits arm\u00e9s dans le monde.<\/p>\n<h2>Le contr\u00f4le des armes<\/h2>\n<p>La lutte contre la prolif\u00e9ration et l&#8217;utilisation croissante des armes demeure au centre des pr\u00e9occupations d&#8217;Amnistie internationale. Bien qu&#8217;\u00e0 la fin de 2005 plus de 50 \u00c9tats, dont la Finlande, la Grande-Bretagne et le Kenya, aient assur\u00e9 l&#8217;organisme de leur soutien concernant l&#8217;adoption d&#8217;un trait\u00e9 international limitant le commerce des armes, il reste que la plupart des \u00e9quipements militaires qui circulaient au cours de 2005 provenaient de 35 pays et que plus de 68 % des exportations en armes se destinaient \u00e0 des pays de l&#8217;h\u00e9misph\u00e8re sud. Des pays comme les \u00c9tats-Unis en ont ravitaill\u00e9 d&#8217;autres, dont la Colombie, en armes et en \u00e9quipements militaires. Plus accablant encore, les huit pays membres du G8 vendaient des armes aux pays en voie de d\u00e9veloppement et six d&#8217;entre eux s&#8217;inscrivaient au nombre des plus gros exportateurs d&#8217;armes au monde. Selon Amnistie, cette situation compromet grandement les engagements pris par ces m\u00eames pays en mati\u00e8re de respect des droits humains, de l&#8217;appauvrissement des populations et des conditions de vie, en plus d&#8217;aider \u00e0 la poursuite des conflits en cours.<\/p>\n<p>Amnistie internationale signale qu&#8217;au cours de 2005 une importante quantit\u00e9 d&#8217;armes en provenance de l&#8217;Europe orientale a aliment\u00e9 des r\u00e9gions d&#8217;Afrique o\u00f9 s\u00e9vissaient des conflits. L&#8217;organisme rappelle que l&#8217;acquisition d&#8217;armes par certains groupes sert \u00e0 la r\u00e9pression, \u00e0 la violence et \u00e0 l&#8217;agression, sans compter le grand nombre de meurtres commis. Des centaines de milliers de personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es avec des armes rien qu&#8217;en 2005. L&#8217;organisme a ainsi men\u00e9 une campagne en Afrique du Sud, en Allemagne, en Belgique, en France et aupr\u00e8s des gouvernements britannique, indien et am\u00e9ricain, principaux fournisseurs au N\u00e9pal, afin que les violations aux droits humains par la voie des armes puissent cesser, du moins dans ce dernier pays. La Chine, quant \u00e0 elle, a maintenu l&#8217;approvisionnement du N\u00e9pal en armes et en munitions.<\/p>\n<p>Tous ces appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s montrent \u00e0 quel point plusieurs \u00c9tats, parmi les plus puissants de la plan\u00e8te, continuent de bafouer les droits humains afin de servir d&#8217;abord leurs int\u00e9r\u00eats financiers, \u00e9conomiques et politiques. Il est donc imp\u00e9ratif pour Amnistie internationale de faire reculer la tendance \u00e0 la militarisation et de conclure des accords ou trait\u00e9s afin de restreindre davantage le commerce des armes et de mieux le contr\u00f4ler \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir l&#8217;abolir.<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;Amnistie internationale puisse parler d&#8217;espoir et laisser para\u00eetre un certain optimisme quant \u00e0 l&#8217;avenir des droits humains, son rapport de 2006 d\u00e9voile l&#8217;\u00e9tendue de la t\u00e2che \u00e0 effectuer et qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un travail de longue haleine. Mais, de plus en plus, affirme Amnistie, il est possible de compter sur les pressions sociales, sur l&#8217;opinion publique et aussi sur la libre circulation de l&#8217;information afin de contrer ces manquements aux droits fondamentaux. Pour l&#8217;organisme, il importe de ne pas baisser les bras, de faire en sorte que les efforts pass\u00e9s, qu&#8217;ils aient \u00e9t\u00e9 accomplis par la force des armes ou non, n&#8217;aient pas \u00e9t\u00e9 vains et que tous ceux qui ont revendiqu\u00e9 un droit ou contribu\u00e9 au progr\u00e8s des libert\u00e9s fondamentales, parfois au risque de leur vie, puissent toujours croire qu&#8217;ils l&#8217;ont fait pour une noble cause. Parmi eux, Peter Benenson (1921-2005) dont les propos traduisent bien l&#8217;ampleur de l&#8217;oeuvre \u00e0 accomplir. &#8220;Lorsque le dernier prisonnier d&#8217;opinion aura \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9, lorsque la derni\u00e8re salle de torture aura \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e et lorsque la D\u00e9claration universelle des droits de l&#8217;homme sera devenue une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te pour tous \u00e0 travers le monde, alors seulement pourrons-nous dire que notre mission est achev\u00e9e.&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s la seconde ann\u00e9e de son existence, Amnistie internationale a publi\u00e9 son premier rapport annuel faisant \u00e9tat de ses activit\u00e9s, mais dressant surtout un &#8220;bilan de sant\u00e9&#8221; du monde en ce qui regarde les droits humains. 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