{"id":68,"date":"2007-01-01T22:04:14","date_gmt":"2007-01-02T03:04:14","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=68"},"modified":"2008-01-27T22:33:56","modified_gmt":"2008-01-28T03:33:56","slug":"spectres-dans-les-collines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/01\/spectres-dans-les-collines\/","title":{"rendered":"Spectres dans les collines"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Dans les montagnes autour de la Base d&#8217;op\u00e9rations avanc\u00e9e                   Martello, les ennemis sont comme des fant\u00f4mes; ils se cachent                   parmi les villageois et ne s&#8217;en d\u00e9tachent que pour combattre                   quand et o\u00f9 ils le d\u00e9cident. La plupart du temps, ils sont                   dissimul\u00e9s, faisant feu de leurs mortiers et de leurs roquettes                   de loin. Toutefois, il leur arrive d&#8217;attaquer en nombre.<\/p>\n<p>Le 4 septembre, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, environ 80 d&#8217;entre eux sont                   descendus des montagnes et ont donn\u00e9 l&#8217;assaut \u00e0 Martello, une                   base canadienne bien au nord de Kandahar (Afghanistan). Des                   cr\u00eates hautes, de trois c\u00f4t\u00e9s, ils ont fait feu avec leurs                   mortiers, leurs roquettes et leurs mitrailleuses lourdes. Durant                   la premi\u00e8re heure \u00e0 peu pr\u00e8s, \u00e7a allait mal. Tout le monde \u00e9tait                   clou\u00e9 et l&#8217;ennemi s&#8217;approchait.<\/p>\n<p>Une attaque aussi grande et aussi bien coordonn\u00e9e \u00e9tait surprenante;                   l&#8217;ennemi essayait d&#8217;envahir la base.<\/p>\n<p>Lors de l&#8217;attaque, Martello \u00e9tait occup\u00e9e par un petit groupe                   de soldats canadiens et une grande force d&#8217;infanterie a\u00e9roport\u00e9e                   hollandaise. Les Hollandais \u00e9taient venus remplacer la force                   op\u00e9rationnelle canadienne qui avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e \u00e0 Panjwai participer \u00e0 l&#8217;op\u00e9ration                   M\u00e9duse, une grosse offensive dans la r\u00e9gion situ\u00e9e au sud de                   la ville de Kandahar.<\/p>\n<p>Mais vers la fin du mois de septembre, M\u00e9duse termin\u00e9e, les                   Canadiens revenaient \u00e0 Martello dans l&#8217;intention de se rendre                   ma\u00eetres \u00e0 nouveau d&#8217;une r\u00e9gion devenue incontr\u00f4l\u00e9e. Ce qui                   suit est l&#8217;histoire des quatre premiers jours apr\u00e8s leur retour \u00e0 la                   base.<\/p>\n<p>Martello est situ\u00e9e sur un plateau au-dessus du village d&#8217;El                   Bak, au bord d&#8217;une petite route qui va de Kandahar \u00e0 la ville                   de Tarin Kot, dans la province d&#8217;Uruzgan. C&#8217;est le point le                   plus septentrional de la zone d&#8217;op\u00e9rations des militaires canadiens.                   La base est entour\u00e9e de tas de roches hauts comme des montagnes                   et de cr\u00eates d\u00e9coup\u00e9es. Tout est recouvert par une couche \u00e9paisse                   de la plus fine poussi\u00e8re qu&#8217;on puisse imaginer. En gros, l&#8217;endroit                   ressemble \u00e0 un chantier de construction sur la lune.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 El Bak, on dirait plut\u00f4t un village du septi\u00e8me si\u00e8cle.                   C&#8217;est un assemblage d&#8217;enclos en boue, de foss\u00e9s d&#8217;irrigation,                   de voies pi\u00e9tonni\u00e8res et d&#8217;\u00e2nes irrit\u00e9s. Les quelques centaines                   de personnes qui vivent \u00e0 El Bak ne sont pas exactement accueillantes,                   mais elles ne sont pas ouvertement hostiles non plus. Comme                   le veut la vieille tradition afghane, elles se couvrent en                   attendant de voir quel c\u00f4t\u00e9 va sortir gagnant.<\/p>\n<p>Vendredi le 29 septembre, quelques heures \u00e0 peine apr\u00e8s que                   la force canadienne soit revenue \u00e0 Martello, le sergent-major                   hollandais Frank (nom de famille non divulgu\u00e9) faisait un briefing                   d\u00e9taill\u00e9 sur les \u00e9v\u00e9nements des quelques derni\u00e8res semaines.                   Debout au point le plus \u00e9lev\u00e9 de la base, Frank montrait au                   groupe de soldats canadiens o\u00f9 l&#8217;ennemi avait plac\u00e9 ses armes                   et comment l&#8217;attaque du 4 septembre s&#8217;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 18 h 45 \u00e0 peu pr\u00e8s, des insurg\u00e9s ont fait feu de trois cr\u00eates                   montagneuses qui surplombent le camp. Ils ont attaqu\u00e9 les portes                   de devant et de derri\u00e8re, ils ont tir\u00e9 sur le poste de commandement                   (PC) et les tentes dortoirs, et puis ils ont pris en cible                   les r\u00e9servoirs souples et les postes d&#8217;observation (PO).<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l&#8217;attaque, c&#8217;\u00e9tait le chaos dans le camp. Les                   positions de mortiers hollandais \u00e9taient prises sous un feu                   nourri alors elles ne pouvaient pas riposter. Vu que la plupart                   des positions des insurg\u00e9s \u00e9taient au-del\u00e0 de la port\u00e9e des                   armes l\u00e9g\u00e8res, ce sont les deux ou trois mitrailleurs le long                   du mur et quelques v\u00e9hicules blind\u00e9s hollandais qui ont repouss\u00e9 l&#8217;attaque.<\/p>\n<p>\u00c0 un moment donn\u00e9, les insurg\u00e9s se sont avanc\u00e9 en-dessous                   du PO du nord du camp, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres du p\u00e9rim\u00e8tre.<\/p>\n<p>Les combats ont fini par tourner en faveur des Hollandais                   quand un des canons de leurs v\u00e9hicules a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9truire                   la position principale des insurg\u00e9s, une arme lourde russe                   de 12,7 mm situ\u00e9e \u00e0 un endroit surnomm\u00e9 Joshua Tree (yucca                   arborescent), lequel se trouve \u00e0 environ 1 200 m\u00e8tres au-dessus                   du camp.<\/p>\n<p>Le caporal Al Hennessy de la compagnie Bravo du Royal Canadian                   Regiment est un des Canadiens qui se trouvaient \u00e0 Martello                   durant l&#8217;attaque. &#8220;Je venais de commencer \u00e0 souper quand les                   choses ont mal tourn\u00e9. [&#8230;] J&#8217;ai rassembl\u00e9 tout le monde,                   j&#8217;avais trois Canadiens et un Hollandais, on a pris nos affaires                   et on est sorti derri\u00e8re la tente. Des balles volaient partout.                   J&#8217;ai vu une couple (de combattants ennemis) se lever et tirer                   des grenades propuls\u00e9es par fus\u00e9e (RPG) pr\u00e8s du PO du nord;                   il y en a une qui a fait sauter un camion dans le parc de stationnement.&#8221;<\/p>\n<p>En tout, la bataille a dur\u00e9 presque six heures. Les attaquants                   se sont finalement dispers\u00e9s quand les h\u00e9licopt\u00e8res arm\u00e9s hollandais                   se sont mis de la partie. Incroyablement, il n&#8217;y a pas eu une                   seule victime alli\u00e9e. D&#8217;apr\u00e8s des sources hollandaises, 10                   combattants taliban ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. &#8220;Quelqu&#8217;un qui, s&#8217;\u00e9tant trouv\u00e9 ici,                   dirait qu&#8217;il n&#8217;avait pas peur serait un menteur&#8221;, dit Hennessy, &#8220;quand                   il y a des balles qui frappent tout autour de soi et qu&#8217;on                   ne sait pas de quel c\u00f4t\u00e9 aller parce qu&#8217;on ne sait pas d&#8217;o\u00f9 elles                   viennent. Jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;on en fasse l&#8217;exp\u00e9rience [&#8230;] on entend                   les balles qui frappent et qui passent \u00e0 toute vitesse, c&#8217;est                   une sensation d&#8217;\u00e9coeurement qu&#8217;on a, savoir qu&#8217;on nous tire                   dessus, qu&#8217;on pourrait \u00eatre touch\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Samedi matin, les Hollandais ont commenc\u00e9 \u00e0 se retirer, laissant                   les Canadiens s&#8217;arranger tout seuls. Le commandant de la compagnie                   Bravo, le major Geoff Abthorpe, va partir \u00e9galement. Ce n&#8217;est                   pas qu&#8217;il veuille s&#8217;en aller, mais la compagnie Bravo a perdu                   son premier soldat vendredi, quand le simple soldat Josh Klushie                   a trouv\u00e9 la mort en pilant sur une mine. Abthorpe va le raccompagner \u00e0 Kandahar,                   lui faire ses adieux.<\/p>\n<p>&#8220;Pendant la journ\u00e9e suivante \u00e0 peu pr\u00e8s, c&#8217;est le plus vuln\u00e9rable                   que nous allons \u00eatre&#8221;, dit Abthorpe en portant son regard vers                   les collines. &#8220;Ils nous observent actuellement et ils voient                   ce grand convoi qui s&#8217;en va, et les h\u00e9licopt\u00e8res qui ramassent                   des gars. S&#8217;ils vont nous attaquer, nous tester, \u00e7a va \u00eatre                   demain ou apr\u00e8s-demain.&#8221;<\/p>\n<p>Quand les Hollandais sont partis, l&#8217;endroit semble vide. La                   force qui est maintenant \u00e0 la base, comprenant surtout la compagnie                   Bravo du RCR et des \u00e9l\u00e9ments de la 2e Artillerie royale canadienne                   et du 2e R\u00e9giment du g\u00e9nie, suffit \u00e0 peine \u00e0 assurer la permanence                   de toutes les positions d\u00e9fensives le long du p\u00e9rim\u00e8tre. Un                   sergent dit pour rire qu&#8217;ils devraient mettre des mannequins                   de paille autour du camp.<\/p>\n<p>Il y a d\u00e9finitivement un manque de main-d&#8217;oeuvre. Par exemple, \u00e0 la                   fin de leur tour \u00e0 Martello, les soldats hollandais ne patrouillaient \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur                   des barbel\u00e9s qu&#8217;en groupe d&#8217;au moins 20 hommes. Les Canadiens                   vont le faire avec bien moins que \u00e7a. &#8220;Nous ne sommes vraiment                   pas assez nombreux pour faire des patrouilles dans les collines&#8221;,                   dit Abthorpe. &#8220;Mais on doit le faire malgr\u00e9 tout. Sinon \u00e7a                   les laisse trop libres de se d\u00e9placer. Il faut qu&#8217;on se projette                   dans les collines pour les repousser.&#8221;<\/p>\n<p>Samedi apr\u00e8s-midi, la premi\u00e8re patrouille traverse les barbel\u00e9s.                   Sa t\u00e2che est de grimper une des montagnes avoisinantes, surnomm\u00e9e                   Big Rock (gros rocher), \u00e0 la recherche d&#8217;indications d&#8217;activit\u00e9s                   ennemies.<\/p>\n<p>La patrouille est dirig\u00e9e par l&#8217;adjudant Jim Murnaghan et                   le sergent Mark Gallant, deux vieux amis qui trouvent des dr\u00f4leries \u00e0 dire                   dans pratiquement n&#8217;importe quelle situation. Cela ne veut                   toutefois pas dire que ce ne soient pas des chefs coriaces,                   car quand Murnaghan donne un ordre, ses troupiers r\u00e9agissent                   comme s&#8217;il les avait aiguillonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Trois fantassins de la compagnie Bravo sont aussi du nombre,                   les caporaux Joey Chow et Brad Kilcup et le caporal-chef Billy                   Cornish, ainsi que deux sapeurs, Matt Cloutier et le caporal                   Glen Warner, et une infirmi\u00e8re minuscule de la 2e Ambulance                   de campagne, la caporale Janice Comeau.<\/p>\n<p>Les gros obusiers M777 commencent \u00e0 marteler le sommet des                   collines autour de la base, une d\u00e9monstration de force, quand                   la patrouille prend le d\u00e9part. Apr\u00e8s avoir grimp\u00e9 pendant environ                   une heure pour arriver en haut de Big Rock, la patrouille trouve                   des tas de douilles, probablement des restes de l&#8217;attaque du                   4 septembre.<\/p>\n<p>D&#8217;en haut de la montagne, un des gars aper\u00e7oit un homme qui                   descend la vall\u00e9e en vitesse en s&#8217;\u00e9loignant de la patrouille.                   Cela semble suspect. Tous s&#8217;\u00e9parpillent et se cachent derri\u00e8re                   un rocher ou quelque autre abri. &#8220;Peut-on descendre de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0?&#8221; Murnaghan                   crie d&#8217;une autre cr\u00eate. &#8220;Joey, faut qu&#8217;on descende vite par                   l\u00e0, on va essayer d&#8217;attraper le gars.&#8221;<\/p>\n<p>Tout le monde se met \u00e0 chercher un moyen de descendre de la                   montagne. &#8220;Eh Jim! il vient de passer derri\u00e8re cette montagne,                   l\u00e0-bas&#8221;, crie Gallant. &#8220;Il y a une colline juste ici o\u00f9 la                   route passe, s&#8217;il sort par l\u00e0 il ne nous verra pas arriver                   et on pourra le prendre de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Ouais, mais il faut qu&#8217;on descende de ce rocher d&#8217;abord&#8221;,                   dit Murnaghan.<\/p>\n<p>&#8220;Ouais&#8221;, dit Gallant. Vu que l&#8217;homme va dispara\u00eetre rapidement,                   la patrouille d\u00e9boule le versant \u00e0 pic de la montagne, se pr\u00e9cipitant                   en bas de rochers de 10 pieds de haut et en sautant de grands                   espaces. Quand les soldats arrivent en bas, l&#8217;homme n&#8217;est nulle                   part.<\/p>\n<p>Murnaghan regarde autour de lui. &#8220;Il est d\u00e9j\u00e0 parti&#8221;, dit-il,                   et puis il crie ses ordres. &#8220;Bon, on se met en position de                   d\u00e9fense le temps de prendre une gorg\u00e9e d&#8217;eau, et puis on s&#8217;en                   retourne.&#8221;<\/p>\n<p>La patrouille s&#8217;\u00e9parpille \u00e0 travers le petit plateau. Le soleil                   couchant enduit les environs d&#8217;une sorte de lueur orange. Le                   son des gamins qui jouent entre les murs des enclos ferm\u00e9s                   s&#8217;\u00e9l\u00e8ve de la vall\u00e9e.<\/p>\n<p>Tout le monde s&#8217;assoit et regarde le village, attendant ce                   qui va se passer prochainement.<\/p>\n<p>Gallant met un genou \u00e0 terre et fixe El Bak du regard. &#8220;Les                   taliban bombardent la base tout le temps et ces gens doivent                   savoir ce qu&#8217;il en est&#8221;, dit-il. &#8220;Mais ce ne sont que des fermiers,                   voyez-vous, ils veulent simplement s&#8217;occuper de leur ferme                   et qu&#8217;on les laisse tranquilles. Si des gens les menacent avec                   un fusil dans la face, ils leur diront ce qu&#8217;ils veulent savoir.                   On essaie de leur dire qu&#8217;on est ici pour les aider, pour stopper                   les taliban, mais \u00e7a ne marche pas vraiment, ils se couvrent.&#8221; \u00c0 ce                   moment-l\u00e0, un autre Afghan tourne un coin de montagne \u00e0 quelques                   centaines de m\u00e8tres de nous. &#8220;Il y a un gars qui s&#8217;approche;                   il porte du noir. \u00c7a pourrait \u00eatre un Jedi&#8221;, Gallant r\u00e9pond                   au groupe en criant.<\/p>\n<p>&#8220;Fais attention \u00e0 son sabre laser&#8221; dit Murnaghan.<\/p>\n<p>Chow est choisi pour aller intercepter l&#8217;homme pour une fouille. &#8220;On                   va le faire s&#8217;arr\u00eater, lui soulever la chemise et puis le faire                   se retourner&#8221;, dit Murnaghan \u00e0 Chow. Chow s&#8217;avance sans mot                   dire. Murnaghan et l&#8217;interpr\u00e8te le rejoignent. Murnaghan veut                   savoir si le villageois a vu des taliban. L&#8217;homme dit que non,                   il n&#8217;y a pas de talib aux alentours.<\/p>\n<p>&#8220;Ouais y en a. On les voit, on leur tire dessus et on les                   tue&#8221;, dit Murnaghan par l&#8217;entremise de son interpr\u00e8te, \u00e0 propos                   de l&#8217;attaque du 4 septembre. &#8220;Ils \u00e9taient de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9,                   pr\u00e8s du PO, qui grimpaient la montagne. Vous me dites que personne                   du village ne les a vus descendre par l&#8217;ouadi (lit de rivi\u00e8re                   ass\u00e9ch\u00e9e) et grimper la colline, il n&#8217;a pas vu \u00e7a?&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;homme r\u00e9pond qu&#8217;ils ne les ont pas vus parce qu&#8217;ils \u00e9taient                   tous chez eux. L&#8217;homme parle d&#8217;une voix forte, comme s&#8217;il est \u00e0 moiti\u00e9 sourd.                   Murnaghan dit par la suite, pour plaisanter, que c&#8217;est probablement                   parce qu&#8217;il a tir\u00e9 des RPG sur la base. &#8220;Dites-lui que s&#8217;il                   voit des taliban et qu&#8217;il vient me le dire, je lui donnerai                   de l&#8217;argent.&#8221;<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Martello, tout le monde ouvre des rations pour                   souper. Heureusement qu&#8217;il y a des repas am\u00e9ricains et hollandais,                   ce qui change bien des repas lourds canadiens. La vie n&#8217;est                   pas si mal pour les troupiers \u00e0 la base. Bien que la plupart                   des tentes aient des trous de balles, il y a une couple de                   t\u00e9l\u00e9viseurs et quelques vieux DVD \u00e0 regarder. Ce n&#8217;est pourtant                   pas que la guerre n&#8217;offre pas suffisamment de distractions.                   La nuit, on peut voir des fus\u00e9es illuminer les montagnes, par                   exemple, ou entendre les chasseurs \u00e0 r\u00e9action qui font le tour                   au-dessus de nos t\u00eates, ou m\u00eame avoir une peur bleue quand                   le tir soudain des gros obusiers vous fait trembler la t\u00eate.                   Ce n&#8217;est pas la joie, mais ce n&#8217;est pas si mal.<\/p>\n<p>Dimanche matin, le lendemain de la reprise de la direction                   de Martello, un groupe mixte de fantassins, de sapeurs et d&#8217;artilleurs                   part en patrouille en passant par El Bak et jusqu&#8217;au Joshua                   Tree, l&#8217;arbre esseul\u00e9 sur une haute cr\u00eate rocheuse qui surplombe                   le camp. C&#8217;est toute une impression que de sortir du camp \u00e0 pied                   avec 10 soldats quand il y a moin 80 combattants ennemis dans                   la r\u00e9gion. Le spectre d&#8217;une embuche hante tout le monde. Apr\u00e8s \u00eatre                   pass\u00e9e par le p\u00e9rim\u00e8tre d&#8217;El Bak, la patrouille passe par une                   s\u00e9rie de champs de cannabis et puis monte sur une cr\u00eate \u00e0 pic. &#8220;Trois                   gars viennent vers nous en vitesse, d&#8217;en haut de la montagne&#8221;,                   dit Cornish en criant.<\/p>\n<p>&#8220;Les sapeurs, montez par l\u00e0, Kilcup et les gars de ce c\u00f4t\u00e9-ci&#8221;,                   dit Murnaghan et la patrouille s&#8217;\u00e9parpille, pr\u00eate \u00e0 tout.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit de trois jeunes hommes qui portent de grandes barbes                   et c&#8217;est plut\u00f4t \u00e9trange qu&#8217;ils soient l\u00e0, dans un endroit compl\u00e8tement                   vide. Chow s&#8217;avance pour les fouiller. Apr\u00e8s la fouille, Murnaghan                   le rejoint. Il pose rapidement des questions, l&#8217;une apr\u00e8s l&#8217;autre,                   par l&#8217;entremise de l&#8217;interpr\u00e8te. Qu&#8217;est-ce que vous faites                   par ici? O\u00f9 habitez-vous? O\u00f9 travaillez-vous? Quand avez-vous                   commenc\u00e9? De quel village avez-vous dit? Avez-vous vu des taliban?                   L&#8217;homme dit qu&#8217;il n&#8217;a pas vu de talib depuis des mois.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me homme s&#8217;avance. Il pose des questions \u00e0 Murnaghan                   d&#8217;abord &#8220;Pourquoi m&#8217;avez-vous fait soulever ma chemise? Pourquoi                   m&#8217;avez-vous fouill\u00e9?&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Dites-lui que nous devions nous assurer qu&#8217;il ne portait                   pas d&#8217;armes ou d&#8217;explosifs attach\u00e9s \u00e0 son corps&#8221;, dit Murnaghan. \u00c0 nouveau,                   les questions : o\u00f9 allez-vous? O\u00f9 habitez-vous? O\u00f9 travaillez-vous?                   O\u00f9 est votre ferme? Avez-vous vu des taliban? En avez-vous                   vu \u00e0 El Bak? Toutes les r\u00e9ponses sont irr\u00e9cusables, et toujours                   pas de rapport d&#8217;activit\u00e9 des taliban. &#8220;M\u00eame quand le camp                   a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 il n&#8217;a vu personne?&#8221; demande Murnaghan sans s&#8217;attendre \u00e0 obtenir                   de r\u00e9ponse. &#8220;Non, eh? Il n&#8217;a probablement entendu personne                   non plus, n&#8217;est-ce pas?&#8221; &#8220;Il y en a deux autres sur la colline                   l\u00e0-bas&#8221;, dit Comeau d&#8217;un accent \u00e9cossais. Elle s&#8217;accroupit                   derri\u00e8re un rocher et met son fusil \u00e0 l&#8217;\u00e9paule. &#8220;Ils ont regard\u00e9 et                   puis ils sont repartis&#8221;, crie-t-elle.<\/p>\n<p>&#8220;Ah ouais?&#8221; Gallant r\u00e9pond en \u00e9levant la voix. &#8220;La colline                   la plus \u00e9loign\u00e9e ou la plus pr\u00e8s?&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;La plus pr\u00e8s&#8221;, dit Comeau. Gallant commence \u00e0 s&#8217;avancer.                   Quand il atteint la position de Comeau, il s&#8217;accroupit et l\u00e8ve                   son fusil pour regarder \u00e0 travers la lunette de vis\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8220;Vous voyez ces rochers droit devant?&#8221; \u00c0 gauche de l\u00e0&#8221;, dit                   Comeau. Pendant qu&#8217;ils observent les montagnes, Murnaghan termine                   avec les trois hommes et les laisse repartir. &#8220;Sergent Gallant,                   on d\u00e9campe&#8221;, crie-t-il.<\/p>\n<p>&#8220;Avez-vous vu les deux gars qui se sont d\u00e9fil\u00e9s derri\u00e8re la                   colline quand ils nous ont vu?&#8221;, demande Gallant.<\/p>\n<p>&#8220;Ouais, ils sont probablement d\u00e9j\u00e0 loin, pense pas qu&#8217;on va                   courir les rattraper&#8221;, dit Murnaghan.<\/p>\n<p>Gallant hausse les \u00e9paules et regarde Comeau. &#8220;Mon coeur bat                   comme un lapin&#8221;, dit-il.<\/p>\n<p>Elle rit doucement et la patrouille monte vers la prochaine                   cr\u00eate, en direction des hommes qui ont disparu. \u00c0 quelques                   centaines de m\u00e8tres plus loin, le long du sentier, la patrouille                   trouve une bande magn\u00e9tique en cassette. &#8220;C&#8217;est de la musique                   pour gens religieux&#8221;, dit l&#8217;interpr\u00e8te.<\/p>\n<p>&#8220;\u00c7a a l&#8217;air religieux, il y a des chars et des missiles dessus&#8221;,                   dit Murnaghan, \u00e0 propos de la couverture de la cassette o\u00f9,                   en effet, il y a des chars et des missiles. &#8220;\u00c7a doit \u00eatre aux                   taliban. La plupart sont des chansons pour le combat&#8221;, dit                   l&#8217;interpr\u00e8te. &#8220;Des chansons motivantes?&#8221; Murnaghan secoue la                   t\u00eate. Tout le monde soup\u00e7onne les trois gars qu&#8217;ils viennent                   de laisser partir de l&#8217;avoir laiss\u00e9 tomber quand ils ont vu                   la patrouille.<\/p>\n<p>Quelques centaines de m\u00e8tres plus loin, la patrouille atteint                   finalement la cr\u00eate qui m\u00e8ne \u00e0 Joshua Tree et s&#8217;arr\u00eate sur-le-champ                   pour faire une pause. Pendant qu&#8217;on est assis sur la cr\u00eate,                   une vieille femme et deux enfants apparaissent soudainement \u00e0 quelques                   pieds. On la questionne aussi. Elle dit qu&#8217;elle n&#8217;a jamais                   vu de talib non plus.<\/p>\n<p>&#8220;Pas de talib en Afghanistan eh?&#8221; dit Murnaghan en grommelant. &#8220;Bon,                   dites-lui qu&#8217;on lui souhaite une bonne promenade.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Il n&#8217;y a pas de talib en Afghanistan, au cas o\u00f9 vous vous                   le demandiez&#8221;, Murnaghan rapporte au reste de la patrouille. &#8220;Je                   ne sais pas pourquoi je suis venu jusqu&#8217;ici parce qu&#8217;il n&#8217;y                   en a pas ici, et c&#8217;est dr\u00f4le parce qu&#8217;\u00e0 mes yeux tout le monde                   ressemble aux taliban, m\u00eame cette vieille femme.<\/p>\n<p>&#8220;Il y a quelqu&#8217;un d&#8217;autre qui grimpe le sentier&#8221;, dit Comeau.<\/p>\n<p>&#8220;Il y a une personne qui monte le sentier&#8221;, confirme Gallant.<\/p>\n<p>Il y a un point au loin, au fond de la vall\u00e9e. Ce doit \u00eatre                   l&#8217;homme que Comeau a vu. &#8220;Je pense qu&#8217;il va simplement passer&#8221;,                   dit Gallant en regardant dans sa lunette. En effet, l&#8217;homme                   voit la patrouille, s&#8217;arr\u00eate et marche le long de la vall\u00e9e                   plut\u00f4t que de monter jusqu&#8217;\u00e0 la cr\u00eate. \u00c7a ne semble pas d\u00e9ranger                   Murnaghan qui, couch\u00e9 dans la poussi\u00e8re, observe la vall\u00e9e,                   un endroit qu&#8217;il dit \u00eatre un important centre de taliban. &#8220;La                   cl\u00e9 pour se d\u00e9barrasser des taliban, c&#8217;est beaucoup d&#8217;\u00e9ducation&#8221;,                   dit-il, tout en regardant de temps en temps des cibles lointaines                   avec sa lunette. &#8220;Les fermiers ne savent pas qu&#8217;ils ont des                   choix, voyez-vous; les villageois, ils ne savent pas quelles                   sont leurs options. Nous ne sommes qu&#8217;un autre groupe arm\u00e9,                   comme les taliban. Il faut qu&#8217;on leur prouve que la vie peut \u00eatre                   meilleure sans les taliban. Il faut qu&#8217;on les convainque qu&#8217;il                   existe une meilleure fa\u00e7on.<\/p>\n<p>&#8220;Mais c&#8217;est difficile parce que quand on s&#8217;en va, les taliban                   se glissent chez eux durant la nuit et ils les forcent \u00e0 leur                   donner de la nourriture et tout. Et puis aussi, les taliban                   sont partout aux alentours qui se disent des moudjahiddin,                   alors ils semblent combattre l&#8217;occupation. Mais nous n&#8217;occupons                   pas, nous ne repartons avec rien de ce pays, sauf des housses                   mortuaires.&#8221;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir nettoy\u00e9 la zone autour de Joshua Tree, la patrouille                   reprend la voie de Martello en passant au milieu d&#8217;El Bak.                   Le village est tr\u00e8s calme. On ne voit pas d&#8217;enfant. Les villageois                   regardent par la porte de chez eux et puis disparaissent rapidement.                   Cela rend tout le monde nerveux. &#8220;Les gens sont si amicaux                   ici&#8221;, dit un des soldats pour rire, &#8220;au moins en ce qu&#8217;ils                   n&#8217;essaient pas nous tuer \u00e0 vue, mais ils ont plut\u00f4t la d\u00e9cence                   de (comploter) notre mort dans l&#8217;intimit\u00e9 de leur chez soi.&#8221;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le sarcasme, on sait que c&#8217;est ainsi que l&#8217;ennemi spectral                   op\u00e8re : quand on les questionne ils pr\u00e9tendent qu&#8217;ils sont                   des villageois amicaux mais quand on ne les voit plus ils reprennent                   leur campagne de violence.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 la base, un des jeunes leaders de Bravo, le lieutenant                   Jeff Bell, nous explique le probl\u00e8me \u00e9l\u00e9mentaire que doivent                   r\u00e9soudre les soldats \u00e0 Martello. &#8220;Imaginez-vous que vous \u00eates                   l&#8217;un de ces villageois et que quelqu&#8217;un vous dise toutes ces                   mauvaises choses \u00e0 propos des \u00e9trangers, que nous sommes ici                   pour leur voler leurs terres et leur enlever leurs r\u00e9coltes.                   Maintenant, imaginez que ces \u00e9trangers arrivent, ils ont un                   air diff\u00e9rent, ils ne parlent pas la m\u00eame langue, leur foi                   est diff\u00e9rente, ils ont toute sorte d&#8217;\u00e9quipement \u00e9trange. Et,                   au fil des ann\u00e9es, ils ont d\u00e9j\u00e0 vu \u00e7a, des \u00e9trangers qui viennent                   leur taper dessus et leur dire ce qu&#8217;ils doivent croire. Vous                   ne sauriez pas \u00e0 qui faire confiance. C&#8217;est pour cela qu&#8217;\u00e0 la                   base nous devons leur enseigner comment apprendre. Afin qu&#8217;ils                   puissent se faire leurs propres id\u00e9es \u00e0 propos de tout \u00e7a,                   ensuite ils pourront d\u00e9cider librement ce qu&#8217;ils veulent faire                   de leur pays.<\/p>\n<p>&#8220;Nous ne sommes pas des m\u00e9chants dans le sens classique. Ne                   croyez pas que je sois amer, pas du tout, c&#8217;est simplement                   que d&#8217;apr\u00e8s les taliban nous sommes les ennemis. Je suis s\u00fbr                   que la plupart d&#8217;entre eux croient vraiment qu&#8217;ils sont les                   bons, que ce qu&#8217;ils font c&#8217;est pour le bien de leur pays, et                   que nous sommes les m\u00e9chants occupants qui essaient de faire                   avaler quelque chose au peuple contre son gr\u00e9. Mais ce n&#8217;est                   pas le cas. Nous ne sommes tout de m\u00eame pas ici pour prendre                   ce bout de terrain sur un versant de montagne, nous essayons                   simplement de les aider.&#8221;<\/p>\n<p>Tout juste avant le d\u00eener du lundi, le son d&#8217;une explosion,                   tr\u00e8s fort mais lointain, roule dans la vall\u00e9e. Dans un endroit                   comme celui-ci, les explosions au loin n&#8217;ont rien d&#8217;inhabituel                   et personne ne s&#8217;en inqui\u00e8te vraiment.<\/p>\n<p>Quelques instants plus tard, deux gars sont en train de se                   servir un caf\u00e9. &#8220;C&#8217;\u00e9taient les sapeurs, \u00e7a?&#8221; demande l&#8217;un d&#8217;eux. &#8220;Non,                   il y a quelqu&#8217;un qui a dit que \u00e7a venait de derri\u00e8re Joshua                   Tree. Il y a de la fum\u00e9e l\u00e0-bas&#8221;, dit l&#8217;autre. En effet, la                   fum\u00e9e venant de derri\u00e8re l&#8217;arbre \u00e9tait facile \u00e0 voir. C&#8217;\u00e9tait                   un myst\u00e8re int\u00e9ressant : qu&#8217;est-ce que \u00e7a pouvait bien \u00eatre?                   C&#8217;\u00e9tait peut-\u00eatre un vieux mortier ou un obus perdu, ou quelque                   chose comme \u00e7a. R\u00e9trospectivement, c&#8217;\u00e9tait une indication plut\u00f4t \u00e9vidente.<\/p>\n<p>La base se faisait attaquer. Pendant qu&#8217;on observe l&#8217;arbre,                   captiv\u00e9 par le myst\u00e8re, la deuxi\u00e8me roquette siffle au-dessus                   de nos t\u00eates et s&#8217;enfonce dans le sol mou \u00e0 20 m\u00e8tres du poste                   de commandement. C&#8217;est une roquette de 107 mm \u00e0 explosif de                   grande puissance qui p\u00e8se pr\u00e8s de 20 kilogrammes et volant \u00e0 quelques                   centaines de kilom\u00e8tres \u00e0 l&#8217;heure.<\/p>\n<p>En moins d&#8217;un battement de coeur, semble-t-il, avant que la                   terre et les pierres aient fini de retomber, c&#8217;est la paga\u00efe.                   Les mitrailleuses canadiennes commencent \u00e0 marteler la zone                   autour de Joshua Tree pendant que les soldats courent de tous                   c\u00f4t\u00e9s, s&#8217;\u00e9loignant de l&#8217;explosion, vers leurs fusils, vers                   des abris.<\/p>\n<p>Bell passe en courant, d\u00e9j\u00e0 avec tout son attirail de combat. &#8220;Baissez,                   baissez, baissez-vous&#8221;, crie-t-il. Mais c&#8217;est difficile de                   trouver un bon abri. Les fortifications ne sont qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9 termin\u00e9es.                   Pour atteindre un meilleur abri, il faut faire un sprint de                   200 m\u00e8tres \u00e0 d\u00e9couvert. D&#8217;autres roquettes pourraient \u00eatre \u00e0 quelques                   secondes de nous et nous ne sommes pas dans un tr\u00e8s bon endroit. \u00c0 ce                   moment-l\u00e0, Cloutier crie dans le v\u00e9hicule blind\u00e9 Nyala o\u00f9 il                   se trouve. &#8220;Venez ici, venez, venez&#8221;, crie-t-il \u00e0 travers le                   trou de la fen\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 passager de trois pouces d&#8217;\u00e9paisseur.<\/p>\n<p>C&#8217;est une course rapide et une bousculade par la porte arri\u00e8re                   jusqu&#8217;\u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 relative du Nyala, o\u00f9 Cloutier et un groupe                   de sapeurs se sont abrit\u00e9s. Ces gars-l\u00e0 travaillaient \u00e0 quelques                   m\u00e8tres seulement de la voie de la roquette ; elle a vol\u00e9 au-dessus                   de leur t\u00eate et a atterri pr\u00e8s d&#8217;eux aussi. Ils sont tous en                   train de bavarder fi\u00e9vreusement, \u00e0 cause de l&#8217;explosion qui                   les a rat\u00e9s de peu.<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est venu vers nous directement de la cr\u00eate&#8221;, dit l&#8217;un d&#8217;eux                   avec des gros mots. &#8220;C&#8217;\u00e9tait proche. C&#8217;\u00e9tait proche. C&#8217;\u00e9tait                   proche&#8221;, chantonne un autre. Warner, au syst\u00e8me du canon automatique,                   est en train de balayer la cr\u00eate \u00e0 la recherche de l&#8217;ennemi. &#8220;Balaie                   et respire, balaie et respire&#8221;, dit un autre sapeur. &#8220;L\u00e0 o\u00f9 il                   y a un merdeux il y en a un autre.&#8221;<\/p>\n<p>Boum! Une autre roquette explose \u00e0 100 m\u00e8tres environ. Des                   pierres cr\u00e9pitent contre le blindage du Nyala.<\/p>\n<p>Pan-pan-pan. C&#8217;est le feu des mortiers de 81 mm, qui r\u00e9pondent                   de leurs quatre tubes. Les flammes et la fum\u00e9e recouvrent les                   cr\u00eates autour de Joshua Tree alors que les obus frappent vite                   et violemment. Cloutier murmure des jurons alors que les obus                   frappent l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Tout est calme pendant quelques minutes. Le Nyala fait directement                   face \u00e0 la cr\u00eate et tout le monde fixe Joshua Tree des yeux,                   pour voir si une autre roquette va y \u00eatre lanc\u00e9e. On a le sentiment                   que dans le Nyala on est plut\u00f4t en s\u00e9curit\u00e9, mais s&#8217;il \u00e9tait                   atteint directement, ce serait dur pour tout le monde.<\/p>\n<p>Bell appara\u00eet \u00e0 la porte arri\u00e8re du Nyala. Il court d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&#8217;autre                   de la base pour v\u00e9rifier les positions depuis que l&#8217;attaque                   a commenc\u00e9. &#8220;Ils sont probablement partis ou morts, mais on                   attend que l&#8217;appui a\u00e9rien vienne faire ce qu&#8217;il fait le mieux.                   On nous avertira quand l&#8217;alerte sera finie.&#8221;<\/p>\n<p>Deux heures passent. Finalement, un Harrier hollandais arrive                   qui fait trois passes rapides au-dessus des cr\u00eates tout en                   larguant des fus\u00e9es \u00e9clairantes. &#8220;Est-ce qu&#8217;ils ont envoy\u00e9 ce                   truc de Hollande?&#8221; plaisante un des soldats. En fin de compte,                   l&#8217;explosion myst\u00e9rieuse \u00e0 Joshua Tree \u00e9tait la premi\u00e8re roquette                   de l&#8217;ennemi, lanc\u00e9e d&#8217;une cr\u00eate plus loin, dont la trajectoire                   s&#8217;\u00e9tait \u00e9court\u00e9e. Les deux suivantes avaient atteint directement                   la base et la quatri\u00e8me \u00e9tait all\u00e9e trop loin. Quelques minutes                   apr\u00e8s la fin de l&#8217;alerte, Murnaghan commence \u00e0 assembler des                   soldats pour grimper \u00e0 Joshua Tree \u00e9tudier l&#8217;endroit et chercher                   l&#8217;ennemi. L&#8217;escalade est d\u00e9cid\u00e9e et rapide. Tout le monde semble                   avoir un certain objectif en t\u00eate, ou m\u00eame \u00eatre en col\u00e8re.                   Quand la patrouille est \u00e0 deux cr\u00eates de Martello, les gros                   canons tirent sur une montagne \u00e9loign\u00e9e; tout le monde sursaute                   mais c&#8217;est simplement une autre d\u00e9monstration de puissance.<\/p>\n<p>Un circuit rapide autour de Joshua Tree permet de voir qu&#8217;il                   n&#8217;y a rien d&#8217;autre qu&#8217;un bon nombre de nouveaux trous d&#8217;obus.                   Qui que ce soit qui a lanc\u00e9 les roquettes semble s&#8217;\u00eatre \u00e9chapp\u00e9 sans                   inconv\u00e9nient. La patrouille se d\u00e9p\u00eache pour retourner \u00e0 la                   base avant la noirceur. Une fois de plus, c&#8217;est une patrouille                   qui revient bredouille. \u00c0 nouveau, les villageois disent tous                   qu&#8217;ils ne savent rien. Mais malgr\u00e9 le manque de coop\u00e9ration,                   Murnaghan ne semble pas inculper les villageois \u00e0 cause de                   leur position. Ils sont dans une situation scabreuse et ce                   serait injuste de les bl\u00e2mer quand ils pensent \u00e0 leur propre                   s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;abord.<\/p>\n<p>&#8220;Est-ce que les Hollandais auraient envoy\u00e9 80 gars grimper                   ces cr\u00eates pour s&#8217;attaquer eux-m\u00eames? Je ne penserais pas&#8221;,                   dit Murnaghan. &#8220;Non, leurs r\u00e9ponses (des villageois) ne me                   semblent pas fiables; ils essaient de se prot\u00e9ger n&#8217;importe                   comment. Mais je ne pense pas qu&#8217;ils me fassent confiance non                   plus. Je pense que ce pays est en \u00e9moi depuis si longtemps                   que la confiance telle que nous y pensons serait plut\u00f4t insens\u00e9e                   ici.&#8221;<\/p>\n<p>On dirait que c&#8217;est une \u00e9nigme classique : la situation concernant                   la s\u00e9curit\u00e9 autour de Martello ne s&#8217;am\u00e9liorera pas avant que                   les gens commencent \u00e0 renseignerMurnaghan sur les combattants                   ennemis; mais les gens ne feront pas confiance \u00e0 Murnaghan                   tant qu&#8217;ils auront peur des repr\u00e9sailles des combattants ennemis,                   ce qui n&#8217;arr\u00eatera pas tant que Murnaghan n&#8217;aura pas obtenu                   les renseignements. En attendant, les combattants ont tout                   le temps qu&#8217;il faut pour amadouer de nouvelles recrues et mijoter                   leurs batailles.<\/p>\n<p>Bien que nombre de soldats de Martello croient que la mani\u00e8re                   de sortir de cette impasse soit l&#8217;\u00e9ducation, c&#8217;est-\u00e0-dire,                   fondamentalement, de d\u00e9montrer aux villageois que la vie peut \u00eatre                   tout autre, on n&#8217;a donn\u00e9 la t\u00e2che d&#8217;\u00e9duquer les villageois                   d&#8217;El Bak \u00e0 personne. &#8220;On aura de la difficult\u00e9 \u00e0 aller de l&#8217;avant                   tant qu&#8217;on ne pourra pas fournir un environnement s\u00e9curitaire&#8221;,                   dit Bell. &#8220;Nous, soldats, ne sommes pas des \u00e9ducateurs, nous                   sommes ici pour fournir un environnement s\u00e9curitaire, pour                   qu&#8217;on puisse construire des \u00e9coles et un nouveau pays.&#8221;<\/p>\n<p>Il semble qu&#8217;il n&#8217;y ait pas d&#8217;\u00e9ducation sans s\u00e9curit\u00e9, mais                   il n&#8217;y a pas de s\u00e9curit\u00e9 sans \u00e9ducation. Ce ne sera pas facile                   de gagner cette guerre.<\/p>\n<p>La nuit vient de tomber, lundi soir, et la lune brillante                   illumine les montagnes. Murnaghan et Gallant se tiennent dans                   une tranch\u00e9e pr\u00e8s de la porte principale de la base, racontant                   des histoires et riant des infortunes de la guerre. Il fait                   frais et c&#8217;est le calme, et pendant quelques instants, on dirait                   qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un endroit violent. Mais c&#8217;en est un.                   L&#8217;ennemi est l\u00e0, dehors, qui observe. Tout le monde en est                   certain, parce que les fant\u00f4mes dans les collines ont reconfirm\u00e9 leur                   pr\u00e9sence aujourd&#8217;hui. &#8220;Nous sommes ici et nous allons nous                   battre&#8221;, semblaient dire les roquettes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les montagnes autour de la Base d&#8217;op\u00e9rations avanc\u00e9e Martello, les ennemis sont comme des fant\u00f4mes; ils se cachent parmi les villageois et ne s&#8217;en d\u00e9tachent que pour combattre quand et o\u00f9 ils le d\u00e9cident. La plupart du temps, ils sont dissimul\u00e9s, faisant feu de leurs mortiers et de leurs roquettes de loin. 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