{"id":745,"date":"2011-01-01T02:56:45","date_gmt":"2011-01-01T06:56:45","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=745"},"modified":"2010-12-30T13:25:43","modified_gmt":"2010-12-30T17:25:43","slug":"affectation-afghanistan-suivez-le-cauchemar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2011\/01\/affectation-afghanistan-suivez-le-cauchemar\/","title":{"rendered":"Affectation Afghanistan: Suivez Le Cauchemar"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"top\" style=\"border: 0px initial initial;\" title=\" [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/OutpostLead.jpg\" alt=\" [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"630\" height=\"236\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span> <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Ils savaient qu\u2019il y aurait des bombes cach\u00e9es sous terre. Ils savaient que leurs d\u00e9tecteurs \u00e0 m\u00e9taux ne d\u00e9c\u00e8leraient pas leurs plateaux de pression en bois. Ils savaient qu\u2019apr\u00e8s les bombes, ils seraient pris en embuscade et que des morceaux de m\u00e9tal vole\u00adraient de tous c\u00f4t\u00e9s \u00e0 toute vitesse.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les Canadiens savaient qu\u2019ils s\u2019avan\u00e7aient vers les d\u00e9tonations, que certains d\u2019entre eux tomberaient, qu\u2019il \u00e9tait improbable qu\u2019ils revinssent tous \u00e0 la base.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils savaient qu\u2019il y aurait du grabuge et des explosions cauchemardesques, et la peur atroce de mourir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils y all\u00e8rent quand m\u00eame. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils march\u00e8rent \u00e0 travers champs jusqu\u2019\u00e0 la guerre et tout ce qu\u2019ils avaient anticip\u00e9 se produisirent.<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes en aout 2010 et la guerre au Kandahar s\u2019est tellement intensifi\u00e9e qu\u2019on ne sait ce qui va d\u2019abord se d\u00e9traquer. La base a\u00e9rienne des alli\u00e9s, limitrophe de la ville de Kandahar, est d\u00e9j\u00e0 aussi grande qu\u2019une ville et les Am\u00e9ricains continuent d\u2019arriver. Ce sont des jeunes occidentaux, lucides et portant fusil, qui s\u2019entassent en Afghanistan du Sud par milliers, en qu\u00eate d\u2019action.<\/p>\n<p>Quand on est en s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 la base, la guerre semble principalement se r\u00e9sumer \u00e0 des explosions lointaines. Le conflit est si vague et il y a tellement de points de vue qu\u2019il semble impossible d\u2019obtenir des renseignements irr\u00e9fragables; soit que l\u2019OTAN est en train de gagner, soit que les insurg\u00e9s se pr\u00e9pa\u00adrent \u00e0 envahir la piste d\u2019atterrissage, ou m\u00eame, \u00e9trangement, les deux. On note du progr\u00e8s dans un secteur et un chaos indescriptible \u00e0 cinq kilom\u00e8tres plus loin. Tout semble possible et la seule mani\u00e8re d\u2019\u00e9lucider le myst\u00e8re, c\u2019est de s\u2019aligner sur les rumeurs qui vont bon train de tous c\u00f4t\u00e9s et qui sont aussi difficiles \u00e0 capter qu\u2019une odeur dans un courant d\u2019air.<\/p>\n<p>Louie Palu dit que \u00ab c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 des EEI [engins explosifs improvis\u00e9s] \u00bb et personne ne le sait mieux que lui. Photojournaliste canadien rebelle et amusant, malmen\u00e9 par la guerre, Palu dit que les jeunes au Panjwai accueillent les patrouilles des Canadiens en \u00e9rigeant des piles de terre \u00e0 la main comme s\u2019il s\u2019agissait de l\u2019emplacement d\u2019EEI et crient \u00ab pan! \u00bb pour taquiner les soldats.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"border: 0px initial initial;\" title=\"La bataille \u00e0 coups de fusils fait rage. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Outpost4.jpg\" alt=\"La bataille \u00e0 coups de fusils fait rage. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"234\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La bataille \u00e0 coups de fusils fait rage. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Palu a probablement pass\u00e9 plus de temps au Panjwai que n\u2019importe quel autre Canadien et sa conception de la folie de la guerre est presque instinctuelle. Il parle d\u2019un avant-poste qui est pris en cible tous les jours et qu\u2019on risque de tomber dans une embuscade si on s\u2019\u00e9loigne de 100 m\u00e8tres. Il y a des EEI partout; ils sont de bois et de plastique, donc ind\u00e9tectables. Mais, dit Palu, les soldats continuent de sortir. Il attribue cela au machisme presque suicidaire de l\u2019unit\u00e9. N\u2019importe quelle autre unit\u00e9 aurait renonc\u00e9, mais ces gars-l\u00e0 continuent de se prome\u00adner parmi les bombes, comme pour dire : \u00ab Allez-y arrachez-nous les jambes \u00e0 coups d\u2019explosifs; on n\u2019abandonne pas \u00bb.<\/p>\n<p>Comme c\u2019est le cas des pires rumeurs, celle-ci s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e pratiquement r\u00e9elle.<\/p>\n<p><strong>Avant-poste de combat Panjsher<\/strong><\/p>\n<p>La seule route qui m\u00e8ne \u00e0 la petite base canadienne la plus assi\u00e9g\u00e9e de toute la guerre est surnomm\u00e9e \u00ab Nightmare \u00bb (cauchemar) et personne ne veut vraiment s\u2019y aventurer.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, il est interdit d\u2019y aller : c\u2019est bien trop dangereux pour les journalistes. Enfin, on arrive \u00e0 un compromis et on nous permet de nous y rendre, mais pas de sortir de l\u2019avant-poste. Ce compromis sera alt\u00e9r\u00e9 par la suite, mais il nous faut d\u2019abord nous rendre l\u00e0-bas, ce qui n\u2019est pas facile parce que la route est presque constamment sous le feu de l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques jours sur le qui-vive, le moment est enfin venu de passer aux actes. Lentement.<\/p>\n<p>Pendant au moins les deux heures d\u2019attente, le grand convoi vert blind\u00e9 diffuse des \u00e9chappements de di\u00e9sel dans la base d\u2019op\u00e9rations avanc\u00e9es Masum Ghar. L\u2019avant-poste de combat Panjsher est la cible de coups de feu et l\u2019on y dissuade les visi\u00adteurs. Le d\u00e9placement risque d\u2019\u00eatre remis parce qu\u2019il se fait tard et suivre la route Nightmare pourrait prendre beaucoup de temps.<\/p>\n<p>Finalement, le convoi fait le voyage \u00e0 toute vitesse et nous sommes rapidement \u00e0 Panjsher.<\/p>\n<p>Non qu\u2019il y ait eu grand-chose \u00e0 voir. Panjsher est un petit avant-poste carr\u00e9 au milieu d\u2019un champ d\u00e9saffect\u00e9 en plein milieu du district de Panjwai. C\u2019est un poste rudimentaire : une collection de tentes, du sable et des armes, rien de plus.<\/p>\n<p>Sur une planche en contreplaqu\u00e9 ench\u00e2ss\u00e9e dans les barbel\u00e9s \u00e0 lames, quelqu\u2019un a peint Keep Out (entr\u00e9e interdite). On peut croire que les Afghans de la ville de Chalghowr, que les Canadiens sont en th\u00e9orie venus prot\u00e9ger, ne parlent pas anglais. Mais c\u2019est l\u00e0 le moindre des probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>La ville de Chalghowr est situ\u00e9e \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres au sud, mais elle demeure inaccessible aux soldats de la base. Chaque fois qu\u2019ils s\u2019y dirigent, un \u00e9v\u00e8nement catastrophique arrive. Cela se produit \u00e0 plusieurs reprises au cours des semaines de patrouilles, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019unit\u00e9 soit visiblement r\u00e9duite.<\/p>\n<p>Chaque soldat de l\u2019avant-poste Panjsher m\u00e9rite une m\u00e9daille, nous dira leur commandant. Ce sont des soldats qui s\u2019avancent en connaissance de cause dans un champ de mines ind\u00e9tec\u00ad\u00ad-ta\u00adbles. Ce sont des soldats \u00e0 la r\u00e9putation de machisme suicidaire de Palu, des hommes et des femmes du 7e Peloton de la compa\u00adgnie Oscar du 3e Bataillon du Royal Canadian Regiment.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de leur unit\u00e9 \u00e0 Panjsher en est une d\u2019existence aux premi\u00e8res lignes d\u2019une guerre difficile, o\u00f9 tout n\u2019est pas raisonnable et o\u00f9 les probl\u00e8mes tactiques ne sont pas n\u00e9cessairement solubles. C\u2019est une situation intenable, mais vivre aux premi\u00e8res lignes a toujours \u00e9t\u00e9 intenable. Parfois, ils sont impuissants face \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019ennemi attaque. Il semble que la seule chose \u00e0 faire, c\u2019est de continuer comme \u00e0 l\u2019habitude.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; border: 0px initial initial;\" title=\"Le 7e Peloton portant des masques \u00e0 t\u00eate de mort. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Outpost7.jpg\" alt=\"Le 7e Peloton portant des masques \u00e0 t\u00eate de mort. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"759\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le 7e Peloton portant des masques \u00e0 t\u00eate de mort. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>On nous fait sauter<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, le prix de la persistance a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9. Le peloton et tous ses divers partisans ont re\u00e7u toute une racl\u00e9e \u00e0 Panjsher. Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, et c\u2019est parmi les galonn\u00e9s que les ravages sont les pires : d\u2019abord, ils ont perdu un commandant de section (une balle dans la poitrine tir\u00e9e de pr\u00e8s) et puis un autre (un pied emport\u00e9 par une explosion), ensuite ils ont perdu le commandant du d\u00e9tachement d\u2019ing\u00e9nieurs (une jambe emport\u00e9e par une explosion), le maitre-chien (un bras et une jambe emport\u00e9s par une explosion), et le commandant et l\u2019adjudant du peloton (relev\u00e9s de leurs fonctions quand le commandant de la compagnie ne leur faisait plus confiance).<\/p>\n<p>Le lieutenant Stephen Martin, \u00e2g\u00e9 de 27 ans, est le nouveau commandant du peloton. Il est dans l\u2019arm\u00e9e depuis trois ans environ et quelques semaines plus t\u00f4t, il \u00e9tait \u00e0 Petawawa, ne croyant pas vraiment qu\u2019il serait assign\u00e9 dans un endroit comme Panjsher.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019embarras dans lequel il se trouve, Martin est calme et pensif et, bien qu\u2019il fasse actuellement preuve d\u2019un peu de prudence, il s\u2019est fait \u00e0 la situation tactique de la petite base. Le mot cl\u00e9 \u00e0 Panjsher est impasse : les ennemis, comme les Canadiens, sont trop forts pour perdre et trop faibles pour gagner. Quant \u00e0 la strat\u00e9gie contrinsurrectionnelle d\u2019expulser l\u2019ennemi, de d\u00e9fendre le terrain et de construire quelque chose de mieux, on ne peut certainement pas l\u2019employer actuellement \u00e0 Chalghowr. \u00ab Eh bien! dit Martin en riant et en promenant son regard autour de la base, on tient assez bien Panjsher. \u00bb<\/p>\n<p>Le terme \u00ab impasse \u00bb n\u2019est pas trop d\u00e9sagr\u00e9able d\u2019apr\u00e8s les soldats; ils sont fiers de maintenir leur position en ce petit lopin de terre situ\u00e9 dans un endroit si dur. Il n\u2019y a pas eu plus de quelques jours d\u2019affil\u00e9e, au cours des deux derniers mois, o\u00f9 l\u2019avant-poste n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 cribl\u00e9 de balles, mais il est impossible \u00e0 l\u2019ennemi de le leur prendre. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, aller n\u2019importe o\u00f9 au sud de Panjsher, c\u2019est comme de s\u2019introduire chez l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>\u00ab Quand les nouveaux arrivent, ils pensent que \u201cc\u2019est pas si mal\u201d, mais ils ne savent pas de quoi ils parlent, nous dit un soldat peu apr\u00e8s notre arriv\u00e9e. Si on allait par l\u00e0, dit-il en indiquant le sud, des sections enti\u00e8res disparaitraient. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Duel de tireurs d\u2019\u00e9lite \u00e0 midi,tous\u00a0les jours<\/strong><\/p>\n<p>Le tireur d\u2019\u00e9lite est un dur, tranquille comme ils ont tous l\u2019habitude de l\u2019\u00eatre. Il a l\u2019air \u00e0 moiti\u00e9 surfeur,  \u00e0 moiti\u00e9 culturiste et, bien qu\u2019il semble aimable et tranquille, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il n\u2019est vraiment pas tr\u00e8s aimable ni tr\u00e8s tranquille. De toute fa\u00e7on, il est actuellement distrait; il ne parle gu\u00e8re parce qu\u2019il se trouve dans une tour \u00e0 neuf m\u00e8tres de hauteur, d\u2019o\u00f9 il fixe le territoire ennemi des yeux, dans un duel avec un tireur de pr\u00e9cision ennemi.<\/p>\n<p>Pendant des heures, il est accroupi au-dessus de son lourd fusil C-14, balayant Chalghowr et esp\u00e9rant que son adversaire fasse la moindre erreur pour pouvoir lui tirer dans la t\u00eate.<\/p>\n<p>Le tireur et le guetteur tirent le plan du terrain et du village patiemment en y attribuant des noms m\u00e9morables : pizz\u00e9ria, mosqu\u00e9e sommaire, porte ouverte, arbre \u00e0 guetteur, tralalas, porte ferm\u00e9e et ainsi de suite.<\/p>\n<p>\u00ab Ce gars n\u2019est pas facile \u00e0 avoir \u00bb, dit le tireur d\u2019\u00e9lite, qui ne veut pas que vous connaissiez son nom, ce qui n\u2019est pas difficile \u00e0 comprendre, car son m\u00e9tier est de tuer des gens. \u00ab Je pourrais \u00eatre assis ici pendant des heures, ce que j\u2019ai fait d\u2019ailleurs, et rien\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019aime pas appeler son adversaire tireur d\u2019\u00e9lite. Il ne croit pas que le tireur ennemi ait m\u00e9rit\u00e9 le titre, m\u00eame s\u2019il l\u2019a pres\u00adque tu\u00e9 une fois; le tireur de pr\u00e9cision ennemi avait plac\u00e9 une balle \u00e0 une trentaine de centim\u00e8tres au-dessus de la t\u00eate du Canadien, d\u2019une distance de 800 m\u00e8tres. \u00ab Il est intelligent. Il a \u00e9t\u00e9 bien entrain\u00e9 \u00bb, dit le Canadien \u00e0 contrec\u0153ur.<\/p>\n<p>Ces tireurs de pr\u00e9cision insurg\u00e9s sont nouveaux en Afghanistan du Sud. Bien que le tireur qui fait feu sur Panjsher n\u2019ait encore atteint personne, il existe des histoires de tireurs semblables \u00e0 d\u2019autres bases dans le Sud et plusieurs ont, de temps \u00e0 autre, eu un coup heureux.<\/p>\n<p>Le tireur de pr\u00e9cision ennemi se cache \u00e0 Chalghowr et ne tire que des coups de feu uniques, peut-\u00eatre pas plus d\u2019une fois l\u2019heure et, d\u2019apr\u00e8s le tireur d\u2019\u00e9lite, l\u2019ennemi est profond\u00e9ment dans un \u00e9difice quand il tire, sa balle sortant par une porte ou une fen\u00eatre. Tout au moins, c\u2019est l\u00e0 une des th\u00e9ories : tout ce que le tireur d\u2019\u00e9lite sait vraiment, c\u2019est que, quoiqu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 dans la tour lorsque des dizaines de coups ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s, l\u2019\u0153il \u00e0 la lunette, il n\u2019a jamais vu ni \u00e9clair ni poussi\u00e8re indiquant la position de son adversaire.<\/p>\n<p>\u00ab Il devra bien faire une erreur \u00e0 un moment donn\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre ici pour la remarquer \u00bb, dit le tireur d\u2019\u00e9lite.<\/p>\n<p>Dans ce duel particulier, le tireur ennemi n\u2019a pas tir\u00e9 depuis plusieurs heures, soit depuis que le tireur d\u2019\u00e9lite et le guetteur sont mont\u00e9s dans la tour. Le tireur ennemi observait donc.<\/p>\n<p>Le tireur d\u2019\u00e9lite d\u00e9cide qu\u2019il en a assez. Il prend son fusil et le d\u00e9pose sur le plancher, le gros silencieux \u00e9mergeant des sacs de sable. \u00ab Je vais laisser mon fusil ici comme app\u00e2t, dit-il. S\u2019il frappe le silencieux, je le mute au grade de tireur d\u2019\u00e9lite. \u00bb Il rit.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, l\u2019ennemi tire un coup et nous nous baissons promptement.<\/p>\n<p>Les deux gars reprennent imm\u00e9diatement leur lunette. Le guetteur met son casque. Nous restons tous bien plus bas.<\/p>\n<p>Personne n\u2019a entendu la balle, ne sait o\u00f9 elle a fini, mais \u00e7a ne veut pas dire grand-chose.<\/p>\n<p>Le tireur d\u2019\u00e9lite rit silencieusement. \u00ab Chaque fois, on se baisse, mais c\u2019est toujours trop tard quand on a entendu le coup de feu\u00a0\u00bb, dit-il tout en scrutant les environs.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; border: 0px initial initial;\" title=\" La patrouille avance en ordre ouvert. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Outpost6.jpg\" alt=\" La patrouille avance en ordre ouvert. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"275\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span> La patrouille avance en ordre ouvert. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Prenons les blind\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Dans la tente de commandement, le lieutenant Martin explique le plan de bataille de demain. C\u2019est Chalghowr la cible, mais plut\u00f4t que de se diriger directement au sud, ils vont se d\u00e9placer vers l\u2019est \u00e0 800 m\u00e8tres et puis vers le sud jusqu\u2019\u00e0 une partie de la ville surnomm\u00e9e la Petite Chalghowr. Ils partiront de bonne heure et \u00e0 pied afin d\u2019essayer de surprendre l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Un groupe de fantassins r\u00e9fl\u00e9chissent tranquillement \u00e0 cela. La position de Martin n\u2019est pas facile : il est nouveau, il n\u2019a pas beaucoup d\u2019exp\u00e9rience et il commande.<\/p>\n<p>Le caporal-chef Colin Bridger, commandant de section suppl\u00e9ant, prend la parole. \u00ab Je pense qu\u2019on devrait prendre les v\u00e9hicules blind\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Martin n\u2019est pas du m\u00eame avis. Il pense qu\u2019une colonne blind\u00e9e alerterait l\u2019ennemi. Il demande \u00e0 Bridger pourquoi ils devraient prendre les blind\u00e9s.<\/p>\n<p>Bridger fait la guerre ici depuis plusieurs mois. Il refuse de justifier son avis. La situation est d\u00e9licate. \u00ab On devrait prendre les v\u00e9hicules blind\u00e9s \u00bb, r\u00e9p\u00e8te-t-il.<\/p>\n<p>Martin y r\u00e9fl\u00e9chit. Il n\u2019a peut-\u00eatre pas d\u2019exp\u00e9rience, mais il n\u2019est pas imprudent. \u00ab Bon. \u00bb<\/p>\n<p>Par la suite, Bridger nous explique sa pens\u00e9e. \u00ab Je savais qu\u2019on allait \u00eatre attaqu\u00e9s; on est toujours attaqu\u00e9s ici. \u00bb<\/p>\n<p>Il a raison.<\/p>\n<p>Martin, Bridger et environ 16 autres Canadiens s\u2019empilent dans quatre v\u00e9hicules blind\u00e9s tout juste apr\u00e8s l\u2019aube, se rendent \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 la patrouille doit descendre et traversent un champ \u00e0 pied pour se rendre \u00e0 la Petite Chalghowr.<\/p>\n<p>Juste avant que la patrouille quitte la route, je demande au soldat derri\u00e8re moi quelles sont les chances qu\u2019on tombe sur quelque chose. \u00ab \u00c0 peu pr\u00e8s 100 p. 100 \u00bb, gromm\u00e8le-t-il et il se met un demi-masque d\u00e9cor\u00e9 d\u2019un cr\u00e2ne d\u2019humain.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; border: 0px initial initial;\" title=\"Le caporal-chef Ken Wilson et l\u2019\u00e9quipe d\u2019EVASAN am\u00e9ricaine venue le sauver. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Outpost2.jpg\" alt=\"Le caporal-chef Ken Wilson et l\u2019\u00e9quipe d\u2019EVASAN am\u00e9ricaine venue le sauver. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"339\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le caporal-chef Ken Wilson et l\u2019\u00e9quipe d\u2019EVASAN am\u00e9ricaine venue le sauver. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Qu\u2019ils brulent<\/strong><\/p>\n<p>Deux ing\u00e9nieurs prennent la t\u00eate du groupe avec leur d\u00e9tecteur de mines. \u00c0 quelque 100 m\u00e8tres, un petit pont enjambe un foss\u00e9 d\u2019irrigation que nous allons emprunter pour aller vers le sud.<\/p>\n<p>Les ing\u00e9nieurs, balayant le sol de leur d\u00e9tecteur, quittent le champ et suivent un petit sentier. La patrouille au complet se trouve alors dans le champ. Les ing\u00e9nieurs ont atteint le pont. Le seul bruit est celui des bottes foulant la terre.<\/p>\n<p>Bien que je sois s\u00fbr que ce qui arrive ensuite a un son, sur le moment, j\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est silencieux.<\/p>\n<p>Le corps du caporal Troy Carleton s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans un pilier de fum\u00e9e et de terre, comme une poup\u00e9e de chiffon qu\u2019une force g\u00e9ologique malveillante aurait lanc\u00e9e. \u00c7a semble aberrant, r\u00e9pr\u00e9hensible : la terre elle-m\u00eame lance Carleton par en haut o\u00f9 il frappe un arbre dont les branches le renvoient \u00e0 terre.<\/p>\n<p>Carleton crie quelque chose. La patrouille est d\u00e9ploy\u00e9e. Au d\u00e9but, personne ne bouge, puis les soldats s\u2019\u00e9lancent vers lui.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait cinqui\u00e8me ou sixi\u00e8me dans la ligne des Canadiens. Les plateaux de pression en bois de la mine, en plus d\u2019\u00eatre imperceptibles aux d\u00e9tecteurs de m\u00e9taux des ing\u00e9nieurs, sont petits et Carleton est celui qui a eu la malchance de piler dessus de fa\u00e7on \u00e0 faire d\u00e9tonner l\u2019engin.<\/p>\n<p>Heureusement que la bombe a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e avec des explosifs improvis\u00e9s et qu\u2019elle n\u2019a pas explos\u00e9 tout \u00e0 fait correctement. Bien que la d\u00e9flagration ait \u00e9t\u00e9 puissante, il s\u2019agissait d\u2019une explosion \u00ab d\u2019ordre inf\u00e9rieur \u00bb.<\/p>\n<p>Carleton est assis sur le sentier, \u00e0 peu pr\u00e8s o\u00f9 il a atterri. Sa jambe n\u2019est pas belle \u00e0 voir, mais il va s\u2019en tirer pratiquement intact au point de vue physique.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e8te se trouve \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. C\u2019est un Afghan tr\u00e8s petit, on ne peut plus gentil, qui n\u2019a jamais rien de mal \u00e0 dire \u00e0 propos de qui que ce soit. Il \u00e9tait \u00e0 plusieurs de m\u00e8tres de l\u2019\u00e9ruption. \u00ab\u00a0P&#8212;ins de leur m&#8212;s \u00bb, murmure-t-il en direction de Chalghowr, avec une authenticit\u00e9 qu\u2019on ne peut probablement avoir que lorsqu\u2019on s\u2019est presque fait tuer.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; border: 0px initial initial;\" title=\"Le caporal-chef Ken Wilson sur un brancard, quelques minutes apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait bless\u00e9.  [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Outpost5.jpg\" alt=\"Le caporal-chef Ken Wilson sur un brancard, quelques minutes apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait bless\u00e9.  [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"603\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le caporal-chef Ken Wilson sur un brancard, quelques minutes apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait bless\u00e9.  <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 la suite de l\u2019explosion, sur le r\u00e9seau radio de l\u2019ennemi, on parle d\u2019une embuscade imminente. D\u2019apr\u00e8s l\u2019interpr\u00e8te et les quelques soldats afghans qui accompagnent le 7e Peloton, plusieurs groupes d\u2019insurg\u00e9s essaient de se mettre en position pour tirer.<\/p>\n<p>En attendant, des gars de la neutralisation des explosifs et munitions sont en chemin pour examiner l\u2019EEI et v\u00e9rifier s\u2019il y a des bombes secondaires.<\/p>\n<p>La plus grande partie du peloton s\u2019est mise \u00e0 couvert dans un foss\u00e9, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du champ o\u00f9 Carleton a saut\u00e9, mais il y a encore quelques ing\u00e9nieurs sur le sentier.<\/p>\n<p>Le caporal-chef Ken Wilson est l\u00e0, debout sur le sentier. Et puis il n\u2019y est plus.<\/p>\n<p>\u00c0 sa place, il y a une \u00e9ruption de pierres et d\u2019\u00e9clats d\u2019obus.<\/p>\n<p>J\u2019ai peine \u00e0 croire qu\u2019un corps humain puisse se trouver au milieu d\u2019une telle violence sans \u00eatre d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9. Wilson est pourtant l\u00e0, par terre, qui se contorsionne et ses cris ne forment pas de mots.<\/p>\n<p>Cette fois-l\u00e0, l\u2019explosion n\u2019\u00e9tait pas d\u2019un ordre inf\u00e9rieur. J\u2019\u00e9tais couch\u00e9 dans le foss\u00e9 \u00e0 six m\u00e8tres de lui; j\u2019ai ressenti le souffle comme une mise en \u00e9chec et mes oreilles n\u2019ont plus fonctionn\u00e9 pendant un moment.<\/p>\n<p>Wilson est par terre \u00e0 trois m\u00e8tres de l\u2019\u00e9ruption et, alors que le nuage de l\u2019explosion se disperse, les soldats courent vers lui en criant.<\/p>\n<p>Le bavardage radio a atteint un point critique et Martin crie aux gars qui donnent les premiers soins \u00e0 Wilson de le mettre \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\n<p>Le peloton s\u2019est align\u00e9 sur le replat d\u2019un foss\u00e9 d\u2019irrigation, les armes dirig\u00e9es vers le sud, vers la Petite Chalghowr. Les soldats soul\u00e8vent Wilson et le transportent derri\u00e8re le replat. Il est couvert de terre, la bouche ouverte.<\/p>\n<p>Les premiers coups de feu de la bataille sont ceux des Canadiens : un tireur de v\u00e9hicule blind\u00e9 fait feu de sa mitrail\u00adleuse C6 sur quelqu\u2019un qui se d\u00e9place dans le champ \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres.<\/p>\n<p>L\u2019ennemi se met \u00e0 tirer et, pendant longtemps, les balles sifflent de tous c\u00f4t\u00e9s. Les projectiles de l\u2019ennemi sifflent surtout au-dessus de la t\u00eate des Canadiens qui tirent des coups de feu et lancent des grenades en retour. Quelques soldats de l\u2019arm\u00e9e nationale afghane apparaissent d\u2019o\u00f9 ils s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s et tirent quelques grenades propuls\u00e9es par fus\u00e9e vers la ville, pour ensuite dispara\u00eetre \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>L\u2019ennemi arr\u00eate de tirer juste apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re \u00e9tats-unien; les Canadiens arr\u00eatent alors aussi.<\/p>\n<p>L\u2019ennemi sait qu\u2019en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, il sera tu\u00e9 s\u2019il tire quand il y a des h\u00e9licopt\u00e8res dans les environs, alors il ne le fait pas.<\/p>\n<p>Le combat termin\u00e9, les soldats se l\u00e8vent et bavardent comme on bavarde quand on a beaucoup d\u2019adr\u00e9naline dans le sang.<\/p>\n<p>\u00ab Deux de nos mecs ont saut\u00e9 aujourd\u2019hui \u00bb, dit l\u2019un d\u2019eux en souriant et en regardant les flammes de six m\u00e8tres qui jaillissent d\u2019une enceinte, au loin. \u00ab Alors qu\u2019ils brulent, ces en&#8212;\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Carleton et Wilson sont allong\u00e9s derri\u00e8re un v\u00e9hicule blind\u00e9. Wilson est sur un brancard, son fusil bris\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<\/p>\n<p>On les \u00e9vacue tous deux du champ de bataille, Carleton vers Kandahar o\u00f9 il passera beaucoup de temps et Wilson vers l\u2019h\u00f4pital de la coalition, \u00e0 Landstuhl, en Allemagne, o\u00f9 il recevra des soins avanc\u00e9s.<\/p>\n<p>Juste avant que Wilson soit transport\u00e9 \u00e0 bord de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re, nous lui demandons s\u2019il nous permet de publier les photos de lui que nous avons prises. \u00ab Ouais, dit-il, simplement, mais me fais pas avoir l\u2019air d\u2019une femmelette. \u00bb Attach\u00e9 \u00e0 la civi\u00e8re roulante, le casque bien serr\u00e9, le bas de sa tenue en lambeaux, le visage macul\u00e9 de terre et de sueur, il est loin d\u2019en avoir l\u2019air.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; border: 0px initial initial;\" title=\"Chalghowr brule apr\u00e8s la bataille. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Outpost3.jpg\" alt=\"Chalghowr brule apr\u00e8s la bataille. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"567\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Chalghowr brule apr\u00e8s la bataille. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Des sucettes pour\u00a0les\u00a0amput\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Il y a une \u00e9trange sym\u00e9trie au combat : nos attaques les plus convaincantes viennent des airs, celles de l\u2019ennemi, de sous la terre. Et il y a une sorte de guerre au milieu.<\/p>\n<p>C\u2019est une guerre \u00e9trange. C\u2019est une guerre o\u00f9 la mission des soldats est de prot\u00e9ger les gens d\u2019un village o\u00f9 ils ne peuvent pas entrer, d\u2019un ennemi qui attaque surtout d\u2019une fa\u00e7on qu\u2019ils ne peuvent pas contrer.<\/p>\n<p>On dirait un jeu futile, d\u00e9concertant, o\u00f9 l\u2019on avance jusqu\u2019\u00e0 prendre contact avec les EEI. Nous ne savons pas comment ils font. Nous n\u2019avons de cesse de le leur dire. Ils n\u2019en ont que faire. Ils ne veulent vraiment pas notre avis.<\/p>\n<p>Pendant que nous attendions l\u2019EVASAN, un autre soldat nous racontait l\u2019histoire de l\u2019ing\u00e9nieur qui a perdu une jambe dans une explosion \u00e0 Panjsher, r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Un technicien m\u00e9dical tomba dans un ruisseau en traversant un champ de bataille en courant, semble-t-t-il. Quand il arriva aupr\u00e8s de l\u2019ing\u00e9nieur bless\u00e9, il se plaignit inconsid\u00e9r\u00e9ment de sa chute.<\/p>\n<p>L\u2019ing\u00e9nieur aurait dit : \u00ab Ouais, t\u2019es tomb\u00e9; moi, on m\u2019a fait sauter la jambe. Est-ce que j\u2019ai droit \u00e0 une sucette?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le soldat conteur \u00e9clate de rire. \u00ab\u00a0Ouais, on est dans la merde\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est encore pire que cela, pensons-nous.<\/p>\n<p><strong>On n\u2019est pas venus pour tuer des enfants <\/strong><\/p>\n<p>Le lendemain, les mauvaises nouvelles font rapidement le tour de l\u2019avant-poste; un gar\u00e7on de 10 ans aurait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 pendant la bataille \u00e0 la Petite Chalghowr.<\/p>\n<p>La rumeur n\u2019est pas tout \u00e0 fait surprenante. Pendant la bataille, une femme provenant des lignes ennemies a couru vers les Canadiens. Elle agitait les bras et criait. On lui dit de s\u2019en retourner avant m\u00eame que quiconque sache ce qu\u2019elle voulait, mais elle \u00e9tait \u00e9videmment dans un grand d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p>Le major Steve Brown, commandant de la compagnie Oscar, est enti\u00e8rement d\u00e9cent, extr\u00eamement intelligent et fonci\u00e8rement franc. Son \u00e9tat-major et lui sont bas\u00e9s \u00e0 la base de patrouille Folad, mais il vient \u00e0 Panhsher aussi souvent qu\u2019il peut.<\/p>\n<p>Il ne sait pas si un enfant a vraiment \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 pendant la bataille. Il est presque impossible d\u2019en \u00eatre certain quelques jours \u00e0 peine apr\u00e8s, mais il ne prend quand m\u00eame pas la nouvelle \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Il ne serait pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que la possibilit\u00e9 d\u2019une mort d\u2019enfant aux mains des Canadiens est une torture \u00e0 son endroit.<\/p>\n<p>\u00ab Nous prenons chaque rapport de victimes civiles tr\u00e8s s\u00e9\u00adrieu\u00adsement, dit-il. Les insurg\u00e9s se servent d\u2019enfants dans leurs op\u00e9rations; ils s\u2019en servent \u00e0 tous les niveaux. Et ils participent activement \u00e0 l\u2019insurrection. [\u2026] Et c\u2019est un tr\u00e8s gros probl\u00e8me pour nos soldats parce qu\u2019aucun d\u2019entre eux n\u2019est venu ici pour tuer des enfants. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il nous est arriv\u00e9 de voir des femmes et des enfants plac\u00e9s sur les toits \u00bb. Il soupire. \u00ab Il se peut que nous ayons touch\u00e9 une cible l\u00e9gitime et que c\u2019\u00e9tait un jeune \u00bb, d\u00e9clare-t-il.<\/p>\n<p><strong>Le vide de la futilit\u00e9 connue<\/strong><\/p>\n<p>Le 7e Peloton a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 durement, mais il n\u2019abandonne toujours pas. Il est difficile d\u2019expliquer pourquoi ses membres veulent rester\u00a0: s\u2019il faut qu\u2019il y ait des Canadiens \u00e0 Panjsher, nous dit-on, ils veulent que ce soit eux.<\/p>\n<p>\u00ab Ils m\u00e9ritent tous une m\u00e9daille parce que, tous autant qu\u2019ils sont, ils sortent chaque jour et prennent le risque de se faire tabasser, dit Brown. On sait qu\u2019une patrouille sur quatre va mener \u00e0 des blessures graves&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019arr\u00eate un instant.<\/p>\n<p>\u00ab Et c\u2019est ce qui les frustre, parce qu\u2019on dirait qu\u2019il faut actionner les EEI pour pouvoir tuer les m\u00e9chants. C\u2019est pas vraiment comme \u00e7a, mais \u00e7a en a beaucoup l\u2019air. \u00bb<\/p>\n<p>Nous sommes d\u2019accord. On dirait que chaque fois que les soldats se dirigent vers Chalghowr, on les fait sauter.<\/p>\n<p>Ceci dit, l\u2019impasse \u00e0 Panjsher n\u2019a rien de s\u00e9rieux dans le contexte militaire. Les insurg\u00e9s se chiffrent \u00e0 quelques dizaines au plus \u00e0 Chalghowr et leurs bombes improvis\u00e9es ne repr\u00e9sentent pas un tr\u00e8s grand danger pour notre \u00e9quipement de d\u00e9minage le plus robuste. Mais le peloton de Panjsher ne l\u2019a pas, cet \u00e9quipement; tout ce qu\u2019il a, ce sont les d\u00e9tecteurs de m\u00e9taux&#8230;et leur corps.<\/p>\n<p>S\u2019ils pouvaient d\u00e9miner la route ad\u00e9quatement, avec des d\u00e9mineurs r\u00e9sistant aux explosions, ils pourraient emprunter la route Nightmare pour se rendre \u00e0 Chalghowr chaque jour, bouleversant les insurg\u00e9s et d\u00e9nouant l\u2019impasse. Mais ils ne le peuvent pas.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est une question de ressources, dit Brown. [\u2026] \u00e0 moins que le Canada accepte de s\u2019engager en Afghanistan plus consid\u00e9rablement [\u2026], c\u2019est simplement une restriction avec laquelle ils doivent composer. \u00bb<\/p>\n<p>Il y a de la pression \u00e0 tous les niveaux : sur les soldats pour qu\u2019ils sortent, sur les commandants pour qu\u2019ils montrent qu\u2019il y a du progr\u00e8s, sur la force op\u00e9rationnelle canadienne pour qu\u2019elle batte l\u2019ennemi \u00e0 Panjwai et sur la coalition pour qu\u2019elle gagne la guerre.<\/p>\n<p>\u00ab Qui est-ce qui se pr\u00e9cipite pour arriver au bout? C\u2019est nous, dit Brown. Il y a, au pays, des points de r\u00e9f\u00e9rence concernant le progr\u00e8s qu\u2019il nous faut atteindre. Les forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes bougent lentement et r\u00e9guli\u00e8rement. Les insurg\u00e9s disent que \u201cNous avons les montres, mais ils ont le temps\u201d. Si on se pr\u00e9cipite, \u00e7a se fait \u00e0 nos risques et p\u00e9rils. \u00bb<\/p>\n<p>La pression vient d\u2019en haut et on dirait que tout ce qu\u2019il reste \u00e0 faire, c\u2019est avancer sans tenir compte du prix.<\/p>\n<p>\u00c0 Panjsher, l\u2019ennemi a adapt\u00e9 ses tactiques avec succ\u00e8s pour d\u00e9passer nos capacit\u00e9s; les soldats le savent, mais ils persistent. Ils se trouvent dans un mauvais endroit : c\u2019est le vide entre le moment o\u00f9 leurs tactiques ont \u00e9t\u00e9 battues et celui o\u00f9 ils s\u2019en d\u00e9barrassent. Disons, le vide de la futilit\u00e9 connue.<\/p>\n<p>Ils continuent m\u00eame si leurs id\u00e9es sont devenues des id\u00e9es fausses. Peut-\u00eatre que c\u2019est tout simplement la mani\u00e8re dont vont les choses au front, au cauchemar.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils savaient qu\u2019il y aurait des bombes cach\u00e9es sous terre. Ils savaient que leurs d\u00e9tecteurs \u00e0 m\u00e9taux ne d\u00e9c\u00e8leraient pas leurs plateaux de pression en bois. Ils savaient qu\u2019apr\u00e8s les bombes, ils seraient pris en embuscade et que des morceaux de m\u00e9tal vole\u00adraient de tous c\u00f4t\u00e9s \u00e0 toute vitesse.<\/p>\n<p>Les Canadiens savaient qu\u2019ils s\u2019avan\u00e7aient vers les d\u00e9tonations, que certains d\u2019entre eux tomberaient, qu\u2019il \u00e9tait improbable qu\u2019ils revinssent tous \u00e0 la base. <\/p>\n<p>Ils savaient qu\u2019il y aurait du grabuge et des explosions cauchemardesques, et la peur atroce de mourir.<\/p>\n<p>Ils y all\u00e8rent quand m\u00eame. <\/p>\n<p>Ils march\u00e8rent \u00e0 travers champs jusqu\u2019\u00e0 la guerre et tout ce qu\u2019ils avaient anticip\u00e9 se produisirent.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-745","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/745","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=745"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/745\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=745"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=745"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=745"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}