{"id":73,"date":"2006-11-01T22:08:31","date_gmt":"2006-11-02T03:08:31","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=73"},"modified":"2008-01-27T22:36:57","modified_gmt":"2008-01-28T03:36:57","slug":"dieppe-retour-a-la-plage-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/11\/dieppe-retour-a-la-plage-rouge\/","title":{"rendered":"Dieppe: Retour \u00e0 la plage rouge"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Le son des cornemuses planant au-dessus de la plage caillouteuse,                   les r\u00e9servistes de l&#8217;Essex and Kent Scottish Regiment, dans                   tous leurs atours, commencent \u00e0 d\u00e9filer au bord de l&#8217;eau, retra\u00e7ant                   le chemin des anc\u00eatres r\u00e9gimentaires qui se sont lanc\u00e9 \u00e0 l&#8217;attaque                   calamiteuse de Dieppe il y a 64 ans. D&#8217;abord, le cornemuseur-major,                   ensuite l&#8217;orchestre et, finalement, les troupes en kilt, arrivent                   en haut de la place \u00e0 pic, apparaissant lentement aux yeux                   de la foule assembl\u00e9e dans l&#8217;esplanade.<\/p>\n<p>Les soldats continuent \u00e0 travers cette zone qui autrefois \u00e9tait                   si meurtri\u00e8re, du nom de code de Plage rouge, et viennent se                   mettre au garde-\u00e0-vous \u00e0 quelques m\u00e8tres \u00e0 peine d&#8217;un nouveau                   monument qui va \u00eatre d\u00e9di\u00e9 aux hommes de leur r\u00e9giment. Quelques                   instants apr\u00e8s, un Spitfire semble \u00e9merger de la Manche, \u00e0 quelques                   m\u00e8tres \u00e0 peine, dirait-on, derri\u00e8re les troupes; il s&#8217;\u00e9lance                   vers le ciel au-dessus de la foule et puis se dirige vers l&#8217;int\u00e9rieur                   des terres, au-dessus de la ville portuaire de France. \u00c0 ce                   moment-l\u00e0, on dirait que la Plage rouge a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, et                   le sentiment de trag\u00e9die et de perte qu&#8217;on associe si souvent                   aux plages de Dieppe est \u00e9clips\u00e9 par l&#8217;admiration et la fiert\u00e9 du                   courage et du d\u00e9vouement envers le devoir que les hommes de                   l&#8217;Essex Scottish ont d\u00e9montr\u00e9 le 19 ao\u00fbt 1942.<\/p>\n<p>Le 19 ao\u00fbt 2006, cette r\u00e9cup\u00e9ration symbolique d&#8217;un bout de                   plage \u00e0 Dieppe est le d\u00e9but d&#8217;une c\u00e9r\u00e9monie \u00e9mouvante, par                   moments purgatrice, pour d\u00e9voiler et d\u00e9dier un monument comm\u00e9morant                   les sacrifices faits par les membres de l&#8217;Essex Scottish durant                   la Seconde Guerre mondiale. Le r\u00e9giment, qui a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 dans                   la r\u00e9gion de Windsor, dans le Sud ontarien, est une des premi\u00e8res                   unit\u00e9s canadiennes qui ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es au combat car elle                   a particip\u00e9 au raid malheureux. Ce jour-l\u00e0, en 1942, le r\u00e9giment                   a \u00e9t\u00e9 annihil\u00e9. Sur les 553 officiers et membres des autres                   rangs de l&#8217;unit\u00e9 qui ont particip\u00e9 au raid, seuls trois officiers                   et 49 soldats sont retourn\u00e9s en Angleterre.<\/p>\n<p>Sur les 4 963 Canadiens qui ont pris part au raid, 913 ont                   perdu la vie et 1 946 ont \u00e9t\u00e9 faits prisonniers. En plus de                   l&#8217;Essex Scottish, la participation canadienne comprenait le                   Calgary Regt., les Cameron Highlanders of Canada, les Fusiliers                   Mont-Royal, la Royal Hamilton Light Infantry, le Royal Regt.                   of Canada, le South Saskatchewan Regt., le Royal Highland Regt.                   of Canada et le Toronto Scottish Regt.<\/p>\n<p>Bien que l&#8217;Essex Scottish Regt. ait \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9 rapidement                   et qu&#8217;il ait particip\u00e9 aux combats acharn\u00e9s en Europe du Nord-Ouest                   en 1944 et 1945, le raid est toujours un des \u00e9v\u00e9nements les                   plus significatifs de la vie du r\u00e9giment, et il continue d&#8217;affecter                   les gens des collectivit\u00e9s qui entourent Windsor aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>Il est donc appropri\u00e9 que le nouveau monument de l&#8217;Essex Scottish                   soit situ\u00e9 sur la Plage rouge et que la plus grande partie                   des fonds utilis\u00e9s pour sa construction proviennent des comt\u00e9s                   d&#8217;Essex et Kent. Le projet du M\u00e9morial de Dieppe, comme on                   l&#8217;appelle, \u00e9tait un travail fait avec amour pour ces collectivit\u00e9s                   et il a vite \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 en un plan ambitieux qui a abouti \u00e0 bien                   plus que de simples construction, installation et d\u00e9dicace                   d&#8217;un nouveau monument.<\/p>\n<p>Avec le concours d&#8217;Anciens combattants Canada, le minist\u00e8re                   de la D\u00e9fense nationale et la ville de Dieppe, les citoyens                   et entreprises locales de Windsor et des collectivit\u00e9s avoisinantes                   ont ramass\u00e9 suffisamment de fonds pour permettre \u00e0 plusieurs                   anciens combattants de se rendre \u00e0 Dieppe \u00e0 l&#8217;occasion du d\u00e9voilement                   et pour faire un voyage de 12 jours qui servait \u00e0 retracer                   les moments cl\u00e9s de l&#8217;histoire du r\u00e9giment.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que le projet grandissait, le nombre de                   Windsorois qui se sentaient forc\u00e9s de s&#8217;engager \u00e0 ce qu&#8217;on                   devrait appeler de fa\u00e7on plus appropri\u00e9e un p\u00e8lerinage grandissait                   aussi. Quand le groupe, d\u00e9passant les 100 personnes, a quitt\u00e9 Windsor,                   le 9 ao\u00fbt, il \u00e9tait form\u00e9 d&#8217;anciens combattants ainsi que de                   veuves, de fr\u00e8res, de soeurs, d&#8217;enfants, de petits-enfants et                   d&#8217;amis d&#8217;anciens combattants, et il y avait aussi un contingent                   de membres actifs de l&#8217;Essex and Kent Scottish. Le voyage,                   dirig\u00e9 par Julian Whippy et Clive Harris de Battle Honours                   Limited, culminait dans une \u00e9tape de deux jours \u00e0 Dieppe qui                   comprenait une visite au champ de bataille, une c\u00e9r\u00e9monie en                   soir\u00e9e au cimeti\u00e8re militaire canadien de Dieppe, o\u00f9 la majorit\u00e9 des                   Canadiens tu\u00e9s durant le raid sont ensevelis, et la c\u00e9r\u00e9monie                   de d\u00e9voilement du monument.<\/p>\n<p>Le projet du M\u00e9morial de Dieppe \u00e9tait essentiellement la tentative                   d&#8217;une collectivit\u00e9 d&#8217;apprendre \u00e0 accepter les pertes dont elle                   a souffert \u00e0 Dieppe durant la guerre. Chaque membre du groupe                   est reli\u00e9 \u00e9motionnellement au r\u00e9giment et \u00e0 Dieppe. Bien que                   d\u00e9vastatrices, leurs histoires expliquent pourquoi le p\u00e8lerinage                   et le monument sont aussi importants aux gens des comt\u00e9s d&#8217;Essex                   et Kent. De plus, ces histoires sont typiques des sacrifices                   faits par toutes les collectivit\u00e9s canadiennes durant la Seconde                   Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Quand on marche le long de la c\u00f4te en un beau jour ensoleill\u00e9,                   il est difficile de s&#8217;imaginer Dieppe il y a 64 ans. Pourtant,                   lors de la visite du champ de bataille, on essaie de voir la                   Plage rouge comme l&#8217;ont vue les membres de l&#8217;Essex Scottish                   quand ils ont atterri. Au bord de l&#8217;eau, en regardant en haut                   vers la ville, du point de vue d&#8217;un soldat attaquant, les belles                   falaises et plages deviennent soudainement sinistres. M\u00eame                   les particuliers les moins militaires qui soient s&#8217;aper\u00e7oivent                   que, du point de vue de la topographie, ce n&#8217;est pas un endroit                   qui favorise l&#8217;attaquant. En 1942, les Allemands \u00e9taient extr\u00eamement                   bien pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 concentrer fortement leur feu sur toute force                   qui se risquerait \u00e0 envahir. Gardant \u00e7a \u00e0 l&#8217;esprit, on essaie                   de s&#8217;imaginer comment cela aurait pu \u00eatre et comment quelqu&#8217;un                   aurait pu trouver le courage de sauter d&#8217;un engin de d\u00e9barquement                   pour courir sur les pierres glissantes pendant que le feu des                   mitrailleuses, des mortiers et de l&#8217;artillerie explosait tout                   autour de soi. Pour ceux qui n&#8217;y \u00e9taient pas, c&#8217;est presque                   impossible de le comprendre; pour les hommes qui y \u00e9taient,                   il est clair que c&#8217;est impossible de l&#8217;oublier.<\/p>\n<p>James McArthur avait 19 ans quand il a prit part au raid.                   Il se souvient qu&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 &#8220;bien entra\u00een\u00e9s et qu&#8217;ils \u00e9taient                   s\u00fbrs de la victoire&#8221;, alors au d\u00e9but il n&#8217;y avait gu\u00e8re de                   peur. D&#8217;une fa\u00e7on semblable, Maurice Snook, qui \u00e9tait alors                   sergent-major, se souvient qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas particuli\u00e8rement                   effray\u00e9 en s&#8217;approchant de Dieppe parce que &#8220;nous avions un                   travail \u00e0 faire&#8221;. Il se souvient que le feu traceur en l&#8217;air \u00e9tait                   vraiment beau \u00e0 voir, et il ajoute en souriant &#8220;nous avons                   vite appris \u00e0 garder la t\u00eate basse&#8221;. Snook dit que ce n&#8217;est                   qu&#8217;apr\u00e8s avoir atterri qu&#8217;il a commenc\u00e9 \u00e0 ressentir la peur. &#8220;Nous                   ne pouvions rien faire avec ce qu&#8217;on avait. Il fallait courir                   jusqu&#8217;au mur.&#8221;<\/p>\n<p>La reddition a eu lieu \u00e0 13 h, apr\u00e8s des heures pass\u00e9es derri\u00e8re                   la digue. Snook se souvient que sur les 120 hommes de sa compagnie,                   il y a eu 28 morts et 38 bless\u00e9s. Pour Snook, voir huit de                   ses hommes atteints presque directement par un obus alors qu&#8217;ils                   essayaient de s&#8217;abriter dans un crat\u00e8re sur la plage est un                   souvenir des plus traumatisants.<\/p>\n<p>Pour ceux qui ont fait l&#8217;exp\u00e9rience du raid, il y avait nombre                   de raisons d&#8217;y retourner. Harold Scharfe est retourn\u00e9 pour                   se souvenir &#8220;de ceux qui ne sont jamais repartis [&#8230;] des                   gens avec qui je suis all\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole&#8221;. En particulier, il est                   retourn\u00e9 se souvenir de son ami d&#8217;enfance Leo Trombley qui                   a atterri sur la plage avec lui ce jour-l\u00e0, mais qui n&#8217;est                   jamais retourn\u00e9 chez lui. Scharfe dit qu&#8217;il pense au raid tous                   les jours et, \u00e0 cause de \u00e7a, il croit que &#8220;chaque jour est                   une gracieuset\u00e9&#8221;. C&#8217;est la huiti\u00e8me fois qu&#8217;Ian MacDonald,                   qui avait 19 ans lors du raid, revient \u00e0 Dieppe. &#8220;Je suis heureux                   de revenir&#8221;, dit-il, remarquant que c&#8217;est important d&#8217;aller                   voir ses vieux amis. Ben Brinkworth, un Am\u00e9ricain qui s&#8217;est                   engag\u00e9 dans l&#8217;Essex Scottish deux jours apr\u00e8s que le Canada                   ait d\u00e9clar\u00e9 la guerre, y retourne pour la quatri\u00e8me et derni\u00e8re                   fois, dans un effort, dit-il, d&#8217;arriver \u00e0 une conclusion sur                   le moment d\u00e9terminant de sa vie.<\/p>\n<p>Pour McArthur, ce p\u00e8lerinage est la premi\u00e8re fois depuis le                   raid qu&#8217;il revient \u00e0 Dieppe. Il dit que revenir \u00e0 cet endroit                   est tr\u00e8s traumatisant, et bien qu&#8217;il ait eu de la difficult\u00e9 \u00e0 laisser                   la femme qui est son \u00e9pouse depuis 60 ans pour une longue dur\u00e9e,                   il s&#8217;est toujours demand\u00e9 ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 ses amis. &#8220;C&#8217;est                   tr\u00e8s important pour moi de savoir qu&#8217;ils sont en paix.&#8221;<\/p>\n<p>Le raid a aussi \u00e9t\u00e9 traumatisant pour les amis et la famille                   des hommes qui sont rest\u00e9s derri\u00e8re. Joan Tanner de Surrey                   (Angleterre) est venue honorer son premier mari, Lorne Alden                   Lauzon de Windsor. Lauzon, un brancardier de l&#8217;Essex Scottish,                   a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 sur la plage durant le raid. Vu les circonstances                   de sa mort, les restes de Lauzon n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 recouvr\u00e9s, alors                   il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re militaire canadien de Dieppe                   avec les autres hommes de son r\u00e9giment. \u00c0 la place, son nom                   est grav\u00e9 dans un monument au cimeti\u00e8re militaire de Brookwood                   en Angleterre. Tanner \u00e9tait particuli\u00e8rement heureuse de d\u00e9couvrir                   que Lauzon est comm\u00e9mor\u00e9 dans une exposition au mus\u00e9e de Dieppe                   o\u00f9 sont inscrits les noms de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. C&#8217;est important                   pour elle qu&#8217;il soit comm\u00e9mor\u00e9 ici, et elle dit que durant                   ce voyage, tout comme lors de sa visite pass\u00e9e \u00e0 Dieppe, elle                   a ressenti que &#8220;ceci est pour toi Lorne&#8221;.<\/p>\n<p>Le fr\u00e8re de Liliane Parker, James William Scott, a aussi servi                   dans l&#8217;Essex Scottish. Il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 Dieppe et a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 jusqu&#8217;en                   janvier 1945. Apr\u00e8s la guerre, Scott est rest\u00e9 extr\u00eamement                   fier de son r\u00e9giment et, jusqu&#8217;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s, peu de temps avant                   le voyage, il a fait partie du comit\u00e9 qui a organis\u00e9 le projet                   du monument. L&#8217;uniforme de Scott a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au Centre de la                   plage Juno, en Normandie, et Parker, qui est venue \u00e0 sa place,                   dit qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9mue quand elle l&#8217;a vu. &#8220;Quand j&#8217;ai                   vu l&#8217;uniforme expos\u00e9, j&#8217;ai vu mon petit fr\u00e8re comme il \u00e9tait                   quand il \u00e9tait jeune.&#8221; Elle est heureuse que le monument et                   l&#8217;uniforme servent de dernier hommage \u00e0 son fr\u00e8re et au r\u00e9giment                   qu&#8217;il aimait.<\/p>\n<p>Les plages de Dieppe sont fascinantes aussi pour les descendants                   des anciens combattants. Shirley Taylor est venue \u00e0 Dieppe                   parce qu&#8217;elle d\u00e9sirait &#8220;ressentir&#8221; ce que son p\u00e8re, James Taylor                   a v\u00e9cu. En ce jour-l\u00e0, dit-elle, son p\u00e8re \u00e9tait sans-filiste.                   Quand il a quitt\u00e9 l&#8217;engin de d\u00e9barquement, c&#8217;est l&#8217;autre homme,                   un sans-filiste aussi, qui portait la radio. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 et                   la radio endommag\u00e9e. Son p\u00e8re est all\u00e9 s&#8217;abriter en s\u00e9curit\u00e9 relative                   derri\u00e8re la digue, et il ne s&#8217;est jamais senti aussi impuissant                   que lorsqu&#8217;il a vu la vague suivante d&#8217;engins arriver et qu&#8217;il                   ne pouvait pas leur dire de ne pas venir.<\/p>\n<p>Philippe Gratton, un simple soldat de 18 ans de l&#8217;Essex and                   Kent Scottish qui va entrer dans le Programme de formation                   des officiers des forces r\u00e9guli\u00e8res en automne, est honor\u00e9 d&#8217;accompagner                   son grand-p\u00e8re James McArthur. Gratton dit qu&#8217;il n&#8217;a pas vraiment                   compris ce que son grand-p\u00e8re a endur\u00e9 avant d&#8217;aller \u00e0 la Plage                   rouge. McArthur, quant \u00e0 lui, dit qu&#8217;il n&#8217;aurait pas pu venir                   sans son petit-fils, dont il est si fier.<\/p>\n<p>En 1992, le r\u00e9giment a install\u00e9 un monument en l&#8217;honneur de                   l&#8217;Essex Scottish sur la digue. En 2002, toutefois, le temps                   et l&#8217;embrun avaient exerc\u00e9 leurs ravages. Le lieutenant-colonel                   Phil Berthiaume et le colonel honoraire W.R. Martin d\u00e9cid\u00e8rent                   qu&#8217;il faudrait un nouveau monument qui durerait plus longtemps.                   Le plus grand nombre des organisateurs pensaient que la vieille                   plaque devrait \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e au cimeti\u00e8re militaire local avoisinant                   o\u00f9 nombre de membres de l&#8217;Essex Scottish ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s.                   La plaque n&#8217;a pas pu \u00eatre install\u00e9e \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du cimeti\u00e8re \u00e0 cause                   des r\u00e8glements de la Commission des s\u00e9pultures de guerre du                   Commonwealth, mais avec l&#8217;aide de la ville de Dieppe elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e                   tout juste \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur des portes du cimeti\u00e8re. Le 18 ao\u00fbt                   2006, les membres du p\u00e8lerinage de Dieppe s&#8217;assemblent pour                   la b\u00e9n\u00e9diction, par l&#8217;aum\u00f4nier r\u00e9gimentaire Kim Gilliland,                   de la plaque qui a essentiellement \u00e9t\u00e9 le catalyseur du projet                   de comm\u00e9moration.<\/p>\n<p>La visite au cimeti\u00e8re permet aussi aux participants d&#8217;aller                   voir les endroits o\u00f9 gisent les nombreux proches qui ne sont                   pas retourn\u00e9s chez eux. Alors que les anciens champs de bataille                   offrent un aper\u00e7u des horreurs de la guerre, les cimeti\u00e8res                   illustrent clairement le prix terrible que le Canada a pay\u00e9 pour                   la victoire. Le nombre de pierres tombales est bouleversant                   et les \u00e9pitaphes sont des rappels des gens qui sont morts.                   Les inscriptions \u00e9voquent des images de m\u00e8res et de p\u00e8res qui                   se lamentent d&#8217;avoir perdu un fils, de soeurs et de fr\u00e8res \u00e0 qui                   manque un cher fr\u00e8re, d&#8217;\u00e9pouses qui pleurent leur mari, et                   d&#8217;enfants qui grandissent sans leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour les familles laiss\u00e9es derri\u00e8re, le fait que l&#8217;\u00eatre cher                   est enterr\u00e9 parmi les amis avec qui il a servi est un petit                   r\u00e9confort. Bien que le premier \u00e9poux de Liliane Parker n&#8217;ait                   pas particip\u00e9 au raid, la visite au cimeti\u00e8re lui permet de                   lui rendre hommage. Le lieutenant d&#8217;aviation Joseph Ovila Peltier                   de Windsor a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 31 juillet 1944. Ses restes ont d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 ensevelis                   dans un cimeti\u00e8re am\u00e9ricain. Toutefois, en 1946, Parker a appris                   la nouvelle qu&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s au cimeti\u00e8re militaire                   canadien de Dieppe. Parker dit que cela lui a fait grandement                   plaisir parce que cela signifiait que Peltier gisait aupr\u00e8s                   des &#8220;gars de chez nous&#8221;, tous les amis qu&#8217;il avait et avec                   qui il avait fait ses classes.<\/p>\n<p>Pour le cadet de 17 ans Mike Leblanc, qui a \u00e9t\u00e9 choisi sp\u00e9cialement                   pour participer au voyage, les cimeti\u00e8res sont bouleversants.                   En voyant le cimeti\u00e8re de la Commission des s\u00e9pultures de guerre                   du Commonwealth \u00e0 Ypres, il dit &#8220;j&#8217;en suis rest\u00e9 muet&#8221;. N\u00e9anmoins,                   Leblanc pense qu&#8217;il doit aux hommes de les visiter et de raconter                   ce qu&#8217;il a vu. Vu que les hommes qui en ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins nous                   quittent, il pense que c&#8217;est \u00e0 lui de d&#8217;assurer cette succession                   pour s&#8217;assurer qu&#8217;on continue de s&#8217;en souvenir.<\/p>\n<p>La plupart, toutefois, \u00e9taient trop accabl\u00e9s pour pouvoir                   parler de leur exp\u00e9rience dans les cimeti\u00e8res, surtout les                   anciens combattants. N\u00e9anmoins, leurs actes exprimaient clairement                   leurs \u00e9motions : des larmes, une marche vive jusqu&#8217;\u00e0 la tombe                   d&#8217;un ami particulier ou une main plac\u00e9e sur une pierre tombale                   avec amour. Dans une sc\u00e8ne particuli\u00e8rement poignante, un ancien                   combattant passe quelques minutes accroupi devant la tombe                   d&#8217;un ami. Et bien que, vu son \u00e2ge, cette position est plut\u00f4t                   difficile pour lui, il prend le temps de r\u00e9arranger et replacer                   un drapeau r\u00e9gimentaire jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il soit satisfait qu&#8217;il                   est juste comme il faut.<\/p>\n<p>Au cimeti\u00e8re, on est accabl\u00e9 par des sentiments de tristesse                   et de perte. Quand la foule s&#8217;assemble sur la Plage rouge pour                   la c\u00e9r\u00e9monie du d\u00e9voilement du monument, toutefois, l&#8217;humeur                   est sombre. N\u00e9anmoins, il y a aussi un sentiment sous-jacent                   de fiert\u00e9 et d&#8217;accomplissement. Les membres du voyage ont pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 tout                   au long d&#8217;un p\u00e8lerinage \u00e9norm\u00e9ment \u00e9motionnel. Il semble y                   avoir une meilleure compr\u00e9hension et peut-\u00eatre une nouvelle                   fiert\u00e9, des hommes de l&#8217;Essex Scottish et de ce qu&#8217;ils ont                   accompli \u00e0 la Seconde Guerre mondiale. Il semble aussi y avoir                   une grande fiert\u00e9 dans le fait que le projet du monument a                   r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er un hommage durable au r\u00e9giment. En fait, ce                   sentiment d&#8217;accomplissement semble grandir au fur et \u00e0 mesure                   que l&#8217;Essex and Kent Scottish fait sa marche symbolique sur                   la plage. C&#8217;est une image qui restera grav\u00e9e dans bien des                   m\u00e9moires.<\/p>\n<p>En tout, plus de 200 personnes participent \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie,                   mais l&#8217;invit\u00e9e la plus honor\u00e9e est indubitablement l&#8217;infirmi\u00e8re                   Agn\u00e8s Marie Valois qui, apr\u00e8s le raid, a soign\u00e9 les soldats                   canadiens bless\u00e9s. Son arriv\u00e9e est une occasion de joie qui                   fait couler les larmes sur les joues d&#8217;au moins un ancien combattant.                   Nombre des v\u00e9t\u00e9rans de Dieppe avaient dit \u00e9norm\u00e9ment de bien                   d&#8217;elle durant le voyage, et son arriv\u00e9e est l&#8217;occasion d&#8217;une                   joyeuse r\u00e9union.<\/p>\n<p>Le monument lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u par Rory O&#8217;Connor, une jeune \u00e9tudiante                   en arts de Windsor. Les gens du voyage adorent simplement cette                   jeune femme et ils n&#8217;a raient pas pu \u00eatre plus fiers de sa                   cr\u00e9ation. Les caract\u00e9ristiques principales du monument, qui                   a \u00e9t\u00e9 confectionn\u00e9 \u00e0 Windsor, comprennent l&#8217;embl\u00e8me r\u00e9gimentaire,                   la date du 19 ao\u00fbt 1942 et le nom de code Plage rouge. La caract\u00e9ristique                   qui sera peut-\u00eatre la plus durable, c&#8217;est que tous les 19 ao\u00fbt \u00e0 13                   h, la lumi\u00e8re solaire va passer \u00e0 travers une ouverture en                   forme de feuille d&#8217;\u00e9rable et \u00e9clairer une autre feuille d&#8217;\u00e9rable                   marquet\u00e9e au sol. Cela marquera le moment exact de la reddition                   et de la fin du raid.<\/p>\n<p>Pour une famille, la c\u00e9r\u00e9monie elle-m\u00eame apportait une conclusion.                   Donald et Harold Knight sont des fr\u00e8res qui ont d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Dieppe.                   D&#8217;apr\u00e8s Bryon et Bruce Knight, leur p\u00e8re Donald a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 durant                   le raid. Harold avait atteint un engin de d\u00e9barquement et aurait                   pu retourner en Angleterre, mais \u00e0 la place il est retourn\u00e9 aupr\u00e8s                   de son fr\u00e8re. Les deux ont \u00e9t\u00e9 faits prisonniers et ont surv\u00e9cu \u00e0 la                   guerre. Bien que leurs p\u00e8re et oncle soient morts depuis, Bryon                   et Bruce Knight et leur soeur Debbie Tetzlaff sont venus \u00e0 Dieppe                   pour eux. Bryon, un sergent cornemuseur, et Bruce, un batteur                   de la Sun Parlour Pipe Band ont le privil\u00e8ge de mener les troupes                   lors de leur d\u00e9fil\u00e9 sur la plage. Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, les fr\u00e8res,                   portant les insignes de casquette de leurs p\u00e8re et oncle, restent                   un moment tout seuls sur la plage pour jouer une chanson en                   leur honneur. D&#8217;apr\u00e8s Bryon Knight, le voyage lui a apport\u00e9 une &#8220;conclusion&#8221;.                   Il nous explique que son p\u00e8re disait toujours qu&#8217;il s&#8217;est battu \u00e0 Dieppe                   pour que ses fils ne soient jamais oblig\u00e9s de le faire.<\/p>\n<p>Farley Mowat a expliqu\u00e9 une fois qu&#8217;un r\u00e9giment vit et respire                   gr\u00e2ce au sang et au souffle des hommes qui en font partie.                   Le projet du m\u00e9morial de Dieppe, toutefois, illustre qu&#8217;un                   r\u00e9giment vit et respire aussi gr\u00e2ce au sang et au souffle des                   collectivit\u00e9s qui donnent leurs hommes et maintenant leurs                   femmes, \u00e0 ce r\u00e9giment. Pour les particuliers, le voyage est                   une occasion de se souvenir, de comm\u00e9morer et peut-\u00eatre d&#8217;obtenir                   une conclusion en ce qui concerne les trag\u00e9dies personnelles.                   Pour la collectivit\u00e9, toutefois, le projet repr\u00e9sente les efforts                   d&#8217;une collectivit\u00e9 d&#8217;accepter les pertes qu&#8217;elle a souffertes                   un jour tragique de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le son des cornemuses planant au-dessus de la plage caillouteuse, les r\u00e9servistes de l&#8217;Essex and Kent Scottish Regiment, dans tous leurs atours, commencent \u00e0 d\u00e9filer au bord de l&#8217;eau, retra\u00e7ant le chemin des anc\u00eatres r\u00e9gimentaires qui se sont lanc\u00e9 \u00e0 l&#8217;attaque calamiteuse de Dieppe il y a 64 ans. 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