{"id":9,"date":"2007-03-01T14:05:14","date_gmt":"2007-03-01T19:05:14","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/index.php\/2008\/01\/27\/hors-pair-les-canadiens-a-vimy\/"},"modified":"2008-01-27T16:01:17","modified_gmt":"2008-01-27T21:01:17","slug":"hors-pair-les-canadiens-a-vimy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/03\/hors-pair-les-canadiens-a-vimy\/","title":{"rendered":"Hors pair : les Canadiens \u00e0 Vimy"},"content":{"rendered":"<h3>par J.L. Granatstein<\/h3>\n<p>La bataille de la cr\u00eate de Vimy tient encore une place sp\u00e9ciale                   dans l&#8217;esprit canadien. Au mois d&#8217;avril, des milliers d&#8217;\u00e9coliers,                   leurs enseignants, leurs parents, des v\u00e9t\u00e9rans de la Grande                   Guerre et des repr\u00e9sentants d&#8217;organisations d&#8217;anciens combattants                   et des gouvernements vont se rendre en France en l&#8217;honneur                   du 90e anniversaire de la bataille. La couverture m\u00e9diatique                   va \u00eatre immense et la r\u00e9fection du monument sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9e sous                   autant d&#8217;acclamations que lorsqu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9, en 1936, devant                   une grande foule d&#8217;anciens combattants et de membres de leur                   famille. Cette manifestation a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e un &#8220;p\u00e8lerinage&#8221;,                   un terme int\u00e9ressant qui sugg\u00e8re la nature quasi-religieuse                   de la c\u00e9r\u00e9monie et l&#8217;importance de la victoire \u00e0 Vimy qui a                   eu lieu en avril 1917.<\/p>\n<p>Ainsi, Vimy est importante, mais pourquoi? Pourquoi, presque                   un si\u00e8cle apr\u00e8s l&#8217;attaque lanc\u00e9e le lundi de P\u00e2ques 1917, la                   prise de la cr\u00eate de Vimy r\u00e9sonne-t-elle encore si puissamment                   dans ce pays si peu militaire?<\/p>\n<p>Les Canadiens voient Vimy comme un \u00e9v\u00e9nement constructeur                   de nation, une marque cl\u00e9 du d\u00e9veloppement du nationalisme                   canadien. Certains la voient comme l&#8217;escalade de la cr\u00eate,                   presque l&#8217;\u00e9quivalent des hommes de Wolfe qui grimpaient la                   falaise du Saint-Laurent jusqu&#8217;aux plaines d&#8217;Abraham. Presque                   tous estiment la bataille de Vimy en tant qu&#8217;\u00e9v\u00e9nement d\u00e9cisif                   de la Grande Guerre, la victoire qui aurait gagn\u00e9 la guerre.                   Et tous les Canadiens voient Vimy comme un triomphe enti\u00e8rement                   canadien qui a d\u00e9montr\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 de &#8220;nos gars&#8221; par rapport \u00e0 l&#8217;ennemi,                   oui, mais aussi par rapport \u00e0 nos alli\u00e9s. Tous ces points devraient \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s                   de plus pr\u00e8s.<\/p>\n<p>Mais d&#8217;abord, il faut pr\u00e9parer la sc\u00e8ne. En avril 1917, la                   Grande Guerre ne se passait pas bien pour les alli\u00e9s. L&#8217;empire                   russe, se faisant dissoudre par la r\u00e9volution, chancelant,                   avait presque quitt\u00e9 la guerre et les arm\u00e9es fran\u00e7aises, maltrait\u00e9es                   au-del\u00e0 de toute endurance lors d&#8217;une s\u00e9rie de batailles, \u00e9taient                   au bord de la mutinerie. La Grande-Bretagne et les Dominions                   seulement semblaient r\u00e9solus, mais les pertes d\u00e9passaient grandement                   le recrutement sous les drapeaux. Nombreux \u00e9taient les gens                   au Canada qui avaient commenc\u00e9 \u00e0 demander la conscription,                   bien que le gouvernement n&#8217;avait encore rien fait \u00e0 ce propos.                   La seule \u00e9claircie pour les alli\u00e9s eut lieu le 6 avril, quand                   le Pr\u00e9sident am\u00e9ricain Woodrow Wilson fit entrer son pays en                   guerre. Les \u00c9tats-Unis n&#8217;\u00e9taient toutefois pas pr\u00eats et il                   allait falloir plus d&#8217;un an avant que leurs soldats aient commenc\u00e9 \u00e0 atteindre                   les tranch\u00e9es en grand nombre.<\/p>\n<p>Les victoires durant les combats \u00e9taient rares pour les alli\u00e9s                   et les armes, les tactiques et le leadership allemands semblaient                   dominer les champs de bataille europ\u00e9ens. \u00c0 la mi-mars, les                   Allemands raccourcirent leurs lignes, se retirant sur une longueur                   de 100 milles du front ouest jusqu&#8217;\u00e0 la ligne Hindenburg tr\u00e8s                   fortifi\u00e9e, laquelle s&#8217;\u00e9tirait d&#8217;Arras \u00e0 Saint-Quentin.<\/p>\n<p>L\u00e0, la nouvelle doctrine de l&#8217;ennemi, la d\u00e9fense en profondeur,                   allait \u00eatre appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Les plans de l&#8217;attaque alli\u00e9e durent \u00eatre modifi\u00e9s et on donna                   la t\u00e2che \u00e0 la British Expeditionary Force de d\u00e9border la nouvelle                   ligne de d\u00e9fense de l&#8217;ennemi. La bataille d&#8217;Arras, comme on                   allait l&#8217;appeler, comprit deux arm\u00e9es britanniques, la 1re                   et la 3e, et le but, bien qu&#8217;il ne fut jamais d\u00e9clar\u00e9 explicitement, \u00e9tait                   l&#8217;attrition ou l&#8217;usure des forces ennemies. L&#8217;attaque du Corps                   canadien \u00e0 la cr\u00eate de Vimy \u00e9tait une partie de cette grande                   campagne britannique.<\/p>\n<p>Le terrain sur\u00e9lev\u00e9, dont la cr\u00eate de Vimy est la caract\u00e9ristique                   la plus importante, domine la plaine de Douai en France du                   Nord et de l\u00e0 on voit Lens \u00e0 l&#8217;est et Arras au sud. La cr\u00eate                   elle-m\u00eame, \u00e0 part la colline 145 et le Pimple (bouton) au bout                   nord, s&#8217;\u00e9l\u00e8ve peu \u00e0 peu d&#8217;ouest en est. L&#8217;\u00e0 pic se trouve du                   c\u00f4t\u00e9 est, derri\u00e8re les principales positions allemandes et                   l&#8217;importance de la cr\u00eate \u00e9tait principalement que sa possession                   permettait, ou interdisait, de voir une grande partie du territoire                   avoisinant d\u00e9tenu par les Allemands. La cr\u00eate de Vimy avait \u00e9t\u00e9 saisie                   par les Allemands en octobre 1914 et puis attaqu\u00e9e, sans succ\u00e8s,                   par les Fran\u00e7ais en 1915 et par les Britanniques en 1916. Le                   terrain, qui avait \u00e9t\u00e9 l&#8217;objectif de tant de combats sauvages,                   avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9 par l&#8217;artillerie, les sapeurs qui creusaient                   des puits de mine pour y planter des explosifs (plus de cent                   mines britanniques avaient explos\u00e9 en 1916) et par les tranch\u00e9es                   et les fosses-r\u00e9servoirs de plus en plus profondes. Quand les                   Canadiens sont arriv\u00e9s \u00e0 Vimy, les efforts faits dans le but                   de prendre la cr\u00eate avaient d\u00e9j\u00e0 caus\u00e9 300 000 victimes. Comme                   l&#8217;a remarqu\u00e9 un fantassin par la suite, Vimy &#8220;\u00e9tait le point                   central d&#8217;un immense cimeti\u00e8re&#8221;.<\/p>\n<p>La 6e Arm\u00e9e allemande avait eu beaucoup de temps pour d\u00e9velopper                   ses d\u00e9fenses en haut de la cr\u00eate. Il y avait trois lignes d\u00e9fensives                   principales avec des tranch\u00e9es et des fosses-r\u00e9servoirs profondes,                   qui \u00e9taient toutes prot\u00e9g\u00e9es par des ceintures de fil barbel\u00e9 et                   des postes de mitrailleuse en b\u00e9ton. Le sol calcaire de la                   cr\u00eate avait \u00e9t\u00e9 creus\u00e9, plein de tunnels et de tranch\u00e9es de                   communication, et la deuxi\u00e8me ligne de l&#8217;ennemi, situ\u00e9e un \u00e0 deux                   milles \u00e0 l&#8217;est de la cr\u00eate, comprenait de gros abris enterr\u00e9s,                   dont certains pouvaient accueillir en s\u00e9curit\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 un bataillon.                   La troisi\u00e8me ligne, cinq milles en arri\u00e8re, comptait sur des                   positions puissamment fortifi\u00e9es. Et il y avait une quatri\u00e8me                   ceinture d\u00e9fensive en construction plus en arri\u00e8re, la ligne                   Drocourt-Qu\u00e9ant, que les Canadiens allaient rencontrer durant                   ce qui allait s&#8217;appeler les Cent jours du Canada en 1918. La                   faille fatale dans la planification allemande \u00e9tait que les                   divisions de la contre-attaque se trouvaient entre 12 et 24                   heures de marche en arri\u00e8re. Si les Canadiens pouvaient faire                   une br\u00e8che dans les lignes ennemies \u00e0 la cr\u00eate de Vimy, ils                   ne seraient pas expuls\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;hiver 1917, le Corps canadien, dirig\u00e9 par le lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral                   britannique sir Julian Byng, \u00e9tait un groupement exp\u00e9riment\u00e9.                   Il s&#8217;\u00e9tait bien battu aux batailles co\u00fbteuses de la Somme en                   automne 1916 et ses divisions, brigades et bataillons \u00e9taient                   bien command\u00e9s. La plupart de ses hommes \u00e9taient n\u00e9s en Grande-Bretagne,                   pas au Dominion, mais son esprit et sa sensibilit\u00e9 \u00e9taient                   de plus en plus canadiens. Ses quatre divisions avaient appris                   leur m\u00e9tier durant deux ans de combats, ma\u00eetrisant la guerre                   des tranch\u00e9es, apprenant la meilleure mani\u00e8re d&#8217;utiliser l&#8217;infanterie                   et \u00e9tudiant la meilleure fa\u00e7on de se servir de la reconnaissance                   a\u00e9rienne, le gaz et l&#8217;arme qui allait gagner la guerre, l&#8217;artillerie,                   avec beaucoup d&#8217;efficacit\u00e9. Le Corps canadien \u00e9tait une institution                   en apprentissage, une organisation recherchant \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la                   question qui tourmentait les strat\u00e9gistes : comment surmonter                   les avantages qui favorisaient la d\u00e9fense au front de l&#8217;ouest?<\/p>\n<p>Chaque commandant s&#8217;escrimait \u00e0 y r\u00e9pondre, mais certaines                   des r\u00e9ponses vinrent du commandant pragmatique, analytique                   et \u00e0 l&#8217;esprit ouvert de la division canadienne, le major-g\u00e9n\u00e9ral                   Arthur Currie. Envoy\u00e9 par Byng pour \u00e9tudier la mani\u00e8re dont                   les Fran\u00e7ais s&#8217;\u00e9taient battus \u00e0 Verdun en d\u00e9cembre 1916, Currie,                   dans son rapport, faisait remarquer qu&#8217;une bonne reconnaissance \u00e9tait                   essentielle, ainsi que les efforts faits pour familiariser                   chaque soldat \u00e0 propos des objectifs d\u00e9sir\u00e9s et puis de faire                   exercer son r\u00f4le \u00e0 chaque homme. Les cartes et les photographies                   furent distribu\u00e9es jusqu&#8217;au niveau du peloton et chaque poilu                   (le surnom affectueux du fantassin fran\u00e7ais), pouvait utiliser                   chaque arme de l&#8217;infanterie, ainsi que celles qui appartenaient                   aux Allemands. Les Fran\u00e7ais comptaient sur le feu et le mouvement,                   l&#8217;infanterie consolidant les positions captur\u00e9es et les troupiers                   repos\u00e9s, se ruant en avant lors des assauts, employaient des                   mitrailleuses et des grenades pour forcer l&#8217;ennemi \u00e0 baisser                   la t\u00eate.<\/p>\n<p>Nombre d&#8217;officiers britanniques avaient fait des conclusions                   semblables \u00e0 propos des tactiques de leurs alli\u00e9s, mais ce                   ne serait pas faux de dire que Byng s&#8217;en servit avec bien plus                   de vigueur que quiconque avant lui. Le Corps canadien fut r\u00e9organis\u00e9,                   ses compagnies comprenant dor\u00e9navant quatre pelotons de quatre                   sections chacun, et chacune de ces derni\u00e8res employant le feu                   et le mouvement. Les officiers insistaient sur l&#8217;initiative                   du particulier et les pelotons devinrent plus autonomes, une                   politique qui fit rentrer les sp\u00e9cialistes comme les mitrailleurs \u00e0 Lewis,                   les bombardiers et les fusiliers-grenadiers au peloton et le                   rendit capable d&#8217;actions int\u00e9gr\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 travers du Corps exp\u00e9ditionnaire britannique, dont                   le Corps canadien faisait partie, le fusil et la ba\u00efonnette \u00e9taient                   toujours essentiels. Le pioupiou (simple soldat) canadien avait                   peut-\u00eatre un temp\u00e9rament plus flexible que le britannique,                   mais le diagramme de l&#8217;attaque que chacun utilisait \u00e9tait tr\u00e8s                   semblable. Ce qui \u00e9tait diff\u00e9rent, comme le disait souvent                   le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral William Griesbach de la 1re Brigade, c&#8217;\u00e9tait                   que le Corps canadien \u00e9tait bien entra\u00een\u00e9, bien dirig\u00e9 et bien                   dispos\u00e9 \u00e0 apprendre.<\/p>\n<p>Les conclusions de Currie furent rapport\u00e9es \u00e0 tous les hommes.                   Un soldat \u00e9crivant \u00e0 son fr\u00e8re quelques jours apr\u00e8s la bataille                   de Vimy, lui dit que &#8220;on nous avait organis\u00e9 pour l&#8217;attaque                   conform\u00e9ment au nouveau syst\u00e8me fran\u00e7ais&#8221;. Le simple soldat                   Frank Teskey, qui avait servi avec la Princess Patricia&#8217;s Canadian                   Light Infantry, dit que son unit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 &#8220;form\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 ce                   nouveau syst\u00e8me \u00e0 l&#8217;\u00e9cole de formation. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 scout.                   Mon travail, rester au flanc droit de notre peloton quand nous                   nous \u00e9lancions de la tranch\u00e9e et maintenir le contact (avec                   le) peloton \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du n\u00f4tre et, si nous \u00e9tions ralentis, avancer                   et essayer de d\u00e9couvrir l&#8217;obstacle, couper les fils de fer                   barbel\u00e9s etc.&#8221;.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agissait d&#8217;un changement tactique pour le mieux.<\/p>\n<p>Byng et son \u00e9tat-major, les principaux \u00e9tant des officiers                   imp\u00e9riaux form\u00e9s dans les coll\u00e8ges d&#8217;\u00e9tat-major de l&#8217;arm\u00e9e                   britannique, avaient pr\u00e9par\u00e9 un plan pour l&#8217;assaut de Vimy                   le d\u00e9but de mars 1917. On avait l&#8217;intention de charger le lundi                   de P\u00e2ques, le 9 avril, en une attaque de quatre stades con\u00e7ue                   pour pouvoir employer les quatre divisions du Corps canadien                   en ordre, allant du 4e, \u00e0 gauche, jusqu&#8217;au 1er, \u00e0 droite de                   la ligne canadienne. Chaque division attaquerait avec deux                   brigades \u00e0 5 h 30. Le premier objectif, la ligne Black, comprenait                   les tranch\u00e9es des premi\u00e8res lignes allemandes, lesquelles devaient \u00eatre                   prises au bout de 35 minutes tout au plus. Ensuite, les troupes                   devaient faire une pause de 40 minutes pour s&#8217;implanter solidement                   et se regrouper. Au bout de 20 minutes de plus, la ligne Red,                   les 3e et 4e divisions, devaient se trouver ma\u00eetres des derniers                   objectifs des Canadiens. Les brigades de r\u00e9serve des 1re et                   2e divisions, ainsi qu&#8217;une brigade britannique, devaient ensuite                   passer \u00e0 l&#8217;assaut vers la ligne Blue, prenant les d\u00e9fenses                   de deuxi\u00e8me ligne des Allemands, lesquelles \u00e9taient centr\u00e9es                   dans le village de Th\u00e9lus. Finalement, apr\u00e8s une halte de pr\u00e9cis\u00e9ment                   96 minutes, les m\u00eames brigades devaient avancer jusqu&#8217;\u00e0 la                   ligne Brown, les derniers objectifs, \u00e0 quelque 4 000 verges                   de la ligne de d\u00e9part.<\/p>\n<p>Si tout allait comme pr\u00e9vu, le combat du Corps canadien serait                   termin\u00e9 \u00e0 13 h 18. Les ordres de Byng prenaient compte du besoin                   de se pr\u00e9parer aux contre-attaques allemandes. Il faudrait                   apporter rapidement des mitrailleuses en grande quantit\u00e9 et                   pr\u00e9parer des lignes de d\u00e9fense h\u00e2tivement sur le terrain r\u00e9cemment                   gagn\u00e9.<\/p>\n<p>On d\u00e9pendait beaucoup de l&#8217;artillerie. En effet, la pr\u00e9paration                   de l&#8217;artillerie \u00e9tait la cl\u00e9 de la victoire. Les tranch\u00e9es                   de l&#8217;ennemi furent bombard\u00e9es \u00e0 partir du 20 mars et le bombardement                   fut intensifi\u00e9 le 2 avril, une semaine avant l&#8217;assaut. On devait                   surtout faire attention aux d\u00e9fenses de fil barbel\u00e9 allemandes,                   lesquelles devaient \u00eatre d\u00e9truites par les nouveaux obus no                   106 qui explosaient au contact avec le fil. Ils furent si efficaces                   que bien peu d&#8217;unit\u00e9s rapport\u00e8rent avoir eu de la difficult\u00e9 \u00e0 avancer                   le 9 avril. Les canons ennemis avaient \u00e9t\u00e9 localis\u00e9s gr\u00e2ce                   au r\u00e9glage du tir par avion, au rep\u00e9rage par le son et au rep\u00e9rage                   par \u00e9clats, et mis hors d&#8217;action par le feu des contre-batteries,                   un processus dirig\u00e9 par le lieutenant-colonel Andrew McNaughton.                   Lors de l&#8217;attaque, 83 pour cent des 212 canons allemands avaient \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s.<\/p>\n<p>Des canons en grandes quantit\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la disponibilit\u00e9 du                   Corps canadien : 11 groupements d&#8217;artillerie lourde, comprenant                   245 canons, et 15 brigades d&#8217;artillerie de campagne, totalisant                   618 canons. Les mitrailleuses Vickers, 150 d&#8217;entre elles, tiraient                   indirectement sur les places fortes ennemies. On pouvait obtenir                   encore plus de puissance de feu si n\u00e9cessaire. La plupart des                   canons, comme la plupart des efforts de logistique appuyant                   les bataillons des lignes du front, provenaient des ressources                   de l&#8217;arm\u00e9e britannique. Le major Alan Brooke, qui allait \u00eatre                   chef du grand \u00e9tat-major imp\u00e9rial, cr\u00e9a le plan pour l&#8217;utilisation                   de l&#8217;artillerie.<\/p>\n<p>Les canons avaient aussi un autre r\u00f4le crucial. Un barrage                   tra\u00eenard allait avancer en \u00e9tapes de 100 verges, le tout minut\u00e9 avec                   pr\u00e9cision. L&#8217;infanterie qui avan\u00e7ait devait faire attention \u00e0 rester                   derri\u00e8re le barrage, \u00e0 cause du danger d&#8217;\u00eatre d\u00e9truite par                   le tir ami.<\/p>\n<p>Une immense quantit\u00e9 d&#8217;obus devait \u00eatre accumul\u00e9e, stock\u00e9e                   et puis avanc\u00e9e au bon moment. Il en allait de m\u00eame pour la                   nourriture, 600 000 gallons d&#8217;eau chaque jour, le mat\u00e9riel                   du g\u00e9nie, les munitions, les fournitures m\u00e9dicales, le fourrage                   et tout ce dont les 100 000 hommes du Corps canadien et leurs                   50 000 animaux avaient besoin. Un syst\u00e8me de tramways servait                   au transport des fournitures vers le front gr\u00e2ce aux tunnels                   creus\u00e9s par les cinq compagnies de creusage de tunnels du corps.                   Ces tunnels, o\u00f9 l&#8217;on trouvait de l&#8217;\u00e9clairage, des t\u00e9l\u00e9phones                   et de l&#8217;eau, ont servi \u00e0 abriter de nombreux troupiers durant                   la pr\u00e9paration de l&#8217;attaque.<\/p>\n<p>Ceux qui se trouvaient \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur vivaient dans la fange.                   L&#8217;artilleur Wilfred Kerr \u00e9crivait que &#8220;les tranch\u00e9es avaient                   de la boue jusqu&#8217;au genou [&#8230;] comme du gruau; elle montait                   par-dessus les bandes molleti\u00e8res, les trempait, remplissait                   les bottes et p\u00e9n\u00e9trait les chaussettes jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;on soit                   oblig\u00e9 d&#8217;utiliser un couteau pour l&#8217;enlever d&#8217;entre les orteils&#8221;.<\/p>\n<p>Pendant que les pr\u00e9parations prenaient de la vitesse, les                   bataillons d&#8217;attaque s&#8217;entra\u00eenaient encore et encore. L&#8217;entra\u00eenement                   avait lieu sur des terrains semblables en arri\u00e8re, avec des                   rubans qui indiquaient les objectifs. L&#8217;objet \u00e9tait de prendre                   soin que chaque soldat connaisse son r\u00f4le. \u00c0 la surprise de                   tout un chacun, cela fonctionna. Un servant de mitrailleuse                   Lewis des 2nd Canadian Mounted Rifles disait par la suite que &#8220;quand                   nous avons fini par atteindre le haut de la colline, non seulement                   sommes-nous arriv\u00e9s exactement au bon endroit, nous savions                   que nous \u00e9tions dans la bonne section des tranch\u00e9es o\u00f9 nous                   devions nous trouver&#8221;.<\/p>\n<p>Un colonel ajoutait qu&#8217;il avait \u00e9tudi\u00e9 les plans si souvent                   que &#8220;je n&#8217;avais pas besoin de regarder mes cartes pour dire                   o\u00f9 je me trouvais \u00e0 quel moment&#8221;.<\/p>\n<p>Pendant que l&#8217;entra\u00eenement se poursuivait, des unit\u00e9s de chasseurs                   sortaient chaque nuit pour tracasser les Allemands qui \u00e9taient                   d\u00e9j\u00e0 maltrait\u00e9s par &#8220;la semaine de la souffrance&#8221; inflig\u00e9e                   par le feu de l&#8217;artillerie qui avait commenc\u00e9 le 2 avril.<\/p>\n<p>Certains raids r\u00e9ussirent, mais un raid de 1 700 hommes contre                   les d\u00e9fenses allemandes du Pimple, une \u00e9l\u00e9vation de la cr\u00eate,                   ne r\u00e9sulta qu&#8217;en de lourdes pertes pour les attaquants, des                   pertes assez importantes pour affaiblir l&#8217;attaque de la 4e                   Division le 9 avril.<\/p>\n<p>Les Allemands savaient qu&#8217;une attaque allait avoir lieu, mais                   Byng esp\u00e9rait obtenir une surprise tactique en fourvoyant l&#8217;ennemi.                   Le taux du feu des canons pouvait \u00eatre vari\u00e9, par exemple,                   et les canons se sont rel\u00e2ch\u00e9s apr\u00e8s minuit, le lundi de P\u00e2ques.                   Et le dernier bombardement traditionnel qui annon\u00e7ait l&#8217;attaque                   des alli\u00e9s n&#8217;eut pas lieu non plus. Les officiers apprirent                   l&#8217;heure de l&#8217;attaque le dimanche de P\u00e2ques et ils pass\u00e8rent                   la consigne \u00e0 leurs hommes peu de temps apr\u00e8s. \u00c0 5 h 30, \u00e0 l&#8217;aube,                   avec un vent du nord-ouest fortuit qui poussait la neige dans                   le visage des sentinelles ennemies, tout \u00e9tait pr\u00eat. Les hommes                   attendaient sto\u00efquement l&#8217;heure z\u00e9ro, \u00e9crivait le lieutenant                   Stuart Kirkland, qui remarquait que son bataillon ontarien                   se tenait dans la boue jusqu&#8217;\u00e0 la ceinture 15 minutes avant                   l&#8217;heure z\u00e9ro, &#8220;je pris deux bouteilles de rhum et donnai une                   bonne gorg\u00e9e \u00e0 chaque homme, car le froid \u00e9tait rigoureux [&#8230;]&#8221;.<\/p>\n<p>L&#8217;attaque commen\u00e7a par un immense barrage d&#8217;artillerie, &#8220;le                   barrage d&#8217;artillerie le plus merveilleux qui ait jamais eu                   lieu&#8221;, \u00e9crivait Kirkland. &#8220;C&#8217;\u00e9tait tout un feu d&#8217;artifice&#8221;,                   dit l&#8217;artilleur Fred Sims de Lethbridge (Alb.) alors que chaque                   canon tirait quatre coups par minute. En tout, les canons tir\u00e8rent                   40 000 coups le 9 avril, tout un feu d&#8217;artifice en effet.<\/p>\n<p>L&#8217;artilleur Harold Panabaker, qui travaillait avec un officier                   observateur avanc\u00e9, se trouvait dans un des tunnels les plus                   profonds de Vimy et m\u00eame sous le terrain, le son du barrage                   d&#8217;ouverture &#8220;ressemblait \u00e0 un grand roulement de tonnerre&#8221;.<\/p>\n<p>Les 15 000 fantassins de la premi\u00e8re vague des 21 bataillons                   s&#8217;\u00e9lanc\u00e8rent des lignes de d\u00e9part sur un front de 7 000 verges.                   Ils portaient tous leur fusil \u00e0 ba\u00efonnette, leur masque \u00e0 gaz,                   120 balles, des grenades, une bouteille d&#8217;eau, peut-\u00eatre un                   sac \u00e0 dos avec des vivres et une pioche ou une pelle : le fantassin                   devait porter quelque 50 \u00e0 75 livres sur son dos. La boue,                   brass\u00e9e par le bombardement continuel, fit ralentir l&#8217;avance,                   mais les fantassins continu\u00e8rent d&#8217;avancer. Le soldat Arthur                   Southworth \u00e9crivait chez lui que tout &#8220;ce qu&#8217;on pouvait voir                   c&#8217;\u00e9tait la fum\u00e9e, des Fris\u00e9s qui couraient et des morceaux                   de Fris\u00e9s, m\u00eame des fois des entiers, qui \u00e9taient projet\u00e9s                   dans les airs&#8221;. L&#8217;artillerie frappait les batteries ennemies                   et les positions d\u00e9fensives principales, et le barrage rampant                   permit \u00e0 l&#8217;infanterie de rester pr\u00e8s du mur de shrapnel.<\/p>\n<p>Quand ils atteignirent les premi\u00e8res tranch\u00e9es ennemies, la                   plupart des bataillons au moment pr\u00e9vu, ils trouv\u00e8rent des                   Allemands qui \u00e9taient encore dans leur trou\u00e9e. L&#8217;ennemi se                   rendait ou il \u00e9tait exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 la grenade. Il n&#8217;y avait &#8220;pas                   beaucoup d&#8217;excitation o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais&#8221;, \u00e9crivait un lieutenant du                   16e Bataillon de la 1re Division. &#8220;Je ne vis que deux Allemands                   vivants et deux qui \u00e9taient morts.&#8221; Le barrage donna \u00e0 tous                   les hommes &#8220;un sentiment de confiance&#8221;, \u00e9crivait le soldat                   William Elder chez lui \u00e0 Huntingdon (Qc), &#8220;et nous n&#8217;\u00e9tions                   en danger qui si nous nous en approchions&#8221;.<\/p>\n<p>Un des meilleurs comptes rendus de l&#8217;assaut initial, qui n&#8217;a                   jamais \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, fut \u00e9crit par le simple soldat Teskey de                   la PPCLI. Il faisait partie de la premi\u00e8re vague de l&#8217;attaque                   de la 3e Division, tout juste au sud de la colline 145. &#8220;Une                   s\u00e9rie de crat\u00e8re de mines nous s\u00e9parait de la ligne du front                   de l&#8217;ennemi. Nous nous trouvions \u00e0 un bord des crat\u00e8res et                   les Fris\u00e9s de l&#8217;autre. J&#8217;\u00e9tais en haut de notre c\u00f4t\u00e9 (o\u00f9 on)                   voyait bien ce qui se passait. Il fallait passer par des cr\u00eates \u00e9troites                   entre les crat\u00e8res et mon travail \u00e9tait de prendre la t\u00eate                   d&#8217;une des files. \u00c0 5 h 30, tous les canons que nous avions                   crach\u00e8rent le feu [&#8230;]. Un barouf affreux. Les Allemands \u00e0 35                   verges. (La) cr\u00eate que je devais traverser \u00e9tait haute de 25                   pieds. Apr\u00e8s un court bombardement, le signal pour qu&#8217;avance                   la 1re vague. Pas le moment de r\u00e9fl\u00e9chir! Couru jusqu&#8217;\u00e0 notre                   propre barbel\u00e9; d\u00e9m\u00ealai et continuai. Dus arr\u00eater parce que                   notre artillerie d\u00e9versait encore un barrage de shrapnel dans                   la tranch\u00e9e ennemie. Le pr\u00e9vu, c&#8217;\u00e9tait que la premi\u00e8re vague                   avance sous les obus et aussit\u00f4t que le barrage stoppe, se                   ruer dans la tranch\u00e9e. Bonne partie de notre 1re vague touch\u00e9e                   par nos propres obus! Font pas leur devoir si pas de victimes!                   Notre barrage n&#8217;a pas eu tous les Allemands de la premi\u00e8re                   ligne. Alors que nous nous accroupissions \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de                   leur parapet, une pluie de bombes tomba. Mais aussit\u00f4t que                   nous nous sommes ru\u00e9s en avant, nous \u00e9tions tous des &#8216;kamarads&#8217; [&#8230;].<\/p>\n<p>Comme Teskey le disait dans la lettre qu&#8217;il \u00e9crivait d&#8217;un                   lit d&#8217;h\u00f4pital, &#8220;juste avant d&#8217;atteindre notre objectif, un                   de nos propres obus toucha terre derri\u00e8re moi et je fus frapp\u00e9 au                   dos [&#8230;]. J&#8217;entrai dans le trou fait par un obus. Difficile                   de retourner \u00e0 nos lignes : la boue!&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience de Teskey n&#8217;avait rien d&#8217;\u00e9trange. Le major Percy                   Menzies notait que des &#8220;fois c&#8217;\u00e9tait tr\u00e8s difficile de savoir                   exactement o\u00f9 se trouvaient nos lignes de barrage et c&#8217;\u00e9tait                   tr\u00e8s dur pour nous, officiers, de ramener nos hommes hors de                   notre propre feu. Le terrain \u00e9tait tellement tritur\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait                   impossible de reconna\u00eetre les points de rep\u00e8re sur lesquels                   nous comptions&#8221;.<\/p>\n<p>La courte pause \u00e0 la ligne Black permit aux attaquants de                   s&#8217;implanter solidement. Et puis l&#8217;avance recommen\u00e7a, qui se                   passait bien \u00e0 la droite de la ligne. Les Allemands avaient                   commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir et des tireurs, le feu des mitrailleuses                   et l&#8217;artillerie caus\u00e8rent des victimes chez les Canadiens,                   mais cela ne ralentit gu\u00e8re l&#8217;avance. La ligne Blue tomba facilement                   devant les brigades de r\u00e9serve des 1re et 2e divisions, &#8220;exactement                   de la m\u00eame fa\u00e7on qu&#8217;on s&#8217;\u00e9tait entra\u00een\u00e9 sur les champs d&#8217;exercice&#8221;,                   ou en tout cas c&#8217;est ce que disaient les historiens officiels                   britanniques. L&#8217;objectif final, la ligne Brown, atteinte apr\u00e8s                   une charge \u00e0 la ba\u00efonnette par des hommes de la 6e Brigade,                   tomba vite aux mains des Canadiens.<\/p>\n<p>Les pires difficult\u00e9s du Corps canadien eurent lieu dans le                   secteur de la 4e Division, \u00e0 gauche. \u00c0 la colline 145 et au                   Pimple, les troupes allemandes solidement retranch\u00e9es, qui                   avaient l&#8217;avantage des points les plus \u00e9lev\u00e9s de la cr\u00eate,                   r\u00e9sist\u00e8rent avec acharnement. L&#8217;ennemi avait des bunkers sur                   une pente de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;artillerie qui le prot\u00e9geait                   du bombardement et les 11e et 12e brigades attaquaient les                   points forts \u00e0 mitrailleuse avec bien peu de succ\u00e8s. En fait,                   les contre-attaques allemandes \u00e0 quelques occasions ont menac\u00e9 leurs                   efforts.<\/p>\n<p>Le capitaine Thain MacDowell, \u00e0 qui l&#8217;on avait d\u00e9cern\u00e9 l&#8217;Ordre                   du service distingu\u00e9 \u00e0 la Somme, \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;attaque                   du 38e Bataillon. Avec deux coureurs, il se retrouva \u00e0 une                   redoute allemande bien en avant du reste de ses hommes. Il                   d\u00e9truisit un nid de mitrailleuse et obligea une autre \u00e9quipe                   ennemie de servants d&#8217;arme \u00e0 battre en retraite. Ensuite il                   remarqua un soldat allemand qui entrait dans un des nombreux                   tunnels qu&#8217;il y avait dans la cr\u00eate. MacDowell le suivit dans                   le tunnel et persuada un Allemand, au bout de son fusil, qu&#8217;il \u00e9tait                   l&#8217;avant-garde d&#8217;une force bien plus grande. Il convainquit                   deux officiers et 75 soldats de se rendre, et les fit sortir                   par petits groupes afin que ses coureurs puissent les emmener                   aux lignes canadiennes. MacDowell maintint sa position jusqu&#8217;\u00e0 ce                   que son bataillon le rel\u00e8ve, fut promut major et on lui d\u00e9cerna                   la Croix de Victoria. Il \u00e9tait l&#8217;un des quatre Canadiens \u00e0 qui                   la Croix de Victoria a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9e durant la bataille.  Les                   autres \u00e9taient Ellis Sifton, William Milne et John George Pattison.<\/p>\n<p>Quatre mille prisonniers furent faits par les Canadiens, mais                   beaucoup d&#8217;entre eux moururent avant d&#8217;atteindre les cages \u00e0 prisonniers.                   Le lieutenant-colonel de la PPCLI Agar Adamson \u00e9crivait \u00e0 son \u00e9pouse                   que son r\u00e9giment avait captur\u00e9 des vingtaines de prisonniers,                   mais &#8220;un major allemand refusa d&#8217;\u00eatre envoy\u00e9 avec les prisonniers                   en arri\u00e8re sauf sous la garde d&#8217;un major&#8221;. Adamson fut franc: &#8220;il                   ne nous causera plus de difficult\u00e9s&#8221;. Cette histoire n&#8217;a rien                   d&#8217;extraordinaire. Richard Rogerson de l&#8217;\u00cele-du-Prince-\u00c9douard,                   qui avait vu un ami se faire tuer pr\u00e8s de lui, racontait sans                   se d\u00e9concerter qu&#8217;il n&#8217;avait pas fait de prisonnier : &#8220;j&#8217;ai                   eu mon quota d&#8217;Allemands. Il y en a eu 14 \u00e0 mon cr\u00e9dit en \u00e0 peu                   pr\u00e8s deux heures, certains j&#8217;ai tir\u00e9 dessus avec mon fusil                   (et) j&#8217;ai enfonc\u00e9 ma ba\u00efonnette dans d&#8217;autres et il y en a                   deux que j&#8217;ai tu\u00e9s avec une bombe \u00e0 main (c.-\u00e0-d. une grenade)                   [&#8230;]. Une fois que j&#8217;ai tu\u00e9 mon premier Allemand avec ma ba\u00efonnette,                   mon sang s&#8217;est troubl\u00e9 (et) quand je ne pouvais pas atteindre                   les Allemands avec ma ba\u00efonnette, je leur tirais dessus. \u00c7a                   ne me d\u00e9range pas plus de les tuer que quand je tuais des lapins&#8221;.                   Il se peut qu&#8217;une partie de cela soit de la vantardise pour                   les proches, mais l&#8217;histoire de Rogerson sonne juste.<\/p>\n<p>\u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, la colline 145 appartenait encore                   aux Allemands. Ce n&#8217;est que lorsque la 4e Division a envoy\u00e9 deux                   compagnies du 85e Bataillon de Nouvelle-\u00c9cosse, r\u00e9cemment arriv\u00e9s                   au front et qu&#8217;on ne devait employer qu&#8217;en tant que bataillon                   de travail \u00e0 Vimy, que les Allemands se sont rendus. Le reste                   des positions de la ligne Red qui faisait face \u00e0 la 4e Division, \u00e0 part                   le Pimple, tomba le matin du 10 avril apr\u00e8s une charge \u00e0 la                   ba\u00efonnette par deux bataillons.<\/p>\n<p>Le Pimple devait \u00eatre captur\u00e9 par des troupes britanniques. \u00c0 la                   place, le 12 avril, trois bataillons de la 10e Brigade de la                   4e Division lan\u00e7ait une attaque, une nuit o\u00f9 hurlait le vent                   et enlevaient la position \u00e0 un r\u00e9giment de gardes allemands                   lors d&#8217;un combat corps \u00e0 corps. &#8220;Je suis roi du Pimple&#8221;, disait                   le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Edward Hilliam. La cr\u00eate de Vimy, y compris                   le site du m\u00e9morial canadien qui allait \u00eatre construit \u00e0 la                   colline 145, \u00e9tait entre les mains des Canadiens.<\/p>\n<p>Il ne restait plus qu&#8217;\u00e0 apporter les canons, et le mat\u00e9riel                   de toutes sortes, la nourriture, et l&#8217;eau, en avant. L&#8217;artilleur                   Kerr s&#8217;est rappel\u00e9 que sa batterie a avanc\u00e9 d&#8217;environ deux                   milles \u00e0 11 h, le lundi de P\u00e2ques. &#8220;Du c\u00f4t\u00e9 droit de la route,                   devant nous et derri\u00e8re, des batteries et des wagons, des camions                   et des hommes s&#8217;avan\u00e7aient; du c\u00f4t\u00e9 gauche, il y avait un d\u00e9fil\u00e9 d&#8217;hommes                   pans\u00e9s et d&#8217;hommes sur des civi\u00e8res qui coulait vers nous.&#8221; Les                   autres batteries, comme le disait l&#8217;artilleur Tom Walker \u00e0 son \u00e9pouse, &#8220;devait                   attendre que les ing\u00e9nieurs eussent construit un chemin de                   fer l\u00e9ger pour aller (de l&#8217;avant). La boue \u00e9tait si molle et                   spongieuse qu&#8217;il \u00e9tait absolument impossible de les faire monter                   avec les chevaux. Ensuite, quand nous atteign\u00eemes la cr\u00eate,                   les Allemands battirent en retraite d&#8217;environ cinq milles et                   nous d\u00fbmes nous \u00e9tablir devant la cr\u00eate sur la plaine&#8221;. Les                   canons allemands qui fonctionnaient encore continuaient de                   tirer sur les Canadiens qui avan\u00e7aient et le commandant de                   la 3e Brigade d&#8217;artillerie de campagne, le lieutenant-colonel                   Woodman Leonard, fut tu\u00e9 vers les 9 h 30. Il avait \u00e9crit dans                   son journal, la veille, qu&#8217;il avait &#8220;renouvel\u00e9 mon abonnement                   au London Times pour six mois&#8221;.<\/p>\n<p>L&#8217;agent du YMCA William Fingland \u00e9crivait que &#8220;bien s\u00fbr les                   pertes ont \u00e9t\u00e9 lourdes mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une grande victoire, et                   chaque veuve ou m\u00e8re d&#8217;un homme tomb\u00e9 devrait se sentir fi\u00e8re                   et heureuse le reste de ses jours, que l&#8217;\u00eatre cher a accept\u00e9 de                   donner sa vie pour la libert\u00e9 et la d\u00e9mocratie [&#8230;]&#8221;. Percy                   McClare du 24e Bataillon de la 2e Division dit \u00e0 sa m\u00e8re qu&#8217;il &#8220;avait                   particip\u00e9 \u00e0 toute la bataille et c&#8217;\u00e9tait l&#8217;enfer&#8221;. Mais, ajoutait-il, &#8220;je                   suis heureux de pouvoir dire que je suis pass\u00e9 \u00e0 travers car \u00e7a                   va \u00eatre une des choses les plus importantes de l&#8217;histoire du                   Canada&#8221;. Le m\u00e9decin militaire Harold McGill dit \u00e0 sa fianc\u00e9e                   que &#8220;c&#8217;\u00e9tait une bataille merveilleuse, le meilleur spectacle                   auquel j&#8217;ai jamais assist\u00e9. Nos hommes ont taill\u00e9 le Boche                   en bonne forme et nos pertes n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 lourdes&#8221;.<\/p>\n<p>McGill avait tort et Fingland avait raison, car les pertes                   avaient \u00e9t\u00e9 terribles. L&#8217;infirmi\u00e8re Clare Gass \u00e9crivait dans                   son journal le 10 avril que &#8220;ce matin, des centaines de bless\u00e9s                   canadiens sont arriv\u00e9s, si fatigu\u00e9s, mais la majorit\u00e9 des blessures                   n&#8217;\u00e9taient pas trop graves&#8221;. Cinq jours apr\u00e8s, elle ajoutait                   que les &#8220;victimes, bien qu&#8217;on rapportait comme \u00e9tant peu nombreuses                   apr\u00e8s la bataille de la semaine derni\u00e8re ont simplement rempli                   les h\u00f4pitaux \u00e0 en d\u00e9border&#8221;. Le Corps canadien a eu 10 602                   victimes au combat de Vimy, y compris 3 598 morts. La 4e Division,                   rien de surprenant, a eu le plus grand nombre de victimes et                   4 401 de ses fantassins, soit un sur trois, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 ou bless\u00e9.                   Quoi que Vimy ait \u00e9t\u00e9, ce n&#8217;\u00e9tait certainement pas une simple                   promenade.<\/p>\n<p>Alors qu&#8217;\u00e9tait Vimy? La bataille d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, planifi\u00e9e avec                   pr\u00e9cision et lanc\u00e9e brillamment avait \u00e9t\u00e9 un triomphe d&#8217;armes                   combin\u00e9es qui avaient donn\u00e9 une avance de 4 500 verges, la                   plus grande qu&#8217;aient eu les alli\u00e9s jusque l\u00e0. La victoire avait                   d\u00e9montr\u00e9 combien les Canadiens avaient appris depuis les batailles                   d&#8217;Ypres en avril 1915 et elle prouva que les hommes du corps \u00e9taient                   sans \u00e9gal.<\/p>\n<p>Malheureusement, la bataille de la cr\u00eate de Vimy, du 9 au                   12 avril 1917, n&#8217;avait pas chang\u00e9 le cours de la guerre. Il                   n&#8217;y eut pas de tentative d&#8217;exploiter la perc\u00e9e faite par les                   gars de Byng, pas d&#8217;effort pour envoyer la cavalerie \u00e0 travers                   les lignes allemandes. L&#8217;ennemi battait en retraite quelques                   milles jusqu&#8217;\u00e0 de nouvelles positions et le combat continuait.<\/p>\n<p>L&#8217;importance transcendantale de Vimy le fut pour le Canada.                   Ce fut une grande victoire, accomplie par l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;une nation                   qui ne commen\u00e7ait qu&#8217;\u00e0 peine \u00e0 devenir consciente de sa nationalit\u00e9.                   Qu&#8217;une majorit\u00e9 des soldats et les officiers d&#8217;\u00e9tat-major principaux                   aient \u00e9t\u00e9 n\u00e9s en Grande-Bretagne ne faisait rien. La victoire                   importait aux soldats parce qu&#8217;elle les avait persuad\u00e9s qu&#8217;ils \u00e9taient                   aussi bons qu&#8217;ils voulaient croire qu&#8217;ils l&#8217;\u00e9taient. Elle \u00e9tait                   importante pour les Canadiens au foyer qui pensaient que leurs                   fils et leur pays \u00e9taient sp\u00e9ciaux. Et ils l&#8217;\u00e9taient.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par J.L. Granatstein La bataille de la cr\u00eate de Vimy tient encore une place sp\u00e9ciale dans l&#8217;esprit canadien. Au mois d&#8217;avril, des milliers d&#8217;\u00e9coliers, leurs enseignants, leurs parents, des v\u00e9t\u00e9rans de la Grande Guerre et des repr\u00e9sentants d&#8217;organisations d&#8217;anciens combattants et des gouvernements vont se rendre en France en l&#8217;honneur du 90e anniversaire de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-9","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}