{"id":833,"date":"2011-05-01T00:01:31","date_gmt":"2011-05-01T04:01:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=833"},"modified":"2011-05-03T12:12:50","modified_gmt":"2011-05-03T16:12:50","slug":"histoire-dados-la-vie-dans-une-famille-des-forces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2011\/05\/histoire-dados-la-vie-dans-une-famille-des-forces\/","title":{"rendered":"HISTOIRE D&#8217;ADOS : LA VIE DANS UNE FAMILLE DES FORCES"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-847\" title=\". [ILLUSTRATION : \u00a9ANNE HORST\/i2iart.com]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/CFTEENSLead2.jpg\" alt=\"\" width=\"630\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/CFTEENSLead2.jpg 630w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/CFTEENSLead2-300x112.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : \u00a9ANNE HORST\/i2iart.com<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Quand le t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9, la veille de l\u2019Action de gr\u00e2ces, Alisha Perreault de Petawawa (Ont.), \u00e2g\u00e9e de 11 ans, a d\u00e9croch\u00e9 sans h\u00e9siter. Elle ne pouvait pas savoir que sa famille serait chang\u00e9e \u00e0 tout jamais. La voix inconnue demanda \u00e0 parler \u00e0 sa m\u00e8re, Frances.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s jeune, alors je ne comprenais pas ce qui se passait, se rappelle Alisha, qui a maintenant 16 ans. J\u2019ai donn\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 ma m\u00e8re, qui s\u2019est mise \u00e0 pleurer. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait en 2006 et le p\u00e8re d\u2019Alisha, Roger, \u00e9tait en service en Afghanistan en tant qu\u2019ing\u00e9nieur de l\u2019arm\u00e9e. L\u2019appel visait \u00e0 informer la famille que Roger avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 la colonne vert\u00e9brale lors de la d\u00e9tonation d\u2019un dispositif explosif de circonstance. Il a depuis subi nombre d\u2019op\u00e9rations, et il souffre de trouble de stress posttraumatique (TSPT). Roger et Frances ont quatre enfants : Derek, \u00e2g\u00e9 de 10 ans; Mathew, 13 ans; Marissa, 17 ans; et Alisha. Les filles surtout ont \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9es par l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Cinq ans ont pass\u00e9 et la famille a encore de la difficult\u00e9 \u00e0 y faire face.<\/p>\n<p>L\u2019adolescence est une p\u00e9riode difficile, et elle l\u2019est encore davantage quand un des parents est militaire, quoique la situation de chaque famille des Forces canadiennes (FC) soit diff\u00e9\u00adrente de celle des autres. Il y a des ados pour qui c\u2019est tr\u00e8s dur, et il y en a qui s\u2019en sortent relativement bien. Souvent, cette lutte rend la famille plus forte.<\/p>\n<p>Le TSPT dont souffre Roger a caus\u00e9 bien de l\u2019angoisse \u00e0 sa famille, surtout relativement \u00e0 la peur qu\u2019il perde son emploi. Roger croit que l\u2019arm\u00e9e n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 s\u2019occuper des soldats bless\u00e9s et il dit qu\u2019il est dans les limbes en attendant qu\u2019on lui trouve un poste permanent. \u00ab Avant, c\u2019\u00e9tait une personne tranquille et patiente, mais il est maintenant en proie \u00e0 des col\u00e8res et il se sent facilement frustr\u00e9, dit Frances. Nous savons tous quand il passe une mauvaise journ\u00e9e, ce qui arrive plusieurs fois par semaine, et nous sommes tous sur des charbons ardents. Cela ne veut pas dire qu\u2019il est f\u00e2ch\u00e9 contre nous, on a juste appris \u00e0 vivre avec un papa en col\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Frances a remarqu\u00e9 que c\u2019est sa fille ain\u00e9e qui a le plus chang\u00e9 : elle est d\u00e9pressive. \u00ab Elle est tr\u00e8s en col\u00e8re contre lui, et je ne crois pas qu\u2019elle sache pourquoi \u00bb, nous explique Frances. Ses autres enfants sont renferm\u00e9s et ils s\u2019adressent toujours \u00e0 leur m\u00e8re plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Sa blessure a beaucoup chang\u00e9 notre famille. Tout est plus stressant et ma relation avec mon p\u00e8re n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonne pendant longtemps. On se querelle encore, mais \u00e7a va un peu mieux, dit Marissa. J\u2019\u00e9tais vraiment d\u00e9prim\u00e9e et \u00e7a me met parfois en col\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Quand elle avait 14 ans, la d\u00e9pression de Marissa lui a presque cout\u00e9 la vie. \u00ab \u00c0 ma f\u00eate, mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et il allait vraiment mal. Il avait attrap\u00e9 une infection apr\u00e8s avoir subi une op\u00e9ration, et on avait peur qu\u2019il meure. J\u2019ai invit\u00e9 des amis chez nous, et je me suis tellement saoul\u00e9e qu\u2019il a fallu m\u2019emmener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Je savais pas comment g\u00e9rer mes \u00e9motions. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 le plus d\u00e9chirant de ses souvenirs. Elle a r\u00e9alis\u00e9 que ce n\u2019est pas la faute de son p\u00e8re s\u2019il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9.<\/p>\n<p>La confusion r\u00e8gne souvent chez les ados des militaires. Au Manitoba, Elaine Ellis, conseill\u00e8re familiale au Centre de ressources pour les familles des militaires (CRFM) de Shilo, dit que la consommation d\u2019alcool inavou\u00e9e et l\u2019automutilation sont courantes chez les ados d\u00e9prim\u00e9s.<\/p>\n<p>Cameron Lucier, \u00e2g\u00e9 de 16 ans, a souffert de d\u00e9pression. La famille Lucier est actuellement post\u00e9e \u00e0 la BFC Shilo. Son p\u00e8re, Jason, qui est op\u00e9rateur de radio dans la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry, a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 une fois en Bosnie et deux fois en Afghanistan. Cameron a trois fr\u00e8res plus jeunes que lui : Matthew, \u00e2g\u00e9 de 9 ans, Brandon, 12 ans et Dustin, 13 ans, et quand leur p\u00e8re est absent, la plus grande part des responsabilit\u00e9s incombent \u00e0 Cameron. \u00ab Cameron joue le r\u00f4le de p\u00e8re; il s\u2019occupe beaucoup de Matthew et je compte sur lui encore plus, dit Andrea, la m\u00e8re des gar\u00e7ons. Quand on a un p\u00e8re militaire, on grandit plus vite, parce qu\u2019on doit s\u2019occuper de plus d\u2019affaires. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ado ne se r\u00e9cuse pas quand il s\u2019agit d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s suppl\u00e9mentaires, bien qu\u2019il dise qu\u2019il trouve cela parfois p\u00e9nible. Son p\u00e8re lui manque, et il y a des choses, comme les probl\u00e8mes de petite amie, dont il n\u2019ose parler \u00e0 sa m\u00e8re. \u00ab C\u2019est une des raisons de ma d\u00e9pression, \u00e9tant donn\u00e9 que, pour aussi loin que je me souvienne, il \u00e9tait souvent parti, dit-il. Le pire de mes souvenirs, c\u2019\u00e9tait en 8e ann\u00e9e, quand le v\u00e9hicule d\u2019assaut l\u00e9ger derri\u00e8re mon p\u00e8re a explos\u00e9 et qu\u2019on ne nous disait pas qui \u00e9tait encore vivant. \u00bb<\/p>\n<p>Ce qui inqui\u00e8te Cameron le plus, c\u2019est de ne pas savoir si son p\u00e8re reviendra en vie ou couch\u00e9 au lit d\u2019honneur; et s\u2019il rentre chez lui, s\u2019il sera le m\u00eame. \u00ab C\u2019est une question d\u00e9licate pour les familles parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e8re de la communication, les r\u00e9alit\u00e9s de ce qui se passe aux champs de bataille sont rapport\u00e9es chez nous, explique Brad White, secr\u00e9taire national de la L\u00e9gion royale canadienne. On entend donc maintenant aux nouvelles que \u201csix soldats de l\u2019OTAN ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s en Afghanistan\u201d, mais rien d\u2019autre. Imaginez-vous le stress que ressentent les gens au pays, quand ils ont des \u00eatres chers outre-mer. \u00bb<\/p>\n<p>Megan Egerton-Graham, auteure et conseill\u00e8re d\u2019orientation professionnelle d\u2019Ottawa sp\u00e9cialis\u00e9e en comportements d\u2019ados li\u00e9s au d\u00e9ploiement, est d\u2019accord. Selon elle, beaucoup d\u2019ados ne distinguent pas l\u2019information factuelle des opinions. Elle a \u00e9t\u00e9 surprise du nombre d\u2019ados qui ne comprennent pas la chaine de commandement, qui ne savent pas que la famille serait avis\u00e9e d\u2019une mort ou d\u2019une blessure avant que le nom soit diffus\u00e9 par les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Cette incertitude au jour le jour peut d\u00e9courager n\u2019importe qui, et les ados, surtout, \u00e9prouvent souvent toute une gamme d\u2019\u00e9motions.<\/p>\n<p>Ironiquement, Cameron a fait face \u00e0 la solitude en s\u2019\u00e9loignant de tout le monde, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un de ses amis s\u2019en aper\u00e7oive et l\u2019aide. \u00ab Il m\u2019a pris sous son aile, et il est devenu le grand fr\u00e8re que je n\u2019avais jamais eu. Il me sert d\u2019exemple, et je m\u2019efforce de renvoyer l\u2019ascenseur en aidant les autres qui ressentent la m\u00eame solitude que moi. \u00bb<\/p>\n<p>Cameron s\u2019occupe de son plus jeune fr\u00e8re qui est le plus \u00e9prouv\u00e9 et qui pleure beaucoup quand Jason est absent. \u00ab Je suis triste quand papa n\u2019est pas l\u00e0 parce que je sais qu\u2019il pourrait mourir \u00e0 n\u2019importe quel moment, et je suis triste quand j\u2019entends qu\u2019un autre Canadien est mort parce que je comprends ce qu\u2019ils endurent \u00bb, dit Matthew.<\/p>\n<p>Egerton-Graham sait ce que ressent Matthew. \u00ab J\u2019ai eu des \u00e9l\u00e8ves qui avaient perdu leur p\u00e8re en Afghanistan, et j\u2019en ai eu d\u2019autres dont les parents avaient \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9s; et, curieusement, ils \u00e9prouvent la m\u00eame anxi\u00e9t\u00e9 que les enfants dont les parents n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, parce que la peur de cette exp\u00e9rience, c\u2019est la m\u00eame chose que l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>La famille Lucier a recours aux programmes de soutien au d\u00e9placement du CRFM. La famille Perrault a trouv\u00e9 que les services de th\u00e9rapie du CRFM ne l\u2019ont pas aid\u00e9e. \u00ab J\u2019ai fait une th\u00e9rapie pendant un certain temps, dit Marissa. C\u2019est difficile d\u2019obtenir des services de th\u00e9rapie ici, il n\u2019y a pas assez de conseillers. \u00bb<\/p>\n<p>Depuis les 10 derni\u00e8res ann\u00e9es, les FC se concentrent sur les familles plus qu\u2019avant. Quand Brad White portait l\u2019uniforme, les familles entraient dans les PM &amp; E (personnes \u00e0 charge, meubles et effets personnels), mais, aujourd\u2019hui, on les consid\u00e8re comme des \u00ab familles militaires \u00bb. \u00ab Ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un indice du paradigme qui est enti\u00e8rement nouveau : comment on traite non seulement le membre des FC, mais comment on le traite avec sa famille, dit-il. C\u2019est quelque chose de tout \u00e0 fait nouveau dans l\u2019univers des militaires. D\u2019abord, le soldat d\u2019aujourd\u2019hui est un professionnel volontaire, un carri\u00e9riste. Cela entraine de nouveaux probl\u00e8mes, y compris des traumatismes et des TSPT nouveaux, et les membres des FC plus jeunes ont bien plus d\u2019exp\u00e9rience sur le terrain.<\/p>\n<p>\u00ab Quand on parle d\u2019assistance pour les familles, je ne pense pas que le syst\u00e8me sache comment s\u2019occuper de la famille relativement au TSPT, affirme White. J\u2019esp\u00e8re que \u00e7a va changer, mais comment peut-on assister un ado, qui traverse d\u00e9j\u00e0 une p\u00e9riode difficile de transformation, quand un parent revenant de l\u2019Afghanistan devient tout \u00e0 coup irrationnel sans raison apparente? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ce propos, on consid\u00e8re la cr\u00e9ation d\u2019un encadrement permettant aux ados des familles des FC de se r\u00e9unir comme une mesure d\u2019appoint profitable.<\/p>\n<p>Le CRFM de Shilo a un centre pour ados qui offre \u00e0 ces derniers des activit\u00e9s telles que la projection de films et des soir\u00e9es de jeux. On a tent\u00e9 de mettre en place un programme de soutien pour ados, mais jusqu\u2019ici les jeunes ne s\u2019y sont pas int\u00e9ress\u00e9s. Quant au CRFM d\u2019Esquimalt, o\u00f9 les programmes s\u2019adressent principalement aux groupes, un travailleur social pour les ados y a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9. \u00ab Nous croyons qu\u2019il est important que les [&#8230;] jeunes [&#8230;] se rassemblent dans un m\u00eame groupe. Cela tend \u00e0 normaliser certains des sentiments qu\u2019ils partagent, dit Pauline Sibbald, conseill\u00e8re au CRFM d\u2019Esquimalt. Les enfants risquent de se sentir isol\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole, surtout dans une communaut\u00e9 o\u00f9 les parents habitent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la base. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-851\" title=\". [ILLUSTRATION : \u00a9ANNE HORST\/i2iart.com]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/CFTEENSInset.jpg\" alt=\"\" width=\"515\" height=\"732\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/CFTEENSInset.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/CFTEENSInset-211x300.jpg 211w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : \u00a9ANNE HORST\/i2iart.com<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Cameron s\u2019est senti isol\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Il dit qu\u2019il est difficile d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique parce que la plupart des ados qui la fr\u00e9quen-tent sont habitu\u00e9s d\u2019\u00eatre entour\u00e9s de leur famille toute l\u2019ann\u00e9e. Les enfants des militaires n\u2019ont pas ce luxe; ils peuvent donc se sentir exclus. \u00ab Les gens vous prennent toujours en piti\u00e9 et ils vous disent que votre r\u00e9action est excessive, mais ils ne comprennent pas le stress que l\u2019on peut vivre quand un \u00eatre cher est en danger, dit-il. Comprenez-moi bien, votre parent pourrait \u00eatre policier ou pompier, mais un soldat, ce n\u2019est pas du tout pareil. \u00bb  Il croit que les risques que courent les policiers et les pompiers au Canada sont r\u00e9els, mais le personnel des FC risque davantage de mourir en mission. \u00ab Je suis vraiment agac\u00e9 par les gens qui rabaissent nos militaires, qui disent qu\u2019ils ne font rien. Je ne les vois pas quitter leurs proches, eux, pour aller r\u00e9gler les pro-bl\u00e8mes d\u2019un autre pays afin qu\u2019on puisse y vivre comme ici. \u00bb<\/p>\n<p>Derek, \u00e2g\u00e9 de 14 ans, fr\u00e9quente l\u2019\u00e9cole publique \u00e0 Kingston, en Ontario. Il ne voulait pas \u00eatre identifi\u00e9 dans cet article, et il nous dit qu\u2019aucun de ses amis n\u2019aime parler de l\u2019absence d\u2019un parent. Son p\u00e8re, qui travaille en communications dans l\u2019arm\u00e9e, est revenu d\u2019Afghanistan au d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre. Pendant que son p\u00e8re parle de l\u2019Afghanistan, Derek reste tranquille, puis il nous dit : \u00ab Au d\u00e9but, j\u2019avais envie de rire, je me sentais soulag\u00e9 parce qu\u2019il \u00e9tait revenu, mais c\u2019est tr\u00e8s effrayant ce qui lui est arriv\u00e9; je ne pensais pas qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 aussi en danger. Je savais bien qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des barbel\u00e9s, mais dans une base. J\u2019avais vu le v\u00e9hicule dans lequel il allait \u00eatre, et j\u2019\u00e9tais confiant que \u00e7a pouvait supporter beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>Le p\u00e8re de Derek prot\u00e9gea sa famille en leur r\u00e9v\u00e9lant peu d\u2019informations au sujet de la mission. Ce n\u2019est que de retour \u00e0 la maison, sain et sauf, qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 parler de son exp\u00e9rience. Son affectation a le plus durement \u00e9prouv\u00e9 la s\u0153ur cadette de Derek, Joan, \u00e2g\u00e9e de 8 ans. Derek nous dit qu\u2019elle devient tr\u00e8s facilement \u00e9mue. Il y a des jours o\u00f9 elle se sent tr\u00e8s heureuse et d\u2019autres o\u00f9 elle est vraiment col\u00e9rique ou ne parle \u00e0 personne. Ses \u00e9tudes en ont aussi souffert. \u00ab Quand on essayait de l\u2019aider, maman et moi, elle se mettait \u00e0 pleurer ou \u00e0 crier, dit-il. J\u2019essaie simplement d\u2019\u00eatre l\u00e0 si elle veut parler. Elle est bien plus heureuse depuis que papa est rentr\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Une des pires choses pour Derek, c\u2019est le fait que son p\u00e8re n\u2019ait assist\u00e9 \u00e0 aucune de ses parties de football ni \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de remise de dipl\u00f4mes de 8e ann\u00e9e. \u00ab J\u2019\u00e9tais vraiment triste qu\u2019il ne soit pas venu \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie parce que c\u2019\u00e9tait un moment important pour moi et il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. Ma m\u00e8re \u00e9tait l\u00e0, mais ce n\u2019est pas pareil quand il manque un des parents. \u00bb<\/p>\n<p>Derek n\u2019est certainement pas le seul ado d\u2019une famille militaire \u00e0 vivre cela. Les quatre enfants de la famille Nault d\u2019Orl\u00e9ans (Ont.) sont \u00e9galement tristes quand leur p\u00e8re est absent lors d\u2019un anniversaire ou d\u2019une \u00e9preuve sportive. La famille est compos\u00e9e de Lilly, \u00e2g\u00e9e de 11 ans; Melina, 13 ans; Lukas, 17 ans; Charlene, 18 ans, leur m\u00e8re Claudia et leur p\u00e8re R\u00e9mi, membre de l\u2019aviation depuis 25 ans affect\u00e9 en Afghanistan une fois.<\/p>\n<p>Le plus dur, c\u2019est quand R\u00e9mi manque un anniversaire. Melina dit qu\u2019elle n\u2019aime pas qu\u2019il manque toutes ses parties de soccer non plus et qu\u2019elle jalousait Lilly avant parce que R\u00e9mi arrivait toujours pour son anniversaire. Une fois, quand il n\u2019a pas pu, ils ont retard\u00e9 l\u2019anniversaire jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il rentre.<\/p>\n<p>\u00ab Je pense qu\u2019on a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 son anniversaire trois fois cette ann\u00e9e-l\u00e0 \u00bb, dit Lukas en riant.<\/p>\n<p>C\u2019est Lilly qui vit le plus difficilement les affectations de R\u00e9mi : elle a de la difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019endormir et apporte souvent l\u2019oreiller et la couverture de son p\u00e8re dans son propre lit, quelque chose qui \u00ab sent comme papa \u00bb.<\/p>\n<p>Pour faire face \u00e0 la situation, Claudia ne raconte pas la mission de R\u00e9mi \u00e0 leurs enfants jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit revenu sain et sauf. Toutefois, les enfants trouvent cela injuste. \u00ab Il n\u2019est pas facile de savoir comment agir, parce que si on leur dit pas et que quelque chose devait arriver, ils n\u2019auraient pas eu l\u2019occasion de lui envoyer un dernier courriel. Mais si on leur dit avant, ils s\u2019inqui\u00e8tent \u00e9norm\u00e9ment, dit-elle. \u00bb<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, la famille survit en organisant des soir\u00e9es familiales hebdomadaires et en communiquant avec R\u00e9mi autant que possible par t\u00e9l\u00e9phone et par courriel. \u00c0 Victoria, la famille Townsend a appris \u00e0 faire face quand George p\u00e8re est parti en mission pour les Forces canadiennes. Cindy dit qu\u2019au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es, son mari a \u00e9t\u00e9 absent 22 mois et que ses enfants, George fils, \u00e2g\u00e9 de 15 ans, et Emma, 13 ans, lui envoient des courriels r\u00e9guli\u00e8rement. \u00ab Je trouve que c\u2019est plus facile si j\u2019appelle chez moi toutes les deux semaines, dit George p\u00e8re. Si on appelle trop souvent, tout le monde compte sur ces appels et, des fois, quand on est militaire, ce n\u2019est tout simplement pas possible. \u00bb<\/p>\n<p>Emma aime recevoir ses courriels. \u00ab Des fois, quand on est devant l\u2019ordinateur et qu\u2019on re\u00e7oit des messages, je sais qu\u2019il est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, dit-elle en souriant. Une fois, quand on parlait, il n\u2019a pas r\u00e9pondu pendant 10 minutes, puis il m\u2019a dit \u201cD\u00e9sol\u00e9 ch\u00e9rie, je me suis endormi\u201d. \u00bb<\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1990, quand R\u00e9mi \u00e9tait en poste \u00e0 la station des Forces canadiennes Alert, \u00e0 la pointe nord de l\u2019ile d\u2019Ellesmere, au Nunavut, il pouvait appeler chez lui tous les huit jours pendant 20 minutes. De retour \u00e0 Alert, en 2007, il pouvait appeler tous les jours. En Afghanistan, R\u00e9mi pouvait t\u00e9l\u00e9phoner une fois par semaine pendant 40 minutes. \u00ab Dans les forces, on comprend de mieux en mieux [&#8230;] que leur permettre d\u2019appeler chez eux, c\u2019est une fa\u00e7on de les appuyer \u00bb, dit Claudia.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a facilite aussi beaucoup le retour \u00e0 la maison parce qu\u2019on est plus au courant de ce qui s\u2019est pass\u00e9 pendant notre absence, dit R\u00e9mi. Ce n\u2019est pas un mode de vie facile. On ne peut pas retrouver le temps qu\u2019on a perdu, que ce soit les f\u00eates, les anniversaires ou les No\u00ebl, mais c\u2019est ce qu\u2019on a choisi de faire et ce travail a fait voyager notre famille partout. On est all\u00e9s en Allemagne; au Qu\u00e9bec; \u00e0 Cold Lake, en Alberta; \u00e0 Gagetown, au Nouveau-Brunswick; \u00e0 Gander, \u00e0 Terre-Neuve; et nous sommes maintenant \u00e0 Ottawa.<\/p>\n<p>Tous les ados que nous avons interview\u00e9s pour ce repor-tage disent qu\u2019ils trouvent plus difficile de changer de ville que d\u2019avoir un parent affect\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00ab Les d\u00e9m\u00e9nagements sont plus difficiles parce que, quand papa est absent, c\u2019est seulement une partie de ton monde qui est d\u00e9rang\u00e9, tandis que quand on d\u00e9m\u00e9nage, c\u2019est ton monde tout entier qui change \u00bb, dit Elena Lopez, \u00e2g\u00e9e de 18 ans, d\u2019Esquimalt, dont le p\u00e8re est officier ing\u00e9nieur dans la marine depuis 1988.<\/p>\n<p>En Colombie-Britannique, Linda, \u00e2g\u00e9e de 15 ans, dont la m\u00e8re joue de la clarinette dans les FC, se pr\u00e9pare \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager cet \u00e9t\u00e9, et elle trouve l\u2019id\u00e9e tr\u00e8s dure. Elle a trouv\u00e9 le soutien qu\u2019il lui fallait aupr\u00e8s des conseillers de son \u00e9cole et de ceux du CRFM, mais elle a peur de ne plus voir son p\u00e8re aussi souvent, car ses parents ont divorc\u00e9 et son p\u00e8re va rester en Colombie-Britannique. Elle nous explique que c\u2019est difficile aussi de se pr\u00e9parer \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager quand la famille n\u2019est pas enti\u00e8rement certaine de l\u2019endroit o\u00f9 elle s\u2019\u00e9tablira, bien qu\u2019il soit probable que ce soit \u00e0 Halifax. \u00ab Je suis troubl\u00e9e et inqui\u00e8te, et je suis stress\u00e9e aussi parce qu\u2019on est en train de faire toutes sortes de pr\u00e9parations, comme de vendre la maison dans laquelle j\u2019ai v\u00e9cu toute ma vie, dit-elle. L\u2019\u00e9cole secondaire aussi, \u00e7a va \u00eatre dur, parce que c\u2019\u00e9tait ma premi\u00e8re ann\u00e9e et c\u2019est vraiment difficile de s\u2019acclimater \u00e0 un nouvel environnement. Il faut aussi du temps pour se faire de bons amis. Il va falloir que je recommence tout depuis le d\u00e9but. \u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la famille Perreault de Petawawa, Roger a demand\u00e9 d\u2019\u00eatre mut\u00e9 ailleurs. Alisha dit que la vie \u00e0 la maison est encore aussi difficile qu\u2019au d\u00e9but, quand Roger a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9, et elle ne croit pas que cela changera. Toutefois, Marissa pense que sa famille a appris \u00e0 vivre avec la situation et elle ne regrette pas que Roger soit militaire. \u00ab Je suis chanceuse d\u2019avoir encore mon p\u00e8re, dit-elle. Il n\u2019est pas revenu chez nous dans un cercueil, mais, des fois, je voudrais qu\u2019il ne soit pas all\u00e9 en Afghanistan et qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9, mais je ne veux pas \u00eatre \u00e9go\u00efste. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>Quand le t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9, la veille de l\u2019Action de gr\u00e2ces, Alisha Perreault de Petawawa (Ont.), \u00e2g\u00e9e de 11 ans, a d\u00e9croch\u00e9 sans h\u00e9siter. Elle ne pouvait pas savoir que sa famille serait chang\u00e9e \u00e0 tout jamais. 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